L’IA : nouvelle priorité des présidentielles 2027 ? Le numérique pour tous

Voix off : Sud Radio – Le numérique pour tous – Vanessa Perez.

Vanessa Perez : Bonjour et bienvenue dans Le numérique pour tous, l’émission dédiée à l’innovation et à la tech responsable.
Vous le savez, elle est partout dans notre quotidien, dans nos vies, dans nos entreprises et plus que jamais dans l’arène politique, je veux parler de l’intelligence artificielle. Alors que les programmes de nos futurs présidents sont en train de la mettre à l’honneur, de nombreuses questions s’imposent.
La vidéosurveillance intelligente est-elle un rempart contre la délinquance ou le premier pas vers une société de surveillance ? Quel va être l’impact de l’IA sur les campagnes électorales ? Et si la France doit devenir championne de l’IA, comment nos futurs gouvernements vont-ils prendre en charge les destructions d’emplois ?
C’est le débat que nous vous proposons aujourd’hui dans Le numérique pour tous. Ça commence dans quelques instants et c’est sur Sud Radio.

Voix off : Sud Radio – Le numérique pour tous – Vanessa Perez.

Vanessa Perez : Dans ce Numérique pour tous spécial IA et présidentielle, nous avons le plaisir d’accueillir le député Paul Midy, membre de la commission des affaires économiques et fermement convaincu que l’IA est une opportunité historique pour la croissance, il nous en parlera.
Face à vous Fabrice Epelboin pour porter un regard sans concession, néanmoins bienveillant, pour nous donner un petit peu les effets de ce miroir technologique. Vous êtes enseignant à Sciences Po et vous êtes spécialiste reconnu de l’impact des technologies sur les réseaux sociaux. Fabrice, bonjour.
On va commencer par un débat qui est actuellement un peu sous la loupe, celui de l’intelligence artificielle et de la vidéosurveillance. Paul, l’amendement a un peu de mal, il patine un petit peu en ce moment. Où en est-on justement ? Rappelez-nous le contexte.

Paul Midy : J’ai effectivement déposé une proposition de loi pour permettre l’utilisation de la vidéo protection augmentée à l’IA [1]. Qu’est-ce que c’est ? C’est aider les commerçants à lutter contre le vol qui est un fléau pour eux, c’est 2, 3, 4 % du chiffre d’affaires qui peut être supprimé à cause du vol dans les magasins. Et, bonne nouvelle, il y a une technologie qui permet de baisser de 20 à 50 % les occurrences de vol dans les magasins qui est l’utilisation de l’intelligence artificielle sur les caméras de vidéo protection. C’est très simple. Le commerçant ne peut pas passer son temps à regarder son écran de caméra pour voir ce qui se passe dans ses rayons, il est en train d’encaisser ses clients ou de faire ses stocks. Par contre l’IA peut le faire et elle peut prévenir le commerçant quand, éventuellement, il y a peut-être un geste qui ressemble à un geste de vol que c’est à ce moment-là qu’il faut regarder. C’est très simple, c’est très efficace. On a voté, à l’Assemblée nationale, pour légaliser cela tout en encadrant, évidemment, l’utilisation de l’intelligence artificielle. Maintenant il faut que ça continue la navette parlementaire, j’espère qu’on y arrivera dans les prochains mois.

Vanessa Perez : Paul, n’avez-vous pas un peu l’impression que c’est l’amorce d’un Big Brother ?

