Sylvain Henry : Il n’y avait pas de questions sur la première séquence. Je compte sur vous pour challenger, si je puis dire, nos trois grands témoins. Je vous ai présenté Stéphanie Schaer, Paul-François Fournier, le général de corps d’armée Erwann Roland.
Nous allons parler souveraineté avec une approche très opérationnelle, ce que vous développez, ce que vous mettez en place.
Entrons immédiatement dans la discussion avec vous, Stéphanie Schaer. On vous avait donné la parole l’année dernière. Merci infiniment pour votre fidélité à cet événement. Expliquez-nous aujourd’hui, en mars 2026, quels sont les leviers concrets que vous mettez en œuvre pour atteindre l’autonomie stratégique numérique, mais sans sacrifier les budgets des administrations. Nous sommes évidemment dans un contexte très difficile.
Stéphanie Schaer : Merci et merci pour l’invitation. C’est en effet un plaisir de participer à ce grand débat autour des questions de souveraineté qui est un sujet de longue haleine en fait, s’agissant de l’État. Finalement, dès la loi pour une République numérique [1] de 2016, on a cette notion de maîtrise du système d’information qui est un impératif pour l’État : assurer la continuité de l’action publique avec un numérique omniprésent.
La souveraineté, c’est pouvoir apporter une réponse à l’immunité au droit extraterritorial, ça a bien été rappelé par la ministre en introduction [2], mais aussi avoir cette capacité de choix, de substituer des technologies et, en effet, on a différents leviers pour y parvenir. Ça se fait pas à pas avec des avancées quand même majeures depuis plusieurs années dans certains secteurs et d’autres chantiers qui sont en cours.
Le premier levier, c’est déjà l’investissement. On investit dans notre souveraineté avec des choix affirmés, assumés. On l’a fait, par exemple il y a 12 ans, sur le réseau interministériel de l’État. On le fait en partenariat avec de très nombreux industriels. On fait fonctionner au quotidien ce réseau qui relie un million d’agents publics pour communiquer, que ce soit les administrations centrales, les administrations déconcentrées, les préfectures, les commissariats de police, avec des acteurs de premier rang. On travaille avec Thalès, avec tous les opérateurs – Orange, SFR, Bouygues, Free –, mais également tous les opérateurs qu’on trouve en Outre-mer, puisque c’est un réseau qui, bien sûr, relie également l’ensemble des administrations en Outre-mer. J’ai donné un exemple de choix affirmé, depuis 12 ans, mais plus récemment, et c’est encore d’actualité, on en parlait à l’instant dans la table ronde précédente sur l’intelligence artificielle, nous sommes en train de construire à la DINUM [Direction interministérielle du Numérique], avec l’ensemble des administrations, un socle interministériel dans l’intelligence artificielle [3], de façon sécurisée, pour donner confiance aux administrations, traiter leurs données parfois sensibles et utiliser tout le potentiel de l’IA au service de l’efficacité de l’action publique. Et là aussi, nous le faisons en lien évidemment avec des partenaires industriels de premier rang, pour les capacités de calcul nous travaillons avec Outscale, nous travaillons également, au niveau algorithmique, avec Mistral. Le premier levier, c’est l’investissement.
Après, un des deuxièmes leviers que nous mettons très haut dans nos stratégies numériques de l’État, c’est ailleurs très partagé au niveau européen, c’est l’open source qui peut être une voie pour renforcer notre capacité à maîtriser, à opérer par nous-mêmes. D’ailleurs nous sommes très fiers d’avoir contribué, avec l’Allemagne, à construire un Consortium européen pour une infrastructure numérique dédiée aux communs numériques [4], qui a vu le jour à la fin de l’année. Il a un tout nouveau directeur, Laurent Rojey, bien connu puisqu’il était très présent sur les événements français comme Numérique en Commun[s] [5], démarche visant à construire un numérique d’intérêt général : ouvert, inclusif, accessible, durable, souverain et éthique]]] en lien avec les collectivités territoriales. Nous sommes donc très fiers et nous le félicitons de prendre la tête de cet EDIC[European Digital Infrastructure Consortium] dont le président est néerlandais, les vice-présidents sont italien et allemand, l’EDIC est en France. Cela va nous donner encore un atout supplémentaire pour créer des consortiums, mais on le fait déjà. Par exemple Tchap [6], notre messagerie instantanée utilisée aujourd’hui par plus de 400 000 utilisateurs en France, a des équivalents en Allemagne, aux Pays-Bas, au Luxembourg et, la semaine dernière, la Belgique a annoncé qu’elle lançait également sa messagerie sur le même protocole, Matrix.
