Voix off : Libre à vous !, l’émission pour comprendre et agir avec l’April, l’association de promotion et de défense du logiciel libre.
Étienne Gonnu : Bonjour à toutes, bonjour à tous. Bienvenue dans Libre à vous !. C’est le moment que vous avez choisi pour vous offrir une heure trente d’informations et d’échanges sur les libertés informatiques et également de la musique libre.
Malgré les températures et autres joyeusetés de ce monde, j’espère que vous avez passé un bel été et que votre rentrée se passe bien. Pour ma part, je suis très heureux de retrouver le studio de la radio Cause Commune pour ce premier épisode de la saison 10 de Libre à vous !.
Pour la rentrée, nous vous proposons le Parcours libriste de Gee, militant libriste et auteur indépendant. Également au programme « Que libérer d’autre que du logiciel » avec Antanak, qui nous parlera de sa rentrée, notamment de la question des déchets d’équipements électroniques et électriques. Et une toute nouvelle chronique proposée par Maryse Artiguelong, de la Ligue des droits humains, « Numérique, liberté et droits humains ».
Soyez les bienvenu·es pour cette nouvelle édition de Libre à vous !, l’émission qui vous raconte les libertés informatiques, proposée par l’April, l’association de promotion et de défense du logiciel libre.
Je suis Étienne Gonnu, chargé de plaidoyer pour l’April.
Le site web de l’émission est libreavous.org. Vous pouvez y trouver une page consacrée à l’émission du jour avec tous les liens et références utiles et également les moyens de nous contacter.
N’hésitez pas à nous faire des retours ou à nous poser toute question.
Nous sommes mardi 8 septembre.
Nous diffusons en direct sur radio Cause Commune, mais vous écoutez peut-être une rediffusion ou un podcast.
J’en profite pour saluer les personnes qui nous écoutent sur les webradios radio Cigaloun, radio Broussaille, ainsi que sur les radios FM Radios Libres en Périgord et Radio Quetsch.
À la réalisation de l’émission aujourd’hui, Julie Chaumard ainsi que Yann Collette, en formation régie, qui rejoint la grande aventure Libre à vous !. Salut à vous deux.
Julie Chaumard : Bonjour. Belle émission de rentrée.
Yann Collette : Bonjour.
Étienne Gonnu : Nous vous souhaitons une excellente écoute
[Jingle]
Chronique « Que libérer d’autre que du logiciel ? » avec Antanak, « La rentrée et la question des déchets d’équipements électriques et électroniques, DEEE »
Étienne Gonnu : Nous allons donc commencer par la chronique « Que libérer d’autre que du logiciel ». Isabelle Carrère, d’Antanak, est en studio avec nous.
Bonjour Isabelle.
Isabelle Carrère : Bonjour.
Étienne Gonnu : Nous t’écoutons.
Isabelle Carrère : Merci beaucoup.
Avant de rentrer sur le sujet que tu as annoncé, la rentrée d’Antanak et la question des D3E, je voulais juste faire une petite parenthèse parce que j’ai trouvé que c’était vraiment intéressant d’avoir les retours des personnes. Vous avez fait un questionnaire, en mai ou juin, je ne sais plus, à la fin de la saison dernière, pour avoir des informations. Je voulais remercier toutes les personnes qui ont pris le temps d’écrire des choses. Je trouve que c’est sympathique quand ce sont des appréciations positives et, à la fois, il y a des idées, des choses qui sont dites genre « on aime bien quand il y a aussi d’autres voix que la vôtre », la mienne. À ce propos, je voulais dire que beaucoup de personnes, à Antanak, continuent de ne pas se penser légitimes à pouvoir parler, qui n’osent pas ou je ne sais quoi. Je ne suis pas plus légitime que toutes ces personnes-là, c’est que j’ose ! Je continue à essayer de faire en sorte qu’il y ait d’autres voix, parce que je partage les opinions des auditeurices qui ont écrit dans le questionnaire que c’est sympa si d’autres gens disent autrement les choses.
Étienne Gonnu : Je vais joindre mes remerciements aux tiens, préciser que mon collègue Fred a fait une analyse des réponses qui est disponible sur le site libreavous.org, je vais mettre le lien dans la page des références de cette émission. Je vais aller dans ton sens. C’est vrai que quand on fait de la radio notre voix part sur les ondes, mais on ne sait pas qui nous écoute. Avoir ces retours, savoir qu’on est écouté, qu’on est apprécié dans ce qu’on fait, ça fait chaud au cœur, tout simplement, et c’est très chouette, ça donne envie de continuer. Merci beaucoup Isabelle.
Isabelle Carrère : Absolument !
Du coup, 352. Trois cent cinquante-deux c’est le nombre de kilos que nous avons rassemblés, jeudi dernier, avec une douzaine de carcasses d’unités centrales vidées de leurs composants internes, de serveurs, une quarantaine de cartons d’autres équipements tels que des câbles, des transfos, des chargeurs de portables qui ne fonctionnaient plus, des claviers désossés, des souris qui dysfonctionnaient, etc. Tout ce matériel était entassé dans notre sous-sol et prenait vraiment beaucoup trop de place. Cela n’allait nous servir à rien parce qu’on avait précédemment tout bien démantelé, trié, mis en carton et on voulait s’en débarrasser, mais on ne savait pas comment, on n’avait pas trouvé les bonnes solutions.
On avait décidé, avant l’été, de faire ça en septembre et c’est ce qu’on a fait. Pour la rentrée, c’est rigolo de se débarrasser, de donner des poubelles.
Je ne sais pas si vous savez, tous et toutes, quels sont les matériaux qui sont recyclables présents dans les D3E : ce sont 48 % de métaux ferreux, 48 % c’est énorme, et le reste va être du plastique, des résidus, du verre, des métaux non-ferreux, des cartes de circuits imprimés, etc., mais presque la moitié c’est du métal, du fer.
Les années précédentes nous avions notre petite camionnette Jumper dans laquelle nous mettions ces matériels que nous portions nous-mêmes dans un centre de traitement à Sarcelles. Ensuite, une année, nous l’avions fait à Paprec [Groupe spécialisé dans le recyclage] et nous avions à chaque fois entre 800 kilos et une tonne.
Il y a deux ans nous n’avons plus eu le droit de transporter ces déchets 3E, donc déchets des équipements électriques et électroniques, nous étions devenus, avec les nouvelles lois, des producteurices de déchets. Nous devions faire en sorte que ce soit collecté sur site, dans notre local, nous n’avions plus droit de transporter. Il y a ceux qui produisent des déchets, donc nous produisons puisque nous nous débarrassons de matériels, même si nous ne sommes pas à l’initiative de leur construction, donc nous sommes producteurices, il y a les transporteurs et après les gens qui s’occupent du traitement et du recyclage.
Du coup, bêtement, nous avions continué avec Paprec. Celui-ci nous a facturé 4 000 euros pour venir prendre en charge la tonne et demie de D3E. Je crois que j’en avais parlé déjà ici, dans une chronique. En tout cas, nous ne savions pas à l’avance, vous vous doutez bien qu’on n’aurait pas fait ça si on avait vu le prix induit. Ils étaient venus, ils avaient apporté des grands caissons dans lesquels nous avions tout mis, et hop, nous avions reçu la facture, pourquoi ? Il y avait aussi beaucoup de batteries et les batteries c’est très lourd et ça coûte cher à faire recycler.
Cette fois-ci, nous avons choisi de faire appel à l’un des éco-organismes agréés par l’ADEME, Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie, tout le monde connaît ça n’est-ce pas ! Tout un programme. Elle-même a remplacé l’Agence française pour la maîtrise de l’énergie et ça fait quand même plusieurs décennies, maintenant, que lui sont confiées les procédures pour surveiller et prévoir, non pas surveiller et punir, surveiller et prévoir les évolutions environnementales et les besoins en réglementation. L’ADEME s’occupe de l’ensemble des éléments : les déchets, les pollutions, les impacts sur les environnements, la qualité de l’air et l’énergie, etc., sauf l’eau. La seule chose dont elle ne s’occupe pas c’est l’eau. Peut-être est-ce dommage, mais l’eau n’est pas mon sujet !
À propos de l’ADEME, je ne sais pas si vous êtes informés de cela, il y a a eu quelques volontés gouvernementales de démanteler cette institution. Au mois de mai, Lecornu [Premier ministre] a voulu confier ces activités-là aux régions, à des directions qui sont en charge de l’environnement, l’aménagement, le logement, etc., lesquelles sont sous la responsabilité du préfet ou de la préfète. Je ne vais pas m’étendre là-dessus parce que ce sont des sujets très politiques mais quand même ! Je trouve très bizarre que de plus en plus de thématiques soient placées sous la gouvernance et sous le pouvoir du ministre de l’Intérieur, le préfet, la préfète. Ça en dit long sur la façon dont est faite la société, sur ce qu’on est en train de faire. Si, d’un seul coup, on enlève d’un ministère dit de la Transition énergétique des sujets comme ceux-là, je ne sais pas comment ça va se passer. Bref !
Un autre rappel historique : la gestion de ces déchets a 20 ans. C’est simplement en 2005 que la filière des D3E a été ouverte pour les professionnels et ensuite, en 2006, pour les particuliers aussi.
On dit qu’il y a quand même autour de 20 kilos de déchets D3E par habitant et par an en France, c’est le chiffre pour 2023, je ne sais pas si ça a changé beaucoup pour 2026, en tout cas ce sont tous des déchets qui contiennent des substances dangereuses : du mercure, du plomb, des gaz frigorigènes, des matériaux critiques, métaux rares, métaux précieux, etc. C’est ce qui a conduit l’Europe et la France à structurer une filière là-dessus, du coup on a les éco-organismes dont je parlais tout à l’heure qui sont agréés par l’ADEME qui est en responsabilité de veiller à ce que la collecte et la valorisation soient faites correctement. Ensuite elle a des sous-traitants, des entreprises comme celle qui est venue chercher notre matériel à Antanak, qui se chargent ensuite de traiter. J’imagine qu’après elles se parlent sur la façon dont elles ont traité, ce qu’elles ont fait.
En tout cas, nous nous sommes adressés à Ecologic, l’autre éco-organisme c’est Ecosystem, l’un et l’autre sont tout à fait agréés par l’ADEME pour le faire et Ecologic nous a mis en relation avec un de ses partenaires qui travaille dans le Val-d’Oise.
Bref, nous étions là ce jeudi, cinq personnes d’Antanak à 8 heures du matin parce que, bien sûr, ils vous disent « entre 8 et 12 », pour être prêts à donner un coup de main et à charger tous ces kilos.
Alors que nous avions tout bien trié, ça fait des années qu’on trie le plastique, les métaux ferreux, les métaux non-ferreux, le transporteur a tout mis dans les trois mêmes énormes cartons sur les trois palettes, genre on s’en fiche ! J’imagine qu’ils vont trier à nouveau derrière mais c’est un peu curieux. On lui a posé la question : « On pourrait peut-être séparer les choses puisque vous avez trois énormes cartons et nous savons ce qu’on a. – Non, non, non, je m’en occupe ». Très bien, on n’a pas fait. On ne sait toujours pas ce qui va être réellement fait de ce matériel. OK, il va y avoir ce tri, peut-être une utilisation de certains plastiques, le métal ferreux sans doute aussi, ceux des plastiques qui sont assez récents pour être identifiés, parce que, sur les anciens plastiques, il n’était pas marqué de quoi ils étaient faits du coup ça va être du broyage et une utilisation à des fins peut-être pas géniales.
La capacité à séparer les différents matériaux n’a pas beaucoup avancé.
Dans le reste, ce qu’on n’a pas donné, il y a encore du cuivre, du palladium, du rhodium, de l’aluminium, du tantale, etc., qui sont hyper accrochés sur les cartes mères ou dans tous les composants des ordinateurs, du coup on a gardé ça, on a donc encore plein de choses dans notre sous-sol, mais, au moins, on s’est débarrassé, on a pu faire un peu de place. Ils n’ont pas voulu prendre les batteries parce que personne ne prend les batteries, ils ne veulent pas, Ecologic ne les prend pas, Ecosystem non plus, je ne sais pas encore ce qu’on va en faire.
