Émission Libre à vous ! diffusée mardi 7 juillet 2026 sur radio Cause Commune Sujet principal : Tactic, une ASBL Tip Top, association à but non lucratif

Voix off : Libre à vous !, l’émission pour comprendre et agir avec l’April, l’association de promotion et de défense du logiciel libre.

Étienne Gonnu : Bonjour à toutes, bonjour à tous et bienvenue dans Libre à vous !. C’est le moment que vous avez choisi pour vous offrir une heure trente d’informations et d’échanges sur les libertés informatiques et également de la musique libre.
Tactic, une ASBL Tip Top, c’est le sujet principal de l’émission du jour, la dernière de cette neuvième saison de Libre à vous !. Avec également au programme une chronique de Benjamin Bellamy qui nous partage ses conseils de lectures pour l’été. Et enfin un mot d’Antanak sur les Assises de l’attention, une rediffusion de février 2026.

Soyez les bienvenu·es pour cette nouvelle édition de Libre à vous !, l’émission qui vous raconte les libertés informatiques, proposée par l’April, l’association de promotion et de défense du logiciel libre.
Je suis Étienne Gonnu, chargé de plaidoyer pour l’April.

Le site web de l’émission est libreavous.org, vous pouvez y trouver une page consacrée à l’émission du jour avec les liens et références utiles et également les moyens de nous contacter.
N’hésitez pas à nous faire des retours ou à nous poser toute question.

Nous sommes mardi 7 juillet.
Nous diffusons en direct, mais vous écoutez peut-être une rediffusion ou un podcast.

À la réalisation de l’émission, moi-même !

Nous vous souhaitons une excellente écoute.

[Jingle]

Chronique « Le truc que (presque) personne n’a vraiment compris mais qui nous concerne toutes et tous » de Benjamin Bellamy – Conseils de lectures pour l’été

Étienne Gonnu : Nous allons commencer par « Le truc que (presque) personne n’a vraiment compris mais qui nous concerne toutes et tous » de Benjamin Bellamy. Benjamin s’est fixé pour mission de rendre accessibles ces concepts complexes de notre société numérique. Il explique comment vivre dans un monde connecté en décryptant des aspects souvent perçus comme difficiles, parce qu’on nous a fait croire qu’ils l’étaient. Une chronique qui démystifie la technologie et qui nous encourage à mieux comprendre les enjeux numériques qui nous concernent toutes et tous.
Dans ce nouvel épisode, Benjamin nous donne des conseils de lecturs pour l’été.

[Virgule sonore]

Benjamin Bellamy : Bonjour à toutes et à tous.
Cette chronique est peu particulière, c’est en effet la toute dernière avant les vacances, les grandes vacances. Je me suis donc dit que j’allais faire une chronique pour l’été, plus légère, pour la campagne, la montagne, la plage et le farniente. J’étais au bureau, je prenais mon quatrième café du matin, en train de rêvasser à des destinations de rêve à vous suggérer pour se la couler douce l’été, quand mon collègue, Léo, est venu m’agresser : « Mais en fait, Benjamin, tu es un âne. Tu es l’âne Benjamin. T’as la ref’ ? Tu vois de qui je parle ? ». Non, je voyais pas du tout. « Mais si, tu es l’âne Benjamin dans La Ferme des animaux, tu l’as lu ! – Oui, mais aucun souvenir. – Eh bien, tu demanderas à ChatGPT ! ».
Je n’ai pas demandé à ChatGPT, je suis allé chercher mon exemplaire dans ma bibliothèque, une édition bilingue, j’adore, ça me donne l’impression de l’être, bilingue, alors qu’en vrai c’est juste le livre qui l’est. Bref ! En fouillant pour le retrouver, je suis tombé sur deux ou trois bouquins de plage et je me suis dit que finalement, une sélection de bons bouquins, pour se la couler douce aussi, mais avec un bon bouquin, ça serait mieux. Non ! Des destinations de rêve, avec un bouquin ! Je vais faire les deux, je n’arrive pas à me décider. Voici donc non pas une mais deux sélections pour passer de bonnes vacances.

Commençons par un classique, la Côte d’Azur. Nice, la Promenade des Anglais, sept kilomètres de front de mer face à la baie des Anges, galets blancs, palmiers et lumière du Sud. C’est aussi la ville la plus vidéosurveillée de France, capitale autoproclamée de la reconnaissance faciale, où vos vacances seront filmées en 4 K !
Comme lecture, je vous recommande Panoptique de Jeremy Bentham, publié en 1791, qui expose le projet d’une prison idéale où un unique gardien, placé au centre, peut observer tous les détenus sans que ceux-ci ne sachent jamais s’ils sont regardés à cet instant. Le simple fait de se savoir observable suffit à faire obéir ! Donc, on remerciera le Sénat qui a prolongé et étendu le recours à la vidéosurveillance algorithmique avec sa loi RIPOST [Réponses Immédiates aux Phénomènes Troublant l’Ordre Public] !

Traversons la Manche, Londres, la Tamise, les théâtres à ciel ouvert. Les Anglais, leur conduite à gauche, leurs miles, pieds et pouces, leurs degrés Fahrenheit.
Justement un bon livre, Fahrenheit 451 de Ray Bradbury, publié en 1953, un monde où les pompiers n’éteignent plus le feu mais brûlent les livres pour bloquer l’accès au savoir. Aujourd’hui, il suffit de planter un Cerbère électronique à l’entrée de chaque site et de réclamer vos papiers avant de vous laisser lire, ce que l’on appelle, assez joliment, la vérification d’âge !

Cap au sud, Lisbonne, les tramways jaunes et la lumière sur le Tage. Une vraie carte postale. Jusqu’au 28 avril 2025, quand toute la péninsule – l’Espagne, le Portugal et un bout de la France – a basculé d’un coup dans le noir, 15 gigawatts évaporés en quelques secondes, plus de courant, plus de métro, plus de téléphone, plus d’Internet.
Comme lecture – format papier ! Pas un e-book, économisez les batteries – Ravage de René Barjavel, publié en 1943, où une société ultra-moderne s’effondre le jour où l’électricité disparaît.

Et puisque c’est encore la coupe du monde, c’est l’occasion rêvée de bien pourrir son bilan carbone en allant outre-Atlantique, direction la Californie, Menlo Park, dans la baie de San Francisco. Soleil toute l’année, séquoias géants et, à une heure de route, le siège de Meta. C’est là qu’on fabrique le soma du 21e siècle, cette petite drogue du bonheur qui n’a même plus besoin de gélules, juste d’un pouce et d’un écran et vous scrollez jusqu’à la fin des vacances, et même un peu après !
Comme lecture, Le Meilleur des mondes, d’Aldous Huxley, publié en 1932, où l’on n’asservit plus les gens par la peur mais par le plaisir, où tout le monde est content et c’est justement ça le problème. Pour ceux qui trouveraient ça vieillot, le British Journal of Psychiatry décrivait cette année ce qu’il appelle « la dérégulation de l’engagement algorithmique, l’attention en miettes et le petit vague à l’âme dès qu’on décroche ».

Pendant que vous êtes dans le coin, passez donc par Denver, Colorado, l’air pur, les montagnes rocheuses. C’est aussi là que Palantir a installé son siège social. Palantir, c’est cette entreprise américaine spécialisée dans l’analyse de données pour la police, les armées et les services de renseignement.
Comme lecture, Minority Report de Philip K. Dick, une nouvelle publiée en 1956, où une unité de police arrête les criminels avant qu’ils ne passent à l’acte. Palantir fait mieux et son logiciel attribue à chacun un score de probabilité, une adresse probable, une présence probable, une dangerosité probable, et on cible les gens sur la foi de ce calcul. L’algorithme Precog dit ce que vous allez faire.

Direction l’Idaho, le Grand Ouest sauvage, les montagnes Rocheuses, les rivières à truites, les forêts à perte de vue, les grands espaces et la liberté. La liberté, sauf si vous êtes une femme ! L’Idaho a interdit l’avortement dès l’annulation de l’arrêt Roe et la police n’hésite pas à traquer la géolocalisation des téléphones. L’an dernier, elle a ainsi remonté les données d’un portable pour établir qu’une femme avait franchi la frontière et était allée avorter dans l’Oregon voisin.
On lira donc La Servante écarlate, de Margaret Atwood, publié en 1985, une théocratie qui réduit les femmes à leur fonction reproductive, sous l’œil d’un régime où les voisins se surveillent et se dénoncent.

Nouveau continent, direction l’Afrique et le Kenya, les grands safaris, le Masai Mara, les lions et les éléphants. Nairobi, la capitale, est devenue l’un des grands ateliers cachés de l’intelligence artificielle, là où des milliers de petites mains annotent nos jeux de données et modèrent les pires horreurs du Web pour que nos IA nous répondent bien proprement.
Dans La Machine à explorer le temps de H. G. Wells, publié en 1895, le voyageur découvre que l’humanité s’est scindée en deux, les Éloï, oisifs, à la surface, et les Morlocks, qui font tourner les machines dans le noir. Toute ressemblance serait fortuite !

Cap sur l’Asie, Shanghai, les néons et les gratte-ciel de verre, transparents. Transparents c’est le mot, parce que la Chine a la palme des villes les plus vidéosurveillées du monde, la reconnaissance faciale à chaque carrefour et un crédit social qui note vos moindres gestes.
Je vous recommande la lecture de Nous autres de Levgueni Zamiatine, publié en 1924, un roman où les gens vivent dans des immeubles aux murs de verre, sans rien à cacher puisque l’on peut déjà tout voir. C’est du bon sens : si tu n’as rien à te reprocher, tu n’as rien à cacher !

