Émission Libre à vous ! diffusée mardi 19 mai 2026 sur radio Cause Commune Sujet principal : Migration de Windows vers un système libre


Voix off : Libre à vous !, l’émission pour comprendre et agir avec l’April, l’association de promotion et de défense du logiciel libre.

Frédéric Couchet : Bonjour à toutes, bonjour à tous dans Libre à vous !. C’est le moment que vous avez choisi pour vous offrir une heure trente d’informations et d’échanges sur les libertés informatiques et également de la musique libre.
Migrer de Windows vers un système libre sur le poste de travail, ce sera le sujet principal de l’émission du jour. Avec également au programme, en début d’émission, la chronique de Gee intitulée « Pourquoi je fais de l’art libre » et, en fin d’émission, la chronique de Benjamin Bellamy intitulée « La nouvelle série à la mode dont tout le monde parle sur les réseaux sociaux ».

Soyez les bienvenu·es pour cette nouvelle édition de Libre à vous !, l’émission qui vous raconte les libertés informatiques, proposée par l’April, l’association de promotion et de défense du logiciel libre.
Je suis Frédéric Couchet, le délégué général de l’April.

Le site web de l’émission est libreavous.org, vous pouvez y trouver une page consacrée à l’émission du jour avec tous les liens et références utiles et également les moyens de nous contacter.

Nous sommes mardi 19 mai 2026.
Nous diffusons en direct sur radio Cause Commune, mais vous écoutez peut-être une rediffusion ou un podcast.
Nous saluons également les personnes qui nous écoutent sur les webradios radio Cigaloun et radio Broussaille, ainsi que sur les radios FM Radios Libres en Périgord et Radio Quetsch.

À la réalisation de l’émission, ma collègue Isabella Vanni. Salut Isa.

Isabella Vanni : Bonjour Fred et bonne émission.

Frédéric Couchet : Avant de commencer, nous souhaiterions dédier l’émission à Pierre fichu, libriste depuis les années 90. Nous nous connaissions depuis environ 25 ans. C’était toujours un plaisir de le voir, notamment lors d’événements libristes, comme encore récemment à l’Open Source Experience en 2025.
L’équipe de Libre à vous ! de l’April et de la radio présente ses condoléances à la famille et aux proches de Pierre.
Nous vous souhaitons une excellente écoute.

[Jingle]

Chronique « Les humeurs de Gee » – Pourquoi je fais de l’art libre

Frédéric Couchet : Gee, auteur du blog BD Grise Bouille vous expose son humeur du jour : des frasques des GAFAM aux modes numériques en passant par les dernières lubies anti-Internet de notre classe politique, il partage ce qui l’énerve, l’interroge, le surprend ou l’enthousiasme, toujours avec humour. L’occasion peut-être, derrière les boutades, de faire un peu d’éducation populaire au numérique. Le thème de sa chronique du jour : « Pourquoi je fais de l’art libre ».
Salut Gee.

Gee : Salut Fred et salut camarades,
Vous l’aurez remarqué, quand Fred me présente, il dit que je suis auteur, ce qui est effectivement le cas. J’écris des BD, des romans, parfois même des jeux vidéo pour lesquels je compose aussi de la musique, et puis j’écris, bien sûr, ces chroniques radios. Je suis auteur. Administrativement je suis même artiste-auteur, c’est le terme officiel, donc je fais de l’art ! Mais un truc qu’on ne précise jamais trop dans cette émission, c’est que je fais de l’art libre. Alors évidemment, on ne le précise parce que l’April, l’association derrière l’émission Libre à vous !, a pour objet la promotion et la défense du logiciel libre, ce qui s’étend, naturellement, à la culture libre. Dans cette émission, vous entendez exclusivement de la musique libre et même les podcasts sont diffusés sous des licences libres. Je ne détaille pas parce que ça n’est pas le sujet, mais mes propres chroniques sont aussi sous licence libre et, en réalité, tout ce que je produis d’artistique l’est également. En fait, je me rends compte que c’est un truc qu’on considère un peu comme acquis ici, mais quelque part, ce n’est peut-être pas forcément évident pour tout le monde : pourquoi publier sous licence libre ?
Je vais très modestement m’attarder sur mon propre cas et vous expliquer pourquoi, moi, j’ai fait le choix de produire de l’art libre.

Pour comprendre, je pense qu’il faut remonter à l’adolescence, comme c’est souvent le cas. À l’âge où les générations précédentes s’échangeaient des compilations sur cassette audio, j’ai fait ma propre culture musicale via les premiers logiciels d’échange de fichiers en pair à pair. Une pratique que, dans un souci de clarté, on va appeler « piratage », même si je n’ai jamais pillé de bateau à coup de canons !
En l’an 2000, du haut de mes 11 ans, je découvre Napster. Il faut se remettre dans l’ambiance, on était encore aux débuts de l’ADSL en France, autant vous dire qu’à l’époque, on ne téléchargeait pas des albums et encore moins des discographies complètes. Non ! On téléchargeait UNE chanson, en étant connecté à UN pair, et si ce pair avait le malheur de se déconnecter avant la fin du téléchargement, tu pouvais toujours te gratter pour reprendre ! Oui, il y a un certain nombre de chansons dont je n’ai connu le pont et le dernier refrain que bien plus tard parce qu’elles étaient tronquées chez moi. Bref ! La réaction de l’industrie du disque a évidemment été violente, Napster a dû fermer, mais, sur ses cendres sont nées les Kazaa, puis les eMule, et évidemment le protocole BitTorrent et moi, j’ai continué, année après année, à joyeusement pirater, assez peu sensible aux messages anti-piratage des majors à l’époque : « Vous ne téléchargeriez pas une pizza ! », alors que si, franchement, si on pouvait, on le ferait. Je ne dis pas qu’à l’époque j’avais déjà réfléchi à la différence entre vol et contrefaçon, ou que j’étais déjà au clair sur l’idée que la logique du manque à gagner était fondamentalement biaisée mais, je sais pas, je téléchargeais Hybrid Theory de Linkin Park, et c’était l’album le plus vendu du moment, je veux dire que les gars étaient déjà millionnaires et c’était une réalité assez claire : les albums les plus piratés étaient aussi les plus vendus. Bref, je ne voyais pas bien à qui je faisais du mal.
Bien sûr, c’est une logique qui s’est affinée par la suite, je me suis mis à acheter les CD de groupes français moins connus pour qui c’était important, etc. Et puis j’ai découvert Radiohead en piratant l’intégralité de leur discographie, mais, par la suite, j’ai acheté tous les coffrets de luxe à 150 boules qu’ils ont pu sortir – et il y en a eu quelques-uns –, sans parler des places concerts. Donc le côté manque à gagner, oui bon ! Sans les avoir piratés au départ, je ne suis pas sûr que je serais devenu autant fan et que j’aurais autant dépensé par la suite.
Donc quand je me suis mis à faire de l’art moi-même, ça m’aurait semblé un poil hypocrite de tout verrouiller à mon tour, vu à quel point je m’étais allégrement servi jusque-là.

Mais au-delà de l’aspect financier, je pense que j’ai toujours un peu eu cette intuition que l’art était libre par essence. Même, en fait, avant d’avoir vraiment entendu parler du Libre. L’art quand j’étais môme, c’était les films Star Wars, mais c’était aussi les aventures de Luke Skywalker et Yann Solo qu’on s’inventait avec les copains dans la cours de récré – oui, j’ai bien dit Yann Solo, c’était la VF ! L’art, c’était tout autant les aventures de Spirou que je lisais, que les pâles copies de Franquin que j’essayais de dessiner à l’époque ; l’art, c’était la compilation bleue des Beatles qui passait dans la voiture de mes parents lorsqu’on partait en vacances, et c’était aussi les premiers mots d’anglais que je baragouinais en chantonnant les mélodies.

En fait, notre imaginaire collectif se fout du droit d’auteur. Notre imagination passe son temps à faire du copyright infringement. L’art libre, quelque part, c’est une façon de réconcilier le droit d’auteur avec cette réalité du fonctionnement même de notre imagination, de notre imaginaire collectif, bref, de notre culture commune.
Bon, je me doute que si Disney et consorts avaient les moyens de contrôler nos imaginaires pour imposer leur copyright directement dans nos cerveaux, ils ne se gêneraient pas, ce qui serait une autre façon de réconcilier le droit d’auteur avec la réalité physique, mais bon, ne leur donnons pas des idées.D’ailleurs, je l’avais déjà dit dans ma chronique sur l’arrivée de Mickey dans le domaine public – voir l’émission 196 de janvier 2024 –, mais je pense que la privatisation de nos imaginaires collectifs est un problème démocratique majeur. Parce que nous laissons finalement des multinationales sans scrupules dicter le périmètre de ce qui constitue l’imaginaire collectif officiel.
À ce titre, ça me scie les nerfs de voir des gens s’écharper en ligne pour savoir si telle ou telle œuvre est « canon ». Si vous ne connaissez pas, en gros, une œuvre fait partie du « canon » si on considère qu’elle est constituante de la trame officielle d’une saga. Par exemple, quand Disney a racheté Star Wars pour faire une suite aux six films principaux, ils ont déclaré que tous les bouquins qui étaient sortis depuis des décennies pour raconter cette suite étaient non-canons, pour que ce soit leur propre histoire qui devienne canon. Eh bien ça a fait un foin, mais un foin, alors qu’on s’en fout, qu’est-ce qu’on s’en fout ! Décidez vous-même de ce qui est canon ! Qu’est-ce qu’on en a à secouer de ce que Disney a décidé ! Dans mon canon, il n’y a que trois films Indiana Jones, il n’y a qu’un seul Matrix, et ça va bien. Je n’épilogue pas sur ce sujet parce que j’ai déjà fait une BD là-dessus, ça s’appelle Vive le son du canon, le lien sera sur la page de la chronique. Là où je veux en venir, c’est qu’avant même de penser à l’art libre, il y a la question de ne pas se laisser enfermer nos imaginaires collectifs par des géants du divertissement, géants dont le but principal n’est pas spécialement de rendre vos imaginaires inspirants ou même émancipants, mais bien juste de faire de la thune.