Voilà. C’était pour faire un petit point de cette rentrée parce que, mine de rien, c’est intéressant, on fait partie, qu’on le veuille ou non, d’un système. Quand on nous donne des ordinateurs, on fait le maximum pour réutiliser le tout, mais il reste des choses, du coup nous sommes producteurices de déchets nous aussi.
Par contre, avec le reste, on va essayer de faire des ateliers pour construire des trucs, on a déjà fait des petits porte-crayons avec des disquettes attachées, avec des serres Flex, on a fait une lampe. Si des gens ont envie de monter des ateliers pour faire des choses un peu créatrices avec certains des matériels, c’est aussi pour cela qu’on les a gardés, pas que parce qu’il y a de l’or dedans, aussi un peu mais pas que, on ne va jamais pouvoir sortir l’or du reste ! En tout cas si des gens ont envie de faire des choses là-dessus et/ou si les gens sont sachants/sachantes sur des questions concernant les batteries ou le reste, nous sommes preneurs et preneuses. Nous sommes toujours ravis d’accueillir de nouvelles personnes au sein d’Antanak.
Étienne Gonnu : On mettra le site d’Antanak dans les références, je rappelle que c’est contact chez antanak.com.
Merci beaucoup Isabelle. Je pense qu’il est toujours important de rappeler aussi les réalités matérielles sous-jacentes à l’informatique, d’autant plus qu’on a à cœur la défense des libertés informatiques, ce n’est pas que immatériel comme longtemps on nous l’a poussé, donc l’importance de faire durer nos équipements, si on peut privilégier ce qui a déjà été produit par rapport à quelque chose de nouveau. C’est un sujet politique aussi important.
Merci beaucoup Isabelle et au mois prochain pour une nouvelle chronique.
Isabelle Carrère : Absolument, avec plaisir.
Étienne Gonnu : Super. Bonne suite de journée.
Nous allons à présent faire une pause musicale.
[Virgule musicale]
Étienne Gonnu : Après la pause musicale nous échangerons avec Gee sur son parcours libriste.
Avant cela nous allons écouter Dementia, par The Damned and Dirty. On se retrouve juste après. Belle journée à l’écoute de Cause Commune, la voix des possibles
Pause musicale : Dementia par The Damned and Dirty.
Voix off : Cause Commune, 93.1.
Étienne Gonnu : Nous venons d’écouter Dementia, par The Damned and Dirty, disponible sous licence libre Creative Commons Partage dans les mêmes conditions, CC By SA.
[Jingle]
Étienne Gonnu : Nous allons maintenant passer à notre sujet suivant.
[Virgule musicale]
Parcours libriste de Gee
Étienne Gonnu : Nous allons poursuivre par notre sujet principal, le Parcours libriste de Gee.
Si vous êtes auditrice et auditeur régulière et régulier de l’émission, vous le connaissez sans doute déjà, au moins pour ses chroniques mensuelles et pour ses participations Au café libre. Mais, en plus de ses contributions à Libre à vous !, Gee a de nombreuses casquettes : auteur-dessinateur indépendant, publiant ses œuvres sous licence libre, docteur en informatique, administrateur de l’April, membre de Framasoft, etc.
N’hésitez pas à participer à notre conversation au 09 72 51 55 46 ou sur le salon web dédié à l’émission, sur le site causecommune.fm bouton « chat ».
Toutes les références de l’émission seront rendues disponibles sur la page consacrée à l’émission, libreavous.org /283, ou dans les notes de l’épisode si vous écoutez en podcast.
Salut Gee.
Gee : Salut Étienne.
Étienne Gonnu : L’idée d’un Parcours libriste c’est d’échanger avec une personne pour parler de son parcours personnel, professionnel, militant et c’est l’occasion, bien sûr, d’échanger sur le logiciel libre et la culture libre durant cet échange. De ce point de vue, on pourra évoquer beaucoup de sujets avec Gee, n verra où nos échanges nous mènent.
Pour commencer par le commencement et connaître ton origin story, pourrais-tu nous parler de ton premier rapport à l’informatique ?
Gee : Je suis un peu né dans l’informatique, beaucoup de gens disent ça. Pour moi, c’était à une époque où ce n’était pas forcément si évident. Pour resituer, je suis né en 19889. À l’époque, mon père, qui bossait comme intendant dans un lycée, avait senti que l’informatique allait devenir un truc relativement important, notamment dans le milieu professionnel. Comme il ne voulait pas se retrouver largué, il s’était un peu formé tout seul là-dessus, il avait acheté un ordinateur personnel. Je faisais donc partie des gens qui avaient un ordinateur à la maison, ce qui n’était pas si courant à l’époque, à l’école, mes camarades avaient plus des consoles de jeux. Je jouais aussi mais plutôt sur ordinateur. Je serais infoutu de te dire quel était cet ordinateur, je me souviens qu’il était sous MS-DOS et Windows 3.11. Je jouais à The Blues Brothers, à Jazz Jackrabbit, ce genre de trucs. J’ai toujours eu un ordinateur à la maison, aussi longtemps que je me souvienne. Je ne sais pas à partir de quel âge j’ai commencé vraiment à aller dessus, mais je pense que j’étais vraiment très jeune, peut-être à partir de quatre/cinq ans, quelque chose comme ça.
Étienne Gonnu : D’accord ! Vraiment précoce ! Je pense que nous sommes de la même génération, à quatre/cinq ans près, je suis né en 86, j’ai dû avoir mon premier ordinateur vers 12/13 ans.
Gee : Au départ, évidemment, c’était principalement pour jouer, c’est tout ce que tu sais faire quand tu es gamin. Je me souviens que mes parents nous avaient offert des petits logiciels – je dis nous parce que j’ai une grande sœur qui a un peu plus de trois ans de plus que moi. J’ai retrouvé ces logiciels pour l’émission, il y en a deux dont je me souviens, Creative Writer et Fine Artist, c’étaient des logiciels publiés par Microsoft Kids qui avait une session dédiée aux enfants.
Creative Writer, en gros, c’était une espèce d’équivalent de Word, peut-être plutôt de Publisher à l’époque, pour les enfants, c’est-à-dire avec une interface très facile où on peut évidemment mettre du WordArt, des cliparts, des trucs de l’époque, pour faire tes petites affiches et des trucs comme ça quand tu es enfant.
Fine Artist était plus un truc de dessin, un peu à la Paint, pareil avec une interface un peu plus facile, des petits dessins déjà inclus tout ça.
Je me souviens qu’on avait ça et puis, mais je dirais un petit peu plus tard, j’ai eu du mal à retrouver, pour le coup, je me souviens d’un logiciel qui s’appelait Compositeur qui était un éditeur de partition musicale. Tu avais une portée, tu mettais les notes et puis tu pouvais écouter, ça enregistrait et ça chargeait des fichiers Midi, j’ai appris plus tard ce qu’est un fichier Midi. J’ai recherché sur Internet, apparemment c’est un logiciel qui s’appelle Personal Composer, qui a été édité par une maison d’édition qui s’appelle Personal Composer, qui n’a fait que ça visiblement. Je ne suis pas sûr que ce soit celui-là, mais il me semble.
Étienne Gonnu : Donc en termes d’usage, jeux vidéo, et aussi déjà création d’affiches, dessins et créations musicales.
Gee : C’est ça. Je pense que la principale chose qui m’a toujours plu sur le fait d’avoir un ordinateur c’est que ça permet de faire un nombre de trucs absolument incroyables, notamment des choses que, sans ordinateur on ne pourrait pas faire en tout cas avec autant de facilité ou aussi peu de moyens. Évidemment, on peut composer de la musique sur un bout de papier, mais quand tu es petit, que tu découvres la musique, tu ne sais pas ce que font les notes. Et là tu peux juste appuyer, la note sonne, tu peux écrire de la musique sans même trop savoir comment on fait. Pareil quand tu veux faire du dessin, évidemment tu peux faire du dessin sur papier, de la peinture et tout. Je m’étais assez vite fait offrir, plutôt quand j’étais ado, une tablette graphique, toute petite, Wacom, mais c’était quand même un gros cadeau parce que, à l’époque, c’était assez cher C’est vraiment plus ça qui m’a toujours plu dans l’informatique, en plus, à l’époque, l’informatique n’était pas hyper puissante, c’étaient des petites choses. Maintenant, des gens arrivent à faire des vidéos, des films, quasiment en étant une seule personne. Tu dis ça à quelqu’un qui a vécu dans les années 70, c’est assez incroyable.
Étienne Gonnu : Ce sont des outils très puissants, qui servent, malheureusement aussi, au contrôle, mais qui servent aussi à démultiplier nos capacités d’action, de production, d’échanges, etc. OK.
Tu nous diras, je ne sais pas si c’est pendant tes études que tu as commencé la programmation ou si, dans tes usages, tu avais aussi commencé. Mais, pour toi, c’étaient d’abord des outils de création finalement.
Gee : Oui. C’était beaucoup plus artistique. J’ai toujours été – ça fait un peu je me la pète – créateur. Quand j’étais petit, j’étais le genre d’enfant qui reste beaucoup tout seul dans sa chambre à beaucoup dessiner. J’ai fait de la musique assez tôt, ça c’est plus l’influence familiale quand tu as des parents qui t’inscrivent à des cours de solfège et après d’instrument. J’ai appris le piano quand j’étais petit puis la guitare un peu après. J’ai toujours bien aimé ça et c’est vrai que, du coup, l’informatique permettait de faire ce genre de chose et le côté vraiment informatique pure, avec la programmation, est venu au moment des études, je n’en avais jamais trop fait avant. Quand j’étais au lycée, il n’y avait pas encore des cours de programmation comme il peut y avoir maintenant, je crois qu’ils étudient le Python. À l’époque, la programmation se limitait à trois trucs sur la calculette. Est-ce qu’on faisait d’autres choses à l’époque ? Je ne suis même pas sûr. Non, parce que même dans les cours de techno, on ne faisait pas de programmation.
J’avais un copain, par exemple, qui faisait un peu de programmation. Typiquement, le truc qui t’attire beaucoup quand tu fais de l’art sur ordinateur, c’est faire des jeux vidéo et ça a forcément une partie programmation. C’est vrai que je n’en avais jamais vraiment fait, j’avais déjà essayé des petits trucs, il y avait des façons de faire des jeux vidéo avec des scripts déjà prêts, on n’avait donc pas besoin de faire grand-chose à part de l’art, j’avais déjà un petit peu essayé. Je me souviens qu’un copain en faisait, mais je n’avais jamais vraiment essayé.
Étienne Gonnu : Oui, c’est parce qu’on entend parfois, sans parler de surdoué, ce n’est pas le sujet, des jeunes adolescents qui commencent déjà à bidouiller, à programmer, alors que toi, non, finalement.
Gee : C’est rigolo parce que ça aurait pu, mais je n’ai jamais vraiment essayé.
Étienne Gonnu : Tu me corrigeras, mais je crois que tu as directement fait des études supérieures en informatique ? Comment es-tu arrivé là ?
Gee : C’est un peu plus compliqué que ça. Ça va vraiment être une interview où je me la pète, mais j’étais un excellent élève.
Étienne Gonnu : C’est le sujet ! C’est difficile de parler de soi.
Gee : Oui, mais bon ! À chaque fois je dis des trucs ! J’étais quelqu’un de très doué dans tout. J’étais un très bon élève, donc bac S mention très bien. S pour les gens qui ne connaissent pas, c’était scientifique, quand tu voulais faire les plus hautes études, il fallait faire un bac S.