Paul Midy : Non, je ne pense pas du tout, au contraire, parce que c’est vraiment une technologie qui est encadrée, qui permet la primauté humaine, c’est-à-dire que les décisions sont uniquement humaines. : c’est le commerçant qui voit, parce qu’il est alerté par l’intelligence artificielle, que potentiellement il se passe quelque chose et ça réduit très fortement les vols. On encadre, par exemple, en interdisant la reconnaissance faciale, en donnant tout un tas de spécifications techniques sur ces logiciels, en favorisant le fait qu’ils soient français et européens. On est donc vraiment très loin du Big Brother. Il faut utiliser ces technologies quand elles peuvent apporter un bénéfice. Là, c’est la lutte contre le vol, mais, demain j’espère que ce sera pour des sujets de santé : quelqu’un qui tombe sur un trottoir, une personne âgée qui tombe sur un trottoir, qui se casse quelque chose, qui est toute seule, pour que les secours puissent venir plus rapidement, quelqu’un qui fait une crise d’épilepsie ou une crise cardiaque. Ces technologies peuvent apporter énormément de bénéfices, par contre, il faut bien les encadrer, les utiliser pour les usages qu’on souhaite et c’est le choix démocratique.

Vanessa Perez : L’intention est totalement bienveillante, elle est louable. Si vous, Fabrice Epelboin, étiez à l’Assemblée, est-ce que vous voteriez cet amendement ou avez-vous un blocage culturel ?

Fabrice Epelboin : Déjà, je lèverais un petit malentendu. Dans 1984, il y a toujours des humains, c’est dans Terminator qu’on n’a plus d’humains, ce n’est donc pas du tout incompatible avec le fait de construire 1984. Et puis je soulèverais quand même une bonne nouvelle, c’est que ces technologies sont déjà installées en France depuis plus de dix ans, c’est Disclose qui nous l’a révélé. Vous n’y êtes strictement pour rien du reste, ça a été fait avant la macronie par Bernard Cazeneuve [Premier ministre de décembre 2016 à mai 2017], certes dans l’illégalité, mais on n’est plus à ça près ! Et on a installé dans plus de 200 municipalités, aussi bien dans les polices municipales que dans les préfectures – Marseille, Paris – des systèmes qui ont effectivement cette fonctionnalité, qui ont également la fonctionnalité de reconnaissance faciale.
Il y a deux inconvénients.
Le premier, c’est que ça s’est fait dans la plus parfaite illégalité, c’était déjà le cas pour la surveillance de masse avec le Deep Packet Inspection [2] déployé dès 2009, légalisé en 2018.
L’autre gros problème, c’est que c’est une technologie israélienne, Briefcam [3], ce qui, en termes de souveraineté, n’est pas fantastique. On a des startups qui sont à priori capables de relever le défi et de remplacer ces technologies israéliennes après dix ans de mise en pratique.
Là, on est strictement dans une problématique qui est de légaliser des pratiques qui, dans l’administration, sont déjà courantes depuis dix ans, mais sont effectivement totalement illégales pour le commerçant du coin.

Vanessa Perez : Donc, de votre côté, vous ne la voteriez pas. Plutôt non ?

Fabrice Epelboin : En fait, le problème qu’on va avoir, c’est que le rapport à l’espace public va radicalement changer. Depuis la révolution industrielle, on a l’anonymat dans l’espace public, c’est quelque chose qui fait partie d’une forme de contrat social informel. Le jour où la population va réaliser qu’elle est effectivement épiée à tous les coins de rue, le rapport à l’espace public et le rapport à l’autorité va changer de façon radicale. J’aimerais, avant ce genre de loi, avoir une étude d’impact sérieuse. Ce qui manque c’est une étude d’impact sérieuse sur ce genre de loi, c’est souvent le cas avec les lois sur le numérique.

Vanessa Perez : Paul, vous nous confirmez que vous allez prendre garde à ce genre de dérive ?