L’art libre, lorsqu’il est bien libre et pas juste de « libre diffusion » – la nuance a son importance –, c’est d’ailleurs un art qui vous sort de la simple position de consommateur et consommatrice. En vous donnant le droit de modifier les œuvres, de les partager voire de les vendre, l’artiste libre vous invite à participer à la vie de l’œuvre. C’est pour cela que, personnellement, je suis assez contre les clauses ND et NC de la licence Creative Commons, clauses qui interdisent les travaux dérivés et les usages commerciaux.

Concernant les usages commerciaux, je sais que beaucoup d’artistes, qui pourraient être tenté⋅es par le Libre, rechignent à supprimer cette fameuse close NC. Pourquoi ? Souvent par crainte qu’on « fasse du pognon » sur le dos de l’artiste, en gros qu’une de ces fameuses multinationales du divertissement adapte votre livre libre en un film aux recettes bien juteuses dont vous ne verrez jamais la couleur. C’est là, à mon sens, que la close SA, pour Share Alike, Partage dans les mêmes conditions, prend tout son sens : c’est une clause qui impose que les œuvres dérivées soient placées sous la même licence, libre donc. Autant vous dire que vu l’obsession pour la priorité intellectuelle des Disney et compagnie, il n’y a aucune chance qu’ils prennent le risque de devoir placer une œuvre dérivée sous licence libre, vous êtes donc tranquille. Et, contrairement à la clause NC, vous n’empêchez pas, par exemple, un petit bar indépendant d’utiliser un de vos dessins pour décorer sa salle, ce qui serait interdit avec la clause NC qui empêche tout usage commercial, ce qui, en fait, tape très large.

Bref, je pourrais disserter des heures sur les bienfaits du libre, mais je conclurai en vous disant :
ami⋅es artistes, faites du Libre, participez à ce cercle vertueux, et si sauter le pas vous inquiète, oui, la libre diffusion, ce n’est déjà pas mal ;
ami⋅es lecteurs et lectrices, je vous encourage à modifier mes œuvres, à vous les approprier, à les partager autour de vous autant que vous le souhaitez, parce que, pour une fois, vous avez le droit !

Frédéric Couchet : Merci Gee. Ton site, sur lequel on trouve toutes tes productions, c’est grisebouille.net. N’hésitez pas à aller, à récupérer, à réadapter, à modifier et puis, si vous le souhaitez et si vous le pouvez, vous pouvez également lui faire un don pour le soutenir.

Nous allons faire une pause musicale.

[Virgule musicale]

Frédéric Couchet : Après la pause musicale, nous parlerons, c’est notre sujet principal, de migrer de Windows vers un système libre ou même, selon Alternatiba, l’une de nos invités, c’est « Piratons Microsoft » pour faire le lien avec la chronique de Gee.
En attendant, nous allons écouter une musique libre, évidemment, c’est Juggernaut, par Scott Buckley. On se retrouve dans trois minutes quarante. Belle journée à l’écoute de Cause Commune, la voix des possibles.

Pause musicale : Juggernaut, par Scott Buckley.

Voix off : Cause Commune, 93.1.

Frédéric Couchet : Nous venons d’écouter Juggernaut, par Scott Buckley, disponible sous licence libre Creative Commons Attribution, CC By 4.0.

[Jingle]

Frédéric Couchet : Nous allons passer au sujet suivant.

[Virgule musicale]

Migration de Windows vers un système libre

Frédéric Couchet : Nous allons poursuivre par notre sujet principal qui va porter sur la migration depuis Windows vers un système libre, nous parerons surtout de migration pour le grand public.
Nos invités, au studio Magali Garnero, alias Bookynette, présidente de l’April et à distance, on le reconnaît avec ce petit bruit de fond, Zoé Pélegry, porte-paroledes mouvements Alternatiba et ANV-COP21, ANV pour Action non-violente, et David Frissard, cofondateur de l’association Désobs, ou Désobsolescence, située à Dijon.
Vu le petit bruit qu’on entend, les deux personnes sont à distance, Zoé, David, vous confirmez que vous êtes là ?

David Frissard : Oui, on est là.

Zoé Pélegry : Je suis là, oui.

Frédéric Couchet : Parfait.
On va commencer par une petite question classique, de présentation personnelle rapide, pour que les personnes sachent qui vous êtes et reconnaissent les voix. Je vais commencer par Magali qui est en face de moi.

Magali Garnero : Bonjour. Magali Garnero, pseudo Bookynette, vu que dans la communauté je suis plus connue sous mon pseudo que sous mon nom de famille. Je suis présidente de l’April, membre de Framasoft, c’est moi qui m’occupe du service après-vente d’En Vente Libre, ça fait longtemps que je n’en avais pas parlé, et surtout je suis libraire dans le 11e arrondissement.

Frédéric Couchet : Merci Mag. Zoé.

Zoé Pélegry : Bonjour. Je m’appelle Zoé Pélegry, je suis porte-parole des mouvements Alternatiba et ANV-COP21. Nous sommes un mouvement de bénévoles un peu partout sur le territoire et je vous parle depuis Grenoble.

Frédéric Couchet : D’accord. Et David, depuis Dijon je crois.

David Frissard : Oui, depuis Dijon. David Frissard. Je suis cofondateur de l’association Désobsolescence, une association qui existe depuis un petit peu plus de deux ans. Nous agissons sur Dijon pour accompagner les gens à des transitions sur des systèmes libres

Frédéric Couchet : OK. Super.
On a déjà abordé ce sujet lors de la première émission de la saison, en septembre 2025, l’émission 253. Si vous êtes intéressé, vous pouvez retrouver l’audio et la transcription sur le site libreavous.org/253 ou sur le site de Cause Commune. Nous allons faire une nouvelle émission, en essayant de ne pas redire ce qu’on a dit lors de la première, notamment avec deux structures nouvelles, l’une dont l’activisme sur ce dossier est relativement récent, ou peut-être plus ancien, elle nous expliquera, c’est Alternatiba.
Premier sujet que j’aimerais aborder avant de rentrer dans les aspects pratiques, les problèmes. Quels problèmes, avec un « s », évidemment, pose Windows entre l’arrêt des mises à jour, l’obsolescence, la sobriété, la souveraineté, le scandale écologique, social et démocratique ?
Je vais laisser la parole en dernier à Magali, vu que l’activisme libriste c’est dans l’ADN de l’April. Je vais commencer par Zoé Pélegry pour Alternatiba et ANV-COP21 : quels sont les problèmes posés par Windows ?

Zoé Pélegry : Il y en a plein !

[Rires]

Frédéric Couchet : Les principaux.

Zoé Pélegry : Nous sommes un mouvement qui lutte pour le climat et la justice sociale. On peut commencer par parler de cet argument-là : remplacer ces 300 millions d’ordinateurs qui ne sont pas capables de passer sur Windows 11, en termes d’émission de carbone, ce sont 58 millions de tonnes de CO2 émises.
Ce qui nous intéresse aussi et surtout c’est que c’est un problème qui a plein de facettes, notamment une facette sociale. Quand ton ordinateur ne peut pas passer sur Windows 11, que tu ne sais pas qu’il existe une alternative à Windows 11, tu vas devoir en racheter un et ça coûte en moyenne 600 euros selon l’UFC-Que Choisir et tout le monde ne peut pas se le permettre, 600 euros c’est énorme comme dépense pour des machines qui fonctionnent encore.
On a une autre facette, la facette démocratique. Aujourd’hui, énormément d’administrations publiques, en France, sont sous Windows et font face à cet arrêt des mises à jour, ça veut donc dire remplacer des centaines de milliers d’ordinateurs avec de l’argent public qui va dans les poches de Microsoft.
Donc voici quelques raisons, parmi toutes les autres, qui font que nous nous sommes réunis, fin avril, avec plein d’associations, pour enterrer les 300 millions d’ordinateurs, notamment avec Que Choisir Ensemble, avec Zero Waste France, avec l’April, avec Halte à l’Obsolescence Programmée. Nous sommes des organisations très différentes à s’unir contre cet arrêt des mise à jour car c’est un scandale tellement grand qu’on ne peut pas laisser passer.

Frédéric Couchet : D’accord. Je reviendrai tout à l’heure avec cette question : on comprend bien les arguments, mais qu’est-ce qui a déclenché, chez vous, l’envie de se mobiliser vraiment sur ce sujet-là en particulier ?
Je vais poser maintenant à David un peu la même question, David de l’association Désobs, ou Désobsolescence. Est-ce qu’on dit « Désobs » ou « Désobsolescence » ?

David Frissard : On peut dire les deux. C’est un petit peu plus court de dire Désobs, c’est aussi plus facile à écrire.

Frédéric Couchet : On confirme.

David Frissard : Je plussoie évidemment ce qui a été dit par Zoé. Pour nous, cette question de la migration vers Windows 11 qui n’est pas possible sur un certain nombre de matériels entraîne une gabegie absolument monumentale.
Aujourd’hui, de toute façon, pour nous c’est un impératif d’installer des systèmes libres sur les ordinateurs qu’on reconditionne. On ne peut pas proposer des ordinateurs qui n’ont pas des mises à jour récentes, on va dire, ça poserait des vrais problèmes de sécurité pour les personnes. Alors que si on installe un système Linux, y compris sur un ordinateur ancien, on a des mises à jour qui sont maintenues pendant très longtemps et gratuitement.

Frédéric Couchet : D’accord.
Magali, avant que je revienne sur Alternatiba, l’April.

Magali Garnero : J’adore quand les gens parlent d’obsolescence programmée ou d’obsolescence logicielle et que c’est pas moi.
C’est vrai que la fin de support de Windows c’est un problème au niveau judiciaire, puisqu’ils ont été totalement hors-la-loi en décidant d’arrêter leur support en 2025, la loi européenne les obligeait à continuer cinq sans après l’apparition de Windows 10, ça ne faisait que quatre ans, c’était donc bien de pouvoir leur remettre la loi dans la face ! Pardon !
En plus, c’est un scandale écologique parce que ça force les gens à racheter un matériel pour Windows 11 alors qu’ils ont un matériel qui fonctionne bien et qui dit nouveau matériel dit consommation de ressources qui commencent à s’épuiser, lentement mais sûrement, dit surconsommation, dit gâchis, dit plus de déchets et ainsi de suite et c’est vrai que c’est terrible. Cette manière de faire est totalement écocidaire ! Et puis c’est inadmissible, de la part de Microsoft, de ne pas continuer à faire ce pourquoi les gens ont acheté des ordinateurs. Il y a des gens dont l’ordinateur avait trois ans et il ne pouvait pas être migré vers Windows 11. On laisse les gens acheter du matériel et, au bout de trois ans, c’est défectueux, c’est obsolescent.
Il y a aussi le manque d’information sur le côté libre. Ils auraient aussi pu dire « votre ordinateur ne peut pas passer sous Windows 11, mettez une distribution libre ». D’ailleurs, il devrait y avoir une loi qui les oblige à informer leurs clients qu’il y a une alternative pour garder son ordinateur plus longtemps.