Du coup, après mon bac, je ne savais pas trop quoi faire comme beaucoup de gens de cet âge. On m’a dit, évidemment, « si tu veux ne te fermer aucune porte, fais une prépa ». J’ai donc fait une prépa. Dire que ça ne ferme aucune porte, c’est façon de dire, parce que, en vrai, quand tu fais une prépa tu t’orientes quand même déjà vers quelque chose, ce sont des classes préparatoires aux grandes écoles et moi c’était prépa scientifique donc plutôt grandes écoles d’ingénieur.
Étienne Gonnu : Ne se fermer aucune porte en fait c’est viser l’élite. Vaste sujet !
Gee : En fait, je pense que ce qu’on veut te dire par là, et ce n’est pas totalement faux, dans le sens où, finalement, si l’école d’ingénieur ne te convient pas c’est vrai que c’est facile de se réorienter vers une fac ou autre chose après. De ce point de vue là je comprends. C’est vrai que tu ne vas pas forcément aller faire les beaux-arts quand tu viens de faire une prépa Math Sup, ce n’est pas une passerelle évidente.
Je n’ai pas super bien vécu la prépa, finalement comme beaucoup de monde en prépa. Je suis passé de premier de la classe, à 17, à milieu de classe à 9, à peu près. D’ailleurs, à l’époque, je ne savais toujours pas trop quoi faire après. Je n’allais pas du tout m’orienter vers l’informatique. En fait, j’avais essayé d’intégrer une école qui s’appelle l’École nationale supérieure Louis-Lumière, une école de cinéma. Je voulais l’intégrer dans la section son, il y a une section spécifiquement dédiée au son. J’avais passé le concours, malheureusement je n’ai pas été pris.
À la fin de ma prépa, j’avais un peu le choix entre refaire une année pour repasser le concours l’année d’après ou prendre une des écoles que je pouvais avoir et j’avoue que j’en avais tellement marre de la prépa que je me suis dit « ce n’est pas grave pour Louis-Lumière, je vais partir dans une école d’ingénieur ». En fait, j’ai pris une école généraliste, ce n’était même pas une école d’informatique, une école, à Grenoble, qui s’appelle Phelma, qui était un rassemblement de trois écoles qui n’avaient rien à voir les unes avec les autres, c’était assez étrange : il y avait une école de physique, une autre de matériaux, une autre d’électronique. C’est là que j’ai découvert la programmation puisqu’on a eu des cours de C à l’époque. Je pense que c’est le seul cours où je me suis mis volontairement à faire beaucoup plus que ce qui était demandé en classe. Les cours de physique quantique, et tout, étaient très intéressants, mais je ne faisais pas plus que ce qui était demandé, alors que la programmation m’a vraiment plu, direct. Ce qui fait qu’après, quand il y a fallu faire un choix de filière au sein de l’école, j’ai pris une filière informatique, c’est donc comme cela que je me suis orienté là-dedans.
Étienne Gonnu : D’accord, c’était progressif, ce n’était pas une ambition dès très jeune. Super.
J’aurais presque dû te le demander avant : quand est-ce que ton rapport au logiciel libre se développe ? Pendant tes études ? C’est quelque chose que tu as découvert plus tard ?
Gee : Il se développe à partir de la prépa, et ce n’est même pas vraiment par rapport aux études, c’est plus grâce à un copain de l’époque.
J’ai passé mon bac en 2006, donc prépa c’était 2006/2007/2008, en gros deux années scolaires. Au début de ma prépa, pour Noël, je me suis fait offrir mon premier ordinateur portable, donc mon premier ordinateur vraiment à moi, un truc important pour moi, qui, à l’époque était sous Windows XP. Et, dessus, il y avait un petit autocollant qui disait Windows Vista compatible. En fait, à partir du moment où Windows Vista est sorti, on a commencé à avoir beaucoup d’écho sur le fait que ce n’était pas génial. Du coup, j’ai discuté avec un ami avec qui je traînais beaucoup à ce moment-là et il a commencé à me parler de Linux. Je me suis dit « tiens, ça a l’air sympa, mais je ne connais pas, je ne sais pas si j’y arriverai ». Il m’a dit « tu peux l’installer à côté, tu peux faire ce qu’on appelle un dual boot », évidemment. Il m’a filé un DVD de Ubuntu, c’était Ubuntu 7.4 à l’époque, c’était en 2007, au milieu de la prépa. C’est comme cela que j’ai mis le doigt dedans. J’ai installé Ubuntu en dual boot et ça m’a tout de suite énormément plu. J’ai gardé un dual boot assez longtemps.
Étienne Gonnu : Je précise dual boot : en gros, sur le même ordinateur, on peut démarrer avec un système ou un autre, donc avec Windows ou, par exemple, Ubuntu.
Gee : Du coup, quand on débute, qu’on ne connaît pas Linux, c’est assez sécurisant de se dire « au pire, si je n’y arrive pas, je peux toujours repasser sur ma session Windows ». C’est vrai qu’à l’époque en plus, je n’étais pas un énorme gamer, mais je jouais quand même pas mal à des jeux vidéo et, à l’époque, il n’y avait pas grand-chose qui marchait sur Linux, à part les jeux vidéo qui étaient vraiment développés pour Linux, jeux vidéo libres, on pourra en reparler. Ce qui fait que je gardais une session Windows pour ça, quoi qu’il arrive, mais je me suis rendu compte, avec le temps, que j’étais quasiment tout le temps sur Linux, donc sur Ubuntu à l’époque, et de moins en moins sur Windows, parce que ça faisait tout ce que je voulais en mieux, en moins chiant, ça allait plus vite. Il y avait aussi des trucs idiots. Je ne sais pas si c’était le cas sur tous les Windows XP, mais je me souviens que mon Windows XP n’avait pas les polices lissées. Du coup, quand on regardait les noms des logiciels sous les icônes, c’était moche, parce que c’était très pixelisé, et, quand on repassait sur Ubuntu, c’était beaucoup plus joli. En plus, tu avais le bureau en 3D, des trucs comme ça, les effets de fenêtre, tous les petits trucs que tu fais, qui maintenant, si je les regarde, ça me paraît too much !
Du coup j’ai mis le doigt là-dedans par l’aspect technique, comme pour beaucoup de monde, et puis l’aspect vraiment logiciel libre, ce que ça implique, dès que tu vas sur Linux, de toute façon tu en entends forcément pas mal parler. En fait c’est venu après, petit à petit, finalement en suivant des trucs sur Linux sur Internet. Je me souviens que je m’étais inscrit à Planet-Libre, je ne sais pas si ça existe encore.
Étienne Gonnu : Je crois qu’il n’est pas à jour. Il est dormant.
Gee : Ces trucs-là ne sont plus trop à la mode. En gros, un planet c’est une espèce d’agrégateur de blogs, on pourrait dire, c’est-à-dire que ça récupère les contenus de plein de blogs et ça les remet en page comme un nouveau gros blog. Planet-Libre, en gros, agrégeait le contenu de pas mal de blogs de libristes, d’associations du Libre, tout ça. C’est aussi comme cela que j’ai découvert Framasoft, parce qu’il y avait le Framablog dans Planet-Libre, c’est venu de cette façon.
Étienne Gonnu : On va parler de Framasoft. J’ai une question sur le chat : est-ce que tu as connu l’association GUILDE [Guilde des Utilisateurs d’Informatique Libre du Dauphiné] qui est un groupement d’utilisateurs et utilisatrices de logiciels libres qui est basé à Grenoble, où tu as fait une partie de tes études ?
Gee : Non, d’ailleurs, la question peut être plus générale. Je pense que dans tous les endroits où j’ai habité je n’ai jamais fréquenté de GULL, de Groupe d’Utilisateurs et Utilisatrices Linux. Je ne sais plus quel est le terme exact maintenant, si c’est « logiciels libres » ou si c’est « Linux ».
Étienne Gonnu : Je ne sais pas. J’ai dit « logiciels libres » sans trop réfléchir en fait.
Gee : Donc non, pas du tout.
Étienne Gonnu : Donc ta rencontre avec Framasoft, parce que, parmi tes casquettes, tu es effectivement membre de Framasoft, qui est une des associations françaises et même francophones vriament les plus connues sur le logiciel libre, qui a montré, par l’exemple, que c’était possible. Est-ce que tu peux nous parler de cette rencontre ?
Gee : Du coup, pour en parler, il faut refaire un petit détour encore une fois par l’art.
On est en 2009, première année d’école d’ingénieur. Autant j’avais mal vécu la prépa parce que c’était extrêmement prenant, j’avais dû arrêter de faire plein de trucs en prépa, notamment pas mal d’activités artistiques que j’avais dû mettre un peu de côté, je continuais à gratouiller la guitare tout seul mais pas beaucoup plus. En fait, en école d’ingénieur je me suis retrouvé à avoir beaucoup plus de temps libre, l’école d’ingénieur c’est quand même beaucoup plus tranquille que la prépa. En fait, ce n’est pas si tranquille que ça, mais tu en as pris tellement plein la tête en prépa que quand tu arrives en école d’ingénieur, tu as l’impression que c’est la plage. Je me suis donc retrouvé avec du temps libre.
Un de mes camarades de l’école d’ingénieur avait un petit blog sur lequel il publiait des BD. C’est vrai que je dessinais quand même pas mal avant, j’avais une tablette qui était probablement restée chez mes parents à ce moment-là, je pense que je ne l’avais même pas apportée à Grenoble parce que je ne dessinais plus vraiment. Je me suis dit « tiens, je vais la ressortir et je vais essayer de publier des trucs. » C’était en avril 2009 et ça a été vraiment sur un coup de tête, c’est-à-dire qu’entre le moment où j’ai décidé que j’allais faire ça et le moment où j’ai vraiment ouvert le blog, il a dû se passer une semaine à tout casser. J’ai ouvert un blog qui s’appelait Le Geektionnerd vraiment sur un coup de tête, je n’avais réfléchi à rien, je me suis dit « tiens je vais faire un article par jour. »
Étienne Gonnu : Le Geektionnerd, mélange de « geek » et de « dictionnaire », j’imagine.
Gee : Et de « nerd ». Le Geektionnerd, je l’ai mal prononcé !
Je m’étais dit que j’allais faire une BD par jour ce qui, avec le recul, n’était pas du tout une bonne idée, n’empêche que je l’ai fait pendant cinq ans.
Étienne Gonnu : Bravo !
Gee : Je veux parler de ça parce que, au bout d’un moment, le blog se fait un petit peu connaître, gentiment, et puis à un moment, je crois que c’est l’été suivant, donc l’été 2010, je me suis mis à écrire une histoire longue parce que, au début, ce n’étaient que des petits articles, c’était censé être des définitions en lien avec l’univers geek. Très vite c’est devenu un peu n’importe quoi avec beaucoup de jeux de mots dans tous les sens. Cet été-là je me suis dit « je vais faire une histoire longue en gardant le même style, la même fréquence, en me disant que j’allais suivre un groupe d’étudiants et d’étudiantes à Grenoble. » Au début, c’était presque un peu autobiographique, puis, au bout d’un moment, ça a pas mal divergé. Ce petit livre qui s’appelait GKND, c’était le nom de la série, a été repéré par Alexis Kauffmann qui, à ce moment-là, était encore président de Framasoft. Il m’a proposé de venir publier régulièrement des BD sur le Framablog et aussi de publier cette petite aventure que j’avais faite en Framabook, la maison d’édition de Framasoft à l’époque.
Étienne Gonnu : C’est donc Framasoft qui est venue te chercher !
