Bonjour.
Je suis un peu impressionné d’avoir eu une introduction aussi belle, surtout quand, dans cette salle, il y a des gens qui font du Libre depuis beaucoup plus longtemps que moi, notamment Tristan [Nitot].
Je vais vous parler du logiciel libre comme levier de souveraineté.
Je suis président de VideoLan [1], cette association qui a comme but d’avoir des cônes de chantier partout où ça n’a aucun sens, notamment sur vos PC. Ça n’a aucun sens d’avoir un cône de chantier comme lecteur vidéo, ça n’a jamais été réfléchi, mais c’est très intéressant de voir l’histoire de VideoLAN parce que, justement, ça montre qu’il y a des choses complètement inattendues dans l’open source et qu’elles sont importantes. Juste, en introduction, VideoLAN ne fait pas que VLC [2]. Aujourd’hui vous utilisez les technologies développées par VideoLAN tous les jours. À peu près tout ce que vous regardez en vidéo, que ce soit sur votre télé que ce soit sur Netflix, sur Amazon, sur autre, il y a du code fait par des gens qui font de l’open source.
Souveraineté ?
Nous allons parler pas mal de souveraineté même si c’est ’est quand même un petit peu bizarre parce que la souveraineté ça fait penser à un prince, ça fait penser à des gens qui sont plutôt autoritaires et ça va plutôt à l’inverse de ce qu’on essaye de faire dans l’open source, qui est complètement libre, ouvert, etc. Pourtant c’est la mode. Franchement, aujourd’hui je ne peux pas parler de numérique sans parler de souveraineté, pour plein de raisons qu’on va voir, mais c’est vrai que c’est quelque chose qui me gêne un petit peu que d’arriver et de parler de souveraineté puisque, notamment autour de VideoLAN, nous sommes dans des communautés qui sont plutôt anarchistes, plutôt proches de l’anarchisme, de l’organisation spontanée que le fait du prince.
Une société est un ensemble de groupes inter-dépendants
Pourquoi est-ce important ? C’est important parce que, aujourd’hui, on ne peut pas être bon partout. Je ne sais pas si vous êtes capable de tout faire bien, mais moi pas, donc qu’est-ce que vous faites ? Vous allez acheter votre pain, vous ne le faites pas, si vous pouviez le faire ça serait cool, vous l’avez fait pendant le Covid, mais, depuis vous avez arrêté. Quand vous faites des présentations, vous n’êtes pas en train de recoder le logiciel et c’est vrai sur l’ensemble de ce qu’on fait, ça s’appelle l’organisation scientifique du travail. Il est donc important de définir la souveraineté qui, en fait, se définit par rapport à un groupe, puisque la souveraineté c’est l’équilibre entre autonomie et hétéronomie, c’est donc savoir ce que je vais faire et quelle est ma sphère de dépendance que j’autorise à l’extérieur. Par exemple, vous n’avez pas la souveraineté sur votre pain en vous disant « finalement, je vais être capable de faire du pain. » OK. « Je vais être capable de souder quelque chose. » OK pas de problème. Est-ce que vous êtes capable de coder votre système d’exploitation ? Ça va commencer à être difficile ! Pourquoi ? Parce que, aujourd’hui, votre système d’exploitation, que ce soit Windows, Android, Debian, c’est à peu près un milliard potentiel de lignes de code, sachant qu’en une bonne journée vous en avez créé 10, vous avez encore un peu de temps. Mais surtout comment faire confiance ? Comment savoir ce qui marche sur votre machine ? Pas très important ? On va voir que si. Et puis tout cela tourne sur des ordinateurs qui ont à peu près cent milliards de transistors, aujourd’hui ce n’est pas inconcevable, certaines puces font déjà plus que 100 milliards, donc vous ne pouvez pas comprendre, donc vous dépendez de plein de gens, mais comment fait-on pour faire confiance ?
Dépendances
Il m’est arrivé de parler avec une personne de chez Meta, qui était VP Engineering. Il me disait que 80 % du code qui tourne sur les ordinateurs de Meta est open source. Ah oui ! En fait il y a tellement de choses, il y a tellement de couches, il y a tellement de dépendances, que ce soit du kernel, les bibliothèques utilisateurs, les frameworks Python, les frameworks de data science, les frameworks d’advertising, d’espionnage, vous rigolez, mais il y en a plein qui sont open source, pardon, on appelle ça télémétrie, excusez-moi ! La plupart du code est open source et il est développé par des gens qui viennent un peu de partout et qui sont des gens un peu bizarres, des gens un peu comme moi.
En particulier, et c’est important, maintenant votre ordinateur n’est pas un ordinateur. Dans votre ordinateur, par exemple, vous avez une carte réseau, une carte graphique qui sont des ordinateurs propres ; plusieurs systèmes d’exploitation tournent sur vos ordinateurs ; sur votre téléphone il y en a plusieurs, il y en a un qui s’appelle le baseband processor, un petit truc qui peut faire tourner des choses et vous n’êtes même pas au courant.Donc, même si jamais vous construisiez tout en open source, il y a encore, à l’intérieur de vos ordinateurs, d’autres ordinateurs que vous ne contrôlez pas. Résultat il y a des dépendances, des dépendances de dépendances et la plupart, en bas, le truc qu’on ne voit vraiment pas en bas de l’iceberg, c’est de l’open source.
