Émission Libre à vous ! diffusée mardi 15 juin 2021 sur radio Cause Commune


Voix off : Libre à vous !, l’émission pour comprendre et agir avec l’April, l’association de promotion et de défense du logiciel libre.

Frédéric Couchet : Bonjour à toutes. Bonjour à tous.
Logiciel libre et formation professionnelle, le retour d’expérience et l’actualité de deux centres de formation, ce sera le sujet principal de l’émission du jour. Avec également au programme les émojis libres et aussi les apprentissages des jeunes, leur matériel, enseignement à distance et inégalités.

Soyez les bienvenus pour cette nouvelle édition de Libre à vous !, l’émission qui vous raconte les libertés informatiques, proposée par l’April, l’association de promotion et de défense du logiciel libre.
Je suis Frédéric Couchet, le délégué général de l’April.

Le site web de l’April est april.org, vous pouvez y trouver une page consacrée à cette émission avec tous les liens et références utiles et également les moyens de nous contacter. N’hésitez pas à nous faire des retours ou nous poser toute question.

Nous sommes mardi 15 juin 2021, nous diffusons en direct, mais vous écoutez peut-être une rediffusion ou un podcast.

À la réalisation de l’émission aujourd’hui Adrien Bourmault. Bonjour Adrien.

Adrien Bourmault : Salut.

Frédéric Couchet : Nous vous souhaitons une excellente écoute.

[jingle]

Chronique « Pépites libres » de Jean-Christophe Becquet, vice-président de l’April, sur les émojis libres

Frédéric Couchet : Texte, image, vidéo ou base de données sélectionnée pour son intérêt artistique, pédagogique, insolite, utile, Jean-Christophe Becquet nous présente une ressource sous une licence libre. Les auteurs de cette pépite ont choisi de mettre l’accent sur les libertés accordées à leur public, parfois avec la complicité du chroniqueur. C’est la chronique « Pépites libres » de Jean-Christophe Becquet, vice-président de l’April.
Bonjour Jean-Christophe.

Jean-Christophe Becquet : Bonjour Fred. Bonjour à tous. Bonjour à toutes.
C’est Arnaud Champollion, ami, membre de l’April et président de l’association Linux-Alpes qui m’a fait découvrir la pépite du jour : les émojis libres OpenMoji. Je salue Arnaud et j’en profite pour rappeler à nos auditeurs qu’ils peuvent me proposer des nouvelles idées de pépites. Le plus simple est de m’envoyer vos suggestions par mail à l’adresse jcb, mes initiales, @apitux.com soit jcb chez apitux.com.

Selon Wikipédia, « Émoji est un terme issu du japonais pour désigner les pictogrammes utilisés dans les messages électroniques et les pages web japonaises. Ils se sont répandus dans le monde entier. Le mot emoji signifie littéralement « image » ( e) + « lettre » (moji) ; la ressemblance avec « émotion » est un jeu de mot interculturel. »

Le site openmoji.org propose plusieurs centaines d’émojis, 3678 exactement à ce jour. OpenMoji s’adresse aux designers, aux développeurs, mais aussi à tout un chacun. Que vous conceviez une application de messagerie, une infographie ou un support pédagogique, les icônes OpenMoji viendront agrémenter votre création. Cette ressource est partagée sous licence libre Creative Commons By-SA. Tout le monde peut donc la réutiliser aux seules conditions de citer l’auteur et d’appliquer la même licence lors de la diffusion de versions modifiées.
Le site OpenMoji est en anglais mais, s’agissant d’images, il reste très accessible.
Les émojis libres sont disponibles aux formats ouverts SVG et PNG ou sous forme de polices de caractères. Je vous invite à ce sujet à ré-écouter ou relire ma chronique du mardi 3 décembre 2019 intitulée « Les polices libres n’ont pas mauvais caractères ». Chaque image est proposée dans différentes tailles et plusieurs couleurs. Les émojis sont référencés selon l’alphabet international Unicode. Ce codage standard permet d’identifier les émojis sans barrière de systèmes ou de langues.

On peut participer à OpenMoji en proposant de nouveaux émojis ou en améliorant ceux existants. Toutes les règles de production sont documentées, qu’il s’agisse de la taille, des contours, des couleurs ou des ombrages. Cela permet de garantir une cohérence graphique afin que tous les émojis fonctionnement bien ensemble.

J’encourage chacun à visiter le site openmoji.org et à s’emparer de ces petites images libres pour leur imaginer de nouveaux usages.

Frédéric Couchet : Merci Jean-Christophe. Comme vous l’avez compris, la chronique du jour concernait les émojis libres. Le site référencé dont parle Jean-Christophe c’est openmoji.org avec, si j’ai bien retenu, plus de 3600 émojis actuellement et on peut, pour agrémeter, rajouter de nouveaux émojis qui manqueraient, par exemple peut-être pour la radio, je ne sais pas s’il y a des émojis, une personne qui écoute la radio et qui est contente, je ne sais pas.

Jean-Christophe Becquet : Oui, tout à fait. C’est libre et on peut contribuer.

Frédéric Couchet : D’accord. Jean-Christophe, on se retrouve pour les pépites libres à la rentrée de septembre, tu rempiles pour une nouvelle saison ?

Jean-Christophe Becquet : Avec plaisir, absolument.

Frédéric Couchet : Profite bien de la pause estivale pour te ressourcer, pour te balader dans ta belle région et on se retrouve à la rentrée de septembre pour la reprise, pour la saison 5 de Libre à vous !. Passe une belle fin de journée.

Jean-Christophe Becquet : Bon été à tous. Bonne fin d’émission et à l’année prochaine.

Frédéric Couchet : Nous allons faire une pause musicale.

[Virgule musicale]

Frédéric Couchet : Après cette pause musicale, je précise que nous parlerons de logiciel libre et de formation professionnelle.
L’artiste qui va accompagner musicalement l’émission du jour est Jahzaar pour Javier Suarez, un musicien espagnol pour qui la musique est surtout un moyen de recréer un souvenir ou une ambiance. Cet artiste est originaire de Gijón et, depuis cette ville centrale de la Costa Verde en Espagne, il n’hésite pas à voyager pour découvrir les capitales européennes.
On aime bien Jahzaar. Par exemple Sometimes est utilisé comme virgule de transition, Waiting room est utilisé en cas de problème technique pour faire patienter, mais nous n’avons jamais de problèmes techniques, donc vous n’aurez peut-être jamais le plaisir de l’écouter.
En attendant on va écouter Big C Goes To L.A par Jahzaar. On se retrouve dans moins de quatre minutes. Belle journée à l’écoute de Cause Commune, la voix des possibles.

Pause musicale : Big C Goes To L.A par Jahzaar.

Voix off : Cause Commune, 93.1.

Frédéric Couchet : Nous venons d’écouter Big C Goes To L.A par Jahzaar, disponible sous licence libre Creative Commons Partage dans les mêmes conditions, CC By SA.

[Jingle]

Frédéric Couchet : Nous allons maintenant passer au sujet principal.

[Virgule musicale]

Frédéric Couchet : Nous allons poursuivre avec notre sujet principal qui va porter sur le logiciel libre et la formation professionnelle, le retour d’expérience et l’actualité de deux centres de formation avec Marie-Jo Kopp Castinel d’OpenGo et Jean-Michel Boulet de 2i2L. C’est la rediffusion d’un sujet initialement diffusé en janvier 2021. On va écouter et on se retrouve après.

[Virgule sonore]

Le logiciel libre et la formation professionnelle, retour d’expérience et actualité de deux centres de formation avec Marie-Jo Kopp Castinel d’OpenGo et Jean-Michel Boulet de 2i2L (rediffusion d’un sujet du 12 janvier 2021)

Frédéric Couchet : Nous allons poursuivre avec notre sujet principal qui va porter sur le logiciel libre et la formation professionnelle, retour d’expérience et actualité de deux centres de formation avec Marie-Jo Kopp Castinel d’OpenGo et Jean-Michel Boulet de 2i2L.
On va vérifier que Marie-Jo et Jean-Michel sont au téléphone. Bonjour Marie-Jo.

Marie-Jo Kopp Castinel : Bonjour Fred. Bonne année à tout le monde.

Frédéric Couchet : Merci. Bonne année à toi également. Bonjour Jean-Michel.

Jean-Michel Boulet : Bonjour. Bonjour à tout le monde. Bonne année.

Frédéric Couchet : En espérant qu’elle soit meilleure que la précédente !
Nous allons parler aujourd’hui, comme je le disais en introduction, de logiciel libre et de formation professionnelle. On va commencer par une petite présentation individuelle, une présentation de chacun de vous. On va commencer par Marie-Jo.

Marie-Jo Kopp Castinel : Marie-Jo. Je suis responsable du centre de formation OpenGo, spécialisé en migration vers le logiciel libre et vers LibreOffice en particulier, depuis une quinzaine d’années ; OpenGo fait également d’autres formations. Engagée dans Open Office puis LibreOffice, dans l’association La Mouette, dans l’association PLOSS-RA dont nous reparlerons et formatrice de métier.

Frédéric Couchet : Merci Marie-Jo. À ton tour Jean-Michel.

Jean-Michel Boulet : Jean-Michel Boulet. Je suis formateur avant tout, formateur en enquêtes statistiques, traitement, analyse et représentation de données, c’est le plus clair de mon temps. Par ailleurs, comme Marie-Jo, je suis responsable de formation et gérant de l’organisme de formation 2i2L depuis 2006. On est super spécialisés sur des niches métiers, on fait du métier et c’est pour ça que, généralement, on communique en disant qu’on assure de la formation en mode ingénierie sur des niveaux qu’on apprécie de transmettre et uniquement sur des logiciels libres, uniquement sur des logiciels libres ! C’est la licence du logiciel qui nous fait rentrer la formation dans le catalogue.

Frédéric Couchet : D’accord. On va évidemment parler de tout ça en détail.
Première question avant d’aborder, justement, la partie ingénierie, logiciel libre, bureautique, premier sujet : pourquoi finalement est-il si important de former les gens en informatique ? Moi qui pensais, qui croyais que l’informatique c’est très simple, utilisable par toute personne. L’importance de former les gens. On va commencer par Marie-Jo.

Marie-Jo Kopp Castinel : On constate, et Jean-Michel complétera avec d’autres aspects, que les gens ont un niveau informatique, donc le poste utilisateur, on ne va pas parler d’outils métiers mais d’outils de bureautique et autres, assez mauvais, on va dire, au 21e siècle, particulièrement mauvais, parce qu’on ne forme pas les gens, parce qu’il y a des sociétés qui font des logiciels avec des gros boutons qui disent que c’est facile, alors que ce n’est pas vrai. Il faut un mode d’emploi. C’est comme si vous dites à quelqu’un « voilà les clefs de la voiture, tu vas conduire ». Non, il y a un mode d’emploi pour un traitement de texte, pour un tableur, pour tout outil. C’est donc essentiel de former les gens, on en demande de plus en plus aux gens, ils sont de plus en plus sous pression, donc il faut qu’ils arrivent à gagner du temps, à ne pas perdre de temps sur des outils qu’ils ne savent pas utiliser. Et là je laisse compléter Jean-Michel sur d’autres aspects.

