Émission Libre à vous ! diffusée mardi 23 juin 2026 sur radio Cause Commune Sujet principal : Parcours libriste de Anne l’Hôte


Voix off : Libre à vous !, l’émission pour comprendre et agir avec l’April, l’association de promotion et de défense du logiciel libre.

Voix off : Libre à vous !, l’émission pour comprendre et agir avec l’April, l’association de promotion et de défense du logiciel libre.

Frédéric Couchet : Bonjour à toutes, bonjour à tous dans Libre à vous !. C’est le moment que vous avez choisi pour vous offrir une heure trente d’informations et d’échanges sur les libertés informatiques et également de la musique libre.

Le Parcours libriste de Anne L’Hôte, développeuse au ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Espace, ce sera le sujet principal de l’émission du jour. Avec également au programme, en début d’émission, la chronique de Florence Chabanois, intitulée « Mix mix », et en fin d’émission, la chronique de Jean-Christophe Becquet sur Wiklou, le wiki francophone du vélo.

Soyez les bienvenu·es pour cette nouvelle édition de Libre à vous !, l’émission qui vous raconte les libertés informatiques, proposée par l’April, l’association de promotion et de défense du logiciel libre.
Je suis Frédéric Couchet, le délégué général de l’April.

Le site web de l’émission est libreavous.org, vous pouvez y trouver une page consacrée à l’émission du jour avec les liens et références utiles et également les moyens de nous contacter.
N’hésitez pas à nous faire des retours ou à nous poser toute question.

Nous sommes mardi 23 juin 2026.
Nous diffusons en direct sur radio Cause commune, mais vous écoutez peut-être une rediffusion ou un podcast.
Nous saluons également les personnes qui nous écoutent sur les webradios radio Cigaloun et radio Broussaille, ainsi que sur les radios FM Radios Libres en Périgord et Radio Quetsch.

Nous vous souhaitons une excellente écoute.

[Jingle]

Chronique « F/H/X » de Florence Chabanois, intitulée « Mix mix »

Frédéric Couchet : Nous allons commencer par la chronique « F/H/X » de Florence Chabanois, présidente de La Place des Grenouilles.
Statistiques éclairantes, expériences individuelles et conseils concrets : votre rendez-vous mensuel pour comprendre et agir en faveur de l’égalité des genres.
C’est une chronique enregistrée. On se retrouve en direct dans sept minutes.

[Virgule sonore]

Florence Chabanois : Bonjour les copaines.
Je travaille dans l’informatique depuis plus de 20 ans. Je reçois parfois des messages du type « j’aimerais bien avoir plus de diversité dans mon équipe/entreprise/asso/conférence, mais aucune femme ne se manifeste » ; les personnes non binaires sont peu évoquées. C’est quelque chose que moi-même je me disais il y a quelques années : en dix ans de management, j’avais recruté une seule femme. Ce n’était pas une priorité. Ma mission c’était, grosso modo, de ramener des sous et des utilisataires, ce qui passe par sortir des fonctionnalités qui marchent bien dans des délais raisonnables. Pour le reste, tout ce qui n’est pas « business », comme la sécurité, l’accessibilité des produits, l’optimisation des temps, l’écologie, le respect des données personnelles, la souveraineté, la compatibilité avec les vieux appareils, la diversité des équipes en expérience, en genre, en âge, tente de se faire de la place tant bien que mal sur un coin de la roadmap.

D’après Femmes Ingénieures, 25 % des ingénieur·es sont des femmes. Elles se tournent majoritairement vers les secteurs agroalimentaires, chimiques, environnementaux, enseignement, recherche et administration. Il s’agit aussi des secteurs les moins rémunérateurs de l’ingénierie. Cause ou conséquence ?
Les hommes, eux, sont dominants dans les secteurs de l’armement, du transport et de l’informatique. Ils sont aussi plus présents dans les postes de direction générale. Ce n’est pas une particularité de l’ingénierie. En effet, tous secteurs confondus, les postes de direction sont occupés à 80 % par des hommes en Europe, à 64 % à l’échelon d’en dessous et à 56 % encore en dessous.
De toute façon, quel que soit le niveau de responsabilité, le salaire médian des femmes est systématiquement inférieur à celui des hommes, y compris en début de carrière dans l’ingénierie.

Dans l’informatique, Figures et 50inTech comptabilisent 20 % d’écart salarial en 2022, versus 15 % tous secteurs confondus, cela notamment lié au « plafond de verre » et au « plancher collant » qui entravent l’accès aux femmes à des postes de direction.

Mais, si à l’entrée dans les filières scientifiques ou informatiques, il y a peu de filles, qu’est-ce qu’on y peut ? En fait, jusqu’au lycée, il y a presque autant de filles que de garçons dans les filières scientifiques. En 2020, il y en avait même autant. Depuis la réforme Blanquer, en 2019, les élèves fuient les filières scientifiques : on perd 30 % des garçons et 60 % des filles, ce qui nous a fait revenir 25 ans en arrière en termes de part de lycéennes choisissant ces disciplines.

Pour être fair, pour être juste, en même temps l’égalité femmes hommes, c’était la grande cause du quinquennat précédent. La GEM, la Grande École du Numérique qui avait pour mission de former au numérique le grand public, y compris les femmes, vient d’ailleurs d’être dissoute. Sur le site, encore disponible pour l’instant, vous pouvez voir comment l’informatique a été créée, à l’origine, par des femmes et a été un secteur féminin pendant des décennies, jusqu’à ce qu’il devienne lucratif et « noble ».
D’ailleurs, l’informatique est une des deux seules activités féminisées, qui ont vu entrer des hommes depuis les années 80, avec le textile. En effet, à l’époque, les femmes constituaient 85 % des effectifs informatiques. À l’inverse, des secteurs mixtes à l’époque, comme l’enseignement, le paramédical, comptent aujourd’hui une minorité d’hommes. Ils sont aussi devenus des secteurs d’activité en crise et en souffrance. Coïncidence ? Cause ou conséquence ?

Selon le contexte, il y a les fans de mixité, qu’on entendra plus lorsqu’il y a des groupes en non-mixité choisie, et les fervents de la non-mixité occasionnelle.
Sur le principe, je suis favorable à des groupes mixtes parce que c’est une richesse. On peut, par exemple, y donner de l’écho à la réalité des femmes et à des études qu’on ne regarde pas, pour augmenter cette conscientisation et vice versa.
Je suis aussi favorable à des espaces non-mixtes à côté, où les personnes se comprennent et n’ont pas à se justifier, où elles peuvent se ressourcer en parlant librement de sujets tabous, ou pas d’ailleurs.
En réalité, la mixité est plus difficile à vivre pour certaines catégories de personnes que d’autres. En fonction du rapport de domination implicite, on n’a pas les mêmes barrières à prendre en compte. Quand on est un homme, on ne vit pas les mêmes micro-agressions, les mêmes injonctions à ne pas parler trop fort, on a une légitimité par défaut, on a le droit d’être en désaccord sans se faire coller une étiquette, ni critiquer sur la forme, on n’a pas besoin de se sur-adapter et de peser chaque mot pour ne pas braquer l’autre.
En fait, la mixité n’a pas d’évidence, elle se travaille et se construit.

Pour avoir plus de diversité, il faut déjà y porter de l’attention, écouter les femmes pour savoir pourquoi elles ne viennent pas et pourquoi elles repartent si vite ; dans l’informatique, la moitié des femmes repart après 10 ans.
Il ne suffit pas de parler de flexibilité horaire dans les offres d’emploi avec de l’écriture égalitaire, de savoir ou de se dire que dans son organisation, il n’y a pas de sexisme, qu’on est quelqu’un de bien, quelqu’une de bien, donc pas sexiste non plus.
Il y a le sexisme hostile auquel on pense par défaut, où on insulte et dégrade ouvertement les femmes, mais il y a aussi le sexisme bienveillant où on va complimenter les femmes sur leur douceur, leur tenue, leur gentillesse, leur charme et le sexisme intériorisé où l’infériorité des non-hommes fait partie de notre vision du monde plus ou moins consciemment. Cela peut passer par
du manterrupting, où les hommes coupent la parole aux femmes,
du manspreading, où des hommes prennent tout l’espace physique et/ou vocal,
du hepeating, où une idée devient intéressante si elle sort d’une bouche masculine,
du bropriating, la récupération d’une idée de femme sans que cela soit relevé.
D’ailleurs, la culture sexiste dans la tech caracole en tête des motifs des départs des femmes.

Le sexisme est partout, dans toutes les causes, organisations, partis politiques, secteurs d’activité, espaces publics et privés, dans chaque personne.
Il n’y a pas de solution miracle one shot. Si on veut de la diversité dans nos organisations, cela touche forcément aussi à l’équité dans les domaines connexes : foyers, culture, structures, logiciels faits majoritairement par des hommes, santé, éducation. Les dynamiques sont liées et se nourrissent.

Penser que c’est un problème local, un malentendu, qu’individuellement on n’a ni levier ni responsabilité, est une erreur· Même lorsque l’on dit que ce n’est pas prioritaire ou hors sujet, dès qu’on arrête d’investir dessus, on ouvre une brèche, on recule face aux forces contraires, le statu quo inégalitaire.
C’est ce qui permet à des violences sexistes et sexuelles de prospérer et tant d’affaires de rester sous silence pendant des décennies avant d’enfin pouvoir être audibles, qu’il s’agisse de PPDA [Patrick Poivre d’Arvor], de l’abbé Pierre, d’Andy Rubbin, le créateur d’Android, ou des révélations de Susan Fowler chez Uber. La communauté du Libre n’est pas en reste avec Jacob Appelbaum de Tor/Debian par exemple.

Mettre en place des numéros verts, des codes de conduite dans les communautés, c’est mieux que rien, après que des femmes aient enfin réussi à faire fi du gaslighting et à parler, à se faire entendre, mais est-ce suffisant ?

Est-ce qu’on peut parler de logiciel vraiment libre s’il reflète le patriarcat de la société, s’il ne concerne que les hommes blancs, hétéros, valides ? Est-ce que la machine de Blanquer ne nous a pas renvoyés plus loin que 25 ans en arrière, mais en 1789, quand on mettait en place le suffrage universel uniquement pour les hommes ? Je vous laisse sur ça et je vous dis à bientôt !

[Virgule sonore]

Frédéric Couchet : Nous sommes de retour en direct.
C’était une chronique enregistrée de Florence Chabanois, intitulée « Mix mix ». Florence est présidente de La Place des Grenouilles, lapdg.fr. Vous retrouverez les références sur libreavous.org/280, sur le site de Cause Commune, causecommune.fm, ou encore dans les notes de l’épisode si vous nous écoutez en podcast.
Je précise que Florence va mettre en pause sa chronique pour la prochaine saison. Nous la remercions chaleureusement pour ces deux de chronique et évidemment nous gardons au chaud sa place dans l’équipe de chroniques.

Nous allons faire une pause musicale.

[Virgule musicale]

Frédéric Couchet : Après la pause musicale, nous aborderons le Parcours libriste de Anne L’Hôte, développeuse au ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Espace.
En attendant, nous allons écouter Un fantôme dans la maison, par Odysseus. On se retrouve dans trois minutes quarante. Belle journée à l’écoute de Cause Commune, la voix des possibles.

