Voix off : Libre à vous !, l’émission pour comprendre et agir avec l’April, l’association de promotion et de défense du logiciel libre.
Frédéric Couchet : Bonjour à toutes, bonjour à tous dans Libre à vous !. C’est le moment que vous avez choisi pour vous offrir une heure trente d’informations et d’échanges sur les libertés informatiques et également de la musique libre.
Au café libre, actualité chaude, ton relax, c’est le sujet principal de l’émission du jour, un débat autour de l’actualité du logiciel libre et des libertés informatiques. Avec également au programme, en début d’émission, une chronique de Benjamin Bellamy sur les réseaux sociaux et, en fin d’émission, une chronique de Luk, « Il n’a même pas d’habits ».
Soyez les bienvenu·es pour cette nouvelle édition de Libre à vous !, l’émission qui vous raconte les libertés informatiques, proposée par l’April, l’association de promotion et de défense du logiciel libre.
Je suis Frédéric Couchet, le délégué général de l’April.
Le site web de l’émission est libreavous.org, vous pouvez y trouver une page consacrée à l’émission du jour avec les liens et les références utiles.
Nous sommes mardi 22 septembre 2026.
Nous diffusons en direct, mais vous écoutez peut-être une rediffusion ou un podcast.
Nous saluons également les personnes qui nous écoutent sur les webradios radio Cigaloun, radio Broussaille, ainsi que sur les radios FM Radios Libres en Périgord et Radio Quetsch.
À la réalisation de l’émission, c’est sa première aujourd’hui, Boris, avec l’aide de ma collègue Isabella Vanni et également dans la régie Bahia qui est en formation. Bonjour Boris, bonjour Isa, bonjour Bahia.
Boris : Bonjour.
Isabella Vanni : Bonjour.
Frédéric Couchet : Nous vous souhaitons une excellente écoute.
[Jingle]
Chronique « Le truc que (presque) personne n’a vraiment compris mais qui nous concerne toutes et tous » de Benjamin Bellamy – « Libérons les réseaux sociaux »
Frédéric Couchet : Nous allons commencer par la chronique de Benjamin Bellamy, « Le truc que (presque) personne n’a vraiment compris mais qui nous concerne toutes et tous ». Benjamin est fondateur et dirigeant de la société Ad Aures, papa de Castopod et animateur du podcast Rien de Grave Patron !.
Le sujet du jour, Benjamin, tu vas nous parler de réseaux sociaux.
Benjamin Bellamy : Oui ou, plus précisément, je voulais vous parler des trucs qui m’agacent sur les réseaux sociaux. Par exemple tous ces gens qui font de longs posts pour nous amener à aller visiter un site mais qui prennent bien soin de ne pas mettre le lien dans le message. Eh bien, non ! Il est où le lien ? Eh bien le lien est dans les commentaires pardi, bien planqué, et surtout bien à l’abri du regard de l’algorithme tout puissant qui décide qui sera mis en avant et qui sera banni dans l’ombre, shadow banned pour les anglophones.
Cette semaine, j’ai même vu un influenceur de renom s’auto-flageller parce qu’il avait programmé un post qui disait encore « allez sur mon site, le lien est dans les commentaires » et patatras, il n’y était pas. Eh bien oui, le post étant programmé, il s’est mis en ligne tout seul et le commentaire ? Eh bien tout le monde l’a cherché et personne ne l’a trouvé, on ne peut pas programmer les commentaires.
Bref, ça m’agace parce qu’en croyant faire plaisir à un algorithme totalement idiot, on finit par avoir des comportements qui n’ont absolument aucun sens. Et pourquoi l’algorithme est-il idiot ? Parce qu’il n’est pas là pour mettre en valeur les bons contenus, ceux qui sont intéressants, innovants ou originaux, les contenus qui vont faire plaisir aux audiences, non, l’algorithme est là uniquement pour faire plaisir aux actionnaires du réseau social. Le réseau social en question vous l’avez reconnu, c’est LinkedIn. Et encore, ce n’est pas celui qui m’agace le plus. Il y en a un autre qui vraiment m’agace, c’est Twitter. Oui, je dis encore Twitter, je suis trop vieux pour dire X. D’ailleurs, je n’ai toujours pas compris, ou pas fait l’effort de comprendre, comment sur X on dit « touitter », comment on dit « un touit », « un retouit », etc., donc je dis Twitter. En fait, je suis tellement vieux que quand j’ai connu le Web il était encore décentralisé, les cinq GAFAM n’avaient pas encore accaparé tous les contenus du World Wide Web, oui, à l’époque on disait World Wide Web.
J’en ai déjà parlé, mais il y a un truc que je refuse de comprendre, c’est la raison pour laquelle autant de monde va encore sur Twitter. Oui, au fond je sais : parce que tout le monde y est, donc tout le monde y va, donc tout le monde y est. A contrario, il suffirait que plus personne n’y aille pour que plus personne n’y soit et que plus personne n’y aille. Remarquez que c’est vrai avec tous les réseaux sociaux. Ils accaparent des contenus qu’ils n’ont pas créés, les nôtres, ils ne créent aucun contenu, puis ils accaparent nos audiences, puis ils prêtent ces audiences aux créateurices qu’ils choisissent.
Mais Twitter a un petit truc en plus : son propriétaire actuel a sur les mains le sang de celles et ceux qui survivaient grâce à USAID [United States Agency for International Development] et il fait des saluts nazis quand il est content. D’où ma question, assurément sincère, probablement naïve : pourquoi y êtes-vous tous encore ? Je dis « vous », ce n’est pas vous « vous ». Je pense en particulier à nos élu·es et à toutes les personnes politiques. Bon, je comprends que les vrais nazis s’y sentent bien et ils ont sûrement bien raison d’y rester, mais les autres ? Celles et ceux qui, à gauche, ne postent que là-bas et, de temps en temps, daignent nous gratifier d’une copie d’écran repartagée sur les autres réseaux. Un tel manque de cohérence, franchement ça me choque. Réellement ! Parce qu’il y a plein d’alternatives. Des alternatives qui ne sont soumises ni aux nazis ni aux algorithmes la plus connue est probablement Mastodon, le réseau social libre, open source, décentralisé et fédéré. Du coup, j’ai mené ma petite enquête pour voir combien de nos député·es sont sur Mastodon : 22 sur 577, dont cinq seulement y ont posté quelque chose la semaine dernière. Et pour nos député·es européen·nes, même si, en proportion, c’est moins pire, ce n’est pas glorieux pour autant : sur 81, dix ont un compte Mastodon.
Frédéric Couchet : OK Benjamin, mais si ces personnes ne veulent pas, on ne va pas les forcer !
Benjamin Bellamy : Eh bien, tu sais quoi, je dis « chiche » ! D’ailleurs ce n’est pas moi qui le dis, c’est le gouvernement central néerlandais.
Pour la petite histoire, la ville d’Amsterdam avait l’habitude de poster sur Twitter. Et puis Twitter est devenu X, il est devenu indispensable d’avoir un compte pour consulter les messages. Ainsi, lorsque la ville a été confrontée à un incendie, bon nombre de citoyennes et de citoyens se sont trouvés privés des informations de crise faute de compte. C’est ballot ! La municipalité a alors décidé de migrer officiellement sur Mastodon. Dommage qu’il ait fallu un incendie pour en arriver là, mais au moins, on y arrive.
Donc aux Pays-Bas, pour garantir que la parole des administrations est bien accessible, le gouvernement s’est engagé à les contraindre à poster sur Mastodon. Elles ne seront pas obligées de poster sur Mastodon, mais, à partir du moment où elles posteront sur n’importe quel réseau social, elles devront aussi poster sur Mastodon.
À l’heure où tout le monde parle de souveraineté numérique et d’autonomie stratégique, reprendre le contrôle sur ses canaux de communication devrait être la base et surtout, devrait être la loi. Dans un registre similaire, je ne sais pas vous, mais moi, les infos trafic des transports en commun d’Île-de-France sur Twitter, ça me rend dingue !
Frédéric Couchet : Mais tout cela ce sont des vœux pieux ! Il faut être réaliste, personne ne met en avant ce genre d’initiative !
Benjamin Bellamy : Eh bien justement, figure-toi que la semaine dernière j’ai eu la chance d’aller à Berlin pour participer au FediDay. Le Berlin FediDay c’est la plus grande conférence consacrée aux réseaux sociaux alternatifs, ouverts et libres. L’événement avait lieu à deux pas de la tour de télévision d’Alexanderplatz, dans l’un des tout premiers hackerspaces du monde, la mère de tous les hackerspaces, la c-base. Plus de 70 conférences s’y sont tenues dont une, justement, Get your city on the fediverse, « Faites entrer votre ville dans le Fediverse » sur la ville d’Amsterdam. Pendant trois jours, on a parlé de Mastodon, Pixelfed, PeerTube, Mobilizon, Castopod et même de Matrix, le protocole de chat que j’utilise tous les jours au boulot.
C’était passionnant de rencontrer autant de passionné·es. D’entendre la FSFE [Free Software Foundation Europe] expliquer pourquoi elle a quitté Twitter et fait du Fediverse son canal principal de communication.
Une conférence a même présenté l’initiative Leave X [Quitter X] qui, comme son nom l’indique, milite pour que les politiques et les institutions européennes quittent cette plateforme. Et puis j’ai découvert un truc que j’attendais depuis fort longtemps : une alternative libre, open source et fédérée où on ne met plus les liens en commentaire, une alternative à LinkedIn. Ça s’appelle vutuv.de, sa version française vient tout juste de sortir cette semaine et c’est extraordinaire. J’encourage tout le monde à aller y faire un tour. Vraiment allez voir, c’est fonctionnellement extrêmement riche, j’aime vraiment beaucoup.
Frédéric Couchet : C’est bien joli tout ça, mais changer les habitudes, ça prend du temps.
Benjamin Bellamy : Sûrement et on ne va pas se mentir. Si les médias qui, au passage, sont les premiers à se faire plumer par les GAFAM ne s’y mettent pas, ça va être compliqué. Pour autant certains l’ont bien compris. On va leur faire de la pub et on mettra les liens vers leurs comptes dans la description : Le Monde, Politis, Basta !, Arrêt sur images et enfin et surtout Mediapart qui a sa propre instance Mastodon, dédiée à tous ses journalistes, salariés et pigistes réguliers. Pour eux le gain est massif : ça leur offre une maîtrise totale de leurs contenus, maîtrise légale et technique, et ça garantit de manière fiable leurs identités.