Et le troisième levier, je crois qu’on y reviendra un petit peu plus tard avec des exemples, c’est le cadre. Là aussi, la ministre l’a rappelé tout à l’heure : donner un cadre clair pour favoriser la souveraineté, donner un cadre clair à la fois aux acheteurs publics, mais également à l’ensemble de la filière numérique, c’est important. Et là, ces derniers temps, on a eu la publication d’une circulaire sur la commande publique numérique [7] qui a fixé le cadre de la façon dont l’État travaille avec l’ensemble de l’écosystème, ce qu’on fait en propre, ce qu’on vient acheter, le recours aux communs numériques. On a aussi publié, en lien avec notre stratégie autour du cloud et de SecNumCloud [8], un vade-mecum sur les données sensibles, la ministre l’a cité dans ses propos introductifs.
C’est très important parce que ces leviers, qui se complètent, permettent à l’ensemble des acteurs de saisir ce sujet de la souveraineté et surtout de montrer que, même si ça semble être une montagne à atteindre, tout cela est possible puisqu’on a des réussites déjà très concrètes à partager.
Sylvain Henry : Merci beaucoup. Continuons à diffuser notre enquête que vous pourrez retrouver dans son intégralité dans les tout prochains jours sur Acteurs Publics [9] , la slide numéro 4.
Dans un contexte de finances publiques contraintes, quelle piste prioritaire pour financer la souveraineté numérique ? Je le vois dans le retour, ça va apparaître à l’écran, je n’en doute pas. Vous voyez, les réponses sont partagées, mais ce qui revient : réviser les règles de commandes publiques pour favoriser les acteurs souverains, prioriser l’achat public, mutualiser, soutenir l’émergence de champions technologiques français. peut-on laisser cette slide apparaître et réapparaître au long de notre échange, s’il vous plaît.
Mon Général, je me tourne vers vous, quelle est l’approche de votre institution ? Quelle est l’approche du ministère des Armées en matière de souveraineté numérique ? Et en quoi recoupe-t-elle la notion de souveraineté numérique civile ?
Erwan Rolland : Bien évidemment, on pourrait penser que le ministère des Armées est un ministère régalien singulier et que, donc, ses démarches sont singulières, our autant, elles s’inscrivent pleinement dans l’action de l’État et de celle de la DINUM. Une fois que j’ai dit que notre action s’inscrit pleinement dans l’action de l’État et de la DINUM, revenons quand même sur nos missions.
Ma mission première, celle du Commissariat au numérique de défense, c’est bien évidemment d’appuyer le fonctionnement courant du ministère. Pour autant, la vocation première du ministère des Armées reste de faire la guerre, de conduire des opérations et notre mission régalienne première c’est bien celle-là, c’est l’appui numérique aux opérations avec une grande partie d’infrastructures numériques qui sont duales, qui servent, finalement, à la fois au fonctionnement courant du ministère et à l’appui numérique aux opérations. Quand bien même, j’ai coutume de dire que mon compartiment de terrain, c’est celui du numérique classifié défense et qui n’est donc pas le numérique du commun des mortels.
Une fois que cette mission est posée, je pousse même la logique jusqu’à dire que le ministère des Armées a vocation à être ce que l’on appelle l’ultima ratio, le dernier recours. Quand toutes les institutions tomberont, nous attendrons, de la part du ministère des Armées, de pouvoir offrir la continuité de l’État dans un certain nombre de domaines.
Donc dualité de nos infrastructures numériques, grande diversité de nos missions : ça va de l’opérateur radiotélégraphiste qui fait du morse sous la canopée jusqu’au supercalculateur délivré au profit de l’Agence ministérielle de l’intelligence artificielle de défense et jusqu’à ce que l’on appelle, dans certains cercles, la troisième composante de la dissuasion nucléaire puisque l’ordre exceptionnel, l’ordre d’engagement, transite par une partie des infrastructures du ministère qui, elles, bien évidemment, ne sont pas forcément duales.
