Bonjour à tous.
Nous l’avons vu ce matin en introduction, le mail est un élément hyper stratégique et il y a des freins. La mairie de Lyon l’a vu, c’est compliqué, il faut accompagner les gens. Je suppose que certains, parmi vous, ont leurs habitudes sous un logiciel qu’on appelle Outlook et, si vous avez vu la conférence juste avant [Atelier, Zextras Carbonio : sécurité, souveraineté et collaboration réunies dans une seule plateforme de messagerie par Stéphane Jolivet] Outlook n’est pas la meilleure chose que vous pouvez utiliser, surtout si vous manipulez des données stratégiques, sensibles, si vous avez des secrets de fabrique, etc., qui peuvent intéresser des entreprises étrangères.
Cette année, le sujet de ma conférence est centré sur l’e-mail. L’année dernière, pour ceux qui étaient là, j’avais déjà commencé à introduire le sujet sur des notions assez législatives, je vais y revenir.
Pourquoi j’en reparle ? Parce que si vous avez entendu, aux États-Unis, il y a deux lois qui s’appellent le CLOUD Act [1] et le PATRIOT Act [2] qui disent simplement que si, pour des raisons de fausser la concurrence, une entreprise américaine, pour prendre le dessus sur une entreprise n’importe où dans le monde, a besoin d’espionner les autres, elle a le droit. Parfois ça passe, « il y a peut-être un risque d’espionnage ». Il faut en avoir conscience. Si vous utilisez Office 365, dans une certaine mesure aussi Gmail, Gmail, Office 365, GAFAM – Google, Amazon, Facebook, Microsoft, Apple – sont toutes des entreprises américaines. Elles n’ont pas le choix, elles sont soumises au droit américain. Aujourd’hui, vous voulez protéger votre business, protéger votre pays, il faut vous interdire d’utiliser, à part pour demander « chérie, où va-t-on manger au midi ? », Gmail, Outlook ou Office 365. Ce n’est pas dur. Même quand Microsoft a ses serveurs en France, dans Azure, dans les plateformes françaises, il a l’obligation de donner aux services secrets américains les clés.
Cas de messagerie bloquée
Je vais revenir sur la diapositive suivante, mais j’imagine un film, un bon scénario, un polar américain. Imaginez un monde avec un gouvernement qui se met en place, qui est très autoritaire, liberticide. Vous pourriez imaginer que, dans ce film, vous avez un procureur ou quelqu’un de super bien placé qui accède à des mails et d’un seul coup, on lui coupe ses accès. Ça ne peut pas arriver dans la vraie vie, vous êtes d’accord avec moi ? En fait, je crois que c’est arrivé. Quelqu’un a osé dire « on a un gros problème avec Microsoft. On a un gros problème avec Trump », qu’est-ce qu’a dit Trump ? « Bill, tu lui coupes son mail. » C’est la vraie vie. Ce n’est pas de la fiction. C’est la vraie vie. C’est arrivé. Et ça pourra vous arriver à vous aussi ou à vos clients.
Maintenant, en haut lieu, on a enfin pris en considération ce fait : il est urgent de rapatrier chez nous, et pas seulement au sens des serveurs, de ne pas rester aussi sur des solutions américaines. Même avec Microsoft Exchange local, il y a quand même un risque. Microsoft Exchange local, c’est quoi ? Avant que Microsoft mette tout dans le cloud, en fait c’était un Outlook à peu près souverain. Je dis à peu près parce que vous n’avez pas le code source, de toute manière, donc, vous ne savez pas ce qui vous échappe.
Les enjeux de la messagerie professionnelle
Je peux revenir à cette diapositive.
Le mail, c’est le cœur de tout. Il y a à peu près 15 ans Airbus a perdu un immense contrat parce que ses commerciaux échangeaient avec Outlook et Exchange des e-mails, ça a été intercepté donc Airbus a fait une contre-offre et on a perdu un super contrat. Sympa !
J’ai une entreprise française, un de mes clients hyper sensible, sur le médical français, me dit « ne vous inquiétez pas, pour la production il y a zéro Microsoft. Par contre effectivement, pour tous les échanges de tous commerciaux, tout le monde a un compte Office 365. » Je dis « ça va vous coûter cher un jour, parce que vous êtes une pépite lyonnaise de la pharmacie, une entreprise pharmaceutique lyonnaise », je suis sûr qu’aux États-Unis quelqu’un dit « punaise, j’aimerais bien lui prendre des parts de marché ». Un jour, ça leur coûtera cher. Je ne sais pas quand, mais ça leur coûtera cher.