Retour à Paris, place de la République, la statue de Marianne, les terrasses au soleil, le point de départ de toutes nos manifs. C’est là, justement, qu’un manifestant a été identifié par reconnaissance faciale à la sortie d’un rassemblement.
Comme lecture, l’incontournable 1984 de George Orwell, publié en 1949. Une enquête de Disclose a révélé, en mars, que policiers et gendarmes ont, sur leur téléphone de service, depuis 2022, un logiciel de reconnaissance faciale branché sur un fichier qui couvre plus d’un quart de la population. En toute illégalité ! « Que fait la police ? »

Et pour finir, Bruxelles, la Grand-Place classée à l’UNESCO, les gaufres, le Manneken-Pis et, à deux pas, le bâtiment Europa, le siège du Conseil de l’Union européenne. L’Europe y parle de Chat Control pour mettre fin à la confidentialité de toutes nos messageries.
Dans La Ferme des animaux, de George Orwell, publié en 1945, les bêtes chassent leur fermier pour gouverner selon un beau principe d’égalité, écrit noir sur blanc sur le mur, avant que les petits chefs du nouveau régime ne repeignent discrètement les commandements pendant la nuit. Au Conseil de l’Union européenne, le 26 juin, les États membres se sont mis d’accord pour ressusciter Chat control que le Parlement européen avait pourtant rejeté à une seule voix près, trois mois plus tôt. Dans La Ferme des animaux, Benjamin, le vieil âne, regarde passer la camionnette qui emmène son ami Boxer. Il déchiffre ce qui est écrit sur le flanc et il comprend : Boxer part chez l’équarrisseur. C’est fini !

J’avais promis une chronique légère et j’ai menti !
Bonnes vacances à toutes et à tous, et surtout, restez vigilantes et vigilants, n’acceptez pas l’inacceptable et n’oubliez pas de prendre un bon bouquin !

[Virgule sonore]

Étienne Gonnu : C’était « Le truc que (presque) personne n’a vraiment compris mais qui nous concerne toutes et tous », de Benjamin Bellamy, que je remercie à distance, parce que sa chronique était préenregistrée. Une excellente chronique de fin de saison 9 de Libre à vous !.
Toutes les références qu’il a mentionnées seront rendues disponible sur la page de l’émission, libreavous.org/282, parce que c’est la 282e émission.

Nous allons à présent faire une pause musicale.

[Virgule musicale]

Étienne Gonnu : Après la pause musicale, nous parlerons de Tactic, une association à but non lucratif au top, Tip Top même.
Avant cela nous allons écouter Two Bullets, par Two Bullets For The Devil.On se retrouve juste après sur Cause Commune, la voix des possibles.

Pause musicale : Two Bullets, par Two Bullets For The Devil.

Voix off : Cause Commune, 93.1.

Étienne Gonnu : Nous venons d’écouter Two Bullets, par Two Bullets For The Devil, disponible sous licence libre Creative Commons Partage dans les mêmes conditions, CC By SA.

[Jingle]

Étienne Gonnu : Nous allons passer à notre sujet suivant.

[Virgule musicale]

Tactic, une ASBL Tip Top, association à but non lucratif

Étienne Gonnu : Nous allons poursuivre par notre sujet principal qui porte sur Tactic, et non pas tic-tac, une association à but non lucratif, une ASBL, qui défend le logiciel libre. Un sujet qui sera animé par le seul et unique Laurent en Costy, à l’épaule assez jolie, et, si vous n’avez pas la référence, je vous invite à écouter ou à réécouter les chroniques qu’il réalise avec sa fille Lorette, « À cœur vaillant la voie est libre ». Trêve de parenthèse, Laurent, je te laisse la parole ainsi qu’à tes invités.

Laurent Costy : Merci beaucoup Étienne. Bonjour à toutes et à tous.
Depuis 2002, Tactic ASBL, ASBL pour association sans but lucratif, nous serons donc en Belgique aujourd’hui, accompagne les associations et collectifs militants à l’adoption d’outils numériques libres, éthiques et durables, dans une logique d’émancipation et d’appropriation collective et citoyenne des technologies numériques. Son action est orientée vers des offres d’accompagnement adaptées aux professionnels du monde associatif, une éducation aux enjeux politiques et sociaux des technologies, la volonté d’autonomisation des publics et la démarche d’émancipation.
On parlera aussi de Domaine Public et on vous expliquera pourquoi. Domaine Public est une structure d’hébergement internet non marchande, indépendante et gérée collectivement par l’ensemble de ses membres. Elle veut favoriser l’autonomie dans la prise en charge d’outils informatiques de diffusion et de communication, au sein d’un public large, notamment non-spécialiste. Évidemment, nous regarderons le lien entre Tactic et Domaine Public.
Pour tout vous dire, nous avions aussi pensé parler de Neutrinet, mais il a fallu faire des choix et nous nous sommes dit que ce serait le sujet d’une émission dans la deuxième partie de l’année civile, on tease un peu.
Pour parler donc de Tactic et de Domaine Public, nous allons accueillir Célo.
Bonjour Célo.

Célo : Bonjour. Bonjour à tous. Bonjour Laurent.

Laurent Costy : Et nous allons accueillir aussi HgO. Est-ce que tu es là ?

HgO : Oui. Salut Laurent.

Laurent Costy : Bonjour à tous les deux.
Peut-être pour commencer, si vous le voulez bien, je veux bien que vous explicitiez un peu vos pseudos. On a toujours tendance à penser que HgO est un diminutif de Hugo, mais pas tout à fait, je pense que c’est plutôt de l’oxyde de mercure, c’est ça ?

HgO : Ce sont mes initiales, en fait mon prénom c’est Hadrien.

Laurent Costy : D’accord. OK. Et puis Célo ?

Célo : C’est une contraction d’un ancien surnom. Je m’appelle Céline et des amis m’appelaient Céloche qui est devenu Célo à un moment donné. C’est assez bête.

Laurent Costy : Célo c’est quand même un peu plus joli que Céloche !
On va rentrer dans le vif du sujet. On expliquera après ce que sont Tactic et Domaine Public, peut-être que ça intéressera les personnes qui nous écoutent de savoir comment on arrive à militer dans ce type d’association. Tu commences Célo ?

Célo : Je suis arrivée au logiciel libre assez tardivement. J’ai fait une formation en sciences sociales, notamment en anthropologie. C’est au détour d’un séminaire d’anthropologie du numérique que j’ai commencé à m’intéresser aux enjeux du numérique. J’en suis arrivée à me questionner sur le pouvoir des grandes entreprises du numérique et j’ai basculé un peu dans le logiciel libre. Du coup, je me suis beaucoup rapprochée de collectifs, d’abord de Neutrinet parce que j’ai commencé à faire de l’auto-hébergement. Du coup, on ne prend pas l’histoire dans le bon sens puisqu’on parlera de Neutrinet une prochaine fois. Mais voilà ! J’ai commencé à installer un peu des logiciels libres sur mon ordinateur, à avoir envie d’avoir un serveur, de l’utiliser avec YunoHost. C’est un peu comme cela que j’ai basculé là-dedans et finalement, de fil en aiguille, j’en suis venue à travailler pour une association qui fait la promotion des outils libres et qui accompagne les collectifs et les structures à faire une transition numérique vers ces logiciels-là.

Laurent Costy : Merci. HgO.

HgO : Je me suis intéressé au logiciel libre assez tôt, on va dire, parce que j’ai fait des études d’informatique, je baignais donc déjà un peu dedans. C’est vers 2010, je pense, que Framasoft avait fait une de ses premières campagnes, j’avais entendu parler du logiciel libre comme cela.
Pour en arriver à travailler chez Tactic, c’est un peu comme Célo, je suis d’abord arrivé via Neutrinet avec la question de l’auto-hébergement, on en parlera une prochaine fois. J’étais en questionnement, à savoir si je voulais continuer à temps plein dans un travail classique de gestion de serveurs, etc. Célo, qui travaillait déjà chez Tactic, m’a dit « une place se libère, en tout cas on cherche quelqu’un, donc, si tu veux nous rejoindre, tu es le bienvenu. » En plus ça m’arrangeait parce que j’avais envie de faire un peu une pause, de trouver un temps partiel, et en informatique c’est compliqué. Gérer des serveurs ça demande d’être présent tout le temps, c’est même l’inverse d’un temps plein, on fait des gardes, donc on a des heures le week-end pendant lesquelles on doit être disponible. Un temps partiel m’arrangeait et j’ai dit banco. On va dire que c’est grâce à Célo que j’ai rejoint Tactic.

Laurent Costy : D’accord. On a donc deux profils un peu différents, on a un profil très technicien informatique et puis un profil qui ne vient pas du monde informatique. Comment cela s’articule ? Je trouve cela assez intéressant, on rencontre souvent ce type de souci : quand les profils sont trop techniques, c’est compliqué de parler à des associations qui ne baignent pas dans ces problématiques au quotidien. Et à l’inverse, quand on n’a pas les compétences techniques, c’est compliqué d’accompagner l’association, de la libérer, etc. Du coup, c’est assez complémentaire dans vos fonctionnements, j’imagine évidemment vous n’êtes pas les seuls, on y viendra. J’imagine que cette complémentarité s’articule bien au quotidien.