Pause musicale : Un fantôme dans la maison, par Eric Querelle aka Odysseus.

Voix off : Cause Commune, 93.1.

Frédéric Couchet : Nous venons d’écouter Un fantôme dans la maison, par Odysseus, disponible sous licence libre Art Libre.
L’occasion, pour moi, de rappeler que toutes nos pauses musicales sont sous des licences libres qui permettent de les partager librement avec vos proches, de les télécharger parfaitement légalement, de les remixer y compris pour des usages commerciaux. Ce sont des licences type Creative Commons Attribution, Creative Commons Partage dans les mêmes conditions ou encore licence Art Libre, comme le titre que nous venons d’écouter, Un fantôme dans la maison, par Odysseus.

[Jingle]

Frédéric Couchet : Nous allons passer à notre sujet principal.

[Virgule musicale]

Parcours libriste avec Anne L’Hôte, développeuse au ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Espace

Frédéric Couchet : Nous allons poursuivre par notre sujet principal qui va être un Parcours libriste. L’idée d’un Parcours libriste c’est d’inviter une seule personne pour parler de son parcours personnel et professionnel, un parcours individuel, certes, mais qui va être bien sûr l’occasion de partager messages, suggestions et autres. Notre invitée du jour est Anne L’Hôte, développeuse au ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Espace.
Bonjour Anne.

Anne L’Hôte : Bonjour !

Frédéric Couchet : N’hésitez pas à participer à notre conversation sur le site causecommune.fm, bouton de « chat », ou sur le site de Libre à vous. Nous mettrons toutes les références utiles sur la page de l’émission, sur libreavous.org/280, ou dans les notes de l’épisode si vous nous écoutez en podcast.
Anne, c’est un grand plaisir de te recevoir pour la première fois au studio parce que, tout à l’heure, je préciserai que tu es déjà intervenue dans Libre à vous. Merci pour la confiance que tu nous accordes en acceptant de partager des bouts de ton parcours.

Anne L’Hôte : Merci pour l’invitation. C’est toujours un peu angoissant de parler de soi-même, je vais donc tâcher d’être à la hauteur de cette invitation.

Frédéric Couchet : Je comprends que ce soit angoissant, c’est pour cela que je te remercie. Toutes les personnes invitées à ce fameux format qu’est Parcours libriste nous disent exactement la même chose.
Pour commencer, on va parler un peu de ton enfance et, pour situer un petit peu les choses, de quelle génération es-tu et où as-tu grandi ?

Anne L’Hôte : Je suis née en 1985, génération Mitterrand si ça peut résumer la situation. J’ai grandi dans l’Ouest parisien, je suis donc une banlieusarde, comme on pourrait dire, plutôt une banlieue aisée, on va dire, entre Poissy, donc un peu aisée, et les Mureaux, Val de Seine, un peu moins aisée. J’ai eu une enfance un peu partagée entre les deux, j’étais dans un établissement privé catholique, donc assez aisé, mais je pratiquais la course à pied, un des sports les plus populaires, avec le foot, dans un quartier un peu moins aisé, ce qui m’a permis de ne pas rester cloîtrée dans un seul secteur.

Frédéric Couchet : Ça va me permettre d’aborder deux sujets différents, je pense qu’un sujet va revenir au cours de l’émission, notamment à la fin, qui est le sport, parce que tu parles de la course à pied. Vers quel âge as-tu commencé la course à pied ? Tu te souviens ?

Anne L’Hôte : Oui, tout à fait. J’avais neuf ans.

Frédéric Couchet : Dans le cadre d’un club d’athlétisme ?

Anne L’Hôte : Oui, tout à fait. On faisait la tournée des associations de la ville où j’habitais et ma sœur m’a dit de ne pas faire du tennis parce que je n’aurais qu’un bras, je n’aimais pas trop la piscine. J’ai demandé le foot, mais, à cet âge-là, il n’y avait pas pour les filles. Le club qui restait c’était la course à pied. Le principe, c’était d’aller courir dans la forêt parce qu’il n’y avait pas tellement de structures à l’époque.

Frédéric Couchet : D’accord. On va y revenir tout à l’heure parce que le sport est l’une de tes passions. D’ailleurs, avant d’oublier, je te remercie de m’avoir fait découvrir, l’an dernier, un trail qui s’appelle Les 40 bosses, dans la forêt de Montmorency.

Anne L’Hôte : Pas facile !

Frédéric Couchet : Pas facile du tout, je confirme, et encore, j’ai fait la version la plus courte, 10 kilomètres. On reviendra sur cette passion sportive parce qu’elle fait partie de ta vie.
On va parler un petit peu de l’école. Tu as dit que tu étais dans une école catholique, c’est ça ?

Anne L’Hôte : Oui, tout à fait, qui s’appelle Notre-Dame Les Oiseaux, c’est assez joli comme nom.

Frédéric Couchet : Notre-Dame Les Oiseaux, c’est effectivement mignon comme nom. Comment s’est passée ta scolarité ? Est-ce que tu y as pris plaisir ? Est-ce que des matières te plaisaient plus que d’autres ? Comment ça s’est passé ?

Anne L’Hôte : Disons que j’ai eu une approche un peu spécifique de l’école parce que je suis fille de prof, ça change un peu l’approche de l’école.

Frédéric Couchet : Tes deux parents étaient profs ?

Anne L’Hôte : Non, ma maman était professeure de français. J’ai beaucoup aimé l’école, surtout parce que ça se passait globalement bien. J’aimais avant tout le sport et, après, les matières scientifiques en général.

Frédéric Couchet : D’accord, j’ai lu dans ta bio que tu as obtenu un bac scientifique avec honneur, c’est ça ?

Anne L’Hôte : Oui, j’ai eu la chance et l’heureux hasard d’avoir une mention, ça aide pour la suite.

Frédéric Couchet : OK. À l’époque, est-ce que tu te questionnais sur le choix entre le sport, d’un côté, parce que j’ai l’impression que c’est quelque chose qui te plaît beaucoup et qui te plaisait beaucoup, le sport éventuellement de façon professionnelle, et plutôt les sciences ? Est-ce que tu te posais la question et si oui, qu’est-ce qui t’a orientée pour, finalement, choisir de devenir ingénieure en informatique ?

Anne L’Hôte : La question c’était est-ce que je ne pourrais pas faire de ma passion mon métier ? Le premier débouché que j’ai envisagé, typiquement, a été prof de sport, bien sûr, fille de prof, voilà ! Mais une de mes enseignantes m’a dit que le pouvoir d’achat d’un professeur de sport ce n’est pas fou, je te déconseille de faire ça. Ça m’a permis de remettre ce choix en question. Ensuite, surtout, je n’avais pas envie de consumer ma passion à essayer de faire faire du sport à des gens qui n’en avaient pas très envie.

Frédéric Couchet : C’est-à-dire que tu n’avais pas envie d’essayer de « forcer », entre guillemets, en tout cas d’encourager des enfants à faire du sport ?

Anne L’Hôte : Voilà ! À priori, la pédagogie ce n’est pas génétique !

Frédéric Couchet : D’accord. Est-ce que tu étais intéressée par le sport individuel ? Parce que, finalement, la course à pied est un sport parfaitement individuel, je sais que tu fais aussi de la randonnée, tu fais du vélo, le vélo peut se faire en équipe. Est-ce que tu étais plutôt intéressée par les sports individuels ou est-ce que les sports en équipe pouvaient aussi t’intéresser ? Tu as dit que tu aurais bien voulu faire du foot, mais il n’y avait pas de club de foot qui acceptait les filles ou de club de foot uniquement de filles.

Anne L’Hôte : Je me suis posé la question, je voulais faire du foot, et à cette époque-là, le seul club féminin qu’on ait trouvé était à Poissy et mes parents m’ont dit « non, c’est trop loin, on ne peut pas t’emmener », ce que je comprends.

Frédéric Couchet : D’accord. Tu étais plus sport individuel ou sport collectif ? Ou les deux finalement ?

Anne L’Hôte : Dans ma pratique, j’étais vraiment sport individuel. J’ai eu ma revanche, par la suite, sur les sports collectifs et j’ai pu mesurer les avantages et les limites.

Frédéric Couchet : Quelle est cette revanche ?

Anne L’Hôte : J’avance un peu dans le temps. En première année d’études post-bac, je suis partie loin de chez mes parents, du coup je m’entraînais toute seule six fois par semaine. C’était un peu dur à assumer, dans la tête, un peu jeune comme ça. En plus, j’ai fini l’année par une fracture de fatigue parce que surentraînement, évidemment. J’ai décidé d’arrêter la course à pied pour revenir à l’idée du foot, d’autant que j’étais dans une ville étudiante où il y avait un club de foot féminin, comme par hasard, donc j’ai rejoint le foot que j’ai pratiqué,, après, pendant dix ans.

Frédéric Couchet : D’accord. On va en parler après. Avant, pour finir sur la partie enfance, vu que tu fais de l’informatique aujourd’hui, question traditionnelle : tu es née en 1985, est-ce que, à un moment, tu as eu un ordinateur ? Est-ce que, dans ta famille, il y avait des ordinateurs ? Est-ce que tu as eu un ordinateur et, si oui, quel en était ton usage ?

Anne L’Hôte : Merci pour la question. En fait, à l’époque, je disais que mon papa était docteur des ordinateurs, mais je crois que ce n’est pas le terme officiel !

Frédéric Couchet : En tout cas, il travaillait dans l’informatique ?

Anne L’Hôte : En fait, il s’est formé à l’informatique, à l’époque on disait la micro-électronique, quand ça s’est répandu un peu partout. Il s’est formé et, effectivement, ça a été son métier après. Pour cette raison, il y avait un ordinateur à la maison et, avec mes sœurs, nous avions le droit de jouer à l’ordinateur, je ne sais plus, une heure le week-end, je crois, quelque chose comme ça. Donc, très vite, j’ai eu des ordinateurs entre les mains, pour jouer. Après, j’ai même eu droit à une calculatrice parce que je faisais des études scientifiques contrairement à mes sœurs. J’ai commencé à programmer, en tout cas à télécharger des jeux de combat sur les TI.

Frédéric Couchet : Texas Instruments ?

Anne L’Hôte : Texas Instruments, bien sûr. J’avais la TI-89. Ça ne me faisait pas peur, par contre, ça soulevait plein de questions chez moi : qu’y a-t-il à l’intérieur ? Comment est-ce possible que ça fonctionne ? Qu’est-ce qu’on pourrait en faire ? C’est plutôt sans aucune passion, mais juste alimentée par des questions que je me suis orientée dans ce métier-là, probablement aussi inspirée par le métier de mon papa.

Frédéric Couchet : Un jour, pour mes deux plus jeunes enfants, j’ai ouvert un ordinateur pour leur demander s’ils pouvaient imaginer à quoi servent les différents composants, voire donner des noms. Est-ce que ton papa a fait la même chose ?

Anne L’Hôte : Super exercice ! Je ne me souviens pas qu’il ait fait ça à l’époque. En tout cas, j’ai assemblé mon premier ordinateur et il a été capable de me dire qu’il y a des revendeurs de pièces détachées.

Frédéric Couchet : Tu veux dire que tu l’as assemblé toi-même ?