Si vous voulez continuer à utiliser Gmail sur votre téléphone, c’est juste pour dire « où mange-ton ce soir, on va boire un coup, chéri·e, c’est la liste des courses ». Il ne faut plus utiliser Gmail. Il y a une messagerie à limite gratuite, nulle à chier, que j’utilise encore à titre personnel, qui s’appelle laposte.net, mais elle est souveraine.
Évidemment, si je suis là, c’est aussi pour vous proposer des alternatives professionnelles.
On l’a dit, dépendance aux GAFAM, à la fois sur les outils, quand ils sont installés sur vos postes de travail, ou sur les serveurs. Évidemment, on oublie le mot conformité RGPD [Règlement général sur la protection des données] quand on parle de Microsoft, n’est-ce pas, et je vous ai parlé des risques d’espionnages industriels.
Au quotidien
On va me dire « oui, mais Microsoft, ça marche ». En moins d’une semaine, j’ai deux cas classiques qui m’ont scotché au mur.
Premier cas, j’envoie justement une invitation à un certain nombre de dirigeants insaliens [Institut National des Sciences Appliquées (INSA)], j’en vois quelques-uns dans la salle aujourd’hui. Un mail me revient d’un Insalien dont les mails sont chez Microsoft. Ça devrait bien se passer. Et là, j’ai un message, le mail arrive chez Microsoft, fait le tour du monde en permanence, puis, au bout d’un moment, le serveur dit « je rejette le mail, parce que je ne sais pas où le mettre. ». Mais à part ça, il n’y a pas de problème, à priori chez Microsoft, ça marche !
Deuxième cas, plus commercial, c’est scotchant. À partir du 3 mai, Microsoft a changé sa politique commerciale. Si vous êtes sur 365, il y avait une tolérance : vous avez oublié de payer votre facture mensuelle, vous aviez 30 jours. À partir du 3 mai, si vous ne payez pas votre facture, Microsoft suspend immédiatement les boîtes aux lettres. Ce n’est pas qu’il accepte les mails de vos correspondants et vous prévient en douce « paye ta facture si tu veux voir tes mails », il rejette les mails. Dans un autre cas, j’ai envoyé un mail à quelqu’un qui est chez 365. Le message que j’ai reçu c’est « cet utilisateur n’existe pas ». Sympa ! Quand on est professionnel, je trouve que cela fait quand même un peu désordre, donc, chez Microsoft aussi.
Je vais aussi parler des problèmes dans le Libre, il ne faut pas se voiler la face, on a aussi des problèmes. Mais il ne faut pas croire que tout marche merveilleusement chez Microsoft, parce que, en moins d’une semaine, j’ai eu deux cas de figure flagrants.
Les solutions ?
Quelles solutions ? On vient aux solutions.
Je l’ai dit, il y a plusieurs axes.
Il y a l’axe serveur. C’est facile parce que malgré la popularité d’Outlook ou de 365, à peu près 90 % du trafic de mails mondial ne passe pas sur des serveurs Microsoft. Certes, ce trafic passe parfois sur des serveurs qui sont sous l’autorité de gens dont on aimerait qu’ils n’aient pas l’autorité, on a parlé de Google, etc., mais chez Google, chez Apple, chez Facebook, tout est sous Linux. Il faut être honnête, ils font tout sous Linux ces gens-là. Il n’y a pas de secret : si on veut gagner de l’argent et faire quelque chose de fiable, on prend tout sauf Microsoft. Donc Google, Facebook, Amazon, c’est tout du Linux. L’essentiel du trafic de mails mondial, à un moment donné, va passer par des serveurs Linux. C’est la première brique. Autant la faire nous-mêmes ! En France, on sait très bien gérer les serveurs de données sous Linux.
Côté poste de travail. On peut encore, dans une certaine mesure, se dire qu’on pourrait garder encore un peu garder Outlook au moins le temps de former les gens. D’un point de vue pédagogique, on en a parlé ce matin, il faut convaincre nos utilisateurs. Je vais vous montrer qu’on peut, par la pédagogie, l’accompagnement, prendre un autre client de messagerie qui sera libre aussi. Et pour les cas les plus importants, si on a des clients qui sont secret défense, etc., on peut aller jusqu’à chiffrer de bout en bout en plus.