Célo : Oui. Je pense que nous ne sommes pas les seuls au sein de Tactic et de Domaine Public à avoir des profils variés. Une partie des gens a des profils plutôt techniques, une partie va avoir des profils moins techniques. Il y a aussi pas mal de gens pour qui ce n’était pas le premier métier, pour qui ce n’était pas les premières études, qui sont plutôt comme moi, qui sont venus sur le tard avec, effectivement, une vision finalement très politique de ce qu’on fait et qui se retrouve aussi dans la manière dont on va travailler avec les associations en mettant en avant pas seulement des solutions techniques mais aussi des solutions qui ont une certaine valeur politique et éthique.

Laurent Costy : D’accord. Merci pour cet éclairage.
Du coup, on a déjà un peu dévoilé l’objet de Tactic et de Domaine Public, mais je vous laisse peut-être présenter respectivement les deux structures, qui sont des ASBL en Belgique. On commence peut-être par Domaine Public même si vous êtes plutôt là pour Tactic.

Célo : En fait, les deux collectifs sont très liés. En réalité, les deux émanent d’une même mouvance qu’il y avait au début des années 2000 à Bruxelles, vraiment issus de luttes militantes. Je ne vais pas revenir en détail sur l’histoire, d’ailleurs on en parlera plus tard de notre journal, on a sorti un très bel article qui retrace un peu cette histoire-là. En fait, il y avait beaucoup de luttes militantes au début des années 2000 à Bruxelles avec, notamment, un collectif dit le Mouvement Sans Nom qui agrégeait, d’une certaine manière, différents autres collectifs pour les transports en commun gratuits, pour les droits des chômeurs, différentes thématiques qui n’étaient pas spécialement en lien avec le numérique. Mais finalement, de ces luttes-là, a émané, à un moment donné, le besoin d’avoir des outils déjà pour communiquer au sein des associations mais aussi pour, potentiellement, protéger sa vie privée parce qu’il y avait des militants et militantes qui se retrouvaient sur écoute. Du coup, l’envie d’avoir vraiment ses propres infrastructures techniques est partie de là.
Ce premier projet, Collectifs Net, a finalement débouché, on peut le dire maintenant, sur deux projets plus importants que sont Tactic et Domaine Public.
Domaine Public est un projet d’hébergement qui se fait au départ avec des gens à Liège, en Belgique, des gens de Bawet, qui visait à avoir une structure d’hébergement qui maintenant fait partie du CHATONS, qui est intégrée à CHATONS.
Je crois qu’HgO à envie de compléter.

HgO : Il faut savoir qu’au début des années 2000, il y a toute une mouvance d’hébergeurs associatifs, je pense à Globenet en France, L’Autre Net, j’en oublie plein parce que je suis moins là-dedans vu que c’est en France, tout cela à la même période, suite au fait qu’une structure avait dû fermer. C’est aussi à ce moment-là que des hébergeurs associatifs se lancent, donc que Domaine Public voit le jour. Par la suite, Tactic prend place plus parce qu’il y avait un besoin de faire de l’accompagnement d’associations.
Domaine Public est vraiment l’hébergeur Web et mail et Tactic est plus orientée vers l’accompagnement.

Laurent Costy : Si on regarde un peu ce qu’a fait Framasoft avec Emancip’Asso, finalement vous étiez un peu précurseurs. Très vite vous avez identifié ce besoin de devoir accompagner en complément des propositions techniques.

Célo : Je pense qu’il y avait aussi quelque chose de plus large dans le fait de proposer des ateliers, proposer des rencontres, des discussions, des débats sur des enjeux liés aux libertés numériques et sur des logiciels libres à cette époque-là. Du coup, tout cela s’est construit un peu avec et autour de cet hébergeur qu’est Domaine Public, qui existe toujours aujourd’hui comme hébergeur. Ce sont les mêmes personnes qui, au départ, étaient un peu dans les deux projets et qui se retrouvent un peu aujourd’hui à gérer les deux projets. C’est pour cela qu’on dit toujours que ces ASBL, ces associations sans but lucratif, sont sœurs, parce que, finalement, on travaille beaucoup ensemble, vraiment en synergie avec, d’une part, l’hébergement, d’autre part ce qui vient se greffer autour. Là-dedans est venu aussi le besoin, pour des structures associatives, d’avoir d’abord des sites web, ensuite, potentiellement, un peu de parc informatique. Des radios locales avaient aussi besoin d’infrastructure. Tout cela, finalement, a été pris en charge un peu par les gens, à Bruxelles, qui ont fondé ce qu’est devenu Tactic, toujours vraiment en synergie avec Domaine Public.

HgO : Sauf erreur, Emancip’Asso est très orientée éducation populaire. Tout cela est venu après dans Tactic et Domaine Public. Comme le dit Célo, je pense qu’il y avait vraiment un besoin à remplir. Il y avait d’abord un besoin de mettre en place des outils et une infrastructure pour le monde associatif.
Je ne sais pas si tu veux compléter, Célo.

Célo : Il y avait ce besoin-là, mais il y avait aussi tous les aspects très militants et de sensibilisation qui étaient présents dès le début. Nous ne sommes pas super bien placés pour en parler puisque nous n’étions pas là à cette époque, nous sommes arrivés bien plus tard. Après il y a eu une période où l’activité de Tactic s’est recentrée effectivement beaucoup sur la prestation informatique un peu en tant que telle en logiciels libres avant de se rouvrir avec, maintenant, le journal Curseurs, dont on parlera tout à l’heure, et avec d’autres activités de sensibilisation et d’éducation populaire qu’on va faire à côté, qui étaient déjà un peu dans l’ADN de l’association et du collectif au départ.

Laurent Costy : Je vais vous faire part de mon ressenti, ce n’est pas du tout étayé, ça mériterait d’être un peu consolidé. Ça donne quand même l’impression que vous avez pris conscience et que cette question de l’accompagnement s’est construite plus vite qu’en France. Emancip’Asso est arrivée très tard, d’ailleurs on pourrait aussi questionner un peu l’activité de la plateforme en ce moment et la réalité des actions, alors que, finalement, cette question de l’accompagnement, avec Tactic entre autres, est arrivée plus vite. Du coup, je fais l’hypothèse que justement parce que c’est parti de structures militantes, qui avaient des thèmes extrêmement divers et qui n’étaient certainement pas les thèmes numériques au départ, ça a pu accélérer un peu cette prise de conscience et ce besoin d’accompagnement et de formation.

Célo : Je pense que tu as tout à fait raison. J’ai moins de vision sur la manière dont ça s’est déployé en France et sur Emancip’Asso en tant que telle. Je pense que c’est peut-être une des spécificités aussi de l’inscription de nos collectifs dans le milieu associatif en Belgique, ce sont vraiment des collectifs qui se sont créés avec les luttes et très tôt et pas des choses qui ont émergé ces dernières années, potentiellement les révélations d’Edward Snowden, Trump et ce qui se passe USA. Finalement, quelque chose était là précédemment, aussi en lien avec le secteur associatif en Belgique et en particulier à Bruxelles.

HgO : Après, c’est difficile de savoir comment c’était en France dans les années 2000, on n’a pas trop l’historique de tout ça. Je me dis aussi, pour le coup c’est un peu mon ressenti, qu’à ce moment-là, à Bruxelles, l’aspect militant est très fort, il se passe plein de trucs partout, des associations se mettent ensemble comme le disait Célo. Du coup, c’est un tout petit monde. Le logiciel libre est aussi un petit monde, en tout cas je trouve. Actuellement, à Bruxelles, on croise toujours les mêmes personnes. Je me dis que quelques personnes, dans ces collectifs militants, se sont intéressées aux logiciels libres à ce moment-là et c’est parti comme cela. Et, comme il y avait déjà un réseau assez étroit de personnes, ça a pris. Mais je ne peux pas garantir qu’en France il n’y ait pas eu des grandes villes où ça a été le cas dans les années 2000.

Laurent Costy : C’est une question que l’April regarde effectivement depuis le milieu des années 2000.
Un des autres éléments d’explication c’est qu’en France il y a aussi des grosses associations d’éducation populaire implantées, historiques, je pense à la Ligue de l’Enseignement, etc., ce qui fait que ces sujets-là ont été appropriés par les structures, mais, chacune les a traités à sa manière. Du coup, on n’est pas parti d’un noyau, d’un collectif, visiblement, la démarche n’est pas la même. Je trouve que c’est intéressant à comparer. Je n’avais pas pris conscience de ces différentes approches qui génèrent quelque chose d’intéressant en termes d’accompagnement et de formation. Ce sont des petites réflexions entre nous, ça demanderait à être validé, un peu creusé, mais je trouve que se poser ces questions-là est assez intéressant pour comprendre comment, parfois, la formation, l’accompagnement et le logiciel libre peuvent se développer.
Je vous propose peut-être de détailler un peu ce que fait particulièrement Tactic, même si on a déjà un petit peu évoqué. Au quotidien, concrètement, quel est votre métier, tous les jours ? Racontez-moi un peu votre journée à Tactic.

HgO : Il y a beaucoup de trucs. On fait vraiment un peu tout. J’entends parfois l’expression « concierge informatique », c’est un peu ça. On gère des parcs informatiques pour les associations, donc on va gérer leurs ordinateurs qui, en général, sont sous Linux. En tout cas, notre démarche c’est qu’il y ait un pas vers le logiciel libre. Il nous arrive, parfois, de devoir gérer des Windows ou du Mac, mais la grosse majorité c’est du Linux.