Gee : Oui ! Je connaissais déjà l’association, mais oui, ça s’est fait dans ce sens-là. Donc, pendant d’assez longs mois, j’ai eu finalement une relation très distante avec Framasoft, on s’échangeait juste des mails de temps en temps pour ça. En fait, à partir de 2011, j’ai commencé à vraiment devenir intégré à l’association puisqu’il y a eu les Rencontres Mondiales du Logiciel Libre qui, maintenant, n’existent plus, malheureusement. C’était à Strasbourg et c’était la première fois que je rencontrais tout le monde. Ça a été un grand moment. Ça faisait quelques années, maintenant, que j’étais un peu dans le logiciel libre, autour de Linux et tout, et là tu arrives, tu as tout le monde : Framasoft, l’April, Benjamin Bayart, des gens comme ça, un peu des stars. Quand tu arrives pour la première fois, tu fais « waouh ! ». C’est à partir de là que j’ai vraiment été dans l’association et je n’en suis jamais vraiment parti.
Étienne Gonnu : D’accord. Je ne savais pas tout ça et je trouve chouette que, finalement, le début de ton militantisme libriste, si je te suis bien, a commencé par ton côté créateur plus qu’informaticien.
Gee : Oui, complètement. D’ailleurs, au sein de Framasoft, la première fois où j’ai vraiment contribué du code, c’est-à-dire une partie vraiment informaticienne, c’était il y a un an, pour Framamèmes, un petit projet un peu délirant.
Étienne Gonnu : C’est un outil merveilleux. Je te lance des fleurs ! On en parlera plus tard.
Gee : C’est gentil. Ça a toujours été beaucoup plus le côté artistique, effectivement.
Étienne Gonnu : OK, super.
Là, on était dans tes études. Par où allons-nous, parce que plein de portes s’ouvrent, on rebouclera, on va essayer de suivre la trame générale ?
Donc, pendant tes études, tu commences déjà à militer à Framasoft, mais tu poursuis ce que tu te découvres comme une passion, de ce que je comprends, la programmation informatique, qui fait que je crois que tu vas aller jusqu’au doctorat, c’est ça ?
Gee : C’est ça ! Disons que la passion pour l’informatique fait que je m’oriente déjà sur une filière informatique en deuxième année d’école d’ingénieur. C’était « Systèmes et logiciels embarqués ». Il y avait un petit projet de fin de deuxième année qui était assez chouette : créer un système d’exploitation, un microsystème d’exploitation quasiment de zéro. Du coup, c’est là que tu te rends compte à quel point c’est un énorme boulot, parce que, au début tu programmes comment on passe d’un processus à un autre, en plus tu ne vois rien à l’écran, c’est juste « j’accepte les entrées clavier et j’affiche ce qu’il y a au clavier », c’était un truc très rudimentaire, mais c’était assez sympa.
En troisième année, je me suis orienté vers un master de recherche en informatique, je faisais cela en parallèle de l’école d’ingénieur ce qui permet d’avoir un double diplôme, même si, en réalité, on ne fait pas double horaire non plus, parce que ce serait un peu compliqué. Quand on fait un master de recherche, en général c’est quand même plutôt pour s’orienter vers une thèse que vers l’industrie, ce qui est plutôt l’orientation de base quand on fait une école d’ingénieur. À l’issue d’une école d’ingénieur on fait un stage en entreprise et, en général, on est embauché par cette entreprise, pas toujours – parfois ça ne se passe pas bien et on va ailleurs – mais en général c’est ça. Quand on fait un master de recherche, le stage de fin d’études c’est dans un labo et c’est plus logique de partir en thèse. Je ne savais pas vraiment ce que je voulais faire. J’avais aussi, on n’en a pas trop parlé, mon petit côté gauchiste.
Étienne Gonnu : C’est une question qui aurait dû venir avant. Parle ! Allons-y !
Gee : On va y venir ! Qui faisait que je n’avais pas forcément trop envie d’aller bosser dans l’industrie, j’avais un peu ce truc familial aussi. Je l’ai dit, mon père était intendant, après il est devenu cadre de la fonction publique au rectorat de l’académie Nancy-Metz, ma mère était prof, ma sœur est devenue prof, je viens d’une famille Éducation nationale en gros. Je me disais que si je pouvais plutôt travailler dans le public, j’aimerais mieux, du coup la recherche ce n’était pas mal. J’aimais quand même bien faire des sciences, le côté ingénieur était hyper intéressant, c’est vrai que j’avais un attrait pour ça. C’est pour toutes ces raisons que je suis parti dans une thèse en informatique qui m’a amené à Sophia Antipolis, à côté de Nice, une thèse de géométrie algorithmique. On peut voir ça comme des maths appliquées, c’est de la géométrie au sens assez poussé du terme. On ne dessine pas juste des triangles, c’est du traitement de larges quantités de données pour faire des calculs géométriques dessus, et tout cela se fait principalement en faisant de la programmation. Donc, pendant ma thèse, la programmation était effectivement une grosse partie.
Étienne Gonnu : Je vais faire ma blague, sinon elle va me trotter dans la tête : tu es allé à Nice, ville notamment connue pour son gauchisme !
Tu étais donc libriste. Étais-tu déjà politisé à ce moment-là ? Comment s’est construit ton rapport ? Je mets peut-être des mots dans ta bouche, mais, à priori, il y a un sujet profondément politique concernant le logiciel libre. Comment l’as-tu découvert ? Où en était ton niveau de conscience politique, et comment l’as-tu intégré, finalement, fait des ponts ? La question est large.
Gee : Quand j’étais en prépa, mon niveau de conscience politique n’était pas énorme. J’étais déjà à gauche, mais je pense que j’étais un peu à gauche par défaut. Pareil, tu viens d’une famille Éducation nationale, forcément tes parents votent à gauche, je pense que je ne leur fais pas injure en le disant publiquement. Par contre, du haut de mes 18 ans, je voulais faire un peu plus que mes parents, donc j’étais plus extrême gauche. Quand j’étais en prépa il y a eu l’élection présidentielle de 2007 où Sarkozy a été élu et je me souviens qu’avec le même ami qui m’avait montré Ubuntu nous étions allés à un meeting d’Arlette Laguiller à Nancy, c’était quelque chose ! Mais à l’époque, honnêtement, je pense qu’en réalité je n’avais pas plus de convictions que ça, j’étais un peu d’extrême-gauche sans trop savoir pourquoi ! Je pense que la politisation s’est faite pendant mes études, notamment effectivement avec le logiciel libre.
En fait, le logiciel libre m’a aussi apporté cette expérience associative, parce que finalement, avant Framasoft, je n’avais jamais eu d’expérience associative. Quand j’étais ado, j’étais typiquement dans la posture cynisme un peu branché, genre « de toute façon, ce sont tous des cons », une posture qui est assez confortable quand tu es de gauche dans un monde de droite, c’est-à-dire que tu te dis juste « j’ai raison, tout le monde a tort et puis on s’en fout ! ». Quand tu commences à te frotter au milieu associatif, c’est moins confortable parce que tu es dans un milieu où tu es obligé de faire des choses et de te confronter à la réalité qui est toujours un peu plus compliquée que ça. En tout cas, je pense que ça a beaucoup joué à me faire mûrir politiquement on va dire. On dit souvent que le logiciel libre c’est l’open source plus l’aspect politique ou que l’open source c’est le logiciel libre moins la politique. Je suis assez d’accord avec ça, clairement.
Étienne Gonnu : Tu disais que tu as commencé un blog et là tu es connu notamment pour un nouveau blog qui s’appelle Grise Bouille, on va en discuter. Mon sentiment, ça ne demande pas une grande intuition si on suit un peu ce que tu fais, ce que tu produis, est que ce sont deux aspects qui me semblent vachement importants, du moins actuellement, qui sont l’humour et l’aspect politique. Était-ce déjà le cas dans ton premier blog ? Comment ça s’est justement intégré dans ce processus un peu de politisation et de militantisme ?
Gee : Ce n’était pas trop le cas au début.
Étienne Gonnu : Tu disais que c’étaient plus des définitions techniques.
Gee : Des définitions, et c’était beaucoup d’humour anti-Windows et c’est ce qui m’a fait connaître dans le milieu du logiciel libre.
Étienne Gonnu : Ma question était double, humour et politique. L’humour était déjà présent. La question était double, c’était vraiment l’humour.
Gee : C’était un blog humoristique, de toute façon. C’était un blog de jeune étudiant qui vient de découvrir Linux, qui adore ça et qui, du coup, se moque de Windows. C’était beaucoup d’humour comme ça, il y a des gens auprès de qui ça passait très bien.
En fait la politisation est venue petit à petit et je me souviens que des gens n’avaient pas aimé. Lors de l’élection présidentielle suivante, de 2012, celle où Hollande a été élu, j’avais fait des articles, à chaque fois c’était une définition, je me suis dit « je vais définir chaque candidat, je vais faire une définition par candidat à l’époque. » Je ne me souviens plus de tout, on peut retrouver, de toute façon c’est sur le blog. Je n’ai pas fait des définitions neutres, j’ai évidemment beaucoup donné mon opinion sur chacun des candidats, chacune des candidates et des gens n’étaient pas contents, qui disaient dans les commentaires, « je ne suis pas venu lire ça pour ça. Quand on fait un blog d’humour il faut être neutre ». Non ! Il y avait un côté un peu « je suis chez moi, je fais ce que je veux, c’est mon blog ». Je pense que ça a été quand même un point de rupture, je me suis rendu compte que j’avais plutôt envie d’appuyer ce truc-là plutôt que dire « ils ont raison, il faut juste que je fasse mes petits trucs sur Linux et puis c’est tout ». Ce qui fait que, petit à petit, ça s’est politisé de plus en plus.
Après, il faut être honnête, c’était aussi aidé par le fait que pendant toutes ces années, pour le coup même avant l’élection de Hollande il me semble, on a eu la loi Hadopi [Loi qui institue une Haute autorité pour la diffusion des œuvres et la protection des droits sur Internet chargée de veiller à la prévention et à la sanction du piratage des œuvres, NdT], qui m’a beaucoup politisé. Il y avait eu la loi DADVSI [Droit d’auteur et droits voisins dans la société de l’information] avant mais j’étais moins au courant de tout ça à l’époque. C’est vrai que Hadopi a participé beaucoup à me politiser, notamment en voyant qu’énormément de gens parlaient à l’Assemblée et n’y connaissaient rien, qui racontaient n’importe quoi. Je me suis dit « s’ils disent n’importe quoi là-dessus, peut-être qu’en économie ils disent n’importe quoi aussi ! »
Étienne Gonnu : Tu préciseras peut-être Hadopi.
Maryse Artiguelong, qui fera sa chronique après, vient de nous rejoindre et elle acquiesce aux propos de Gee. Peux-tu rappeler en quelques mots Hadopi, typiquement une lutte historique ?
Gee : Oui. En gros, c’était une loi pour lutter contre le téléchargement principalement de musiques mais aussi de films, de façon illégale, ce qu’on appelle, en gros, le piratage, c’est quelque chose qui venait après tout ce qui avait été Napster, les torrents, tout ça. Ils appelaient ça une riposte graduée. Techniquement, évidemment, le téléchargement illégal de musique est illégal, mais, si on veut faire payer quelqu’un pour ça, il faut le poursuivre en justice en disant « vous avez téléchargé ça, vous n’avez pas le droit ». C’est compliqué, c’est lourd. Là ils voulaient faire un système d’amende, un peu comme sur la route, tu t’es fait flasher en train de pirater le dernier Rihanna, tu vas payer tant ou un truc comme ça. Sauf que, du coup, ça devient une sanction administrative au lieu d’être une sanction pénale, tu dois savoir ça plus que moi probablement.
Étienne Gonnu : C’est vrai que ça ne passe pas par un vrai juge, ça passe par un administratif, ça change tout.
Gee : Du coup, ça a été très compliqué pour eux de sortir un truc qui tienne debout, c’est pour cela que c’est devenu un problème de défaut de sécurisation de ligne, c’est-à-dire que tu as permis qu’on télécharge des choses illégales sur ta ligne, ce n’est pas forcément toi, mais il faut que tu sécurises ta ligne. Ça a été un bazar innommable.
