Émission Libre à vous ! diffusée mardi 6 octobre 2026 sur radio Cause Commune Sujet Principal : Journées Nationales de la Réparation


Voix off : Libre à vous !, l’émission pour comprendre et agir avec l’April, l’association de promotion et de défense du logiciel libre.

Isabella Vanni : Bonjour à toutes, bonjour à tous dans Libre à vous !. C’est le moment que vous avez choisi pour vous offrir une heure trente d’informations et d’échanges sur les libertés informatiques et également de la musique libre.

« Journées Nationales de la Réparation, les logiciels libres ont leur à jouer ! », c’est le sujet principal de l’émission du jour. Nous en parlerons avec deux associations qui proposent des évènements d’aide à l’installation de systèmes libres dans le cadre de cette initiative. Avec également au programme la chronique de Jean-Christophe Becquet intitulée « *.data.gouv.fr : 10 ans de données ouvertes » et aussi un nouvel épisode de la chronique « La pituite de Luk » intitulée « Le réseau de confiance de mes rêves ».

Soyez les bienvenu·es pour cette nouvelle émission de Libre à vous !, l’émission qui vous raconte les libertés informatiques, proposée par l’April, l’association de promotion et de défense du logiciel libre.
Je suis Isabella Vanni, coordinatrice vie associative et responsable projets à l’April.

Le site web de l’émission est libreavous.org, vous pouvez y trouver une page consacrée à l’émission du jour avec tous les liens et références utiles et également les moyens de nous contacter.
N’hésitez pas à nous faire des retours ou à nous poser toute question, ça nous fait toujours beaucoup plaisir.

Nous sommes mardi 6 octobre. Nous diffusons en direct mais vous écoutez peut-être une rediffusion ou un podcast.
Nous saluons également les personnes qui nous écoutent sur les webradios radio Cigaloun et radio Broussaille, ainsi que sur les radios FM Radios Libres en Périgord et Radio Quetsch.

À la réalisation de l’émission aujourd’hui Yann Collette, nouvelle recrue de l’équipe régie, avec mon collègue Frédéric Couchet en support. Bonjour à vous !

Frédéric Couchet : Bonjour.

Yann Collette : Bonjour.

Isabella Vanni : Nous vous souhaitons une excellente écoute.

[Jingle]

Chronique « Pépites libres » de Jean-Christophe Becquet – « *.data.gouv.fr : 10 ans de données ouvertes »

Isabella Vanni : Nous allons commencer par la chronique « Pépites libres » de Jean-Christophe Becquet qui, chaque mois, nous présente une ressource sous licence libre : texte, image, vidéo, base de données sélectionnée pour son intérêt artistique, pédagogique, insolite, utile. Les auteurs et autrices des ces pépites ont choisi de mettre l’accent sur la liberté accordée à leur public, parfois avec la complicité du chroniqueur.
Bonjour Jean-Christophe, tu es bien avec nous ?

Jean-Christophe Becquet : Bonjour. Je suis là.

Isabella Vanni : Je te laisse la parole avec le thème du jour : « *.data.gouv.fr : 10 ans de données ouvertes ».

Jean-Christophe Becquet : Merci.
Demain, mercredi 7 octobre 2026, nous fêterons les 10 ans de la loi pour une République numérique. Ce travail législatif, porté par Axelle Lemaire lorsqu’elle était secrétaire d’État chargée du numérique, marque une avancée majeure pour l’open data en France.
En effet, si le droit d’accès aux documents administratifs existait déjà dans le droit français depuis 1978, la loi de 2016 instaure « l’open data par défaut ». Cela signifie que l’on passe d’un système basé sur la demande à une obligation, pour les administrations et les collectivités, de mettre à disposition spontanément et immédiatement les données qu’elles détiennent sous une licence libre.
C’est sur la base de ce principe que la dernière décennie aura vu naître de nombreux portails open data, ces sites web sur lesquels vous pouvez télécharger des données réutilisables sans restrictions, y compris à des fins commerciales.
Les fidèles de notre émission Libre à vous !, chaque mardi à 15 heures 30 sur radio Cause Commune, savent par exemple que les données de l’IGN, notre Institut national de l’information géographique, ou encore celles de Météo France, sont disponibles sous licence libre. J’en parle plus en détails dans mes chroniques « IGN et OpenStreetMap, des données géographiques libres pour les territoires », de mars 2021, et « Des données fraîches sur la canicule » en septembre 2025.

Je voudrais aussi saluer les évolutions du site data.gouv.fr et ses multiples sélections thématiques. Le portail national de l’open data accueille les données de collectivités de toutes tailles, des administrations et autres opérateurs de services publics. Vous y trouverez d’abord ce que la loi a défini comme des données de référence parmi lesquelles : la Base Adresse Nationale, BAN, la Base Sirene des entreprises ou encore le Plan Cadastral Informatisé. J’avais consacré ma chronique de juin 2024 aux adresses : « 35 000 BAL pour répondre à une question essentielle : où suis-je et où vais-je ? ».

En plus des données de référence, le service public de la donnée se décline désormais en

  • transport .data.gouv.fr, le point national d’accès aux données de mobilité
  • meteo.data.gouv.fr
  • ecologie.data.gouv.fr
  • culture.data.gouv.fr
  • et autres sélections thématiques : élections, santé, éducation, agriculture et alimentation, énergie, etc.

Comme d’habitude, je vous partage toutes les bonnes adresses et références sur le site de l’émission, libreavous.org/287.

Bien sûr, le travail n’est pas terminé. Selon l’Observatoire de la donnée des Territoires, à peine un quart des communes assujetties à des obligations légales d’ouverture des données avaient publié de l’open data au 1er septembre 2025. Et cela n’est pas étonnant puisque le non-respect de la loi pour une République numérique n’est assorti d’aucune sanction. D’ailleurs, je me suis fait dire plus d’une fois par des élus « l’open data ça ne fait qu’une obligation de plus qu’on n’aura pas les moyens de respecter ! ». Alors il faut continuer inlassablement à sensibiliser et accompagner les acteurs publics mais aussi tous les maillons de la chaîne de réutilisation, notamment les jeunes en cours de formation.

La route est longue et, lorsqu’il craint de ne pas arriver à destination, le législateur va jusqu’à saboter sa propre loi. Ainsi, l’article 22 de la loi pour une République numérique instaurait « sous la responsabilité du ministre chargé de la sécurité routière, une base de données nationale des vitesses maximales autorisées sur le domaine public routier ». L’intérêt d’une telle base me semble relever de l’évidence, tant en matière de sécurité, d’organisation ou encore de transition des mobilités. La communauté OpenStreetMap appelle d’ailleurs de ses vœux l’ouverture d’une telle base depuis des années. Les outils et les méthodes collaboratives d’OSM auraient sans doute pu être mobilisées pour son élaboration. Eh bien cette obligation d’open data a été purement et simplement abrogée en 2025 sous prétexte de simplification. En bref, l’administration ne parvient pas à respecter une obligation légale, alors on la fait disparaître d’un simple amendement ! Si l’on en croit les échanges sur le forum teamopendata.org, je ne suis pas le seul à trouver cela pas très sérieux.

C’est pour cela qu’il va nous falloir, une fois de plus, rester très vigilants. Des acteurs parmi lesquels la FNCCR, la Fédération nationale des collectivités concédantes et régies, et l’association OpenDataFrance proposent de repenser la République numérique. Cela n’apparaît pas complètement hors de propos après dix années. Mais si la loi devait évoluer, c’est à mon sens vers une ouverture encore plus large dans l’esprit « aussi ouvert que possible, aussi fermé que nécessaire ». La fermeture doit rester une exception telle que la loi le prévoit déjà pour les données personnelles ou susceptibles de porter atteinte à la sûreté de l’État. Pour le reste, c’est le réflexe d’ouverture qui devrait primer.

Pour terminer, j’aimerais dire que l’April se reconnaîtra sans doute pleinement dans l’appel lancé la semaine dernière par le CNLL, l’Union des entreprises du logiciel libre et du numérique ouvert : « Après dix ans de la loi pour une République numérique, passer de l’encouragement à la priorité pour le logiciel libre ».

Isabella Vanni : Je confirme. Nous étions très déçus d’avoir juste un encouragement, d’autant plus que les débats dans l’hémicycle avaient été d’une grande qualité. Les parlementaires avaient maîtrisé leurs arguments, mais voilà ! On ne perd pas l’espoir d’avoir un jour la priorité inscrite dans la loi.
Merci beaucoup pour cette chronique, Jean-Christophe, et je te dis au mois prochain.

Jean-Christophe Becquet : Merci. Au mois prochain. Belle émission. Bonne fin de journée à tous et à toutes. Au revoir.