Vies numériques
Ce n’est très grave. Enfin si ! Aujourd’hui vous passez vos journées dans votre ordi, il y a un ordinateur que vous appelez téléphone avec lequel, grosso modo, vous faites tout : vous allez lire, vous allez écouter de la musique, vous allez jouer – dans les années 90 c’était en physique, maintenant c’est sur votre ordinateur. Pas un seul de vos travaux intellectuels, même, d’ailleurs pas intellectuels, qui ne sont pas faits devant un ordinateur. Vous votez, maintenant, dans la plupart des pays, on a du vote électronique, vous vous informez, ou vous croyez vous informer, c’est devant un PC. Bref ! Aujourd’hui toute notre vie tourne autour du numérique que ce soit en tant que citoyen, en tant que travailleur, en tant que père de famille, en tant que… Plein de parties de votre vie. Il y a encore quelques endroits, dans la vie perso, où ça ne l’est pas encore, et jusqu’à quand !
En fait, dans les années 90/début des années 2000, on avait super envie de l’informatique, il fallait empower everyone, tout le monde allait faire du Wikipédia, nous allions tous travailler ensemble, nous allions avoir une connaissance incroyable à portée de la main. C’est vrai qu’il y a ça sur Internet, mais on voit aussi aujourd’hui que la règle des 1/10/90 est toujours importante : il y a 1 % de producteurs, 10 % de curateurs qui donnent à tout le monde, et 90 % de gens qui consomment. Ça veut dire que beaucoup de gens sont passifs et beaucoup de gens, en fait, ne consomment le numérique que quand il leur est donné.
Il est où le méchant ? /Risques
Pourquoi je parle de ça ? On voit qu’il y a quelques sociétés, qu’on appelle les GAFAM, c’est un mauvais mot mais ça fait bien comprendre, qui ont le contrôle intégral sur toute la stack. On parle évidemment de Microsoft, Nvidia, Google, Facebook, des sociétés qui ne font pas grand-chose, quelque chose comme 3 000 milliards de capitalisation boursière. Quand on regarde, aujourd’hui, le top 10 des plus grosses sociétés au monde, il y en a 9 qui font de l’informatique, qui font du logiciel et qui vous donnent accès à tout ce que vous faites aujourd’hui en ligne. Celle qui n’est pas dans l’informatique c’est Aramco qui vend du pétrole, vraiment trop bien !
Pourquoi y a-t-il un risque ? En fait, si elles étaient gentilles, ce serait cool. Elles sont gentilles, évidemment, elles veulent votre bien. Leur objectif c’est évidemment… Non !
Ces sociétés n’ont pas de morale, ces entreprises n’ont pas de morale. Ce sont des entités, même l’entreprise qui était le plus à pousser le libre pendant très longtemps, qui s’appelait Google, dont le moto était don’t be evil. Cette boîte est morte, maintenant elle a été remplacée par Meta qui est peut-être celle qui passe son temps à voler vos données.
L’Europe doit se réveiller
Malgré tout, que fait-on ?
Ça c’est la vision de la compétition internationale des Européens : « Ils sont tout mignons [deux chiens et un chat, NdT], on va travailler avec l’OMC, il faut faire des règlements, etc. ». Pendant très longtemps c’est ce qu’on a eu. Je suis un peu méchant, mais il faut savoir que entre le CLOUD Act [3], le PATRIOT Act [4], ce qu’on a appris par Snowden [5] principalement, toutes ces choses, en fait on est plutôt dans ce cas-là [Les deux chiens aboient contre le chat, NdT]– des petits animaux c’est mignon, ça fait toujours rigoler les gens. C’est-à-dire que, aujourd’hui, vous ne pouvez pas vous dire qu’une entreprise américaine ne va pas vous espionner. C’est impossible ! Aujourd’hui, on a de super cloud providers souverains qui déploient des stacks logicielles informatiques américaines… en local. « Ne vous inquiétez pas, faites-nous confiance… » Tout à fait ! Non seulement vous ne pouvez pas leur faire confiance, mais, en particulier ils n’ont même pas le droit de vous dire de ne pas leur faire confiance. Ça s’appelle la National Security, ils vont vous espionner, vous n’avez pas droit de dire non et surtout ils n’ont pas le droit de vous le dire.
Les Chinois sont un peu plus directs, ils ont mis un grand firewall, si tu veux rentrer dedans tu dois donner accès à tout à l’État, au moins c’est un peu moins hypocrite.