Dans ce contexte, nous travaillons bien évidemment à partager et nous aussi à définir ce que représente la sécurité numérique. Je note qu’il n’y a pas une définition qui s’impose. Il y a actuellement plusieurs définitions dont nous partageons la plupart des termes, y compris celle qui a été posée dans la circulaire de la commande publique. Quand nous, militaires, définissons souveraineté numérique, nous en revenons aux grands principes de la guerre du maréchal Foch [Des Principes de la Guerre ]. Pour nous, c’est une question de maintien de la liberté d’action, donc de la continuité de l’action de l’État. Comment cela se traduit-il ? Cela se traduit par notre capacité à préserver l’autonomie stratégique en matière d’appréciation de situations, de décision et d’action.
Comme tous les acteurs publics, nous avons commencé à cartographier nos vulnérabilités. Je pense que pour poser les termes d’une souveraineté ou d’une autonomie stratégique en matière de numérique, il faut d’abord être conscient de ses interdépendances et de ses vulnérabilités. Nous avons commencé ce travail. Vous imaginez bien que c’est une cartographie qui n’a pas vocation à être mise sur la place publique. Nous la partageons avec la DINUM et, pour chacun des domaines dans lesquels nous cartographions nos dépendances, nous mettons en place un certain nombre de plans d’action, là aussi pour préserver notre liberté d’action. Cela concerne bien évidemment les équipements, les logiciels, la partie intégration numérique et la partie compétences, donc la partie RH qui fait partie des modalités pour mesurer nos interdépendances.
Pour essayer d’illustrer un petit peu un domaine dans lequel nous sommes on ne peut plus souverains, c’est le domaine de la gestion du spectre électromagnétique, celui des fréquences, qui peut paraître un peu en marge de nos sujets, pour autant il ne l’est pas. Le ministère des Armées, le CND [Commissariat au numérique de défense] héberge en son sein un officier général en charge des fréquences qui est affectataire sur une partie du spectre qui est alloué par l’Agence nationale des fréquences. Voilà un exemple de domaine dans lequel la souveraineté ne se partage pas.
Sylvain Henry : Merci infiniment. Je me tourne vers vous pour ce premier tour de table, Paul-François Fournier, directeur exécutif innovation chez Bpifrance [Banque publique d’investissement française]. Expliquez-nous votre vision de la souveraineté aujourd’hui, en mars 2026. Et puis, quel type de dispositif Bpifrance développe-t-elle ? Quels sont les dispositifs les plus efficaces pour accélérer le déploiement de solutions souveraines, notamment dans les PME et les collectivités ?
Paul-Francois Fournier : Chez Bpifrance, évidemment, ce sujet de la souveraineté monte à mesure aussi qu’il monte dans la société au gré des évolutions géopolitiques.
J’ai envie de dire que nous, dans la souveraineté, nous sommes plutôt du côté offensif de la force. De ma fenêtre, il y a deux visions très complémentaires. Il ne s’agit pas d’en choisir une versus l’autre, mais d’assumer les deux.
Il y a une version plus défensive qui consiste, j’ai envie de dire, à bloquer, à arrêter, à empêcher, qui a d’ailleurs été renforcée par la réglementation ces dernières années. Et encore une fois, dans le monde dans lequel on vit, ça a une certaine valeur.
Et puis, il y a une dimension plus offensive qui consiste à se dire, au fond, que la souveraineté c’est aussi une question de puissance, je parle sous votre contrôle, Mon Général, qui est une notion de puissance économique sur laquelle il faut faire se développer un écosystème d’entreprises qui soient capables de proposer des solutions, qui soient d’ailleurs, si on va un cran plus loin, capables de développer des solutions mondiales puisque la probabilité qu’on ait en Europe, en tout cas dans les 10-15 ans qui viennent, toutes les solutions européennes à un niveau de compétitivité assez fort dont nous avons besoin pour notre terreau à la fois industriel et public, est relativement faible. Il faut donc aussi que nous ayons des capacités de pouvoir « trader », entre guillemets, une forme de dépendance contre une autre. C’est donc notre métier, au fond, de participer à essayer de faire émerger une industrie d’abord numérique. En ce moment, nous sommes en train d’ouvrir Global Industrie [grand rassemblement annuel des forces vives de l’industrie, où se croisent technologies de pointe, projets d’envergure, talents émergents et ambitions collectives, les deux sont maintenant complètement complémentaires, pour avoir cette logique de puissance et faire émerger des acteurs.