Jean-Michel Boulet : Je ne sais pas quels autres aspects. Il faut monter les gens en compétence, on commence à le comprendre, sur les aspects métier et logiciel. Pour les logiciels c’est ce qui nous concerne, mais ce n’est pas du tout ce qu’on vend. On vend de la formation métier, de la méthode et puis des pratiques métiers, parce que ce sont des spécialistes métiers qui interviennent, donc c’est d’abord ça.
Le logiciel vient dans un deuxième temps, c’est-à-dire qu’il faut le prendre en main et l’idée c’est d’assurer des gains de temps, de monter les gens en compétence et gagner de l’argent ; du temps et de l’argent.

Marie-Jo Kopp Castinel : En tout cas ne pas en perdre par l’improductivité des gens dans l’outil de bureautique, l’outil numérique en général, il n’y a pas que la bureautique.

Frédéric Couchet : Oui, effectivement. On va parler un petit peu de bureautique et aussi d’ingénierie parce que, justement, vous êtes très complémentaires par rapport à ça. Il y a un exemple qui me vient en tête, je ne vais pas citer le document mais un document qui vient d’être publié très récemment dont la table de matières en PDF n’est pas cliquable, table des matières qui, visiblement, a été faite à la main, j’ai un peu suivi ça. C’est quand même hallucinant, effectivement aujourd’hui, en 2021, que sur un outil de bureautique des gens fassent une table de matières à la main. C’est clairement un manque de formation ! C’est ça ?

Marie-Jo Kopp Castinel : Oui, c’est encore plus flagrant quand ce sont des assistant·e·s. Encore, quand ce sont des gens qui sont dans d’autres métiers pour lesquels c’est juste un outil, bon !, ils n’ont pas été formés, c’est un manque de formation ! Mais pour des gens dont c’est le métier de produire du document bureautique, c’est en effet absolument incroyable de voir la méconnaissance totale des formats, la méconnaissance totale des techniques pour faire des documents corrects. Je l’ai vécu par rapport aux attestations notamment pour le Covid, on en arrive même à un non-respect de l’individu à qui on transmet un document comme ça. Je trouve que ça va même loin dans l’image d’une entreprise ; je parlerai du privé : une entreprise privée qui fournit un document bureautique d’une qualité médiocre casse son image de marque. Je trouve grave de ne pas avoir un document PDF avec une table de matières cliquable.

Frédéric Couchet : Oui, ça m’a un peu étonné. On ne va pas citer le document, il vient d’être publié.
Est-ce que c’est important, c’est encore renforcé, enfin je suppose, dans le cas des outils collaboratifs ; là on va vient de parler d’un document de bureautique. Depuis quelques années les outils collaboratifs se développent de plus en plus, donc je suppose que le besoin de formation est encore plus important et qu’il n’est pas uniquement technique dans ce cadre-là. Jean-Michel.

Jean-Michel Boulet : Il n’est pas uniquement technique, j’ai envie de dire. Il l’est, bien sûr, parce qu’il y a de la méthode. Quand il y a de la méthode, il y a du métier, il y a un peu de technique. Mais, en effet, ça ne l’est plus parce qu’aujourd’hui tous les gens ont des mobiles, tous les gens utilisent Internet et tout le monde a bien compris où est-ce qu’il fallait cliquer, c’est à peu près tout le temps la même chose qui revient.
Avant de parler de monter les gens en compétence, on a peut-être un manque de communication et de connaissance des outils, de tout ce qu’il faut, des choix. Les possibilités de faire des choix ça commence par là, j’ai envie de dire. Si on parle de formation professionnelle, on est obligé d’aborder les prérequis et c’est le premier point sur lequel il faut pointer, c’est la connaissance avant la montée en compétence ; les choix qui sont faits.
Je ne sais pas si je réponds bien à ta question.

Frédéric Couchet : Est-ce que tu peux préciser, s’il te plaît ?

Jean-Michel Boulet : En fait, on est là un petit peu aussi parler des retours logiciel libre dans la formation professionnelle. J’ai envie de dire, d’un côté, heureusement que la connaissance n’est pas nécessaire, mais, en même temps, elle est intéressante. C’est-à-dire que quand nous intervenons sur des formations, les stagiaires ne savent pas forcément qu’ils sont sur une application particulière avec une licence particulière.

Frédéric Couchet : Tu veux dire une information sur la partie licence logiciel libre.

Jean-Michel Boulet : Non, pas sur la partie licence. Sur la partie logicielle, c’est-à-dire les choix qui sont faits au niveau des outils.
Je vais prendre un autre exemple. Si on prend l’actualité avec le tout le confinement, tout le monde s’est retrouvé sur un super outil de visioconférence d’une entreprise californienne dont je tairai le nom et il y a eu beaucoup de communication dessus. Donc, du fait de la communication sur les radios, sur la télévision, enfin j’imagine parce que je n’ai pas la télévision comme ça, comme il y a eu beaucoup de communication partout, tout le monde s’est retrouvé dessus. Donc il y a eu des demandes de formation par rapport à ça, l’utilisation, des choses comme ça. Mais, en ce qui concerne le logiciel libre en tout cas, on a d’abord une première étape à prendre en considération c’est la connaissance et le choix dans les outils.

Frédéric Couchet : En l’occurrence, je suppose que tu parlais de Zoom, effectivement pendant le confinement. En plus, pendant le confinement, les gens ont clairement été laissés seuls à se débrouiller. Je connais bien le monde de l’enseignement pour côtoyer pas mal de profs plus ou moins directement et, effectivement, nombre d’outils privateurs ont été utilisés ! En fait, ils ont retrouvé ce qu’ils connaissaient, en tout cas, peut-être, ce dont la presse parlait, etc., et ils se sont mis sur des trucs ! Donc c’est ce manque de connaissance d’alternatives. Donc quand tu recevais une demande de formation autour de Zoom, qu’est-ce que tu faisais ? Tu leur expliquais qu’il y avait des alternatives et tu les formais là-dessus ?

Jean-Michel Boulet : Oui en effet. L’orientation de 2i2L est clairement sur le logiciel libre, donc c’est d’abord la licence qui compte.
Après, évidemment, si on aborde ce point-là, on a d’autres inconvénients sur ce logiciel. On ne refuse pas, clairement, de former sur un logiciel.

Frédéric Couchet : Ce sont des choix.

Jean-Michel Boulet : Si, en même temps, on refuse de former sur certains logiciels pour des raisons qui sont, là en l’occurrence, toute la partie RGPD, protection des données, la transparence du logiciel et ces choses-là.
Oui, on va plutôt avoir une démarche de réorienter les gens vers d’autres applications, en l’occurrence BigBlueButton et ça a bien fonctionné. Plein d’instances ont été installées, on a accompagné les gens là-dessus, sur Moodle et toutes ces choses-là. Il y a eu cette réaction.
Avant de prendre ces décisions de formation, il y a eu un long travail de transmission de connaissance.

Frédéric Couchet : D’accord. On va détailler tout à l’heure les logiciels dont tu cites les noms, dans la partie travail collaboratif, je ne le fais pas tout de suite.
Par contre, sur le salon web de la radio – je rappelle que les auditeurs et auditrices peuvent participer en se connectant sur le site web causecommune.fm, bouton « chat » et nous rejoindre sur le salon –, Jean-Christophe, qui intervenait juste avant vous en chronique, dit qu’il y a déjà un manque de conscience de la nécessité de se former de la part de la plupart des utilisateurs et utilisatrices, mais surtout des employeurs qu’ils soient publics et privés. Est-ce que tu partages ce point de vue, Marie-Jo ?

Marie-Jo Kopp Castinel : Non seulement je le partage – je fais beaucoup de formation de formateurs, je ne fais pas que de la bureautique – et c’est ce qu’on appelle l’incompétence inconsciente. La première phase de l’apprentissage, il faut bien le comprendre, c’est l’incompétence inconsciente. J’arrive en formation, déjà il faut que j’y aille et, vous savez, c’est toujours une question de référentiel, la plupart pensent « je suis bon à côté de mon collègue ! ». C’est un référentiel. J’avais des pompiers que je salue, qui sont super, qui me disent « on n’est pas bons ». Je dis « si, vous êtes très bons à côté d’autres gens ! ». Les gens se sentent soit très mauvais soit très bons en fonction de leurs collègues, comme disait Coluche. Bref !
Donc la première chose de l’apprentissage c’est « je ne sais pas que je ne sais, donc je n’ai pas besoin d’être formé puisque je fais du tableur tous les jours ». Mais, en fait, ils ne savent rien faire, ils bidouillent avec le tableur tous les jours parce qu’ils n’ont jamais été formés. Ils arrivent en formation et, pour aller plus loin sur le sujet, il y a les quatre phases d’apprentissage : l’incompétence inconsciente, je ne sais pas que je ne sais pas, et puis, pendant la formation, il y a la phase d’incompétence consciente. Là je réalise que je ne sais pas et c’est là qu’on a les phases les plus compliquées à gérer en tant que formateur, avec des gens qui peuvent avoir des réactions assez compliquées parce qu’ils se retrouvent en situation d’échec. Donc oui les gens ne savent pas qu’ils ne savent pas, ne réalisent pas à quel point ils ne savent pas utiliser les outils. Moi je le vis avec mon téléphone portable, je n’aime pas le téléphone portable, je fais appel à mes gamins qui sont assez grands parce que je ne sais pas utiliser mon téléphone portable. Les gens ne réalisent pas à quel point ils utilisent mal.
On a parlé de traitement de texte, mais on pourrait peut-être plus parler de messagerie aujourd’hui, on a le même problème. On ne forme pas les gens aux messageries, alors que les gens passent leur vie à envoyer des mails, ils ne savent pas faire un filtre, ils ne savent pas classer leurs mails, ils ne savent pas « répondre à tous. » Les gens qui ne savent pas répondre à tous, ça m’horripile !, mais c’est parce qu’ils n’ont jamais été formés, ni pris conscience de ça.

Frédéric Couchet : Et je suppose aussi que les pseudo-algorithmes des boîtes mails privatrices type Google, Yahoo et compagnie, pré-filtrent automatiquement les mails. C’est-à-dire qu’ils envoient les pseudos spams dans un onglet, je ne sais plus comment il s’appelle, sur Gmail je crois que c’est « Promotions » et je crois que, finalement, tout le reste arrive dans la boîte principale et effectivement les gens ne trient pas parce qu’ils n’ont pas appris, tout simplement.