Frédéric Couchet : D’accord.
Zoé. Donc Alternatiba est bien connue pour un certain nombre d’actions autour du climat, mais qu’est-ce qui fait que, tout d’un coup, vous avez décidé, de façon collective, de vous mobiliser sur ce sujet ? En tout cas, il y a quelques mois ou quelques années, vous n’étiez mobilisés sur ce sujet-là. Est-ce que le déclencheur a été l’annonce de la fin des mises à jour de Windows 10, donc le fait d’essayer de forcer les gens à passer à Windows 11 ? Est-ce que c’est le fait que, chez vous, des personnes voulaient aussi mettre en avant les logiciels libres comme solution ? Qu’est-ce qui a déclenché cela chez vous ?

Zoé Pélegry : Nous nous mobilisons pour la justice climatique. Qu’est-ce que ça veut dire ? Ça veut dire qu’en réalité, avec le dérèglement climatique, globalement les riches vont s’en sortir et les plus pauvres sont souvent laissés sur le bas-côté. Notre mouvement est né de cette envie de créer de la solidarité, de créer nous-mêmes la société que nous voulons voir advenir.
Nous nous sommes posé la question : que peut-on faire face à cet arrêt des mises à jour ? On voit bien que c’est un problème qui est multi-facettes, qui est multifactoriel. On a vu aussi qu’il y a déjà eu une victoire citoyenne sur le sujet, l’année dernière, avec une coalition, « Non à la taxe Windows », qui a réussi à obtenir de Microsoft France la prolongation des mises à jour.
Une victoire à prendre évidemment avec des pincettes, parce qu’on est toujours dans un système qui ne fonctionne pas, cette obsolescence logicielle. N’empêche que la mobilisation de plus de 50 000 personnes qui ont signé la pétition et le plaidoyer des organisations impliquées sur le sujet, ça a permis d’obtenir un laps de temps en plus. On trouve ça super intéressant, parce que cet arrêt des mises à jour est le symptôme d’un système plus global qui ne fonctionne pas, qui ne fonctionne plus et, en fait, qui fonce droit dans le mur. Aujourd’hui, notre système est appuyé sur des piliers comme la surconsommation, comme le chacun pour soi, et, comme je disais tout à l’heure, plus tu as de thune, mieux tu vas t’en sortir. Et là on voit une vraie opportunité de construire notre chemin, avec le logiciel libre. Les outils informatiques deviennent aujourd’hui assez incontournables dans la vie d’énormément de personnes et là on voit un moyen d’aider plein de personnes à garder leur matériel plus longtemps, à économiser des sous, mais aussi à prendre conscience du problème plus global qui se passe là, sous nos yeux, et derrière, de passer à l’action collective, puisque, en réalité, l’un de nos objectifs, à Alternatiba et à ANV-COP21, c’est de construire nous-mêmes la société que nous voulons voir advenir, qui est basée sur la solidarité, qui est basée sur le respect des limites planétaires, qui est basée sur l’égalité. On voit plein de victoires à obtenir, à faire passer sur des logiciels libres toutes ces machines qui, en réalité, n’ont pas besoin d’être remplacées.

Frédéric Couchet : D’accord. Magali veut réagir. Magali Garnero.

Magali Garnero : Ce n’est pas la première fois qu’Alternatiba parle de logiciel libre. Je me souviens avoir participé à pas mal de villages, dont un à République, où il y avait des stands de libristes comme l’April, comme Framasoft, comme Mozilla, et on était dans le village Alternatiba.

Frédéric Couchet : Tout à fait, je m’en souviens. C’est pour cela que dans ma question il y avait que, peut-être, des rencontres sur certains événements peuvent faire germer des idées.
On n’a pas précisé, pour les personnes qui nous écoutent, que les mises à jour de Windows 10 devaient se terminer l’an dernier, en octobre 2025. Suite à une mobilisation, il y a eu un « délai de grâce » d’un an, on va dire entre guillemets, mais contre le fait de partager un certain nombre d’informations avec Microsoft, d’où le lancement d’un certain nombre d’actions, on y viendra tout à l’heure, notamment l’action « Adieu Windows », la mobilisation d’Alternatiba. Juste pour préciser les choses, la fin du support de Windows 10 pour forcer à migrer sur Windows 11.
Avant de passer à la présentation de ce qu’est un système libre, même si on parle assez souvent de logiciel libre, mais on est sur une radio FM, il y a peut-être des gens qui débarquent et qui se demandent ce qu’est un système libre. Est-ce que vous voulez rajouter quelque chose sur la partie problèmes ? David, est-ce que tu veux rajouter quelque chose ?

David Frissard : Oui, je veux bien intervenir.

Frédéric Couchet : David de Désobs.

David Frissard : On essaie beaucoup de faire comprendre, on essaie de faire de la pédagogie là-dessus : il y a un matraquage marketing vraiment très important de la part des GAFAM, notamment. Par exemple, le fait que, la plupart du temps, Windows soit préinstallé sur les ordinateurs, dans les magasins, est un vrai problème, sachant que la licence est souvent intégrée au prix de l’ordinateur. Ça ajoute un coût supplémentaire pas forcément nécessaire, d’environ 100 euros pour une licence Windows dans un ordinateur qu’on achète neuf. Si on achetait un ordinateur sans cette licence-là, on le paierait donc moins cher. En plus de ça, on a des systèmes qui sont utilisés massivement dans les écoles, on forme la jeunesse, malheureusement, à continuer à utiliser ce genre de système sans proposer de solution alternative. C’est un vrai problème pour nous.

Frédéric Couchet : Magali. Après, Zoé, je te repasse la parole si tu veux ajouter quelque chose.

Magali Garnero : Ce dont parle David c’est ce qu’on appelle la vente liée ou la vente forcée, quand on est militant, comme nous, à l’April. C’est-à-dire qu’on achète du matériel sans savoir quels sont les prix de ses différents composants. Ça peut être la licence, mais ça peut être d’autres éléments internes. Donc vente forcée, qui est quelque chose qui a été réglementé par la loi mais qui n’est pas forcément extrêmement bien répercuté sur les prix. Les prix ne sont pas affichés quand on va acheter du matériel dans les magasins. Je pense que Zoé a quelque chose à dire là-dessus, parce que je me souviens d’opérations communes qu’on a faites.

Frédéric Couchet : Je vais juste préciser, avant de laisser la parole à Zoé, que le sujet vente forcée ordinateur/logiciel est remonté jusqu’à la Cour de justice de l’Union européenne qui considère que ce n’est pas une pratique déloyale « en toutes circonstances ». Ça veut dire qu’il faut aller au procès pour se faire rembourser, avec les galères que c’est ! On peut espérer que lors d’une prochaine révision des directives consommateur/consommatrice ou e-commerce, au niveau de l’Europe, ce sujet reviendra à l’ordre du jour. Mais, pour l’instant, la Cour de justice de l’Union européenne a effectivement tranché et, selon nous, pas dans le bon sens.
Je passe la parole à Zoé. Auditrices et auditeurs, si vous entendez des petits bruits, je pense que c’est quelqu’un qui tape sur son clavier à distance, ça fait partie des charmes du direct de la radio.
Zoé.

Zoé Pélegry : Peut-être un dernier mot à dire sur le constat. Moi je suis vraiment très nulle face à mon ordinateur, je ne comprends pas ce qui se passe et comment cette machine fonctionne. En fait, il y a quelques mois, je n’avais même pas idée de ce qu’étaient les logiciels libres ou, si on m’en parlait, j’avais l’impression qu’il fallait avoir un bac + 12 en informatique ! Je suis loin d’être la seule dans cette situation, c’est pour cela qu’il y a vraiment un énorme travail à faire pour diffuser l’information. Ce n’est pas normal qu’on doive jeter son ordinateur à la poubelle parce que Microsoft a décidé d’arrêter de mettre à jour le logiciel. En fait, on a l’impression que c’est normal, que c’est comme ça, que c’est une grande règle de la vie. On arrive pour dire non. Ce sont des machines, on a un pouvoir dessus, ce sont des choix politiques, ce sont des choix économiques et, à ce moment-là, les citoyennes et les citoyens ont leur mot à dire et c’est vraiment là-dessus qu’il faut qu’on appuie.

Frédéric Couchet : Tu me fais une très belle transition avec le thème suivant sur un système libre et aussi comment passer à la pratique. Tu dis que tu te sentais très nulle face à l’ordinateur, mais est-ce que, finalement, aujourd’hui, les logiciels libres, les distributions logiciels libres – d’ailleurs je demanderai à l’une de vous de préciser ce que c’est –, en tout cas les systèmes libres sont prêts pour le grand public ? Est-ce qu’il y a, peut-être encore, des points de vigilance ? Est-ce que David veut répondre sur l’accompagnement en premier ? A-t-on perdu David ? Alors Magali.

Magali Garnero : Qu’est-ce qu’un OS libre ou une distribution libre ? C’est ce qui va faire fonctionner votre ordinateur, c’est ce qui est entre vous et le matériel, ce qui va le lancer et ça vient accompagné, c’est pour cela qu’on appelle ça une distribution, de plusieurs logiciels qui vont être installés.
Le fait que ce soit libre, ça veut dire que ce sont des logiciels soit déjà installés sur l’ordinateur, soit vous allez pouvoir les récupérer, ils sont sous licence libre, sans que vous ayez besoin de les acheter dans le commerce. Il y a peut-être des logiciels libres qui sont vendus dans le commerce, mais j’avoue que je n’en connais pas beaucoup. Et bien sûr, tout le code de ces logiciels et tout le code de ces distributions – là ça devient trop technique pour moi – est sous licence libre, donc accessible à des informaticiens ou à du grand public qui serait compétent pour aller lire ce code.

Frédéric Couchet : Mais nous sommes bien d’accord qu’il n’y a pas besoin d’être informaticien ou informaticienne pour installer et utiliser un système libre.