Au-delà des médias, toutes les grandes entreprises devraient avoir leur instance Mastodon sur leur propre nom de domaine, exactement comme elles le font pour leurs e-mails depuis des décennies. Baser toute sa communication sur un compte Twitter, c’est exactement comme avoir une adresse électronique en caramail.com !
Frédéric Couchet : Caramail est effectivement une référence pour vieilles personnes !
Et si on veut rejoindre Mastodon, comment fait-on concrètement ?
Benjamin Bellamy : Rien de plus simple : on va sur joinmastodon.org et on se laisse guider pour trouver l’instance qui nous convient ou tout simplement sur pouet.chapril.org, l’instance de l’April !
Frédéric Couchet : Merci pour la pub Benjamin. On te retrouvera le mois prochain et, d’ici là, tous les mercredis dans ton podcast RdGP, Rien de Grave Patron !, le podcast sérieux qui vous emmène au cœur des enjeux des droits numériques, des libertés individuelles et de la vie privée.
C’était la chronique de Benjamin Bellamy.
Nous allons faire une pause musicale.
[Virgule musicale]
Frédéric Couchet : Après la pause musicale, nous vous convions Au café libre pour échanger autour de l’actualité du logiciel libre.
En attendant, nous allons écouter Pass Me By, par Zero Project. On se retrouve dans trois minutes trente. Belle journée à l’écoute de Cause Commune, la voix des possibles.
Pause musicale : Pass Me By, par Zero Project.
Voix off : Cause Commune, 93.1.
Frédéric Couchet : Nous venons d’écouter Pass Me By, par Zero Project, disponible sous licence libre Creative Commons Attribution, CC By 4.0. L’occasion de rappeler que toutes nos pauses musicales sont sous des licences libres qui permettent de les partager librement avec vos proches, de les télécharger parfaitement légalement, de les remixer y compris pour des usages commerciaux. Ce sont des licences type Creative Commons Attribution, Creative Commons Partage dans les mêmes conditions ou encore licence Art Libre. Creative Commons Attribution, donc celle de cette musique, permet la réutilisation, la modification, la diffusion, le partage pour toute utilisation y compris commerciale, à la simple condition de créditer l’artiste, le nom, la source du fichier d’origine, d’indiquer la licence et d’indiquer si des modifications ont été effectuées.
Nous avons donc écouté Pass Me By, par Zero Project, disponible sous licence libre Creative Commons Attribution.
[Jingle]
Frédéric Couchet : Nous allons passer au sujet principal.
[Virgule musicale]
Au café libre, débat autour de l’actualité du logiciel libre et des libertés informatiques
Frédéric Couchet : Nous allons poursuivre par notre sujet principal.
Nous vous donnons rendez-vous aujourd’hui Au café libre pour discuter de sujets d’actualité du logiciel libres et des libertés informatiques.
Autour de la table Maud Royer, développeuse web, experte en stratégie numérique de mobilisation et de plaidoyer, vous corrigerez vos présentations si j’ai fait une erreur ;
Vincent Calame, informaticien, bénévole à l’April, chroniqueur dans libre à vous ! ;
Pierre Beyssac, informaticien, notamment cofondateur de Gandi et fondateur d’Eriomem, service de stockage de fichiers, parmi ses nombreuses casquettes.
Peut-être que Benjamin Bellamy participera, il reste avec nous.
Bonjour à vous trois. On va tester les micros avec un petit bonjour.
Maud Royer : Bonjour.
Vincent Calame : Salut.
Pierre Beyssac : Bonjour tout le monde.
Frédéric Couchet : Si vous souhaitez participer à notre conversation, vous pouvez nous appeler au 09 72 51 55 46 ou sur le salon web dédié à l’émission, sur le site causecommune.fm, tout en bas vous avez le lecteur audio, vous cliquez dessus et vous arrivez sur le chat. Sinon vous allez sur libreavous.org, vous avez également accès au chat.
Nous allons aborder plusieurs sujets. On verra le nombre de sujets qu’on peut aborder, autour desquels on peut échanger.
Lettre ouverte pour la survie des évènements techniques en France
Frédéric Couchet : C’est moi qui avais proposé le premier sujet, je l’ai vu récemment, c’est une lettre ouverte pour la survie des événements techniques en France. C’est sur le site de l’Aful, l’Association francophone de développement autour de PHP.
Je vais juste lire quelques extraits, je vais vous demander ce que vous en pensez et je crois, Pierre, que chez toi ça a fait écho à ton expérience d’une conférence plutôt données libres et logiciels libres récemment. Je rappelle que toutes les références sont sur le site de l’émission du jour, sur le site librevous.org/285 parce que c’est la 285e émission. Je lis quelques extraits de cette lettre ouverte : « Les événements techniques traversent aujourd’hui une crise silencieuse. Budgets sponsoring resserrés, achats de billets en baisse, adhésions associatives en recul. Si rien ne change, nombre de ces évènements ne verront pas de nouvelle édition.
L’arrivée massive de l’IA dans nos métiers bouleverse la manière dont les entreprises pensent leurs priorités et leurs budgets. Les événements techniques, souvent perçus comme une dépense accessoire, sont les premiers postes sacrifiés. Or ces rassemblements ne sont pas en marge de cette transformation, ils en sont un observatoire et un lieu d’appropriation collective. Aucun module d’e-learning, aucune documentation, aucune veille technique, aucun outil d’IA ne reproduit ce qu’apporte une conférence technique : la confrontation directe à des retours d’expériences réels, la découverte de pratiques qu’on n’aurait pas cherchées seuls, les échanges informels qui mènent aux solutions. » Ces conférences techniques, selon les organisateurs et organisatrices de ces événements, sont essentielles et aujourd’hui font face à de très nombreuses difficultés.
Première question : avez-vous été confrontés, avez-vous déjà vu ça pour un certain nombre de ces événements-là. Je vous laisse réfléchir, Vincent et Maud, et je rappelle qu’il y a pas d’obligation à intervenir à chaque question. Pierre, tu l’as vu récemment dans un événement autour d’OpenStreetMap.
Pierre Beyssac : En fait chaque année il y a plusieurs conférences autour d’OpenStreetMap dans différents pays, notamment en France, il y a une conférence française annuelle, et aussi une conférence mondiale. Cette année, en particulier, la conférence mondiale était à Paris, à Champs-sur-Marne pour être plus précis, dans l’Est de la région parisienne. D’ailleurs il y avait un joli petit logo avec une rose des vents, qui était en fait une tour Eiffel, c’était vraiment un bon choix de conception. Bref ! Je suis assez casanier, je vais donc rarement sur les autres continents pour assister à des conférences, mais là la conférence étant en région parisienne, je n’avais pas d’excuse pour ne pas y aller.
Je pense que vous connaissez OpenStreetMap, c’est la cartographie contributive, le Wikipédia de la cartographie. L’intérêt de cette conférence c’est qu’il y a un écosystème qui réunit des gens du public, des contributeurs comme vous et moi, des établissements publics de recherche, mais aussi des utilisateurs de cartographie comme des municipalités, des administrations, des universitaires, des chercheurs et des boîtes privées qui travaillent sur des logiciels libres et aussi sur de l’open data. Il y avait une grosse présence de la SNCF, par exemple, qui fait beaucoup de travaux autour de ça. D’ailleurs, vous ne savez peut-être pas que la cartographie dans le wifi des TGV c’est maintenant OpenStreetMap, en fait la carte qui vous présente votre TGV c’est OpenStreetMap et ils sont en train de travailler pour potentiellement l’étendre à d’autres services SNCF.
Bref. C’est vachement intéressant parce qu’on est effectivement confronté à des gens qui travaillent sur les mêmes sujets que ceux qui nous intéressent et qu’on n’aurait probablement pas rencontrés avec la recherche d’informations sur le Web. J’ai croisé plein de gens qui font plein de travaux super intéressants qui ne sont pas directement dans mes centres d’intérêt, mais ça permet justement de faire un peu de veille, de voir un peu ce qui se passe, de rencontrer des gens, de constituer ou reconstituer des réseaux. C’est donc vraiment super utile.
Je sais que le financement de ce genre de ce genre de conférence n’est pas simple.
Frédéric Couchet : Est-ce que l’organisation t’a fait part ou est-ce que tu as entendu parler de problèmes dans l’organisation de State of the Map ?
Pierre Beyssac : Je sais que le budget n’a pas été facile à boucler, mais ils ont réussi à le faire. Le prix d’entrée pour les contributeurs je crois que c’était 70 livres sterling parce que la fondation OpenStreetMap est de droit britannique, elle envisage de partir, de s’installer en Europe, en Union européenne, mais ce n’est pas encore le cas. On m’a dit qu’il n’a pas été évident de boucler le budget.
La conférence est en anglais, il faut le savoir si on veut aller dans ce genre de conférence, quand c’est une conférence internationale ça va souvent être en anglais.
Je suis allé à une autre conférence – j’ai explosé mon quota de conférences cette année –, je suis allé au FOSDEM [Free and Open Source Software Developers’ European Meeting] 2026 à Bruxelles fin janvier. Au FOSDEM l’entrée est gratuite. C’est absolument énorme il y a 15 000 visiteurs, 1100 conférenciers et c’est accessible à tous. C’est également en anglais. Concernant le financement de FOSDEM je n’ai pas d’informations particulières, mais j’imagine que c’est également compliqué.
Tout cela pour dire qu’aller à ce genre de conférence c’est toujours intéressant. Prendre du temps pour aller voir ce qui se passe concernant ses centres d’intérêt, concernant son métier le cas échéant permet d’apprendre des choses et de voir un peu ce qui se passe dans le vaste monde, des choses qui ne sont pas forcément dans nos réseaux sociaux habituels, dans nos canaux habituels.
Frédéric Couchet : Dans nos canaux habituels de développement on va dire.
Pierre Beyssac : Voilà, exactement.
Frédéric Couchet : Vincent, Maud, est-ce que vous avez l’habitude d’aller dans ce genre d’événement et si oui lesquels ? Maud.
Maud Royer : Avec mon expérience dans le métier de développeuse, j’ai quand même un peu l’impression qu’il y a deux grands types de conférences techniques.
D’un côté les conférences techniques type le FOSDEM, type la PyConFR qui a lieu fin octobre/début novembre, la conférence francophone de la communauté Python, un langage de programmation, qui sont souvent des événements relativement ouverts, à faible prix d’entrée ou gratuits, organisés avec beaucoup de bénévoles, souvent avec un fort lien avec le monde universitaire, d’ailleurs ils sont souvent lieu dans des facs, ils ont aussi un coût certes substantiel à organiser mais relativement faible et surtout ne se font pas au profit d’une entreprise ou d’exposants particuliers qui viennent là pour marketer un produit.