Les alternatives libres
Chez DBM Technologies [3], nous aurions pu partir sur BlueMind [4], Zimbra [5], etc. Il se trouve que le chemin nous a amenés vers SOGo [6]. Il faut imaginer SOGo comme une sorte d’Office 365 libre sur la partie mail, c’est-à-dire mail, agenda et contacts, pour gérer vos agendas même pour qu’ils arrivent sur votre téléphone, que ce soit synchronisé, que vos équipes sachent que vous êtes en rendez-vous, que vous mettiez des rendez-vous, que vous invitiez des gens, SOGo fait ça excellemment bien. Ça a été conçu par une entreprise à la base canadienne. L’entreprise canadienne avait d’autres objectifs, elle ne pouvait plus assurer la maintenance et, grâce à la force du Libre, c’est une société française, Alinto [7], qui en a repris la gestion. C’est un énorme avantage du Libre : si DBM disparaît, tout ce que j’ai fait est libre et ouvert. Donc n’importe quelle boîte qui a la tête bien faite peut continuer une activité sur le travail qu’on produit depuis 25 ans pour nos clients. C’est la force du libre. C’est-à-dire que tout est ouvert, documenté rationnellement.
Donc SOGo a la partie web. En fait, honnêtement, je n’utilise même pas le plugin Thunderbird de calendrier tellement la partie web calendrier fonctionne bien. Elle me suffit pleinement et elle se synchronise avec mon téléphone.
Nextcloud [8], évidemment, Philippe en a parlé, c’est une brique super intéressante. Collabora Online [9] va aussi permettre d’éditer des documents, mais ce n’est pas le sujet du jour.
Pour revenir à SOGo, je parlais du client de messagerie. Je suis un vieux de la vieille, donc j’utilise Netscape, pour les plus vieux d’entre nous qui connaissent encore ce mot. Netscape est l’ancêtre de Thunderbird. C’est feu la société Netscape qui avait édité ce logiciel. Le code a été libéré, il est maintenu et c’est un outil qui fonctionne très bien. Certes, il ne fait pas trois milliards de choses, comme le ferait Outlook, mais ce qu’il fait, il le fait bien et simplement. Il gère des quantités de mails astronomiques : j’ai 40 Gigas de mails, j’ai 12 boîtes aux lettres différentes, ça marche du feu de Dieu.
L’approche de DBM
La plupart de nos clients ont leur propre serveur, qu’ils soient on-premise, c’est-à-dire chez eux, ou dans des data centers, mais, pour l’essentiel, ils sont dédiés.
Les avantages d’une approche mutualisée
On a aussi des plus petits clients en taille, en nombre d’utilisateurs, qui nous disent « on aimerait quand même bien travailler avec vous, mais on ne va peut-être pas installer un serveur pour une boîte aux lettres ». On s’est donc dit qu’il fallait qu’on fasse une approche mutualisée. On a donc ouvert un service de mail mutualisé qui peut rivaliser financièrement avec Office 365 ou d’autres trucs, puisqu’on est à deux euros et quelques la boîte aux lettres de base, c’est-à-dire sans support téléphonique, etc. ; à partir de 12 ou 13 euros, du support téléphonique est inclus avec des humains, pas des IA, des vrais humains qui vous répondent au téléphone et qui vous dépannent, ça existe encore ! Mais effectivement, il y a un certain nombre de limites sur la partie mutualisée, on ne va pas vous customiser à mort le truc.
Ce qu’apporte un hébergement dédié
Des clients me disent « ça serait pas mal si jamais, quand il y a tel tag dans un mail, tu arrivais à me créer des sous-dossiers, prévenir des gens. » Pas de problème. En fait, ce sont des flux. On sait donc faire des chaînes de distribution, créer des dossiers, faire des réponses automatiques, créer des projets, créer des partages dans un Nextcloud ou sur un share, etc., parce que ce sont des choses qui s’intercalent. Le Libre, ce sont surtout des briques, c’est ce qui est génial. Plutôt que d’avoir un gros machin où on ne comprend pas ce qui se passe, on a des briques qui font une chose et elles la font excellemment bien. Après, notre rôle à nous tous, entreprises du Libre, c’est de faire communiquer ces briques en respectant les standards, donc avec une grosse personnalisation.
Le cas de la mairie de Saint-Gély-du-Fesc
Un cas très concret, malheureusement il n’est pas là, j’aimerais bien qu’il soit là, je le ferai venir l’année prochaine, la mairie de Saint-Gély-du-Fesc, vous ne connaissez peut-être pas, je n’y suis encore jamais allé, on a travaillé pour eux. Une mairie avec tout un tas de profils différents, etc., full Microsoft il y a encore deux mois. Aujourd’hui, avec l’un de mes acolytes qui a mené le projet de main de maître, on a migré un truc full Exchange, Outlook, en full Libre.