Marie-Jo Kopp Castinel : Quand quelqu’un dit « je ne veux pas d’une nouvelle boite », je dis dans le milieu associatif, tu connais bien ce monde-là, « je n’ai pas envie d’avoir une adresse parce que je vais encore avoir des mails », eh bien tu fais un filtre, tu ranges tes mails. Encore faut-il savoir utiliser l’outil messagerie ! En ce moment c’est criant la perte de temps occasionnée dans les entreprises et les collectivités par cette non-formation, en fait. Et surtout des gens qui pètent les plombs parce qu’ils sont en surcharge de travail alors que, peut-être, on pourrait être plus tranquille en étant plus efficace, enfin oui, ils pourraient être plus tranquilles pour faire leur travail. Du coup, ils retrouveraient facilement les cinq heures qui leur manquent par semaine.
La formation est un investissement. J’ai vécu aussi ça, un endroit où le gars dit : « Je ne viens pas ce matin, je n’ai pas le temps — Pourquoi n’avez-vous pas le temps ? — Je n’aurai pas le temps jusqu’au mois de juin. – Venez et vous verrez que la demi-journée qu’on va passer ensemble va vous faire gagner quatre-cinq heures par semaine. » Il m’a dit : « Je viens juste ce matin ». Résultat il est venu le matin il m’a dit : « OK, j’ai compris que je ne connaissais pas, je vais rester toute la journée. »
En plus, non seulement je ne sais pas que je ne sais pas, mais, en plus, les gens se disent « je n’ai pas le temps » Si ! J’ai le temps d’investir une journée pour gagner plusieurs heures par semaine, que ce soit sur de la bureautique pure ou sur de l’application plus métier, plus orientée métier comme le fait Jean-Michel, sur des logiciels plus orientés métier.

Frédéric Couchet : D’accord. Vas-y Jean-Michel si tu veux compéter.

Jean-Michel Boulet : Compléter et prendre le contre-pied, en fait, parce que je ne vis pas ça. C’est-à-dire que dans les demandes qu’on a, je suis plutôt avec des spécialistes métiers qui ont, justement, pointé le fait qu’ils ont un manque de maîtrise sur certains points et ils ont une demande précise. Pour nous ça commence par ça, en fait. Ça commence par une prise de connaissance des attentes, des besoins très précis pour découper une formation sur mesure. Pratiquement, pour toutes les formations qu’on a, le besoin est pointé et les stagiaires sont là parce qu’ils savent qu’ils ont besoin d’apprendre pour continuer à travailler.

Marie-Jo Kopp Castinel : On en revient au public. En préparant cette émission, on s’en est bien rendu compte avec Jean-Michel. En effet, on n’a pas les mêmes préoccupations parce que ce n’est pas du tout le même axe de formation. Quand vous formez des gens en leur disant « on change d’outil bureautique, on vous forme sur un nouvel outil », il n’y a pas d’aboutissement, d’objectif précis, en fait, il faut juste qu’ils retrouvent leurs petits. En effet, Jean-Michel, quand tu fais du QGIS ou des choses comme ça, c’est clair que le gars sait pourquoi il doit être formé.

Frédéric Couchet : Ça va justement être l’occasion de préciser pour les personnes. Je vais laisser chacun et chacune expliquer son métier de formation, son cœur de métier. Je vais préciser que QGIS est un outil, un système de gestion d’informations géographiques dont on parlera sans doute prochainement dans Libre à vous !.
Je rappelle le site web de OpenGo, opengo.fr. Quels types de formation donnes-tu Marie-Jo ?

Marie-Jo Kopp Castinel : On est vraiment spécialistes bureautique, donc accompagnement beaucoup dans les collectivités, parfois grosses associations ou entreprises privées, mais principalement collectivités ; c’est aujourd’hui l’activité principale. Ce sont vraiment des projets. Un projet de migration ce n’est pas que de la formation : il y a la formation, il y a la reprise documentaire, il y a la conduite du changement, il y a la communication, ça c’est le projet complet. C’est vrai que dans ce cadre-là de formation, les gens n’ont pas envie d’être en formation, ils n’ont pas envie qu’on leur enlève leur outil. C’est une partie de l’activité qui est très importante, c’est quand même la spécialité.
OpenGo fait aussi de la formation en infographie, fait aussi des formations. On n’a pas le même vocabulaire avec Jean-Michel, lui parle de formation ingénierie, moi je parle de formation action, c’est-à-dire que j’ai aussi des clients où on va. Dernièrement, j’ai formé un responsable et une directrice financière sur du tableur, sur Calc, mais ce n’était pas dans le but de faire du Calc, c‘était dans le but de monter les budgets, les comparatifs, donc là aussi on est dans de l’ingénierie. C’est vrai qu’on va faire ça aussi.
Donc c’est plus souvent, en effet, de la formation. Il y a toujours un programme spécifique puisqu’on ne fait que de l’intra et du spécifique aussi.
J’en reviens à l’outil. La bureautique ce n’est pas toujours dans un but précis, c’est dans un but d’apprentissage du logiciel.
Par contre j’étais à Annecy ce matin, je reviens d’Annecy, j’accompagne les pompiers sur un projet métier avec Draw, LibreOffice Draw, là on sait exactement ce qu’on doit faire. C’est passionnant parce qu’on doit justement arriver à la finalité de l’outil métier qu’on est en train de créer avec l’outil Draw, mais c’est assez rare.
Dans les migrations, et c’est vraiment une grosse différence avec Jean-Michel, on a des publics où là, en effet, il n’y a pas une finalité, il faut apprendre le nouvel outil, mais après on ne sait pas ce que les gens vont en faire, selon leurs usages.

Frédéric Couchet : D’accord. Ça c’est OpenGo, Marie-Jo.
Toi, Jean-Michel, de 2i2l.fr, tu fais de l’ingénierie. J’aimerais bien que tu nous expliques ce qu’est l’ingénierie, notamment pour les auditrices et auditeurs qui nous écoutent.

Jean-Michel Boulet : C’est historique. Je suis formateur en enquêtes statistiques, statistiques, analyses de données, depuis 20 ans. Dans mon travail je suis plutôt avec des chefs de projet ou avec des services qui ont des besoins de répondre à des questions.
En fait je suis parti là-dessus dans le début des années 2000 et aujourd’hui j’ai agrégé un ensemble de spécialistes autour de moi. Comme ce ne sont que des spécialistes, eh bien on en vient à faire des formations pour des spécialistes métiers, des chefs de projet, des ingénieurs, etc., sur des projets.
Pour vous donner quelques exemples, vous parliez de QJIS juste avant. QJIS est une application pour faire de la cartographie 2D, donc pour faire des cartes et qu’est-ce qu’on fait avec des cartes ? On fait beaucoup de choses. Par exemple avec QJIS on peut faire de la construction de cartes dynamiques pour la gestion des PLU, les plans locaux d’urbanisme. Toutes les collectivités, en France, ont besoin d’utiliser des logiciels comme ça pour faire les projets sur leur territoire. QJIS sert à ça et, aujourd’hui, on arrive à faire avec QJIS des choses que ne permettent pas de faire d’autres logiciels propriétaires, en particulier des aspects dynamiques, comme ça, de construction de cartes.
Je pourrais donner d’autres exemples en cartographie, en cartographie 3D, trois dimensions : il y a un outil logiciel libre qui s’appelle GRASS GIS qui permet de faire des projections des terres submergées par les eaux dans les bassins versants. Vous avez de l’eau qui s’écoule le long d’une rivière et vous avez, avec GRASS GIS, la possibilité de modéliser en 3D toute la prise d’eau sur tout le territoire. Donc ça permet d’avoir des projections avec l’élévation du niveau de la mer, des choses comme ça.
On peut faire de la formation-intervention sur OpenStreetMap, sur la maîtrise des contributions à OpenStreetMap, sur la réalisation de cartes spécifiques pour le vélo avec des calculs d’itinéraire. Là, en fait, on va avoir des besoins où le formateur n’intervient pas uniquement avec des connaissances du logiciel, mais il intervient aussi avec de la méthodologie métier, des compétences métier qui ne s’inventent pas, qui sont assez élevées en fait. Pratiquement tous les formateurs c’est du bac + 5 au niveau des interventions.
Je peux vous donner d’autres exemples. On peut faire des formations, je peux vous en donner qui font sourire parce qu’elles sont rares, mais on peut faire du FFmpeg, par exemple, sur des flux vidéos sur la déformation de carlingue des avions dans les espaces de soufflerie.

Frédéric Couchet : FFmpeg c’est un outil, c’est une boîte à outils on va dire magique pour traiter effectivement de la vidéo, de l’audio, on l’utilise d’ailleurs beaucoup à l’April. C’est vraiment quelque chose de pointu, de haut niveau. Je suppose que tu fais aussi des formations de développement. Dans le cadre de ce que tu appelles ingénierie, c’est de la création d’applications ?

Jean-Michel Boulet : Oui, évidemment, il y a des choses plus classiques. On fait aussi simplement de la bureautique parce que c’est toujours intéressant d’aborder, de rencontrer. On a des clients qui le nous demandent par rapport à des formations spécialisées et on en vient à faire des choses plus génériques.
Tout ce qui est générique, on fait du développement. Oui, on fait du développement, principalement du Python ; en ce moment c’est plutôt ça.

Frédéric Couchet : Justement j’ai une question. Tu viens de parler de clientèle. Comment trouvez-vous vos clients ? J’ai l’impression que vos publics cibles sont assez différents. Marie-Jo, comment trouves-tu tes clients ?

Marie-Jo Kopp Castinel : Je voudrais juste rajouter, parce que j’ai parlé de LibreOffice, c’est un peu réducteur. Tout à l’heure tu as parlé des outils collaboratifs, bien sûr arrive maintenant en formation me concernant tout ce qui est la partie NexCloud, outil collaboratif. Là on n’est que dans du spécifique parce qu’à chaque entité NextCloud on retrouve OnlyOffice derrière ou Collabora Office, ça dépend, mais il y a beaucoup d’OnlyOffice derrière. C’est juste pour élargir sur le monde du poste de travail. Moi je suis vraiment basée poste de travail.

Frédéric Couchet : Avant que tu répondes à la question, on va juste préciser que NextCloud est un environnement de travail collaboratif qui intègre agenda, qui intègre de la bureautique, enfin plein de choses. Vraiment quelque chose qui est un gros développement ; il y a des administrations importantes qui migrent, il y a même des structures privées et autres. Je crois, de mémoire, si je me trompe Adrien me corrigera, qu’il y a une instance NexCloud proposée par le Chapril. Si vous voulez, par exemple, partager des photos dans votre famille ou un agenda avec votre famille, vous pouvez aller sur chapril.org.
Je reviens à ma question, Marie-Jo, comment trouves-tu ta clientèle ?