Paul Midy : Oui, ce n’est pas du tout le cas de cette loi. Je veux quand même bien préciser, d’abord, qu’on légalise dans l’espace privé, c’est-à-dire dans le magasin. On encadre des pratiques qui existent effectivement aujourd’hui, mais qui sont illégales de fait. On les encadre, c’est-à-dire que, par exemple, il faut qu’il y ait un droit d’information. Il faut que les clients, quand ils entrent dans le commerce, soient prévenus que ce type de technologie est utilisé, comme aujourd’hui ils sont prévenus que la vidéo protection est utilisée, qu’ils puissent faire le choix de rentrer ou pas dans le magasin si jamais cela leur pose effectivement un problème que ce type de technologie soit utilisé.
On n’est donc pas dans l’espace public. Effectivement, dans la loi JO, il y avait l’utilisation, pour protéger les Jeux olympiques, de ce type de technologie de caméras augmentées à l’IA pour les sujets de sécurité, je pense que c’est utile. Le cadre dont on parle ici c’est dans l’espace privé, dans les magasins, évidemment en encadrant et, je le répète, en interdisant la reconnaissance faciale. Il faut bien comprendre que ce logiciel ne regarde que des gestes, il ne regarde ni votre couleur de peau, ni de quelle façon vous êtes habillé, il est donc, en fait, moins biaisé qu’un agent de sécurité moyen dans notre pays. Il y a donc des avantages aussi à utiliser ce type de technologie.

Vanessa Perez : C’est bien de le rappeler.
Paul, on sait que vous êtes, bien évidemment, un fervent défenseur de la technologie, vous dites que la France doit devenir un champion de l’intelligence artificielle. On voit quand même qu’il y a une forte puissance des États-Unis et de la Chine, même si on y prête moins attention ici en Europe. A-t-on réellement les moyens de cette ambition ?

Paul Midy : En fait, je suis d’abord un fervent partisan de redonner aux Françaises et aux Français, aux Européens et aux Européennes, la capacité de la prospérité. Qu’est-ce qui se passe depuis 30 ans ? On a quasiment raté la révolution numérique et une grosse partie de la richesse qui a été créée, liée à cette révolution, est partie aux États-Unis, c’est un problème. Nous avons, face à nous, la révolution de l’intelligence artificielle qui va être aussi une opportunité économique énorme. Soit on mène cette révolution donc ça apportera des bénéfices énormes pour les Françaises et pour les Français en création d’emplois, en augmentation de salaire et c’est la direction que je veux qu’on prenne. Soit on rate cette révolution technologique, on va s’appauvrir relativement par rapport aux États-Unis et à la Chine, nous allons perdre notre souveraineté et, généralement, ça finit toujours pareil dans l’Histoire, c’est une constante dans notre Histoire : quand vous ratez une révolution technologique, vous vous appauvrissez et vous finissez soumis ou envahis. C’est ce qui est arrivé à la Chine quand elle a choisi de ne pas faire la révolution industrielle il y a quelques siècles, elle est passée de la première économie du monde à un des pays les plus pauvres du monde. Depuis qu’elle a repris une stratégie d’innovation, de gains de productivité économique, elle est redevenue la deuxième économie du monde. L’Europe est la troisième économie du monde. Je veux que nous redevenions la première économie du monde, je veux que, dans ce pays, les Françaises et les Français aient les meilleurs salaires au monde et qu’on ait le plus de ressources publiques pour payer notre armée, nos hôpitaux, notre éducation, la transition écologique et tout ce qu’on doit payer dans ce pays. C’est en cela que l’intelligence artificielle est une énorme opportunité, mais aussi un risque si on ne le fait pas bien.

Vanessa Perez : On loue votre optimisme, mais j’entends d’ici Monsieur Epelboin qui va vouloir apporter une contradiction ou peut-être un peu nuancer.

Fabrice Epelboin : Une précision sur la Chine. La Chine a été ruinée avant tout par l’invasion de l’opium par les puissances occidentales, ce qui a complètement écrasé ce pays pendant un siècle. Il s’en est sorti de façon catastrophique.

Paul Midy : Oui, mais l’opium est arrivé après que la Chine décide politiquement, pour des raisons que je ne vais pas détailler, de ne pas faire la révolution industrielle.

Fabrice Epelboin : Non, je parle du 18e siècle.

Vanessa Perez : On ne fait pas un débat historique. Venons-en aux faits.