Isabella Vanni : Nous allons maintenant faire une pause musicale.

[Virgule musicale]

Isabella Vanni : Après la pause musicale, nous aborderons notre sujet principal : « Journées Nationales de la Réparation : les logiciels libres ont un rôle à jouer ! ».
Nous allons écouter Órbita, par Ollo, Lóstrego !. On se retrouve dans environ trois minutes. Belle journée à l’écoute de Cause Commune, la voix de possibles.

Pause musicale : Órbita, par Ollo, Lóstrego !.

Voix off : Cause Commune, 93.1.

Isabella Vanni : Nous venons d’écouter Órbita, par Ollo, Lóstrego !, disponible sous licence libre Creative Commons CC By SA 3.0.

[Jingle]

Isabella Vanni : Passons maintenant au sujet suivant.

[Virgule musicale]

Journées Nationales de la Réparation : les logiciels libres ont un rôle à jouer !

Isabella Vanni : Nous allons poursuivre par notre sujet principal aujourd’hui intitulé « Journées Nationales de la Réparation : les logiciels libres ont un rôle à jouer ! ». Nous en discutons avec nos invité·es, Tiphaine Breton, bénévole de l’association Les Petits Pois Sont Verts, et Koffi Hukportie, président de l’association Générations Solidaires Val-d’Oise. Tiffany Breton est avec moi sur le plateau. Bonjour.

Tiphaine Breton : Bonjour. C’est Tiphaine.

Isabella Vanni : Tiphaine. Pardon, désolée, merci pour la correction, pourtant je me suis entraînée, mais ça n’a pas suffi !

Tiphaine Breton : Souvent on confond.

Isabella Vanni : Et Koffi Hukportie qui intervient à distance, je m’assure qu’il est bien avec nous. Bonjour.

Koffi Hukportie : Bonjour. Je suis bien avec vous.

Isabella Vanni : Super.
N’hésitez pas à participer à notre conversation au 09 72 51 55 46 ou sur le salon web dédié à l’émission, sur le site causecommune.fm, bouton « chat ». Toutes les références de l’émission seront rendues disponibles sur la page consacrée à l’émission qui est libreavous.org/287 ou dans les notes de l’épisode si vous écoutez un podcast.
Je vais commencer par la question traditionnelle que nous faisons au début de notre sujet principal, c’est-à-dire demander à nos personnes invitées de faire une courte présentation pour savoir un petit peu qui elles sont, quel est leur rôle dans l’association, l’organisation qu’elles représentent. Tiphaine, veux-tu commencer ?

Tiphaine Breton : Oui, avec plaisir. Donc Tiphaine Breton. Je suis directrice de création et expérience designer dans la vie on va dire de tous les jours et, au-delà de ça, je suis en effet bénévole dans l’association Les Petits Pois Sont Verts qui est à Clamart. Même si nous sommes à Clamart, en vrai nous sommes aussi beaucoup connectés avec d’autres associations, mais j’aurai peut-être l’occasion d’en dire un peu plus.

Isabella Vanni : Tout à fait.
Une courte présentation de la part de Koffi Hukportie.

Koffi Hukportie : Koffi Hukportie. Je suis président de l’association GSVO qui est basée à Vauréal dans le Val-d’Oise, une association a été créée en 2010 et qui travaille dans le domaine de la solidarité. Avant j’étais technicien froid et climatisation, aujourd’hui je suis retraité, je me consacre à plein temps à cette association.

Isabella Vanni : Donc tu n’as pas une formation d’informaticien.

Koffi Hukportie : Non, je suis pas informaticien, mais on a des informaticiens dans l’association.

Isabella Vanni : Ah oui ! On le verra par la suite !
Pourquoi ai-je voulu vous avoir avec moi aujourd’hui ? Parce que ce sont bientôt les Journées Nationales de la Réparation, les dates officielles de l’événement vont du 15 au 18 octobre, même si quelques événements ont lieu un petit peu plus tôt ou un petit peu plus tard par rapport à ces dates officielles. C’est donc un événement national, qui a lieu partout en France. Le but c’est de faire découvrir au grand public les métiers de la réparation et aussi les organisations, les personnes qui peuvent vous aider à apprendre, à faire des réparations vous-même, et vous pousser à l’action pour faire durer le plus longtemps possible vos objets du quotidien et aussi vos équipements informatiques. Voilà pourquoi le logiciel libre entre en jeu.
Je pense que Koffi peut nous donner quelques informations supplémentaires sur ces Journées Nationales, en tout cas sur l’enjeu de la réparation en France, parce que, sauf erreur, tu étais là quand le premier repair café a été organisé en France. Est-ce que tu peux nous dire un petit peu ce qu’est un repair café et retracer un peu cet historique ?

Koffi Hukportie : Un repair café c’est ce qu’il y a de plus simple. Cette idée est née aux Pays-Bas. À l’origine, une journaliste, qui s’appelle Martine Postma, a eu l’idée d’inviter des gens qui ont des objets défectueux à la rencontre de réparateurs, de bricoleurs, etc. Elle a donné le nom de repair café à cet événement, repair pour réparer, « café » pour rencontre ouverte. On était en 2009 et ça a eu pas mal de succès.
J’ai découvert cet événement en 2012. J’en ai parlé au maire de la ville où j’étais, Vauréal, qui a été séduit et on a lancé le premier repair café à Cergy Pontoise dans le Val-d’Oise. Nous avons donc lancé l’événement sans nous rendre compte que ça allait embrasser pas mal de bénévoles, de gens passionnés de réparation.
C’est parti comme ça, comme une traînée de poudre en France et dans le monde. À l’époque, il n’y en avait que 250 dans le monde, on a fêté, il n’y a pas longtemps, le 4000e repair café dans le monde.

Isabella Vanni : Bon anniversaire !

Koffi Hukportie : En quoi consiste l’évènement ?
Ça peut s’organiser n’importe où, une salle des fêtes, un café, là où il y a un peu d’espace. Les gens qui savent de réparer viennent à la rencontre de ceux qui ont des objets et les objets sont réparés gratuitement, tenez-vous bien, gratuitement ! Qu’on soit expert dans je ne sais quel domaine, le jour du repair café on répare gratuitement.
Et puis il y a eu d’autres idées, par exemple une que je reprends qui est apprendre aux gens à réparer. Ce n’est pas évident, mais il y a des gens qui essayent. Quand quelqu’un apporte son objet, on lui montre, on lui donne des conseils sur l’utilisation de l’objet, sur la panne et les gens repartent satisfaits d’avoir appris quelque chose.
C’est en gros le principe et ça couvre tous les domaines : tous les objets, les objets électriques, électroniques, les ordinateurs, les smartphones, même une table, une chaise, etc., on répare tout.
Voilà le principe.

Isabella Vanni : Merci, c’est très bien expliqué.
Pour les Journées Nationales de la Réparation, bien évidemment beaucoup de repair cafés sont référencés, cartographiés sur le site, ce qui est très pratique si vous voulez chercher un événement près de chez vous. Il peut aussi y avoir d’autres événements, ça ne s’arrête pas aux repair cafés, c’est-à-dire aux ateliers vraiment de réparation, ça peut être aussi des conférences, des actions de sensibilisation, des portes ouvertes sur une association. Le but c’est de rencontrer les personnes, de les sensibiliser, de leur donner des billes pour prolonger la vie de leurs objets.
Cela fait déjà deux ans que l’April participe à ces journées en mobilisant les associations, plutôt les organisations parce que ça peut être plusieurs choses, ça peut être aussi des collectifs, etc. Nous mobilisons les organisations locales de promotion des logiciels libres à participer à ces journées. Nous sommes partenaire officiel réseau et il y a effectivement pas mal d’événements autour du logiciel libre déjà inscrits dont les événements qui sont organisés par vos associations respectives.
J’aimerais donner la parole à Tiphaine, déjà pour faire une présentation de l’association Les Petits Pois Sont Verts, pour voir ensuite comment, finalement, vous participez aux Journées de la Réparation avec un évènement d’aide à l’installation de logiciels libres pour le coup. C’est quoi Les Petits Pois Sont Verts ?

Tiphaine Breton : Les Petits Pois Sont Verts est une association à Clamart. Il faut savoir que Clamart était connue pour les petits pois d’où le jeu de mots Les Petits Pois Sont Verts.

Isabella Vanni : J’ignorais, j’apprends quelque chose !