Marie-Jo Kopp Castinel : Concernant les collectivités, je ne la trouve pas, je réponds à des appels d’offres. C’est un gros travail, surtout quand on est une TPE, c’est toujours le vrai problème qu’on a sur PLOSS-RA avec toutes les entreprises, d’où le combat qu’on a, on en reparlera tout à l’heure, que les appels d’offres ne soient pas complètement pipés parce que c’est un énorme travail que de répondre à appel d’offres ; même, entre guillemets, un « petit appel d’offres simple », la bureautique c’est assez simple, c’est quatre-cinq jours de boulot pour répondre à un appel d’offres. Les collectivités ce ne sont que des appels d’offres. Après, ça peut être des devis, des appels à projet avec des devis. Sinon, j’ai créé ma première société en 1996 et, en gros, j’ai la chance de ne pas avoir perdu de clients. Donc à force, par réseau, par connaissance et puis justement, on peut en parler maintenant, par le monde libriste en fait. Je pense que le monde libriste est un peu petit et on se connaît les uns les autres. Une fois j’ai formé des gens grâce à l’April, ils m’avaient trouvé sur le site de l’April.
Donc ça va être du réseau, du bouche-à-oreille et des appels d’offres.

Frédéric Couchet : D’accord. Je vais juste préciser avant de passer la parole à Jean-Michel sur le même sujet, que tu as cité PLOSS-RA, on va dire que PLOSS-RA c’est le regroupement d’entreprises libristes de la région Rhône-Alpes, tout simplement.

Marie-Jo Kopp Castinel : Auvergne-Rhône-Alpes.

Frédéric Couchet : Auvergne-Rhône-Alpes, excuse-moi, ça a changé il y a quand même quelques années, donc Auvergne-Rhône-Alpes.
Même question Jean-Michel, comment trouves-tu ta clientèle et quels types de clients as-tu ?

Jean-Michel Boulet : Puisque vous parlez du PLOSS-RA, je vais vous parler d’Alliance Libre.

Frédéric Couchet : Alliance Libre c’est du côté de Nantes.

Jean-Michel Boulet : C’est le cluster des Pays de la Loire et de Bretagne qui rassemble des entreprises ; les entreprises adhérentes d’Alliance Libre sont des entreprises qui font du Libre, l’idée c’est bien ça, c’est de nous mettre en réseau ; ça rassemble CapLibre qui était historiquement à Rennes. Donc on fait Pays de la Loire, Bretagne. On fait en sorte de se connaître. Alliance Libre ce sont 36 numéros SIRET, sociétés, 350 salariés, ça varie, à peu près 350 personnes qui travaillent sur le Libre.
Je continue à répondre toujours dans l’idée de comment je trouve mes contrats. Forcément, bien sûr, c’est le réseau du Libre.
À Nantes, au périphérique sud de Nantes, on est dans un bâtiment où il y a pratiquement 50 personnes dans un bâtiment où on fait tous du Libre, c’est le siège social de l’association Alliance Libre. Donc tous les jours, dans les deux salles de formation, on est parmi des libristes.
Ça c’est une première chose, comment on trouve des contrats.
J’ai envie de dire aussi aujourd’hui que ce n’est pas l’entrée principale. Il n’y a pas longtemps j’ai fait des calculs par rapport à l’année 2020, vu qu’elle n’a pas été terrible, j’ai plus de la moitié de mes contrats qui sont des anciens clients. On fonctionne depuis 2006, donc heureusement là, cette année, plus de la moitié sont des anciens clients.
En fait il y a l’aspect réseau libriste, l’aspect on a un peu de bouteille donc on a des clients et, pour une minorité, le site web. Ce n’est pas énorme, ce n’est pas le principal. J’ai envie de dire avant ça, c’est vraiment du réseau en dehors du Libre, c’est tout le réseau qu’on fait en dehors du Libre puisque j’ai parlé du Libre avant.
Donc j’ai envie de dire le Libre, les anciens clients, du réseau et puis un petit peu le site web, mais pas trop. J’ai envie de rajouter, j’avais envie de dire rien des réseaux sociaux, mais, en même temps, je n’y suis pas du tout !

Frédéric Couchet : Effectivement !
Avant la pause musicale, je vais préciser que PLOSS-RA Auvergne-Rhône-Alpes et Alliance Libre Pays de la Loire et Bretagne sont membres d’un réseau plus important encore qui est le Conseil National du Logiciel Libre, cnll.fr.
On va faire une petite pause musicale avant de poursuivre notre discussion. Nous allons rester avec Jahzzar. On va écouter Ashes par Jahzzar. On se retrouve juste après. Belle journée à l’écoute de Cause Commune, la voix des possibles.

Pause musicale : Ashes par Jahzzar.

Voix off : Cause Commune, 93.1.

Frédéric Couchet : Nous venons d’écouter Ashes par Jahzzar, disponible sous licence libre Creative Commons Partage dans les mêmes conditions, CC By SA. Vous trouverez une présentation de l’artiste sur le site auboutdufil.com et le site de l’artiste est sur soundcloud.com.

Vous écoutez toujours l’émission Libre à vous ! sur radio Cause Commune, la voix des possibles, 93.1 FM et en DAB+ en Île-de-France, partout dans le monde sur le site causecommune.fm.
N’hésitez pas à participer à notre discussion en vous rendant sur le salon web de la radio, site causecommune.fm, bouton « chat » et vous nous rejoignez sur le salon #libreavous.

Nous parlons actuellement avec Jean-Michel Boulet de la société 2i2l.fr et Marie-Jo Kopp Castinel de la société opengo.fr de formation professionnelle et de logiciel libre. On va poursuivre la discussion.
On parlait juste avant la pause de la clientèle de Jean-Michel et de Marie-Jo. J’ai aussi envie de vous demander comment vous travaillez. Est-ce que vous travaillez seul, avec des partenaires, des sous-traitants ? On va commencer par Marie-Jo.

Marie-Jo Kopp Castinel : Je travaille avec des prestataires libristes, on va insister là-dessus, mais pour former au logiciel libre il faut avoir des libristes convaincus, sinon ça ne peut pas bien se passer.
Donc je travaille avec plusieurs personnes qui sont souvent auto-entrepreneurs quand il y a des gros projets où il faut qu’on soit plusieurs formateurs notamment simultanés ; le Covid a un petit peu bloqué le truc. Donc me concernant, je travaille avec des sous-traitants qui sont en général auto-entrepreneurs.

Frédéric Couchet : D’accord. Jean-Michel Boulet.

Jean-Michel Boulet : Même chose, bien sûr. J’ai envie de préciser que 2i2L, au-delà d’être un centre de formation, c’est aussi un agrégateur de compétences. En fait, je travaille des gens avec lesquels je fais en sorte que ça devienne un réseau. C’est-à-dire que les formateurs connaissent une partie métier, ils sont passionnés par leur métier, ils ont une préférence pour le logiciel libre et ils ont une bonne connaissance du monde du logiciel libre. C’est ce qu’on appelle les libristes.
Au-delà de ça, beaucoup travaillent ailleurs. Ce sont soit des maîtres de conférences par exemple à la fac, des chefs de projet sur des sociétés, des indépendants, des salariés d’entreprises spécialisées. Je reviens sur la question d’avant, ce sont des personnes qui peuvent aussi rapporter des contrats par rapport à ce qu’ils font, par rapport à ce qu’ils savent que l’on peut faire sur 2i2L. Donc on travaille avec ces gens.
Tout à l’heure on parlait d’Alliance Libre, mais ce ne sont pas forcément que des gens d’Alliance Libre. J’ai parlé de maîtres de conférences à la fac. L’idée c’est vraiment d’avoir des spécialistes, vraiment des spécialistes métiers dans des domaines, capables de défendre un logiciel. Voilà. C’est plutôt de cette façon-là qu’on se retrouve avec les gens avec lesquels on travaille, sur une passion, sur un logiciel, sur un métier.

Frédéric Couchet : D’accord. Donc de l’expertise libriste passionnée. Est-ce qu’il y a en a suffisamment en France pour couvrir les besoins de vos clients ? Marie-Jo.

Marie-Jo Kopp Castinel : Très clairement non. Dernièrement j’ai fait un appel sur un réseau, je n’utilise qu’un réseau social, au moins un par rapport à Jean-Michel, et c’est très compliqué de trouver des compétences.
Je reviens à la bureautique qui est quand même ma spécialité. J’avais déjà eu le cas, j’avais embauché en 2014, donc j’avais des salariés pour le coup, c’était très compliqué et j’avais fini par passer par les réseaux de communautés du Libre en disant « si vous connaissez LibreOffice, moi je vous formerai à la pédagogie, je sais faire, il n’y a pas de souci ». Donc il y a un vrai problème qui provient de l’école, on en revient à l’enseignement, ça fait aussi partie des combats du PLOOS d’essayer d’agir au niveau de l’école, l’Éducation nationale, etc., on connaît toutes les histoires, enfin nous les connaissons, peut-être pas tous les auditeurs. C’est assez scandaleux de fermer, de formater les jeunes. Quand ils sortent de leurs études, si c’est scientifique c’est bon, ils connaissent le logiciel libre, mais dès qu’on est dans d’autres études, ils sont tombés tout petits dans un truc et on les a formatés, donc il n’y a pas de compétences. Même dans les écoles ensuite, dans le secondaire, les gens ne sont pas nécessairement formés sur des choses comme ça. Donc c’est un vrai souci de recruter et on essaye beaucoup d’agir au niveau association. À Lyon, on organise le Campus du Libre avec l’INSA [Institut national des sciences appliquées] justement pour se tourner vers les étudiants, pour que les étudiants connaissent et se mettent dans le Libre.

Frédéric Couchet : D’accord. Est-ce que tu as le même sentiment, le même constat, Jean-Michel ?

Jean-Michel Boulet : Je suis d’accord avec Marie-Jo, mais je n’ai pas le même vécu par rapport à ça. C’est-à-dire que 2i2L ne cherche pas à recruter des formateurs. Bien sûr, on est ouvert à intégrer des formateurs, mais si je vous explique comment je fonctionne, c’est différent.
Pour nous, l’idée, en fait, c’est de se faire plaisir dans la formation. Il y a d’autres critères pour avoir une bonne formation, tu poseras peut-être la question après, mais se faire plaisir c’est pour moi un des points principaux. Je n’ai pas envie de rechercher un formateur pour assurer une formation. L’idée c’est plutôt le contraire. C’est-à-dire que j’intègre dans le catalogue de 2i2L des gens que je rencontre ou qui me sont en lien par cooptation, par réseau, et qui viennent me dire « moi je fais ça, j’utilise ce logiciel professionnellement, c’est une bombe, j’ai envie d’en parler, on n’en parle pas assez, il n’y a pas de formation sur le Web, je te propose une formation ». Et là je dis banco, on y va, on va se faire plaisir. On va faire une formation.
C’est pour ça que tout à l’heure je vous parlais de FFmpeg, c’est improbable mais pourquoi pas !, et on en fait. Je peux vous donner autre chose, par exemple Emacs ; ça va faire rire les gens, on a fait des formations Emacs.