Magali Garnero : Typiquement, pour un de mes ordinateurs, je suis allée chercher l’image d’une distribution libre, que j’ai installée sur une clé USB, j’avais fait toutes mes sauvegardes avant, et ensuite j’ai appuyé sur le bouton OK une vingtaine de fois et j’ai pu installer la distribution libre que je voulais sur mon ordinateur, c’était Linux Mint, histoire d’en citer une. J’ai pu le faire moi-même, sachant,je rappelle, que je suis libraire, pas du tout informaticienne, j’ai horreur de mettre le nez dans le code, j’y comprends que dalle. Ensuite, j’ai installé moi-même les logiciels que j’utilise en passant par ce qu’on appelle une logithèque, sans mettre une seule ligne de code, j’ai pu choisir les logiciels que je voulais installer sur mon ordinateur. Il n’y a besoin d’aucune compétence technique.

Frédéric Couchet : Sur ce point, vas-y David, de Désobs.

David Frissard : Il faut vraiment se défaire de l’image que Linux ou les systèmes libres sont réservés à des informaticiens ou à des experts techniques. Au contraire, dans nos accompagnements, on voit que ce sont des systèmes beaucoup plus simples à utiliser. On parlait notamment de la logithèque, un petit peu l’équivalent d’un Play Store, comme on a sur le téléphone, qui permet d’installer de façon sécurisée l’ensemble des applications dont on a besoin. Les personnes qui viennent nous voir, qui veulent changer ou à qui on propose un système libre, savent qu’elles peuvent revenir nous voir si elles ont un problème à l’utilisation ou quoi que ce soit. En fait, quand elles reviennent ou quand on les croise, elles nous disent que ça a changé le rapport à leur ordinateur. Elles ne sont plus embêtées par des fenêtres popups qui s’ouvrent intempestivement, par les antivirus qui tournent en arrière-plan et qui consomment énormément de ressources. On se sent plus en sécurité sur un système libre et, globalement, l’usage est plus simple, sachant que pour la plupart des personnes, l’usage reste de la bureautique, de la navigation Internet, du traitement de texte et tout ça, finalement, est assez semblable à ce qu’on peut connaître sur Windows. On n’est pas si décontenancé que ça quand on change de système.

Frédéric Couchet : Sur cette question, Zoé, quel est ton avis ?

Zoé Pélegry : Je suis complètement d’accord avec ce qui vient d’être dit. Je suis passée sur Linux il y a quelques mois, j’ai été accompagnée par une personne qui s’y connaissait parce que, toute seule, je n’aurais pas osé. Comme dit Bookynette, il faut oser et, si on n’ose pas, plein de gens sont disposés à nous aider. Je suis surprise de la vitesse à laquelle je me suis habituée au truc. En fait, ce n’est pas si différent, ça marche très bien, au contraire, il y a moins de questions concernant les mises à jour. Je suis assez tranquille et là je vous parle en tant que consommatrice de mon ordinateur, en tout cas mon usage n’a pas changé et c’était beaucoup moins compliqué que ce à quoi je m’attendais. Je pense qu’il y a vraiment un imaginaire à déconstruire et beaucoup de vulgarisation à faire pour dire que les logiciels libres sont vraiment accessibles et c’est un super moyen de sortir de cette dépendance à Microsoft.

Frédéric Couchet : Avant de passer à la mise en pratique, la stratégie, vos actions, je vous propose de faire une petite pause musicale pour faire une petite respiration. Toujours de la musique libre avec un artiste vivant. Parfois, les artistes qui font de la musique libre arrêtent, passent à autre chose, mais là, en l’occurrence, c’est quelqu’un qui est toujours actif et qui, je crois, se produira bientôt à Lyon, d’ailleurs je vérifie. Bookynette voit de qui je veux parler.
On va faire une courte pause musicale, deux minutes trente. Nous allons écouter Drunk Blues par KPTN. On se retrouve juste après. Belle journée à l’écoute de Cause Commune, la voix des possibles.

Pause musicale : Drunk Blues par KPTN.

Voix off : Cause Commune, 93.1.

Frédéric Couchet : Nous venons d’écouter Drunk Blues par KPTN, disponible sous licence libre Creative Commons Partage les mêmes conditions, CC By SA 4.0.
Avant d’oublier je pense que KPTN sera aux Journées du Logiciel Libre à Lyon, les 30 et 31 mai 2026. Le site web c’est jdll.org, je pense qu’il fera une conférence puisqu’il est informaticien, mais, comme vous l’avez entendu, il est aussi artiste. Je pense qu’il donnera un petit concert, donc n’hésitez pas à aller aux Journées du Logiciel Libre à Lyon et, en plus, vous y retrouverez l’April.

[Jingle]

Frédéric Couchet : Nous continuons notre discussion autour de la migration depuis Windows vers un système libre avec nos invité·es Magali Garnero, dite Bookynette, présidente de l’April, Zoé Pélegry, porte-parole des mouvements Alternatiba et ANV-COP21, ANV pour Action non-violente, et David Frissard, cofondateur de l’association Désobs située à Dijon.
Juste avant on parlait un petit peu des problèmes posés par Windows, de cette société qu’on souhaite changer, de porter des solutions qu’on souhaite faire émerger, en tout cas faire fleurir parce que le logiciel libre existe depuis très longtemps et se propage de plus en plus.
Dans la deuxième partie de l’émission, nous allons aborder un petit peu la pratique, comment y aller. Comme on l’a expliqué tout à l’heure, comme Magali l’a expliqué tout à l’heure, quand vous allez dans un magasin acheter un ordinateur, vous n’avez pas le choix du système d’exploitation. Et, quand vous avez un ordinateur qui est déjà préinstallé, pré-équipé avec Windows, que vous ne souhaitez pas, pour diverses raisons, passer à Windows 11, comment faire pour aller vers du logiciel libre ? Est-ce qu’il faut le faire tout seul, est-ce qu’il faut se faire accompagner ? Est-ce que c’est faisable tout seul ?
Pour lancer, je vais commencer par une question à David de Désobs. De mémoire, vous avez créé Désobsolescence en 2024. Depuis 2025 et la fin du support de Windows 10, avez-vous vu de nouvelles personnes arriver, c’est-à-dire des personnes venir spécifiquement suite à cette fin de support ?

David Frissard : Oui. On a eu beaucoup de personnes qui s’interrogeaient justement à cause de ça. Il y avait notamment un fond d’écran qui apparaissait sur les ordinateurs Windows pour dire « attention, si vous ne passez pas à la version Windows 11 vous allez avoir des problèmes de sécurité, etc. », ce qui est vrai. En tout cas, les personnes n’avaient pas envie de jeter leur ordinateur, qui, pour elles, fonctionnait très bien. Elles se sont donc tout naturellement tournées vers nous pour voir un petit peu quelles solutions on pouvait proposer, sans forcément connaître le logiciel libre qui est quelque chose qu’on propose en annexe, dans nos ateliers.

Frédéric Couchet : Justement, à Désobs que faites-vous concrètement ?

David Frissard : Nous proposons des ateliers participatifs de réparation d’ordinateurs et de téléphones. On intervient aussi bien sur ce qui est matériel que sur ce qui est logiciel. Les personnes peuvent venir nous voir avec un problème, ça peut être une dalle d’écran cassée, ça peut être, de la même façon, un écran de téléphone qui est cassé. On va voir si on trouve les pièces dans nos stocks ou, à défaut, accompagner dans l’achat des pièces et ensuite on va faire la réparation ensemble.
Bien souvent, le problème principal des personnes c’est que leur ordinateur est lent. Avant les disques durs étaient des HDD [Hard Disk Drive], il y en a encore beaucoup dans les machines, et, au bout d’un certain temps, ils perdent de leur efficacité, se dégradent et font ralentir les machines. À ce moment-là, on propose d’installer un disque dur SSD [Solid-State Drive] qui est beaucoup plus rapide, qui permet vraiment que l’ordinateur s’allume en moins de trente secondes et que l’accès aux fichiers se fasse plus rapidement. À ce moment-là, on en profite également pour proposer une installation de Linux. On a des disques qui sont préinstallés, qu’on a juste à mettre sur la machine et l’ordinateur s’ouvre avec Linux. On n’est pas obligé de passer par des techniques d’installation qui ne sont pas forcément à la portée de tout le monde, c’est-à-dire mettre le système sur une clé USB, rendre la clé démarrable, pour ensuite installer le système. On préconise quand même un petit accompagnement pour l’installation. Pour des néophytes ça peut être compliqué, pour des gens qui bidouillent, c’est tout à fait accessible.

Frédéric Couchet : D’accord. J’ai une petite question et je poserai la même tout à l’heure à Magali et à Zoé, je te la pose tout de suite.
J’ai oublié de préciser que vous pouvez venir participer à nos discussions sur le salon web de la radio, sur causecommune.fm, vous avez une zone de « chat », vous cliquez tout en bas sur la page de l’émission. Sur le salon on nous précise que le coût d’un disque SSD c’est environ 25 euros, en fonction, évidemment, de la capacité du disque.
Tout à l’heure, Magali a parlé de distribution libre, de système libre. Contrairement au monde Windows ou Mac où on a un fournisseur – d’un côté Microsoft, de l’autre côté Apple –, dans le monde du Libre il y a effectivement ce qu’on appelle des distributions, qui sont plus ou moins spécialisées, Magali a parlé de Mint, moi j’utilise Debian, il y a, par exemple, une distribution spécialisée pour l’éducation, Primtux. Vous, au niveau de Désobs, avez-vous une préférence ? Est-ce que vous laissez le choix aux gens ? Est-ce que vous expliquez ? Comment se passe le choix de version du système libre ? David.

David Frissard : Par défaut, on ne rentre pas forcément dans ces questions de distribution, il y en a énormément sur Linux, on n’a pas envie de perdre les gens là-dessus, à moins qu’ils aient déjà des notions et, dans ce cas-là, on est tout à fait libre d’en discuter avec eux. Nous proposons Linux Mint pour une raison qui est assez simple : c’est vraiment une distribution facile d’accès, avec l’équivalent d’un menu « Démarrer », les mises à jour sont assez explicites, elles sont à côté de l’heure en bas à droite. Il y a une ergonomie qui fait que c’est très simple de prendre en main pour les gens et ce système a aussi un aspect non négligeable, il est assez beau et assez élégant. Quand on ne connaît pas l’informatique, on se fie davantage à l’esthétique, de toute façon c’est ce que font tous les GAFAM qui travaillent cette question-là, on le voit notamment avec les appareils Apple dont le design est beaucoup travaillé. Donc, ça donne aussi l’image d’un système moderne et puissant, ce qui est le cas en plus de ça.
Linux Mint est donc le système que nous installons. Nous avons un petit peu adapté une version nous-mêmes, avec des logiciels préinstallés supplémentaires, et puis la possibilité, pour les gens, quand ils démarrent leur ordinateur, de choisir leur configuration, donc leur mot de passe, leur nom d’utilisateur, etc.