Anne L’Hôte : Oui. Il a été capable de me dire qu’il y avait des revues spécialisées, quelle est la compatibilité électronique des composants, qu’on ne peut pas faire n’importe quoi, etc.

Frédéric Couchet : D’accord. La démocratisation d’Internet en France, c’est à peu près les années 98-2000, tu devais donc avoir, si je compte bien, à peu près 15 ans. Est-ce que tu as eu rapidement un accès à Internet et, si tu as eu un accès à Internet, qu’est-ce que tu as découvert ? J’allais dire Wikipédia, mais Wikipédia, je crois, de mémoire, que c’est 2001 ! En tout cas, est-ce que tu as eu rapidement un accès à Internet et qu’est-ce que tu en as fait, à part jouer ?

Anne L’Hôte : Je pense que oui pour l’accès à Internet. Je me souviens du bruit de connexion de l’époque, qu’on a tous en tête, du modem. Et après, je ne sais pas, je ne faisais pas grand-chose avec Internet, je me souviens de la première de Kamini, je me souviens du clip de Kamini, le chanteur… Je ne sais plus, en Picardie ? En tout cas, je me souviens d’avoir découvert Kamini. C’était vraiment ça, Internet, et pas beaucoup plus. Après, oui, quand j’ai commencé les études, c’était assez concomitant, c’était l’accès à l’information.

Frédéric Couchet : Le chanteur est originaire de Marly Gomont, d’ailleurs il tourne toujours, il fait toujours des spectacles.
À l’époque, il y avait des magazines, je sais pas si ça existe encore, sur lesquels on pouvait trouver des CD avec du code. Ton papa étant informaticien, en tout cas, ayant appris l’informatique, est-ce qu’il ne t’a pas acheté ça ? Ou, toi-même, tu ne t’es pas dit « je vais acheter ce genre de magazine » ou « je vais récupérer du code sur Internet pour voir comment ça fonctionne » ? Est-ce que tu as fait ça ?

Anne L’Hôte : Non, pas vraiment. En fait, je pense que c’est une des grandes différences que je perçois avec mes congénères masculins.

Frédéric Couchet : Tes congénères ! J’aime bien le terme.

Anne L’Hôte : Je généralise, bien sûr, ce n’est peut-être pas le bon mot. En tout cas, ma passion c’était le sport, ça n’a jamais été l’informatique ! C’était un centre d’intérêt mais je n’avais pas la passion, je ne codais pas la nuit comme certains de mes collègues à l’université ! J’ai vraiment beaucoup appris en me frottant à ces gens-là dont c’était la passion, mais ce n’est pas la mienne et ça ne l’a jamais été.

Frédéric Couchet : D’accord. On va enchaîner avec cette découverte de la passion.
Tu as ton baccalauréat scientifique et tu vas aller en école d’ingénieur à l’Université de Technologie de Compiègne. Première question : pourquoi ce choix ? On rappelle que tu es du côté des Yvelines, Compiègne c’est quand même à quelques kilomètres des Yvelines. Donc pourquoi ce choix ? Pourquoi l’école d’ingénieur et pourquoi Compiègne ?

Anne L’Hôte : Déjà, je ne sais pas si je voulais exactement être ingénieure. J’ai toujours lutté contre cette dénomination, « ingénieur », qui ne signifie rien d’autre que bac + 5. Dans les autres formations on ne dit pas le niveau d’études. Pourquoi ? En tout cas, je voulais faire des études longues parce que je sentais que j’en avais les capacités et mes parents me confirmaient aussi dans ce choix.

Frédéric Couchet : Ils t’ont encouragée là-dessus ?

Anne L’Hôte : Tout à fait. Je souhaitais ardemment continuer ma pratique intensive du sport. Par ailleurs, l’autre contrainte posée par mon milieu familial, par mes parents, c’était « on peut investir financièrement sur toi, mais, en gros, on ne peut pas payer une école privée et un logement ». Donc, c’était soit un logement loin dans une école publique, soit une école privée à Paris. J’ai postulé plusieurs candidatures et, au final, ça a été prépa intégrée à l’Université de Technologie de Compiègne, ce qui est intéressant, qui se fait aussi dans les INSA [Institut national des sciences appliquées] par exemple.

Frédéric Couchet : Rappelle ce qu’est une prépa intégrée.

Anne L’Hôte : Les deux années de préparation, qu’on fait d’habitude dans les écoles préparatoires pour devenir ingénieur, sont intégrées au cycle ingénieur, c’est-à-dire que c’est dans le même établissement qu’on va faire les cinq ans. Ça m’a apporté une sérénité dans le sens où je n’avais pas à passer des concours après deux ans. Comme j’envisageais de pratiquer le sport intensément, je me suis dit que c’était une source de stress supplémentaire que je souhaitais m’épargner. Pour cette raison-là, j’ai ciblé les écoles à prépa intégrée. Deux choix subsistaient et ma tante, qui est ingénieure, m’a dit que Compiègne était mieux classé que mon autre choix, j’ai donc choisi Compiègne. Ça a rassuré ma maman et mon papa de savoir qu’ils pouvaient venir d’un coup de voiture, me dépanner si jamais. J’étais la première à partir de la famille, c’était une grosse étape pour tout le monde !

Frédérique Couchet : Je comprends, je suis en train de vivre ça avec ma plus grande fille, je peux comprendre tes parents !
Quand tu m’as envoyé des infos pour la préparation, tu as marqué « Université de Technologie de Compiègne en section sport » et, au début, je me suis dit « c’est bizarre, elle va à l’université d’ingénierie et elle fait du sport ! », et j’ai compris après. Je t’ai posé la question avant l’émission, je t’ai demandé d’expliquer, parce qu’on ne le sait pas forcément et c’est très intéressant. En fait, tu as intégré une sorte de section « ouverte », entre guillemets, aux sportifs de haut niveau qui permet un aménagement. Peux-tu expliquer comment fonctionnait cette section qui est donc en école d’ingénieur mais ouverte à des gens qui pratiquent le sport à un certain niveau ?

Anne L’Hôte : Oui exactement. En amont, je présente ce qu’on appelle l’UTC de façon un peu plus générale, l’Université de Technologie de Compiègne. Avant tout, c’est une université, c’est-à-dire que ce sont des frais universitaires pour y entrer. Par contre, il y a une sélection à l’entrée, donc c’est quand même sur dossier, il faut prouver qu’on a un peu le niveau d’y entrer. Ça fonctionne aussi avec des ECTS [European Credit Transfer and Accumulation System], je ne sais pas si ça marche encore aujourd’hui, bref. Chaque fois qu’on valide une matière, on gagne des points, donc des crédits et, au bout d’un moment, on a suffisamment de crédits pour valider le diplôme. C’est recommandé en cinq ans, quand même, mais il est possible d’être un peu plus souple que ça et d’avoir des matières un peu différentes.

Frédérique Couchet : ECTS, c’est Système européen de transfert et d’accumulation de crédits, je ne connaissais pas.

Anne L’Hôte : Chaque matière valide des crédits, une autre université, étrangère, peut valider d’autres crédits et tout cela s’accumule, au bout d’un moment, pour valider un diplôme.
En tout cas, en gros, c’est l’ambiance universitaire avec quand même un diplôme d’ingénieur à la fin. C’est quelque chose qui m’avait pas mal convaincue pour y aller, pas mal plu, une forme de liberté, c’est-à-dire que chacun choisit un peu son parcours tant que le contrat des ECTS est rempli à la fin.

Frédérique Couchet : Et comment se passe la partie sport ? Qu’est-ce que ça te donne comme avantage ?

Anne L’Hôte : Je n’étais pas sur la liste des sportifs de haut niveau, je n’étais pas encore à ce niveau-là, d’ailleurs je ne l’ai jamais été. J’ai quand même été acceptée dans la section sport de haut niveau. En gros, c’est un petit gang de sportifs qui sont rassemblés. Un niveau sportif est requis pour y entrer, il y a aussi un entretien avec la personne responsable de la structure. Ça offre un argument pour moduler les cours : si on a besoin d’un peu plus de temps pour valider tous les crédits, comme je disais, on peut négocier avec les responsables pédagogiques. J’avais la chance d’avoir une heure de kiné par semaine, quelque chose comme ça, et j’avais un suivi, au sein de l’université, qui se voulait à la fois sportif et psychologique pour construire un projet un peu de long terme. Malheureusement ou heureusement, je ne sais pas, en tout cas j’ai fait une année puis j’ai choisi de quitter cette structure parce que ça ne convenait plus à ma pratique sportive. Mais il y a des gens qui font les cinq ans au sein de cette structure, il y a des gens qui s’absentent pour faire les JO, etc.

Frédérique Couchet : Ah oui, carrément !

Anne L’Hôte : Oui, il y a de très bons sportifs, notamment dans la filière aviron, il y a pas mal de très bons rameurs, de sportifs de l’aviron, qui sont dans cette structure.

Frédérique Couchet : Je vais préciser que j’ai découvert l’an dernier, que ça existe aussi pour les artistes. Il y a aussi ce statut d’étudiant artiste de haut niveau, je ne sais pas pour Compiègne. Mon fils, qui fait du hautbois, qui est en licence de maths-informatique à la Sorbonne, a le statut d’étudiant artiste de haut niveau, ce qui lui permet, effectivement comme toi à Compiègne, d’avoir des aménagements de cours, d’horaires, de décaler des examens. C’est vraiment très intéressant parce que ça permet effectivement, à quelqu’un qui a deux passions, de les mener en parallèle, parce qu’il ne sait pas encore quel choix faire entre sportif ou sportive de haut niveau et ingénieur, ou artiste de haut niveau et informaticien ou mathématicien. C’est très intéressant. J’ai découvert que ça concernait aussi les artistes.

Anne L’Hôte : De mémoire, à Compiègne, il y a aussi pas mal de musiciens, je me souviens d’un pianiste. En tout cas, si tu arrives à l’UTC avec ton projet perso, vu les contraintes qui sont les tiennes, tu peux négocier et faire ton parcours d’ingénieur à ton rythme.

Frédérique Couchet : D’accord. Alors l’UTC, c’est aussi la découverte des congénères masculins, je reviens sur cette expression de tout à l’heure.

Anne L’Hôte : Pardon !

Frédérique Couchet : Ça ne me choque pas du tout ! C’est donc la découverte de personnes qui, contrairement à toi comme tu disais tout à l’heure, pour certaines en tout cas, ont fait de l’informatique bien avant d’intégrer une école d’ingénieur, soit via des revues, comme je le disais, soit via Internet, etc. Donc, finalement, tu découvres des gens plus passionnés que toi, en tout cas sur la partie informatique. Comment le vis-tu ? Tout à l’heure, tu as employé ce terme, je ne sais pas si c’était de façon négative ou positive, en fait.

Anne L’Hôte : Ce n’est ni négatif ni positif, c’est plus factuel. En tout cas, dans ma bouche, ça ne se veut que factuel, dans le sens où ce sont vraiment des gens passionnés et qui sont capables de passer des soirées entières devant leur ordinateur. Quand moi je vais à un concert, eux sont devant leur ordinateur, ils ont des projets persos, ils développent d’autres choses en parallèle. J’avais discuté avec des gens qui étaient déjà en train de faire des moteurs de rendu 3D, alors que moi, j’apprenais l’algorithmie. C’est vrai qu’il y avait une espèce de différence et, en fonction de mes différentes expériences professionnelles, cela s’est également renouvelé. Mais c’est aussi très chouette, en général, de rencontrer ces gens-là dans le sens où ils sont souvent très en avance, du coup j’apprends beaucoup, techniquement, de ces personnes-là.