Frédéric Couchet : Explique en une phrase ce qu’est Emacs.

Jean-Michel Boulet : Non, je ne peux pas. À part le café, Emacs fait à peu près tout !

Frédéric Couchet : À l’origine Emacs est un éditeur de texte qui existe depuis une trentaine d’années. Aujourd’hui c’est quasiment un environnement de travail où on peut tout faire. Par exemple je lis mes courriels sur Emacs, je fais de la messagerie instantanée sur Emacs. Effectivement, c’est ultra-technique.
On va essayer d’avancer parce qu’en fait que le temps file.
Tout à l’heure, en introduction, on a parlé de l’importance de la formation. J’ai une petite question : quels sont les points clés, les deux-trois points clés ou bonnes pratiques pour une formation réussie quel que soit le type de formation ? Marie-Jo.

Marie-Jo Kopp Castinel : Le point clé, là encore je reviens à mes formations de formateurs : 95 % de la réussite d’une formation se situe avant l’entrée dans la salle. C’est-à-dire avoir préparé les objectifs, avoir identifié les publics, avoir préparé des exercices en lien, quand même, avec l’endroit où on va : si on forme des comptables, on ne va pas mettre les mêmes chose qui si on forme une secrétaire, etc., parce que ce ne sont pas les mêmes usages de la bureautique, ils ne manipulent pas les mêmes données. Donc, pour moi, c’est vraiment la préparation et c’est peut-être là où on voit les organismes de formation entre guillemets « sérieux ». Une fois je l’ai vécu, quand on me dit « j’ai besoin que vous veniez former un groupe de personnes – c’était sur Word à l’époque – tel jour et tel jour pendant deux heures », je ne peux pas répondre à cette question. C’est d’abord : quels sont les objectifs, quels sont les niveaux ? En pratique j’envoie beaucoup de questionnaires d’audit de niveau sur des fonctions avancés pour m’assurer d’avoir les mêmes objectifs à atteindre avec la notion de groupe homogène ou hétérogène. Je vais laisser Jean-Michel compléter là-dessus parce qu’il le vit aussi.

Jean-Michel Boulet : Oui. Les trois points c’est en effet de la procédure et on va en parler après avec Qualiopi, je pense. Les procédures sont très importantes. Il faut savoir à quel objectif on va répondre. C’est un point important. Moi je ne le vis pas, c’est plus Marie-Jo qui voit ça. Mais, d’une manière générale, je ne suis pas en lien avec un service formation qui me demande une formation. Je suis en lien avec un chef de projet, un expert métier qui me dit « on a besoin de ça ». Donc nous, on n’a pas trop de problèmes par rapport à ça ; on arrive à fixer les attentes assez vite.
C’est vrai que quand on passe par un service formation, quand on a une personne administrative en face de soi qui dit « on a besoin d’un devis pour telle formation », je dis la même chose que Marie-Jo. On peut envoyer un devis, c’est bien, mais si on ne connaît pas les stagiaires, si on ne sait pas s’ils utilisent déjà l’application ou s’ils sont en cours de migration, on ne peut pas proposer quelque chose dans ces cas-là.

Frédéric Couchet : Donc vraiment l’importance de la préparation en amont avec un audit, un questionnaire.

Jean-Michel Boulet : Oui. Préparation en amont et feed-back en fin de formation. C’est-à-dire qu’on a aussi besoin d’avoir un retour si on s’est planté ou pas. On s’en rend compte assez vite, il n’y a pas de problème. Je ne suis pas toujours devant les stagiaires, mais, en tout cas pour l’organisme de formation, quand ce sont d’autres formateurs qui interviennent, on a des procédures de questionnaires, on a deux-trois types de questionnaires qui font que, par le retour, on sait si on a bien répondu aux attentes.

Frédéric Couchet : D’accord.
Je vois sur le salon web une question de Marie-Odile qui demande ce que vous pensez de Pix. Est-ce que ça vous sert pour faire le point ? Pix, p, i, x. Est-ce que tu veux dire ce que c’est, parce que je ne suis pas sûr de savoir ce que c’est ?

Jean-Michel Boulet : Je ne sais pas si Marie-Jo veut le dire parce que c’est plus son domaine.

Marie-Jo Kopp Castinel : Je ne connais pas.

Jean-Michel Boulet : Tu ne connais pas ! Pix, c’est une structuration un peu différente de ce qu’on appelait le C2i.

Frédéric Couchet : Certificat informatique et internet à l’époque.

Jean-Michel Boulet : Il y avait le B2i au collège.

Frédéric Couchet : Brevet informatique et internet.

Jean-Michel Boulet : Voilà, en gros, puis lycée, et à la fac il y avait le C2i, Certificat informatique et internet. 2I2L vient un peu de là parce que j’ai fait du C2i, informatique et internet et après logiciel libre.
Le Pix c’est ça, c’est une structuration de points clefs à maîtriser, donc, en fait, c’est un découpage de connaissances à avoir, de compétences à acquérir, qui sont formalisées sur un site internet qui s’appelle pix.fr.

Frédéric Couchet : D’accord.

Marie-Jo Kopp Castinel : Je peux rebondir là-dessus. J’ai l’occasion de rendre hommage à un grand monsieur qui nous a quittés, qui s’appelait Jean-Yves Royer. Il m’avait bien expliqué le C2i, parce que lui s’est aussi battu toute une vie pour que dans ces trucs-là on ne parle pas que de Word et d’Excel. Ça fait plusieurs années que je n’ai pas suivi, je ne sais pas si ça a beaucoup évolué. Il faudrait demander à la personne, Marie-Odile, parce que c’est le problème de ces compétences où là encore, pour tester les gens, eh bien on leur met un Word et un Excel dans les pattes. Ils n’ont pas le choix alors qu’ils devraient avoir le choix de l’outil qu’ils utilisent. Je ne sais pas si ça a avancé, si elle peut nous répondre.

Frédéric Couchet : En tout cas, elle nous écoute et je crois que ça n’a pas beaucoup avancé vu les émissions qu’on a faites récemment sur l’éducation plusieurs fois. On va en refaire, évidemment.
Tu voulais ajouter quelque chose sur cette partie, Jean-Michel.

Jean-Michel Boulet : Juste dire, je reviens toujours à ça, c’est que Pix est très généraliste, ça va plus concerner les personnes avant leur entrée dans la vie active. Quand on est dans la vie active, quand les personnes ont un poste de travail là, du coup, elles ont besoin de formation professionnelle c’est-à-dire qui réponde à leur demande quotidienne de compétences et c’est différent.

Frédéric Couchet : D’accord.
On vit évidemment une période particulière et vous êtes bien placés aussi pour le savoir parce que souvent, quand on pense formation, on pense à présentiel, c’est-à-dire une salle de formation avec un formateur ou une formatrice. Ces derniers mois ont dû chambouler un petit peu vos formations. Tout à l’heure on a parlé d’outils de visioconférence comme BigBlueButton. J’ai envie de vous demander, aujourd’hui, comment vous avez vécu cette période ? Est-ce qu’il y a eu des choses positives, négatives ? Les formations en présentiel, le mix, avantages, inconvénients ? Voilà. Comment avez-vous vécu cette période et comment comptez-vous vous organiser, comment vous vous préparez pour la période qui vient, qui continue parce que, aujourd’hui, rien n’est réglé au niveau de la pandémie ? La formation en présentiel versus formation à distance ? Marie-Jo.

Marie-Jo Kopp Castinel : Le premier confinement ça a été la catastrophe puisque tout s’est arrêté, annulé, on va dire du mois d’avril pratiquement au mois de septembre. Basculer de présentiel à distanciel ça ne se fait pas comme ça, donc j’ai revu complètement le découpage des formations. Ça a été un travail énorme. J’ai aussi fait le choix de la solution BigBlueButton qui est une solution exceptionnelle de classe virtuelle à mon sens.
Aujourd’hui je dirais que le gros projet, qui me prend le plus de temps, est en place. Je pensais que ce n’était pas possible de faire du savoir-faire numérique en distanciel. Si, et ça je sais que Jean-Michel complétera. Pour le plus de la formation en distanciel, il y a des choses très bien qui sont liées au distanciel. Le souci majeur, pour moi, qui reste par rapport au distanciel, c’est qu’il faut que ça marche, c’est-à-dire qu’il faut que les apprenants aient l’ordinateur, la caméra, le micro et le bon logiciel. Ces apprenants, quand ils ne sont pas au bureau ils sont chez eux. Si on savait que tout le monde se reconnecte tel jour et on qu’avance ensemble, pour moi ce serait vraiment une solution. Alors elle ne convient pas à des débutants en informatique, il faut quand même que les gens aient une certaine autonomie, mais elle a des points très positifs. Et puis, pour le formateur, en effet c’est plus cool en effet de ne pas se déplacer.
Après, moi j’ai besoin de contact, je suis une grande kinesthésique, j’ai besoin de voir les gens, de les toucher. J’ai repris depuis une semaine en présentiel avec le plus grand des bonheurs, mais je reconnais que le distanciel a certains atouts. Je sais que Jean-Michel va le dire aussi, je lui laisse raconter cette période.

Frédéric Couchet : Dans la préparation, je crois, Jean-Michel, que tu as dit : « Je me suis fait plaisir ». Est-ce que tu peux nous expliquer ?

Marie-Jo Kopp Castinel : Moi aussi, j’ai fini par me faire plaisir !

Frédéric Couchet : Toi aussi ! D’accord. Jean-Michel.