Ça veut dire quoi ? Ça veut dire qu’aujourd’hui toute votre bureautique, donc tous vos documents, sont gérés dans le cloud avec des logiciels américains, à part moi qui utilise LibreOffice. Même pour la conférence d’aujourd’hui j’ai dû envoyer mes super slides en .pptx, ça veut dire utiliser Microsoft Office. Tous vos mails, 25 % des mails qui circulent sur la planète c’est Gmail, le reste ça doit être un bon 30 % Azure qui a dû se renommer en Mail Azure ou Office 365 ou Microsoft 365. Bref ! Ça change tous les mois, c’est normal, c’est Microsoft !
Ça veut dire que la richesse de toutes vos organisations peut, à n’importe quel moment, être regardée par des Américains. « Mais non, ils ne font pas ça ! ». Non, pas du tout ! Ça n’est jamais arrivé qu’on fasse des contrats industriels, par exemple dans la Défense, et que tout d’un coup, la veille ou deux jours avant, bam, finalement on ne signe pas avec les Européens, on signe avec les Américains parce qu’il y a eu un retournement de situation, ils ont des prix meilleurs, je ne parle pas d’avions, ni de sous-marins, ni de tubes en aluminium pour le pétrole !
C’est important et c’est là le risque de la souveraineté numérique : jusqu’où peut-on faire confiance ?
La question qui se pose c’est la souveraineté à quel niveau ? Est-ce que c’est au niveau d’un État, est-ce que c’est au niveau de l’Europe ? Peut-être pas ! Est-ce que c’est au niveau de votre région, est-ce que c’est au niveau de votre organisation, de votre entreprise ? C’est à vous de le définir. C’est comme quand on fait de la sécurité informatique, la première chose qu’on vous demande c’est de définir votre threat model, c’est-à-dire quel est votre risque. Évidemment, si vous travaillez au ministère de la Défense, si vous travaillez chez Airbus ou si vous travaillez dans une petite PME qui fait de l’aide à la personne, votre risque n’est pas le même. Par contre, il faut bien se rendre compte du risque, il faut bien se rendre compte que le logiciel libre est une des solutions qui va vous permettre, justement, de vous exposer moins à ce risque.
IA is concentrating everywher
Je ne sais pas si vous avez entendu parler d’un truc qui s’appelle l’IA, notamment générative, quelques personnes en parlent en ce moment.
Il y a un vrai problème avec l’IA aujourd’hui qui est que les moyens qu’il faut déployer sont colossaux. Pour vous donner une idée, la carte la plus utilisée pour faire de l’entraînement de LLM [Large Language Model] et d’autres modèles d’IA générative s’appelle la H100. À la fin de l’année dernière, 2 % de H100 étaient déployées en Europe, 2 % ! C’est ridicule ! En fait, les Européens ont failli rater ce virage. Ça a été le même cas pour les réseaux sociaux, les Européens ont raté le virage des réseaux sociaux et, dans le logiciel, on a quand même pas mal raté tous les virages alors qu’une des meilleures têtes pensantes de l’IA au monde s’appelle Yann Le Cun [6], il est français, il travaille chez Meta. D’ailleurs chez DeepMind, chez Meta, il y a beaucoup de Français dans les équipes et beaucoup d’Européens en général.
Là, en fait, le problème pour compete, ce n’est pas juste une question de cerveaux, c’est une question de moyens. Un super cluster de 1 000 H100, pas grand-chose, ça consomme un mégawatt, ça coûte cinquante 50/60/70 millions et on est en train de discuter ! Facebook déploie 160 000 H100, le déploiement coûte plusieurs milliards juste d’achat de matériel et il faut les faire tourner.
Donc non seulement il faut être bon, mais, en plus, il faut avoir des moyens et les premiers qui démarrent ont un avantage comparatif délirant. C’est ce qui est grave et c’est là qu’il faut qu’on se réveille.
What is open Source ? What is Free Software ? What is Open Culture ?
Qu’est-ce que l’open source ? Qu’est-ce que le logiciel libre ? Qu’est-ce que l’open culture ?
L’open source c’est ça [photo de gâteau au chocolat, NdT]. Je vais à la boulangerie, j’achète un gâteau au chocolat qui a l’air super bon, j’ai faim maintenant, ça c’est vraiment le logiciel classique propriétaire, vous téléchargez Word que vous avez acheté légalement, sinon ça serait mal.
Le logiciel libre c’est la même chose, l’open source c’est la même chose, non seulement je vous donne le gâteau, mais je vous donne la recette pour faire le gâteau, c’est cool, en plus je vous dis aussi les spécifications techniques du four, puis je vous donne exactement tout le matériel qu’il faut. Bref, je vous permets de faire le gâteau. Non seulement je vous donne le gâteau, mais je vous donne le droit de faire le gâteau et, mieux que ça, je vous donne le droit de modifier le gâteau et de le revendre. C’est exactement ça.
Un programme informatique c’est une sorte de longue recette de cuisine, qu’on chiffre en lignes de code, mais, finalement, ça marche de la même façon.
Dans les années 90 sont arrivées deux grandes philosophies :
la philosophie qu’on a appelée vraiment logiciel libre, free software, autour de GNU et d’un monsieur qui s’appelle Richard Stallman [7]
et ce qu’on appelle l’Open Source Initiative [8].