Étienne Gonnu : OK. Beaucoup d’aspects. Une des sanctions prévues c’était interdire l’accès à Internet et je crois que ça fait partie des raisons pour lesquelles ça a été censuré ensuite. Il y avait beaucoup de couches de problèmes, c’était un problème complexe, en tout cas ça tournait autour du sujet que tu as décrit.
Gee : Du coup, quand tu connaissais un peu le sujet de l’informatique, tu te rendais compte à quel point vraiment du n’importe quoi était dit. Des grands trucs sont restés : Christine Albanel, qui était ministre de la Culture à l’époque, nous avait sorti le « pare-feu OpenOffice », c’était resté. Des pubs, des trucs incroyables étaient parus.
Du coup ça politise parce que tu comprends la façon dont marche l’Assemblée, ce que je disais, tu te rends compte qu’ils n’y connaissent rien. En fait, fondamentalement, je pense que ce n’est pas grave que les députés n’y connaissent rien parce que leur rôle n’est pas de tout connaître, c’est de te représenter. Du coup, quand tu réfléchis à ça, tu te poses la question de la représentation, tu te demandes « est-ce que je suis bien représenté ? »
Étienne Gonnu : Et puis, dans cette position, faire preuve d’humilité face à des notions complexes pour pouvoir les intégrer – je ne veux pas dire « tous pourris », on n’est pas du tout dans cette logique-là –, mais ils ne font pas tous preuve d’humilité face à ces notions complexes, justement pour essayer d’intégrer les différentes perspectives sur ce genre de sujet. C’est intéressant de voir comment ça peut justement pousser quand on se rend compte.
Je trouve ton anecdote très amusante. Ça fait 10 ans que je suis à l’April, donc sur des stands, de temps en temps, on nous le dit à l’April mais vous l’entendez peut-être plus à Framasoft « c’était mieux avant, vous politisiez quand même, faites attention ». Est-ce toi qui as politisé Framasoft ou Framasoft l’était déjà ? je taquine !
Gee : Autant je me la suis beaucoup racontée tout à l’heure, autant, en toute humilité, je ne pense pas que j’ai eu énormément d’influence sur le chemin qu’a pris Framasoft. J’en ai sans doute eu un petit peu parce que tous les membres ont leur influence, mais je pense, typiquement, que l’équipe salariée de Framasoft est beaucoup plus moteur que je peux l’être sur ces questions.
Étienne Gonnu : Ce n’était pas du tout une critique de ma part à l’égard de Framasoft, bien au contraire, notamment de ses prises de position, parce qu’elle défend des sujets politiques et ça s’inscrit dans un système plus large.
Je garde un œil sur l’heure.
Tu as validé ta thèse en informatique. Tu as commencé ton parcours professionnel, on peut en parler si tu veux.
Gee : Oui. Mon idée qui était de me dire que j’allais essayer de travailler dans le public en allant faire une thèse et tout ça, finalement j’ai découvert un peu la réalité des métiers de la recherche, typiquement le fait que mon directeur de thèse passait quand même beaucoup plus de temps à faire de l’administratif pour obtenir des financements que faire de la recherche, c’était principalement en encadrant ses doctorants et ses post-docs qu’il arrivait à faire de la recherche, mais, finalement, ce n’était pas si simple que ça pour lui. J’ai vu aussi qu’il y avait une place pour 150 candidats à chaque concours, que si tu voulais l’avoir il fallait forcément aller faire un ou deux ans de post-doc à l’étranger et, arrivé à cet âge-là, j’en avais un petit peu ras-le-bol de passer des examens, des trucs, de bouger, en plus moi j’avais un peu envie de me poser. J’avais une copine, à l’époque, je n’avais pas donc trop envie de bouger, je me suis dit que je me poserais bien. Je m’étais dit que ce n’était pas grave, je vais aller dans l’industrie. J’avais trouvé, en fait c’était assez évident, une petite boîte à Sophia Antipolis aussi. Ils appellent ça un spin-off, comme dans une série, de l’Inria, l’Institut national de recherche en informatique et en automatique où j’avais fait ma thèse. C’est une boîte qui a été lancée par d’anciens chercheurs de l’Inria pour, en gros, industrialiser des résultats de recherches qui avaient été faites par l’Inria. C’est une boîte privée issue de l’Inria et qui garde des liens étroits avec. C’est une boîte qui fait pas mal de recherche appliquée avec des industriels. Ce n’était pas mal du tout. Tous mes collègues étaient des gens qui avaient fait leur thèse dans le même labo, voire dans la même équipe que moi, donc, en gros, c’était un peu une continuité facile et qui marchait bien. Je m’y suis pas mal plu, c’était assez chouette. Après, la logique de dire « je suis dans une petite boîte qui est en lien avec la recherche » a ses limites. On faisait du business to business, on ne vendait pas des logiciels à des particuliers, on vendait des algorithmes de géométrie à d’autres boîtes.
Étienne Gonnu : Il n’y a pas un marché grand public !
Gee : Et notre plus gros client était Total ! Tu as une petite dissonance cognitive, tu passes outre un certain temps et puis, au bout d’un moment, tu ne passes plus forcément outre.
Étienne Gonnu : D’accord. Je pense que ça va faire une transition sur un aspect important de ton parcours, sauf si tu avais encore des choses à dire. Je vois une question personnelle sur le chat : la copine était-elle elle-même geek ou c’était une copine de geek ?
Gee : Non, elle n’était pas geek du tout. Je l’ai rencontrée par un ami commun, si vous voulez tout savoir, un collègue de thèse qui est devenu mon coloc, c’était une de ses amies de lycée, c’est comme ça que nous nous sommes rencontrés. Et, pour la petite histoire, ma copine et moi avons fait découvrir sa copine à cet ami ! On a renvoyé l’ascenseur, c’est important.
Étienne Gonnu : Je ne sais pas à quel moment tu as pris ce chemin dans ton parcours par rapport à cette expérience, tu pourras nous le dire, c’est vrai que tu en as beaucoup parlé, c’est hyper intéressant. À un moment donné, tu as fait un choix quand même assez radical dans ta vie : tu étais auteur et tu as décidé d’essayer de vivre de tes créations, d’être auteur indépendant, tout en respectant ton éthique libriste. Comment ce choix s’est-il opéré ?
Gee : J’ai déjà parlé du fait que j’avais commencé mon blog en 2009 et, en fait, je n’ai jamais vraiment arrêté d’écrire des trucs. Il y a effectivement eu des changements de blogs, il y a eu plusieurs projets, tout ça.
J’ai toujours un peu eu l’idée de faire ça vraiment à plein temps, mais c’était évidemment un peu à l’état de rêve. Typiquement, quand je suis arrivé en fin de thèse, je m’étais dit que je n’allais pas faire chercheur, est-ce que je ne ferais pas auteur, mais il faut pouvoir le faire, ce n’est pas forcément évident. Je m’étais donc dit « je vais aller en entreprise et puis on verra ». C’est vrai que, mine de rien, petit à petit, je me suis rendu compte que je n’avais pas autant de temps que ce que je voulais en bossant avec un boulot à 35 heures, même si, pour le coup, c’était vraiment 35 heures, ce n’était pas un boulot où on était pressé à faire des heures supplémentaires. Je pense que dans ce qu’il était possible d’avoir comme travail salarié pour moi à l’époque, j’étais dans un truc relativement idéal, vraiment ! Ça se passait très bien, il n’y avait aucun souci de ce côté-là, c’est aussi pour cela que je suis quand même resté six ans dans cette boîte.
Je me suis rendu compte que je n’avais pas assez de temps pour faire tout ce que je voulais faire, que ça me manquait, donc, au bout d’un moment, j’ai demandé à passer à 80 % dans mon boulot pour avoir 20 % pour faire de l’art. D’ailleurs, ça n’a pas trop plu à mon patron à l’époque. C’est rigolo parce que je m’étais toujours dit que j’avais un patron très cool, ce qui est vrai, il était très sympathique, on se tutoyait, quand on allait dans des conférences ensemble on prenait un Airbnb tous les deux, très sympa. Je le pense toujours aujourd’hui, je pense que c’est quelqu’un de très sympa, mais, en fait, je me suis rendu compte à ce moment-là que ce n’est pas qu’il était si sympa que ça au boulot c’est que, jusque-là, j’étais d’accord avec lui. Découvrir ça, les rapports de force dans le capitalisme, ça politise aussi un petit peu. « Je pensais que tu voulais tout le temps être au boulot, machin ! – Eh bien non ! J’ai d’autres trucs quoi ! » Bref ! Je me suis dit que je passerais bien à temps partiel. C’était début 2020, je crois, juste avant le Covid, finalement.
Étienne Gonnu : C’est ce que j’allais dire, finalement, tu t’es lancé à un moment particulier.
Gee : C’est ça. En fait, c’est le Covid qui a précipité un peu la suite. Il y a deux raisons principales à ça.
Comme je disais, c’était à Sophia Antipolis et, à ce moment-là, j’habitais à Nice. J’essayais de faire en sorte de ne pas prendre ma voiture parce que ça me gonflait d’être sur l’autoroute A8 dans des bouchons pas possibles, de ne voir que des gens tous seuls dans leur bagnole, comme moi, pour aller se mettre derrière un ordinateur, le même qu’ils ont à la maison mais, à l’époque, il n’y avait pas de télétravail. Soudainement il y a eu du télétravail et j’ai gagné plus de deux heures de ma vie chaque jour.
J’allais à Sophia Antipolis en bus c’était long, une bonne heure pour y aller. C’était même un autocar, c’est-à-dire que tu es assis, tu peux sortir ton ordi, faire des choses, ce n’est pas complètement du temps perdu, mais ce n’est pas génial non plus.
Là j’avais gagné deux heures de ma vie, c’était très appréciable. Je me suis rendu compte que j’aimais beaucoup travailler chez moi que, finalement j’étais plus efficace, que j’étais bien tranquille. Je pouvais me faire à manger correctement à la pause de midi, je pouvais récupérer des colis quand j’en avais besoin, ce n’était pas mal. Je fais partie des gens qui ont extrêmement bien vécu le premier confinement – je suis désolé, ce n’est pas le cas pour tout le monde – et, quand il y a eu la fin du confinement, ça m’a un peu gonflé de retourner bosser sur site. On a réussi à négocier un peu de télétravail avec mes collègues, mais pas tant que ça.
Et de l’autre côté, le fait d’être confiné pendant plusieurs mois fait que j’avais mis beaucoup d’argent de côté. J’étais ingénieur, ce n’était pas une énorme boîte, je n’avais pas un salaire mirobolant, mais quand j’étais à 100 %, au max, j’étais à 3 000 euros en net. Je ne suis pas extrêmement dépensier, je n’ai pas beaucoup changé de rythme de vie par rapport à la thèse où j’étais à 1 800, je mettais énormément de côté tous les mois, et comme là plus de restos, plus de sorties qui étaient à peu près les seuls trucs dans lesquels je dépensais de l’argent, j’avais beaucoup d’argent de côté. Je me suis dit « j’ai beaucoup de côté, j’en ai un peu marre de mon boulot, est-ce que ce ne serait pas le moment de se lancer ? ». J’ai dû déposer ma démission en mars 2021, il y avait trois mois de préavis. Je me suis laissé l’été pour un peu mûrir le projet et j’ai lancé vraiment la communication sur le côté auteur à plein temps en septembre 2021.
Étienne Gonnu : D’accord, je précise pour ne pas oublier, mais on va continuer à en discuter, que tu as déjà communiqué, tu as fait un long billet de blog très intéressant où tu expliques toutes ces considérations, je te demanderai le lien pour pouvoir le partager.
Il y a une page, on va en reparler aussi, pour te soutenir justement dans cette démarche. Pour toi était-il tout de suite intégré que tu continuerais à publier sous licence libre ? Comment avais-tu réfléchi ? Faisais-tu déjà de l’appel à don ? Comment ça se passait ? Tu t’es dit « OK, je peux le faire ou je vais essayer de... ? »
Gee : C’est marrant parce que, à l’époque, je ne pensais pas forcément que ça serait par les dons que je me financerais le plus, ce qui a été le cas par la suite en fait. J’avais déjà des dons, j’avais une page Tipeee à l’époque, c’était un peu le truc qu’on avait par défaut.