Tiphaine Breton : L’idée est née à peu près au printemps 2019. Une cinquantaine de personnes se sont rassemblées autour de cette idée : comment va-t-on pouvoir porter justement des valeurs autour d’imaginer, de construire un mode de vie solidaire et respectueux de l’environnement ? Ça a germé au fur et à mesure et ça a donné naissance à l’association en janvier 2020.
Nous sommes une association plutôt jeune, mais nous avons pas mal d’activités que ce soit autour toujours de cette idée de sensibilisation à l’environnement et à un monde meilleur. On fait des débats, on fait des fresques, Fresque du Climat, Fresque de l’Environnement, de l’Économie Circulaire. On fait aussi une Gratiféria, une fête du gratuit. Les gens peuvent donner des vêtements, d’autres peuvent repartir avec et les vêtements qui ne sont pas récupérés sont ensuite donnés à des associations. On a aussi des ateliers, notamment avec les histoires d’Abeilles Solidaires et on a notre fameux repair café.
Le repair café est né en mars 2025. Un premier atelier a eu lieu, a rencontré du succès, c’est pour cela qu’à partir de septembre 2025 nous avons décidé de pérenniser et de faire un atelier mensuellement. Au moment où je découvre l’association, il se trouve qu’avec une autre personne, qui s’appelle Arudy, nous étions plutôt justement dans le milieu : j’ai été bénévole pour Ubuntu-fr, Arudy aussi. Il est dans la communauté April, il a participé aux install parties, Ubuntu parties, notamment à la Cité des sciences. On s’est dit que c’était important notamment parce que, je ne sais pas si vous souvenez, en octobre 2025 il devait y avoir la fin des mises à jour de Windows 10. On s’est dit qu’il fallait quand même qu’on fasse quelque chose pour donner une possibilité aux gens, une porte de sortie, parce que, évidemment, il y a eu une sorte de sursaut, de réveil, les gens se sont dit « mince, du coup mon ordinateur ne pourra plus être protégé, je n’ai plus de mises à jour. »

Isabella Vanni : Tu parles du support technique gratuit. Microsoft avait annoncé qu’il allait cesser de là à un an. Et les ordinateurs, à moins d’être vraiment très récents, ne pouvaient plus passer à la version suivante. Le matériel ne pouvait pas accueillir, s’adapter à la nouvelle version, donc risque de devoir se procurer un nouvel ordinateur et de jeter l’ancien.

Tiphaine Breton : C’est ça. Il se trouve que suite au raz-de-marée de contestations qu’il y a eues, Microsoft s’est dit « on va reculer d’un an » sauf que ça n’a fait que reculer le problème. On se retrouve en octobre 2026 et maintenant, définitivement, il ne va plus y avoir de mises à jour gratuites sur le système Windows 10. Beaucoup d’ordinateurs tournent sur ce système. L’idée c’était donc d’avoir ces install parties reliées avec le repair café. L’idée, comme le disait Koffi, c’est que les gens viennent avec leur objet, sauf que cette fois-ci c’est un ordinateur, qu’on va les accompagner pour pouvoir installer Ubuntu LTS, ce qu’on a choisi, et on les accompagne vraiment, c’est-à-dire qu’une installation dure normalement 20 minutes, là on est plutôt aux alentours d’une heure parce qu’on explique toutes les étapes, il y a vraiment cette idée de pédagogie. Et après les gens repartent avec un ordinateur sur lequel ils n’ont pas de problèmes de mise à jour, les mises à jour sont gratuites entre cinq et dix ans. Avec toujours cette idée des Petits Pois Sont Verts, on veut continuer à augmenter la réparabilité et la durée de vie des objets pour lutter contre l’obsolescence programmée. C’est donc pour cela qu’on a mis en place ces événements.

Isabella Vanni : En tout cas bravo, parce que faire un repair café mensuellement, avec toutes les activités que tu as déjà citées tout à l’heure, ça veut dire que vous êtes pas mal de personnes. Combien de bénévoles, à peu près, sont impliqués ?

Tiphaine Breton : Dans toute l’association nous sommes environ 200 adhérents à différents niveaux, c’est-à-dire que certains sont juste bénévoles très ponctuellement et d’autres personnes sont beaucoup plus impliquées. On a environ une quinzaine de réparateurs et pour chaque repair café on a environ 40 visiteurs/visiteuses qui viennent justement avec leur objet.

Isabella Vanni : C’est impressionnant pour une jeune association ! Tu as parlé des bénévoles actifs ponctuellement. Combien sont les personnes actives dans la durée ? Le socle dur ?

Tiphaine Breton : Ça dépend. Dans l’association nous avons ce qu’on appelle « les graines de pois ». Les graines de pois sont vraiment les projets : le repair café et les install parties sont des graines de pois. Dedans on a une personne qu’on va appeler le jardinier, la personne qui porte le projet, chez nous c’est plutôt Arudy. On a le tuteur qui est une personne qui fait partie de ce qu’on appelle le Cercle d’animation. Dans notre association, nous n’avons pas de présidence, mais nous avons un Cercle d’animation d’une dizaine de personnes qui sont vraiment très impliquées, qui suivent complètement tous les projets. On a aussi un Cercle de communication qui s’occupe uniquement de la communication. On va dire qu’on a au moins une cinquantaine de personnes qui sont impliquées de façon quand même assez fréquente, assez forte et engagée.

Isabella Vanni : C’est assez impressionnant pour une si jeune association. Bravo pour avoir su fédérer autour de votre projet autant de monde !
Même question à Koffi. On souhaite en savoir un peu plus sur Générations Solidaires Val-d’Oise, GSVO pour utiliser l’acronyme. Quand cette association est-elle née ? Combien de membres ? Peux-tu nous faire un petit peu une présentation, avec historique, de cette association ?

Koffi Hukportie : Nous avons commencé dès que nous avons découvert le concept, nous avons essayé de faire la même chose à Vauréal, une petite ville de 15 000 habitants. Nous en avons parlé au maire, l’idée l’a séduit. Il nous a donné, ce qui était rare à l’époque, tous les moyens possibles pour réaliser la manifestation qui rentrait dans le cadre des compétences de la ville puisqu’il y a, chaque année, un plan pour réduire les déchets. Le maire a donc considéré, à cette époque, que réparer les objets c’est une action d’initiative citoyenne, il a considéré que ça valait la peine de nous soutenir, on ne savait pas si bien faire. Avec les moyens que le maire nous a donnés, nous avons alerté l’agglomération, etc.
Comme nous étions parmi les premiers à lancer cet évènement, ça a eu un retentissement qui a dépassé les limites de la ville.
Ensuite le maire nous a donné un local pour continuer cette action. Nous avons donc continué modestement par la réparation de vélos parce que quelques réparateurs de vélos étaient disponibles. Et puis des informaticiens, des gens de plusieurs domaines nous ont rejoints, nous avons donc ajouté cette activité de réparation d’ordinateurs, d’accompagnement des gens vers le numérique. À l’époque, en 2013, on ne parlait pas beaucoup de la fracture numérique, on en parlait quand on évoquait les seniors.
Nous avons continué comme cela et nous avons découvert que dans le concept du repair café il y a aussi une démarche qui consiste à disséminer le concept. Ça nous a fait plaisir, nous sommes allés sur les autres communes pour organiser des repair cafés. Nous l’avons fait pendant cinq années, ça nous a épuisés, nous avons arrêté. Nous avons décidé de nous consacrer d’abord à la ville et aux autres villes qui ne sont pas si éloignées que ça.
À cette occasion nous avons rencontré le collectif Emmabuntüs. Emmabuntüs est un collectif qui a orienté son action vers le Libre. C’est la première fois que j’entendais parler du Libre.

Isabella Vanni : C’est une question que je voulais poser : comment avez-vous respectivement rencontré le Libre ? Koffi vient de répondre.

Koffi Hukportie : Dans ce collectif, les volontaires bénévoles. Pourquoi Emmabuntüs ? Parce qu’ils travaillent avec Emmaüs, ils reconditionnent les machines pour les distribuer aux publics fragiles. Ça m’a plu et nous avons essayé de mettre cela en place.

Isabella Vanni : Une petite précision. Emmabuntüs est une contraction de Emmaüs et de Ubuntu qui est une distribution libre, c’est-à-dire une collection de logiciels qui permettent de faire fonctionner une machine, un ordinateur, c’est une alternative à Windows pour le dire de façon simple, juste pour expliquer. Il y a plein de distributions possibles, Tiphaine a cité Ubuntu tout court, il peut y avoir Fedora, Debian, il y a plein de distributions possibles. C’est juste une petite parenthèse pour expliquer au public.

Koffi Hukportie : Très bien. Je suis souvent accompagné d’informaticiens qui expliquent là où je vais lacker !
J’ai été séduit par ce qu’ils faisaient, j’ai voulu le faire à Vauréal et à Cergy. Malheureusement on n’a pas réussi ! On a tout fait, ça ne fonctionnait pas pour des tas de raisons. Les gens sont habitués à Windows, les gens se sentaient perdus.