Frédéric Couchet : D’accord. On a précisé, mais je vais préciser à nouveau que Désobs est basée à Dijon. Je le précise parce que, tout à l’heure, on va aborder l’importance des structures locales, notamment avec Magali.
On va d’abord passer à Zoé et à Alternatiba. Avant la pause musicale, on a compris pourquoi vous vous êtes lancés sur cette mobilisation. Maintenant, j’aimerais bien que tu nous expliques un petit peu la stratégie que vous avez choisie. Quelle stratégie avez-vous choisie ? Pourquoi ce thème « Piratons Microsoft » ? Comment avez-vous mis en place tout ça ?

Zoé Pélegry : Je commence peut-être par « Piratons Microsoft », qui est un terme un petit peu fort. Vous aurez sûrement compris que nous ne sommes pas que des experts, on ne parle pas de vraiment pirater. Quand on dit « Piratons Microsoft », c’est un appel à l’action collective, dire qu’on va se mobiliser, qu’on va prendre les choses en main et qu’on va choisir nous-mêmes notre chemin de consommation, notre chemin de fonctionnement. C’est un peu cela que veut dire « Piratons Microsoft » : c’est nous qui choisissons et on va choisir de ne pas utiliser Microsoft parce que, en réalité, on peut faire autrement et il y a tellement d’avantages à faire autrement.
La stratégie sur laquelle nous nous sommes accordés dans notre mouvement, à Alternatiba, c’est à la fois s’opposer et proposer. On fonctionne toujours comme cela, sur ces deux jambes, une jambe qui s’oppose et une jambe qui propose.
S’opposer, c’est s’opposer à Microsoft. L’objectif n’est pas de faire céder Microsoft qui est une énorme entreprise. Par contre, on sait que face à la pression citoyenne, elle peut reculer, en tout cas elle peut prendre des décisions différentes, c’est ce qui s’est passé l’année dernière avec le rallongement des mises à jour. C’était une victoire en tant que telle, même si la façon de faire n’était pas extrêmement claire, il fallait donner à Microsoft des données personnelles pour pouvoir continuer à mettre à jour, ils s’en sortent toujours, évidemment, pour que leur intérêt économique n’en pâtisse pas, mais nous pensons que nous avons besoin de gagner du temps face à cet arrêt des mises à jour. Gagner du temps pourquoi ? Parce qu’il y a des milliers, des millions de personnes qui sont en train, tous les jours, de jeter leur ordinateur fonctionnel pour en acheter un autre ou alors qui se retrouveront, le 14 octobre, avec un système qui n’est plus à jour et qui peut être infecté par des virus. Ne serait que gagner quelques mois, c’est toujours du temps pour faire passer le mot et dire « regardez, une autre solution existe, le logiciel libre ».
La deuxième partie de notre stratégie c’est faire passer un maximum de monde sur le logiciel libre. Nous ne sommes pas des experts, par contre nous savons qu’il y a plein d’experts et nous aimons la force du collectif, parce que, en réalité, quand on unit nos forces, on peut avoir une force de frappe énorme. Par rapport au logiciel libre, on voit bien que le proche à proche fonctionne très bien, parmi d’autres moyens, évidemment. C’est un copain qui m’a dit « tu pourrais faire ça pour ton ordinateur ». L’idée c’est vraiment de diffuser ces mots-là pour faire passer un maximum de monde sur les logiciels libres, avant que les gens rachètent un ordinateur ou qu’ils se retrouvent avec un ordinateur sujet aux virus.

Frédéric Couchet : D’accord. Avant de passer la parole à Magali, je voulais poser une question sur ce que vous allez faire. On va reparler après, avec Magali, du fait de s’appuyer sur les structures locales.
En préparant l’émission, tu as évoqué l’idée de passer de l’action individuelle à l’action collective, notamment je lis : « Tout le monde peut participer. Sauve ton ordinateur en participant à une fête d’installation ou une install party – tu préciseras ce que c’est sait – puis coorganise la prochaine, participe et organise des install-parties pirates pour permettre à d’autres de sauver leur ordinateur. » Vous allez donc organiser des fêtes d’installation, et je vais te laisser expliquer ce que c’est, pour permettre aux gens d’avoir de l’aide pour installer un logiciel libre, mais en plus l’idée c’est d’encourager les personnes à organiser la prochaine pour faire boule de neige. C’est ça ?

Zoé Pélegry : Oui, c’est ça. On cherche toujours de passer de l’individuel au collectif et du problème concret, quotidien, au problème plus global et plus systémique. On a besoin de se serrer les coudes et on a besoin de créer une majorité culturelle de personnes qui aient conscience que ce système ne va pas, qu’il faut le changer et, en fait, c’est en se serrant les coudes qu’on va y arriver. Appliqué à ce sujet-là, ça passe effectivement par les install parties. Je pense que David et Magali expliqueront beaucoup mieux que moi.

Frédéric Couchet : Je leur passe la parole juste après.

Zoé Pélegry : Je vous laisserai expliquer. En gros, l’idée c’est « sauve ton ordinateur et, une fois que c’est fait, aide d’autres à sauver le leur et ça va faire un effet boule de neige ». On a déjà lancé cette idée dans nos réseaux, autour de nous, dans nos mouvements et ça se répand : si ton ordinateur est concerné, rejoins la dynamique collective, sauve ton ordi et ensuite aide d’autres à s’en sortir. En quelques semaines, on a déjà plusieurs centaines de personnes qui ont répondu, qui nous disent « je suis concernée, comment faire ? ». Du coup, on fait de la mise en lien et c’est aussi comme ça qu’on obtient des victoires et qu’on fait grossir le mouvement.

Frédéric Couchet : D’accord. Je vais demander à Magali de nous expliquer ce qu’est une install party, en anglais, ou fête d’installation. Quel est le principe ?

Magali Garnero : Vous avez un ordinateur avec Windows dessus, Apple, ou même un téléphone avec Android et ainsi de suite. La première chose qu’il faut faire c’est sauvegarder ses données. Ensuite, vous pouvez aller à une install party, c’est-à-dire un événement organisé par une association qui propose d’installer une distribution libre sur votre matériel – téléphone, ordinateur, j’ai oublié tablette, je rajoute que c’est possible aussi pour les tablettes. Vous arrivez là-bas et quelqu’un va vous installer une distribution libre, vous expliquer comment ça fonctionne, vous permettre de choisir quels sont les logiciels qui vont être installés avec la distribution, en rajouter, si vous voulez, pour correspondre à vos besoins, et vous allez repartir avec votre matériel qui aura pris un gros coup de jeune, qui sera beaucoup plus rapide avec cette distribution libre.

Frédéric Couchet : Avant de te poser une deuxième question et avant d’oublier, je précise, pour les gens qui sont à Paris – nous sommes une radio parisienne, même si elle est diffusée dans le monde entier –, que chaque premier samedi du mois, à la Cité des sciences et de l’industrie, de 14 heures à 18 heures, il y a ce qu’on appelle le Premier Samedi du Libre, organisé par un groupe d’utilisatrices et d’utilisateurs de logiciels libres de la région parisienne, qui est Parinux, dont Magali fait aussi partie. Il y a donc des conférences, mais il y a aussi une install party, ce que j’appelle une fête d’installation, de 14 heures à 18 heures, au Carrefour numérique2 de la Cité des sciences et de l’industrie. La prochaine c’est le samedi 6 juin 2026 et c’est chaque premier samedi du mois.
C’est donc une fête d’installation, n’importe qui peut en organiser, mais c’est souvent organisé par ce qu’on appelle, dans notre communauté, des GULL, des groupes d’utilisateurs et d’utilisatrices de logiciels libres dans l’espace francophone ou ailleurs et justement l’April a lancé, en octobre 2025, une opération qui s’est beaucoup appuyée là-dessus. Tu vas expliquer l’opération, ce qu’est un GULL, l’opération c’est « Adieu Windows, bonjour le Libre ». Pourquoi avoir lancé cette opération et quelle forme prend-elle ? Magali

Magali Garnero : Pourquoi avoir lancé cette opération ? Tout simplement parce que Microsoft a décrété qu’elle allait arrêter le support de Windows 10. À l’April, ça a nous a bien fait râler, discuter, nous étions assez exaspérés.

Frédéric Couchet : Excuse-moi de te couper, on a vu ça aussi comme une bonne opportunité, en se disant « ça va énerver les gens. »

Magali Garnero : Ça va énerver les gens. Nous étions énervés parce que, déjà, on nous a demandé notre avis sur ce sujet alors que Windows, à priori, on s’en fout. Mais ça a été surtout une occasion de parler de ça, de visibiliser un travail qui est fait par l’Agenda du Libre, un site internet, agendadulibre.org, qui recense l’intégralité des événements de la communauté libriste. Donc tous les GULL, dont tu parlais tout à l’heure, qui organisent des événements, des install parties, mais aussi des permanences ou des ateliers de formation, mettent leurs événements sur l’Agenda du Libre. L’opération « Adieu Windows » s’est beaucoup reposée sur cet agenda pour référencer vraiment juste les évènements qui concernent la migration de Windows 10 vers une distribution libre, parce que, sur l’Agenda du Libre, aussi plein d’autres choses, il y a des cartoparties, il y a des choses sur la monnaie libre, il y a des concerts libres, il y a plein de choses.

Frédéric Couchet : Cartoparties ?

Magali Garnero : En gros, des gens extraordinaires s’arrangent pour cartographier leur quartier, pour faire des cartes et les mettre sur OpenStreetMap ou sur d’autres sites qui font de la cartographie, afin que toutes ces données soient accessibles aux personnes qui iront sur ce site-là. C’est donc une sorte de libération de données géographiques.