Il faut comprendre que ce sont deux variantes du même mouvement, du partage non seulement du logiciel et des briques du logiciel en même temps que le logiciel.
Il y a une petite différence entre les deux, qui est un peu sémantique, mais il faut comprendre que les deux c’est une question de philosophie, ça n’est pas de la technique. L’idée c’est
- donner le pouvoir aux utilisateurs. C’est-à-dire que je veux vous permettre d’utiliser le logiciel comme vous le souhaitez, pas avoir à crawler des centaines de pages de contrats de licence que vous lisez à chaque fois, bien sûr puisque vous êtes très sérieux quand vous signez vos contrats,
- mais aussi de le modifier, la recette de cuisine,
- de le redistribuer, vous avez le droit de le redistribuer et vous avez le droit de redistribuer vos versions, maintenant votre gâteau au chocolat est à la fraise et pourquoi pas !
Il faut juste comprendre qu’être libre ça ne veut pas forcément dire être gratuit. Une petite boîte qui s’appelle Red Hat, qui faisait principalement du logiciel libre, s’est fait racheter pour pas grand-chose, à peu près 19 milliards je crois, par IBM. Il y a plein de business sur l’open source et c’est une erreur qui arrive souvent. L’open source c’est une façon de développer, c’est une mentalité d’organisation, ça n’est pas un business modèle. Il y a plein d’entreprises qui font beaucoup d’argent avec l’open source, même européennes comme OpenERP, qui s’appelle Odoo [9], qui en fait beaucoup.
Il faut comprendre aussi que l’open source est basée sur le copyright. C’est un peu bizarre : c’est un truc un peu libre et vous pouvez utiliser mon code source comme vous le souhaitez, pourtant ça se base sur le copyright, ce qu’on appelle le copyleft. En fait, ça utilise les mécanismes de propriété intellectuelle mondiaux, des traités de Madrid et de Berne, pour diffuser des droits aux gens.
Qui code l’open source ?
Qui sont ces gens ?
Ça a commencé dans les années 90, c’étaient principalement des gens autour d’un truc qui s’appelait le kernel Linux, du PHP et MySQL, notamment des outils faits pour les développeurs, ce qu’on appelait Scratch Niche [Bibliothèque Python développée pour connecter l’API Scratch, NdT]. Il y a un truc qui t’embête, il y a un truc qui ne fonctionne pas, il te manque un logiciel, tu le codes, mais tu es tout seul, tu n’as pas assez de temps pour le faire. Donc le soir, plutôt que de regarder un film, tu te mets à coder. Des petites communautés se sont créées autour de réseaux comme IRC, c’est du chat, c’est du Slack pour les vieux, mais c’est exactement la même chose. Ils se sont mis à discuter, ils ont fait des choses et des trucs sont devenus de plus en plus importants, principalement dans les années 90.
On est passé de la philosophie GNU qui était « je veux maîtriser, l’informatique peut être dangereuse, donc il faut la maîtriser » à « j’ai envie de faire un truc cool alors je le fais », donc on a de tout. On a des communautés complètement désorganisées, VideoLAN n’est pas la plus désorganisée, mais des gens qui sont limite vraiment anarchistes, « on code », à vraiment des associations, puis des fondations, puis des fondations de fondations, il y a notamment une fondation qui s’appelle la Linux Foundation [10], c’est une « association « qui fait 300 millions de chiffre d’affaires, une paille en tant qu’association ! Et puis maintenant, si on écoute Google, Facebook, Microsoft, tout le monde fait de l’open source. Il y a donc plein de gens, mais, à l’origine ce sont quand même des petites communautés de gens un peu bizarres, principalement des geeks, qui en font.
La licence comme contrat social
Comment s’organisent-ils ? Ce qui est très important c’est la licence.
On utilise le copyright, on utilise le droit d’auteur, c’est-à-dire que sur chaque logiciel on te donne une licence qui te donne le droit, qui dit « en tant qu’auteur, je te donne une licence qui te donne ces libertés que tu dois respecter. » Sur chaque projet, tout le monde se met d’accord sur la licence. Entre projets, on ne se met pas d’accord, donc on se tape dessus ! C’est important parce que tout le contrat social, au sens de Rousseau, est au niveau du projet. Je rejoins un projet, je me mets d’accord, je suis d’accord avec l’idée du projet et j’accepte la licence. Donc, à ce moment-là, je donne mon droit d’auteur, je contribue mon droit d’auteur sous cette licence. C’est pour cela que vous voyez dans les comités open source beaucoup de batailles sur les licences, parce que, en fait, c’est vraiment la clé de voûte.
Il faut savoir aussi que c’est grâce aux licences, ou à cause des licences, que des équipes se splitent. Puisque ce sont des communautés, c’est très facile de dire « finalement je ne suis pas d’accord, il faut mettre plus de sucre dans mon gâteau chocolat, il faut en faire une version sans gluten » et puis, à un moment, la communauté se scinde deux communautés. Ce sont des choses qui arrivent, qui sont normales, tout le monde n’est pas d’accord mais ça avance et, à chaque fois, l’important c’est de respecter sa propre licence.