Il y a eu quelques anicroches, etc., quelques pointages, mais ça s’est plutôt très bien passé, à tel point que ça fait super plaisir quand on reçoit ce genre de mail [Mails de remerciement, NdT], on va se coucher, on est très content quand on reçoit cela. Et le client me demande « qu’est-ce que vous faites encore en plus chez DBM ? », parce que, effectivement, nous ne faisons pas que du mail, nous faisons beaucoup de technologies différentes et surtout, on sait s’accompagner des bons utilisateurs.
Chez un de nos clients on avait besoin d’aller sur un niveau d’exigence je dirais de détail, qui fait que nous avons dit à Malik ici présent, « Malik, nous avons besoin de toi là, parce que là, nous n’allons pas y arriver tout seuls ». Et c’est ça aussi le Libre et le fameux PLOS [10], en fait l’association : on n’est pas en compétition, on est en coopération, on s’entraide. Et on n’a pas peur, contrairement à certaines boîtes, de dire « je ne prends pas, je ne saurais pas faire, je vous envoie dans le mur. Allez voir untel. » Alors que si vous allez voir [bip sonore], ces mastodontes dans une boîte de dix personnes, vous avez huit commerciaux et deux techniciens, parfois neuf commerciaux et un technicien. Que voulez-vous qu’ils produisent à part juste vendre des licences, etc. ? Chez BDM Technologies, vous avez dix personnes et moi, de temps en temps, j’essaie de faire le commercial.
Pour conclure
Ils ont migré, pourquoi pas vous ?
Ils ont migré. Je me suis fait la réflexion. Je n’ai pas fait d’école de commerce, mais je côtoie certains qui ont fait des écoles de commerce. Que fait-on dans le logiciel propriétaire ou dans certains trucs ? En fait, on essaie toujours d’inventer une nouvelle fonctionnalité que personne n’utilisera, mais qui est absolument indispensable. Si on dit « je ne peux pas migrer parce qu’il y a telle fonction dans Outlook, je ne peux pas m’en passer ». Oui, mais il y a cinq ans, elle n’existait pas ; sur la Terre entière, personne ne s’en servait.
Il ne faut donc pas s’arrêter à ça. On n’aura pas tout, il y aura des problèmes. Si on fait le parallèle avec l’énergie électrique, si, un jour, on n’avait pas dit « tant pis, il y aura peut-être des déchets nucléaires à gérer, mais si on ne veut pas « carboner » la planète il faut faire nos centrales », on ne l’aurait pas fait. Il y avait des problèmes, on s’est lancé. Nous sommes énormément forts en France pour planifier des choses comme cela. On a l’énergie la plus décarbonée au monde derrière la Norvège, mais si on raisonne au kilomètre carré par habitant, nous sommes le pays au monde le plus décarboné, en fonction du nombre d’habitants par rapport à notre territoire. En Norvège, ils ont la chance de n’être que cinq millions sur un territoire pratiquement le même que le nôtre. En équivalence, c’est comme si on avait dix fleuves comme le Rhône, forcément, c’est plus facile de faire de l’énergie décarbonée hydroélectrique.
Nous sommes là pour vous accompagner sur les freins et nous avons tous les bons interlocuteurs. Sur la partie accompagnement d’une mairie, par exemple, Marie-Jo qui était là tout à l’heure, c’est une merveille. Elle sait pédagogiquement expliquer aux gens tous les bénéfices qu’ils vont en tirer. Elle va leur dire vous allez perdre ça, ça et ça, mais vous allez gagner là et là. Et à la fin de la journée, vous aurez l’esprit libre.
Tout est possible. Il faut juste se dire que s’il n’y a pas toutes les fonctions tout de suite, elles peuvent aussi arriver après. On en développe certaines. Nous, ou nos collègues, savons développer des fonctions, certaines seront développées par des tiers et elles seront intégrées. C’est aussi cela la force du Libre : en général, chez nous, vous n’allez pas payer. Si un jour une nouvelle fonction arrive, il n’y aura pas un commercial qui vous dit « Monsieur, j’ai une nouvelle fonction, voulez-vous acheter l’option ? ». Chez nous, il y a une nouvelle fonction, on vous l’active. C’est comme ça. Nous sommes comme ça chez DBM Technologies !