Jean-Michel Boulet : Oui, en fait clairement. Ça a été une obligation qui a vite été transformée en plaisir.
Déjà on a tous les outils. Comme Marie-Jo, comme tout le monde en France, avril-mai ça a été le black-out, voilà, terminé ! Du coup il fallait réagir assez vite. La réaction a été de prendre en main les outils nécessaires pour faire les formations à distance.
On a une chance incroyable dans le Libre, je le savais avant mais il fallait ce moment-là pour y rentrer, c’est qu’on a tous les outils qui vont bien et il n’a pas fallu longtemps, fin avril j’avais tous mes outils, que ce soit Chamilo, Moodle, Open edX qu’on a testé pour la formation à distance, mais aussitôt on est passé sur BigBlueButton évidemment, Etherpad que j’utilisais avant. On a utilisé des pratiques différentes, des usages, Collabora, OnlyOffice dans NextCloud, LimeSurvey pour les formulaires et les procédures en ligne. On a tous les outils. Donc déjà ça.
Ensuite, là où ça a été un plaisir en effet, ça a été de pouvoir monter des procédures pédagogiques, d’apprendre à transmettre du savoir d’une autre façon. Comme on maîtrise tous ces outils-là, du coup on a placé les bons outils aux bons endroits, où on avait besoin de les avoir. On a monté, en fait, ce qui était nécessaire. Depuis les premières formations au mois de mai, je n’ai pratiquement fait que de la distance, que de la formation à distance.
Ce qui a changé aussi c’est que toutes les formations qu’on faisait puisqu’on se déplaçait sur toute la France, même au-delà, eh bien quand on se déplace pour une formation de deux, trois, quatre jours, du coup on essaye de condenser la formation, mais là ce n’est plus pareil. Avec la formation à distance on a découpé en matinées. C’est-à-dire que maintenant toutes les formations c’est une demi-journée. Donc plein de matinées, toutes les matinées sont prises pour faire des formations. Pour les stagiaires ça devient plus flexible aussi. Du coup, dans la même journée, ils peuvent être en formation le matin et travailler à leur bureau l’après-midi, en l’occurrence ce n’était pas le bureau, c’était chez eux.
D’une manière générale la formation à distance a apporté, pour nous, de nouveaux usages avec de nouveaux outils et un plaisir de travailler sur un temps découpé.

Frédéric Couchet : J’ai justement une question sur ces nouveaux usages, mais juste avant est-ce que la formation à distance est plus fatigante pour le formateur ou la formatrice et même question pour les personnes qui suivent la formation, par rapport à une formation purement présentielle ? Je ne sais pas qui veut répondre à la question. Marie-Jo.

Marie-Jo Kopp Castinel : Très clairement, en présentiel je suis épuisée, lessivée, à la fin de la formation ; mes stagiaires aussi, il n’y a pas de souci ! En distanciel, ce sont les stagiaires qui me disent que c’est épuisant. Épuisant parce qu’ils sont à fond. Quand il y a un groupe, il y en a toujours un qui est en retard, qui va poser une question, les autres peuvent se reposer. En distanciel c’est chacun de son côté, c’est très compliqué aussi, il n’y a pas cette entraide qu’on a dans une salle de formation où les gens s’entraident. Là ils sont très seuls. Quand ils étaient à deux, c’était quand même plus simple pour eux. Ce sont de bons utilisateurs qui me disaient « c’était super, mais je suis épuisé ». Je pense que c’est beaucoup plus reposant pour le formateur, à mon avis. Peut-être aussi qu’en présentiel j’ai une certaine dynamique qui fait que je me vide complètement, mais pour moi c’est beaucoup plus reposant et c’est aussi le côté positif.

Jean-Michel Boulet : Je suis d’accord. C’est ça. C’est plus reposant pour le formateur. C’est peut-être plus de tension pour les stagiaires et c’est pour ça qu’on a découpé les formations en demi-journées. Pour moi, une journée de formation c’est trop lourd.

Frédéric Couchet : D’accord.

Marie-Jo Kopp Castinel : Il y en a qui ont apprécié pour certains sujets. En respectant des pauses comme en présentiel, je fais 15 minutes de pause par demi-journée, que ce soit distanciel ou présentiel, en respectant les pauses, je n’ai pas vu le temps passer. C’est là où j’ai fini par me faire plaisir. Je m’étais dit une journée ça va être monstrueux, c’est ce que disaient les gens « passer une journée derrière son ordinateur ça va être monstrueux ». En fait comme ils pratiquent, on est quand même sur de la pratique dans nos outils numériques, du coup ça passe très vite. Mais je pense que c’est lourd et qu’il vaut mieux, en effet, privilégier des demi-journées plutôt qu’une journée entière. Ça se fait aussi, tu as raison.

Frédéric Couchet : D’accord. Je précise juste qu’il nous reste une petite dizaine de minutes. Avant de poser une nouvelle question, je vais juste préciser que vous pouvez découvrir les outils qu’on a cités, notamment en tout cas, sur le site du Collectif CHATONS avec un « S », chatons.org, qui est le Collectif des Hébergeurs Alternatifs, Transparents, Ouverts, Neutres et Solidaires, notamment BigBlueButton qui est un outil de visioconférence et de classe virtuelle.
J’avais justement une question, Marie-Jo. Pendant la préparation, si je me souviens bien, tu m’as expliqué que cet outil de classe virtuelle qui propose de la vidéo, du partage d’écran, propose aussi une zone de chat et tu m’as dit que des gens qui ne s’exprimeraient pas en présentiel s’étaient exprimés sur la zone de chat. Est-ce que tu peux faire ce retour d’expérience ?

Marie-Jo Kopp Castinel : En plus, toujours pareil, Jean-Michel, dans des groupes on peut avoir des problèmes de hiérarchie, on peut avoir des problèmes de grands timides ou de grandes gueules. Eh bien des gens qui n’auraient pas ouvert la bouche dans un groupe — c’est le rôle du formateur de les suivre — vont facilement poser une question sur le chat, commenter quelque chose. Et puis il y a aussi le chat privé, il y a ceux qui vous écrivent en privé. Suivre le chat public et le chat privé, c’est compliqué. J’explique en deux mots : on a un outil de chat ; quand on écrit tout le monde voit ce qu’on écrit. Mais, sur BigBlueButton, on peut aussi écrire en privé à quelqu’un, c’est-à-dire qu’à la personne. Moi j’avais des gens qui me posaient des questions en chat privé, ils ne les posaient pas au groupe. C’est une gymnastique que de suivre les deux ! Du coup, des gens qui n’auraient certainement jamais dit autant de choses en présentiel ont pu s’exprimer en distanciel, poser des questions.

Frédéric Couchet : Ça permet effectivement à des gens, comme tu viens de le dire, de s’exprimer alors qu’en fait ils ne l’auraient sans doute pas fait en présentiel. Ça fait finalement partie de ces apports positifs, quelque part, du distanciel.

Marie-Jo Kopp Castinel : Oui. De s’exprimer soit pour poser une question, soit quelqu’un qui serait peut-être plus avancé qui, en même temps, fait des tests, il est en même temps sur Internet, il vérifie, il pose des questions parallèles, il n’aurait pas bloqué une formation pour parler d’un sujet annexe. Alors que là on peut le faire.

Frédéric Couchet : D’accord. Est-ce que tu veux rajouter quelque chose, Jean-Michel, avant qu’on passe au dernier point ?

Jean-Michel Boulet : Non. On a des beaux outils et quand on les utilise bien c’est parfait, c’est nickel. On profite !

Frédéric Couchet : Donc on a les outils, il faut monter en compétences, nouvelles possibilités pédagogiques.
On va aborder le dernier point. Tout à l’heure tu as parlé d’un mot, Qualiopi, qui a d’ailleurs fait réagir sur le salon un certain Dimitri, je ne sais pas si c’est le Dimitri qui fait de la formation et que je connais, il répondra.

Jean-Michel Boulet : Si, je pense que c’est lui.

Frédéric Couchet : C’est lui ? Donc Dimitri Robert. On le salue.

Jean-Michel Boulet : On va parler de lui.

Frédéric Couchet : D’accord. Le dernier point c’est la problématique du financement de la formation professionnelle en France. Comme c’est un sujet qui est un petit peu particulier, un terrain glissant on va dire, peut-être, Jean-Michel, que tu pourrais commencer par expliquer ce qu’est Qualiopi, ce que tu voulais dire là-dessus.

Jean-Michel Boulet : Oui. Je vais reprendre un petit texte pour expliquer, mais c’est tout simple. En fait, Qualiopi c’est la future certification obligatoire pour les organismes de formation à partir du 1er janvier 2022. C’est une certification pour organismes de formation. Ça été pondu par la loi du 5 septembre 2018 et il faut le mettre en place au 1er janvier 2022.
Pourquoi est-on obligé d’être certifié ? Il faut savoir que quand on fait de la formation professionnelle, il y a des fonds qui interviennent. Il y a un pourcentage du bulletin de salaire de chaque Français qui va à la formation professionnelle, qui est collecté. Avant c’était par les OPCA [Organismes paritaires collecteurs agréés], maintenant ce sont les OPCO [Opérateurs de compétences]. Ce pourcentage sert à abonder, à permettre de monter des formations professionnelles.
Pour pouvoir profiter de ces fonds, il va falloir, à partir du 1er janvier 2022, être certifié Qualiopi. Voilà.
Ça permettra aussi d’avoir des formations auprès d’organismes publics parce que même les collectivités et l’État devront, pour faire un appel, savoir si on est certifié Qualiopi ou pas, pour pouvoir assurer la formation.
Être certifié Qualiopi permettra aussi de savoir si l’organisme de formation a inscrit des parcours de formation au répertoire spécifique, au Répertoire national de certification professionnelle, c’est-à-dire, en gros, là où on retrouve l’ensemble des formations.
En gros, Qualiopi c’est quoi ? C’est une continuité du Datadock. Datadock c’est un autre gros mot. Datadock c’était en 2017, maintenant on a Qualiopi. C’est une demande de structuration forte des organismes de formation.

Frédéric Couchet : D’accord. C’est une bonne chose ?

Jean-Michel Boulet : C’est de l’administratif, c’est du pur administratif avec 32 indicateurs et 7 critères. Du coup, en fait c’est ce que je disais tout l’heure, c’est-à-dire la possibilité de prendre en amont les attentes exactes des stagiaires, d’avoir un feed-back en fin pour savoir s’il y a eu une bonne progression, d’avoir des échanges constructifs au-delà du temps de formation. C’est-à-dire qu’il y a tout un travail administratif.
C’est de la procédure et c’est de la procédure qui n’est pas finie, ce n’est pas près de s’arrêter parce qu’on est dans une démarche d’amélioration continue.

Frédéric Couchet : OK ! Marie-Jo, là-dessus tu veux réagir ?

Marie-Jo Kopp Castinel : Je vais réagir un peu sous un autre angle. Datadock ce n’est un gros mot, c’était une certification qualité qui nous a permis à tous, justement, de remettre en place les bonnes procédures. Le but de Datadock c’était d’éliminer les petits organismes de formation, mais ils se sont accrochés et ils se sont certifiés pour la bonne raison que c’était du temps et on l’a fait.
Là où ce Qualiopi est absolument scandaleux c’est que c’est une certification qui coûte au minimum 5 000 euros. Donc là, en fait, il faut payer pour être certifié, il ne faut pas être meilleur que les autres, il faut payer !
J’en reviens au logiciel libre. 90 % des entreprises du Libre sont des TPE. Ça veut dire que demain si une entreprise veut se faire financier sa formation administration Linux, elle n’aura pas le choix de son prestataire si celui-ci n’a pas sorti 5 000 euros la première année plus 3 000 euros tous les deux ans pour avoir sa certification Qualiopi. Le but c’est toujours d’éliminer les petits organismes de formation et, dans le logiciel libre, ce sont des petits organismes de formation. Voilà ma vision de Qualiopi. On en reparlera, Jean-Michel, mais, quand une collectivité fait un appel d’offres, elle n’a rien à faire de Qualiopi ! C’est obligatoirement par appel d’offres, ils n’ont pas droit de faire de la formation sans appel d’offres.