Fabrice Epelboin : Je partage complètement le diagnostic. On a effectivement totalement raté la révolution du numérique. On peut prendre des chiffres, par exemple le PIB par habitant. Il y a 20 ans, le PIB par habitant était tout à fait comparable à celui des États-Unis, aujourd’hui le PIB par habitant des Français est moitié moins de celui des États-Unis. On a totalement décroché et nous nous sommes fait littéralement coloniser par les GAFAM.
Il faudrait peut-être un retour d’expérience et une analyse de ce qui s’est passé pour ne pas continuer dans cette voie.
Je vois des signes encourageants de la part de l’Europe qui prône l’open source, ce qui ne veut absolument rien dire, mais potentiellement peut-être le logiciel libre si les lobbies des GAFAM arrivent à ne pas fusiller cette loi. On peut essayer d’être optimiste, on verra bien ce que ça donnera.
À côté de cela, il faut quand même être réaliste. Le budget IA des États-Unis est assez comparable au budget de l’État français. On est vraiment dans la situation de la grenouille qui veut se faire aussi grosse que le bœuf. La stratégie chinoise pourrait être une alternative, c’est-à-dire que les Chinois, très concrètement, sont passés en logiciel libre. Les logiciels d’IA chinois sont un bien public qu’on peut installer sur sa propre machine. Le problème, c’est que ce genre de stratégie n’est pas à la portée de la France dans la mesure où il y a certaines collusions entre l’appareil d’État et les champions français. Donc comme cela détruirait de facto les champions français d’adopter une stratégie chinoise, ne serait-ce qu’en forkant les IA chinoises et en faisant leur propre version, on se retrouve un peu coincé. On n’a pas les moyens, les Chinois avaient le même problème, ils l’ont résolu en faisant de l’IA un bien public.

Vanessa Perez : Concrètement donc, en 30 secondes ?

Fabrice Epelboin : Concrètement on est aujourd’hui dans une injonction paradoxale. D’ici aux élections, il ne se passera à rien, après les élections, on verra. La seule stratégie réaliste qui s’offre à nous, c’est la stratégie chinoise.

Vanessa Perez : Paul, il y a un corollaire qui concerne justement tous les citoyens, c’est la peur de perdre son emploi à cause de l’intelligence artificielle. Au-delà de cette ambition – Fabrice parle d’une injonction contradictoire sur un autre sujet –, est-ce que le maintien de l’emploi va être garanti ? Allez-vous être vigilant là-dessus ? Allez-vous même peut-être compenser avec de la formation ? Comment soutenez-vous les citoyens dans ces années à venir ?

Paul Midy : Il faut bien comprendre qu’on sait très bien comment se passent ces révolutions technologiques, parce qu’elles se passent toujours de la même façon. Effectivement, elles détruisent de l’emploi, mais elles en recréent généralement à peu près deux fois plus. Il y a 30 ans, avant qu’on ait le numérique, il y avait un million de dactylos qui écrivaient à la machine à écrire. Ce million d’emplois a été détruit, ils n’existent plus. Par contre, il y a 30 ans, il n’y avait pas un million de développeurs, un million de livreurs en e-commerce, tous ces métiers nouveaux qui ont été créés, donc la balance est positive.

Vanessa Perez : Elle est positive, encore faut-il former les dactylos pour qu’elles ne restent pas sur le carreau !

Paul Midy : Exactement. Le sujet numéro un c’est la concurrence qui peut exister entre des salariés qui sont formés aux outils de l’IA et des salariés qui ne sont pas formés aux outils de l’IA, c’est cela le sujet. De la même façon que ceux qui, ces 30 dernières années, avaient une difficulté à utiliser un ordinateur avaient plus de difficultés à accéder à l’emploi ou à progresser dans leur emploi. La priorité numéro un sur ce sujet, c’est de former massivement les Françaises et les Français aux outils de l’IA. C’est pour cela qu’on propose avec Gabriel Attal de former 20 millions de Français dans les trois à cinq prochaines années aux outils de l’IA. Il y a une technologie que tout le monde connaît, qui est très pratique pour avoir un emploi et pour faire plein d’autres choses, à laquelle l’État, grâce à des politiques publiques très ambitieuses, forme l’ensemble des Français, ça s’appelle la voiture. Je pense qu’on doit faire la même chose.