Distributed communities
Ça fait des communautés de plein de geeks. La plupart du temps ils ne se voient pas, le jour où il y a eu le Covid, la plupart des communautés open source n’ont même pas vu le problème, c’est vrai ! Ce sont des gens qui se rencontrent assez peu. Une des seules exceptions à ça s’appelle le FOSDEM [11], une conférence gratuite, tous les ans, à l’Université libre de Bruxelles. Il y a peu près 6 000 personnes, à peu près parce qu’il n’y a pas d’inscription, on y va comme ça, ce sont des mecs qui fabriquent énormément de logiciels.
Debian
Un des logiciels, qui est plus qu’un logiciel, s’appelle Debian [12]. C’est une distribution Linux qui prend l’ensemble des logiciels qui existent sous Linux. Il y a évidemment le kernel Linux, évidemment tous les frameworks, toutes les bibliothèques et plein de logiciels. Ce n’est pas grand-chose, on parle de 1,9 milliards de lignes de code dans Debian, à peu près 25 000 packages, donc 25 000 programmes. Ça veut dire qu’il y a peut-être 100 000 personnes qui ont contribué à Debian directement ou indirectement, des communautés de communautés de communautés. La plupart n’ont même pas travaillé avec Debian, elles ont juste codé leur logiciel open source/libre que quelqu’un, ensuite, a repackagé, redistribué. Debian est un système d’exploitation qui fait tourner énormément de machines dans le cloud, fonctionne absolument parfaitement et qui est bien plus facile à utiliser que Windows, mais c’est mon avis personnel.
Ce qui est important c’est comment on fait confiance, comment on sait ce que fait Debian. Il y a des milliards et des milliards de lignes de code, comment ça marche ?
Déjà Debian recompile tout. Parfois fait des erreurs, une fois il y a eu un petit bug de sécurité à cause de ça, mais chaque personne, chaque packageur, chaque mainteneur qui maintient un logiciel recompile tout ça et surtout il le confirme et il le signe avec sa clé privée. Il dit « voilà mon authentification, c’est bien moi. »
Ensuite, des groupes de développeurs Debian signent à nouveau et disent « oui, OK, la personne l’a bien fait et l’a envoyé. »
Ensuite, quelqu’un d’autre d’une autre communauté, qui s’appelle ftp-master, prend le logiciel et dit « OK, c’est la bonne version, on peut la sortir. »
Mais que se passe-t-il s’il y a un méchant au milieu ? On a des milliers de développeurs Debian, il y en a forcément un qui est méchant pour plein de raisons, soit il est vraiment méchant, soit quelqu’un a pris son ordi, soit, etc. Donc on fait ce qui s’appelle le reproducible code : des personnes différentes vont compiler plusieurs fois le logiciel et on va pouvoir ensuite vérifier.
Donc on fait confiance, on a tout un système de web of trust, on se fait confiance les uns les autres, mais on vérifie quand même et ça c’est important. C’est très rare et ça marche sur des milliers et des milliers de packages. Il y a probablement plus de lignes de code dans Debian ou dans tous les packages que dans Windows de Microsoft.
VLC
Je vais vous parler un peu d’un truc qui s’appelle VLC.
VLC est un logiciel un peu bizarre, c’est le logiciel français le plus utilisé au monde, il n’y a pas de débat, c’est aussi le moins rentable. Quand on a 500 millions, 600 millions d’utilisateurs actifs et que ça rapporte littéralement zéro, ce n’est pas très rentable !
C’est un projet complètement délirant puisque il n’y a pas eu de créateur de VLC. Des gens, dans les années 90, même dans les années 80, ont déployé un réseau sur le campus de l’École centrale Paris en token ring [13]. Je pense que ça parle quasiment à plus personne. Si ? Je suis désolé pour vous !
Token ring c’était une technologie de réseau où, en fait, il n’y a pas de routeur. On parle à son voisin, c’est comme si vous vous teniez tous la main et vous pouviez juste faire des un et des zéro en faisant des pressions de main – on va le faire pour envoyer un message de là à là-bas, ça va être super pratique. Le problème c’est que chaque personne doit regarder et se demander si c’est pour elle ? Ça marche très bien dans les années 80 quand on fait juste des mails en ligne de commande, évidemment, ça ne va pas quand on veut jouer en réseau. Il y a beaucoup trop de latence, parce que si on faisait ça, le plus lent d’entre vous va ralentir tout le monde.