Isabella Vanni : Quand tu dis que ça ne fonctionnait pas, c’est que le public ne venait pas ?

Koffi Hukportie : Voilà, le public ne venait pas. Nous sommes même allés jusqu’à installer un système d’exploitation GNU/Linux sur des machines qu’on voulait leur donner pour qu’ils essayent, etc., ça n’a pas fonctionné, pendant des années ça n’a pas fonctionné.

Isabella Vanni : Peut-être que les temps n’étaient pas encore mûrs. Le rôle de la sensibilisation est vraiment important pour cette raison, l’accompagnement, la sensibilisation. Mais après quelque chose s’est passé !

Koffi Hukportie : On voulait donner les machines, mais ça n’a pas marché, il n’y avait rien à faire, jusqu’à l’annonce de la fin du support de Windows 10.

Isabella Vanni : À nouveau cette annonce de Microsoft.

Koffi Hukportie : On a vu revenir des gens, « notre machine, etc. ». Là nous avons enclenché le dialogue au sujet du Libre et nous avons constaté que les gens sont devenus un peu plus attentifs. Donc l’idée, maintenant, c’est d’aller un peu plus loin. Comment ? Parce qu’entre-temps nous avons fait du chemin, nous avons travaillé en direction de la communauté d’agglomération de Cergy-Pontoise qui est composée quand même de 13 communes. Nous lui avons demandé de nous soutenir, l’agglomération a accepté. Donc l’année dernière, pendant les Journées Nationales de la Réparation, nous avons consacré une journée à un repair café que nous avons appelé « Repair Café 13 Comm’Une » pour inviter les usagers des 13 communes, ça a fonctionné. Cette année nous le refaisons le 17 octobre qui coïncide d’ailleurs avec la Journée Internationale de la Réparation. On voudrait parler aux gens du Libre, du logiciel libre, on a essayé l’année dernière, ça a marché un peu, les gens sont venus, nous ont apporté des machines, on a installé du Libre, le système GNU/Linux dessus, mais ça n’a pas pris véritablement.
Cette année nous voulons mettre l’accent sur ce qui se profile à l’horizon, c’est-à-dire l’abandon de pas mal de machines qui ne pourront pas supporter Windows 11. Pas mal de gens sont venus nous voir avec cette problématique-là, nous voulons donc lancer véritablement cette dynamique.
Nous en avons parlé aux responsables qui nous suivent de faire quelque chose au niveau de l’agglomération. La réponse est favorable, on se retrousse les manches. J’ai déjà adhéré à l’April et nous avons lancé un appel aux volontaires pour venir nous soutenir, quelques personnes ont répondu. Le 17 nous allons faire une install partie. Nous avons créé un Club LINUX 13 Comm’Une pour parler de cette dynamique.

Isabella Vanni : Super. Une chose importante : à plusieurs reprises, tu as parlé du fait que vous cherchez le soutien des collectivités de l’agglomération. Par exemple, cette année l’événement que Générations Solidaires Val-d’Oise organise le 17 octobre se déroulera dans l’hôtel de l’agglomération si je ne me trompe pas. On vous a mis à disposition des locaux. Êtes-vous soutenus aussi par d’autres moyens ? Je pense à la communication, éventuellement financièrement.

Koffi Hukportie : Ah oui, ils soutiennent par de la communication. Mais là où le bât blesse c’est que quand on parle d’argent, les gens reculent. Nous avons voulu faire la démonstration que notre vision est juste, que c’est intéressant, après on verra.

Isabella Vanni : Je pose la même question à Tiphaine pour Les Petits Pois Sont Verts. Tu parlais de l’importance de faire réseau aussi avec d’autres structures. Est-ce que c’était le cas aussi pour la ville de Clamart par exemple ? Est-ce qu’elle vous a soutenus dans vos actions ?

Tiphaine Breton : Oui. Vous parliez notamment de l’aspect communication, c’est vrai que comme de nombreuses associations clamartoises, nous sommes relayés aussi bien sur le site, aussi bien aussi sur le journal de la ville, etc. Nous avons aussi à disposition un local qui nous permet justement de tenir mensuellement, sinon ça serait beaucoup plus compliqué. On sait que, de nos jours, il est très compliqué d’avoir un endroit auquel accéder de façon gratuite. Donc là-dessus, oui.
Nous sommes aussi pas mal reliés à d’autres repair cafés du 92. On n’en avait pas au niveau de Clamart, on voit l’engouement des gens et on voit vraiment que ça manquait. Il y a pas mal de repair cafés, par exemple à Malakoff, à Fontenay-aux-Roses, etc., et on a des bénévoles qui viennent parfois d’autres villes, qui viennent à notre repair café pour aider. On a donc aussi cet échange : des Clamartois et Clamartoises qui vont dans d’autres repair cafés et des personnes qui viennent d’autres repair cafés.

Isabella Vanni : Vous mutualisez les bénévoles en fait. C’est super !

Tiphaine Breton : Oui, c’est un peu ça l’idée. Ça permet justement de pouvoir partager. Des personnes, des bénévoles viennent, qui s’y connaissent vraiment en réparation, mais chaque bénévole, même s’il ne s’y connaît pas et est complètement débutant, débutante, c’était par exemple mon cas, peut venir et on va nous former, on va nous mettre en duo avec quelqu’un d’autre, justement pour pouvoir monter en compétence dans cette idée de pouvoir à nouveau partager les connaissances au maximum de personnes.

Isabella Vanni : On l’a dit tout à l’heure, non seulement l’importance d’aider à faire les choses, mais aussi de montrer comment faire et d’apprendre. Je tiens à préciser que quand on m’a installé ma première Debian, c’était lors d’une install party ou fête installation, un événement d’aide à l’installation des logiciels libres. Il s’agissait d’une personne qui n’était pas informaticienne, mais qui avait été aidée et qui avait envie d’aider à son tour. C’est génial, après on a envie de partager ce qu’on a appris et si on est un peu débutant tant pis, on va affiner au fur et à mesure. Et c’est marrant aussi d’essayer ensemble de réparer les choses ou d’installer ensemble. On apprend aussi en équipe.

Tiphaine Breton : Si je peux raconter une anecdote.

Isabella Vanni : Avec plaisir.

Tiphaine Breton : À un repair café on avait un grille-pain et on n’arrivait pas à comprendre ce qui ne fonctionnait pas. On se disait « il y a peut-être quelque chose qui a sauté ». Je pense qu’on a été pendant peut-être trois quarts d’heure.

Isabella Vanni : Vous vous y êtes mis à dix ?

Tiphaine Breton : Nous nous sommes mis à trois dessus et, à la fin, nous avons réussi à trouver ce qui n’allait pas, c’était une résistance, à un endroit très précis, qui faisait tout claquer. En fait c’était très satisfaisant parce que la personne avait vu aussi le cheminement qu’on avait. On s’aidait en disant « tiens, telle hypothèse, etc. ». Au final, c’est cela qui est bien. Ça permet aux personnes qui apportent leur objet de pouvoir avoir un objet réparé, de pouvoir voir comment il est réparé, et nous, de pouvoir grandir en même temps. C’est vraiment ce qui est génial dans les repair cafés et aussi que les install parties, évidemment.

Isabella Vanni : Je pense que vous avez tous et toutes envie, vous qui nous écoutez, d’aller dans un repair café maintenant. On va vous donner des dates.
Avant cela, je vous propose de faire une pause musicale. Je vous propose d’écouter Confrontation finale, par Gee. On se retrouve dans environ trois minutes. Belle journée à l’écoute de Cause Commune, la voix des possibles.

Pause musicale : Confrontation finale, par Gee.

Voix off : Cause Commune, 93.1.

[Jingle]

Isabella Vanni : Nous venons d’écouter Confrontation finale, par Gee, disponible sous licence libre Creative Commons Attribution, CC By 4.0.
Il s’agit d’une musique extraite de la bande originale du jeu vidéo Superflu Riteurnz, toujours par Gee et toujours sous licence libre, ce qui signifie que tout le monde peut en profiter. Occasion pour moi de rappeler que vous pouvez contribuer à rémunérer le travail de Cee par un don ponctuel ou récurrent, pour cela, rendez-vous sur son site ptilouk.net.