Laurent Costy : Ça représente combien d’ordinateurs finalement ? Ou de parcs ?

HgO : D’ordinateurs, c’est difficile à dire. Je dirais une cinquantaine de parcs, facilement, mais vraiment de tête. Je n’ai pas regardé les chiffres.

Laurent Costy : Ça donne un ordre d’idée parce que, déjà, quand on doit gérer son propre ordinateur tous les jours, c’est galère, alors quand il faut en gérer cinquante !

HgO : J’ai l’impression qu’il y a un peu moins de dix associations dans lesquelles on va vraiment gérer les ordinateurs et, dans ces dix associations, il va y avoir environ cinq à dix ordinateurs, un peu moins parfois. Je ne sais pas ce que tu en penses.

Célo : On travaille souvent, sur ces aspects-là, avec potentiellement une personne dans la structure, une personne-ressource. Dans certains cas, cette personne fait juste le lien entre nous, mais, dans d’autres cas, c’est elle qui fait un peu de technique et de maintenance de base de certains ordinateurs. C’est pour cela que ce n’est pas forcément évident. Je n’ai pas de chiffres en tête sur le nombre d’appareils. Parfois, on est aussi un peu dans des zones de flou : il va y avoir des gens, au sein de l’association, qui sont versés dans le logiciel libre, qui portent aussi le fait que, dans cette association-là, on a envie d’utiliser du Libre et du Linux qui, du coup, s’occupent aussi de la maintenance. Il y a des associations dans lesquelles on va être en collaboration avec d’autres structures. En Belgique, je pense notamment à Lybrafox [mgasin d’informatique], basé à Namur, qui fait du parc informatique aussi sous Linux. Parfois on est sur l’accompagnement et la maintenance de services un peu mail et cloud qu’on va proposer ou que les gens ont chez Domaine Public et on va aller installer et maintenir ces logiciels-là. Même sous Linux, nous ne sommes pas toujours les personnes qui gérons à proprement parler tout le parc informatique non plus.

Laurent Costy : Par rapport à cette personne que vous identifiez, que vous mentionnez au sein des structures, c’est quelque chose que vous demandez, que vous sollicitez, que vous identifiez sur place, vous essayez d’avoir un relais ? Comment cela fonctionne-t-il ? C’est encore du ressenti, mais, par expérience, je suis assez convaincu que la place de cette personne-là est essentielle pour que la démarche s’ancre dans le temps.

Célo : Honnêtement, je dirais que ça dépend. Après, nous ne sommes peut-être pas non plus les mieux placés parce que, finalement, il y a des associations qui sont dans cette démarche-là depuis plus longtemps que nous sommes là, donc savoir qui, au début, a contacté qui, dans quelles circonstances, c’est un peu difficile. En tout cas, je pense que les associations dans lesquelles il y a vraiment du parc informatique sous Linux c’est vraiment là où il y avait des gens qui avaient vraiment envie d’avoir des ordinateurs sous Linux, du coup faire appel à nous un peu en appui d’une démarche qui était là en interne, de ressources qu’il y avait en interne.
Je m’occupe de parcs informatiques, mais je suis beaucoup sur la partie accompagnement. On voit vraiment dans les structures, comme tu le dis, qu’il est intéressant d’avoir quelqu’un qui porte le projet, qui porte le logiciel libre à l’intérieur de la structure pour que ce soit durable.
En même temps, ces personnes-là font parfois appel à nous, par exemple pour de la formation ou certains accompagnements parce que, finalement, c’est parfois difficile d’aller vers ses propres collègues de travail pour dire « tu devrais faire comme ci ou comme ça avec l’outil. » Nous en avons déjà parlé à d’autres moments, tous les deux, mais je pense qu’il y a un peu cet aspect de l’importance d’avoir une continuité au sein des associations, qui s’articule aussi avec une présence un peu plus extérieure.

Laurent Costy : L’intervention d’un tiers qui va venir dire les mêmes choses mais qui viendra de l’extérieur, qui donnera du crédit aux personnes qui essayent de défendre le truc en interne.
Comment fonctionne la formation des professionnels dans le monde associatif en Belgique ? Comment fonctionnent les financements ? Est-ce qu’il est compliqué de convaincre les associations ? Ont-elles des enveloppes, des budgets ? Je ne connais pas bien ce monde.

HgO : Concernant la question budget, je peux te répondre, concernant la formation, je laisserai Célo puisque c’est plus elle qui fait l’accompagnement.
Certaines associations ont un budget formation, ça va dépendre des conventions collectives de travail. Bref ! En général, dans le domaine socio-culturel, les associations vont avoir un budget formation donc peuvent faire appel à d’autres associations, dont la nôtre, pour être formées. Ce budget, en fait, c’est bêtement une partie des cotisations des employés, je trouve que ce n’est mal comme système. Après, je pense que ça va être sur fonds propres des associations, parce que je ne pense pas qu’il y ait beaucoup de subventions dédiées à cela. Célo, tu as peut-être plus d’infos.

Célo : Non, pas plus que ça. Disons qu’en Belgique on a la chance d’avoir encore, pour le moment, des subsides de l’État dans un domaine qui s’appelle l’éducation permanente qui, en fait, rejoint un peu ce qu’on appelle, en France, l’éducation populaire. Un truc, paradoxalement institutionnalisé, où l’idée c’est d’aller aussi éveiller le sens critique des citoyens et des citoyennes. Du coup, on accompagne pas mal d’associations qui ont aussi ces subsides-là, donc pour couvrir un peu des frais de fonctionnement et aussi l’envie d’avoir, potentiellement, des outils un peu plus en cohérence avec leur visée politique par rapport à leur mission d’éducation permanente. Nous sommes beaucoup, finalement, dans des prestations informatiques. Pour les formations, il y a le Fonds 4S [Fonds de formation pour les ASBL].
Maintenant, nous ne sommes pas non plus reconnus vraiment comme organisme de formation au même titre que d’autres organismes de formation, en fait nous faisons plutôt des formations, au départ, sur des outils qu’on va proposer. Par exemple, si une association veut utiliser un cloud avec du Nextcloud, on va accompagner les gens à prendre en main le logiciel, leur expliquer les fonctionnalités de base, leur expliquer ce qu’est un cloud parce que, dans un contexte où les GAFAM ont beaucoup facilité l’usage des outils informatiques, tout le savoir lié au fait qu’on utilise un serveur, que les données vont passer sur des ordinateurs via une machine qui est quelque part dans un centre de données, est souvent invisibilisé, du coup très mal compris par les gens. Finalement, c’est beaucoup sur ces sujets que nous donnons des formations même si on fait aussi, ponctuellement, des formations plus génériques sur la transition numérique de manière un peu plus globale.

Laurent Costy : C’est la question que j’allais poser : quand vous intervenez très concrètement sur l’outil technique – il faut cliquer ici, ça fonctionne comme cela, etc. –, ça veut dire, finalement, que la majeure partie des membres de l’association, qu’ils soient bénévoles ou salariés, sont déjà convaincus que, de toute façon, ils veulent engager une transition.

Célo : En fait, ça dépend, parce que, souvent, c’est aussi le projet de certaines personnes ou d’une personne dans l’équipe. Du coup, c’est intéressant aussi d’avoir une formation qui n’est pas juste apprendre aux gens où cliquer. C’est aussi faire émerger la raison pour laquelle on va aller vers d’autres outils, pourquoi, potentiellement, on va aller vers des outils ce qui, potentiellement, va demander de prendre du temps parce qu’on n’aura pas tout à fait les mêmes habitudes, que cela apparaît, au premier abord, plus compliquées.
Dans ma pratique personnelle, on va dire, si je donne une formation sur du mail ou sur du cloud, je vais passer systématiquement au moins une quarantaine de minutes à redéfinir les termes : qu’est-ce qu’un serveur ? Qu’est-ce qu’un client ? Qu’est-ce qu’on entend par synchro, qu’est-ce qui se passe réellement ? Du coup, via cela, amener des enjeux plus génériques sur le fait qu’avoir un serveur ça consomme, les aspects sur les impacts environnementaux, que le cloud c’est l’ordinateur de quelqu’un d’autre, que le prestataire informatique a accès aux données, que ce soit Tactic, que, dans le cas de Google, ce soit Google. Mettre en avant ces aspects-là, finalement ça facilite aussi la compréhension au sein de l’équipe.

Laurent Costy : Par expérience, je pense qu’il y a vraiment une précaution à prendre qui est de vérifier quel est le « niveau », entre guillemets, de synchronisation des membres de l’association. Parfois on s’engage directement sur la partie technique, en pensant que tout le monde est en phase, alors que c’est la volonté d’une personne qui essaye d’embarquer tout le monde. Si ce préalable politique – ce que tu expliques sur les enjeux, Google, etc., – n’est pas fait, du coup on se retrouve après, au sein de la structure, avec des gens vraiment décalés sur les usages et des gens qui ne se comprennent pas au sein de la structure. Du coup, ça n’ancre pas la démarche dans le temps. C’est un peu par expérience. Vas-y, je t’en prie HgO.