Thomas [Courbe] l’a dit tout à l’heure, on progresse, et tu l’as dit aussi tout à l’heure, [se tournant vers Stéphanie Schaer, NdT], ça va être long. Je pense qu’il faut se dire que ce n’est pas quelque chose qui va se faire d’un claquement de doigts. Ce sont des rythmes qui sont des rythmes de systèmes. Nous avons raté la vague dans les années 2000 parce que nous nous sommes dit que l’Internet ne servait à rien, que l’économie n’était pas là. Ça nous a pris une bonne dizaine ou quinzaine d’années pour voir les conséquences, ça va nous en prendre probablement encore 10 ou 15, mais la bonne nouvelle, c’est que les choses évoluent. Au fond, qu’est-ce qui se passe ?
Nous sommes en train de faire naître un écosystème de la tech européen et pas que français. Nous avons organisé l’European Deeptech Week la semaine dernière. Il faut que nous raisonnions à l’échelle européenne. On voit que tous les pays sont aussi en train de se mettre dans cette logique de développement d’un écosystème de tech sur lequel, effectivement, Thomas l’a rappelé, la France a sur l’IA une certaine dynamique qu’il va falloir renforcer. Pour cela, on a tous les outils. Je ne vais pas vous faire la liste, puisque notre métier, c’est de développer des outils 360 : de l’investissement direct, indirect, du financement, de la garantie et, au fond, ce système commence à porter ses fruits.
Donc, le financement public pour faire émerger et accélérer la dynamique. De ce point de vue là, on peut se dire que France 2030 [13] est un formidable outil. Dès qu’on sort de France, tous les pays européens nous l’envient en termes de puissance, mais aussi en termes de modèle interministériel, même si évidemment, on peut toujours simplifier, mais c’est quand même un formidable outil.
Le deuxième levier n’est plus entre nos mains, mais il est probablement devenu le plus important. Au bout d’un moment, le financement public a ses limites et on arrive aux limites du financement public. On voit bien que quand on commence à parler du quantique, on a besoin, pour les entreprises qui arrivent à maturité, de lever 500 millions d’euros si on veut rester dans la course. En Europe, on n’a pas encore ces moyens-là, donc, pour moi, c’est le grand combat culturel que nous devons avoir : comment faire pour que, d’un point de vue collectif, on mette nos moyens qui sont importants en France parce qu’on met beaucoup d’argent dans nos livrets A et nos livrets retraites ? Comment faire pour que cet argent qui, historiquement, est parti aux États-Unis et continue de partir aux États-Unis pour financer la tech américaine, revienne en France dans des fonds d’investissement pour investir dans nos startups ? Comment couper ce circuit et remettre nos moyens sur nos propres entreprises de tech ? Encore une fois, c’est le grand combat. On n’a pas encore trouvé la solution. On parle du marché unique européen. Personnellement, je n’ai pas encore compris comment le marché unique européen allait permettre de faire un tuyau qui va investir très concrètement dans mes entreprises. Il faut qu’on trouve ce tuyau et on ne l’a pas encore.
Deuxième combat, les financements privés.
Troisième combat, pour aller vite, c’est évidemment l’achat au sens large, l’achat public, là-dessus, les choses bougent, mais l’achat privé aussi. Il faut que tout le monde participe de cette dynamique. Ce n’est pas qu’un problème public. Il n’y a pas de raison que l’État soit toujours en pointe. J’ai vécu dans le privé pendant plusieurs années, c’est une problématique de société. Il faut que les entreprises bougent et, de ce point de vue-là, elles se mettent à bouger. Typiquement, la réglementation peut être aussi un outil. Nous sommes une entreprise financière. La réglementation DORA [Digital Operational Resilience Act] [10], qui a beaucoup de contraintes, oblige à se poser des questions de dépendance technologique. Et ne serait-ce qu’en réfléchissant sur sa dépendance, on peut faire bouger les lignes.
Donc argent public et moyens publics, il y en a, il y en a moins, mais c’est important.