Nous allons poursuivre notre discussion.
Je suis Isabella Vanni de l’April. Les autres personnes qui participent à l’émission, qui est consacrée aux Journées Nationales de la Réparation, sont Tiphaine Breton, bénévole de l’association Les Petits Pois Vont Verts de Clamart et Koffi Hukportie, président de l’association Générations Solidaires Val-d’Oise.
Tout à l’heure, Koffi, tu nous as parlé du repair café qui a été organisé en 2025, l’année dernière. Tu disais qu’au départ c’était un peu compliqué de faire venir des personnes, elles avaient cette crainte de passer à un autre système, mais finalement l’annonce de l’arrêt du support gratuit par Microsoft a fait si ue les gens commencent à se poser des questions et ça les a motivés finalement à venir. On n’ira pas jusqu’à remercier Microsoft, mais c’est clairement un but contre leur camp ! Est-ce que les personnes étaient contentes de repartir avec leur machine sauvée, libérée ? Est-ce qu’elles ont recontacté l’association par la suite ? Est-ce qu’il y a eu un suivi suite à cette première rencontre avec le Libre ?

Koffi Hukportie : C’est ce qu’on souhaitait de toutes nos forces, mais malheureusement ! Sept à dix personnes, environ, sont venues. Trois, je crois, sont venues à notre atelier, on leur a installé le système, elles sont reparties tranquilles et n’ont plus donné de suite. Nous sommes quand même un peu déçus. En fait, on fait deux propositions. Comme Microsoft n’a pas arrêté le support, les mises à jour, on est correct, on leur dit « vous pouvez encore utiliser Windows si vous le souhaitez » et généralement c’est ce qu’ils font, les gens ne passent pas à GNU/Linux. Pourquoi ? Je n’en sais rien. On a maintenant l’idée de sensibiliser, on veut faire de la sensibilisation aux gens pour qu’ils puissent faire le choix eux-mêmes en connaissance de cause. Nous sommes sur cette voie-là. J’ai eu la chance de rencontrer des spécialistes, surtout quelqu’un qui est dans le domaine, qui fait partie de l’April depuis des années, qui maîtrise bien le sujet. Nous nous sommes dit qu’on allait commencer tout doucement parce que les gens sont fébriles, mais tant qu’ils ne sont pas confrontés à un blocage, ils continuent d’utiliser Microsoft tant que Microsoft n’arrête pas.

Isabella Vanni : D’où l’importance de la sensibilisation et c’est pour cela que tu disais que vous avez fait appel à l’April pour avoir aussi un stand de sensibilisation aux logiciels libres à l’occasion de votre événement du 17 octobre à Cergy. Je suis contente de dire que nous avons trouvé deux bénévoles parmi les membres de l’April. Un grand merci à ces deux membres de l’April qui pourront participer à votre repair café et être à la disposition du public pour donner des informations complémentaires.
À propos de cette crainte dont tu parlais, je pense que Tiphaine a quelque chose à dire sur cette peur du changement de passer de Windows à un système de distribution libre, même si la motivation est forte, parce que, comme on l’a dit, il y a en plus cette préoccupation écologique. Comment faites-vous face à ces craintes dans votre association ?

Tiphaine Breton : Ce n’est pas facile parce que, évidemment, chacun et chacune a ses habitudes, donc se dire « je vais changer un peu, ou complètement, tout ce que j’ai l’habitude de faire » ! Nous avons fait le choix d’Ubuntu LTS, même s’il y a d’autres distributions, comme tu le disais, parce que par expérience, suite aux différentes install parties qu’on avait faites il y a des années, on savait que c’est quelque chose qui fonctionne vraiment dans le temps et surtout que les gens n’ont pas besoin de revenir après, qu’ils deviennent complètement autonomes, que c’est accessible à toutes et à tous. Et surtout, ils et elles pouvaient retrouver facilement des habitudes, par exemple, VLC, évidemment, très facile.

Isabella Vanni : VLC, c’est quoi déjà ? Je le sais, mais je te laisse le dire !

Tiphaine Breton : VLC c’est le lecteur audio et vidéo de vos formats. Si vous jouez aux jeux vidéo, par exemple, il y a aussi Steam, il y a des drivers, des supports qui permettent de jouer sur ce système d’exploitation Ubuntu.

Isabella Vanni :On en parle souvent. C’est vraiment un frein pour les gros joueurs et ce frein est tombé.

Tiphaine Breton : C’est ça, exactement. En fait, on retrouve beaucoup de choses sur ce système d’exploitation. Ça permet de pouvoir passer un petit peu plus facilement parce qu’on n’est pas totalement perdu. Certes, visuellement, ça change quand même, on n’a pas forcément les mêmes habitudes, mais ça permet de pouvoir accompagner les personnes. Koffi a dit quelque chose qui est intéressant aussi : lors de nos installations, la plupart du temps on fait ce qu’on appelle un dual boot, c’est-à-dire que l’utilisateur ou l’utilisatrice va pouvoir choisir si elle a envie de démarrer son ordinateur sur Windows ou sur Ubuntu.

Isabella Vanni : Les deux systèmes sont sur la machine.

Tiphaine Breton : Exactement, ils cohabitent. Ça permet, on va dire, un passage un petit peu plus en douceur et de pouvoir avoir des premières habitudes.
À partir du mois qui va venir, il ne va plus y avoir de support Windows, on va donc dire que par défaut, par design, parce qu’ils ont choisi clairement d’arrêter le support, ça va obliger les gens à trouver une autre solution ou alors à racheter un ordinateur mais tout le monde ne peut pas se le permettre et puis, surtout, ça a un énorme impact écologique. C’est pour cela que c’est d’autant plus important de pouvoir réussir petit à petit à les accompagner. Je voulais ajouter quelque chose. Nous ne revoyons pas forcément les personnes qui viennent à nos install parties, ce n’est pas notre volonté parce qu’on a envie qu’elles soient autonomes. Par contre, on souhaite qu’elles en parlent et surtout, qu’elles mettent un premier pas dans le Libre. On en profite, par exemple, pour parler des formats ouverts, de LibreOffice, etc., pouvoir engager la discussion et aussi la réflexion sur la raison pour laquelle les logiciels dits propriétaires, qui appartiennent à une entreprise, peuvent être un problème. Le fait qu’une entreprise telle que Microsoft ait décidé d’arrêter le support de Windows 10 est un énorme problème. Ça nous permet aussi d’engager des discussions sur ces sujets.

Isabella Vanni : Excellent !
Je vais poser cette question aussi à Koffi. Pendant les Journées Nationales de la Réparation, on pense prolonger la vie des équipements pour éviter de les jeter, pour éviter la surconsommation, il y a donc un aspect profondément écologique sur le fond, mais passer à une distribution libre ne permet pas seulement d’éviter l’obsolescence logicielle, donc de continuer à prolonger la vie de sa machine, ça permet aussi de libérer ses usages. C’est-à-dire qu’on n’est plus captif ou captive d’un logiciel dont le propriétaire décide à notre place ce qu’il peut faire, qui peut l’utiliser, comment. Il y a aussi l’aspect du logiciel libre, porté par l’April, c’est-à-dire de pouvoir contrôler son informatique, ses outils informatiques.
Koffi, est-ce que cet aspect a été abordé par le passé à l’occasion des install parties que vous avez pu organiser ?

Koffi Hukportie : Oui, justement, je parlais de franchise tout à l’heure vis-à-vis des usagers, mais encore faut-il avoir des spécialistes, des gens qui maîtrisent les install parties pour qu’on ne commette pas d’erreurs. Si on ne fait pas attention c’est un boomerang, si on pousse trop les gens et qu’ils ne sont pas satisfaits ça ne va pas aller.
C’est pour cela que j’ai pensé à l’agglo. Pourquoi ai-je pensé à l’agglo ? On a fait un repair café samedi dernier et j’ai rencontré une responsable des bibliothèques sur le territoire qui m’a dit qu’elle est intéressée à ce qu’on sensibilise les visiteurs au logiciel libre. Je pense qu’il faut une approche en douceur pour que les gens découvrent, qu’ils ne se sentent pas piégés dans quelque chose qui est nouveau et qu’ils n’aient pas envie de poursuivre. C’est un travail que je crois devoir faire avec des gens très expérimentés.

Isabella Vanni : Tu as touché à un point extrêmement central. Quand tu dis que ça peut être un boomerang quand ça ne marche pas, c’est exactement ça. C’est un changement quand même important, qui peut même être enthousiasmant parce qu’on reprend sa vie numérique en main, c’est quelque chose qui peut aussi être source de fierté. Mais si on se sent désemparé, qu’on a des soucis qu’on ne sait pas régler, qu’on n’a pas un accompagnement, qu’on ne sait pas à qui s’adresser, comme tu dis, on peut effectivement revenir en arrière aussi vite. C’est aussi pour cela que la récurrence des événements est quelque chose de très intéressant. La plupart des GULL, Groupe d’Utilisateurs et Utilisatrices de Logiciels Libres, il y en a plein partout en France, essayent vraiment de mettre en place des permanences, c’est-à-dire des événements réguliers justement pour que les gens sachent qu’il y a un rendez-vous, pas trop loin dans le temps, où ils peuvent s’adresser à des personnes. Je crois, Koffi, que c’est cela que tu voulais créer.