Et il y a d’autres conférences qui, pour le coup, ont vraiment derrière un rôle technique. On est sur du 1000 dollars l’entrée, toutes les start-ups de la Start-up Nation sont là. Voire, pire encore, des conférences qui se déguisent en conférences techniques mais qui sont des conférences marketing organisées par une seule entreprise. La conférence annuelle de GitHub à San Francisco, qui a lieu quasiment tous les ans, est en fait une conférence dédiée à présenter les nouvelles fonctionnalités d’un service payant, mais elle rassemble des développeurs parce que, de fait, c’est un service qui est utilisé au quotidien par beaucoup de gens dans leur travail.
On a vu aussi que les conférences techniques sont quelque chose d’important. Moi j’ai commencé à y aller dans les années 2010 pendant mon année d’Erasmus à Berlin. C’est vrai que là j’ai appris plein de choses dans les communautés de développeurs qui s’organisaient, qui faisaient des ateliers autour de Node.js, du JavaScript côté serveur, plein de trucs open source hyper intéressants. Petit à petit, j’ai vu aussi fleurir ces fausses conférences qui coûtent très cher, qui n’ont pas l’air de présenter un grand intérêt, mais qui sont, en fait, des conférences vendues par des entreprises à des commerciaux, à des patrons ou à des dirigeants de ressources humaines d’autres entreprises pour qu’ils y envoient leurs développeurs qui, eux-mêmes, n’y trouvent pas un grand intérêt et se sentent un peu forcés d’être là. Je pense ça a généré aussi une certaine fatigue dans le métier pour les personnes qui assistent à ces conférences parce que les personnes ne choisissent pas les conférences auxquelles elles assistent. Beaucoup de gens sont envoyés par leur patron qui leur dit « c’est là qu’il faut aller parce que tout le monde y va » et en fait ce n’est pas très intéressant.
Je pense que les conférences intéressantes organisées par des bénévoles pâtissent aussi de cette espèce de fatigue générée par un tas de trucs de mauvaise qualité qui ont existé ces dernières années, faits par des boîtes qui sont là pour générer du profit et pas pour générer réellement des discussions intéressantes, qui générent de l’innovation technologique qui profite à la communauté du Libre.
Frédéric Couchet : Comme tu dis, il y a aussi la question du coût. Je voyais des commentaires, j’ai regardé vite fait la liste des organisations, pour l’instant que des trucs principalement en France. Beaucoup de choses sont organisées effectivement par des bénévoles, mais certains événements, par exemple en termes de logistique et autre, coûtent je crois, j’avais vu un commentaire, 550 ou 600 TTC pour l’entrée, sachant qu’en plus, après, il faut payer le voyage si on vit en dehors de Paris ou loin du lieu, il y a l’hébergement, donc ça commence à faire un coût. Si la personne est envoyée par une entreprise peut-être que l’entreprise peut prendre en charge, mais si la personne n’est pas envoyée par l’entreprise, ça commence effectivement à devenir cher.
Maud Royer : Et ça fait un peu un monde de conférences à deux vitesses : des conférences pour les salariés de grosses boîtes qui y vont aux frais de leur boîte et des conférences, qui sont souvent plus intéressantes, mais organisées par des bénévoles, qui ne sont pas cher.
Pierre Beyssac : Il y a effectivement des conférences très orientées, les choses type Google I/O qui sont là pour présenter les nouveautés Google. Mais il y a des choses un peu intermédiaires qui sont des conférences commerciales mais indépendantes, comme Devoxx, qui ne sont pas centrées sur un produit particulier, c’est assez généraliste, mais c’est quand même à vocation professionnelle, donc avec des tarifs d’entrée assez conséquents.
Maud Royer : Assez élevés.
Frédéric Couchet : Vincent, est-ce que tu assistes à ces événements ?
Vincent Calame : Non !
Frédéric Couchet : Je connaissais la réponse !
Vincent Calame : Je me méfie des technologies novatrices. À chaque fois que j’en ai appliqué une, deux ans après elle n’était plus là. Je préfère attendre cinq ans, que la techno soit mieux !
Cette nouvelle me fait penser au fait que le Village associatif se réduit comme peau de chagrin chaque année à l’Open Source Summit qui a lieu en décembre, ce qui est dommage. Est-ce que c’est pour des questions budgétaires ? Toute cette partie-là disparaît, se mélange. J’ai eu des échos de personnes qui y étaient l’an dernier, qui ne vont pas y revenir parce que ça s’est réduit.
Frédéric Couchet : Les personnes qui ne reviendront pas ce sont les gens du Village associatif ?
Vincent Calame : Oui, côté Village associatif. Ils ne reviendront pas parce que, à chaque fois, l’espace se réduit fortement. Est-ce que c’est pour des questions budgétaires ou d’autres questions, je ne sais pas, en tout cas on sent qu’il y a une tendance à la rétractation.
Frédéric Couchet : Cet événement particulier, l’Open Source Summit, est organisé traditionnellement par une entreprise. C’est vrai que c’est un salon historique de Paris depuis 1999 où il y avait un Village associatif qui était gratuit, les associations ne payaient pas. Au début c’était assez grand. Ça prend effectivement de la place pour du stand qui n’est pas payé, donc visiblement ça se réduit. Par exemple, avant l’April avait un stand de plusieurs mètres carrés, l’an dernier on avait un petit box, je pense que cette année on aura à nouveau un petit box. Ça réduit effectivement considérablement.
Benjamin est resté, il souhaite intervenir et tu es le bienvenu pour intervenir, mais nous n’avons que quatre micros, on va jouer avec les micros.
Benjamin Bellamy : Juste sur OSXP, Open Source Experience, la première chose c’est que ce n’est pas libre, c’est open source, c’est très orienté business et je pense que c’est voulu. La ligne éditoriale de l’événement c’est de faire de l’open source, pas forcément du logiciel libre, dans un contexte B to B.
J’ai connu les périodes fastes où le Village associatif était immense. C’est plutôt sympa de leur part parce que les associations ne payent pas, elles sont invitées. La conjoncture étant ça se réduit, on peut le regretter, mais ça reste gratuit. Une fois qu’on a dit ça, je voulais quand même revenir sur la sainte Trinité des événements open source parce qu’il y a quand même le FOSDEM qu’on a évoqué, il y a aussi le Capitole du Libre à Toulouse et les JdLL [Journées du Logiciel Libre] à Lyon qui sont pour moi les événements libres majeurs auxquels on peut participer.
Frédéric Couchet : Capitole du Libre et les Journées du Logiciel libre ne sont pas la sainte Trinité de l’open source mais du Libre, si tu parles de positionnement.
Benjamin Bellamy : Du Libre, tu as raison, ma langue a fourché.
Frédéric Couchet : On ne va pas rentrer dans le débat aujourd’hui entre open source et logiciel libre, quoique tout à l’heure, peut-être, quand on va parler d’IA, il y a évidemment des différences.
Le Capitole du Libre est un évènement qui a lieu à Toulouse, je ne me souviens plus quel week-end de novembre, mais c’est vraiment un des meilleurs événements libristes. Il y a longtemps que je n’y suis pas allé, je vais y aller cette année.
Les Journées du Logiciel Libre c’est à Lyon, c’est en général en mars avril, mais ils ont eu aussi des difficultés l’an dernier ou il y a deux ans pour trouver un lieu.
Benjamin Bellamy : Ils se sont fait virer, maintenant ils sont à l’ENS [École normale supérieure].
Frédéric Couchet : Ils ont retrouvé un lieu.
En tout cas vous, en tant que devs, vous confirmez ce que moi, en tant que visiteur ou participant à ce genre d’événement, j’ai toujours apprécié au-delà des conférences, les rencontres. On rencontre des gens qu’on n’a pas vus depuis longtemps. Donc vous confirmez l’importance cruciale, pour votre métier, de ce genre d’événement où vous vous rencontrez.
Benjamin Bellamy : C’est indispensable. Juste pour revenir sur la question initiale qui était le financement, ces trois-là, JdLL, Capitole du Libre et FOSDEM, qui sont très différents mais qui, pour moi, sont vachement bien, sont des événements qui, les trois, sont gratuits, qui font énormément appel à des bénévoles et qui s’autofinancent avec pas grand-chose au final.
Frédéric Couchet : Le FOSDEM a de gros sponsors.
Benjamin Bellamy : Il a de gros sponsors, mais il a aussi beaucoup de bénévoles, il a des milliers de bénévoles.
Frédéric Couchet : Ce qui leur permet d’avoir du matériel de qualité notamment pour la vidéo. Il y a un truc génial avec le FOSDEM : si vous n’avez pas envie d’aller à Bruxelles, de vous retrouver avec 15 000 personnes, 15 000 geeks, vous pouvez rester dans votre canapé tout le week-end. Vous avez à la fois le direct et, quelques semaines plus tard, vous avez les vidéos. C’est effectivement permis par les bénévoles et le sponsoring qui paye le matériel vidéo.
Benjamin Bellamy : Tout ça pour dire qu’en fait il n’y a pas business modèle.
Frédéric Couchet : Non, tout à fait, OK. Est-ce que vous voulez ajouter quelque chose sur ce sujet avant qu’on passe au suivant ? Maud.
Maud Royer : Notamment sur ces trois évènements, il y a quand même, pour moi, un enjeu de financement de la recherche publique aussi derrière. C’est-à-dire qu’une partie de ces bénévoles sont aussi des gens qui ont une certaine liberté dans leur temps de travail et, pour une partie d’entre eux, ce sont des chercheurs. Je pense que c’est important de le souligner.
Frédéric Couchet : Tout à fait. Je pense qu’on consacrera un jour un sujet notamment à cette question de la recherche.
Je vais juste simplement rappeler les demandes de cette lettre ouverte. En gros, c’est un appel aux entreprises et aux professionnels du secteur notamment de sponsoriser les événements techniques, même modestement, d’acheter des places pour leurs équipes et de libérer les personnes pour y assister, parce qu’il faut aussi les libérer sur leur temps de travail quand c’est en semaine, si possible de payer les billets et les financements suffisamment tôt pour que les événements puissent payer leurs prestataires et enfin d’adhérer aux associations qui portent ces événements pour soutenir un modèle économique durable et indépendant.