Argent privé, c’est notre nouveau combat. Comment allons-nous mettre, collectivement, notre argent de la société française et de la société européenne dans notre tech ? Ce n’était pas possible il y a dix ans, c’est maintenant possible. On a les entreprises, mais il faut qu’on ait des moyens privés.
Et évidemment la commande publique et la commande privée.
Sylvain Henry : Merci beaucoup à tous les trois. Je vous propose un deuxième tour de table avec des réponses un chouïa plus succinctes si vous voulez bien, pour vous donner la parole [au public], je vous vois réagir, je sais que vous avez plein de questions. Regardons peut-être, avant de vous redonner la parole, deux slides [9]. Quel aspect de la transformation numérique et de la souveraineté des services publics vous semble crucial ? À 40 %, ce qui revient en priorité, c’est la sécurité des données. Pareil pour la régie, on peut laisser quelque temps cette slide.
Stéphanie Schaer, sur la doctrine « Cloud au centre » [11], il y a trois piliers, dites-moi si je me trompe : immunité aux droits extraterritoriaux, substituabilité, compétences internes. Comment accélérer dans les ministères encore hésitants, je pense notamment à l’Éducation nationale ?
Stéphanie Schaer : S’agissant de ce sujet, l’État dans le nuage comme on l’appelle, nous étions réunis à Bercy la semaine dernière et rien que les inscriptions que nous avons eues pour cette journée, à la fois du secteur public ou du secteur privé, nous montrent la vivacité du sujet au sein du secteur public. Il y en a eu 800 demandes d’inscription. On avait une jauge autour de 450. Nous étions à Ségur, l’amphi était plein avec des débats très dynamiques, qui se traduisent aussi par des chiffres. Nous venons de publier notre bilan 2025 sur le cloud tel qu’il est mobilisé au sein de l’État [12]. On a maintenant deux projets par jour qui se lancent en cloud au sein de l’État. On a une augmentation de 60 % de la dépense publique vers le cloud qui va, si on regarde l’État central, à plus de 95 % vers les acteurs français et européens. Donc, d’ores et déjà, je pense qu’on peut se féliciter de cette dynamique, dynamique aussi au niveau de l’offre, puisqu’on a plusieurs offres qui prennent le chemin de la qualification SecNumCloud. Il y en a déjà un certain nombre sur différents segments. Il y en a d’autres qui sont dans le processus avec l’ANSSI [Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information], ce qui permet aussi au secteur public d’avoir des comparaisons, d’avoir différentes possibilités. Et on continue à compléter ce cadre par une lisibilité des critères sur ce qui doit être mis en SecNumCoud ou pas et c’est comme cela qu’on vient embarquer l’ensemble des ministères.
L’Éducation nationale a également recours à du cloud interne, privé, pas plus que d’autres ministères et s’inscrit aussi dans une logique open source s’agissant des technologies.
La semaine dernière, dans les débats, il est revenu qu’on avait encore à travailler ensemble sur l’interopérabilité de ces différentes offres, c’est ce qui est sorti la semaine dernière. Quand on se place du point de vue de l’acteur public, donc un ministère, on va devoir gérer des notions de réversibilité avec le jeu des marchés publics, la possibilité de changer d’un offreur à l’autre. Et par ailleurs, de plus en plus, avec l’augmentation des menaces, des risques, et là, je me réfère à l’analyse qu’on partage avec le général Roland, on a à renforcer la résilience de nos applicatifs et cela peut nous amener à devoir travailler en parallèle avec deux offreurs sur le même applicatif. Cela demande également énormément d’efforts, on n’y est pas encore tout à fait aujourd’hui, pour que l’interopérabilité soit simple.
Pour moi, ce sont ces défis-là qu’il nous faut relever pour faire aussi en sorte que les ministères sortent de ce qui est encore le commun du numérique, c’est-à-dire le legacy, l’hébergement sur site, pour passer encore à davantage de cloud. Avec les chiffres, on voit bien que quand les administrations font le choix du cloud, très clairement, elles font les choix d’offreurs français et européens grâce au cadre et à la stratégie mise en place il y a maintenant cinq ans.