Koffi Hukportie : Oui, parce que nous avons la chance d’avoir un lieu où les gens peuvent venir quand ils ont des difficultés. C’est comme cela qu’on a commencé. Quand on a commencé à aider les seniors par exemple pour maîtriser l’Internet, les seniors nous ont demandé si on pouvait organiser des ateliers de pédagogie personnalisée. Quand on fait un atelier collectif ils n’osent pas poser des questions, ils sont frustrés. On a donc mis en place les ateliers de pédagogie personnalisée et ça a fonctionné, ce sont eux qui ont découvert la bonne voie. J’ai donc pensé à faire la même chose. J’ai entendu parler de dual boot et tout ça. Si on veut sensibiliser les gens au Libre, il faut qu’on leur propose, qu’on leur offre toutes les possibilités et qu’ensuite ils décident par eux-mêmes. J’ai constaté aussi un frein. On a accueilli des personnes en recherche d’emploi, des personnes qui n’ont pas beaucoup de moyens et, quand on leur parle de logiciel libre, on n’arrive pas à les convaincre, parce qu’elles nous disent tout de suite « si je vais travailler, ce n’est pas sur ce système-là que je vais travailler ». Les personnes privilégient toujours ce qu’elles ont l’habitude de voir. C’est pour cette raison que si on doit constituer un groupe d’utilisateurs de logiciels libres, il faut mettre sur la table les véritables freins par rapport aux gens. Je pense que ce sont les gens qui vont nous amener à trouver les bonnes voies.

Isabella Vanni : C’est génial. Tu as tout simplement écouté les usagers, les usagères, et tu as adapté l’offre de votre association.
On a parlé des membres et des bénévoles de l’association Les Petits Pois Sont Verts, mais pas de ceux de Générations Solidaires Val d’Oise. Combien êtes-vous de membres et bénévoles ?

Koffi Hukportie : Nous sommes une dizaine d’actifs. La chance qu’on a c’est qu’on a posé clairement le principe de bénévolat. Chez nous, le bénévolat c’est quelqu’un qui donne son temps quand il en a. Quand il n’en a pas, il ne vient pas et on ne lui en tient pas à rigueur. Par exemple, quand on a un gros événement, on appelle des gens et ils viennent. Cette idée m’a tellement séduit que partout où on va aller maintenant, j’ouvre un cahier que j’ai appelé « Acteurs du réemploi de l’agglo ». J’ai essayé samedi dernier et quatre personnes se sont inscrites. Si on fait le tour de l’agglo, que j’ai chaque fois quatre personnes, je crois que je serai satisfait.

Isabella Vanni : Très bien.
On a parlé de vos actions en faveur du logiciel libre. J’aimerais, à ce point, présenter un peu plus les événements que vous allez organiser pour les Journées Nationales de la Réparation.
Concernant Les Petits Pois Sont Verts, c’est un petit peu plus tôt par rapport aux dates officielles que je rappelle : partout en France, entre le 15 et le 18 octobre, il y a une carte sur laquelle vous trouvez très facilement les évènements près de chez vous. Vous c’est un petit peu plus tôt, mais c’est accepté quand même. Peux-tu en dire plus : la date, l’horaire, le lieu ? Qu’allez-vous proposer ?

Tiphaine Breton :C’est en effet le 10 octobre, c’est donc un petit peu plus tôt. Ça sera au Pavé Blanc, à Clamart, de 14 heures à 17 heures si je ne me trompe pas. Dans tous les cas, si jamais on vient pour l’install party, il faut arriver avant 15 heures, même si on a un objet pour le repair café.
Quand les gens arrivent pour le repair café, on regarde l’objet, on prend des notes pour connaître son état, etc. Après, on va dire qu’il y a une salle d’attente. C’est une chose sur laquelle on est en train de réfléchir : c’est un moment d’attente pendant lequel on pourrait peut-être parler, justement aborder l’April, par exemple.

Isabella Vanni : Ça nous arrange !

Tiphaine Breton : Ou parler un peu plus du Libre. En tout cas, c’est quelque chose qui est en réflexion. On a le même process quand quelqu’un vient avec son ordinateur : il arrive, on regarde un petit peu quel est le système d’exploitation, l’âge de l’ordinateur, etc. Ça prend un petit peu de temps, mais voilà !
Ça sera le 10 octobre. Si vous êtes du 92, si vous souhaitez venir, évidemment n’hésitez pas, même si vous n’êtes pas Clamartois/Clamartoise, vous êtes les bienvenu·es.

Isabella Vanni : D’ailleurs nous connaissons un membre de l’April qui viendra faire réparer sa machine à café. Je ne vais pas dévoiler son nom !

Tiphaine Breton : On a pas mal de machines à café, on a hâte de voir celle-ci.

Isabella Vanni : Ce que tu disais sur le temps d’attente m’a beaucoup parlé. Une fois je suis allée avec ma machine à coudre à un repair café et je me souviens que l’attente a été longue. Je trouve que c’est une super bonne idée de trouver des activités, des petites animations, peut-être même du matériel, de la documentation à lire. C’est une très bonne idée de profiter de cette pause.
Koffi, veux-tu nous en dire un peu plus en détail sur l’événement organisé par GSVO le samedi 17 octobre ?

Koffi Hukportie : Nous avons été suivis par la communauté d’agglomération qui a publié les informations utiles sur les journaux de l’agglo, sur le site de l’agglo, donc je croise les doigts, il faut que les gens viennent. On a travaillé en amont pour avoir des réparateurs. L’année dernière on en a eu pas mal et quasiment tous ceux qui étaient là l’année dernière seront encore présents cette année. On peut même en avoir davantage d’autant plus qu’on va aller jusqu’à une dizaine d’ateliers, par exemple aussi pour la couture parce que les gens oublient que le textile provoque quand même des déchets importants ; on a pas mal de gens, même des professionnels qui viennent pour les objets électriques, etc. ; pour le vélo, on a du monde. Pour l’install party qu’on veut initier, on a déjà quatre personnes en vue.

Isabella Vanni : Donc, quatre bénévoles qui peuvent aider pour cette partie, cette installation de logiciels libres plus particulièrement de systèmes libres. Super.

Koffi Hukportie : On en a deux sur place et puis deux de l’April qui ont répondu à notre appel et on a encore une semaine. On va essayer de mettre cette install party véritablement en lumière, on va beaucoup en parler et si l’agglomération s’en empare, ça peut nous laisser augurer de bonnes choses pour l’avenir. Donc le 17 octobre, de 10 heures à 17 heures.

Isabella Vanni : Très bien, donc une journée complète.

Koffi Hukportie : Oui, c’est ça.

Isabella Vanni : GSVO est membre de l’April, Koffi nous a contactés pour l’aider à trouver des bénévoles supplémentaires pour la partie atelier d’installation de systèmes libres. Nous avons envoyé des mails à nos membres pour trouver d’autres personnes.
De votre côté, est-ce que ça a été compliqué de trouver des personnes ? Tu m’as parlé d’un membre April. Est-ce que vous avez recruté d’autres personnes ?

Tiphaine Breton : C’est vraiment Arudy, le jardinier de ce projet qui est arrivé avec toute la connaissance, parce qu’il avait déjà fait beaucoup d’install parties. En même temps, nous avons aussi été aidés par d’autres membres d’Ubuntu-fr, notamment Olive et Trask, pour qu’on puisse mettre en place. Vu qu’on avait déjà fait des install parties avant, l’idée c’est de recréer, voir si tout allait bien. On a aussi mis en place une petite fiche de suivi pour être sûrs de ne rien oublier, par exemple les vérifications à faire, vérifier qu’au niveau du système tout fonctionne bien, etc. Très vite, après, l’idée a été de former d’autres bénévoles intéressés, ce qui permet si, par exemple, Arudy, qui est le jardinier de ce projet-là, n’est pas là à un des rendez-vous mensuels, ce n’est pas grave.

Isabella Vanni : As-tu levé la main pour être formée sur l’installation ?

Tiphaine Breton : Oui !

Isabella Vanni : Super !

Tiphaine Breton : L’idée, c’est vraiment ce partage de connaissances. On a évidemment toujours des personnes plus expertes qui sont toujours en lien, soit Arudy soit Trask et Olive qui sont un petit peu plus loin, mais, s’il y a besoin d’aide, ils sont là aussi. Sinon, on a maintenant nos bénévoles aux Petits Pois Sont Verts qui sont présents et qui ont la connaissance des différentes install parties qui ont eu lieu.