Vanessa Perez : Qui va payer, Paul ?

Paul Midy : Il faut qu’on utilise les budgets de formation professionnelle qui sont très importants, pas toujours totalement bien orientés. Ils sont notamment financés par les entreprises mais aussi par l’État. Il faut que ce soit la puissance publique et les entreprises qui financent. Mais ces budgets, je dirais, existent déjà. C’est de la réorientation.

Vanessa Perez : Oui, mais quand il y a 2 500 euros par an et par candidat dans les entreprises pour former, est-ce qu’on a les moyens de former tout le monde ? Est-ce qu’on va pouvoir former tout le monde ?

Paul Midy : Il faut le faire. C’est vraiment un enjeu vital.

Vanessa Perez : Vous allez former les PME.

Paul Midy : Il ne faut pas reproduire les erreurs qu’on a faites ces 30 dernières années sur la révolution numérique où on a laissé des gens au bord du chemin. Il y a encore des gens, dans notre pays, qui sont dans l’illectronisme 30 ans après l’arrivée des ordinateurs. Ce n’est pas possible. Il ne faut pas se tromper cette fois-ci, on doit faire le retour d’expérience. Il faut donc former massivement, il faut que tout le monde y passe, mais c’est positif. La bonne nouvelle avec l’intelligence artificielle, c’est que ce n’est pas devenir chirurgien. Il n’y a pas besoin de faire 10 ans d’études pour comprendre comment ça marche. En quelques heures, les études académiques le montrent déjà, vous mettez le pied à l’étrier aux personnes qui veulent être formées. C’est relativement auto-apprenant. Quand vous avez à peu près compris comment ça marche, vous posez les questions à l’IA, elle vous répond et vous explique comment il faut faire. Donc en quelques heures, vous pouvez mettre le pied à l’étrier des Françaises et des Français. Il faut le faire.

Vanessa Perez : Vous allez donc forcer les patrons à former leurs collaborateurs ?

Paul Midy : Je pense qu’il faut qu’on ait un système national. Il faut que tout le monde y participe, bien sûr, chacun doit trouver son rôle. On doit s’assurer qu’au moins 20 millions de Français, c’est-à-dire au moins deux tiers des salariés du privé et du public passent par ces formations-là. Il faut les embarquer, les pousser, il faut que ce soit positif. Je pense donc qu’il faut qu’on fasse un grand plan national sur ce sujet-là.

Vanessa Perez : Fabrice, Paul Midy parlait d’une évolution comparable à celle d’Internet il y a quelques années. Pour vous, la rupture va être beaucoup plus violente ?

Fabrice Epelboin : Oui, elle va se passer en quelques années, là où auparavant, on était dans l’ordre de la génération. Former des dactylos, au final on ne l’a pas fait, on a juste eu le temps de les voir arriver à la retraite. Là, on n’aura pas le temps de voir une génération entière arriver à la retraite, ne serait-ce parce que les premières victimes c’est la génération qui arrive sur le marché du travail. Le premier usage de ChatGPT dans l’entreprise c’est de remplacer le stagiaire et de remplacer les emplois juniors. On va donc avoir un problème de raréfaction de l’emploi qui va effectivement commencer par des gens qui s’imaginaient totalement à l’abri des précédentes disruptions – la révolution industrielle, la révolution numérique – qui ne les avaient pas touchés, au contraire, et qui, là, vont se retrouver sur le carreau. C’est une génération qui a fait des études, qui avait pas mal d’ambitions en termes de travail et qui, très concrètement, vote dans les extrêmes aujourd’hui, plutôt l’extrême gauche, et qui va se retrouver sur le carreau.
On va se donc retrouver dans une situation avec une énorme population qui a des vraies capacités à réfléchir, à s’organiser, à débattre et qui va se retrouver exclue du marché du travail. C’est déjà le cas pour tous les juniors de toutes les entreprises.