Les étudiants veulent un nouveau réseau. Ils vont voir l’école, ils disent « on voudrait un nouveau réseau pour "travailler" ». C’était en 94, donc pas du tout au moment de la sortie des premiers FPS [First Person Shooter,] pour jouer en réseau, pas du tout, c’est vraiment une coïncidence totale ! Ils arrivent et ils veulent un nouveau réseau. L’école leur dit « on ne peut pas vous aider, allez voir les partenaires de l’école. » Ils vont voir les partenaires de l’école et quelqu’un qui était le DSI [Directeur des systèmes d’information] de Bouygues Construction à l’époque dit « le futur de la télé c’est le satellite », en 1995, pourquoi pas ! « Si vous êtes capables de faire juste une grande antenne satellite et de diffuser à tout le monde sur le réseau, franchement je vous paye votre nouveau réseau. » Ça vous semble évident de faire de la télé sur réseau, à l’époque on a des 486 DX à 33 mégahertz avec des décodeurs télé qui sont gros comme ça, qui coûtent 3 000 francs, c’est quasiment de la science-fiction. Mais les étudiants disent OK, ils y vont, ils font un projet pendant deux ans, 1996/97, ça marche 30 secondes, ça crashe, ce n’est pas grave, on a montré que ça marche, qu’on pouvait prendre les flux satellites hype, les diffuser sur le réseau et les décoder.
Le projet aurait pu s’arrêter là, d’ailleurs il s’est arrêté là pendant un an et quelqu’un est arrivé et a dit « OK, on va le relancer parce que la vidéo sur le réseau c’est important et on va le rendre open source. »
Donc ces étudiants relancent le projet qui va s’appeler VideoLAN, donc vont créer ce logiciel, ces logiciels parce qu’à l’époque il y a un client, il y a un serveur, il y a des équipements réseaux spécifiques, etc.
Ils mettent deux ans à se battre avec l’école pour que ça devienne open source parce que, à l’époque, il fallait expliquer ce qu’est l’open source. En janvier 2001, l’école signe en disant « OK, j’autorise à ce que ce soit licencié sous la licence GNU. » En fait, l’école espérait pouvoir revendre les décodeurs MPEG-2 pour faire de l’argent, puisque l’école, comme la plupart des grandes écoles en France, considère que la propriété intellectuelle de ses élèves lui appartient.
En 2001, ça sort, c’est un truc confidentiel, mais quelqu’un, en Angleterre, le porte sous Windows, quelqu’un, en Hollande, le porte sous Mac et en fait, très rapidement, ça passe de quelques milliers d’utilisateurs à 10 000 utilisateurs, 100 000 utilisateurs, puis ça grossit, ça grossit.
C’est assez rigolo. Quand je vais faire une présentation au fin fond de l’Inde ou en Chine, que je parle de VLC, les gens comprennent un peu, mais quand je parle du cône de chantier qui lit des vidéos, là, tout le monde sait.
Ce sont des étudiants ayant un peu trop bu qui ont mis ce cône et jamais personne ne s’est dit que ça allait être connu, ce n’était pas le but. Personne n’a dit « je vais faire un lecteur vidéo », d’ailleurs c’était une solution.
C’est donc assez rigolo parce que ce petit projet, fait par des étudiants, est maintenu et qui a toujours été maintenu par quatre ou cinq étudiants par an – c’est de cela dont on parle, ce n’est pas Mozilla, nous sommes vraiment tout petits. Quatre ou cinq personnes par an, sur leur temps libre, ont monté ce logiciel qui est utilisé partout dans monde.
Je dis souvent que c’est le logiciel étudiant qui est plus connu que son école. À l’extérieur de la France, personne ne sait ce qu’est Centrale Paris.
Je vais vous raconter une petite histoire rigolote sur VLC. Il y a quelques années, je reçois un mail d’un mec « bonjour Jean-Baptiste, je m’appelle Salah Eddine Salah, j’habite Alep Est. Là JB regarde sur Le Monde, « bombardements à Alep Est ». OK. « J’ai deux heures d’électricité par jour et j’ai deux heures d’Internet par jour les bons jours, mais je n’ai rien à faire. Est-ce que tu peux me donner une tâche ? – Tu es sûr que tu veux coder ? – Je n’ai rien à faire. – Écoute, on a un problème de rendu des sous-titres en arabe – pour ceux qui connaissent un peu la calligraphie arabe, ce n’est pas évident parce qu’il y a beaucoup de ligatures un peu comme le « st » dans les lvres de la Pléiade ou le « œ », ce n’est pas très grave, mais, pour l’arabe, en fait, c’est très moche. Et l’arable est une langue assez difficile parce que parfois on écrit comme ça [de droite à gauche, NdT] et puis parfois on écrit comme ça [de gauche à droite, NdT] parce qu’il faut mettre les nombres, on a gardé les nombres européens. Donc je lui dis « il faut faire ça et voilà comment tu fais. » Plus de nouvelles pendant trois mois. Il m’avait dit qu’il ne savait pas coder avant. Au bout de trois mois il revient avec un patch, il dit « voilà quelques modifications. » Le patch marche, je n’ai aucune idée si le rendu est bon, je demande à deux potes qui disent « ça a l’air cool. »
Là il me dit : « Tu n’as pas autre chose à faire ? – J’ai un problème en hébreu. » Là je me dis « JB, tu es en train de demander à un mec qui est en Syrie, en train de se faire bombarder la tête, de s’occuper… N’es-tu pas un peu… ? » Bref, je le fais, il me dit « pas de problème. » Pour l’hébreu, il met quatre mois, il revient avec un patch parfait. Il me dit « JB, je m’embête. – Écoute, là j’ai un truc, c’est pour faire le rendu de ce qu’on appelle le complex text layout, ce sont les scripts très compliqués d’Asie du Sud-Est comme le malayalam, tous les trucs en sanskrit, les trucs comme ça, tout est lié, c’est absolument un bonheur. Pour vous donner une idée, même dans les mondes informatiques, même dans tous les logiciels open source, il y a, grosso modo, trois bibliothèques qui le font, il y a GTK, il y a Qt, Chrome et peut-être Mozilla. C’est tellement compliqué que personne ne réussit à faire ça bien.