C’était de la lettre ouverte pour la survie des événements techniques en France, le lien sur la page de l’émission du jour, libreavous/285.
[Clochette]
Vote de Debian sur l’IA
Frédéric Couchet : On va changer de sujet. C’est un petit peu un défi parce qu’il va falloir quand même être le plus clair possible, en tout cas autant que faire se peut. Ça va être notre premier sujet sur l’IA. C’est Maud qui a proposé ce sujet suite au vote de Debian sur l’IA.
Je vais te demander une introduction, Maud, déjà pour expliquer ou rappeler aux gens qui nous écoutent ce qu’est Debian, l’importance de Debian. Pourquoi parle-t-on de cela ? Ce n’est pas juste parce que c’est une position sur l’IA, c’est aussi parce que c’est Debian. Donc qu’est-ce que Debian et quelle est l’importance de Debian dans l’écosystème logiciel libre ? Maud.
Maud Royer : Remontons la chaîne des explications.
Debian est une distribution GNU/Linux, c’est-à-dire un système d’exploitation, on va dire, qu’on peut installer sur un ordinateur de bureau, sur un ordinateur portable ou sur un serveur, Debian est très utilisé sur les serveurs, qui est donc basé sur le noyau Linux et sur les paquets du projet GNU.
C’est une distribution GNU/Linux majeure déjà parce qu’elle est très utilisée dans le monde professionnel et, d’autre part, parce qu’elle est elle-même la base de nombreuses autres distributions, notamment de la très célèbre Ubuntu qui, je pense, est aujourd’hui une distribution majeure, notamment sur les ordinateurs de bureau, les ordinateurs personnels.
Debian c’est à la fois la distribution et c’est l’organisation qu’il y a derrière, c’est-à-dire une organisation démocratique, qui vote sur un certain nombre de choses. Il y a plein de contributeurs, un peu comme Wikipédia. C’est une organisation qui a un contrat social, qui est en quelque sorte la constitution de Debian, qui met notamment très fortement l’accent sur le projet libre. C’est-à-dire que le projet de Debian ce n’est pas seulement de fournir un système d’exploitation qui marche, c’est de fournir un système d’exploitation libre.
À ce titre, par exemple, il a pu se passer des choses un peu rigolotes dans l’histoire de Debian, je ne sais plus si c’est le cas aujourd’hui : on ne pouvait pas installer Firefox tel qu’il était, avec son logo, parce que ce logo n’était pas libre, était soumis à une autre licence que le reste, donc on installait Iceweasel, une version de Firefox juste avec un autre logo et un autre nom pour pouvoir respecter le contrat social et le fait que Debian est un projet libre.
Debian a sa propre définition du logiciel libre qui, je pense, pour le coup je ne suis pas experte là-dessus, varie à peine de la définition de la Free Software Foundation.
Frédéric Couchet : C’est donc une distribution essentielle dans le monde du logiciel libre. Donc la position que prend Debian, que les développeurs et développeuses prennent de façon démocratique, via débat et vote, sont essentielles, et la dernière concerne la position de Debian sur l’IA.
Maud Royer : C’est un marqueur politique, c’est, en quelque sorte, historique pour le monde du logiciel libre, en tout cas dans son rapport à l’IA. Je pense qu’il sera difficile de parler d’IA dans le Libre sans commenter cette décision dans les prochaines années.
La proposition consistait à trancher sur : est-ce qu’on autorise ou pas des contributions générées par des LLM [Large Language Model], donc par ChatGPT, par Claude Code, etc., dans Debian, alors non pas dans les logiciels que peut empaqueter Debian dans sa distribution mais vraiment dans le code qui est produit par les contributeurs Debian pour Debian, notamment le code qui permet d’empaqueter les autres logiciels.
Je ne sais plus combien il y avait de propositions, mais pas mal, huit ou neuf. Il y a eu un système de vote Condorcet, c’est-à-dire qu’on classe et on regarde quelle proposition gagne contre chacune des autres. Il n’y a pas d’effet où, par exemple, une proposition gagne alors qu’elle a une majorité relative ou une proposition gagne au second tour parce qu’on a éliminé les autres, en fait il y en a une autre qui faisait plus consensus, etc., c’est un système de vote qui est assez largement reconnu comme le plus optimal. La proposition qui a gagné c’est : « Pour un usage raisonnable de l’IA dans Debian, Debian ne recommande ni interdit les contributions générées par intelligence artificielle, mais, et c’est un mais qui est important, les contraintes qui s’appliquaient, et qui s’appliquent toujours aux contributions qu’on fait dans Debian, qui sont assez strictes, s’appliquent de la même manière aux contributions générées par IA, et la personne qui contribue est pleinement responsable de tout le code contribué, qu’il ait été écrit à la main ou écrit par une IA, donc indépendamment de la manière dont il a été produit. »
On peut avoir l’impression que c’est une position centriste [Rire de Frédéric Couchet, NdT]. En réalité, de toutes les propositions qui étaient faites, c’est, je dirais, la plus laissez-fairiste, c’est la plus libérale, c’est celle qui n’impose aucune autre restriction que celles qui existaient déjà. En fait, c’est une résolution qui, en pratique, n’a pas d’effet par rapport au fonctionnement antérieur.
Frédéric Couchet : Parce qu’en plus, il n’y a même pas de contrôle. Dans la résolution on lit qu’ils ne peuvent pas faire de contrôle de toute façon. C’est la responsabilité de la personne qui contribue à Debian de respecter cette résolution.
Maud Royer : Les contrôles qui existaient auparavant, sur les règles qui existaient auparavant qui doivent toujours être respectées maintenant, existent toujours. Ce que réaffirme la résolution c’est que le fait d’utiliser l’IA n’est pas une excuse pour vous dédouaner d’erreurs qui pourraient avoir été commises par le LLM, qui pourraient faire que vous ne respectez pas les règles qui sont déjà en place.
C’est donc une résolution qui vient réaffirmer les règles existantes en indiquant qu’elles s’appliquent au code généré aussi par IA, de la même manière, et que les personnes sont pleinement responsables.
Toutes les autres propositions étaient soit des interdictions soit des restrictions soit des nouvelles règles qui s’appliquaient spécifiquement à l’IA. Je pense qu’il est intéressant de se dire que cette proposition, qui a l’air centriste, est celle qui ne crée aucun cadre juridique nouveau, si on peut parler de loi dans le fonctionnement du projet Debian, et, en même temps, elle a gagné d’une assez large majorité. En quelque sorte, c’est un thermomètre du fait que même dans un projet qui se vit comme un des projets centraux dans le monde du Libre, il y a une opinion majoritaire – pour le coup, je ne veux pas sur interpréter cette opinion et c’est difficile de savoir ce qui a poussé les gens à voter pour cette option – qui est qu’on ne veut pas ou qu’on ne peut pas faire la chasse aux contributions LLM et les traiter différemment des autres. Je pense qu’il y a une part de gens qui pensent qu’on ne peut pas. En fait, c’est la même chose que les profs qui passent les rédactions de leurs élèves dans des détecteurs d’IA pour savoir si ça a été généré à partir de ChatGPT et qui, une fois sur deux, punissent des gens à tort. Il y a une part de « on ne peut pas » en fait et il y a une part de « on ne veut pas ». Je pense qu’il y a une part de gens qui, de manière plus ou moins publique, y compris des libristes, utilisent ce type d’outil, et ça amène ce type de décision.
À titre personnel, et c’est pour cela que je souhaite qu’il y ait d’autres avis dans la discussion, je pense que ça doit amener une partie du mouvement du logiciel libre à se poser la question non pas de comment on combat l’usage de l’IA, quand on voit que même dans le projet Debian c’est un vote majoritaire laissez faire qui l’emporte, mais plutôt comment on sort des usages propriétaires de l’IA avec ce qu’a annoncé la FSF il n’y a pas longtemps sur produire une définition de ce que serait un modèle libre, etc. Comment on sort des usages propriétaires de l’IA pour aller vers des usages ou des manières de faire qui tendent le plus possible à correspondre à notre définition du Libre.
Frédéric Couchet : Avant de vous laisser réagir, de mémoire une proposition, je crois la huit ou neuf, était une interdiction qui ne se basait pas du tout sur les questions de droits d’auteur, etc., mais uniquement sur l’effet de l’IA sur la planète, c’était une proposition qui était très claire. Je n’ai pas regardé les détails des votes, je ne sais pas comment elle a été votée par rapport aux autres, en tout cas cette proposition-là existait se positionnant d’un point de vue éthique et surtout par rapport à l’impact sur la planète, tout simplement on ne pouvait pas accepter d’utiliser de l’IA dans ces conditions-là.
Je vais laisser réagir, s’ils le souhaitent, les autres intervenants, y compris Benjamin qui est en train de prendre des photos. Benjamin est notre photographe officiel, en fait il y a des photos sur le site quand il est là parce qu’il a un superbe appareil photo. Pierre ou Vincent, qui veut intervenir en premier ? Pierre.
Pierre Beyssac : J’ai beaucoup aimé cette résolution pour sa pondération parce qu’elle laisse les portes ouvertes.
Frédéric Couchet : Il faut dire que tu es un pondéré !
Pierre Beyssac : Oui, on va dire ça, je suis très pondéré ! Bref. Debian est effectivement une des distributions Linux parmi les plus militantes en faveur du Libre, donc ce type de résolution a effectivement un poids fort sur le mouvement libriste et un petit peu sur la façon de s’orienter par rapport à l’IA, parce qu’il n’y a pas vraiment encore de consensus là-dessus. Ça commence à se dégager mais les usages sont encore en évolution, on ne sait pas exactement. Côté développement ça commence à converger vers des choses qui, d’ailleurs aujourd’hui, ne sont pas du tout les mêmes qu’il y a un an, ce sont encore des technologies en évolution sur les usages. Il faut que chacun se positionne par rapport à ça et qu’on voit un petit peu à quoi on aboutit.
Je trouve que la résolution ne bloque rien, n’entrave rien, elle indique même que, juridiquement, il y a encore des inconnues sur le statut juridique du code généré. Les juristes eux-mêmes ne sont pas encore tous d’accord sur la façon dont il faut interpréter tout ça.
J’ai vu aussi et je sais que ça a provoqué pas mal de polémiques sur le Mastodon francophone parce que beaucoup de gens ont été absolument furieux concernant cette position de Debian. Je crois qu’un développeur français ou francophone, Maud saura peut-être mieux que moi, sûrement mieux que moi, est parti en claquant la porte, en les traitant quasiment de nazis ou pas loin.