Frédéric Couchet : D’accord. Avant de passer la parole à David avec une question, je précise que l’Agenda du Libre est un site qui est maintenu par April, ce n’est pas un site extérieur à la galaxie de l’April, il fait partie de la galaxie de l’April et vous y trouvez effectivement plein d’évènements. Il n’y a pas que des GULL dessus, il y a plein d’autres structures, d’éducation populaire ou autre, notamment Désobs de Dijon.
Il y avait une question sur le salon web : est-ce que Désobs fait des actions avec le GULL de Dijon qui est Coagul. Est-ce que vous faites des actions en commun ? David.

David Frissard : Coagul est un vrai partenaire. Nos groupes sont parfois un petit peu mélangés. On va souvent les voir, des gens de Coagul viennent aussi nous voir, on essaie vraiment de s’unir pour augmenter la portée de nos actions. On redirige les gens qui sont à Quetigny notamment vers Coagul, qui, en tant que GULL, peut les accompagner dans l’installation de systèmes libres.

Frédéric Couchet : D’accord. J’avais une question pour toi et pour Zoé, d’abord toi vu que tu as la parole : quelles sont les premières questions que posent les personnes qui viennent vous voir ou leurs inquiétudes ? Par exemple, est-ce que les personnes ont des inquiétudes concernant leurs mails, les risques d’en perdre, la bureautique ? Quelles sont leurs premières questions, leurs inquiétudes principales ? David.

David Frissard : On va dire que ça dépend des personnes.
Pour ce qui est des pertes de données, pas spécialement. Comme elles sont accompagnées, elles sont en confiance. Une des premières choses qu’on fait c’est de sauvegarder les données, et même plus simplement, quand c’est un ancien HDD, on le transforme en disque dur externe, comme cela les gens peuvent le rapporter chez eux et avoir une sauvegarde en plus.
Après, c’est plus sur la compatibilité des matériels : est-ce que mon imprimante va fonctionner, est-ce que mes différents périphériques vont fonctionner ? Ça a énormément évolué. Il y a dix ans, avec Linux, il y avait beaucoup de problèmes avec les drivers pour piloter telle ou telle imprimante. Aujourd’hui, on est vraiment dans du plug and play, on va dire que 95 % du temps les choses se passent très bien, les gens retournent chez eux, branchent leur imprimante et ça fonctionne très bien.
Il y a donc de moins en moins de freins à utiliser Linux, notamment aussi pour les gameurs, je le précise. Ça a pu être un frein, pendant longtemps, de ne plus pouvoir jouer à des jeux vidéo. Aujourd’hui, avec les émulateurs, notamment Proton porté par Steam, on peut jouer, sous Linux, à la plupart des jeux vidéo qui sont disponibles sur Windows, sans aucun problème.
Un autre frein quand même. Pour les gens qui utilisent des logiciels propriétaires dans le cadre de leur travail, que ce soit des logiciels de comptabilité ou autres, malheureusement il n’y a pas forcément de façon de les porter sous Linux. C’est un petit peu le facteur limitant, ces gens-là doivent rester sous Windows pour utiliser ces logiciels puisque c’est dans le cadre professionnel.

Frédéric Couchet : D’accord. Je vais laisser Magali réagir avant de relayer une remarque et ensuite passer la parole à Zoé. Magali, tu voulais réagir.

Magali Garnero : Oui, je voulais réagir au sujet des logiciels de comptabilité, puisque j’en utilise pas mal de différents au sein des associations et des entreprises dans lesquelles je suis. C’est une très bonne occasion de changer de logiciel de comptabilité, parce que dans le genre, les logiciels privateurs de comptabilité rançonnent les données, enferment totalement, il faut donc en changer. Je ne citerai pas de privateur parce que ça me mettrait mal à l’aise, mais il y a plein de logiciels de comptabilité, je pense à Dolibarr, je pense à Odoo, je pense à PhpCompta, je pense à Paheko, il y a Grisbi, je vais citer Grisbi parce que j’ai vu qu’il est maintenu, même si nous ne sommes pas très nombreux à l’utiliser. Il y a vraiment des solutions de comptabilité qui existent, il faut les utiliser.

Frédéric Couchet : Je relaie juste une remarque sur le salon avant de passer la parole à Zoé. Isabella dit que les personnes ont peur de ne pas pouvoir travailler sur les fichiers en formats fermés partagés avec des personnes de leur entourage, associations sportives par exemple. Typiquement, ce sont les formats de Microsoft Office qu’on craint de ne pas pouvoir ouvrir avec LibreOffice. Petite parenthèse, je me souviens que ma grande fille, il y a très longtemps, travaillait sur un projet en commun avec une de ses camarades. Elle l’appelle au téléphone en disant « je vais t’envoyer le fichier » – ma fille travaillait sur LibreOffice –, s’excusant presque en disant « j’espère que tu vas pouvoir l’ouvrir ». C’était il y a dix ans, aujourd’hui les choses ont bien changé, en tout cas, il y avait quand même cette peur de ne pas pouvoir communiquer avec d’autres personnes.
Zoé, même question : est-ce qu’il y a des inquiétudes soit parmi les gens d’Alternatiba, soit parmi les premières personnes qui vous ont contactés par rapport à cette migration vers le logiciel libre ? Ou finalement les gens disent « on y va » ?

Zoé Pélegry : Il y a beaucoup de questions : est-ce que ça va répondre à mes attentes, est-ce que je pourrai toujours faire du montage photo, est-ce que je pourrai toujours écouter ma musique, etc. ? À Alternatiba, nous ne nous considérons pas capables de répondre à toutes ces questions techniques, par contre on dit à toutes ces personnes « regardez autour de chez vous, il y a des GULL, il y a des parrains/marraines, il y a des personnes qui savent répondre à ces questions et en plus, bonne nouvelle, vous allez rencontrer quelqu’un de votre territoire qui pourra vous filer un coup de main. » On se voit surtout comme agents d’amplification de ce qui existe déjà pour le mettre en commun, créer des espaces de discussion. Ce qu’on imagine, en tout cas ce qu’on est en train de créer comme dynamique, c’est une dynamique qui est très décentralisée. Des personnes nous disent : « Je suis dans le Doubs, je suis dans le Morbihan, je suis à un tel endroit, qu’est-ce que je peux faire avec mon ordinateur ? – Super, contacte telle personne qui est dans ton territoire et tu verras, tu vas trouver une solution. Et encore mieux, si derrière tu peux faire passer le mot à tes proches et nous aider à la fois à mettre la pression à Microsoft et à diffuser l’existence des logiciels libres et des fêtes d’installation Linux. »

Frédéric Couchet : D’accord. Une question pour David. En introduction, j’ai dit qu’on allait surtout parler de migration pour le grand public, mais ces problèmes avec Windows concernent évidemment les entreprises, associations, collectivités. Est-ce que vous avez des demandes entre autres d’associations, de TPE, de PME ou de collectivités ?

David Frissard : Oui. On accompagne également beaucoup d’associations dans leur transition vers du logiciel libre. Tout à l’heure, parmi les logiciels de comptabilité, on a notamment cité Paheko, qu’on recommande fortement, qui a été développé à Dijon, qui a, en plus de ça, le mérite d’être extrêmement simple d’utilisation et d’être libre et gratuit.
Après il y a plein de logiciels et d’outils qui sont également libres, qu’on peut utiliser facilement, notamment pour éviter d’utiliser des outils Google. Je pense par exemple à la suite Nextcloud qui est un outil collaboratif très abouti aujourd’hui.
Pour ce qui est des entreprises, il faut arriver à convaincre en fonction notamment des logiciels internes qui peuvent être utilisés. Cela demande un accompagnement plus important, on essaie de travailler aussi avec des entreprises qui peuvent fournir cet accompagnement-là, puisque la charge est quand même assez lourde dès l’instant qu’il s’agit de maintenir un réseau interne ou de trouver des solutions techniques aux problématiques de l’entreprise. Et c’est un petit peu la même chose pour les collectivités.

Frédéric Couchet : D’accord. Sur le salon web, on nous fait une petite précision que je vais quand même relayer : pour les questions des logiciels qui tournent sous Windows, on peut aussi faire une machine virtuelle pour utiliser des logiciels Windows. Ce n’est pas forcément à la portée de tout le monde, mais c’est vrai que c’est une solution de faire tourner dans une sorte de container, un petit peu à part, des logiciels qui pourraient ne pas tourner sur un système libre. Isabella précise que, dans ce cas, il faudra un geek ou une geek sous la main, ce qui n’est pas forcément toujours le cas.
Je regarde l’heure, il nous reste juste quelques minutes. Magali, est-ce que la convergence April/Alternatiba est quelque chose que tu as initié en grande partie, vu que tu étais présente sur des événements Alternatiba. il y a quelques années, sur des stands libristes ? Est-ce que le fait, par exemple, de participer à des opérations physiques, sur le terrain – tout à l’heure Zoé a parlé de l’enterrement symbolique devant le siège de Microsoft France, il y a quelques semaines, auquel tu as participé avec mon collègue Étienne Gonnu – est quelque chose qui te paraît important dans les années à venir, c’est-à-dire cette présence physique, on va dire d’happening quelque part, de mobilisation ?

Magali Garnero : Déjà, j’ai eu l’impression d’avoir 15 ans de moins, de retourner aux manifestations anti-Acta qu’on faisait à une époque.
Oui, je pense que c’est important parce que, du coup ça a attiré le regard des médias sur nos sujets. On a pu dire des mots auxquels ils ne sont pas habitués, de mots qu’il a fallu expliquer comme « informatique déloyale », « obsolescence », « vente forcée ». Après ça fait une image pour les gens qui revoient ce fameux cercueil porté par des membres d’Alternatiba devant les locaux de Microsoft, qui revoient les pancartes « Adieu Windows », « Ne jetez pas vos d’ordinateurs », qui étaient tenues par des membres de l’April. Nous n’étions pas que deux apriliens, nous devions être une dizaine, c’était vraiment sympa. Ça a un peu obligé les journalistes à s’intéresser à nos dossiers, chose qu’ils ne font pas suffisamment à mon goût, mais, à mon goût, ils ne le feront jamais suffisamment, je suis peut-être un peu trop exigeante. Ça marque les esprits. Je trouve que toutes ces photos ont marqué les esprits.
Je voulais remercier Étienne qui avait un super texte qu’il a très bien déclamé devant les caméras, devant les appareils photo, parce que ce n’était pas facile. J’ai été très contente que ce soit lui qui le fasse et pas moi, donc merci Étienne pour cela.
Merci à tous les membres de l’April qui sont venus, certains ont même posé un congé pour venir prendre des photos.
Merci aux journalistes qui se sont déplacés parce qu’ils ont été prévenus un peu au dernier moment, mais ils ont quand même fait l’effort d’être là.
Je pense que c’est important qu’on reprenne le terrain physique, local, un peu partout et j’ai hâte d’aller enterrer d’autres ordinateurs ailleurs.