Frédérique Couchet : Pour rebondir sur la chronique de Florence une première fois, je crois qu’on va rebondir plusieurs fois dessus, quelle était la proportion de filles dans ta promo, si tu te souviens, parmi les élèves ?

Anne L’Hôte : Il y a deux réponses possibles. En première année, c’est vraiment très mélangé, tous les cursus d’ingénierie sont mélangés, mais je pense que ce qui nous intéresse c’est plutôt en troisième année, en début d’informatique, je pense qu’on était 10 sur une promo 350 de mémoire.

Frédérique Couchet : Ah oui, quand même !

Anne L’Hôte : Je ne vais pas les nommer, mais je les connaissais toutes ! C’est très faible !

Frédérique Couchet : D’accord. Et ça se passait comment ? Comment étiez-vous accueillies ? Je te poserai la même question tout à l’heure pour le monde professionnel.

Anne L’Hôte : C’est une question intéressante. Après, de par ma pratique de la course à pied, j’ai toujours été dans des groupes de gars. D’ailleurs, je pense que c’est pour cela qu’à un moment je courais vite parce j’essayais de suivre les gars. Du coup, j’étais assez habituée à cet environnement masculin. À la maison, je suis au milieu de filles, nous sommes quatre filles, quatre sœurs.

Anne L’Hôte : J’arrivais au sport, d’un coup, il n’y avait plus que des gars. Et là, j’arrivais à nouveau dans un milieu où il n’y avait que des gars. Je pense que ce n’était pas une difficulté pour moi d’être confrontée à ça, même si ce n’était pas naturel non plus.

Frédérique Couchet : D’accord. Donc tu fais cinq ans d’études d’ingénieur, tu es diplômée en 2008. Et là il faut se lancer dans le « grand bain », entre guillemets. Comment choisis-tu ta première expérience professionnelle ? Qu’est-ce que c’est, où ? Est-ce que c’est dans l’informatique ? Est-ce que c’est dans un autre domaine ?

Anne L’Hôte : Celle-là, comme toutes les autres qui vont suivre, ce sont plutôt des joyeuses coïncidences de la vie. J’étais dans un stage. Comme beaucoup de cursus d’ingénierie, à l’UTC ça se termine par six mois de stage, ingénieure stagiaire. En fait, c’est un poste d’ingénieur et finalement, je suis restée là où j’étais, parce que ça se passait bien. Tous les gars autour étaient sympas, puisqu’il n’y a que des gars. Et surtout, cette entreprise était en cours de négociation pour faire une thèse avec le dispositif Cifre [Conventions industrielles de formation par la recherche], une thèse qui est financée par l’entreprise. L’entreprise où j’étais, en accord avec une enseignante chercheuse de l’Université de Technologie de Compiègne, avait proposé un sujet, nous étions tous d’accord. Ils m’ont fait miroiter le début du doctorat, ça ne s’est jamais passé, donc, au bout d’un an, j’ai fini par partir, sinon j’étais là.

Frédérique Couchet : Que faisais-tu ?

Anne L’Hôte : Je travaillais sur une plateforme qui, je crois, s’appelle toujours Capico, une plateforme pédagogique, c’est un Moodle pour les enfants.

Frédérique Couchet : Moodle est un environnement d’enseignement à distance, c’est ça ?

Anne L’Hôte : Exactement, pour de l’apprentissage à distance. Le sujet devait être une ontologie de l’apprentissage. Une espèce de thésaurus dédié et structuré, je ne sais pas si ça explique mieux.

Frédérique Couchet : D’accord, c’est très bien.
Avant de faire la pause musicale, je vais revenir sur Compiègne, parce que j’ai oublié de te poser une question toute simple : est-ce que tu as découvert les logiciels libres à Compiègne ? Est-ce qu’il y avait un enseignement autour des logiciels libres ? Ou pas du tout ?

Anne L’Hôte : Pas du tout. Sauf si mes souvenirs sont inexacts, pas du tout ! Il y avait plein d’autres choses, mais pas ça.

Frédérique Couchet : D’accord. Et dans ta première entreprise ? Comme j’ai ton parcours sous les yeux, je vois des noms de logiciels libres dans ta première entreprise, celle dont tu viens de parler. Tu as découvert le logiciel libre à ce moment-là, c’est ça ?

Anne L’Hôte : Quels sont les logiciels libres auxquels tu penses ?

Frédérique Couchet : Je vois SVN, je vois Eclipse qui est un environnement de développement.

Anne L’Hôte : Oui, j’utilisais Eclipse, un outil pour aider au développement, mais Eclipse c’était vraiment une tannée !

Frédérique Couchet : D’accord, donc c’était mineur en fait, c’est ça ?

Anne L’Hôte : Oui, ce n’était pas du tout une revendication. On utilisait un autre logiciel, Flask, qui est devenu libre par la suite, mais qui ne l’était pas à l’époque où je l’utilisais, c’est devenu libre et évidemment, ça a été abandonné après.

Frédérique Couchet : D’accord.
On va faire une pause musicale et après on va enchaîner avec la suite de ta carrière et ta découverte du logiciel libre parce que c’est un Parcours libriste.
On va écouter De Vagues en Vagues, par MƏscaL ϛet. On se retrouve dans trois minutes trente-sept. Belle journée à l’écoute de Cause Commune, la voix des possibles.

Pause musicale : De Vagues en Vagues, par MƏscaL ϛet.

Voix off : Cause Commune, 93.1.

Frédérique Couchet : Nous venons d’écouter De Vagues en Vagues, par MƏscaL ϛet, disponible sous licence Art Libre.

[Jingle]

Frédérique Couchet : Nous allons reprendre notre échange avec Anne L’Hôte, son Parcours libriste. Anne est développeuse actuellement au ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Espace. Nous allons y venir évidemment à un moment, mais nous allons continuer son parcours professionnel.
Juste avant la pause musicale, on parlait de sa première expérience, l’entreprise dans laquelle elle avait fait un stage de six mois, où elle est restée quelque temps, mais où elle n’a pas vraiment découvert les logiciels libres, et pourtant, c’est un Parcours libriste. Donc forcément, à un moment, Anne va découvrir les logiciels libres, même plus que découvrir, vu qu’aujourd’hui, elle en développe.
C’est à l’arrivée à Sciences Po, si j’ai bien compris, que tu fais le premier pas vers le logiciel libre, et même au Médialab de Sciences Po. Est-ce que tu peux expliquer comment tu t’es retrouvée au Médialab de Sciences Po et déjà ce qu’est le Médialab ?

Anne L’Hôte : Je me suis retrouvée là, encore une fois, par un joyeux hasard. Un ami de l’UTC me dit « si jamais tu cherches — il s’avérait que je cherchais, mais il ne le savait pas — il y a un poste à Sciences Po, au Médialab. » Évidemment, je ne savais pas du tout ce que c’est donc je commence à chercher. C’était le tout début du Médialab. J’ai été la quatrième personne à arriver là-bas, historiquement.
Aujourd’hui le Médialab est un centre de recherche, si je ne me trompe pas.
Il a été fondé par Bruno Latour, en 2009. Le but, c’est de mettre en relation des ingénieurs, sous-entendu développeurs, des graphistes, donc designers, etc., et des chercheurs. C’est vraiment rassembler ces trois corps de métier pour arriver à faire avancer la recherche et outiller la recherche.
Je les rejoins, je suis rattachée au Département d’économie et je suis là pour développer, outiller un projet, en gros faire des enquêtes en ligne pour appliquer la théorie des jeux à des communautés qui seraient repérées, entre autres les Wikipédiens.

Frédérique Couchet : D’accord, donc tu rejoins Sciences Po en 2010.
Je vais juste préciser que le Médialab est membre de l’April, donc soutient l’association. Et, si vous voulez en savoir plus, je vous renvoie à l’émission 157 du 25 octobre 2022, soit sur le site causecommune.fm, soit sur libreavous.org/157.
C’est donc ta découverte des logiciels libres. Tu vas les utiliser, justement, pour cette mise en œuvre de la théorie des jeux sur les communautés ?

Anne L’Hôte : Exactement. À l’époque c’était Paul Girard. Je rejoins Paul qui me parle des enquêtes en ligne et tout de suite sa logique c’est de regarder s’il existe des logiciels libres qui font ça. On a trouvé un logiciel libre qu’on a téléchargé, qu’on a adapté à notre besoin, qui s’appelait SurveyMonkey. Il existe toujours, il a été renommé en LimeSurvey depuis.

Frédérique Couchet : Ça existe toujours. J’en parlerai tout à l’heure parce qu’on a justement un questionnaire en cours qui utilise LimeSurvey.

Anne L’Hôte : Exactement. C’était donc une version de LimeSurvey qu’on avait adaptée à nos besoins. Du coup, même pas besoin de développer tout de A à Z, c’était super simple.

Frédérique Couchet : Est-ce que tu savais que ce genre de logiciel existait ?

Anne L’Hôte : Non, pas du tout à l’époque. Comme tu dis, j’utilisais Eclipse, mais je n’avais pas mesuré que c’était un logiciel libre, je n’avais pas mesuré que j’avais juste besoin de le télécharger, que je n’avais pas à payer, etc., que, par ailleurs, le code était ouvert quelque part.

Frédérique Couchet : Si je comprends bien, dans ton entreprise précédente, tu utilisais Eclipse, un environnement de développement, tu l’utilisais pour faire du développement.

Anne L’Hôte : Sans conscience.

Frédérique Couchet : Sans conscience. C’est le côté « j’ai pu le récupérer gratuitement je l’utilise ». Par contre, là, tu vas adapter le logiciel SurveyMonkey. Tu ne vas pas simplement l’utiliser, tu vas l’adapter aux besoins propres du Médialab de Sciences Po.

Anne L’Hôte : Exactement. Je vais pouvoir le bidouiller, faire entrer des ronds dans des carrés parce que le code est disponible. C’est du PHP, ça n’a pas dû changer.

Frédérique Couchet : Toujours du PHP qui est un langage de programmation.

Anne L’Hôte : J’ai accès au code directement. Je peux voir ce qu’il fait, ce que j’aimerais faire à la place. Hop, je mets mon propre code et, souvent, ça fonctionne, c’est impressionnant.

Frédérique Couchet : En tant que développeuse, est-ce que ça fait une bascule dans ton approche de l’informatique, en disant, tout d’un coup, « je n’ai pas de limite. Il y a un outil qui a ses limites. Je voudrais des fonctionnalités, si j’ai les capacités, je peux les ajouter. » ? Est-ce que ça fait quelque chose dans ta tête ?

Anne L’Hôte : Oui, non seulement ça, Paul me dit : « Maintenant, on pourrait remettre le code qu’on a fait dans du libre. » C’est ça aussi. C’est le fait de dire que d’autres pourraient réutiliser ce qu’on fait. Ce qu’on faisait ne me semblait pas trop stupide, il y avait peut-être un besoin quelque part, du coup c’était vraiment la boucle complète qui a donné à l’informatique, pour moi, une autre dimension à ce moment-là.