Maud Royer : En lisant les résolutions, je me suis doutée que ça arriverait vu comment certaines propositions étaient tranchées, mais je n’ai pas en tête qui c’est.
Frédéric Couchet : Il y en a effectivement un qui est parti, mais je pense que quelle que soit la résolution qui aurait été adoptée, des gens seraient partis.
Par contre tu as raison, je rebondis sur ce que tu dis concernant Mastodon. Moi aussi j’ai vu des réactions très lapidaires, c’est peut-être le contexte des messages courts, « c’est de la merde, on ne va plus utiliser Debian », mais je n’ai pas vu vraiment d’analyses, des d’avis de gens qui disent pourquoi c’est de la merde et ce qu’il aurait fallu faire. En tout cas je n’en ai pas vu.
Pierre Beyssac : C’est aussi l’impression que j’ai. C’étaient des réactions plutôt viscérales.
Frédéric Couchet : Exactement.
Pierre Beyssac : Après il y a eu la réaction juridique sur le fait que l’usage de code libre, pour entraîner une IA, violait les licences libres, je n’ai pas franchement le même avis sur la question. Même si on regarde les libertés du Libre, notamment la liberté de modifier un logiciel, j’estime que l’IA va littéralement favoriser cela, permettre à chacun, faciliter pour chacun la possibilité d’exercer cette liberté, c’est un peu comme la liberté d’expression avant Internet. C’est une liberté un peu théorique : si tu n’es pas développeur, si tu n’y connais pas grand-chose, OK tu as le droit de modifier ton logiciel libre, mais, en pratique, tu ne vas pas faire grand-chose. L’IA rebat un peu les cartes de ce point de vue-là.
C’est intéressant aussi de voir les positions de la FSF qui est encore assez réservée là-dessus.
Frédéric Couchet : La FSF c’est la Fondation pour le logiciel libre. Elle a publié il y a deux ans, même déjà trois ans, un texte disant qu’elle travaillait sur cette problématique-là, soulevait un certain nombre de questions, mais, à ma connaissance, depuis ils n’ont pas publié de mise à jour de leur texte.
De son côté l’Open Source Initiative, une autre organisation opensourciste, plutôt open source, a publié il y a quelque temps une définition de ce qui pourrait être une IA libre, mais là aussi il y a eu des remarques. Donc pour l’instant, côté Fondation pour le logiciel libre, FSF, Free Software Foundation, à ma connaissance ça n’a pas évolué.
Pierre Beyssac : Évidemment, ils sont un peu les gardiens du temple du message libriste tel que formalisé par Stallman il y a 40 ans maintenant, leur avis est effectivement important. On voit que c’est un petit peu la même chose, ils veulent préserver un peu les options et surtout leur motivation majeure, de ce que je comprends, c’est de favoriser l’émergence d’IA vraiment libres. Actuellement on en a quelques-unes qu’on peut vraiment qualifier d’IA libres, c’est vraiment assez marginal. On a les IA à poids ouvert qui ne sont pas vraiment libres parce qu’on n’a pas la recette réelle de constitution comme le veut normalement le logiciel libre. On a des IA dont on peut plus ou moins recopier librement les poids, avec quelques conditions d’usage qui ne sont pas forcément totalement libres non plus, mais on n’a pas, aujourd’hui, d’IA réellement libre et c’est là-dessus qu’il faudrait travailler.
Frédéric Couchet : Je te laisse réagir, Benjamin, le temps que tu prennes ton micro. Effectivement, quand la presse parle d’open source sur certaines IA, il faut avoir conscience que ça concerne uniquement ce que tu appelles les poids ouverts, donc certains paramètres mais pas les données d’entraînement, etc. On est donc très loin du vrai logiciel libre.
Je sais que Benjamin Bellamy, pour travailler à titre professionnel dans ce domaine, aura sans doute un avis et après, évidemment, Vincent je te laisserai réagir.
Benjamin Bellamy : En deux mots. Il se trouve que j’ai un peu travaillé sur les IA open source ou open source de bout en bout avec l’Unesco qui s’intéresse énormément à la définition de ce qu’est une IA open source et on préférerait dire « open source de bout en bout » parce que le mot open source est un peu galvaudé, on parle même d’open source washing maintenant. En particulier toutes les IA qui sont open-weight, donc à poids ouvert, se prétendent être open source et je pense que c’est très largement exagéré.
Frédéric Couchet : C’est, par exemple, le cas de Mistral. On va en parler après.
Benjamin Bellamy : Tout à fait, et qui fait des super IA open-weight, j’utilise beaucoup Mistral 24B, un petit modèle qui fait plein de trucs super, qui est assez léger, super efficace, mais n’est pas open source de mon point de vue. Dans mes activités salariées pour Linagora, on développe des IA vraiment open source, dont une s’appelle Luciole, qui est publiée en 1B, 8B, 23B si je ne dis pas de bêtises. Elle est vraiment open source, c’est-à-dire qu’on peut télécharger, en l’occurrence je crois que c’est sur Hugging Face, l’intégralité des données d’entraînement, il n’y a pas de secret sauce, tout est public, on est vraiment dans la transparence totale, dans la reproductibilité totale au sens de l’AI Act et nous ne sommes pas les seuls à faire ça, bien sûr. Nous faisons ça au sein d’un consortium qui s’appelle OpenLLMFrance, mais il y a d’autres acteurs, en Europe et dans le monde, qui travaillent sur des choses similaires.
Frédéric Couchet : Quand tu parles de secret source, et je te laisse réagir Vincent, cela veut dire qu’il n’y a pas un ingrédient caché dans la recette de fabrication. C’est ça ?
Pierre Beyssac : Si je peux me permettre une question à Benjamin : est-ce que tu as une évaluation, si on reprend la recette, du coût de moulinage d’entraînement pour recréer ton IA toi-même ?
Benjamin Bellamy : Je n’ai pas les chiffres de tête, mais je peux les trouver assez facilement. C’est entraîné sur l’ordinateur Jean Zay du GENCI [Grand Équipement National de Calcul Intensif] et, bien sûr, on a des quotas d’utilisation de GPU [Graphical Processing Unit] pour cet entraînement-là. C’est assez énorme si on compare avec une RTX [carte graphique] qu’on aurait sur son laptop, bien sûr, mais ça reste tout petit par rapport à ce que font les gros acteurs tels que OpenAI ou Anthropic. On est à plus de 1000 fois plus petit, même probablement plus aujourd’hui.
Frédéric Couchet : Vincent.
Vincent Calame : Pour revenir, je pense effectivement que Debian n’avait pas trop le choix pour cette résolution. Je pense qu’une position trop tranchée aurait posé la question des logiciels proposés par Debian. Maud précisait qu’il s’agit du code propre à Debian, mais si la position anti-IA avait été trop forte, on leur aurait dit « vous êtes hypocrites, vous êtes anti-IA pour votre code, mais avez-vous contrôlé que tous les logiciels que vous empaquetez pour Debian sont avec de l’IA ou non ? ». Donc, malheureusement, je pense que c’est la meilleure position qui pouvait être prise.
Frédéric Couchet : D’accord. On va faire une pause musicale. Après la pause on va continuer un petit peu notamment sur un article que Maud a proposé. Je ne sais pas si les autres camarades l’ont lu : est-ce que vous lisez toujours le code ? Je vous demanderai de réagir parce que c’est effectivement en lien avec ça.
Vu les commentaires sur le salon je pense qu’il faut faire une pause musicale, ceci dit elle va être courte.
Nous allons écouter Above, par Sapajou.
Pause musicale : Above, par Sapajou.
Voix off : Cause Commune, 93.1.
Frédéric Couchet : Nous venons d’écouter Above, par Sapajou, disponible sous licence libre Creative Commons Attribution, CC By 3.0.
[Jingle]
Do You Still Read the Code ? – Est-ce que vous lisez toujours le code ?
Frédéric Couchet : Nous allons continuer notre discussion Au café libre avec Maud Royer, Vincent Calame, Benjamin Bellamy et Pierre Beyssac.
Juste avant la pause musicale, nous parlions du vote récent de Debian sur l’IA, dont on va reparler prochainement, et puis globalement évidemment sur l’IA. Quand Maud a proposé ce sujet, elle a proposé un deuxième article, en anglais, assez long mais très intéressant, qui est en lien avec cette problématique, « Est-ce que vous lisez toujours le code ? ». Le lien est évidemment sur la page de l’émission du jour, libreavous.org/285.
Maud, est-ce que tu peux nous résumer cet article et le lien que tu as fait avec le vote de Debian ?
Maud Royer : Le titre de l’article, « Est-ce que vous lisez toujours le code ? », fait référence à des discussions, à une phrase que, je pense, beaucoup de gens qui travaillent dans l’informatique ont pu entendre ces derniers mois. Dans cette question « est-ce que vous lisez toujours le code ? », sous-entendu généré par les intelligences artificielles, il y a le sous-entendu que ce n’est qu’une question de temps et que, à terme, on ne le lira plus du tout. C’est donc une personne qui conteste cette idée-là et qui, étant elle-même praticienne dans le sens d’utiliser les LLM pour écrire du code, dit quelque chose qui a résonné assez fort avec mon expérience. En fait, elle dit qu’il n’y a que deux moyens d’utiliser l’IA dans le développement de logiciels :
il y a l’accélérationnisme, c’est-à-dire utiliser l’IA pour écrire plus vite du code, mais dont on sait ce qu’il veut faire avec des intentions précises, par exemple écrire une suite de tests pour tous les différents cas possibles ou des choses comme ça,
et il y a les gens qui vibe codent, je ne sais pas si vous avez déjà entendu ce mot.
Dans le premier cas, on utilise l’IA pour écrire plus vite, mais on lit toujours tout le code, on sait exactement ce qu’il fait, on est capable de l’expliquer soi-même même si on ne l’a pas écrit à la main.
Dans le deuxième cas, le code est quelque chose dont l’IA seule possède la connaissance et le développeur lui-même ou elle-même ne le lit plus, et cette personne dit qu’il n’y a pas d’entre-deux possibles. C’est-à-dire qu’à partir du moment où on commence à ne plus lire une partie du code, on perd la maîtrise de ce code et, par effet de couplage des parties de code entre elles, etc., très vite on ne lit plus rien. Elle dit donc non seulement qu’il n’y a pas d’entre-deux possibles et aussi qu’il n’y a pas de travail collaboratif possible si tout le monde ne fait pas l’un ou l’autre de manière décidée collectivement. C’est-à-dire soit tout le monde est responsable de son code, est capable d’expliquer précisément comment il marche et de le comprendre sans demander à une IA d’expliquer à nouveau ce que l’IA a écrit elle-même, soit tout le monde vibe code, donc quand ça bugue on ne va pas voir pourquoi ça bugue, on redemande à l’IA de corriger elle-même ce qu’elle a fait juste avant, ce qui est une manière de faire, qui produit des effets.