Sylvain Henry : Merci beaucoup. Il y a une slide sur le cloud que je voulais retrouver. On peut déjà mettre la slide [9] que je mentionnais sur le Buy European Act : est-il un levier réaliste pour renforcer la souveraineté numérique du secteur public dans un contexte de finances publiques contraintes ? Oui. Large majorité, c’est une priorité incontournable malgré le contexte budgétaire.
Mon Général et puis Paul-François Fournier – ensuite, je vous donne la parole si vous avez des questions – sur les risques géopolitiques. Vous les avez évoqués en creux tout à l’heure : quels sont les risques géopolitiques et de sécurité qui justifient une approche souveraine de la part du secteur public français ?
Erwan Rolland : On a coutume de dire dans certains domaines dans la défense, je prends l’exemple de l’artillerie, que l’ennemi de l’artillerie c’est l’artillerie de l’ennemi. On pourrait donc penser que l’ennemi du numérique c’est le numérique de l’ennemi, en l’occurrence la menace cyber. Il faut voir un peu plus large. Notre menace est tout autant cinétique que numérique. La rupture de câbles sous-marins, l’atteinte à des infrastructures – pylônes, datacenters – est tout aussi prégnante que la menace cyber. Il faut avoir une analyse des risques la plus large possible.
Ensuite, quelle est notre véritable vulnérabilité ? J’ai coutume de dire que nous sommes dans un monde d’abondance numérique pour ne pas dire d’opulence, voire d’obésité numérique, en fait, il y a du numérique partout. Et dans un monde d’opulence numérique, notre plus grande vulnérabilité, c’est l’hygiène numérique des agents qui utilisent tous les outils qui sont mis à leur disposition.
Le premier levier, la première vulnérabilité, c’est de travailler sur cette hygiène numérique.
Et après, c’est contrer tous les modes d’action de nos adversaires qui viseraient à nous priver du numérique. Je pense donc que le premier mode d’action, c’est de nous forcer à aller vers un déni d’accès numérique.
Il faut donc que nous apprenions, certes à avoir une meilleure hygiène numérique et à travailler dans un environnement numérique beaucoup plus contraint, voire dans un environnement que je qualifie de déni d’accès numérique. Pour ce faire, cela veut dire former, entraîner, sensibiliser notre personnel et penser à des architectures moins vulnérables ce qui veut dire avec un mode possiblement beaucoup plus disséminé de nos centres de calcul, de stockage, avec une connectivité beaucoup plus hybride qu’elle ne l’est actuellement.
Voilà un certain nombre de pistes sur lesquelles nous travaillons.
Sylvain Henry : Sur lesquelles vous avancez de manière très opérationnelle.
Je vous redonne la parole, Paul-François Fournier. Ensuite, posez vos questions. Il vous suffira d’appuyer sur les boutons devant les micros qui sont devant vous.
Peut-être, Paul-François Fournier, réagir sur cette slide : le Buy European Act est-il un levier réaliste pour renforcer la souveraineté numérique ? On le voit, oui, c’est une priorité incontournable. Cette slide va réapparaître. Comment aider les entreprises françaises et européennes à saisir les opportunités du Buy European Act dans un contexte de déficit budgétaire des États ?
Paul-Francois Fournier : Évidemment, et c’est d’ailleurs intéressant, là encore, de voir que dans France 2030 [13], on a là aussi progressé, puisque, aujourd’hui, il y a dans les abaques de France 2030 des achats publics faits par la DGA [Direction générale de l’Armement]. On peut citer PROQCIMA, ce dispositif pour acheter progressivement des capacités quantiques qui permet de faire en sorte que l’État, le ministère de la Défense sélectionne un provider ou deux progressivement. Du coup, cela fait quand même énormément progresser nos entreprises, d’abord parce qu’il y a des financements derrière, mais il y a aussi des interactions, il y a aussi un client. On voit que le CNES [Centre national d’études spatiales] fait la même chose sur la partie spatiale.
On a quelques échanges très préliminaires avec le ministère de l’Éducation nationale qui voudrait tester des solutions digitales de start-ups. Comment l’aider à sélectionner ? Comment demain, d’ailleurs, l’aider à faire des contrats avec des acteurs qui sont très différents des acteurs traditionnels parce que ce sont en général des petits acteurs, il faut donc que l’interaction entre ces deux mondes soit suffisamment souple pour eux.