Frédérique Couchet : D’accord. Une dimension positive.

Anne L’Hôte : Oui, une dimension positive : tout le monde peut accéder à mon travail et je peux accéder au travail de tout le monde. La dimension libre accès.

Frédérique Couchet : Est-ce que tu avais une crainte au moment de publier tes contributions ? Tu dis « tout le monde pouvait accéder à mon travail. » Peut-être qu’en tant que développeuse, tu te disais, un peu comme les personnes qui font des romans ou de la poésie, qui les gardent pour elles, et qui, à un moment, se disent « je vais les publier, mais des gens vont donner leur avis, vont me critiquer, machin. » Est-ce que tu as eu ce sentiment-là ou tu ne t’es même pas posé la question ?

Anne L’Hôte : En tout cas, je faisais bien attention au code que j’envoyais, qu’il soit le meilleur possible. En tout cas, c’est sûr qu’au début je ne commitais, je n’envoyais, je ne partageais que du code que j’avais relu 12 fois et qui fonctionnait après 15 tests. Je faisais très attention à ce que j’envoyais et je n’envoyais pas tout non plus parce qu’il y avait du code qui était un peu trop sale, selon moi, un peu trop bidouillé pour accéder à la notoriété publique.

Frédérique Couchet : Pour qu’on comprenne bien, ce n’était pas uniquement pour toi. Le code que tu envoyais était à ajouter à la version officielle de SurveyMonkey. Vous aviez un besoin, vous aviez modifié et, ce qui vous paraissait utile et pas trop crade, comme tu viens de le dire, vous l’envoyiez au projet officiel ?

Anne L’Hôte : Je pense que je n’avais pas encore cette notion de contribuer directement au projet officiel. En gros, je l’ouvrais sur un repository, l’entrepôt de données du Médialab, mais ça n’allait pas plus loin. Je ne faisais pas de demande de modifications de l’enquête en ligne. Je pense que c’est un pas que j’ai compris ultérieurement.

Frédérique Couchet : On y viendra tout à l’heure. Tu étais la seule développeuse sur le projet, au Médialab, ou étiez-vous plusieurs à travailler sur ce dossier ?

Anne L’Hôte : Comme je le disais précédemment, ce sont plutôt des triumvirats : il y avait mon pendant dans la recherche et mon pendant en tant que designer. Nous étions plusieurs à travailler sur le projet et nous étions deux à développer parce que le designer était un designer-développeur, il développait lui-même ce qu’il faisait.

Frédérique Couchet : D’accord. C’est de là que vient ton intérêt pour le lien entre la personne qui développe, la personne qui fait de la recherche ? Aujourd’hui tu travailles au ministère de l’Enseignement supérieur, de la recherche et de l’Espace, on va y venir tout à l’heure, est-ce que cet attrait vient de là ou c’est venu plus tard ?

Anne L’Hôte : Oui, je pense. Déjà, je m’étais intéressée à la recherche à la fin de mes études, j’avais envisagé de faire une thèse Cifre, donc je m’étais un peu intéressée au milieu de la recherche. Là, à nouveau, j’étais dans le milieu de la recherche, j’ai donc continué à apprendre ce qu’est le métier de chercheur, c’est quelque chose qui m’a toujours intéressée.

Frédérique Couchet : D’accord. Si je regarde ton parcours, tu as quitté Sciences Po au bout de quelques années pour faire quelques activités de développeuse web, c’est ça ?

Anne L’Hôte : Exactement. On va dire que c’est plus une bifurcation personnelle. J’arrivais à la fin de ce qu’on appelle un contrat ERC [European Research Council], qui dure à peu près trois ans, financé par des subventions européennes. C’était la fin du contrat. La question se posait : que faire après ? Finalement, j’ai déménagé en Haute-Savoie, dans les montagnes, il fallait donc que je trouve autre chose par là-bas.

Frédérique Couchet : D’accord. Mais après, tu es revenue à Sciences Po ?

Anne L’Hôte : Exactement.

Frédérique Couchet : Tout en restant en Haute-Savoie ?

Anne L’Hôte : Non, pas du tout. Au bout d’un moment, l’expérience Haute-Savoie s’est terminée, du coup je suis revenue en région parisienne. Je suis allée frapper à la porte de Sciences Po, savoir s’il y avait du travail là-bas. Et effectivement, j’ai trouvé un contrat. Pendant quelques mois, j’ai travaillé notamment avec Alexandre Hoquet, un historien des sciences. J’ai vu qu’il avait été invité dans l’émission Libre à vous !.

Frédérique Couchet : Vous allez voir la préparation de ouf, c’est effectivement l’émission 130 du 1er février 2022, sur causecommune.fm ou sur libreavous.org/130. C’était un sujet consacré à la science ouverte dont on parlera tout à l’heure, c’est pour cela que je l’ai noté ça, avec Alexandre Hoquet, historien des sciences, et Mélanie Clément-Fontaine, qui est juriste et qui travaille, je crois, à Paris-Saclay. On reviendra tout à l’heure sur la partie science ouverte. Tu es donc à nouveau accueillie à Sciences Po, mais le Médialab, entre-temps, a sans doute grandi, non ?

Anne L’Hôte : Oui, le Médialab avait bien grandi, finalement, je travaille quelques mois avec Alexandre et un poste s’est ouvert au sein de la bibliothèque.

Frédérique Couchet : La bibliothèque de Sciences Po. OK.

Anne L’Hôte : La bibliothèque de Sciences Po, exactement, pour outiller numériquement la bibliothèque. C’est à nouveau un service auprès des chercheurs. Je garde les amis du Médialab et l’état d’esprit qu’ils m’ont appris : code ouvert, partager les développements numériques. Je découvre aussi qu’au sein des bibliothèques universitaires, il y a notamment un fort mouvement de partage du code. C’est un mouvement profond que j’essaie d’introduire, de faire arriver à la bibliothèque de Sciences Po avec, on va dire, un succès mitigé.

Frédérique Couchet : Pourquoi mitigé ? Pourquoi dis-tu ça ?

Anne L’Hôte : Disons que mon expérience ne s’est pas très bien terminée. Peut-être que les développeurs ou les informaticiens sont des êtres un peu à part, toujours est-il que la mayonnaise n’a pas vraiment pris avec les instances dirigeantes de la bibliothèque. Et je crois que, malheureusement, quand j’ai choisi de partir, ils se sont dit qu’ils n’embaucheraient plus jamais de développeurs à la bibliothèque. Mon fardeau était un peu lourd, mais bon !

Frédérique Couchet : Peut-être que ça a changé depuis !

Anne L’Hôte : Toujours est-il que je suis arrivée avec cette volonté de partager le code que je vais développer au sein de la bibliothèque. Ce qui est chouette c’est que c’est le même le service, là aussi c’est un peu de la recherche, on fait des choses, ça marche, parfois ça ne marche pas, et c’est OK de faire des choses qui ne marchent pas. Dans tous les cas, tout le code que je fais est partagé sur des entrepôts de partage de code au nom de la bibliothèque. Par ailleurs, à un moment donné, il y a aussi une volonté de partager les données, c’est-à-dire de dépasser un peu le code et de partager aussi les données. La bibliothèque est référente en sciences politiques, bien sûr, comme son nom l’indique, du coup, elle va chercher à référencer tous les laboratoires de recherche en sciences politiques en France et créer un petit annuaire, en partageant les données, qui soit interrogeable par des machines. C’est aussi une évolution qui a été provoquée au sein de la bibliothèque.

Frédérique Couchet : D’accord, on va en parler tout à l’heure quand on parlera de ton activité actuelle, parce que c’est évidemment en lien.
On va avancer parce que je vois que le temps file. Donc, tu pars de Sciences Po en 2018 et tu vas intégrer une structure que je ne connaissais pas à l’époque, que j’ai découverte quand je t’ai interviewée pour la première fois en 2019, qui est le Consortium international des journalistes d’investigation, un consortium qui s’est rendu célèbre pour avoir publié beaucoup d’enquêtes au long cours, qui réunit à la fois des journalistes mais aussi des informaticiens et des informaticiennes, notamment parce que vous développez un outil en logiciel libre qui s’appelle Datashare. À peu près même question que tout à l’heure, comment te retrouves-tu dans cette structure de journalisme pour développer un outil de partage d’informations pour les journalistes d’investigation, en 2018 ?

Anne L’Hôte : Je vais employer encore une fois cette expression : c’est un joyeux hasard. Mes futurs collègues viennent présenter Datashare et l’ICIJ, au sein du Médialab, quelques semaines avant. Mon voisin me file un coup de coude en me disant « tu en as a marre de la bibliothèque… »

Frédérique Couchet : Ça ne se passe pas bien à la biothèque, donc...

Anne L’Hôte : D’ailleurs leur présentation se concluait genre « on va recruter ». Il me file donc un coup de coude, je comprends le message et j’envoie ma candidature à l’ICIJ. Je suis acceptée et je commence dans la foulée.

Frédérique Couchet : D’accord. Même si je l’ai présenté rapidement, est-ce que tu peux représenter un petit peu ce qu’est ce Consortium international des journalistes d’investigation et ce que tu vas y faire ?

Anne L’Hôte : Exactement. Donc l’ICIJ, le Consortium international des journalistes d’investigation. L’idée c’est de créer un réseau de journalistes, journalistes radio, journalistes TV, tous les types de journalistes à travers tous les pays pour que l’ICIJ, qui est spécialiste des fuites de données massives, des leaks, puisse mobiliser son réseau, pour chaque nouveau leak, en disant « on a un leak, voilà les téras de données à disposition, est-ce que vous êtes intéressés pour participer, vous l’Uruguay, vous, je sais pas, la Nouvelle-Zélande, etc. » Du coup ce sont les journalistes du réseau qui se fadent à regarder les téras de données d’où le développement de Datashare. C’est un logiciel libre qui vise à parcourir, moissonner et indexer des milliers de documents. Il y a une problématique de volumétrie et une problématique de recherche. L’idée, en gros, c’est, après, de faire un moteur de recherche basé sur tous ces types de documents, quel que soit leur type, quelle que soit leur taille, quel que soit leur nombre, avec des petites facettes un peu standards : quelles sont les personnes avec la reconnaissance d’entités nommées, quelle est la liste des personnes mentionnées dans ce corpus de documents, quelles sont les dates reconnues, quelles sont les sommes, quels sont les lieux mentionnés, etc. Bien sûr, c’est développé pour des journalistes, mais si vous avez un disque dur qui traîne au fond de votre tiroir et que vous souhaitez le brancher sur Datashare, en théorie ça fonctionne également.

Frédérique Couchet : D’accord. Je ne sais pas quelle est l’enquête la plus célèbre, c’est peut-être les Panama Papers, si vous vous en souvenez, c’était il y a quelques années.
Je disais que je t’ai interviewée en 2019 parce que, en 2019, Datashare reçoit le prix du meilleur projet logiciel libre remis au salon Open Source Summit, à Paris. Je te fais une courte interview avec, à l’époque, Bruno Thomas, qui fait partie du Consortium international des journalistes d’investigation.
Datashare est un logiciel libre. Était-il libre dès le départ ?