Étienne Gonnu : Je complète ma question. On va en parler, tu ne fais pas que dessiner, tu as d’autres formes de création. Ton idée c’était de réunir le dessin avec d’autres formes. C’est une question plus large.
Gee : En fait, j’avais plusieurs pistes, et c’est vrai que les dons n’étaient pas du tout ma piste prioritaire et finalement ça l’est devenu. Et en fait la plus grosse piste que j’avais à ce moment-là, pour laquelle je me suis dit que ça pourrait peut-être marcher, c’était un jeu vidéo que j’étais en train de développer qui s’appelait Superflu Riteurnz. Je disais qu’à l’époque j’avais un compte Tipeee, mais je devais gagner peut-être 80 euros par mois dessus, ce qui est déjà pas mal, mais, en vrai, ce n’est pas avec 80 euros par mois que tu vis. Avec les bouquins, ce n’est pas tant la licence libre que le fait d’avoir une maison d’édition qui n’a pas de réseau de distribution ce qui fait tu n’es pas distribué dans les librairies, du coup, à part sur les stands, tu n’en vends quasiment pas, donc je ne gagnais pas grand-chose sur les livres non plus. Je me suis dit qu’il y a peut-être moyen de vendre un jeu vidéo et d’en tirer un petit revenu. J’ai découvert, peu de temps après, que le marché du jeu vidéo était à peu près aussi saturé que le marché du livre. C’est vrai que mon grand projet porteur c’était ce jeu vidéo.
J’avais d’autres trucs. Typiquement, à l’époque, je faisais un peu de dessin, des caricatures politiques, j’aurais bien aimé trouver un boulot, en tout cas des piges, je ne sais pas trop comment ça marche, publier des caricatures dans tel ou tel journal, j’avais un peu postulé à droite à gauche, je n’ai jamais eu de réponse, c’est un truc qui n’a pas marché. En fait, plein de trucs n’ont pas marché. Si on regarde sur les cinq ans, 2021-2026, plein de trucs que j’ai lancés n’ont pas très bien marché. Le jeu vidéo s’est vendu de manière assez honorable pour un truc indépendant et sans communication, mais il ne m’a pas rapporté autant que le temps investi dedans, si on convertit en jour-homme, si on fait un calcul de ce genre.
Finalement j’ai eu plein de petits trucs comme ça qui ont échoué, mais, petit à petit, les dons ont grossi, ce qui fait que sur la saison dernière, puisque je parle en saisons, donc de septembre à septembre, j’étais à 770 euros de dons mensuels en moyenne, ce qui est assez incroyable. On est encore loin d’un SMIC, mais ça commence à être pas mal.
Étienne Gonnu : Quand on va sur ta page de soutien, je trouve intéressante la manière dont tu présentes ça : c’est du travail, ce n’est pas de la mendicité, c’est une rémunération pour que tout le monde puisse en profiter, chacun contribue à la hauteur de ce qu’il peut. Je trouve que la manière dont tu parles du rapport politique au sujet du travail est hyper intéressante.
Gee : Quelque part, pour moi, c’est un truc assez logique, au sens où c’est un peu une transposition aussi de ce que j’ai vécu dans les milieux associatifs, que ce soit à Framasoft ou à l’April. On a du financement populaire, de gens qui font soit des dons à Framasoft, soit plutôt des adhésions à l’April, c’est-à-dire des gens qui payent sans avoir quelque chose en retour, qui payent pour soutenir, parce qu’il y a déjà des choses qui sont chouettes. J’essaie toujours de le présenter comme ça, de dire que tout ce que j’ai fait est libre, est disponible comme vous le voulez. Si vous trouvez ça bien, que vous voulez qu’il y en ait plus, vous donnez et puis il y aura plus de choses.
Étienne Gonnu : Donc, en termes de création, tu as ton blog, tu as des épisodes. Je vous encourage, si vous connaissez pas La Chaîne Météore qui était une suite, si tu veux en parler, avec plaisir. Tu as publié deux ou trois romans.
Gee : C’est ça, deux ou trois !
Étienne Gonnu : Il y en a un en cours, c’est ça ?
Gee : C’est compliqué parce qu’il y en a un qui n’était pas fini. Bref !
En fait, c’est vrai que maintenant tout se fait quasiment sur le blog, donc grisbouille.net. J’ai eu tendance à multiplier un peu les sites et plus ça va plus j’essaie de me recentrer dessus parce que c’est plus simple. Mon projet principal c’est de faire des BD. En ce moment je fais plutôt des strips on va dire, c’est à dire des BD relativement courtes, de six cases, en couleur.
La Chaîne Météore était effectivement une série dans un univers préhistorique absurde, prétexte à faire beaucoup d’humour de gauche, encore une fois.
Étienne Gonnu : C’est forcément subjectif, mais je l’ai trouvée très drôle.
Gee : Merci. Ces derniers temps, j’ai une série qui n’est pas une série au sens où les épisodes se suivent, c’est ce qu’on appelle une série d’anthologie donc chaque épisode est indépendant. Ce sont plutôt des parodies de pop culture, mais, en fait, je ne m’interdis pas grand-chose au niveau des thèmes abordés. J’essaie d’en faire à peu près un par semaine, un est sorti hier, qui est une parodie de La Belle au bois dormant, si vous voulez aller le voir.
Je fais effectivement plein d’autres choses, notamment des bouquins. J’ai publié un bouquin en 2017 qui, à l’époque, s’appelait Working Class Heroic Fantasy, un jeu de mots entre Working Class Hero, comme la chanson de Lennon, et heroic fantasy, un style littéraire notamment de fantasy. On m’a fait remarquer que ce n’était pas terrible d’avoir un titre anglais pour un roman français, ce qui n’est pas totalement faux. Quand il a été republié par une maison d’édition qui, pour le coup a un vrai réseau de distribution, qui s’appelle PVH éditions, qu’on a déjà reçue.
Étienne Gonnu : Qui sont intervenus, on retrouvera l’épisode [émission 188, qui sont aussi des gens géniaux.
Gee : Ils publient sous licence libre, ce qui est très rare pour des maisons d’édition qui ne soient pas juste associatives comme Framabook de Framasoft par exemple.
Étienne Gonnu : C’est une vraie entreprise d’édition.
Gee : C’est ça. Donc, quand ils ont ressorti le bouquin, on l’a renommé Sortilèges & Syndicats : Une fantastique lutte des classes, ce qui est son vrai titre maintenant.
J’avais écrit le début d’un roman qui s’appelait Apérocalypse, je crois que je l’avais commencé en 2019. Ça racontait l’histoire d’un petit lotissement pendant la chute de la civilisation. En fait, j’ai fait un blocage d’écriture au moment du Covid parce que mon bouquin commençait par un personnage qui se retrouve dans des rayons de supermarché où tout est vide et je venais d’aller chercher mon PQ.
Étienne Gonnu : Un peu trop proche du réel !
Gee : C’est ça. Trop proche et, à la fois, un peu à côté parce que ce n’était pas du tout ce que j’avais prévu, c’était plutôt une catastrophe économique, pas spécialement une pandémie. J’ai essayé de continuer de l’écrire et, au bout d’un moment, j’ai fait « ce n’est pas grave ». Je l’ai sorti en version inachevée, le premier tiers du bouquin est là.
J’ai participé aussi au NaNoWriMo, qui n’existe plus, le National Novel Writing Month. Les gens se lancent le défi d’écrire un roman pendant le mois de novembre, je l’avais même publié en direct, j’ai fait un chapitre par jour pendant 30 jours. Je venais juste de passer à plein temps, je me suis dit « on va mettre ça pour lancer le truc en novembre ».
Étienne Gonnu : Un chapitre par jour pendant 30 jours c’est une grosse charge,
Gee : C’étaient des chapitres relativement courts, ça s’appelle Une Auberge dans la tempête et c’est sorti un petit peu après.
J’en ai publié un cet été qui n’est pas encore sorti en livre, je l’ai publié par épisodes sur le blog. C’est un peu ce que j’aurais voulu faire avec Apérocalypse, c’est-à-dire un roman pendant l’effondrement mais, entre guillemets, « feel-good », c’est un peu difficile à dire. En plus, celui-ci s’appelle 60 degrés à l’ombre parce que, pour le coup, c’est axé sur le réchauffement. Plein de gens pensaient que je l’écrivais en direct parce qu’il y a un chapitre où un énorme incendie se déclenche et c’était pile pendant les méga-feux dans le Sud de la France. Le seul truc c’est que j’ai fait effectivement exprès d’écrire un roman sur le réchauffement climatique pendant le réchauffement climatique.
Étienne Gonnu : Sur le feu en été, on n’est pas non plus !
Gee : C’est sorti cet été par épisodes. Je suis un peu en train de voir si je trouve une maison d’édition qui serait intéressée. Sinon, je le ferai probablement en auto-édition, comme d’habitude.
Étienne Gonnu : OK, je vais relier une question, elle te parlera peut-être, elle ne me parle pas trop, mais ce n’est pas grave, de Mickaël, je ne sais pas si tu le connais : « Est-ce que tu te lancerais dans une BD politique engagée comme Frantico [Lewis Trondheim, alias Frantico, illustrateur, créateur de bandes dessinées, NdT] avec Nico Shark comme directeur du personnel ? Je n’ai pas la référence.
Gee : Moi non plus, je ne l’ai pas, je suis désolé.
Étienne Gonnu : Donc ça veut dire non, la réponse est non.
Gee : Peut-être, si on ne sait pas.
Étienne Gonnu : Je te passerai le lien, peut-être que ça t’inspirera.
Gee : J’ai envie de dire que toutes mes BD sont déjà relativement politiques. Pas toutes, il m’arrive de faire de l’humour absurde complètement déconnecté, mais bon !
L
e jeu vidéo Superflu Riteurnz est effectivement sorti en 2023. Sinon, dans les autres trucs dont je n’ai pas parlé, j’en ai fait un autre, plus modeste, qui s’appelait Sales Gosses ! qui, pour le coup, n’a pas marché du tout. J’y ai passé beaucoup de temps et je l’ai très peu vendu. Du coup, j’ai mis un peu un terme au développement de jeux vidéo parce que ça me prend beaucoup de temps pour un retour sur investissement qui n’est vraiment pas énorme.
Étienne Gonnu : Mais ça t’a plu. C’est une activité qui te plaît.
Gee : C’est vraiment chouette. Typiquement, je penseSuperflu Riteurnz est un des trucs dont je suis le plus fier dans ce que j’ai fait, notamment pour le côté multi-support. C’est ce qu’on disait, ça recoupe ce côté que j’ai toujours eu, toucher un peu à tous les arts : faire du dessin, de la musique, des trucs. Dans le jeu vidéo, il y a tout ce que je sais faire, il y a du dessin, de la programmation, de la musique. J’ai fait l’intégralité du truc, c’est l’œuvre la plus complète que j’ai faite donc, pour ça, j’en suis super fier et j’aimerais bien en faire d’autres, juste que financièrement c’est compliqué. On pourra en reparler, même si j’ai plus de dons que ce que j’avais au début, ça reste relativement précaire, ce qui fait que, à l’heure actuelle, je ne sais pas si dans un
an je serai encore en train de faire la même chose ou pas.
Étienne Gonnu : Je crois qu’à côté de ça tu enseignes.
Gee : Je donne un petit peu des cours dans un IUT.