Le mec part, il revient six mois plus tard, le truc est parfait. Là je dis « Salah, qu’est-ce que tu veux ? – Est-ce que je pourrais avoir une lettre de recommandation et un mail@videolan. — Tu ne veux pas venir en France, tu ne veux un boulot ? — Non, je veux juste ça. »
C’est vraiment pour vous dire que, dans des communautés, c’est possible de travailler avec pas grand-chose, surtout que VLC est quand même un des logiciels les plus compliqués qui soient – on écrit de l’assembleur à la main, j’ai lancé un projet qui s’appelle Dav1d [14], ce sont 250 000 lignes d’assembleur écrites à la main. Il n’y a pas d’autre logiciel, aujourd’hui, que le projet VideoLAN, personne d’autre ne fait ça.
Donc ce n’est pas compliqué, il faut juste le vouloir et ce sont des gens qui ne sont pas payés, qui bossent depuis chez eux, à l’autre bout de la planète et qui ne vont même pas se voir.
Open Culture
Évidemment, les concepts de l’open source se sont agrandis à tout ce qu’on appelle open culture. Ce que vous connaissez le plus c’est évidemment Wikipédia, c’est vraiment de la base de connaissances en ligne, mais vous avez des recettes de cuisine avec des gâteaux au chocolat open source, il y a des bières open source, on a fabriqué, du chocolat open source. Grosso modo, toutes les créations intellectuelles ont récupéré ce concept d’open culture.
La souveraineté par le Libre
On va quand même parler de souveraineté. Pourquoi est-ce important ?
Il y a deux choses à comprendre et à apprendre de l’open source.
Futur + Open Source
Il faut se dire qu’au niveau souveraineté, pour se rattraper, il va falloir utiliser l’open source et la puissance de ces gens distribués qui vont être capables de faire beaucoup, vraiment tout ce bazar des communautés open source qui, finalement, est capable de produire beaucoup.
Mais aussi utiliser la façon de s’organiser des technologies open source. C’est ce que je disais à quelqu’un du ministère des Armées il n’y a pas très longtemps : « Vous vous rendez compte, vous avez plus de 100 000 personnes et vous n’avez même pas du code source partagé ! ». Chacun refait, chaque fois, d’ailleurs, en passant par un ou deux industriels à travers la DGA [Direction générale de l’Armement]. Personne ne réutilise ces concepts. »
Apprendre du Libre
En apprenant du Libre, on peut notamment faire du travail en équipe distribuée. Finalement, ce n’est pas très dur en si grandes organisations, il faut juste faire un peu confiance, définir sa maille de souveraineté, son groupe : est-ce que ton groupe c’est une BU [Bibliothèque Universitaire], est-ce que ce sont 50 personnes, est-ce que ce sont 200, est-ce que c’est 10 000 ? Travailler ensemble pour apprendre de la façon dont ces organisations fonctionnent et ça fonctionne bien. Aujourd’hui, sur les serveurs, pas grand monde fait tourner du Windows, c’est quand même le kernel Linux et tout ce qui va avec.
Il faut aussi comprendre qu’on ne va pas tout comprendre, ça veut dire qu’il faut faire confiance aux autres. Ça ne veut pas dire qu’on ne vérifie pas, c’est ça qui est important, c’est ce que fait Debian. On vérifie, on signe, on fait un réseau de signatures, on fait un réseau de confiance. Lui je le connais, lui je le connais, six degrés de séparation, je suis sûr que dans cette salle on est à trois et puis, maintenant, vous êtes tous venus ici, vous êtes à un. Se faire confiance, signer, mais vérifier.
Ça veut dire quoi ? Ça veut dire qu’il faut accéder au code source. Même si vous n’allez pas le donner, là je vais faire un peu moins que du Libre, je vais faire du partage de source : quand vous allez acheter un logiciel, vous allez dire « vous allez aussi me vendre le code source. Je n’ai pas le droit de l’utiliser, mais, au moins, je vais pouvoir le recompiler et vérifier que ce que vous me livrez c’est ce que vous me dites et que, par hasard, vous n’avez pas mis de backdoor. » Des gens sur un « cloud provider souverain » basé sur Microsoft m’ont dit « ne t’inquiète pas, on regarde les flux réseau. » Bien sûr ! C’est bien ! Ça veut dire que ton cloud provider va avoir dix térabits par seconde, tu vas analyser les dix térabits par seconde, tout étant chiffré, tu vas donc casser tous les TLS [Transport Layer Security] pour pouvoir aller regarder ce qu’il y a dedans ! » Bien évidemment, si le truc utilise le Phone Home jamais tu ne le verras !