En tout cas, je trouve que ça rejoint quelque chose qui est discuté dans la proposition de Debian, dans la résolution, qui est que les gens trouvent insupportable d’avoir à relire eux-mêmes quelque chose que la personne qui leur envoie n’a pas écrit elle-même. Pour le coup, c’est quelque chose d’humainement complètement compréhensible. Que ce soit un mail ou que ce soit du code, si un collègue m’envoie quelque chose à relire, que je vais relire en essayant de comprendre exactement comment ça marche, vérifier s’il y a un bug dedans et que ce collègue ne sait même pas lui-même ce qu’il y a dedans parce qu’il n’a pas relu ce que l’IA a produit, ça ne peut pas fonctionner. Je fais le travail de revue que la personne aurait dû faire elle-même.
Si, à l’inverse, la personne me dit « on ne lit plus le code sur ce projet, on a délégué entièrement à l’IA », c’est un choix qui est critiquable, qui va entraîner des conséquences probablement problématiques et en même temps, sur des projets avec peu d’enjeu, un petit outil interne pour aider sur une petite tâche précise, ce n’est pas forcément très grave, on peut l’admettre, mais il faut que tout le monde soit sur la même longueur d’onde.
Si on prend au pied de la lettre cet article disant qu’il n’y a que deux approches possibles, elles sont incompatibles, on ne peut pas les faire en même temps et on ne peut pas les faire même de manière collaborative, Debian a juste fait le choix de la première solution. C’est-à-dire qu’à partir du moment où on acte que l’IA est là, qu’on ne peut pas l’interdire parce que c’est impossible de contrôler, etc., on acte le fait qu’on ne vibe code pas, qu’on est 100 % responsable de son code qu’on l’ait écrit soi-même ou qu’on l’ait écrit par IA. Mais on a rendu clair qu’il n’est pas possible que certains vibe codent et d’autres non. C’est impossible comme mode de fonctionnement et je pense que c’est quelque chose qui va rentrer, même culturellement, pour le code mais aussi pour les mails, etc., assez rapidement dans la netiquette si c’est un mot qui existe encore. Des gens le font aujourd’hui, les pratiques sont encore mal installées, mais ça va devenir assez rapidement extrêmement malpoli et extrêmement mal vu, dans un environnement professionnel, d’envoyer un mail à quelqu’un dont on ne sait pas soi-même expliquer la teneur parce qu’on l’a fait écrire par une IA.
Je pense que c’est une bonne chose et je pense que globalement cette décision de Debian de dire que tout le monde est responsable de chaque caractère qu’il envoie, qu’il l’ait écrit lui-même ou pas, c’est en fait ce qui va devenir une norme sociale, du moins je l’espère, dans la plupart des environnements professionnels.
Frédéric Couchet : Super résumé, franchement ! Qui veut agir là-dessus ? Pierre.
Pierre Beyssac : Ça me laisse rêveur. Je pense que le côté accélérationniste, je vérifie tout ce que fait l’IA, va avoir un temps, ça va concerner un certain nombre d’usages quand on a un code historique qu’on connaît très bien. Par contre, je vois qu’il y a maintenant des IA tip top qui font du code meilleur que ce que j’aurais écrit moi-même, qui connaissent mieux le sujet que moi, si c’est un sujet que je ne connais pas vraiment hyper bien, je ne connais pas vraiment hyper bien la plupart des sujets ! Le côté approche accélérationniste c’est le côté artisanal, on garde un contrôle fort sur ce qui se passe, on vérifie, mais je pense que ça ne va pas tenir sur la durée.
Je vois aussi qu’on a développé, au fil des années, des méthodes, des métriques de qualité logicielle, donc des tests d’intégration, des tests de non-régression, etc., qu’on peut faire appliquer par des IA et les IA peuvent se contrôler entre elles « est-ce que tu peux relire le code que l’IA machin a fait » et là on arrive déjà à un stade où l’IA est meilleure que la plupart des développeurs débutants, en tout cas c’est mon impression concernant les IA qui sortent aujourd’hui, les modèles frontières.
Le problème que pas mal de gens ont déjà souligné c’est que si tu maîtrises le sujet que tu donnes à l’IA, tu peux à peu près vérifier, tu es en mesure de vérifier. Par contre, si tu ne connais pas le sujet, elle va pouvoir te sortir de la merde et c’est un peu le problème du vibe coding par des gens qui ne connaissent pas bien, ça va leur sortir des tonnes de saletés. On se retrouve donc à un moment charnière où les jeunes développeurs n’auront pas forcément la possibilité d’acquérir l’expérience du cambouis sans avoir l’IA qui va leur mâcher le travail, la période où tu dois tu dois transpirer pour apprendre ton métier, en fait ton art. Je ne sais pas comment ça va tourner, l’avenir le dira.
Frédéric Couchet : Avant de laisser Vincent ou Benjamin réagir, je vois que sur le salon web on a mis un lien en français, visiblement quelqu’un a fait un résumé, en tout cas a tenté de faire un résumé en français de l’article, je le mettrai dans la page de l’émission.
Vincent, Benjamin, sans obligation de réaction bien sûr.
Vincent Calame : C’est vrai que coder c’est comme écrire. Si on ne pratique pas, c’est dur de juger après la qualité et ce qu’on fait. Ça me fait penser un peu aussi à la cuisine. Maintenant on parle de cuisine d’assemblage, c’est-à-dire qu’on prend des produits un peu partout, même en CAP de cuisine on apprend à faire de l’assemblage et pas à faire le plat lui-même. On va peut-être vers une informatique d’assemblage, peut-être que ce sera bien, je n’en sais rien, en tout cas ce sera différent, bien différent de ce qu’on pratiquait et effectivement on aboutira sans doute à des choses qu’on maîtrise très mal.
C’est vrai que devoir faire confiance à une autre IA pour maîtriser ce que fait une IA, c’est quand même un peu inquiétant !
Frédéric Couchet : Benjamin, veux-tu réagir avant qu’on change de sujet ?
Benjamin Bellamy : Oui, très rapidement. Une chose est quand même claire : aujourd’hui on a assez peu de recul sur ces usages, on verra dans dix ans ce que donne ce qui a été vibe codé aujourd’hui, comment c’est maintenu, maintenable ou enterré. Peut-être qu’on rigolera, peut-être qu’on ne rigolera pas du tout. Est-ce que, aujourd’hui, il serait sain d’apprendre à des enfants à lire et à écrire sans passer par le stylo mais directement en passant au clavier ? Probablement pas. C’est sûrement la même chose avec le code. Au quotidien, je vois qu’il y a quand même un confort à pouvoir démarrer en quelques secondes sur un nouveau framework qu’on ne connaissait pas, alors qu’avant c’était des mois d’apprentissage.
Frédéric Couchet : On va dire que c’est un environnement de développement.
Benjamin Bellamy : C’est une boîte à outils. Je me suis mis au Vala, par exemple, un langage que je ne connaissais pas, pour faire des applications sur Gnome. Je dois vous avouer que j’ai fait pas mal d’applications en Vala, je n’ai toujours pas vu une seule ligne de code de Vala. Je l’avoue. Ce sont des petites applications, je travaille tout seul, il n’y a pas d’enjeu et évidemment on ne va pas lancer des missiles thermonucléaires avec ce genre de développement.
Je suis assez d’accord avec ce que disait Pierre dans le sens où ça donne quand même la possibilité à des gens qui n’avaient pas forcément les compétences pour s’approprier du code libre de le faire maintenant. Je pense qu’il y a quand même une espèce de démocratisation du code qui va venir avec l’IA. Maintenant bien malin qui pourra prédire ce que ça va devenir à grande échelle, sans compter tous les aspects de consommation de flotte et compagnie, voire de pillages. D’ailleurs, je suis un peu moins d’accord avec toi sur le respect des licences libres dans l’apprentissage de modèles avec de l’IA.
Frédéric Couchet : On peut parler de pillage, il n’y a pas de souci.
Benjamin Bellamy : Je pense qu’on peut parler de pillage.
Frédéric Couchet : Voulez-vous rajouter quelque chose avant qu’on change de sujet ? Il nous reste encore quelques minutes.
Maud Royer : Je trouve qu’il y a une information cruciale dans ce qui vient d’être dit qui est que le langage Vala existe toujours. Je l’ai appris à 15/16 ans quand c’était vraiment expérimental dans le projet Gnome. Je voulais coder mon propre lecteur audio parce que ce qu’il y avait à l’époque sur Ubuntu n’était vraiment pas super. Je vais peut-être y retourner parce que, bien entendu,il va falloir se mettre à boycotter Spotify. Je ne pensais pas que ça survivrait à la décennie, plus que la décennie, bientôt 20 ans se sont écoulés depuis.
Frédéric Couchet : On va juste préciser que Gnome est, en gros, un environnement de bureau sur système libre. Les gens qui utilisent Ubuntu et Debian ont souvent Gnome ou un autre environnement, comme KDE, c’est ce qui permet de toucher les fenêtres, de lancer des applications, etc., et Gnome existe depuis très longtemps.
Pierre Beyssac : J’apprends l’existence de ce langage, pour vous dire, par rapport aux interfaces utilisateur.
Maud Royer : C’est un langage qui se transpile dans un autre langage. C’est un beau langage.
Frédéric Couchet : Oh là, là, on va arrêter là. Marie-Odile a dit tout à l’heure, sur le salon, que l’émission était assez technique aujourd’hui, c’est vrai que c’est un peu technique, mais on peut pas toujours éviter le côté technique.
On change de sujet.
[Clochette]
Les Helvètes sortent leur couteau suisse face à Microsoft 365
Frédéric Couchet : Peut-être le dernier sujet parce qu’il ne reste pas beaucoup de temps. On va parler de Suisse, Vincent, c’est toi qui as proposé ce sujet en lien avec un autre sujet que je proposais, je trouvais ça très intéressant.