Vanessa Perez : Paul, 30 secondes pour répondre avant la pause.

Paul Midy : Je pense que ce que vous venez de dire est totalement faux.

Fabrice Epelboin : C’est vérifié par des chiffres. Et je pense qu’on pourra mettre les chiffres derrière les clips YouTube.

Paul Midy : Une seule étude a essayé de le démontrer, qui a été après démontée par pas mal d’économistes, donc ça ne se voit pas dans les chiffres. Ça ne s’est jamais vu ! Dans aucune révolution technologique, depuis le début de l’humanité, il n’y a jamais eu ce qu’on appelle le chômage technologique, c’est-à-dire de hausse du chômage liée à l’arrivée d’une nouvelle technologie.

Fabrice Epelboin : Dans le monde du développement informatique pourriez-vous sincèrement affirmer cela ?

Paul Midy : On peut s’imaginer que cette révolution technologique ira beaucoup plus vite que les autres, donc le besoin de formation, d’accompagnement est beaucoup plus important et beaucoup plus rapide. Il faut qu’il soit à la hauteur des enjeux. C’est pour cela qu’avec Gabriel Attal nous proposons de former en cinq ans 20 millions de Français, ça peut paraître très important, mais c’est ce qu’il faut faire justement pour accompagner cette révolution-là. Il faut qu’on la mène et que les Françaises et les Français soient les meilleurs salariés sur l’IA de toute l’Europe et du monde entier. Je pense que c’est possible, ça demande beaucoup d’efforts, mais attention à ne pas faire croire aux Français qu’ils vont tous être au chômage dans trois ans, je pense que c’est vraiment une bêtise.

Vanessa Perez : Paul Midy, Fabrice Epelboin, je vous propose de marquer une courte pause et on va continuer à parler de formation, notamment des jeunes générations. Restez avec nous. L’intelligence artificielle sur Sud Radio, ça continue dans quelques instants et c’est sur Le numérique pour tous.

Voix off : Sud Radio – Le numérique pour tous – Vanessa Perez.

Vanessa Perez : Le numérique pour tous spécial intelligence artificielle et présidentielle, ça continue.
J’ai justement une question sur cette fameuse IA qui va s’infiltrer dans la préparation des élections, Paul Midy. On sait maintenant qu’on peut influencer certaines campagnes avec une bonne maîtrise des algorithmes des plateformes numériques. Vous n’allez peut-être pas nous le dire, mais dans quelle mesure peut-on être protégé d’une influence de l’intelligence artificielle sur le profiling, justement, des messages que l’on va adresser ?

Paul Midy : Je pense que vous parlez des réseaux sociaux.

Vanessa Perez : Notamment.

Paul Midy : Il faut bien comprendre que les forces politiques, dans ce pays, ne peuvent pas utiliser la publicité sur les réseaux sociaux qui est la seule qui permet de vraiment cibler tel ou tel type de personne, tel ou tel type de profession. C’est légal aux États-Unis, beaucoup d’argent est dépensé aux États-Unis là-dessus. En France c’est illégal et je pense que c’est une bonne chose. Il y a donc souvent beaucoup de fantasmes de certains, mais les partis politiques ne sont pas en capacité de le faire, c’est illégal. Certains peuvent faire des choses illégales, évidemment, ma force politique ne fait pas ce genre de chose.
Par contre, il bien comprendre que c’est effectivement l’algorithme de TikTok qui va choisir les vidéos et les personnalités politiques qui vont être envoyées auprès de nos enfants, ce sont plutôt les enfants qui utilisent TikTok, auprès de tous les utilisateurs français de TikTok.