HgO : Je voulais ajouter que j’ai l’impression qu’il y a une prise de conscience depuis un peu moins de dix ans. En fait, quand on passe au logiciel libre, on change l’outil de travail des gens. En tout cas, de ce que je voyais avant, c’était « on va tout passer en logiciel libre et puis les gens se débrouilleront ». Sauf que, quand on change leur outil de travail, les gens perdent des heures, il y a de la frustration, du coup il y avait des retours en arrière, sur des outils propriétaires.
C’est une bonne chose que dans le milieu du logiciel libre et même dans l’associatif en général, en dehors du logiciel libre, qu’il y ait une prise de conscience de cela, se dire que si on passe logiciel libre il faut de la formation. En tout cas, quand nous proposons de passer au logiciel libre, quand nous proposons des outils, on demande s’il faudrait de la formation et la plupart du temps on nous répond « oui, c’est une bonne idée ».

Laurent Costy : Très bien. On va on bientôt faire une pause musicale. Peut-être, avant la pause, pourriez-vous nous préciser un peu quels sont les publics cibles de Tactic, en quelques mots.

Célo : Avant de parler des publics cibles, tu as posé la question concernant nos journées type et que nous sommes quand même beaucoup dans les aspects de maintenance, parcs informatiques, et moi accompagnement, on a un peu répondu là-dessus. Tout à l’heure j’ai mentionné les sites web, donc, potentiellement, on fait des sites web pour les associations. À d’autres moments on fait de l’hébergement, souvent on s’appuie sur Domaine Public, mais on va avoir certaines structures, du coup ça rejoint la question des publics, des écoles qui, potentiellement, ont des plus gros besoins que ce que va proposer un hébergeur mutualisé comme Domaine Public, donc, à des moments, on va aussi installer nos propres serveurs avec des serveurs dédiés pour une grosse structure ou, par exemple, une école.

HgO : Quand on parle d’écoles, pour l’instant ce sont essentiellement des écoles d’art. Je trouve qu’il y a une conscientisation concernant le logiciel libre dans ces milieux.

Célo : À des moments, on fait aussi un peu de développement web, même si ce n’est vraiment pas ce qu’on fait le plus. Par exemple, justement pour les écoles, on a développé en interne un LDAP [Lightweight Directory Access Protocol] qui va permettre d’aller chercher des données administratives des professeurs et des élèves, qui s’appelle ProEco, pour aller les balancer dans le système qui va créer les comptes Nextcloud et des différents services internet qu’on va proposer pour les écoles.
Là on a beaucoup parlé d’accompagnement et de parc informatique, on a aussi, finalement, une activité un peu plus globale au sein de l’association. Nos publics vont être principalement les associations, les collectifs, ces types de structure, mais aussi des écoles, notamment écoles d’art.

HgO : Juste pour préciser, pour que ce soit plus concret, l’outil dont tu parlais a la forme d’un portail étudiant. Les étudiants ont accès à toutes leurs applications, que sur le cloud, la plateforme de cours, etc., et les profs et l’administratif ont accès, on va dire, aux permissions et aux données des étudiants.

Laurent Costy : Très bien. Ça représente combien de structures finalement ? Une cinquantaine ? Ça rejoint le nombre de parcs de tout à l’heure à peu près ?

HgO : C’est difficile à savoir. Dans certaines associations on en fait beaucoup, il y en a où c’est ponctuel, mais je pense qu’on est facilement sur une centaine d’associations dans Bruxelles et un peu autour.

Laurent Costy : Associations, écoles et autres personnes.

HgO : C’est très large comme réseau et je trouve que c’est difficile à quantifier.

Laurent Costy : Très bien.
Je vais repasser la main à Étienne pour la petite pause musicale.

Étienne Gonnu : Merci Laurent et merci pour cet échange qui, pour le moment, me passionne.
Petite pause musicale. Nous allons écouter Revel, par Shelby Merry. On se retrouve juste après, toujours à l’écoute de Cause Commune, la voix des possibles.

Pause musicale : Revel, par Shelby Merry.

Voix off : Cause Commune, 93.1.

Étienne Gonnu : Nous venons d’écouter Revel, par Shelby Merry, disponible sous licence libre Creative Commons Partage dans les mêmes conditions, CC By SA.

[Jingle]

Étienne Gonnu : Vous écoutez Libre à vous !, nous sommes mardi 7 juillet. Laurent Costy anime un sujet qui porte sur l’association belge Tactic, et non pas tic-tac, avec Célo et HgO.

Laurent Costy : Merci Étienne. On reprend avec Célo et HgO qui ont décrit tout ce que fait Tactic. Avec toutes ces actions, on imagine que vous êtes au moins 40 et que vous avez un budget de 240 millions d’euros. Vous confirmez ? Dites-nous tout !

Célo : Bof ![Rires]

HgO : Nous sommes environ dix dans l’association, quasiment tous à temps partiel, il y a un temps plein. En équivalent temps plein, pour dire des gros mots, nous sommes plutôt autour de cinq/six. Et, en termes de sous, un des employés a un subside Maribel [fonds qui subventionne les nouveaux emplois créés par les employeurs du secteur public sans but lucratif, NdT] qui est bêtement une aide à l’emploi.

Laurent Costy : En France, subside, c’est ce qu’on appelle subvention, c’est ça ?

HgO : Oui, mais Maribel est un une subvention dédiée juste pour employer quelqu’un. Je ne sais plus quelle est l’entité, en Belgique qui fait ça, je crois que c’est la Fédération Wallonie-Bruxelles, si je ne dis pas de bêtises, qui verse l’argent pour payer son salaire et rien d’autre. Cela fait donc déjà une personne qui est payée.
Après c’est de la prestation de services, on en a parlé, et on a un tout-petit subside/subvention, c’est le même mot, en éducation permanente, ce qu’on disait tout à l’heure, c’est un peu l’équivalent de l’éducation populaire sauf que c’est institutionnalisé. On avait demandé de pouvoir payer au moins un temps plein, on visait donc beaucoup plus que ce qu’on a obtenu, on a eu 10 000 euros alors qu’on visait 100 000 euros, quelque chose comme ça. Nous avons reçu l’information le mois passé. Nous étions un peu déçus et, à la fois, quand même contents d’avoir quelque chose. Ce subside-là était dédié pour travailler sur le journal Curseurs dont on parlera tout à l’heure.

Laurent Costy : J’ai deux questions pour conclure ce point et après on va passer à Curseurs, à savoir si les temps de travail sont contraints ou s’ils sont choisis, si les personnes ont vraiment choisi de travailler à temps partiel. L’autre c’est presque une private joke, par rapport à vos ressources propres : suivez-vous bien les factures ou les ressources que les adhérents vous doivent ? C’est juste pour comparer avec Neutrinet et avec le VPN, par exemple, que j’ai. On ne me le réclame pas et j’oublie que je dois le payer. Juste pour savoir, c’est une private joke !

Célo : C’est toujours un peu le problème d’être une association en partie militante. La facturation a parfois un peu de mal à suivre. Globalement, on va dire que l’essentiel de nos revenus c’est quand même ce qu’on facture pour de la prestation informatique. Nous sommes donc quand même un peu contraints de suivre ça un peu mieux que chez Neutrinet, qui est une association avec que des bénévoles. Nous sommes quand même dans une autre démarche face à ça.

HgO : Ceci dit, nous avons encore du travail à faire sur le fait de bien suivre tout ce qui est heures des prestations de service quand on va faire du boulot pour une association, etc. Ça reste complexe.

Laurent Costy : Et on le sait, ça n’est pas le cœur de métier des associations, ce n’est pas le côté le plus passionnant, celui qui passionne les bénévoles et les salariés, bien sûr ! Je me moquais un peu !

HgO : Il n’y a pas de souci. Ce que je veux dire, c’est que nous sommes dix, il y a cinq ans je pense que nous étions moitié moins et ce n’est pas la même chose de travailler à dix, d’essayer de se coordonner, de savoir qui a fait quoi pour telle association, avec quelle association chacun travaille, etc. Nous sommes en train de nous réorganiser un peu pour mieux suivre tout ça. C’est un boulot à part entière.

Célo : On vient aussi d’une situation où les personnes qui travaillaient pour Tactic, avant que j’arrive, avant qu’Hadrien soit là aussi, facturaient un peu chacune leurs propres services, ce qu’elles faisaient. Là, on entre dans une gestion beaucoup plus collective de ces aspects-là, on travaille aussi à plusieurs sur les mêmes projets. Nous sommes en train d’améliorer aussi ces aspects de comptabilité.

Laurent Costy : Donc work in progress, comme on dit en anglais.
Sur la question temps partiel choisi ? J’ai aussi une question d’Étienne, dans le chat, qui demande si vous avez fixé à dix ce nombre. Est-ce que c’est un plafond ou est-ce que, finalement, en fonction des opportunités, vous envisagez aussi de continuer à développer ?

HgO : J’ai l’impression que c’est un peu les deux. Quand je suis arrivé, c’était en fonction du fait d’avoir de l’argent pour pouvoir embaucher et c’est un peu selon le temps de travail que chacun souhaite faire dans l’équipe. Je voulais faire un temps partiel, donc on m’a dit « OK, ça devrait passer si tu prends un mi-temps. » Il y a ça et il y a aussi la réalité associative qui fait que certaines personnes qui sont payées par exemple à mi-temps, qui ne vont pas faire un mi-temps, qui vont faire plus, on essaie aussi de gérer ça. Je pense que c’est comme un peu partout : à quel le moment s’arrêtent le côté militant et le côté salarié, même dans des boulots typiques, à quel moment s’arrête ton boulot. On parle du droit à la déconnexion, je ne vais pas rentrer là-dedans, mais c’est vraiment de plus en plus difficile de s’arrêter, de se dire « j’ai fait mes heures. » Je trouve que c’est encore plus difficile quand c’est une association qui est chouette et où on a la chance, en fait, que son militantisme soit payé. Je ne sais pas comment le dire, on a envie de faire plus, mais il y a aussi des risques d’épuisement et puis il n’y a pas que Tactic dans la vie, il y a aussi Neutrinet ! Il y a d’autres trucs et il n’y a que 24 heures !