ZDNet a publié un article « Les Helvètes sortent leur couteau suisse face à Microsoft 365 ». « Deux entités du gouvernement suisse abandonnent Microsoft 365 au profit d’openDesk — qui est sous licence libre. La chancellerie fédérale suisse et les forces armées suisses avancent à des rythmes différents. Il s’agit avant tout de protéger les données suisses contre l’espionnage américain. » Ça se passe en Suisse. Vincent, pourquoi as-tu voulu nous parler de cette actualité et de ces deux entités suisses ?
Vincent Calame : C’était effectivement lié. Il y a une petite différence qui est qu’openDesk est allemand. Il y a des initiatives partout en Europe de suites numériques mais chacun fait quand même sa solution, LaSuite en France, openDesk c’est le ministère allemand. En Suisse, on est un peu plus malin, on prend les solutions des autres. Ils ne se sont pas dit qu’ils allaient créer la suite bureautique helvétique, mais peut-être qu’un canton va faire différemment des autres, ça arrive aussi souvent. Je trouve intéressant qu’ils s’impliquent aussi dans ce mouvement et qu’ils se basent sur une solution qui est portée par le ministère de l’Intérieur allemand notamment.
Frédéric Couchet : Tout à fait et c’était en lien avec aussi une actualité – le lien est sur la page de l’émission du jour, sur libreavous.org/285 – Silicon dont le titre est « Open source et secteur public : pourquoi ce n’est pas si facile ». Dans cet article le journaliste [Clément Bohic] revient sur des auditions qui ont eu lieu à l’Assemblée nationale, dans le cadre d’une commission d’enquête à laquelle l’April participé. D’ailleurs, je précise que la semaine prochaine nous recevrons Cyrielle Chatelain, la rapporteure de cette commission d’enquête, qui viendra échanger avec Étienne justement sur ce rapport.
Dans cet article de Silicon, certaines personnes mettaient quelques problématiques autour de la migration vers des solutions libres. Ce qui est marrant c’est qu’à aucun moment il n’est question par exemple de la Gendarmerie nationale où tout s’est vraiment très bien passé. Avec le rappel, peut-être que je vous fais réagir là-dessus, qu’il faut tenir compte de l’existant. Ça me paraît à peu près logique qu’il faille tenir compte de l’existant. C’est vrai qu’une migration d’un système à un autre, sans doute d’un système privateur avec des habitudes, vers un système libre, c’est forcément compliqué.
Avez-vous eu déjà l’occasion de travailler dans ce genre de domaine, notamment pour le secteur public ? Peut-être Maud, je ne sais pas.
Maud Royer : J’ai travaillé dans le secteur public mais plutôt sur le développement de nouveaux produits, qui venaient remplacer des solutions parfois propriétaires mais, entre guillemets, « ce n’était pas trop notre sujet » parce que c’étaient des solutions du privé et pas des solutions propriétaires qui avaient été achetées par l’État.
Frédéric Couchet : D’accord. Pierre.
Pierre Beyssac : Il m’est arrivé d’être dans un environnement où il y avait pas mal d’utilisateurs Windows, je me suis toujours débrouillé pour me tenir au maximum à distance. Je vois effectivement les difficultés de migration vers d’autres solutions, sachant ce qu’on gagne avec le Libre. La transition est devenue de plus en plus facile depuis des années, c’était quelque chose de long terme, mais il y a toujours une contrainte, il y a toujours une rigidité intrinsèque au simple fait de changer. Il faut un peu savoir mettre en avant les avantages du Libre par rapport au propriétaire, au privateur, qui motivent à faire faire l’effort de transition.
Frédéric Couchet : Je crois que notamment en Suisse et en Allemagne les investissements financiers sont beaucoup plus importants pour avoir du personnel pour travailler sur ces sujets-là. Je ne sais plus si c’est dans l’article que tu nous as envoyé, Vincent, je suis en train de regarder, ce qui n’est peut-être pas forcément le même cas en France où je pense qu’il y a quand même beaucoup moins de gens qui travaillent notamment sur les solutions libres dans l’administration. Je crois que les moyens financiers ne sont pas du tout les mêmes.
Pierre Beyssac : Pour ma part, je n’ai pas comparé. J’ai vu que la DINUM, je ne sais plus quel est son nom actuel.
Frédéric Couchet : Ça s’appelle la DINUM, la Direction interministérielle du Numérique.
Pierre Beyssac : J’ai cru comprendre qu’elle allait changer de nom et s’appeler ARIANE [Autorité référente pour l’intelligence artificielle et le numérique de l’État], mais j’ai peut-être mal compris.
Frédéric Couchet : Il va y avoir fusion avec une autre structure.
Pierre Beyssac : Tu suis mieux que moi, mais il y avait eu des polémiques sur le fait que ça mange un peu le pain des solutions commerciales. Je ne sais pas comment ça s’est passé dans les autres pays.
Frédéric Couchet : Benjamin.
Benjamin Bellamy : Je voulais juste rajouter un mot. Installer des alternatives à Microsoft 365 dans le secteur public, ça me parle un tout petit peu puisqu’on fait ça tous les jours chez Linagora. Je suis désolé, je n’avais pas prévu de faire de la pub comme ça.
Frédéric Couchet : En même temps, tu travailles chez Linagora.
Benjamin Bellamy : Je travaille chez Linagora, il faut bien le dire. Je pense que nous tous, autour de la table, c’est le genre de discours qu’on tient depuis très longtemps, qu’on profite tous de l’effet Trump qui fait peur à tout le monde. On savait que le RGPD [Règlement général sur la protection des données] était largement bafoué. Quand Microsoft a été auditionné au Sénat, on a appris qu’ils reconnaissaient qu’ils n’étaient pas capables de protéger les données des entreprises françaises de l’État américain, ça a été dit de manière explicite, ce qui était quand même assez violent. Du coup, dans le secteur public et dans le secteur privé, beaucoup d’entreprises et d’entités qui se rendent compte que migrer vers le Libre c’est quand même la solution la plus radicale et la plus efficace pour être sûr que nos données sont bien protégées en France par des entreprises françaises.
Pierre Beyssac : D’ailleurs à ce propos j’ai vu passer une actualité comme quoi LibreOffice avait vu une explosion de ses téléchargements et installations lorsqu’ils ont rappelé qu’il n’y avait pas d’IA à l’intérieur, dans la dernière version, l’IA au sens Microsoft, qui balance tout chez Microsoft pour faire de l’apprentissage ou d’autres trucs non confidentiels.
Benjamin Bellamy : Le logiciel libre c’est aussi être libre de ce qu’on fait de ses données.
Frédéric Couchet : On en reparlera sans doute la semaine prochaine avec Cyrielle Chatelain. L’article de Silicon rappelle l’importance travailler avec les communautés et lève aussi la problématique d’éditeurs de solutions libres même si elles sont françaises, il n’y a qu’une seule structure derrière avec des questions possibles de souveraineté, en tout cas ce sera le sujet sans doute de la semaine prochaine avec Cyrielle Chatelain.
Quitter Gmail, ils l’ont fait : les conseils pour le grand saut
Frédéric Couchet : Il nous reste deux/trois minutes, soit vous voulez rajouter quelque chose sur ce sujet-là, soit vous avez quelque chose à dire sur le sujet que j’aurais aimé aborder, quitter Gmail, mais quitter Gmail en trois minutes ça va être compliqué. Ceci dit, pendant que vous réfléchissez, je peux juste faire la référence. C’est un article de Reporterre, il est en lien sur la page de l’émission, qui dit : « Quitter Gmail, ils l’ont fait : les conseils pour le grand saut ». Il y a un certain nombre de conseils pour quitter Gmail et pour trouver un autre fournisseur de solutions de messagerie. Il référence notamment une initiative très intéressante qui s’appelle DéMailnagement, une initiative menée par une certain nombre structures libristes. Elle propose un petit questionnaire pour vous permettre d’affiner votre choix pour une solution différente de celle de Gmail, une solution libre si possible, en fonction de vos besoins. C’est plutôt bien fait. L’article en parle et je l’ai vu passer récemment sur des forums : le site DéMailnagement liste déjà des conférences ou ateliers organisés dans certaines villes autour du changement d’adresse e-mail et le site prépare un tour de France sur le sujet, fin 2026 jusqu’au premier semestre 2027, avec des structures de l’éducation populaire. Il y aura forcément une structure près de chez vous pour vous aider à migrer, parce que migrer de Gmail vers un autre outil ce n’est pas forcément évident.
Je sais pas si vous voulez réagir là-dessus en deux/trois minutes.
Pierre Beyssac : J’ai regardé le site en vitesse. J’ai effectivement eu une proposition avec une dizaine de prestataires suivant les critères que j’avais indiqués. C’est assez rigolo. D’ailleurs, sauf erreur, je n’en connaissais aucun. Il y a donc tout un tas de petits prestataires d’hébergement de courriel qui sont proposés, qui sont bons à connaître.
Frédéric Couchet : Tout à fait. Quelqu’un veut réagir.
Maud Royer : On peut s’attendre par ailleurs, parce que c’était un des gros défauts des solutions alternatives aux gros fournisseurs, à une considérable amélioration, en partie grâce à l’accélération permise par l’IA, de la qualité de l’interface des web-mails libres, en tout cas au moins open source, qui sont généralement utilisés par les fournisseurs alternatifs.
Frédéric Couchet : Effectivement. On va peut-être sortir des sites des années 2000. En tout cas l’article dit que c’est possible. L’un des conseils c’est aussi de prendre son temps, ça peut prendre un peu de temps, et rappelle un truc important qui est de faire attention. Ça peut prendre du temps tout simplement parce que Gmail est souvent utilisé comme adresse d’authentification sur des dizaines et des dizaines de sites, donc changer d’adresse e-mail prend aussi du temps d’un point de vue simplement fonctionnel, etc. En tout cas n’hésitez pas allez voir le site du DéMailnagement.
Merci Maud, merci Vincent, merci Benjamin, merci Pierre.
Le prochain Au café libre sera sans doute le mois prochain.
On va faire une pause musicale.
[Virgule musicale]
Frédéric Couchet : Après la pause musicale nous entendrons la chronique de Luk.
En attendant nous allons écouter un choix musical de Luk, en roumain, je vous encourage aussi à voir le clip. C’est Maria par Lăutarescu Anti-Social Club. On se retrouve dans quatre minutes. Belle journée à l’écoute de Cause Commune, la voix des possibles.
Pause musicale : Maria, par Lăutarescu Anti-Social Club.
Voix off : Cause Commune, 93.1.