Je n’ai pas fait Superflu Riteurnz à plein temps, le développement s’est étalé sur trois ans en gros. C’est compliqué de se lancer dans un projet qui va durer trois ans quand tu as une visibilité de six mois, c’est pour cela que, pour le moment, j’ai mis ça un peu de côté. Après, je n’ai pas totalement abandonné l’idée d’en refaire. Je pense que si j’en refais il y aura probablement quelque chose type un crowdfunding ponctuel pour essayer de lever une somme d’argent pour me donner un peu de visibilité. Ça fait longtemps que je le dis, je ne l’ai pas encore fait, on verra si ça se fait un jour.
Étienne Gonnu : Je vais te poser la question assez classique : est-ce que tu as des actus, des projets à venir – tu as parlé de 60 degrés à l’ombre – que ce soit personnel ou, par exemple, à l’April ou avec Framasoft ? Je dis Framasoft parce que tu avais parlé de Framamèmes, on peut en reparler, je trouve que c’est un outil super. Parlons de Framamèmes. C’est quoi Framamèmes ?
Gee : Framamèmes, c’est vraiment parti d’un moment où je faisais des streams. De temps en temps, je fais du dessin en direct sur une plateforme qui s’appelle PeerTube, qui est très chouette. Je ne savais pas trop quoi dessiner, je me suis dit « tiens, je vais prendre un mème connu. » Je crois que le premier que j’ai fait, ça doit être le mec qui se retourne en voyant…
Étienne Gonnu : Une question qui n’est pas simple : qu’est-ce qu’un mème ? Peut-être que ce n’est pas évident pour tout le monde.
Gee : Un mème, c’est une image virale, une image que tout le monde va reprendre en mettant une légende ou un sous-titre différent à chaque fois. Ce sont souvent des images de réaction à quelque chose. C’est compliqué à décrire quand tu ne connais pas.
Étienne Gonnu : Ça me paraît déjà pas mal.
Gee : Si vous vous êtes sur Internet, vous en avez forcément vu passer, il y a plein de choses. Celui que j’ai fait en premier, que j’ai redessiné pour en faire une « version libre », entre guillemets, c’est l’homme qui est dans la rue avec sa copine, qui se retourne sur une autre femme qui passe, qui est souvent utilisé pour dire « je devrais m’intéresser à ça et finalement je m’intéresse à ça », ce genre de truc. Au bout d’un moment j’ai commencé à en faire d’autres, je me suis dit « c’est sympa de faire des mèmes ». Il faut savoir que les mèmes sont des images virales, mais, en général, c’est quelque chose qui se fait un peu malgré le droit d’auteur. Ce ne sont pas du tout des images sous licence libre, parfois il y a même des captures d’écran de Star Wars, par exemple, qui sont utilisées comme mème. Je me suis dit « je vais faire mes versions sous licence libre », du coup, ça fait un peu des alternatives libres aux mèmes qui existent, même si, en vrai, légalement ça peut être tangent. Si tu réutilises des personnages de Star Wars, jusqu’à quel point as-tu le droit ? En France, on a le droit de parodie qui fait que, techniquement, on a le droit de réutiliser des choses sans demander si c’est dans le cadre d’un pastiche ou d’une parodie, mais tout cela est très compliqué.
Au bout d’un moment, comme j’en avais beaucoup, je me suis dit que je devrais faire un moteur pour les utiliser, il existe des moteurs pour créer des mèmes. Souvent ils mettent un petit watermark, un tatouage, une empreinte avec le nom du site et puis, forcément, ils ont les mèmes propriétaires dedans. Je me suis dit que je pourrais faire une version libre. J’ai commencé à développer ça. Pour la petite histoire, je l’ai fait aussi pour me former au JavaScript parce que j’ai toujours été développeur plutôt scientifique, donc à faire du C++ très optimisé, et je ’ai jamais fait de Web. C’est dommage parce que je suis quelqu’un qui fait beaucoup de choses sur le Web, ça m’a toujours manqué de ne pas savoir faire de développement web. Du coup, je me suis un peu formé au JavaScript pour faire, à l’époque, mon Générateur de mèmes libres. Quand j’ai commencé à bosser dessus je me suis dit que je devrais proposer ça à Framasoft parce que Framasoft fait beaucoup de services libres alternatifs à d’autres. J’ai demandé « est-ce que vous voulez un générateur de mèmes libres ? ». Ils ont dit « oui, ça a l’air chouette », du coup c’est devenu un projet Framasoft.
Étienne Gonnu : Ce qui est top, notamment pour beaucoup de personnes qui vont militer en ligne, c’est que ce sont des objets qui ont parfois une puissance de communication pour partager des messages politiques, en partageant certaines références. Avoir un outil qui permet de faire ça, en plus en cohérence avec d’autres valeurs, c’est hyper important. En plus, et ça c’est très bien aussi pour les réseaux sociaux, l’outil génère le texte alternatif qui décrit l’image, ce qui est hyper important en termes d’accessibilité.
Gee : Tout à fait. Tu sais que j’ai vraiment fait ça au dernier moment, au moment de sortir le moteur. En fait c’est tout bête. Quand le moteur était à peu près prêt, je me suis demandé comment communiquer dessus. On fait un article pour le Framablog et je fais un article sur mon propre blog parce que c’est un peu mon projet aussi et évidemment sur mon blog je décris les images, parce que je veux que ce soit accessible. Au moment où je décris l’image, je me dis que je suis bête. Tout le monde va décrire l’image de la même manière, il y a juste le texte qui va changer, je me dis que je pourrais ajouter un bouton qui fait ça. Je l’ai vraiment ajouté à la dernière minute en me disant que c’est facilement automatisable et c’est devenu presque le truc dont les gens parlaient le plus quand c’est sorti, alors que ça a vraiment été ajouté par hasard. En fait, ça a été ajouté par l’usage. Je me suis rendu compte que c’était utile, que ça m’aurait été utile, donc je l’ai fait et c’est tout.
Étienne Gonnu : Super, c’est intéressant.
Il nous reste à peu près quatre minutes. J’ai encore plein de questions, mais je vais te laisser choisir entre la question simple : est-ce que tu veux nous parler d’actus, de projets à venir ?
Une question qui était une parenthèse, mais il m’intéresserait d’en discuter éventuellement avec toi et qui est très ambitieuse, c’est le lien entre humour et politique.
Et troisième possibilité : ton rapport à l’informatique, ta vision sur la façon dont elle a évolué, quel regard tu portes aujourd’hui sur l’objet informatique.
Ce sont des questions dont les réponses pourraient durer 20 minutes chacune. Si tu veux parler des actus, c’est très bien aussi, si tu veux rester simple.
Gee : Un truc, comme ça, ça bouclera avec Framamèmes. je m’étais dit que j’allais faire aussi des versions francisées des mèmes. Énormément de mèmes viennent du monde anglo-saxon, comme beaucoup de trucs sur Internet. Typiquement le mème de la personne qui tient une carte du jeu Uno et sur la carte, il y a un blanc où tu peux mettre ce que tu veux or draw 25, c’est-à-dire « ou pioche 25 cartes ». Et l’image d’après on voit la personne qui a pris 25 cartes. En gros, l’idée c’est que sur la carte tu vas mettre quelque chose pour lequel clairement tu préférerais perdre à Uno parce que tu pioches 25 cartes que de faire cette chose. Du coup je me suis dit « quand je vais faire cette version je vais l’écrire en français : ou pioche 25 cartes ».
Il y a aussi le mème du petit chien qui est dans les flammes et qui dit this is fine, j’ai mis « tout va bien » à la place de this is fine.
Ce qui est très rigolo c’est qu’on s’est rendu compte, avec Framasoft, que des gens les utilisaient sur Reddit, un coin où les gens utilisent beaucoup de mèmes en anglais. Il y a même des gens qui avaient repris des mèmes que j’avais francisés en remettant le texte en anglais à la main par-dessus. Du coup, une des actus de cette année, notamment pour essayer de développer un peu mon lectorat, c’est que j’essaie de communiquer de plus en plus aussi en version anglaise. J’ai donc traduit pas mal mes BD, on a fait une version anglaise de Framamèmes en disant « arrêtez de les re-angliciser, nous allons le faire nous-mêmes ». J’essaie de communiquer sur les réseaux anglais, pour le moment j’ai forcément des comptes sur les médias sociaux Mastodon, Bluesky et compagnie où j’ai 10 followers parce que je viens de m’y mettre et je ne suis pas connu en anglais. Si vous aimez bien mes BD, que vous avez des connaissances qui ne sont pas francophones, qui pourraient être intéressées, vous pouvez leur partager les versions anglaises, ça peut m’aider.
Étienne Gonnu : En tant que gauchiste, tout ce qui est international, l’international me parle.
Il nous reste deux minutes, est-ce qu’il y a un mot de la fin, une idée forte que tu voudrais que les gens retiennent de ton échange ? Un dernier mot, on peut aussi s’arrêter là si tu penses que c’est un bon endroit pour s’arrêter.
Gee : On peut faire un petit teaser si tu veux. On parlait de l’aspect programmation, je te disais que je m’étais formé au JavaScript. Il y a un autre projet, fort sympathique, sur lequel je suis en train de bosser, mais cette fois pour l’April, pas pour Framasoft, pour lequel je viens aussi de me former au backend, un truc que je n’avais jamais fait, c’est-à-dire gérer la « partie arrière », entre guillemets, du serveur qui stocke des données sur un serveur. Jusqu’à maintenant je faisais du JavaScript, c’est-à-dire des choses qui sont entièrement sur votre ordinateur quand vous naviguez. Là j’ai un projet un peu plus ambitieux, avec une énorme partie artistique évidemment, mais pour l’April.
Étienne Gonnu : D’accord. On ne teasera pas plus, je ne l’ai pas évoqué. Mais, pour être un petit peu dans le secret, gardez les yeux ouverts et les oreilles attentives, je trouve que c’est une chouette idée, j’ai hâte de voir ça finalisé dans les temps à venir.
Merci beaucoup, Gee, d’avoir pris ce temps pour parler de toi, je sais que ce n’est jamais forcément évident. En tout cas j’ai apprécié ce temps d’échange. On te retrouve dans Libre à vous ! la prochaine fois pour ta chronique, la semaine prochaine, pour une nouvelle « Humeur de Gee » où on retrouve ton sens politique, ton humour et aussi ta capacité à vulgariser des notions complexes. En fait, c’était finalement le début aussi de ton blog. On boucle la boucle.
Merci. Je te souhaite une bonne suite de journée.
À présent, on va faire une pause musicale.
[Virgule musicale]
Étienne Gonnu : Après la pause nous entendrons une nouvelle chronique « Numérique, libertés et droits humains ».
Avant cela nous allons écouter Funky Souls, par Amaria. On se retrouve juste après. Belle journée à l’écoute de Cause Commune, la voix des possibles.
Pause musicale : Funky Souls, par Amaria.
Voix off : Cause Commune, 93.1.
Étienne Gonnu : De retour à Libre à vous ! sur Cause Commune. Nous venons d’écouter Funky Souls, par Amaria, disponible sous licence libre Creative Commons Attribution, CC By.
[Jingle]
Étienne Gonnu : Nous allons passer à notre dernier sujet.
[Virgule musicale]
Chronique « Numérique, libertés et droits humains » par Maryse Artiguelong - « Résumé des évènements qui ont eu lieu cet été »
Étienne Gonnu : Nous allons poursuivre avec une toute nouvelle chronique, « Numérique, libertés et droits humains », proposée par Maryse Artiguelon de la Ligue des droits humains qui nous a rejoints en studio.
Maryse était intervenue dans Libre à vous ! en juin dernier, l’émission 277, aux côtés de Katia Roux, d’Amnesty International, pour parler droits humains et enjeux du numérique. Je suis très heureux que suite à cette émission, que j’ai eu beaucoup de plaisir à animer, Maryse ait accepté de nous proposer une chronique mensuelle autour de ce sujet passionnant et ô combien important, une chronique donc intitulée « Numérique, libertés et droits humains ».
Bonjour Maryse, merci à toi de te lancer dans cette aventure, qu’on sait pas évidente. Est-ce que tu veux bien te présenter en quelques mots ?