Organisations distribuées
Ces organisations distribuées, ce partage du code, c’est ce qu’on appelle l’inner source, c’est-à-dire appliquer l’open source dans vos organisations. Arrêtez de redévelopper 20 fois le truc. C’est sûr que si vous êtes 30 dans votre PME, ça ne marche pas trop, mais dès que vous êtes 200, 300. J’étais VP of Engineering chez Ventes Privées, il y avait 800 personnes à la tech, même là, en fait, il y avait 80 équipes qui repartageaient du code et ça faisait gagner beaucoup de temps. Tout était vérifié, tout été recompilé avec un système qui vérifiait que tout était compilé correctement.
Il faut donc apprendre des techniques et de l’habitude d’organisation de l’open source parce que ça va vous rendre plus efficaces et plus agiles et surtout vous allez maîtriser mieux en parlant dans votre chaîne, dans ce qu’on appelle la supply chain ou les SBOM [Software Bill Of Materials] en logiciel, c’est-à-dire, quand vous allez acheter un truc, dire « vous allez aussi me donner votre truc, je n’ai pas de licence pour l’utiliser, mais, au moins, je peux vérifier ce que vous faites. »
Après, il y a le deuxième sujet qui est qu’aujourd’hui, si nous voulons rattraper notre retard en Europe, on ne le fera pas sans l’open source, on ne le fera pas sans le Libre parce que notre retard est trop important aujourd’hui. J’aimerais bien vous dire que ce n’est pas le cas, mais on n’a pas de cloud providers européens, on parle d’hyperscalers. Aujourd’hui il y a cinq cloud providers dans le monde : trois américains que vous connaissez, deux chinois, les autres sont quand même relativement petits.
Entreprises
C’est important parce que vos entreprises travaillent beaucoup avec des clouds.
Et puis il y a un manque de solutions de messagerie, il y en a quelques-unes, quand même, on n’y est pas encore, et surtout on est encore très loin de ce qui est écosystème Office 265 et Google Docs. Pour cela, il faut qu’on se mette tous ensemble, de façon distribuée, et on ne le fera qu’à travers le Libre. Déjà, entre la France et la Belgique on n’arrive pas à se mettre d’accord, alors, quand il faut être 27, on n’y arrivera jamais !
École
Pareil pour l’école. Les habitudes d’informatique se prennent tôt. Aujourd’hui, on a des générations, malheureusement celle qui est un peu en dessous de moi, où on se rend compte qu’ils sont moins techs que notre génération. Ils sont notamment beaucoup plus consommateurs et beaucoup moins producteurs. Il faut introduire la programmation, ça c’est fait, c’est bien, mais il faut arrêter de les former juste à quelques logiciels propriétaires parce que, une fois qu’on est habitué à 12 ans avec ça, on l’utilise toute sa vie.
Cloud et IA
Évidemment le cloud, mais surtout le cloud et l’IA. On voit quand même plein de choses géniales qui sont faites, des modèles d’IA qu’on appelle open source. On est d’accord que ce n’est pas du tout de l’open source, c’est ce qu’on appelle de l’open-weight, c’est ce que fait Mistral, c’est ce que fait Facebook. Mais on a des gens comme Kyutai [15] ou d’autres gens qui arrivent, qui donnent justement du logiciel open source qu’on va pouvoir entraîner nous-mêmes et, comme tout ce qui est générative, c’est un peu une black box, c’est quand même très important de maîtriser cette black box.
État
Et enfin, on va reparler d’élections, c’est un peu le sujet du moment. Faire du vote électronique sans être open source et sans vérification, c’est impossible. Pourtant, quand on regarde, tous les ans, chez Debian, ils sont capables d’élire un chef, qui s’appelle le Debian leader, et ça marche super bien. Ils ont des systèmes de vote électronique, tout est vérifiable, tout le monde peut vérifier. Quand on regarde tous les systèmes de vote électronique aux États-Unis ou dans les pays qui les ont autorisés, on est très loin de le faire.
Et aussi, ça c’est plus sur la partie de l’État, l’État achète énormément de logiciels, il a donc une puissance d’achat monstrueuse et la force publique ne le fait pas. Si jamais elle demandait que ce qu’elle paye à des cabinets de conseil, pas du tout très cher, soit open source, d’ailleurs qui n’outsourcent pas du tout leur mission dans des pays étrangers, bien sûr, si au moins ce code était redistribué même au sein de l’État ou même si les achats étaient orientés vers de l’open source, ça aiderait tout le monde, parce qu’on pourrait réutiliser le code pour faire d’autres choses.
J’ai parlé un peu trop. Je vous remercie.
[Applaudissements]