Célo : Il y a vraiment ça, aussi par rapport au fait de « financer son militantisme », entre guillemets. Quand je suis arrivée chez Tactic, on m’a un peu dit « on a un peu d’argent pour t’engager, mais, potentiellement, de quoi aurais-tu besoin pour vivre, quel revenu te conviendrait ? ». Finalement c’était moins « on a besoin d’engager une personne sur tel temps » que « je aussi, potentiellement, être à temps partiel pour mes autres projets », parce que j’ai aussi d’autres projets. La question était : que te faut-il, finalement, pour vivre « correctement », entre guillemets, et on décide un peu le temps de travail et on s’organise aussi en fonction de ça. Sachant, comme disait HgO, que, dans les associations, on a toujours tendance à en faire plus. Donc, actuellement, je suis sur 3/5 formels et cela ne reflète pas forcément le travail que je fais, notamment dans des projets comme le journal dont on va parler sous peu. Finalement, c’est un peu aussi une vision du militantisme, de ce qu’on a envie d’avoir comme engagement plus militant vis-à-vis de communs.

HgO : Après, j’ai quand même l’impression que, dans l’équipe, on revient un peu de ça. Avec Curseurs, on a quand même eu un épuisement et on se rend compte que l’énergie et le temps ne sont infinis.

Laurent Costy : Curseurs justement, je me permets, il faut qu’on en parle. On tease depuis 20 minutes maintenant, je propose d’aborder ce sujet. Je fais référence à l’émission 234, puisque Vincent Calame, qui fait des chroniques régulièrement sur Libre à vous !, a fait sa chronique justement sur le thème de Curseurs, mais vous allez nous expliquer ce qu’est Curseurs puisqu’on en parle depuis le début de l’émission. Dites-nous.

Célo : C’est un journal qu’on a commencé à publier en 2023, un journal papier sur le numérique.

Laurent Costy : Papier !

Célo : On voulait travailler de manière un peu différente de celle des autres.
Tout à l’heure on parlait de ce subside pour l’éducation permanente en Belgique. Il y a eu une période où les activités de Tactic et Domaine Public étaient très centrées sur la technique. À un moment, il y a eu l’envie de rouvrir à des activités potentiellement un peu plus militantes, un peu plus politiques. Du coup, en Belgique, le moyen de dégager du temps, y compris du temps de travail, c’était d’avoir ce subside-là. Donc Curseurs s’inscrivait, et aussi « nous », entre guillemets, dans notre stratégie pour avoir ce subside, même si c’était aussi une envie de faire quelque chose. On se disait que beaucoup de blogs abordent certains enjeux liés au numérique, mais, pour les gens qui ne sont pas forcément familiers d’aller chercher de l’info sur des blogs, sur des sites un peu spécialisés, ce n’est pas forcément facile d’accès. Du coup, il y avait l’envie de faire un journal papier qui soit vraiment un objet qu’on puisse laisser dans des lieux associatifs, qu’on puisse donner lors d’événements pour, finalement, créer un accès à des contenus thématiques que les gens ne voient pas forcément ou pas facilement, dans un journal papier.
C’est un peu comme cela que le projet est né. Nous nous sommes réunis une première fois avec des gens d’autres associations qui, potentiellement, faisaient des publications en Belgique aussi dans le cadre de l’éducation permanente. Progressivement, une petite équipe s’est construite autour du journal qui, il faut le dire d’emblée, est quand même beaucoup porté par les salariés de Tactic, comme nous, mais quand même aussi beaucoup par des personnes bénévoles, je ne vais pas dire extérieures, parce que, au fil du temps, quand on se lance dans un projet qui demande autant d’engagement, ce sont des gens avec qui nous sommes très proches, qui sont venus donner de leur temps pour faire ce journal-là. Ce sont des gens qui, potentiellement, écrivent des contenus, mais aussi, à des moments, participent vraiment à la coordination du journal.

HgO : Les réunions de rédaction sont totalement ouvertes en début de cycle.
Curseurs a commencé comme un semestriel, nous sommes en discussion pour savoir si on le garde en semestriel ou si on le fait tous les ans, on a donc un peu décalé la sortie du dernier numéro.
En début de numéro, on fait un appel à participation pour avoir des articles parce qu’on en écrit, on va dire que c’est un quart de Curseurs, peut-être un tiers, je ne sais pas trop, mais la grosse majorité vient quand même de gens extérieurs à Tactic et à Curseurs qui écrivent dedans. Et puis, tout au long du parcours, ils vont participer à agencer les articles, ce qu’on appelle le chemin de fer dans l’édition, vont faire les relectures orthographiques, beaucoup de relectures orthographiques, les choix aussi, quelle taille pour tel article, tous ces problèmes qu’on n’a pas quand c’est en ligne, là on a un certain espace disponible et on ne peut pas faire plus.
La thématique du prochain numéro se discute aussi collectivement avec les gens qui sont pas dans Tactic.
C’est très chouette comme projet.

Laurent Costy : Quand vous faites le comité de rédaction, combien de personnes se rassemblent ?

Célo : Je dirais qu’on a une dizaine de personnes vraiment très actives. En fonction des numéros, des thématiques, du temps que les gens ont, ça varie parfois un peu sur qui est le plus impliqué. On a quand même une dizaine de personnes qui s’impliquent beaucoup et je dirais qu’on a une vingtaine de personnes qui gravitent de manière proche, qui ont écrit plusieurs fois des textes dans le journal, qui ont participé à des journées de relecture, parce que, parfois, ce sont aussi d’autres personnes qui, potentiellement, disent « je ne veux pas écrire, je ne connais pas assez bien pour vraiment suivre le journal, mais j’aimerais relire », tous ces aspects-là.

HgO : On accompagne les auteurs et les autrices, quand ils et elles font leurs articles. On reçoit un premier jet et on fait plein de commentaires, ce qui fait parfois un peu peur, et, comme cela, on améliore les articles. C’est un peu cela qu’on essaye aussi de mettre en avant pour avoir notre subside, quelque part ça fait aussi partie de l’éducation permanente des classes populaires que d’apprendre à écrire dans un journal, apprendre à écrire dans le sens d’obtenir un article bien construit, bien réalisé.

Laurent Costy : Je crois qu’il y a six numéros jusqu’à ce jour. Les sujets des dossiers sont

  • Smartphones : Le coût du confort, ciblant particulièrement le smartphone.
  • Éducation : La pression numérique, donc l’enjeu entre éducation, école et numérique.
  • Le prix de la gratuité, donc gratuité, modèles économiques du numérique propriétaire et du Libre.
  • La matérialité du numérique, donc tous les impacts environnementaux.
  • Dans les tranchées du numérique, le lien entre le numérique, les guerres, les conflits et la surveillance.
  • À quoi rêve le numérique, donc le numérique qu’on aime : logiciels libres, alternatives.

Voilà pour illustrer un peu ce que peuvent être les sujets centraux. Évidemment, après, il y a plein d’autres articles.
Quel logiciel utilisez-vous pour composer Curseurs ?

Celo : Le journal est fait avec Scribus. C’est un projet qu’on a proposé initialement, pour le tout premier numéro, à des étudiants et des étudiantes en master de typographie à La Cambre [École nationale supérieure des arts visuels], qui ont fait la mise en page avec Scribus de ce qu’est devenu Curseurs. D’ailleurs, c’est toujours une étudiante de cette année-là qui met en page Curseurs sur la base du travail qui avait été réalisé et Scribus est toujours utilisé. On a exploré quelques autres pistes, notamment HTML to Print PDF, mais, finalement, nous sommes restés, pour le moment en tout cas, à Scribus.

Laurent Costy : Qui répond aux besoins.

Celo : C’est aussi important et intéressant de faire ça avec du logiciel libre. Même si le journal se veut pas seulement un journal qui va parler de logiciels libres, on vient de là, on promeut les logiciels libres et on trouve intéressant de les utiliser aussi dans ce cadre-là.

Laurent Costy : Je n’ai pas regardé dans le détail les licences attachées aux productions, aux articles. Quelles sont les licences utilisées ?

HgO : En général, c’est CC By SA NC, Non Commerciale. Célo, entre autres, et certains auteurs, notamment Éric, mettent sous CC By SA. Il y a une réflexion là-dessus.

Laurent Costy : C’est ce que je voulais savoir : comment le collectif a-t-il abouti à cette conclusion-là ? Vous sachant tous les deux très libristes et convaincus du CC By SA, comment, finalement, arrive-t-on à un compromis ?Pourquoi est-on obligé de passer par une étape intermédiaire avant, peut-être à terme, d’arriver à des articles en CC By SA ? Je pose la question : comment le collectif vit-il par rapport à cela ? Comment se construit le collectif ?