Anne L’Hôte : Oui, c’était une volonté. On peut saluer Pierre Romera, le CTO, mon directeur technique, qui est un fervent adepte du libre. Enfin, autant que possible, tout est libre à l’ICIJ,

Frédérique Couchet : C’est-à-dire que ce n’est pas le seul logiciel qui est développé par le consortium ?

Anne L’Hôte : Non, ce n’est pas le seul logiciel, il y a d’autres logiciels, il y a le système de design, il y a les bases de données, même des leaks. Tout ce qui peut être publié, il le publie, les leaks aussi, les fuites de données aussi.

Frédérique Couchet : D’accord. Et là encore, finalement, on retrouve ton intérêt qui lie logiciel et source de données ? Peut-être que ça le renforce.

Anne L’Hôte : Oui. Mon arrivée sur le logiciel libre est assez tardif, ce n’est pas quelque chose qui m’était inhérent au début de l’informatique, mais c’est arrivé, et je pense que ça prend de l’ampleur au fur et à mesure de mes expériences professionnelles grâce aux rencontres.

Frédérique Couchet : D’accord.
Ma question est classique : quelle est la rencontre qui va t’amener là où tu es aujourd’hui, donc après le Consortium des journalistes ? Aujourd’hui tu es au ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Espace. Quelle rencontre t’amène, en 2021, à intégrer ce ministère, à part l’intérêt pour les données et, peut-être, l’envie de travailler sur les logiciels libres ?

Anne L’Hôte : Là encore, c’est un joyeux hasard. Je crois que j’avais fait trois ou quatre ans à l’ICIJ. On avait terminé Datashare, on venait de franchir un gros gap. Datashare était fonctionnel, on s’intéressait à un autre projet. Du coup, c’était peut-être le temps, pour moi, de voguer vers d’autres flots. Sur feu Twitter j’ai vu un message de mon actuel chef, Emmanuel Weisenburger, qui parlait de recruter quelqu’un et, encore une fois, il y avait mon nom sur la fiche de poste, je n’avais donc pas d’autre choix que de candidater.

Frédérique Couchet : Il y avait ton nom sur la fiche de poste ?

Anne L’Hôte : À peu de chose près, c’est une métaphore. Il y avait vraiment toutes les compétences, dont celles que je venais de développer.

Frédérique Couchet : D’ailleurs, j’ai une question par rapport à cela. On a fait plusieurs émissions sur le recrutement, notamment sur la façon dont les femmes et les hommes abordent différemment les offres de poste. Des statistiques disent qu’un homme va répondre à une offre de poste même s’il ne maîtrise que 50 % des compétences, alors qu’une femme attendra d’en maîtriser 100 %. Par rapport à quoi te positionnes-tu ? J’ai l’impression que les profils de poste te correspondaient à 100 %, donc je ne sais pas.

Anne L’Hôte : Oui, je ne sais pas pourquoi. Pas à 100 %, peut-être à 80 %. En fait, c’était tellement évident ! À chaque fois, les offres de poste arrivaient à un moment où j’aspirais à bouger. Je pense que je maîtrisais au moins 90 % des compétences indiquées. Peut-être que j’ai eu beaucoup de chance. Peut-être qu’il y a aussi beaucoup d’offres auxquelles je n’ai pas répondu parce qu’il me manquait une ou deux compétences par-ci, par-là.

Frédérique Couchet : D’accord. Tu arrives donc au ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Espace pour travailler sur la science ouverte. C’est bien ça ?

Anne L’Hôte : Oui, je suis embauchée pour ça.

Frédérique Couchet : Rapidement, qu’est-ce que la science ouverte pour les gens qui ne connaissent pas ?

Anne L’Hôte : Rapidement, ça va être difficile ! Nous connaissons tous des enseignants-chercheurs autour de nous ou pas ?
Un chercheur est embauché par l’université, donc, globalement, il est rémunéré sur vos impôts. Son but, c’est d’écrire des papiers de recherche. Ce n’est pas son but dans la vie, mais c’est ce qui fait qu’il va évoluer en tant que chercheur. Il écrit des papiers de recherche et après, pour pouvoir les soumettre à des revues scientifiques, il doit payer, et ensuite, pour pouvoir lire ces mêmes revues scientifiques, il doit payer. Et tout ça – c’est vraiment une opinion personnelle – au profit d’éditeurs privés qui se font de l’argent sur tout ça, donc globalement, si je raccourcis, sur vos impôts.

Frédérique Couchet : Du racket !

Anne L’Hôte : Oui, voilà. C’est vraiment une opinion personnelle.

Frédérique Couchet : Partagée !

Anne L’Hôte : Ce n’est pas l’opinion du ministère.

Frédérique Couchet : Non, bien sûr. Je précise que tu es invitée à titre personnel et que c’est moi qui ai employé le mot « racket ».

Anne L’Hôte : Donc, en réponse à ce mouvement-là, un mouvement se crée, qui s’appelle le mouvement de la Science ouverte, qui dit, nous, en tant que chercheurs, nous avons un PDF, nous pouvons le poser sur notre site personnel, et la science est disponible. C’est donc un peu contourner les éditeurs privés, je pourrais dire. C’est un résumé personnel.

Frédérique Couchet : Pour en savoir plus, je renvoie évidemment à l’émission 130 sur la science ouverte, je rappelle, Libre à vous sur causecommune.fm ou libreavous.org/130. On avait réalisé cette émission avec Alexandre Hoquet et Mélanie Clément-Fontaine.
Ce qui devrait être naturel, selon nous, c’est-à-dire une science accessible, publique, ne l’est pas par défaut, comme tu viens de l’expliquer, et la science ouverte vise à redonner cet accès pas uniquement aux publications, également aux essais cliniques, aux données de la recherche et aux logiciels. Si je ne dis pas de bêtises, il y a quatre aspects : publications, essais cliniques, données de la recherche et logiciels.
En quoi consiste ton travail aujourd’hui ?

Anne L’Hôte : Aujourd’hui je travaille sur ce qu’on appelle le baromètre de la science ouverte, barometredelascienceouverte.esr.gouv.fr. On vise à mesurer la science ouverte, c’est-à-dire qu’avec mon collègue, Éric Jeangirard, on regarde toutes les publications françaises, on a défini ce que c’était au préalable, et après on mesure si elle est ouverte ou pas, et on doit donner un pourcentage de la science qui est ouverte.

Frédérique Couchet : Donc vous partez de données qui sont publiques, donc des publications, etc., et vous essayez d’en tirer des chiffres, des statistiques sur les quatre piliers que j’ai évoqués. C’est ça ?

Anne L’Hôte : On a commencé par les publications, après on a fait les essais cliniques. Ce n’est pas aussi linéaire pour chaque pilier, en tout cas c’est l’objectif. Je ne dis pas qu’on l’a atteint.
Je suis payée par le ministère, c’est une des missions du ministère et c’est un chiffre qui, en théorie, va alimenter une politique publique au sein du ministère.

Frédérique Couchet : Avec une stratégie volontaire d’augmenter la science ouverte, parce que, aujourd’hui, il y a une politique volontaire. De mémoire, je crois qu’il y a même des prix annuels de la science ouverte.

Anne L’Hôte : Oui, exactement. Tous les ans, il y a des prix de la science ouverte pour les jeux de données, pour les thèses, pour les logiciels. Différents prix sont distribués. C’est une politique portée par Marin Dacos, au sein du ministère, qui est le coordinateur national de la science ouverte, c’est l’intitulé de son poste.

Frédérique Couchet : Et qui est depuis très longtemps sur ces sujets de science ouverte, j’allais dire depuis toujours. C’est effectivement très intéressant. Je précise que les références sont sur le site de l’émission. Vous retrouverez le lien, évidemment, vers le baromètre de la recherche et qui a publié récemment son dernier billet, en février 2026, avec une petite note de synthèse.

Anne L’Hôte : Exactement, parce qu’on essaie de recalculer ces chiffres tous les ans pour qu’ils soient le plus à jour possible. Je complète ma réponse en disant que les données qu’on prend en entrée sont des données ouvertes, tous les codes qui permettent de calculer sont des codes ouverts et les données, en sortie, sont aussi des données ouvertes. Et enfin, parce que ça me tenait à cœur, ce sont aussi des chiffres et des graphiques, vous verrez qu’il y a beaucoup de graphiques qu’on a voulu mettre à disposition des différentes unités qui n’ont pas toujours la force de travail et le pouvoir de RH, on va dire, de ressources humaines, du ministère. Du coup, pour chaque université, si elle est capable de nous fournir sa liste de publications en entrée, on recalcule tous les graphiques pour elle et, après, on fait en sorte que ce soit des petits iframes. En gros, on met en place les outils pour faciliter une réappropriation à l’échelle des universités, des labos de recherche, etc.

Frédérique Couchet : OK. Il nous reste une dizaine de minutes. On va quand même aborder la partie lien entre les activités sportives et le logiciel libre, parce qu’on sent bien qu’il y a le sport. Mais avant, j’ai une question que je pose en général dans les Parcours libristes, quand c’est une libriste qui est présente. Donc femme, développeuse, libriste, un profil rare dans le milieu, quelques pourcents, je renvoie notamment aux travaux d’Isabelle Collet. Je reviens sur la chronique de Florence en début d’émission qui parlait notamment du sexisme hostile, bienveillant, intériorisé : est-ce que tu as été confrontée à des discriminations, des violences, soit dans le cadre de tes études, soit dans le cadre de ton métier, soit dans le cadre d’activités bénévoles, je ne sais pas ?

Anne L’Hôte : Merci pour la question. Merci à Florence aussi pour l’ouverture de l’émission qui était très intéressante. Je n’ai pas l’impression d’avoir subi des violences directes ou des discriminations. C’est plutôt positif pour l’instant, pour moi. J’ai l’impression que partout où je candidate, je suis reçue et le fait d’être une femme n’est probablement pas indifférent. Après, ce n’est pas forcément évident d’arriver dans un groupe de développeurs où il n’y a que des mecs. Même s’ils sont bien intentionnés et qu’ils se pensent parfois déconstruits, ce n’est pas toujours le cas, avec le temps, j’ai un peu appris à dire les choses.

Frédérique Couchet : Très bien. On va finir sur le sport avant les questions finales. Ça sera peut-être un peu rapide. On sent bien que tu as le sport en toi, que tu essayes d’intégrer de plus en plus le Libre dans le sport. J’avais envie que tu nous parles un peu d’un projet. Récemment, tu es intervenue dans le cadre de l’assemblée générale de l’April. Nous avions organisé, le matin, des conférences éclairs, des conférences courtes, de six minutes, pour présenter différents projets. Tu as présenté un projet qui s’appelle OpenHikePlanner – Marcher et rouler librement. Est-ce que tu peux nous expliquer ce projet, d’où vient-il et ce que c’est ?

Anne L’Hôte : Disons que j’aime bien les randonnées longue distance, la dernière que j’ai faite c’est l’HexaTrek et il fallait payer l’application.

Frédérique Couchet : HexaTrek, c’est du Nord au Sud de la France. Combien de kilomètres ?