Jean-Michel Boulet : Oui. Il y a autre chose à prendre en compte dans ce cas-là, c’est qu’on n’est pas obligé d’être certifié Qualiopi pour survivre en tant que centre de formation parce que, de toute façon, c’est à peine un quart des formations qui passe par les OPCO.

Frédéric Couchet : OPCO, Opérateurs de compétences. On a cité beaucoup de mots clefs.

Jean-Michel Boulet : Je voudrais dire une dernière chose à propos de Dimitri qui est en ligne. Il y a un projet de Dimitri de développement d’une application pour répondre à la demande de structuration Qualiopi et Dimitri en fait un logiciel libre en AGPL. J’ai mis le lien sur le site de l’April.

Frédéric Couchet : D’accord. On mettra la référence. Dimitri Robert. L’AGPL est une licence libre, notamment dédiée pour les services, les sites web, etc.
Je suis désolé, mais les intervenants suivants viennent de rentrer, en tout cas ils attendent sagement derrière la vitre.
Il reste deux minutes à chacun et chacune si vous avez un message à faire passer, un résumé, une actualité ou un besoin. On va commencer par Jean-Michel, mais vraiment deux minutes maximum.

Jean-Michel Boulet : L’actualité c’est toujours d’améliorer le catalogue et d’avoir des spécialistes qui sont capables de défendre des logiciels libres qu’ils apprécient. Donc trouver des personnes qui se font plaisir dans la formation pour monter des formations, en avoir plus.
L’idée c’est aussi de bien faire penser à tout le monde que s’il y a des migrations vers le logiciel libre, ce n’est pas moins cher que du logiciel propriétaire. Généralement, on dit qu’il faut pointer l’argent des licences vers la formation professionnelle ; c’est un point qu’on ne dit pas assez : arrêter de payer des licences de logiciels, c’est utiliser l’argent sur des budgets de formation professionnelle parce qu’il faut accompagner les migrations ; c’est le changement.
Et puis dire aussi que quand vous travaillez avec des spécialistes qui sont dans le Libre, ce sont généralement des gens qui sont intégrés dans des communautés et que les formations professionnelles c’est aussi un moyen de voir quels sont les problèmes qui sont posés par l’application, voire les bugs et les choses comme ça et généralement les formateurs ont un rôle de faire remonter ces bugs et ces améliorations des logiciels, d’ergonomie et de choses comme ça.
Donc faire appel aux spécialistes du logiciel libre en particulier c’est s’assurer, d’un côté, que la personne connaît le logiciel, le métier, le monde du Libre, mais aussi, en arrière plan, qu’elle peut participer à l’amélioration de l’application.

Frédéric Couchet : Super Jean-Michel. Pareil, dernier mot de conclusion Marie-Jo.

Marie-Jo Kopp Castinel : Il a dit pas mal de choses donc c’est tout bon.
En conclusion, j’espère que monsieur Covid va nous laisser continuer à travailler, que le présentiel va quand même continuer. Dire n’arrêtez pas tout parce qu’on peut prendre des mesures, on prend des mesures : on est moins dans les salles, on met des masques, etc. Formez-vous, bien sûr, avec des gens qui connaissent et qui sont passionnés par l’outil parce que sinon ça se passera mal. Il y a des migrations qui se passent mal parce qu’on a pris les mauvais intervenants et ça se passe mal à la fin.
En espérant que cette année soit moins perturbée que 2020.

Frédéric Couchet : C’est tout ce qu’on peut espérer. En tout cas, je conseille les personnes qui cherchent des intervenants et intervenantes de qualité professionnelle et libristes de faire appel à Marie-Jo Kopp Castinel de la société opengo.fr et Jean-Michel Boulet 2i2l.fr.
Je vous remercie tous les deux et je vous souhaite de passer une bonne fin de journée et à bientôt.

Marie-Jo Kopp Castinel : Merci beaucoup.

Jean-Michel Boulet : Merci. À bientôt. Au revoir

Marie-Jo Kopp Castinel : Merci Fred. À bientôt. Au revoir.

[Virgule sonore]

Frédéric Couchet : Nous sommes en direct et nous allons faire une pause musicale.

[Virgule musicale]

Frédéric Couchet : Après la pause nous aurons la chronique de Marie-Odile Morandi, « Les transcriptions qui redonnent le goût de la lecture ».
Nous allons écouter Seas of Mars par Jahzaar. On se retrouve dans environ quatre minutes. Belle journée à l’écoute de Cause Commune, la voix des possibles.

Pause musicale : Seas of Mars par Jahzaar.

Voix off : Cause Commune, 93.1

Frédéric Couchet : Nous venons d’écouter Seas of Mars par Jahzaar, disponible sous licence libre Creative Commons Partage dans les mêmes conditions, CC By SA.
Nous allons passer au sujet suivant.

[Virgule musicale]

Chronique « Les transcriptions qui redonnent le goût de la lecture » de Marie-Odile Morandi, animatrice du groupe Transcriptions et administratrice de l’April, intitulée « Les apprentissages des jeunes, leur matériel, enseignement à distance et inégalités »

Frédéric Couchet : Les choix, voire les coups de cœur de Marie-Odile Morandi, qui met en valeur deux ou trois transcriptions dont elle conseille la lecture, c’est la chronique « Les transcriptions qui redonnent le goût de la lecture » de Marie-Odile Morandi, animatrice de notre groupe Transcriptions. Le thème du jour : « Les apprentissages des jeunes, leur matériel, enseignement à distance et inégalités ».
Bonjour Marie-Odile. Je te passe la parole.

Marie-Odile Morandi : Bonjour à toutes. Bonjour à tous. Bonjour Frédéric.

Nous le savons, encore beaucoup d’enseignement a été dispensé à distance durant cette année scolaire 2020/2021 qui se termine.
L’émission de France Culture Le temps du débat du 10 avril 2021 intitulée « Enseignement à distance : y a-t-il une bonne solution ? » a été transcrite. Le lien est sur la page des références concernant l’émission d’aujourd’hui.
À ce débat, animé par François Saltiel, participaient Sophie Vénétitay, secrétaire générale adjointe du SNES-FSU, principal syndicat dans l’enseignement secondaire, Laurence Allard, maîtresse de conférences en sciences de la communication à l’université et Pascal Plantard, professeur d’anthropologie des usages et des technologies numériques lui aussi à l’université.
Je souhaite aujourd’hui mettre le focus sur l’un des thèmes traités par les intervenants, à savoir les inégalités scolaires, la fracture dite « numérique » et l’enseignement à distance tel qu’il s’est déroulé.

Les trois intervenants soulignent que l’enseignement à distance a permis un certain rapprochement entre les parents, eux aussi confinés à la maison en télétravail, et les enseignants et enseignantes de leurs enfants. Il y a eu beaucoup d’échanges à ce moment-là, la relation parents-enseignants a été renforcée voire a explosé. Beaucoup de parents se sont rendu compte qu’enseigner est un métier difficile qui ne s’improvise pas ; n’est pas enseignant qui veut ! Cependant, cette relation reste marquée par de profondes inégalités sociales qu’il ne faut pas éluder.
Pascal Plantard revient sur le mythe des digital natives qui voudrait que les jeunes, tombés dans le numérique quand ils étaient petits, n’aient pas besoin de formation. Ce mythe perdure dans les familles les plus vulnérables. À force de dire que les technologies c’est une histoire de jeunes, d’associer dans les publicités des images de smartphones à des images de jeunes, on a conduit les parents déjà fragiles vis-à-vis de leur relation avec l’école à se dessaisir et à laisser filer.

Laurence Allard nous rappelle que les derniers chiffres disponibles, datant de 2020, semblent montrer que la population est bien équipée ; il y aurait au moins un ordinateur dans 86 % des foyers. Mais que signifie ce « au moins » ? Un ordinateur par élève et par parent ? « On a un ordinateur pour cinq » est l’une des phrases prononcée dans un montage réalisé pour l’émission. Laurence Allard se demande qui aura l’usage de cet unique ordinateur au sein de la famille ? Quelles seront les négociations entre parents, entre parents et enfants et entre enfants ? Qu’en sera-t-il des inégalités de genre et des inégalités entre enfants ? Selon elle, il faut réfléchir au problème non seulement du côté des outils, de la technique, mais aussi du côté des relations familiales qui se nouent autour de ces équipements.

Une grande majorité des enfants de plus de 11 ans possède un smartphone. Les jeunes sont connectés en permanence aux réseaux sociaux, mais qu’en est-il de ce que Pascal Plantard appelle leur capital culturel numérique ? Qu’en sera-t-il demain quand ils devront remplir un CV et s’adapter aux situations dues à la dématérialisation en marche à tous les étages ?
Ce n’est pas parce qu’on a un équipement qu’on sait s’en servir. Sophie Vénétitay s’est rendu compte que ses élèves, lycéens, ne savaient pas utiliser correctement une messagerie électronique. On demande à nos enfants d’utiliser des outils numériques dont ils ne sont pas coutumiers et, comme pour tout le monde face à ces outils, un apprentissage est nécessaire. Elle se demande à quel moment l’apprentissage de l’utilisation de l’environnement numérique de travail, face auquel même beaucoup de parents se sont trouvés démunis, est fait.
Je ne souhaite pas particulièrement revenir sur mon passé professionnel d’enseignante de technologie niveau collège, mais il fut une époque, certes lointaine, où ces apprentissages étaient dispensés, avec un programme pour chacun des quatre niveaux du collège.
La question se pose : comment aujourd’hui l’Éducation nationale prépare-t-elle les élèves à se repérer dans ce monde numérique, à agir et à en être les acteurs ? Constatation est faite que c’est le marché qui, actuellement, forme les jeunes, mais à des usages divertissants, récréatifs.

Les GAFAM, Google en particulier, s’intéressent énormément aux données d’éducation et à l’éducation en général vu les énormes intérêts économiques que cela représente. Au moment où les outils officiels dédiés à cet enseignement à distance ne fonctionnaient pas ou peu, les enseignants, dont l’un des objectifs principaux était de garder le contact, de maintenir le lien avec leurs élèves, se sont tournés vers ces grandes plateformes. Se pose alors le problème de la protection des données, sauf qu’on se rend compte que certains produits, conseillés officiellement, sont hébergés sur des serveurs appartenant à Amazon. Que faire ?
Pascal Plantard affirme qu’il va bien falloir réussir à faire de l’enseignement à distance sans les plates-formes américaines, rappelant que leur modèle économique est basé sur l’économie de l’attention. Il cite l’exemple qu’il connaît bien : en Bretagne il existe un Espace numérique de travail basé sur une plateforme d’enseignement à distance libre, géré par des agents publics auxquels on peut s’adresser directement en cas de problème. Les offres américaines ont été utilisées pour la communication, mais au sein des disciplines les ressources utilisées sont produites par les enseignants eux-mêmes, dans des logiques coopératives, par exemple Sésamath, plateforme d’échanges pour l’enseignement des mathématiques.