Celo : Très honnêtement, je ne souviens plus complètement des discussions qui ont eu lieu au début par rapport à cela, parce que c’est venu dans l’immense tout de créer un journal pour la première fois, du coup je ne sais plus exactement quels sont les arguments qui ont été avancés. Je pense qu’à l’époque j’avais moi-même tendance à publier sous CC By SA NC. Je voyais l’intérêt de dire qu’on crée quelque chose potentiellement pour tout le monde et on refuse un usage commercial du truc. Finalement, j’ai un peu changé de position là-dessus. En fait, je me rends compte que Non Commerciale c’est trop restrictif, qu’il y a des usages que je cautionnerais tout à fait. J’ai un peu cheminé par rapport à cela, on n’a pas, non plus, reposé la question plus collectivement, du coup je n’ai pas vraiment envie d’engager une réponse sur cela. Il y a eu différentes discussions, d’ailleurs qu’on pourrait reposer la question.

HgO : C’est clair. Il n’y a pas eu, à nouveau, de discussion là-dessus. Je suis arrivé après le numéro 1, on va donc dire que la question était déjà tranchée, rouvrir la discussion c’est plus une question de temps qu’autre chose. Je pense qu’il y avait aussi des arguments pour Non Commerciale, notamment juste pouvoir choisir qui peut partager de façon commerciale, ce n’est déjà pas mal, ça n’interdit pas l’utilisation commerciale, ça dit juste qu’on veut pouvoir choisir qui en fait quelque chose. C’est vraiment une question qu’on pourrait avoir dans le collectif. Je ne crois pas que ce soit la question prioritaire, actuellement je pense que c’est plus le financement de Curseurs.

Laurent Costy : Oui, parlons-en !

HgO : La question du financement de Curseurs. Tout à l’heure, j’ai dit qu’on espérait avoir un subside de 100 000 euros pour travailler sur Curseurs, on a eu 10 fois moins. On a donc lancé un financement participatif sur Ulule. On visait 7 500 euros et, j’ai regardé tout à l’heure, on est à près de 6 700, quelque chose comme ça, donc on y est presque et cet appel se termine dans deux semaines, donc allez-y ! C’est un appel aux dons et un appel aux abonnements parce qu’on se dit qu’avoir des abonnements permettra aussi d’aider à pérenniser le projet.

Laurent Costy : On mettra le lien sur la page de l’émission. Par contre l’échéance ! On n’aura peut-être pas le temps de publier avant.

HgO : C’est dans 18 jours, très exactement. On a des contreparties. On livre en France, en fait on livre partout c’est juste que les coûts de livraison sont un peu différents. Jusqu’à présent, on utilise un stratagème : une personne va en France, un jour, et poste tout pour la France, ça nous revient moins cher que de poster depuis la Belgique parce qu’envoyer un numéro de Curseurs depuis la Belgique coûte 15 euros, ce n’est donc pas viable. On a donc des petits humains qui font le trajet vers la France et qui livrent les numéros de Curseurs à La Poste.

Laurent Costy : Combien de tirages faites-vous des numéros ?

Celo : Nous sommes à 5 000 exemplaires de chaque numéro pour le moment, en tout cas c’est ce qu’on avait décidé et c’est qu’on a fait. Maintenant, nous sommes justement en train de réfléchir sur les coûts.

Laurent Costy : C’est beaucoup.

Celo : Oui ça fait pas mal, mais l’idée c’était vraiment de pouvoir avoir ce journal qui soit diffusé assez largement. Maintenant on essaye aussi, à des moments, de le proposer à prix libre. Le but c’est qu’il diffuse et qu’on puisse le trouver dans tout un tas de lieux, comme je le disais, pour, finalement, le mettre dans les mains des gens.

Laurent Costy : Vous en mettez dans les boîtes à livres ?

HgO : Non. Après, si quelqu’un veut le faire, il le fait. On le met dans des lieux associatifs et dans des collectifs qui, après, le redistribuent.

Laurent Costy : Le temps file et j’en suis vraiment désolé. Il nous reste quatre minutes grand maximum parce qu’après je vais me faire disputer par Étienne. On devait aborder tout l’écosystème des associations libres en Belgique, on refera une émission, ce n’est pas très grave, ça me permettra de vous inviter à nouveau.
Je laisse deux minutes à chacun pour dire ce que vous avez envie de dire, compléter, ce que vous n’avez pas eu l’occasion de dire. Qui conclut ?

HgO : Concernant Curseurs, je voulais mentionner que, si besoin, on peut livrer des colis aux associations qui veulent promouvoir Curseurs mais aussi le logiciel libre, le numérique émancipateur, parce que c’est aussi pour tout cela. On peut aussi livrer sur demande.

Laurent Costy : Je vais peut-être dire une bêtise, sur En Vente Libre ? Je ne sais pas où on en est.

HgO : Je ne sais pas, mais je pense qu’on a déjà exploré, il y a certainement mieux mais, pour l’instant c’est ce qu’on fait.

Célo : Par rapport à Curseurs, là on a mentionné les thématiques, donc, dans chaque numéro, on a un dossier thématique, mais on a aussi des contributions hors-dossier. J’ai mentionné qu’on a travaillé avec les étudiants de La Cambre pour le premier numéro. Je trouve intéressant de mentionner qu’on travaille aussi, à chaque fois, avec des étudiants et étudiantes en illustration d’une autre école d’art, à Bruxelles, pour les illustrations des numéros, ce qui fait que chaque numéro va avoir un peu une identité différente parce que c’est une autre personne qui l’a illustré. Je trouve cela assez chouette dans ce projet-là, se dire que chaque numéro est quelque chose un peu à part.

Laurent Costy : On trouve les numéros aussi en version numérique après leur publication papier. On est d’accord ?

HgO : Oui, c’est juste que ça nous prend du temps. Quand on copie-colle de Scribus vers ailleurs, on perd les italiques et tous les petits formatages, donc on doit remettre les italiques. C’est plus la question d’avoir un train pendant deux heures. Mais oui, l’idée c’est que ce soit publié.

Laurent Costy : Le train pour apporter les exemplaires en France !
D’accord. OK. Qui veut conclure, peut-être, il reste une ou deux minutes ? Je relève ce que disait Célo, le lien avec les écoles d’art est extrêmement intéressant et particulier, dans nos échanges il m’avait frappé. En tout cas, je le trouve particulièrement intéressant.

HgO : Ce qui est intéressant aussi, c’est que c’est un de nos plus grands publics de Curseurs. Ça ne m’étonne pas trop, mais c’est toujours surprenant quelque part. Quand on met des Curseurs à l’ERG, les étudiants qui font les illustrations viennent de l’ERG, l’École de recherche graphique, ou à La Cambre, ça part comme des petits pains ! C’est chouette.

Laurent Costy : C’est chouette ! Beau partenariat !
Je pense qu’on va devoir conclure là. Je vais repasser la parole à Étienne pour la fin de l’émission.

Étienne Gonnu : Un grand merci à vous trois. C’était vraiment très intéressant de vous écouter. Pour avoir eu la chance d’avoir un exemplaire de Curseurs dans les mains, c’est un beau journal dans le sens esthétique mais aussi de qualité de contenu. Je ne les ai pas tous lu, j’en ai feuilleté deux. Je vous encourage à aller voir les articles et, éventuellement, à soutenir cette belle initiative.
Nous allons à présent faire une pause musicale.

[Virgule musicale]

Étienne Gonnu : Nous allons écouter C.R.È.M.E, par Alaclair Ensemble. On se retrouve juste après, toujours sur Cause Commune, la voix des possibles.

Pause musicale : C.R.È.M.E, par Alaclair Ensemble.

Voix off : Cause Commune, 93.1.

Étienne Gonnu : Nous venons d’écouter C.R.È.M.E, par Alaclair Ensemble, disponible sous licence libre Creative Commons Partage dans les mêmes conditions, CC By SA.

[Jingle]

Étienne Gonnu : Je suis Étienne Gonnu de l’April. Passons à notre dernier sujet.

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Chronique « Que libérer d’autre que du logiciel », d’Antanak – « Les Assises de l’attention » (rediffusion de la chronique du 10 février 2026)

Étienne Gonnu : Nous allons poursuivre avec la rediffusion d’une chronique « Que libérer d’autre que du logiciel » proposée par nos amis d’Antanak. Une chronique initialement diffusée en février 2026, présentée par Isabelle Carrère, qui portait sur Les assises de l’attention.