Anne L’Hôte : Je ne sais pas, 3 000 en cinq mois, en général, de Strasbourg à Hendaye.
Il fallait donc acheter l’application, ce n’était vraiment pas cher, je pinaille, mais je me suis dit « c’est dommage, ce ne sont que des données libres, des données qui pourraient être prises dans du Libre. L’itinéraire existe, je divise pour savoir combien de temps je marche par jour et j’ai ma date d’arrivée et si je rajoute les points d’eau qui sont dans OpenStreetMap, le tour est joué ! C’est un gros résumé, mais c’était un peu ça l’idée. On peut collecter, via OpenStreetMap, les données dont on a besoin pour faire de la randonnée longue distance : les points d’eau, les supermarchés, potentiellement les campings et aussi, bien sûr, les cimetières parce qu’il y a de l’eau dans les cimetières. Overpass est un logiciel qui permet d’interroger les données d’OpenStreetMap via une API et de collecter ces points d’intérêt. D’un coup, du jour au lendemain, les données libres et le logiciel libre permettaient de se passer de cette application.

Frédérique Couchet : Tu as développé une application. Concrètement, que permet-elle de faire ? La démarche est intéressante.

Anne L’Hôte : C’est un travail en cours. Mon idée, c’était « j’ai un itinéraire et je vais ajouter les points d’intérêt dessus. » Ce ne sont pas exactement les mêmes points d’intérêt si on est à pied ou si on est en vélo, on pourra adapter. Ce sont tous les points d’intérêt qui sont collectés depuis OpenStreetMap, donc les fontaines, les robinets, les cimetières, mais également les points d’intérêt pour se ravitailler, donc les différents supermarchés, supérettes ou même bars, et également les points d’hébergement, donc les campings, les refuges, les hôtels, les lieux de bivouac existants. C’est l’idée de surcharger un tracé d’itinéraire existant avec tous les points d’intérêt grâce à OpenStreetMap,
Après, la deuxième fonctionnalité c’est se dire « moi, en tant que personne, je sais qu’aujourd’hui je suis capable de parcourir 20 kilomètres par jour », donc séquencer un itinéraire sur des distances de 20 kilomètres

Frédérique Couchet : Si je me souviens bien, tu avais aussi envie que les personnes qui auraient voulu, éventuellement, t’accompagner sur quelques kilomètres puissent le faire, c’est ça ?

Anne L’Hôte : Voilà, c’était exactement ça l’idée. Si je suis capable de séquencer un itinéraire sur des distances de 20 kilomètres, ça me permet également, en écho, de planifier un peu les jours de marche et, du coup, de savoir à quelle date je serai à tel endroit pour pouvoir donner des points de rendez-vous aux gens qui souhaitaient m’accompagner. En tout cas sur l’HexaTrek, c’était l’idée.

Frédérique Couchet : Dans les pages de l’émission du jour, vous retrouverez le lien vers la vidéo, la transcription et le diaporama. En tout cas, ça montre l’intérêt formidable du logiciel libre et des données libres. Tu réutilises des données qui sont sur OpenStreetMap, qui ont été mises par des personnes et tu en fais, quelque part, une extraction, une valorisation qui elle-même est en ligne, par rapport à ton propre besoin et aussi par rapport à l’idée de faire collectif. C’est-à-dire que les gens qui veulent te rejoindre pourront savoir que tu pourras passer par là à ce moment-là. Ces personnes-là ne vont pas faire les 3 000 kilomètres, vont juste faire 20 kilomètres.

Anne L’Hôte : Exactement. Et les données d’OpenStreetMap sont magiques. En ce moment, les gens poussent pour essayer de renseigner aussi les endroits climatisés, par exemple.

Frédérique Couchet : D’accord. Ils s’adaptent à la situation vu la canicule.
C’est quelque chose que tu as publié aussi sur ton dépôt public, c’est ça ?

Anne L’Hôte : Oui, exactement, je l’ai bougé sur Codeberg.

Frédérique Couchet : D’accord. Est-ce que tu as d’autres projets dans le même genre pour le moment ou pas encore ?

Anne L’Hôte : Non. Mon idée de mauvais esprit d’hier, c’était de mettre en exergue les absences de nos élus à leurs instances obligatoires en tant qu’élus, avec leur profil sur les réseaux sociaux, savoir ce qu’ils sont partis faire plutôt que d’aller, par exemple, au conseil municipal de Paris.

Frédérique Couchet : Et ça n’existe pas déjà, ça ?

Anne L’Hôte : Aucune idée, je n’ai pas cherché.

Frédérique Couchet : D’accord. Avant il y avait nosdéputés.fr qui référençait les contributions des parlementaires aux différents travaux, etc. Je me dis qu’au niveau européen, il y a Transparency International qui, peut-être, fait quelque chose comme ça, mais sans certitude.

Anne L’Hôte : Ce serait prendre leurs absences et mettre en parallèle ce qui s’est passé sur leur fil Instagram à ce moment-là. Quand je parlais de mauvais esprit, c’était vraiment du mauvais esprit.

Frédérique Couchet : J’adore ce mauvais esprit. En plus, à radio Cause Commune, on adore le mauvais esprit !
Il nous reste quelques instants pour les dernières questions. J’ai oublié de te poser la question, je vais te la poser parce que ça m’intéresse. Tu as parlé de foot pendant tes études. Tu es rentrée dans une équipe de foot de l’UTC, c’est ça ?

Anne L’Hôte : Non, en fait, j’ai rejoint l’équipe de Compiègne, l’équipe de la FFF, la Fédération Française de Football.

Frédérique Couchet : Carrément !

Anne L’Hôte : Il n’y avait pas de foot féminin à l’UTC.

Frédérique Couchet : D’accord ! Et tu as joué dans cette équipe pendant les cinq ans ou juste pendant un an ?

Anne L’Hôte : Pendant quatre ans. Après, à Paris j’ai joué au PUC au Paris Université Club. Après, quand je suis partie à Genève, j’ai joué à l’ETG, Évian Thonon Gaillard. Quand on cherche, on trouve un peu des clubs de foot féminin.

Frédérique Couchet : Tout à fait, ça existe. Pour les personnes qui habiteraient Saint-Denis, il y a un club de foot féminin, je le dis, parce que ma fille y a joué il y a quelque temps. En tout cas, ça peut être très nécessaire, ce n’est pas du tout la même ambiance.
Il nous reste quelques instants. Aujourd’hui, come je fais la réalisation et l’animation, j’avoue que je suis un petit peu perdu dans mes feuilles ! Déjà, est-ce que tu souhaites ajouter quelque chose par rapport à ce qu’on a dit avant les questions finales ?

Anne L’Hôte : Merci à Florence pour parler des mixités de genre, après je pense qu’il y a plein d’autres formes de mixités qui pourraient être mentionnées.

Frédérique Couchet : Oui, tout à fait. Florence aborde cette question-là, et d’autres questions, effectivement, dans ses chroniques. On espère qu’elle reviendra. D’ailleurs, si vous avez envie de faire une chronique sur la mixité, n’hésitez pas à nous contacter, nous recrutons pour les chroniques de l’année prochaine, la saison 10 qui commencera en septembre 2026. Vous envoyez un message soit sur la page de l’émission, sur libreavous.org, soit sur le site causecommune.fm.
Donc, les questions finales, traditionnelles, en tout cas pour les Parcours libristes.
La première : est-ce que tu aurais envie de résumer, en moins de deux minutes, les principaux messages que tu avais envie de faire passer ?

Anne L’Hôte : Disons que par rapport à mon parcours personnel, les logiciels libres, les données libres et tout l’univers du Libre, ce n’est pas quelque chose qui est arrivé de facto avec l’informatique. Ce sont plutôt des rencontres qui m’ont fait découvrir ça au fur et à mesure du temps. Ce sont vraiment deux choses un peu décorrélées pour moi.

Frédérique Couchet : Des rencontres, l’importance des rencontres.

Anne L’Hôte : Oui.

Frédérique Couchet : La deuxième question : est-ce que tu aurais des conseils de lectures, de podcasts ou autre, qui soient en rapport avec toi, avec le Libre ou avec tout autre chose ? Ou quelque chose qui t’a fait plaisir récemment, qui peut faire du bien aux gens ? C’est l’occasion de partager des choses qui te font plaisir.

Anne L’Hôte : Trop bien ! Tu m’as posé la question tout à l’heure, donc j’ai eu le temps de réfléchir un petit peu. Du coup, ça n’a plutôt rien à voir avec l’informatique qui n’est pas ma passion. Vendredi, je suis allée voir une très belle pièce de théâtre sur Gisèle Halimi au Splendid. C’est une pièce de théâtre qui préfigure aussi l’arrivée d’un film sur cette grande femme qui a milité pour condamner le viol et pour le droit à l’avortement. Je recommande chaleureusement.

Frédérique Couchet : Comment s’appelle la pièce ?

Anne L’Hôte : Je ne sais plus, c’est Gisèle Halimi quelque chose [Le Procès d’une Vie]. C’est au théâtre Splendid.

Frédérique Couchet : D’accord, on mettra le lien. Autre chose ?

Anne L’Hôte : Je suis en train de dire un bouquin qui fout un peu la rage, qui s’appelle Printemps silencieux, Silent Spring, de Rachel Carson, une femme, qui a écrit en 1962. Elle parle de l’arrivée des pesticides, de l’usage massif des pesticides et des conséquences que ça pourrait avoir, spoiler alert, les cancers par exemple. Par ces temps de canicule, c’est encore plus pénible à lire, mais c’est une lecture nécessaire. Je rappelle que c’est 10 ans avant le rapport Meadows, le rapport qui parle de la finitude des éléments premiers sur Terre. Donc, avec l’actualité des datacenters, tout cela remet beaucoup de choses en question.

Frédérique Couchet : Je pose la question, il reste une minute, même pas ! Est-ce que ça te questionne par rapport, justement, à ton métier d’informaticienne ?

Anne L’Hôte : Oui, l’IA c’est horrible. Horrible, je ne sais pas !Aujourd’hui, on est obligé de consommer des tokens de l’IA pour garder son poste. Je trouve que c’est un peu compliqué, ce n’est pas ce que j’attendais de l’informatique. J’ai l’impression que le virage actuel de l’informatique est très délicat.

Frédérique Couchet : Je pose la question parce que je rencontre des gens qui sont informaticiens et informaticiennes depuis longtemps et qui envisagent de quitter l’informatique pour ces raisons-là.

Anne L’Hôte : C’est une vraie question.

Frédérique Couchet : Franchement, j’ai été ravi de te recevoir une nouvelle fois, Anne, pour cet entretien.

Anne L’Hôte : Merci.

Frédérique Couchet : Donc Anne L’Hôte qui est développeuse du ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Espace.

Nous allons faire une pause musicale.

[Virgule musicale]

Frédérique Couchet : Après la pause musicale, nous écouterons la chronique de Jean-Christophe Becquet sur Wiklou, le wiki francophone du vélo.
En attendant, nous allons écouter Outrain, par Lumpini. On se retrouve dans trois minutes vingt. Belle journée à l’écoute de Cause Commune, la voix des possibles.

Pause musicale : Outrain, par Lumpini.

Voix off : Cause Commune, 93.1.