On regrette qu’aucun bilan de la période de confinement de 2020 n’ait été réalisé, bilan technique, mais aussi pédagogique et social puisque toutes les problématiques avaient émergés : questions de tuyaux, d’équipement, de services, de relation au savoir, mais aussi des questions d’espace et de relations familiales. L’école à la maison est une vaste problématique qui n’est pas seulement un problème d’outils…, mais la disponibilité des outils reste primordiale.

Raison pour laquelle je souhaite rappeler la chronique d’Isabelle Carrère dans l’émission Libre à vous ! du 13 avril 2021. Le lien est là aussi sur la page des références concernant l’émission de ce jour.
Isabelle Carrère est présidente d’Antanak, une association située dans le 18e arrondissement de Paris qui lutte contre l’extractivisme, les déchets d’équipements électriques et électroniques par le reconditionnement d’ordinateurs et qui œuvre pour l’appropriation du numérique par toutes et tous grâce aux logiciels libres. Cette chronique était intitulée « Les apprentissages informatiques pour les jeunes et les moins jeunes ».
Depuis sa création, en 2015, l’association a distribué des dizaines d’ordinateurs reconditionnés et installés avec des distributions GNU/Linux ; les choses se sont accélérées pendant le confinement de 2020. Toute personne qui reçoit un ordinateur reconditionné bénéficie d’une rencontre avec un bénévole de l’association qui consacre plus d’une trentaine de minutes à lui donner des explications sur la mise en route de l’appareil, ses fonctionnalités de base. Travail énorme d’autant plus, affirme Isabelle, que le seul besoin qu’on a inculqué aux plus jeunes c’est de savoir où cliquer ! Ils veulent des réponses toutes faites pour aller vite, sans comprendre comment ça marche, sans se poser de questions. Je vous laisse découvrir les confusions qu’elle a pu observer chez ces jeunes, leur flagrant manque de connaissances du sujet.
Elle constate qu’il y a encore de grandes injustices : selon le quartier dans lequel on vit, l’établissement scolaire qu’on fréquente, la condition sociale de ses parents, on n’aura pas les mêmes chances dans l’appropriation du numérique, la capacité de réfléchir, de faire des choix, de comprendre les enjeux politiques qu’il y a derrière. Elle déplore que rares sont encore les enseignants et enseignantes qui prennent le temps de parler du monde du Libre.

L’école à distance n’est pas l’école telle qu’on la connaît. Une salle de classe n’est pas simplement un lieu de transmission de savoirs, c’est un lieu unique où des interactions se nouent entre les élèves et l’enseignant et entre les élèves eux-mêmes, parfois avec des conflits. Le métier d’enseignant est un métier de relations humaines et cette dimension humaine ne se retrouve pas en distanciel.
Nous ne savons pas comment va évoluer globalement l’enseignement classique, une partie en enseignement à distance risque de perdurer. Il va falloir développer de nouvelles pratiques, inventer cet enseignement à distance qui ne peut pas être une reproduction de l’école en présentiel et on en revient, encore une fois, à la nécessaire formation des enseignants.
La question des inégalités reste primordiale. On évalue à plus de 12 millions le nombre de Français qui sont éloignés du numérique et l’école reste le lieu privilégié qui permettra de changer cette situation.
Il faut cesser de distribuer aux élèves du matériel gadget servant de comm’, soutenir les associations qui offrent des produits sérieux et pensés. Des solutions vertueuses permettant l’enseignement à distance existent. Des ressources éducatives libres sont à disposition sur Internet.
Une dynamique doit être impulsée au niveau politique national permettant de se dégager des intérêts privés. Les usages des technologies numériques peuvent développer une forme de pouvoir d’agir, une forme d’émancipation et nous savons tous que cela ne se fera pleinement qu’avec le plus possible de solutions et de produits libres.

Je vous encourage donc à lire les deux transcriptions dont je viens d’essayer de faire une synthèse.

Frédéric Couchet : Merci Marie-Odile pour cette belle synthèse.
Je vais préciser que tu as parlé d’Isabelle Carrère de l’association Antanak. Antanak ce sont nos voisins et voisines au 18 rue Bernard Dimey dans le 18e arrondissement de Paris.
Malheureusement, comme l’a expliqué Isabelle la semaine dernière, Antanak a été la cible d’un commando d’abrutis, dimanche 23 mai, qui s’est organisé pour faire exploser et faire disparaître complètement une terrasse sur laquelle il y avait des pieds d’arbres digitalisés qui avaient été construits progressivement depuis le premier permis en 2017 et l’autorisation d’implanter une terrasse en 2018.
Antanak avait construit un totem avec des pièces détachées, des composants d’ordinateurs lors d’un festival. Tout ceci avait été conçu et fabriqué avec art et métier par les antanakiens et antanakiennes aidés de nombreuses habitantes et habitants des immeubles avoisinants. Cette terrasse était devenue un lieu de convivialité. C’est vrai qu’elle était très appréciable et quand je suis arrivé au studio tout à l’heure, effectivement il y a un grand vide, tout triste. Donc cette terrasse était un lieu de convivialité où il faisait bon vivre, qui transformait les trottoirs et la petite place. C’était comme un trait d’union entre la rue et les activités différentes de l’association. Cela servait à la fois de salle d’attente, de lieu de paroles, d’échanges, de détente, de jeux, etc. Il y avait des belles plantes qui y poussaient, un vieil olivier, un rosier, du jasmin, un genêt, des anémones du japon, etc.
Donc grande solidarité et soutien à nos amis d’Antanak. J’espère que tout va aller mieux, que cette terrasse pourra être reconstruite. Isabelle a annoncé qu’il y aura bientôt une fête de soutien, on en parlera bien sûr dans l’émission Libre à vous ! et vous y serez conviés.

C’était la chronique « Les transcriptions qui redonnent le goût de la lecture » de Marie-Odile Morandi. Marie-Odile, je te souhaite, comme à Jean-Christophe tout à l’heure, de passer un bel été et de nous revenir en pleine forme pour de nouvelles transcriptions à la rentrée de septembre.

Marie-Odile Morandi : Merci. Excellent été à vous tous et à vous toutes.

Frédéric Couchet : Merci Marie-Odile.
Nous approchons de la fin de l’émission. Nous allons terminer par quelques annonces.

[Virgule musicale]

Quoi de Libre ? Actualités et annonces concernant l’April et le monde du Libre

Frédéric Couchet : Quelques annonces rapides.
La réunion du groupe Sensibilisation de l’April se tiendra à distance le jeudi 17 juin 2021 à partir de 17 heures 30. Toutes les informations sont disponibles sur le site april.org.
À l’occasion des élections régionales et départementales dont le premier tour a lieu ce week-end, nous encourageons toujours les candidats et candidates à signer le Pacte du Logiciel Libre pour marquer leur engagement en faveur des libertés informatiques. Vous pouvez retrouver toutes les informations sur le site dédié candidats.fr, candidats avec un « s ».
Vous rêvez de découvrir les coulisses d’une radio, de votre émission, vous aimeriez assister en direct à l’émission Libre à vous ! ou à une autre. Nous proposons à deux/trois personnes maximum de venir au studio le mardi pour assister à la mise en place de l’émission vers 15 heures puis au direct à partir de 15 heures 30. Le studio est situé au 22 rue Bernard Dimey dans le 18e arrondissement de Paris. Si cela vous intéresse merci de nous contacter en privé, le nombre de places étant limité évidemment pour des questions sanitaires. Vous retrouverez les moyens de nous contacter sur april.org et sur causecommune.fm, la dernière émission de la saison ayant lieu le 29 juin et nous reprendrons en septembre. L’invitation vaut aussi pour septembre.
Un certain nombre d’événements en présentiel commence à se réorganiser avec les conditions sanitaires qui sont un petit peu meilleures. Vous retrouverez tous ces événements sur le site de l’Agenda du Libre, agendadulibre.org.

Notre émission se termine.

Cette 110e émission a été mise en ondes par Adrien Bourmault. Merci Adrien.
Je remercie également les personnes qui ont participé à l’émission : Jean-Christophe Becquet, Marie-Jo Kopp Castinel, Jean-Michel Boulet, Marie-Odile Morandi.
Merci également à Élodie Déniel-Girodon, bénévole, qui va monter le podcast.
Merci à Olivier Grieco, le directeur d’antenne de la radio, qui va mettre en ligne le podcast sur le site de la radio.
Merci à Quentin Gibeaux qui va découper le podcast complet en podcasts individuels par sujet.

Vous retrouverez sur notre site web, april.org, et sur le site de la radio, causecommune.fm, toutes les références utiles.
N’hésitez pas à nous faire des retours pour indiquer ce qui vous a plu mais aussi des points d’amélioration. Vous pouvez également nous poser toute question et nous y répondrons directement ou lors d’une prochaine émission. Toutes vos remarques et questions sont les bienvenues soit sur le site web soit à l’adresse contact chez libreavous.org.

Nous vous remercions d’avoir écouté l’émission.
Si vous avez aimé cette émission, n’hésitez pas à en parler le plus possible autour de vous. Faites également connaître la radio Cause Commune, la voix des possibles.
Je cherche, je n’ai malheureusement pas en tête le programme de ce soir. Vous allez sur causecommune.fm et vous pouvez retrouver les informations. Notamment le jeudi soir nos camarades des Pingouins en famille animent une émission en direct. Le samedi William, avec son ami Thomas, fait Cyberculture de 14 heures à 16 heures sur l’actualité informatique. Si vous vous intéressez au foot, dans Le monde en questions Isabelle Kortian a consacré un sujet aux Bleus avec un invité, que j’ai écoutée avant-hier. Le lundi matin il y a La matinale avec Lucas Malterre de 7 heures à 9 heures et ensuite c’est en rediffusion. En tout cas vous retrouverez toutes les informations sur causecommune.fm, il y a plein d’émissions.

La prochaine émission aura lieu en direct mardi 22 juin 2021 à 15 heures 30. Notre sujet principal portera sur l’analyse d’audience de sites web notamment avec le logiciel libre Matomo.

Nous vous souhaitons de passer une belle fin de journée. On se retrouve en direct mardi 22 juin et d’ici là, portez-vous bien.

Générique de fin d’émission : Wesh tone par Realaze.