Maryse Artiguelong : Bonjour et merci à Libre à vous ! de donner la parole à la LDH et à moi, donc Maryse Artiguelong. J’ai travaillé dans l’informatique, je suis retraitée, je suis militante de la LDH depuis de très nombreuses années. L’idée de cette chronique c’est de rappeler que pour la LDH la protection des données personnelles et de la vie privée est essentielle aux libertés de toutes et de tous.
Étienne Gonnu : Très bien. Pour ta première chronique, je crois que tu voulais nous proposer un résumé des évènements qui ont eu lieu cet été. Je pense que c’est bienvenu parce qu’il s’est quand même passé pas mal de choses.
Maryse Artiguelong : Oui, effectivement.
Cet été, on a beaucoup parlé des fuites de données de plusieurs sites institutionnels piratés par des hackers malveillants – il y a aussi des hackers bienveillants et bien utiles !
Le piratage du site des impôts, la DGFiP [Direction générale des Finances publiques], est certainement celui qui a fait le plus de bruit, mais il y a eu aussi France Travail, l’Éducation nationale, la Caisse d’allocations familiales et d’autres.
Il est vrai que ces vols de données ont commencé avant l’été, il y en a eu beaucoup avant. Il y a eu le piratage, en avril, de l’Agence nationale des titres sécurisés, l’ANTS, et c’est certainement celui qui est le plus dangereux pour les quelque 11 à 12 millions de personnes concernées. Les données fournies pour obtenir ces titres si mal sécurisés, notamment les passeports, cartes d’Identité, permis de conduire, etc., sont les identifiants de connexion, nom, prénom, adresse électronique, date de naissance, etc. L’ANTS a informé par mail les personnes concernées, les a mises en garde contre les tentatives de phishing dont elles pourraient être victimes et leur a fourni un lien vers le site cybermalveillance.gouv.fr. C’est oublier qu’avec les données qui ont été volées, les hackers peuvent facilement usurper l’identité des victimes avec des conséquences désastreuses qui pourront se manifester beaucoup plus tard. Par exemple, dans un an ou deux, elles risquent d’être mises en demeure par une banque de rembourser un prêt à la consommation qu‘elles n’ont jamais ouvert. C’est pourquoi le site donneespersonnelles.fr conseille de porter plainte auprès du procureur, en quelque sorte par précaution ou anticipation. Il met à disposition des modèles de plaintes et explications sur les démarches à suivre.
À l’heure du tout numérique, imposé à marche forcée par le gouvernement, à l’heure où toutes nos données personnelles administratives se trouvent dans les systèmes d’information des services publics, il est tout de même inquiétant que celles-ci ne soient pas mieux protégées !
Mais soyons rassurés, le 31 août, une chaîne d’infos en continu affichait : « Lecornu donne 15 jours à ses ministres pour mettre en œuvre le plan annoncé au mois d’avril » !
À propos de donner de santé, on peut parler d’une sorte fuite, celle-ci organisée par Doctolib. En effet, sauf si vous n’êtes jamais malade, vous avez certainement été obligé un jour de passer par Doctolib pour obtenir un rendez-vous médical. Vous avez donc donné au minimum votre identité, votre téléphone, votre mail et, je dirais, un peu de votre état de santé – praticiens consultés, urgences, etc. – et, si vous avez toute confiance, vous avez créé un compte dans lequel on trouve sans doute tous vos examens, ordonnances, radios, les données saisies par les praticiens y compris les enregistrements sonores des consultations à distance. Vous avez donc certainement reçu un mail, début juillet, dont l’objet annonçait « Doctolib s’engage dans la recherche pour améliorer la santé », suivait une promesse : « Chez Doctolib, nous pensons que la technologie peut réinventer le quotidien des soignants et aider chacun à vivre en meilleure santé ». « C’est génial ! », vous êtes-vous dit sans forcément lire la suite.
Si vous avez tout lu, vous avez appris que Doctolib va verser les données des 60 millions de patients en sa possession dans un programme de recherche par intelligence artificielle, sauf si vous vous y opposiez avant début août ! C’était tout de même peu court comme délai !
On apprenait ensuite que ce programme de recherche suivra une méthodologie définie par la CNIL qui oblige à informer les patients. Mais plutôt que de demander leur consentement aux patientes et aux patients par opt-in c’est-à-dire la démarche volontaire pour que les données soient utilisées, Doctolib a choisi la méthode opt-out, c’est-à-dire un accord par défaut : si on ne dit pas non, c’est qu’on est d’accord. C’est pourquoi, si vous n’avez pas fait la démarche de refuser cette utilisation, vos données sont maintenant dans ce programme de recherche. « Votre identité est bien sûr protégée – assure Doctolib – les données utilisées ne permettent pas de vous identifier directement. » En effet elles sont pseudonymisées, ce qui ne signifie pas anonymisées, et permet une éventuelle ré-identification.
C’est pourquoi la LDH, qui a attaqué Doctolib notamment parce que ses serveurs sont gérés par une entreprise étasunienne, que les données sont donc susceptibles d’être envoyées aux USA, a conseillé aux patients de refuser l’utilisation de leurs données de santé pour ce projet.
Le 14 août, le Conseil constitutionnel a annoncé sa décision de censurer l’article 1er de la loi qui devait interdire, à partir du 1er septembre, l’accès des mineurs de moins de 15 ans aux réseaux sociaux. Cette loi était inspirée notamment des conclusions du rapport d’une commission d’enquête sur TikTok qui dénonçait les dangers, pour les adolescents, des pratiques addictives aux réseaux sociaux. Nous en avions parlé ici, en juin, avec Amnesty France, et exprimé nos réserves sur cette interdiction. Cette loi sera donc réécrite en septembre à la demande expresse du chef de l’État qui en fait une priorité de sa fin de mandat !
Le Conseil constitutionnel a censuré cet article pour deux motifs :
- d’une part, son application aurait engendré une atteinte disproportionnée à la liberté d’expression. En effet, l’interdiction portait sur tous les réseaux sociaux, y compris ceux qui ne sont pas dangereux, et sur tous les mineurs de moins de 15 ans, sans distinction d’âge ou d’avis des parents. Il a estimé que l’atteinte n’était « ni adaptée, ni nécessaire, ni proportionnée » à l’objectif poursuivi ;
- d’autre part, et ceci conforte ce que nous avons toujours dénoncé, interdire l’accès aux moins de 15 ans exige que tout le monde prouve son âge avant de pouvoir se connecter, ce qui signifie la fin de l’anonymat, donc une atteinte à la vie privée sans garanties légales ;
De plus, cette censure était prévisible du fait de son incompatibilité avec le droit de l’Union européenne, par exemple, définir une liste précise de réseaux sociaux interdits est une compétence de l’UE ! C’est pourquoi le président de la République vient de demander à la présidente de l’Union européenne un texte au niveau européen.
Il faut surtout souligner que cette loi ne s’attaquait pas au vrai problème qui est la responsabilité des plateformes dans la conception addictive des réseaux sociaux, comme l’a analysé un récent avis de la Commission nationale consultative des droits de l’Homme. C’est ce qui est dévoilé par les procès contre Meta aux États-Unis. L’accord passé par cette entreprise pour échapper à une condamnation à 200 milliards de dollars montrera rapidement ses limites, si toutefois il est mis en œuvre !
Pour finir, une info récente qui devrait être une bonne nouvelle mais dont l’aboutissement n’est pas garanti : Uber a été condamnée à une amende de 825 millions d’euros pour manquement au Règlement général sur la protection des données dans le traitement des données personnelles de 170 chauffeurs, notamment pour les avoir déconnectés automatiquement, c’est-à-dire sur la seule foi des algorithmes, ce qui est contraire à l’article 22 du RGPD. Ils ne peuvent donc plus travailler et cela depuis 2020 !
Pourquoi un bémol à cette nouvelle ? Parce que, concernant Uber et ces mêmes chauffeurs, cette condamnation fait suite à celles pour manquement à l’information des chauffeurs en décembre 2023 et, en juillet 2024, pour transfert des données personnelles des chauffeurs vers des serveurs installés aux États-Unis. Mais Uber a fait appel et n’a toujours rien payé !
Six ans pour obtenir justice c’est déjà bien long mais à nouveau Uber mettra en œuvre toutes les procédures imaginables pour ne pas payer !
Malgré des défauts, le RGPD est pourtant un outil important pour la protection des données personnelles, mais plusieurs de ses dispositions sont menacées. J’y reviendrai dans une prochaine chronique.
Étienne Gonnu : Merci beaucoup Maryse.
Finalement très utile d’avoir, après l’été, ce petit récapitulatif des enjeux importants qui se sont passés.
En tout cas, merci beaucoup pour cette première chronique. Hâte d’entendre la suivante. Je te souhaite une belle suite de journée.
Maryse Artiguelong : Merci beaucoup.
Étienne Gonnu : Nous approchons de la fin de notre émission, nous allons terminer par quelques annonces.
[Virgule musicale]
Quoi de Libre ? Actualités et annonces concernant l’April et le monde du Libre
Étienne Gonnu : Excusez-moi, je vais parler vite parce qu’il y a beaucoup de choses à dire.
Jeudi 10 septembre, à la Fondation pour le progrès humain, à Paris, dans le 11e arrondissement, Soirée de contribution au Libre.
L’April sera présente à la Fête de l’Huma les 11, 12 et 13 septembre 2026. Elle y tiendra un stand à l’espace « Sciences et Numérique » aux côtés notamment des Ordis Libres et de Framasoft. Plusieurs conférences seront proposées le temps de l’événement dans cet espace.
Il est encore temps d’inscrire votre événement autour du Libre sur le site de la Fête des Possibles et ainsi faire découvrir votre organisation, vos actions et bien sûr le logiciel libre à de nouveaux publics, partout en France et en Belgique, du 11 septembre au 11 octobre. La Fête des Possibles sera notamment à l’honneur dans l’émission Libre à vous ! du 15 septembre, donc la semaine prochaine.
Pour les personnes qui s’intéressent de près au noyau Linux, la prochaine édition du Kernel Recipes aura lieu du 21 au 23 septembre 2026, à Paris, dans le 14e arrondissement, les conférences seront en anglais. Cet événement a lieu à Paris depuis 2012. Parmi les speakers, Marta Rybczynska qu’on a reçue dans l’émission Libre à vous ! 227.
Le prochain Premier Samedi du Libre aura lieu le samedi 3 octobre, de 14 heures à 18 heures, au Carrefour numérique2 de la Cité des sciences et de l’industrie à Paris. Venez aider ou vous faire aider installer et paramétrer des logiciels et toute distribution GNU/Linux ou Android avec les nombreuses associations présentes.
L’April sera présente à l’Apéro du Libre organisé par CercLL vendredi 16 octobre à Marseille.
Je vous invite à consulter le site de l’Agenda du Libre, agendadulibre.org, pour trouver des événements en lien avec le logiciel libre et la culture libre près de chez vous, ainsi que les associations qui les font vivre.
Notre émission se termine.
Je remercie les personnes qui ont participé à l’émission : Isabelle Carrère, Gee, Maryse Artiguelong.
Aux manettes de la régie aujourd’hui Julie Chaumard assisté par Yann Collette.
Merci également aux personnes qui s’occupent de la post-production des podcasts. Je crois que c’est Nicolas Graner qui s’occupera de celui de cette émission.
La prochaine émission aura lieu en direct mardi 15 septembre à 15 heures 30. Notre sujet principal portera sur les formidables GULL, les Groupes locaux d’Utilisateurs et d’Utilisatrices de Logiciels Libres, et la Fête des Possibles, une initiative pour valoriser les actions concrètes en faveur d’un avenir plus durable et solidaire.
Nous vous souhaitons de passer une belle fin de journée. On se retrouve en direct mardi 15 septembre et d’ici là, portez-vous bien.
Générique de fin d’émission : Wesh Tone par Realaze.