Isabella Vanni : Et sinon, on fait comme pour le grille-pain, on se met à trois !

Tiphaine Breton : Exactement ! Ça dépend évidemment des ordinateurs, il y en a qui peuvent être plus ou moins compliqués. Comme je le disais, nous installons Ubuntu LTS par défaut, mais si jamais quelqu’un fait une demande un peu spécifique et veut avoir une distribution spécifique, on peut l’installer mais ça peut demander d’autres connaissances. À ce moment-là on va partager ensemble, on va se questionner, on va voir, on va se former si besoin, ou appeler « un ami », entre guillemets, pour pouvoir réussir. Mais, dans tous les cas, on n’est jamais bloqué.

Isabella Vanni : Ce qui est génial avec ces événements. En informatique on est devant son ordi, ça semble quelque chose de très froid. Si vous voulez de la chaleur et de l’humain, il faut aller sur des événements pour rencontrer des humains. C’est pour cela que des événements sont organisés.
Notre échange est passionnant, j’ai été ravie de vous avoir avec moi. Le temps est presque fini. J’aimerais vous laisser les fameuses deux minutes qu’on donne traditionnellement aux personnes invitées pour essayer d’identifier les messages clés qu’elles veulent faire passer au bout de cet échange. Koffi, veux-tu commencer ?

Koffi Hukportie : Oui, je voudrais parler du Repair Café Linux. La Fondation a mis ce dispositif en place pour que les repair cafés qui, traditionnellement, ne se préoccupent pas du système d’exploitation Windows, se tournent vers ce système-là, ce serait une bonne idée. C’est le mot de plus que je peux ajouter, à tel point que sur l’agglo, puisque l’agglo c’est assez grand, on a créé un groupe, un Club LINUX 13C1, et puis, à Vauréal, on va avoir un Repair Café Linux. Le message est bien passé, les gens l’ont entendu : il faut réparer pour le réemploi. Maintenant, Linux c’est le même concept. Donc, Repair Café Linux sonne bien pour que les gens sachent qu’il y a une alternative à Windows.

Isabella Vanni : De l’importance aussi des noms qu’on donne aux projets, on mettra dans la référence, tu fais bien de le dire, ce projet spécifique qui s’appelle Repair Café Linux, qu’on peut retrouver effectivement sous le site de la Fondation. Merci de l’avoir rappelé.
Tiphaine, quel est ton mot de la fin ?

Tiphaine Breton : Deux petites choses.
La première, c’est vrai que le logiciel libre, tous ces systèmes d’exploitation que l’on ne connaît pas, ça peut faire un peu peur parce qu’on n’a pas l’habitude, on connaît Windows, on connaît MacOS, mais il faut être curieux et curieuse, ça n’engage à rien, on peut tester.
Mon deuxième point est qu’il ne faut pas hésiter à franchir le seuil d’un repair café, peu importe ! Ça peut être le nôtre, celui des Petits Pois Sont Verts évidemment, ou celui de votre ville parce que vous n’êtes pas obligé d’avoir quelque chose à réparer, vous pouvez venir en tant que personne curieuse, rencontrer les gens, parler, peut-être aussi parler de ce qui vous freinerait et pouvoir aller plus loin. En fait être curieux/curieuse et tester.

Isabella Vanni : Très bien, ça me paraît un bon mot de la fin.
Je n’ai plus qu’à vous remercier énormément pour vous être rendus disponibles pour participer à notre émission.
Tiphaine Breton de l’association Les Petits Pois Sont Verts. Le repair café dont elle parle, c’est le samedi 10 octobre au Pavé Blanc de Clamart, l’après-midi de 14 à 17 heures, si je me souviens bien.
Un grand merci aussi à Koffi, de l’association GSVO, Générations Solidaires Val-d’Oise. L’événement, c’est le 17 octobre à l’hôtel de l’agglomération à Cergy, de 10 à 17 heures. Il y aura aussi un stand d’April, je tiens à le rappeler.
Un grand merci à vous et bonne continuation à vos associations et à tous vos projets.

Tiphaine Breton :Merci pour l’invitation.

Koffi Hukportie : Merci à l’April. Au revoir.

Isabella Vanni : Au revoir.
Vous pouvez retrouver toutes les références de l’émission de ce jour, je vais en rajouter quelques-unes par la suite, sur la page consacrée à l’émission, libravous.org/287, ou dans les notes de l’épisode si vous écoutez en podcast.
Nous allons maintenant faire une pause musicale.

[Virgule musicale]

Isabella Vanni : Après la pause musicale, nous entendrons un nouvel épisode de la chronique « La pituite de Luk », intitulé aujourd’hui « Le réseau de confiance de mes rêves ».
Nous allons écouter My Piano Sings, par Tryad. On se retrouve juste après. Belle journée à l’écoute de Cause Commune, la voix des possibles.

Pause musicale : My Piano Sings, par Tryad.

Voix off : Cause Commune, 93.1.

Isabella Vanni : Nous venons d’écouter My Piano Sings, par Tryad, disponible sous licence libre Creative Commons CC By SA.

[Jingle]

Isabella Vanni : Je suis Isabella Vanni de l’April. Nous allons passer au sujet suivant.

Chronique « La pituite de Luk » – « Le réseau de confiance de mes rêves »

Isabella Vanni : Nous allons poursuivre avec une nouvelle « Pituite de Luk », une chronique rafraîchissante au bon goût exemplaire, aujourd’hui intitulée « Le réseau de confiance de mes rêves ».
Le sujet a été enregistré il y a quelques jours, je vous propose donc de l’écouter et on se retrouve juste après.

[Virgule sonore]

Tim : Luk, si tu pouvais faire n’importe quelle invention, ça serait quoi ?

Luk : J’ai bien une idée, mais toi, ce serait quoi ?

Tim : Moi je voudrais une machine à apprendre. Un casque sur la tête et hop, tout serait déjà dans mon cerveau.

Luk : Moi aussi je voulais la même quand j’étais enfant. Aujourd’hui, les IA t’offrent déjà une machine qui font à ta place, même plus besoin d’apprendre ! Mais ça ne me fait pas rêver. Et toi ?

Tim : Je ne sais pas… Et ton invention, c’est quoi ?

Luk : Pour moi ce serait un réseau vraiment social. Un réseau de confiance.

Tim : Ça existe déjà, ça s’appelle « Gens de Confiance ». C’est un site de petites annonces où on peut publier quand on est parrainé.

Luk : Il y a de ça, mais pas seulement ! Attends, j’enclenche mon mode vieux con pour bien t’expliquer.

[Son d’entrée en mode vieux con]

Luk : Vois-tu, il y a bien des années de ça, chez les libristes la mode c’était la signature de clé GPG [GNU Privacy Guard]. Les gens se rencontraient IRL, ça veut in real life, dans la vie réelle en français. Ils se montraient leurs papiers d’identité pour prouver qu’ils étaient bien qui ils prétendaient être et ils se signaient réciproquement leurs clés. GPG permet de chiffrer les échanges afin de s’assurer que le contenu reste confidentiel. Cette pratique, somme toute assez sommaire, permet également d’établir un réseau de confiance concernant l’identité d’un interlocuteur.

[Son de sortie du mode vieux con]

Tim : C’est la fin de l’anonymat sur Internet alors ?

Luk : Possiblement oui. Mais on peut aussi imaginer que nous ayons chacun des identités multiples en fonction de chacun des aspects de notre vie, avec des identités plus ou moins solides, certaines reposant sur notre état civil, d’autres sur nos comportements en ligne ou autre chose encore.

Tim : Mais ça va changer quoi ? On ne connaît que quelques personnes face au monde entier. Tu es au courant que nous sommes plus de huit milliards sur Terre ?

Luk : Ça peut faire la différence parce que, en réalité, le monde n’est pas si vaste. Attends, je réenclenche le monde vieux con pour t’expliquer !

Tim : Oh non !

[Son d’entrée en mode vieux con]

Luk : Il faut que je te parle de la théorie des six degrés de séparation, appelée aussi théorie des six poignées de main. Elle a été formulée en 1929 par l’écrivain hongrois Frigyes Karinthy. Elle évoque la possibilité que toute personne puisse être reliée à n’importe quelle autre au travers d’une chaîne de relations individuelles comportant au maximum six maillons. Elle a été testée à de nombreuses reprises. En 2011, Facebook a publié une étude reposant sur 721 millions de personnes qui a trouvé en moyenne 4,74 maillons entre deux personnes dans son échantillon.

[Son de sortie du mode vieux con]

Luk : Donc tu vois que même quand on s’adresse à un étranger, il a vite fait de connaître quelqu’un qui connaît quelqu’un qu’on connaît.