Frédéric Couchet : D’accord. Je précise que si vous écoutez en podcast, dans les notes de l’épisode, sur la page de l’émission, il y a différents liens, il y a les liens vers Alternatiba, Désobsolescence, April, mais il y a aussi le lien vers la vidéo de l’opération, des photos. Magali.

Magali Garnero : Je rajoute un petit quelque chose. On a enterré sur Paris, mais je sais de source sûre, et Zoé va peut-être pouvoir le confirmer, qu’il va y avoir d’autres événements libristes, de GULL et avec des membres locaux d’Alternatiba à Compiègne, à Amiens et sans doute peut-être à Beauvais. Je ne sais pas si, à Dijon, vous avez prévu quelque chose, David.

David Frissard : Pas spécialement pour l’instant. On fait des événements très régulièrement, mais nous sommes ouverts à toutes les propositions.

Frédéric Couchet : Zoé, sur les autres villes dont a parlé Magali ?

Zoé Pélegry : Oui. On invite les personnes motivées à s’impliquer ainsi que les organisateurs et organisatrices de fêtes d’installations Linux. Il y a plein de forces citoyennes qui sont disponibles pour aller tracter, pour faire marcher le bouche-à-oreille, pour diriger plein de gens vers ces événements. Dans le placard, qu’on est en train de préparer, on a des petits événements désobéissants. On va aller faire des actions. Là où on n’a pas le droit, on va aller installer Linux sur des ordinateurs.
À Alternatiba et à ANV-COP21, on utilise la désobéissance civile ponctuellement, quand on pense qu’il y a vraiment un problème qui cloche et qu’on veut mettre en valeur ce qui nous semble complètement illégitime. Ce n’est pas sur nous, qui nous mettons en situation de désobéissance, que nous voulons attirer l’attention, mais bien sur la situation que Microsoft décide de provoquer, mettre à la poubelle plein d’ordinateurs. Du coup, on va faire ce qu’on appelle des install parties pirates, on va installer Linux par-ci par-là, ça va faire venir la presse, ça va nous permettre de parler à beaucoup de monde. Cette médiatisation va nous permettre de polariser l’opinion publique et aussi de faire connaître nos revendications et de rediriger plein de gens vers le logiciel libre. Si jamais ça vous intéresse de participer à ce genre d’action, on n’y va pas n’importe comment, on se forme, on se prépare très bien et on propose des formations qui sont évidemment gratuites, qui sont proposées sur des outils de visio libres.

Magali Garnero : Je sais pourquoi tu pratiques ça !

Zoé Pélegry : Nous voulons que chacun et chacune trouve sa place dans cette dynamique-là. J’ai parlé d’actions non-violentes de désobéissance civile, mais il y a aussi des actions beaucoup plus faciles à faire seul chez soi. Nous sommes notamment en train de lancer un mouvement « J’enterre mon ordinateur », on prend en photo des ordinateurs qui seront condamnés, dans six mois, à cause de Microsoft. On fait une mise en scène avec des bougies, « ordinateur décédé, parti trop tôt ». Ce sont évidemment des mises en scène qui nous permettent de montrer que c’est complètement absurde, que nous sommes des centaines, des milliers à ne pas accepter ça et à se mobiliser contre ça. Pareil, si ça peut vous parler de prendre une photo avec une petite mise en scène chez vous, ça se passe sur piratonsmicrosoft.fr.

Frédéric Couchet : OK. Merci à vous. Dernier tour de parole, vos conclusions parce qu’on est très limite. On va laisser la parole à Zoé comme elle l’avait déjà. Donc la question finale traditionnelle de nos émissions : pour conclure, quels sont les éléments clés à retenir de l’émission en moins de deux minutes chacune et chacun ou si vous voulez rajouter quelque chose ? On commence par Zoé.

Zoé Pélegry : Sauvez votre ordinateur.
Aidez autour de vous pour que les uns, les unes, les autres sauvent leurs ordinateurs et rejoignent le mouvement.
Tout le monde peut trouver sa place dans ce mouvement, que ce soit autour d’installations de Linux, autour d’actions plus ou moins engageantes, tous les niveaux d’engagement sont OK.
Venez voir sur piratonsmicrosoft.fr et partagez aux gens concernés par le problème. En en parlant à nos familles, à nos amis, on a déjà un bout de solution.
On a jusqu’au 14 octobre 2026 pour sauver un maximum d’ordinateurs, n’attendons plus !

Frédéric Couchet : Merci Zoé. David, de Désobsolescence.

David Frissard : Gardez votre ordinateur le plus longtemps possible. Normalement il doit durer facilement au moins dix ans.
Tournez-vous vers les organisations autour de chez vous.
N’hésitez pas aussi à solliciter des réparateurs qui peuvent vous accompagner là-dessus.
Produire unordinateur c’est plus de 800 kilos de matières premières. Réparer et prolonger sa durée de vie, c’est vraiment le meilleur levier d’action qu’on puisse avoir.
Nous sommes disponibles tous les mardis, vous pouvez aller voir notre site internet. N’hésitez pas à prendre rendez-vous, on pourra vous conseiller et vous accompagner si vous avez envie de franchir le pas.

Frédéric Couchet : Merci David. Magali.

Magali Garnero : Si vous ne vous sentez pas compétent pour franchir le pas tout seul, n’hésitez pas à vous faire aider. Allez sur agendadulibre.org pour voir quelles sont les associations qui organisent des événements près de chez vous et, si vous ne trouvez pas d’évènements près de chez vous, allez sur le site internet d’une initiative qui s’appelle « aidelinux », Zoé en a parlé. Ce sont des parrains et marraines Linux qui proposent leur aide et, pareil, il y en a partout que ce soit en France, en Suisse ou en Belgique. Ne tentez rien si vous ne vous sentez pas compétent et enjoy si, au contraire, vous avez les capacités.

Frédéric Couchet : Merci à vous. Nos invité·es étaient Magali Garnero, dite Bookynette, présidente de l’April, Zoé Pélegry, porte-parole des mouvements Alternatiba et ANV-COP21, et David Frissard, cofondateur de l’association Désobsolescence située à Dijon.
Merci à vous et bonne fin de journée.
On va faire une pause musicale.

[Virgule musicale]

Frédéric Couchet : Après la pause musicale nous entendrons la chronique de Benjamin Bellamy.
En attendant nous allons écouter S’ils savaient par Löhstana. On se retrouve dans trois minutes trente. Belle journée l’écoute de Cause Commune, la voix des possibles.

Pause musicale : S’ils savaient par Löhstana.

Voix off : Cause Commune, 93.1.

Frédéric Couchet : Nous venons d’écouter S’ils savaient par Löhstana, disponible sous licence libre Creative Commons Attribution, CC By 2.0

[Jingle]

Frédéric Couchet : Nous allons passer au sujet suivant.

[Virgule musicale]

Chronique « Le truc que (presque) personne n’a vraiment compris mais qui nous concerne toutes et tous » de Benjamin Bellamy – « La nouvelle série à la mode dont tout le monde parle sur les réseaux sociaux »

Frédéric Couchet : Nous allons poursuivre par la chronique de Benjamin Bellamy, « Le truc que (presque) personne n’a vraiment compris mais qui nous concerne toutes et tous ». Benjamin Bellamy est le fondateur et dirigeant de la société Ad Aures, papa de Castopod et animateur de Rien de Grave Patron.
La chronique a été enregistrée. Son titre : « La nouvelle série à la mode dont tout le monde parle sur les réseaux sociaux ».

[Virgule sonore]

Benjamin Bellamy : Bonjour à toutes et à tous ! C’est le mois de mai et vous avez sûrement remarqué qu’on est particulièrement gâtés en ponts cette année. Il y a tellement de week-ends prolongés que vous avez déjà regardé tout Netflix, vous avez fait deux fois le tour de Prime Video, mais aussi toutes les chaîne en « + », Disney+, Paramount+, Apple TV+, MGM+, Ciné+, M6+, Universal+ ! Même sur la chaîne Madelen de L’INA, vous avez tout vu depuis 1974 ! Alors maintenant, que faire pour la Pentecôte ? Réjouissez-vous, car j’ai la série ultime pour les auditeurices de Libre à vous ! et de RdGP : la commission d’enquête sur les dépendances structurelles et les vulnérabilités systémiques dans le secteur du numérique et les risques pour l’indépendance de la France. Quand je dis que tout le monde en parle sur les réseaux sociaux, c’est plus sur LinkedIn que sur TikTok ! Encore que, vous vous en rendrez compte après l’avoir bingée, il y a de quoi faire des mèmes pour 20 ans avec ces auditions !

Gaël : Ce n’est pas une découverte, on en a déjà parlé deux fois dans RdGP : une fois quand Nicolas Guillou a été auditionné et une autre pour la table ronde sur le Logiciel Libre.

Benjamin Bellamy : Oui, on en a parlé deux fois, mais je sais pas si tu es allé voir le portail vidéo de l’Assemblée nationale, on n’en est qu’à la saison 1 et il y a déjà 27 épisodes de plus de deux heures, certains même de quatre heures ! Même avec 12 mois de mai on n’arriverait pas à en venir à bout ! J’ai donc opéré une sélection tout à fait pas impartiale, et totalement subjective, et je vous propose ma sélection des meilleurs moments, si le divulgâchage ne vous dérange pas trop.

Gaël : Et si ça ne nous va pas, as-tu prévu autre chose ?

Benjamin Bellamy : Non, je n’ai pas de plan B.

Gaël : Alors vas-y, mais, je ne sais pas pourquoi, je sens que tu vas encore nous bidonner avec des extraits de South Park et nous raconter des sornettes.

Benjamin Bellamy : Je jure de dire la vérité, rien que la vérité, toute la vérité.

Gaël : Ah oui ! Tu t’y crois carrément en fait !