Vanessa Perez : Vous parlez de ceux qui peuvent voter.

Paul Midy : Ceux qui peuvent voter, mais les enfants sont aussi exposés à ces vidéos-là. Et cet algorithme, que ce soit sur TikTok ou sur les autres réseaux sociaux américains ou chinois, ne respecte pas les règles de pluralisme que vous, en tant que radio ou que les chaînes de télévision, respectez parce que cette obligation a été mise dans la loi depuis 40 ans.

Vanessa Perez : Est-ce que ces élections seront biaisées ou pas ?

Paul Midy : De fait, comme ces réseaux sociaux sont maintenant le premier média d’information pour les Françaises et pour les Français jusqu’à 35 ans, sur ces médias il n’y aura pas, on peut l’imaginer, le pluralisme comme on l’a à la télévision ou à la radio, qui est, je pense, quelque chose d’important. Je plaide pour qu’on applique ces règles de pluralisme sur les réseaux sociaux, mais comme on est à moins d’un an d’une élection présidentielle et que dans notre démocratie on a cette règle implicite de ne pas changer les règles du jeu moins d’un an avant une élection, cette règle ne sera pas changée d’ici là.

Vanessa Perez : Ça va être difficile. Merci Paul. Trente secondes pour conclure, Fabrice.

Fabrice Epelboin : Effectivement, on n’a pas le droit de faire de la pub politique, si des militants se mettent à le faire, c’est totalement hors cadre. Si j’ai une armée de militants qui font des petits clips sur Bardella, Mélenchon, machin, pour faire leur promotion, je vais pouvoir avoir un leverage avec une armée de militants et là, les forces ne sont pas égales.
Ensuite, le problème central que pose l’IA, c’est l’ultra-personnalisation du message. On a vu ça avec Cambridge Analytica [4]. Il n’y a absolument aucun garde-fou dans la campagne actuelle pour ultra-personnaliser les messages grâce à l’IA. Qui plus est, un mouvement anti-IA commence à être massif aussi bien en France qu’aux États-Unis, qui va s’insérer dans la campagne d’une façon ou d’une autre. On a commencé à voir poindre des réactions avec la campagne de Sarah Knafo. Il n’y a aucun doute que, dans la campagne présidentielle, l’IA va avoir sa place dans le côté positif et dans le côté négatif. Il y a clairement un sentiment néo-luddite en France qui très très fort.

Vanessa Perez : Paul, 30 secondes pour répondre.

Paul Midy : Pour bien préciser, je répète que pour ce qui est des partis politiques, des campagnes dans notre pays, c’est interdit de faire ça.

Fabrice Epelboin : Non, pas des partis, du petit militant dans son coin.

Paul Midy : Par contre, il peut y avoir des risques d’ingérence étrangère. On en a eu à chaque fois aux dernières élections, évidemment pas qu’en France.

Vanessa Perez : En Russie peut-être, effectivement.

Fabrice Epelboin : Partout ! Aussi avec les Russes !

Paul Midy : Il faut être très conscient de ces ingérences étrangères. Elles sont dans notre quotidien et dans l’actualité. Il faudra que tout le monde soit vigilant. C’est pour cela qu’on a besoin de vrais journalistes, dans cette démocratie, qui puissent faire la différence entre le vrai et le faux, d’où viennent les messages, d’où ils sont poussés, avec quels intérêts. On a un sujet médiatique et de financement de nos médias dans ce pays qui est le sujet numéro 1.

Vanessa Perez : Merci beaucoup Paul Midy et Fabrice Epelboin pour votre éclairage et pour la richesse de ce débat.
Le numérique pour tous c’est fini pour aujourd’hui. Cette semaine encore, un grand merci d’interagir avec nous sur les réseaux sociaux. Vous êtes de plus en plus nombreux et on essaie de répondre à tout le monde.
Il est temps pour moi de vous souhaiter une excellente fin de week-end et de vous dire à la semaine prochaine.