Frédéric Couchet : Nous venons d’écouter Maria, par Lăutarescu Anti-Social Club, une proposition de Luk, sous licence libre Creative Commons Attribution 4.0. Si je ne me suis pas trompé, j’ai mis la traduction des paroles sur la page de l’émission, sur libreavous.org/285.
[Jingle]
Frédéric Couchet : Nous allons passer au sujet suivant.
[Virgule musicale]
Chronique « La pituite de Luk » – « Il n’a pas d’habits du tout ! »
Frédéric Couchet : Nous allons poursuivre avec la chronique « La pituite de Luk ».
La pituite de Luk » est une chronique rafraîchissante au bon goût exemplaire qui éveille l’esprit et développe la libido. Il a été prouvé scientifiquement qu’écouter la pituite augmente le pouvoir de séduction, augmente le succès dans les affaires ou aux examens et décuple le sex-appeal. Retour de l’être aimé, il reviendra manger dans votre main comme un petit chien. C’est un texte évidemment écrit par Luk.
Le thème du jour : « Il n’a pas d’habits du tout ! »
[Virgule sonore]
Luk : Il y a quelques années, j’avais fait une chronique à partir du conte Le Vaillant Petit Tailleur. Je vais le refaire avec un conte d’Andersen cette fois-ci.
Récemment, en me documentant sur l’état du monde et sa trajectoire désastreuse, l’expression « le roi est nu » m’est venue en tête. Ça m’a un peu contrarié car c’est généralement un truc qu’on trouve dans les tribunes ou les manifestes qui ont l’indignation facile et qui visent à dégommer un responsable : ce roi ne fait plus illusion, nous affirmons qu’il est nu contre la masse qui fait semblant de ne pas le voir. Il doit dégager. Mais bon voilà… Pour que quelqu’un quitte le pouvoir, c’est une question de rapports de force. Si le roi est naturiste, on peut bien souligner sa nudité à l’envi, ça ne changera rien. Et puis surtout, ce n’était pas tout à fait l’idée qui m’était venue en tête quand cette expression a émergé.
« Le roi est nu » me suis-je donc dit. Mais d’où ça vient exactement ? J’ai consulté les sources et découvert que dans le conte d’Andersen il n’y a d’une part pas de roi et qu’en plus il n’est pas vraiment nu. Le conte s’intitule Les Habits neufs de l’empereur ou parfois « Les Habits neufs du Grand-Duc » ou encore « Le Nouveau Costume de l’Empereur ».
Dans ce conte, l’empereur adore se la péter avec des fringues de luxe. Deux escrocs en profitent pour lui vendre un vêtement cousu d’une étoffe magnifique qui en plus est faite de telle sorte que les sots et les gens incapables dans leur fonction ne puissent pas la voir. Bien entendu le vêtement n’existe pas. L’empereur envoie bien quelques brillants ministres pour constater l’avancement du projet, mais ils repartent pleins de doute sur leur propre condition. S’ils ne voient l’habit, c’est probablement qu’ils ne sont pas à la hauteur. Au moment d’enfiler ses nouveaux atours, l’empereur lui-même est saisi d’un doute sur ses propres capacités. C’est une sorte de festival de syndrome de l’imposteur inversé. L’empereur décide donc de ne rien montrer et parade dans ses nouveaux habits en public. La supercherie s’arrête au moment où un enfant déclare tout haut : « Mais il n’a pas d’habits du tout ! ». C’est l’innocence de cet enfant qui met fin à l’absurdité du jeu.
Le truc est que l’empereur n’est ici que le sommet d’une pyramide. C’est toute la société qui est visée dans le conte. Des gens les plus simples aux élites, tous font semblant. Non pas pour flatter leur souverain mais parce qu’ils ont peur de passer pour des cons et des gros nuls. Ce n’est pas tant que l’empereur est nu, c’est que ses vêtements imaginaires font tenir une société entière dans l’illusion par la peur du jugement.
Et tout cela m’a semblé pas mal en phase avec notre époque.
Le commun continue à considérer sérieusement une société comme Meta alors qu’elle a déversé des fortunes dans le metavers pour un résultat nul. Aujourd’hui, pour 80 milliards tu n’as plus rien ! Ils continuent à ne pas voir la destruction de la santé mentale des utilisateurs des médias sociaux, les détournements pornographiques et l’exploitation sexuelle des mineurs sur Meta et X notamment.
Les investisseurs lâchent leur thune dans des actions de sociétés à la valorisation délirante qui ne font pourtant ni profit, ni ne contribuent à satisfaire aucun de nos besoins. Tout cela parce qu’ils ont entendu la douce mélopée d’un pitch entonné par une personne qui coche les bonnes cases : la bonne université, la précocité dans les affaires et une dose d’excentricité, si possible capillaire.
Ils financent leur train de vie pharamineux par des emprunts adossés à un patrimoine astronomiquement surévalué. Tout le monde applaudit ces rois à poil qui toisent avec mépris le petit peuple du haut des murailles de leurs châteaux de cartes.
Tous paniquent devant la menace des IA supposée nous tuer en mode Terminator dès après-demain, mais ils restent aveugles à la taille de la bulle.
Ils oublient les profits impossibles des boîtes de l’IA.
Ils occultent les conséquences environnementales des projets hyperscales, d’ailleurs les conséquences environnementales tout court.
Ils entendent les promesses répétées des investisseurs de détruire nos sociétés et de rendre l’humanité superflue, mais ne comprennent que la promesse d’un avenir radieux sur Mars ou de la vie éternelle dans la matrice ou un truc comme ça !
Quand est-ce qu’on leur dit qu’ils n’ont pas d’habit du tout ?
[Virgule sonore]
Frédéric Couchet : C’était « La pituite de Luk », le thème du jour « Il n’a pas d’habits du tout ! ».
On va passer à quelques annonces de fin.
[Virgule musicale]
Quoi de Libre ? Actualités et annonces concernant l’April et le monde du Libre
Frédéric Couchet : Les liens utiles concernant les annonces de fin sont sur la page consacrée à l’émission du jour, sur libreavous.org/285, ou dans les notes de l’épisode si vous nous écoutez en podcast.
L’April invite à participer, avec des événements, aux Journées Nationales de la Réparation du 15 au 18 octobre 2026. Cette manifestation a pour vocation de faire découvrir les métiers, savoir-faire et enjeux de la réparation, de prolonger la durée de vie de nos objets, de mobiliser chacun et chacune à son échelle pour une société plus durable et plus juste. Nous vous encourageons à proposer des événements autour des logiciels libres et/ou à inscrire, dans le cadre de ces journées, vos événements déjà prévus.
Il est encore temps d’inscrire vos événements autour du Libre sur le site de la Fête des Possibles et ainsi faire découvrir votre organisation, vos actions et bien sûr le logiciel libre à des nouveaux publics, partout en France et en Belgique du 11 septembre au 11 octobre.
Deux événements. Par exemple rendez-vous Infini à Brest, le vendredi 2 octobre, présentation d’une distribution GNU/Linux basée sur le gestionnaire de paquets NixOS. Et à Vanves, en région parisienne, une journée Portes ouvertes – Installations – Dépannages, venez aider ou vous faire aider à installer et paramétrer des logiciels libres ou une distribution GNU/Linux.
L’April sera présente à l’apéro libre organisé par CercLL, le Groupe d’Utilisateurs et d’Utilisatrices de Logiciels Libres de Marseille, vendredi 16 octobre 2026 de 18 heures à 21 heures avec la présence exceptionnelle de Bookynette, la présidente de l’April. Vous passerez forcément un bon moment avec les bénévoles du CercLL et la présidente de l’April.
Côté région parisienne le prochain Premier Samedi du Libre aura lieu samedi 3 octobre de 14 heures à 18 heures au Carrefour numérique2 de la Cité des sciences et de l’industrie. Venez aider ou vous faire aider à installer ou paramétrer des logiciels libres et toute distribution GNU/Linux, ou Android sur téléphone, avec les nombreuses associations présentes.
Côté Cause Commune, la radio vous propose un rendez-vous convivial chaque premier vendredi du mois à partir de 19 heures 30 dans ses locaux, à Paris, au 22 rue Bernard Dimey dans le 18e. Une réunion radio ouverte avec apéro participatif à la clé. Occasion de découvrir le studio, de rencontrer les personnes qui animent les émissions. La prochaine soirée radio ouverte aura lieu vendredi 22 octobre. Je serai présent à ce rendez-vous et, à 20 heures, il y a une émission spéciale, ouverte à toute personne, donc si vous souhaitez intervenir au micro ou simplement assister à une réunion en direct, n’hésitez pas à venir.
Et je vous invite à consulter le site de l’Agenda du Libre, agendadulibre.org, pour trouver des événements en lien avec les logiciels libres et la culture libre près de chez vous.
Notre émission se termine.
Je remercie les personnes qui ont participé à l’émission : Benjamin Bellamy, Maud Royer, Pierre Beyssac, Luk, et Vincent Calame.
Aux manettes de la régie aujourd’hui, Boris pour sa première, félicitations et merci.
Merci également aux personnes qui s’occupent de la post-production des podcasts : Sébastien Chopin, Élodie Déniel-Girodon, Nicolas Graner, Lang 1, Julien Osman, bénévoles à l’April, et Olivier Grieco, le directeur d’antenne de la radio.
Merci également aux personnes qui découpent les podcasts complets des émissions en podcasts individuels par sujet : Quentin Gibeaux, Théocrite et Tunui, bénévoles à l’April.
Merci également à Marie-Odile Morandi et au groupe Transcriptions, qui permet d’avoir une version texte de nos émissions.
Vous retrouverez sur notre site web, libreavous.org/285, toutes les références utiles de l’émission du jour, ainsi que sur le site de la radio, causecommune.fm, ou dans les notes de l’épisode si vous nous écoutez en podcast.
Nous vous remercions d’avoir écouté l’émission.
Si vous avez aimé cette émission n’hésitez pas à en parler autour de vous et à faire connaître également la radio Cause Commune, la voix des possibles.
La prochaine émission aura lieu en direct mardi 19 septembre à 15 heures 30. Pour notre sujet principal, notre invitée sera la députée Cyrielle Chatelain qui viendra nous parler du rapport de la commission d’enquête sur les dépendances structurelles et les vulnérabilités systémiques dans le secteur du numérique et les risques pour l’indépendance de la France, un long titre. Mon collègue Étienne Gonnu aura le plaisir de l’interviewer.
Nous vous souhaitons de passer une belle fin de journée. On se retrouve mardi 29 septembre et d’ici là, portez-vous bien.
Générique de fin d’émission : Wesh Tone par Realaze.