Tim : D’accord, mais à quoi ça sert ? Tu pourrais avoir n’importe quelle invention et tu veux celle-là !

Luk : Dans notre monde, il va être de plus en plus difficile de savoir ce qui est vrai et ce qui est faux. C’est déjà le cas avec la concentration des médias, les officines de désinformation et les IA génératives vont achever de nous faire vivre dans un monde où nous serons incapables de savoir ce qui est vrai ou faux. Attends !

Tim : Non ! Pas encore le mode vieux con !

[Son d’entrée en mode vieux con]

Luk : En 2024, une étude menée sur Twitter démontrait que 70 % de la désinformation émanait en réalité d’une dizaine de comptes. La même année, une ONG britannique a établi que 65 % des posts Facebook qui diffusaient des théories du complot autour du Covid 19 émanaient de 12 individus. Aujourd’hui, avec les IA, c’est bien plus facile d’automatiser et de démultiplier les sources bidons, mais à priori, on restera sur un nombre réduit d’acteurs qui pousseront leurs bots.
Le Monde diplomatique édite la célèbre carte de la concentration des médias. Ils appartiennent à un nombre réduit d’acteurs qui, pour la plupart, sont des milliardaires dont certains ne se cachent pas de poursuivre des objectifs politiques. Certains mentent grossièrement et orientent l’opinion, mais même les autres, qui sont plus rigoureux face aux faits, choisissent toujours un angle pour orienter les opinions.
Plus récemment, des vidéos des terribles coulées de boue au Népal ont été identifiées comme générées par des IA parce que, bien entendu, ce drame fait cliquer. Cela nous emmène dans un monde où même les vrais évènements peuvent donnent lieu à des fausses informations, semant d’autant plus le doute dans les esprits. La réalité et la fiction se confondent.

[Son de sortie du mode vieux con]

Tim : C’est bon, j’ai compris !

Luk : Mon idée de réseau de confiance permettrait de savoir si un ou une journaliste est une vraie personne et si, à x niveaux de relations autour de moi, les gens lui font confiance. Quand, sur Internet, une personne quelconque affirmera quelque chose, elle sera un peu plus qu’une personne quelconque. En cas de conflit, il reste possible de remonter la chaîne des relations et de demander aux uns et aux autres de réévaluer leur jugement. Ça permettrait de passer outre le pouvoir démesuré des grosses plateformes, des États autoritaires, mais aussi de se prémunir des escrocs et des mythomanes.
Alors, ton idée d’invention ? Tu restes sur la machine à apprendre ou une IA qui répond aux questions à ta place te semble mieux ?

Tim : Je veux une machine à apprendre pour tout savoir parce que je ne veux plus jamais subir ton mode vieux con !

[Virgule sonore]

Isabella Vanni : Nous sommes de retour en direct sur radio Cause Commune. Nous venons d’écouter la chronique « La pituite de Luk » intitulée « Le réseau de confiance de mes rêves ».

Nous approchons de la fin de l’émission. Nous allons terminer par quelques annonces

[Virgule musicale]

Quoi de Libre ? Actualités et annonces concernant l’April et le monde du Libre

Isabella Vanni : Les liens utiles concernant les annonces de fin sont sur la page consacrée à l’émission du jour, libreavous.org/287, ou dans les notes de l’épisode si vous écoutez en podcast

Une rencontre April aura lieu samedi 10 octobre dans les locaux de l’April à Paris 14e avec la présence de plusieurs personnes membres du CA et de l’équipe salariée. Occasion de les rencontrer.

Une install party, terme anglais pour indiquer un événement d’aide à l’installation de logiciels libres, est organisée par le groupe local nantais d’Alternatiba, samedi 17 octobre à La Base à Nantes. Cet événement est proposé dans le cadre de la campagne Piratons Microsoft portée par les mouvements Alternatiba et Action non-violente COP21.

Nous en avons parlé lors de notre sujet principal d’aujourd’hui, plusieurs événements organisés dans le cadre des Journées Nationales de la Réparation, du 15 au 18 octobre, proposent des ateliers d’aide à l’installation de systèmes d’exploitation libres. Occasion de rappeler le repair café organisé par Les Petits Pois Sont Verts, samedi 10 octobre, au centre socio-culturel du Pavé Blanc à Clamart.

Il y aura aussi un apéro libre organisé par CercLL vendredi 16 octobre 2026, au Foyer du peuple à Marseille. À cette occasion, la présidente de l’April, Bookynette, donnera la conférence « Boycott !! – Le meilleur moyen de lutter contre les GAFAM c’est de ne pas utiliser leurs produits ». Comme je disais, il n’y a pas que des événements d’installation, il peut aussi y avoir des actions de sensibilisation, par exemple une conférence.

Occasion aussi de rappeler le repair café organisé par Générations Solidaires Val-d’Oise, samedi 17 octobre 2026, à l’hôtel d’agglomération à Cergy. À cette occasion, l’April tiendra un stand de sensibilisation aux logiciels libres. N’hésitez pas à venir rencontrer nos bénévoles.

Je vous invite à consulter le site de l’Agenda du Libre, agendadulibre.org, pour trouver des événements en lien avec les logiciels libres ou la culture libre près de chez vous.

Notre émission se termine.

Je remercie les personnes qui ont participé à l’émission : Jean-Christophe Becquet, Tiphaine Breton, Koffi Hukportie, Luk, Tim, la deuxième voix que vous avez entendue dans la chronique « La pituite de Luk ».
Aux manettes de la régie aujourd’hui il y avait Yann Collette avec mon collègue Frédéric Couchet en support.
Merci également aux personnes qui s’occupent de la post-production des podcasts : Sébastien Chopin, Élodie Déniel-Girodon, Nicolas Graner, Lang 1, Julie Osman, bénévoles à l’April, et Olivier Grieco, le directeur d’antenne de la radio.
Merci aussi aux personnes qui découpent les podcasts complets des émissions en podcasts indiduels par sujet : Quentin Gibeaux, Théocrite et Tunui, bénévoles à l’April, et Frédéric Couchet.
Merci également à Marie-Odile Morandi et au groupe Transcriptions, qui permet d’avoir une version texte de nos émissions.

Vous retrouverez sur notre site web, libreavous.org/287, toutes les références utiles de l’émission de ce jour, ainsi que sur le site de la radio, causecommune.fm, ou dans les notes de l’épisode vous écoutez en podcast.

N’hésitez pas à nous faire de retours pour indiquer ce qui vous a plu mais aussi des points d’amélioration.
Vous pouvez également nous poser toute question et nous y répondrons directement ou lors d’une prochaine émission. Toutes vos remarques et questions sont les bienvenues à l’adresse bonjour chez libreavous.org.

Si vous préférez parler, vous pouvez nous laisser un message sur le répondeur de la radio. Le numéro à appeler est le suivant : 09 72 51 55 46.

Nous vous remercions d’avoir écouté l’émission.
Si vous avez aimé cette émission n’hésitez pas à en parler le plus possible autour de vous et à faire connaître également la radio Cause Commune, la voix des possibles.

La prochaine émission Libre à vous ! aura lieu en direct mardi 13 octobre à 15 heures 30. Notre sujet principal sera le parcours libriste de Julie Rymer, développeuse, cofondatrice de BIRU, une scop qui développe des applications métiers sous licence libre.

Nous vous souhaitons de passer une belle fin de journée. On se retrouve en direct mardi 13 octobre et d’ici là, portez-vous bien !

Générique de fin d’émission : Wesh Tone par Realaze.

Média d’origine

Titre :

Émission Libre à vous ! diffusée mardi 6 octobre 2026 sur radio Cause Commune

Personne⋅s :
- Isabella Vanni - Jean-Christophe Becquet - Koffi Hukportie - Luk - Tim - Tiphaine Breton
Source :

Podcast

Lieu :

Radio Cause Commune

Date :
Durée :

1 h 30 min

Autres liens :

Page de présentation de l’émission

Licence :
Verbatim
Crédits des visuels :

Bannière de l’émission Libre à vous ! de Antoine Bardelli, disponible selon les termes de, au moins, une des licences suivantes : licence CC BY-SA 2.0 FR ou supérieure ; licence Art Libre 1.3 ou supérieure et General Free Documentation License V1.3 ou supérieure.
Logo de la radio Cause Commune utilisé avec l’aimable autorisation d’Olivier Grieco, directeur d’antenne de la radio.

Avertissement : Transcription réalisée par nos soins, fidèle aux propos des intervenant⋅e⋅s mais rendant le discours fluide. Les positions exprimées sont celles des personnes qui interviennent et ne rejoignent pas nécessairement celles de l'April, qui ne sera en aucun cas tenue responsable de leurs propos.