Frédéric Couchet : Nous venons d’écouter Outrain, par Lumpini, disponible sous licence libre Creative Commons Partage dans les mêmes conditions, CC By SA 3.0. On reste dans le sport, je vais préciser que Lumpini est une référence au nom d’un stade de boxe thaï à Bangkok. C’est aussi le nom d’un club de boxe thaï à Saint-Denis, que je conseille. Ma plus jeune fille a fait quelques années de boxe thaï.

[Jingle]

Frédéric Couchet : Nous allons passer au sujet suivant.

[Virgule musicale]

Chronique « Pépites libres » de Jean-Christophe Becquet sur Wiklou, le wiki francophone du vélo

Frédéric Couchet : Texte, image, vidéo ou base de données, sélectionnée pour son intérêt artistique, pédagogique, insolite, utile, Jean-Christophe Becquet nous présente une ressource sous licence libre. Les auteurs et autrices de ces pépites ont choisi de mettre l’accent sur les libertés accordées à leur public, parfois avec la complicité du chroniqueur. C’est la chronique « Pépites libres » de Jean-Christophe Becquet. Le thème du jour c’est Wiklou, le wiki francophone du vélo.

[Virgule sonore]

Jean-Christophe Becquet : Notre récente enquête pour connaître l’auditorat de Libre à vous ! positionnait Rayons Libres, l’émission consacrée au vélo, en tête des programmes de Cause Commune aussi écoutés par les auditeurs et auditrices de l’April. Du 1er au 31 mai 2023 se déroule « Mai à vélo », une programmation qui rappelle Libre en Fête coordonné chaque printemps par l’April avec plusieurs centaines d’événements partout en France. Enfin, la semaine dernière se tenait au ministère de l’Écologie le premier comité interministériel vélo et marche. « Les investissements annoncés – deux milliards d’euros budgétisés par l’État d’ici à 2027 – dépassent tout ce qui avait été dégagé jusqu’à présent », indique Olivier Razemon sur lemonde.fr. C’est pour toutes ces raisons que j’ai décidé de vous parler aujourd’hui de Wiklou, le wiki francophone du vélo.

Initié en 2010 par l’association grenobloise UN p’Tit véLo dAnS La Tête, Wiklou est aujourd’hui animé par L’Heureux Cyclage, le réseau des Ateliers vélo participatifs et solidaires. Il s’appuie sur le logiciel libre MediaWiki, le même qui fait fonctionner les différents projets de la constellation Wikimédia : l’encyclopédie Wikipédia mais aussi la médiathèque Wikimedia Commons, la base de données Wikidata et bien d’autres moins connus.

Le contenu du Wiklou est placé sous une double licence libre, Creative Commons BY SA – Attribution Partage dans les mêmes conditions – et GNU FDL, Free Documentation License. Cette mention de licence est souvent difficile à trouver sur les sites web que je parcours. Ici, elle mise en avant dès la page d’accueil. Et la motivation de ce choix me semble également intéressante à relever : « cela garantit son utilité et sa pérennité ».

Wiklou traite du vélo sous toutes ses formes. Vous y trouverez un annuaire des associations vélo en France, une documentation sur les différentes pièces, accessoires et outils, mais aussi une revue d’articles sur les liens entre pratique du vélo et santé ; ou encore, une sélection de contenus musicaux sur le thème du vélo pour les animations et les bonnes soirées vélorutionnaires.

Wiklou héberge aussi Magik Cambouïk, un fanzine qui ne se prend pas du tout au sérieux. Cette publication « a pour but de promouvoir les petites trouvailles qui contribuent à ce que la vie dans les ateliers soit plus belle, plus drôle et plus pratique ». Magik Cambouïk contient des « Magik-Fiches » qui valent le détour : des drôles, des belles, des indispensables, des totalement farfelues, des maladroites, des œuvres d’art, des schémas géniaux dessinés à l’arrache comme on en fait parfois sur des bouts de nappes… ». Quelques exemples : pour dormir plus et travailler moins, le hamac en chambre à air ; dans la catégorie utile pour la vie de tous les jours, la perche attrape tout et, dans la catégorie convivialité, le décapsuleur en chaîne de vélo.

Pour finir, j’aimerais annoncer un événement qui croise le monde du Libre et celui du vélo, le week-end prochain dans le pays Gapençais. Nous organisons en effet une cartopartie autour de la véloroute 862 « La Durance à Vélo ». Pendant deux jours, nous invitons à découvrir OpenStreetMap et à contribuer ensemble autour de cet itinéraire afin d’améliorer la description des services et points d’intérêt pour les cyclistes. Alors, si vous êtes du côté de Gap ou Briançon, vendredi 12 et samedi 13 mai 2023, rejoignez-nous. Vous trouverez le lien vers le programme détaillé sur la page consacrée à l’émission, sur libreavous.org. En attendant, je reprends le nom du collectif associatif qui fait vivre Wiklou, le wiki francophone du vélo, pour vous souhaiter un « Heureux Cyclage ».

Frédéric Couchet : Merci Jean-Christophe. C’est « Heureux Cyclage » en deux mots.
J’aurais dû lire ta chronique, mais j’ai préféré avoir le plaisir de la découvrir en direct. Tu as dit, en début de chronique, que Rayons Libres est l’émission qui est arrivée en tête des programmes de Cause Commune aussi écoutés par les auditeurs et auditrices de Libre en vous !. En fait, c’est la deuxième. La première c’est CyberCulture, l’émission sur la technologie, le samedi, animée par William Asgavari. Rayons Libres est effectivement la deuxième, l’émission consacrée au vélo qui est diffusée chaque lundi en direct de 14 heures à 14 heures 30, animée par Jérôme Sorrel.
Dans ce même questionnaire, dont l’analyse est en ligne sur le site libreavous.org, le premier département d’écoute des auditeurs et auditrices était Paris, sans grosse surprise, mais le deuxième, si tu te souviens bien, c’était l’Isère, un département que tu connais bien.

Jean-Christophe Becquet : Et je ne l’ai pas fait exprès, mais à nouveau le Wiklou est né à Grenoble avec l’association, UN p’Tit véLo dAnS La Tête, qui est un des premiers ateliers vélo. Aujourd’hui on en trouve un petit peu partout en France, mais l’association grenobloise fait figure de pionnière.

Frédéric Couchet : Certaines personnes sur Mastodon – Fabien Cazenave, Nicolas Vivant – disent régulièrement : « Grenoble c’est classe ! ». Je crois qu’il y a un gros repère de libristes dans cette région.

[Virgule sonore]

Frédéric Couchet : Vous êtes de retour en direct. Comme vous l’avez compris, c’était une rediffusion. Et comme vous l’avez deviné, les rediffusions des deux chroniques, celles de Florence Chabanois et de Jean-Christophe Becquet, ont été choisies avec amour pour correspondre au sujet principal avec Anne l’Hôte qui est tout sourire.

Nous allons terminer par quelques annonces.

[Virgule musicale]

Quoi de Libre ? Actualités et annonces concernant l’April et le monde du Libre

Frédéric Couchet : Je vous rappelle que les liens utiles concernant les annonces de fin, et même toutes les références de l’émission, sont sur la page consacrée à l’émission du jour, sur libreavous.org/280, sur le site causecommune.fm, ou dans les notes de l’épisode si vous nous écoutez en podcast.

Jean-Christophe, dans sa chronique, juste avant, parlait du questionnaire de 2023. Nous refaisons un questionnaire. Donc prenez quelques minutes, s’il vous plaît, pour répondre à notre questionnaire, votre avis sur Libre à vous !. Vos réponses à ce questionnaire sont très précieuses pour nous. Elles nous permettent d’évaluer l’impact de notre émission et de mieux connaître l’auditorat. De votre côté, ce questionnaire est une occasion de nous faire des retours. Date limite pour répondre : mercredi 8 juillet au soir, mais autant répondre le plus tôt possible. Vous retrouverez le lien vers le questionnaire sur le site libreavous.org.

On parlait d’OpenStreetMap dans la chronique de Jean-Christophe. Il y a une rencontre de contributrices et de contributeurs à OpenStreetMap Sud à Paris le jeudi 2 juillet à Montrouge.

Du côté de Nantes, le samedi 4 juillet 2026, il y a une permanence. Vous pouvez rencontrer les libristes nantais.

À Paris, le Premier Samedi du Libre, le samedi 4 juillet de 14 heures à 18 heures au Carrefour numérique2 de la cité des sciences et de l’industrie à Paris. Venez aider ou vous faire aider à installer et paramétrer des logiciels libres et toute distribution de Linux ou Android avec de nombreuses associations présentes.

Cause Commune vous propose un rendez-vous convivial chaque 1er vendredi du mois à partir de 19 heures 30 dans ses locaux, 22 rue Bernard Dimey. Le prochain, c’est le vendredi 3 juillet.

Notre émission se termine.

Je remercie les personnes qui ont participé à l’émission du jour : Florence Chabanois, Anne l’Hôte, Jean-Christophe Becquet.
Merci également aux personnes qui s’occupent de la post-production des podcasts : Sébastien Chopin, Élodie Déniel-Girodon, Nicolas Graner, Lang 1, Julien Osman, bénévoles à l’April, et Olivier Grieco, le directeur d’antenne de la radio.
Merci aussi aux personnes qui découpent les podcasts complets en podcasts individuels par sujet : Quentin Gibeaux, Théocrite et Tunui, bénévoles à l’April.
Merci également à Marie-Odile Morandi et au groupe Transcriptions qui permet d’avoir une version texte de nos émissions.

Nous vous remercions d’avoir écouté l’émission du jour.
Si vous avez aimé cette émission, n’hésitez pas à en parler le plus possible autour de vous et à faire connaître également la radio Cause Commune, la voix des possibles.

La prochaine émission aura lieu en direct mardi 30 juin 2026 à 15 heures 30. Notre sujet principal portera sur la synergie entre Cenabumix, un groupe d’utilisatrices et utilisateurs de logiciels libres de la région d’Orléans, et l’association Les Restos du Cœur. C’est ma collègue Isabelle Vanni qui animera l’émission.

Nous vous souhaitons de passer une belle fin de journée. On se retrouve en direct mardi 30 juin et d’ici là, portez-vous bien !

Générique de fin d’émission : Wesh Tone par Realaze.

Média d’origine

Titre :

Émission Libre à vous ! diffusée mardi 23 juin 2026 sur radio Cause Commune

Personne⋅s :
- Anne L’Hôte - Florence Chabanois - Frédéric Couchet - Jean-Christophe Becquet
Source :

Podcast

Lieu :

Radio Cause Commune

Date :
Durée :

1 h 30 min

Autres liens :

Page de présentation de l’émission

Licence :
Verbatim
Crédits des visuels :

Bannière de l’émission Libre à vous ! de Antoine Bardelli, disponible selon les termes de, au moins, une des licences suivantes : licence CC BY-SA 2.0 FR ou supérieure ; licence Art Libre 1.3 ou supérieure et General Free Documentation License V1.3 ou supérieure.
Logo de la radio Cause Commune utilisé avec l’aimable autorisation d’Olivier Grieco, directeur d’antenne de la radio.

Avertissement : Transcription réalisée par nos soins, fidèle aux propos des intervenant⋅e⋅s mais rendant le discours fluide. Les positions exprimées sont celles des personnes qui interviennent et ne rejoignent pas nécessairement celles de l'April, qui ne sera en aucun cas tenue responsable de leurs propos.