Benjamin Bellamy : Ouais, un peu. Il faut dire qu’une commission d’enquête ce n’est pas vraiment l’ambiance d’un plateau de CNews. Une commission d’enquête, c’est l’arme lourde du Parlement : les personnes auditionnées témoignent sous serment, la main droite levée en disant « je le jure ». Y mentir est un délit. Le rapporteur peut se faire communiquer des documents, enquêter sur pièces et sur place.
Cette commission d’enquête sur les dépendances structurelles et les vulnérabilités systémiques dans le secteur du numérique et les risques pour l’indépendance de la France a été lancée le 3 février 2026, à l’initiative du groupe écologiste et social qui a utilisé son « droit de tirage », en gros c’est le droit pour un groupe d’opposition d’obtenir une commission d’enquête par une fois par an. Elle rassemble 27 députés de tous les groupes politiques et je vais vous lire leurs CV.

Gaël : Non, on n’a pas le temps là !

Benjamin Bellamy : Alors juste les deux personnages principaux : la rapporteure, Cyrielle Chatelain, députée de l’Isère et présidente du groupe écologiste, et le président, Philippe Latombe, député de Vendée. Il y a un an, nous avions interviewé Philippe Latombe pour RdGP, dans son bureau de l’Assemblée Nationale et il nous avait parlé de Data Privacy Framework, Health Data Hub, bref, de souveraineté numérique.

Gaël : C’est clairement ton interview l’a inspirée pour la commission.

Benjamin Bellamy : Je suis sûr que ce n’est pas RdGP qui l’a inspiré. En 2021, il était déjà l’auteur du rapport d’information « Bâtir et promouvoir une souveraineté numérique nationale et européenne », c’est dire qu’il ne nous a pas attendus.

Gaël : OK ! Mais tu nous as promis les meilleurs moments, le best off, ça vient ?

Benjamin Bellamy : Oui, j’y viens. Je le redis, c’est une sélection, je ne vais pas parcourir tous les épisodes depuis le premier, le 10 mars.
Un des moments phare, dont on a déjà parlé ici mais qui mérite d’être cité à nouveau, c’est Nicolas Guillou, juge à la CPI [Cour pénale internationale], qui a dit, dans l’épisode du 8 avril : « Ma vie personnelle est devenue un laboratoire de la perte de souveraineté. » Pour le punir d’avoir condamné Netanyahou, Trump a pris un décret qui interdit à toute entreprise américaine...

Gaël : Étasunienne tu veux dire.

Benjamin Bellamy : Tout à fait, Trump a pris un décret qui interdit à toute entreprise étasunienne de commercer avec lui. Plus de carte Visa ou Mastercard, plus de compte Apple ou Google, les monopoles dont jouissent les États-Unis peuvent nous renvoyer dans les années 80. Philippe Latombe a d’ailleurs explicitement demandé au représentant de Google Cloud s’il refuserait au juge Guillou d’ouvrir un compte Gmail, même à titre personnel. Réponse : « Tout à fait ». Au moins, c’est clair.

Gaël : As-tu d’autres répliques chocs comme ça ?

Benjamin Bellamy : Quel genre ?

Gaël : Répliques chocs quoi !

Benjamin Bellamy : Oui. Toujours Philippe Latombe. Suite au licenciement d’un salarié de Microsoft qui avait répondu au Sénat, il a demandé aux représentants des GAFAM : « Quelle valeur accordez-vous entre prêter serment et perdre son emploi ? ». Puis, suite aux refus répétés de répondre concernant la coopération des GAFAM avec la justice américaine, il lance « le fait de ne pas avoir répondu à trois reprises à une question très claire, qui demandait une réponse binaire, oui ou non, je pense, nous apporte une réponse. »

Gaël : Et la pire réplique ?

Benjamin Bellamy : La présidente de Microsoft France qui répond à la possibilité, pour Microsoft, de couper de manière unilatérale ses services à ses clients, elle dit : « Ce serait suicidaire d’avoir un kill switch. L’entreprise n’est pas le gouvernement américain. » Pas de chance, Philippe Latombe lui fait remarquer que c’est déjà arrivé à une entreprise indienne, à une université chinoise,

Gaël : À un juge de la CPI.

Benjamin Bellamy : Tout à fait, à un juge de la CPI.

Gaël : OK ! Mais ta série n’est pas très feel good !

Benjamin Bellamy : Ça dépend des épisodes. C’est sûr que quand tous les GAFAM sont invités, ce n’est pas facile d’être optimiste. Mais ça a le mérite de dire les choses telles qu’elles sont vraiment. Si tu veux te remonter le moral, il y a l’épisode du 6 mai, avec Nicolas Vivant, qui disait : « Il n’y a pas de résistance des utilisateurs quand vous leur proposez un logiciel meilleur. Jamais ! ». Et il enfonce le clou : « Microsoft, Google, Amazon, Oracle, nous n’avons plus aucune dépendance envers les grands acteurs de la tech. »

Gaël : Tu peux nous rappeler combien de personnes il a pour gérer tout ça ?

Benjamin Bellamy : Mais oui Gaël, je le peux : 9,5 équivalents temps plein.

Gaël : Oui, mais avec lui ça fait 10,5 !

Benjamin Bellamy : Non. Il m’a confirmé qu’il ne se comptait pas dedans !

Gaël : OK. Donc tu penses vraiment que le logiciel libre n’est pas juste un truc de hippies ?

Benjamin Bellamy : Au contraire, d’après Étienne Gonnu de l’April, « un investissement public d’un milliard dans le logiciel libre générerait un impact de 65 à 95 milliards sur le PIB européen. »

Gaël : OK. Et comment se finit ta série ?

Benjamin Bellamy : Je ne vous le dirai pas, déjà parce que ce n’est pas fini. Et pour le savoir, le mieux c’est de vous abonner à Souveraineté+ [sic], c’est gratuit, c’est en accès libre, sur le portail vidéo de l’Assemblée Nationale. Le meilleur moyen d’agir pour commencer à changer les choses c’est de s’y intéresser.

[Virgule sonore]

Frédéric Couchet : Nous venons d’écouter la chronique de Benjamin Bellamy, intitulée « La nouvelle série à la mode dont tout le monde parle sur les réseaux sociaux ». Dans la page de l’émission et dans les notes de l’épisode si vous nous écoutez en podcast, il y a notamment le lien vers la vidéo et la transcription de l’audition à laquelle a participé mon collègue Étienne Gonnu et dont parlait Benjamin Bellamy.

Nous allons passer aux annonces de fin.

[Virgule musicale]

Quoi de Libre ? Actualités et annonces concernant l’April et le monde du Libre

Frédéric Couchet : Concernant les annonces de fin, je vous rappelle que les liens utiles sont sur la page consacrée à l’émission du jour, sur libreavous.org/276, sur causecommun.fm ou dans les notes de l’épisode si vous nous écoutez en podcast.

Les 30 et 31 mai 2026 auront lieu les Journées du Logiciel Libre à Lyon, donc deux jours de conférences, des stands, et l’April, évidemment, sera présente.

La radio Cause Commune vous propose un rendez-vous convivial chaque premier vendredi du mois à partir de 19 heures 30 dans ses locaux, à Paris, au 22 rue Bernard Dimey dans le 18e arrondissement. Une réunion d’équipe, ouverte au public, avec apéro participatif à la clé. L’occasion de découvrir le studio, de rencontrer les personnes qui animent les émissions. La prochaine soirée radio ouverte aura lieu le 5 juin 2026, donc au 22 rue Bernard Dimey, Paris 18e.

Premier Samedi du Libre, samedi 6 juin 2026 de 14 heures à 18 heures au Carrefour numérique2 de la Cité des sciences et de l’industrie à Paris. Venez aider ou vous faire aider à installer et paramétrer des logiciels libres et toute distribution GNU/Linux ou Android sur votre téléphone, avec les nombreuses associations présentes. Ces premiers samedis ont lieu, comme le nom l’indique, chaque premier samedi du mois à la Cité des sciences et de l’industrie de 14 heures à 18 heures.

Vous pouvez aussi aller visiter les sites d’Alternatiba, de Désobsolescence du côté de Dijon, , de « Adieu Windows, bonjour le Libre » qui sont dans les références, si vous souhaitez découvrir les logiciels libres et vous faire aider à installer un logiciel libre.

Sinon, pour tous les autres événements libristes, je vous invite à consulter le site de l’Agenda du Libre, agendadulibre.org.

Notre émission se termine.

Je remercie les personnes qui ont participé à l’émission du jour : Gee, Magali Garnero alias Bookynette, Zoé Pélegry, David Frissard, Benjamin Bellamy.
Aux manettes de la régie aujourd’hui, Isabella Vanni.
Merci également aux personnes qui s’occupent de la post-production des podcasts : Sébastien Chopin, Élodie Déniel-Girodon, Nicolas Graner, Lang 1, Julien Osman, bénévoles à l’April, et Olivier Grieco, le directeur d’antenne de la radio.
Merci aussi aux personnes qui découpent les podcasts complets des émissions en podcasts individuels par sujet : Quentin Gibeaux, Théocrite et Tunui, bénévoles à l’April.
Merci également à Marie-Odile Morandi et au groupe Transcriptions qui permet d’avoir une version texte de nos émissions.

Vous retrouvez sur notre site web, libreavous.org/276, toutes les références utiles de l’émission du jour ainsi que sur le site de la radio, causecommune.fm, ou dans les notes de l’épisode si vous écoutez en podcast.

N’hésitez pas à nous faire des retours pour indiquer ce qui vous a plu mais aussi des points d’amélioration.
Vous pouvez également nous poser toute question et nous y répondrons en direct ou lors d’une prochaine émission.

Nous vous remercions d’avoir écouté l’émission du jour.
Si vous avez aimé cette émission, n’hésitez pas à en parler le plus possible autour de vous et à faire connaître également la radio Cause Commune, la voix des possibles.

Il n’y aura pas d’émission inédite mardi 26 mai.
La prochaine émission aura lieu en direct mardi 2 juin à 15 heures 30. Nos invités seront la LDH et Amnesty International France pour avoir le regard d’associations dont l’objet premier n’est pas le numérique ou l’informatique, mais qui, pour autant, ont développé une analyse de ces enjeux à l’aune de leur propre combat et particulièrement des associations de défense des droits humains. L’émission sera animée par mon collègue Étienne Gonnu.

Nous vous souhaitons de passer une belle fin de journée. On se retrouve en direct mardi 2 juin et d’ici là, portez-vous bien.

Générique de fin d’émission : Wesh Tone par Realaze.