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Isabelle Carrère : Aujourd’hui j’avais envie de vous parler des Assises de l’attention. Je crois avoir annoncé, ici ou là, cet événement qui a lieu tous les deux ans. D’ailleurs, ici à Cause Commune, en 2022, on avait capté les tables rondes et échanges. Du coup, j’ai fait de même cette année, quatre ans plus tard, donc le 24 janvier 2026.
De quoi s’agit-il ? C’est amusant car le concept d’attention a d’abord été un sujet plutôt populaire « vas-y, fais attention » et un sujet philosophique avec les pensées et écrits de Saint Augustin, par exemple. Et ensuite, ai-je appris, c’est en 1958 qu’un psychologue anglais, Donald Broadbent, a travaillé sa théorie du filtre attentionnel. Autrement dit, on a parfois besoin d’un canal unique pour penser et/ou pour réaliser quelque chose, que, parfois, plusieurs informations ne peuvent pas être traitées à la fois. Mais voilà, le capitalisme étant passé par là, on parle, depuis plusieurs décennies maintenant, d’économie de l’attention – les sciences de gestion, le management, etc. –, la façon dont les professionnels publicitaires, ou autres marchands, ont besoin de capter ou de conserver le plus longtemps possible l’attention des quidams, vus majoritairement, n’est-ce pas, comme des consommateurices avant tout.
On sait que les algorithmes des réseaux antisociaux travaillent à cela et se font aider par les calculs des outils qualifiés à tort, de mon point de vue, d’intelligents, mais qui ont ou sont, en effet parfois, de jolis artifices.
Bref !
Plusieurs personnes et collectifs se rassemblent ici ou là, un peu partout dans le monde, pour protester, empêcher, lutter contre les injonctions de plus en plus majeures d’être connectés en permanence, de se mettre un ou des fils à la patte, de toujours, en fond de tâche et quoi qu’on fasse, être joignable, obligé ou attiré à regarder des écrans sur un ordiphone, dans les espaces publics, à son travail, à l’école, pour prendre un billet de train ou un rendez-vous à la préfecture, etc.
Le Collectif Attention est organisateur de ces Assises de l’attention que j’évoquais. Il est composé de 11 associations qui sont toutes indépendantes de l’industrie numérique et cela est important car on sait que plusieurs des GAFAM ou autres puissants, milliardaires ou pas, se gaussent de financer des œuvres et des actions, menées par des associations qui, du coup, ne sont plus vraiment libres de leur dires et de leur faire.
Les 11 associations du collectif Attention sont :
Agir pour l’environnement qui a à peu près, disent-ils, 25 000 adhérents, des associations ou des personnes. Cette association agit comme pression face au politique en mobilisant sur des thématiques diverses dont le numérique et les impacts sur l’environnement.
On a aussi Alerte Écrans qui est orientée sur la sauvegarde de l’enfance libre, scolairement indépendante du numérique dans ses apprentissages.
Il y a le CoSE, Collectif contre la Surexposition aux écrans, de même que Alerte Écrans, Éducation Numérique Raisonnée, Enfance – Télé : Danger ?, Grandir sans smartphone, Présent simple, beaucoup d’associtions qui, toutes les six, sont constituées de parents mais aussi de pédiatres, de psychologues, de psychomotriciens/psychomotriciennes qui luttent contre la présence incessante d’écrans devant les yeux des enfants et jeunes, au primaire, en collège ou au lycée.
Pas à Pas l’Enfant, une autre des associations membre de ce collectif Attention, fait de même à propos des tout-petits, en PMI [Protection maternelle et infantile], en maternelle ou en crèche. Eh oui, les écrans sont rentrés là aussi !
HOP, Halte à l’Obsolescence Programmée, qu’on ne présente plus ici, n’est-ce pas, fédère les citoyens et citoyennes pour engager les décideurs publics et privés afin d’aller vers des produits durables et réparables. Elle agit par la sensibilisation des citoyens et citoyennes aux enjeux de l’allongement de la durée de vie et propose des solutions.
Les deux dernières associations, qui font partie de ce collectif, sont Priartem, une des premières ONG créées sur la problématique ondes/santé/environnement, qui se bat par rapport aux risques liés à l’exposition aux ondes électromagnétiques. Et enfin Lève les yeux !, une association dont Antanak est membre, qui a constaté, comme nous, que la société était de plus en plus dépendante des écrans, ce qui entraîne de graves effets sur la santé, l’éducation, mais aussi sur le lien humain, l’environnement, les droits et la démocratie. Du coup Lève les yeux ! promet, non, promeut, pas promet, elle aimerait bien promettre, mais elle n’en a pas le pouvoir ! Elle promeut la déconnexion pour mieux préserver l’attention humaine qu’on peut imaginer comme une ressource, certes, mais rare et précieuse.

Pendant ces Assises, il y a eu plusieurs tables rondes.

Dans l’une d’entre elles, il est débattu de points de vue différents, par exemple : est-ce qu’on peut réguler et imaginer des villes sobres ? Des intervenants et intervenantes se sont dit « tiens, on pourrait peut-être profiter des élections municipales pour demander à chacun et chacune des candidats et candidates des positions plus tranchées et peut-être plus conformes à ce que tout le monde s’accorde à décrire comme vraiment pas supportable quant au numérique et son incidence sur nos vies, les ressources de la planète, le vivant, etc. » Donc, est-ce qu’on continue les écrans à l’école, puisque les villes peuvent faire des choses, pas sur le collège et sur le lycée, mais sur le primaire ? Ou bien est-ce qu’on continue avec la métropolisation et une bétonisation de plus en plus grande pour avoir à nouveau, encore et encore, des datacenters, etc., et qu’on soit comme des agents involontaires des rendements de ces industries numériques ?

Dans une autre table ronde il est débattu, justement, de cette question des stratégies d’influence des industries numériques, notamment, alors que ce sont quand même des fonds publics qui sont en jeu tout le temps, de la façon dont ça se passe de ce côté-là et comment des manipulations sont opérées par ceux qui ont besoin qu’on continue à regarder ailleurs pendant qu’ils engrangent des bénéfices de tous ordres ; c’est la stratégie de ces marchands de doute, j’aime bien la formule.

Vous pouvez écouter toutes ces tables rondes, sur lesquelles on a fait cette captation, sur les podcasts de la radio Cause Commune et sur le Web, vous allez les trouver très facilement.
Du coup, personnellement à Antanak, nous sommes vraiment tous en train de dire qu’on a maintenant les savoirs sur les incidences du numérique à tout crin, on a des enquêtes, on a des études et pourtant, tout continue comme si de rien n’était. Les institutions politiques traitent comme vérité des discours sur les « bonnes » utilisations de l’IAG et des technologies numériques, partout, dans les vies de tout le monde. Du coup, on se dit que c’est peut-être vraiment le moment de se reposer des questions un peu plus fondamentales sur ce qu’on veut comme société, demain matin, et sur ce qu’on prépare pour les jeunes, les enfants et les moins petits.
Plusieurs questions ont été posées à l’issue des tables rondes et je ne peux que vous recommander d’écouter ces échanges. Il y en a même un, assez cocasse, entre une ex-ministre de l’Éducation nationale et des participants à propos du Plan numérique à l’école qui a été lancé en 2015. Qui était ministre de l’Éducation nationale en 2015 ? Vous vous souvenez ?

Frédéric Couchet : Najat Vallaud-Belkacem ?

Isabelle Carrère : Yes. Bravo ! Il y a donc un échange assez comique avec elle dans ces podcasts. Je vous laisse en prendre connaissance. À bientôt.

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Étienne Gonnu : C’était « Que libérer d’autre que du logiciel » chronique présentée par Isabelle Carrère, d’Antanak. En fin d’enregistrement, vous avez entendu la voix de Frédéric Couchet qui avait animé cette l’émission en direct en février 2026. Vous retrouverez les liens directs vers les podcasts présentés par Isabelle en lien dans la page de l’émission de ce jour, sur libreavous.org/282, le numéro de l’émission.

Nous approchons de la fin de l’émission, nous allons terminer par quelques annonces.

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Quoi de Libre ? Actualités et annonces concernant l’April et le monde du Libre

Étienne Gonnu : Du 21 au 25 juillet 2026, à Paris et en ligne, se tiendra la Wikimania 2026, organisée par la fondation Wikimédia autour du thème « Liberté, Équité, Fiabilité ».
L’April aura le plaisir d’y tenir un stand vendredi 24 juillet après-midi, j’y serai d’ailleurs présent.br/>
L’April donnera également une conférence en compagnie de Framasoft et de LinuxFR, « Comprendre pourquoi contribuer au Libre c’est un peu comme éditer une page sur Wikipédia ».
Je ne sais pas si des places sont encore disponibles, mais je vous invite à vous renseigner si vous allez sur place, mais normalement ces conférences seront également diffusées en ligne, si j’ai bien suivi.

De l’autre côté de l’été, les 11, 12 et 13 septembre, l’April tiendra également un stand dans l’espace Science et Numérique de la Fête de l’Huma, un grand festival, avec de nombreuses conférences, organisé par le journal L’Humanité, je pense qu’il n’y a pas besoin de beaucoup plus le présenter.

L’été sera globalement riche en événements. Je vous invite à consulter le site del’Agenda du Libre, agendadulibre.org, pour trouver ces événements en lien avec le logiciel libre et la culture libre près de chez vous, ainsi que les associations qui les font vivre. L’occasion, qui sait, de sensibiliser vos proches aux libertés informatiques pendant cette pause estivale.

Notre émission se termine.

Je remercie les personnes qui ont participé à l’émission : Benjamin Bellamy, Laurent Costy, Célo, HgO, Isabelle Carrère et Frédéric Couchet.
Aux manettes de la régie aujourd’hui, moi-même.
Je remercie les personnes qui s’occupent de la post-production des podcasts : Sébastien Chopin, Élodie Déniel-Girodon, Nicolas Graner, Julien Osman, Lang 1, bénévoles à l’April, ainsi qu’Olivier Grieco, le directeur d’antenne de la radio.
Merci également aux personnes qui découpent les podcasts complets des émissions en podcasts individuels par sujet : Quentin Gibeaux, Théocrite, Tunui, bénévoles à l’April et Frédéric Couchet, mon collègue.
Merci à Marie-Odile et au groupe Transcriptions, qui permet d’avoir une version texte de nos émissions.

C’était donc la dernière de cette neuvième saison de Libre à vous ! si vous nous découvrez.
Merci à toutes les personnes qui les écoutent.
On se retrouve pour une dixième saison à partir de septembre 2026, sans doute mardi 8, pour un programme que nous sommes encore en train d’établir.

Nous vous souhaitons de passer une belle fin de journée, un bel été. N’oubliez pas vos bracelets [référence à l’actualité judiciaire/politique du jour, NdT]. On se retrouve en septembre et d’ici là, portez-vous bien !

Générique de fin d’émission : Wesh Tone par Realaze.