On voit bien qu’il y a un champ absolument énorme dans le futur pour progresser.
Mais je le redis, il faut aussi que ce ne soit pas que l’administration, il faut que tout le monde, dans le secteur privé, prenne sa part dans cette réflexion qui n’est pas un choix, j’allais dire à priori, qui est un choix économique, qui est un choix de pérennité, de capacité à continuer. On voit bien, dans le monde, que ces choix ont de la valeur sur le moyen terme. Ils n’étaient pas « pricés » [valorisés NdT) jusque-là. Il faut qu’ils commencent à être « pricés » par les entreprises en se demandant, dans un monde où tout bouge, comment peut-on garder de la souplesse et pouvoir naviguer un jour où, effectivement, des dénis d’accès peuvent apparaître. C’est une chose qui était, j’allais dire, impossible à imaginer il y a encore cinq ou dix ans.
Questions du public et réponses
Sylvain Henry : Merci beaucoup.
Est-ce que vous avez des questions, des témoignages, des réactions, des questions à poser aux trois intervenants ? Peut-être Monsieur, puis Monsieur qui a levé la main en premier. Appuyez sur le bouton qui doit marcher. Je vous laisse vous présenter et poser votre question.
Public : Bruno Longhi, Société Celonis. Nous sommes un éditeur européen de process intelligence et d’IA agentique.
Merci pour vos interventions.
L’achat public voit une partie croissante de ses flux passer par des plateformes, des centrales d’achat aujourd’hui, l’UGAP, le Resah, la CANUT et bien d’autres. Comment intégrer cette démarche de souveraineté dans des marchés qui sont parfois multi-fournisseurs et sur lesquels les fournisseurs sont jugés de façon homogène sur ces outils ?
Stéphanie Schaer : Bonjour Monsieur.
Ce sont en effet des questions pertinentes sur lesquelles un travail est en cours avec la Direction des achats de l’État en lien avec l’UGAP pour définir des critères. Ça a pu être partagé ici même, dans ces lieux, puisque nous avions vendredi une rencontre avec l’ensemble des éditeurs qui travaillent sur les outils collaboratifs en cherchant à trouver les bons cadres d’achat, les bons vecteurs d’achat, pour permettre aux administrations d’aller vers davantage de collaboratif en ayant des vecteurs d’achat adaptés à l’ensemble des critères qu’on se fixe au sein de l’État en termes de sécurité et de souveraineté. D’ailleurs ces critères sont intégralement repris dans la circulaire [7] sortie en février, signée du Premier ministre, en matière de commande publique numérique.
Sylvain Henry : Merci beaucoup. Monsieur je vous en prie. Pareil, présentez-vous et posez votre question. Préparez d’autres questions.
Public : Bruno Richard, administrateur des finances publiques honoraire.
Dans un article récent, je lisais que la puissance des outils américains et le phénomène de dispersion des alternatives françaises fait obstacle à notre souveraineté numérique : contrat reconduit jusqu’en 2029 avec Microsoft pour les services centraux du ministère de l’Éducation nationale, donc problème de dépendance aux technologies américaines ; données de santé hébergées pendant cinq ans dans le cloud de Microsoft ; parts de marchés des éditeurs français de logiciels de 10 à 15 % seulement dans les achats de l’État ; absence de fabricants européens de PC et autres équipements informatiques ; problèmes de coûts budgétaires ; fonctionnement en silo des administrations françaises. Je voulais savoir ce que vous en pensez.
Stéphanie Schaer : Je pense qu’il faut aussi regarder le verre à moitié plein, c’est-à-dire dans le cloud, les chiffres que j’ai cités avec la stratégie qui a été mise en place aujourd’hui, et je vous invite à regarder le bilan 2025 en cloud édité par la DINUM [12], on est à plus de 95 % de la commande publique des administrations centrales qui va vers des acteurs français et européens. Donc déjà, ça montre que par rapport à des technologies plus récentes, comme le cloud, on y arrive.
Ensuite, j’en parlais à l’instant, les outils collaboratifs ont assez peu pénétré, aujourd’hui, le secteur public parce qu’on s’est mis, justement, des limites par rapport à l’usage de certains outils de marché qui sont très répandus aujourd’hui dans le secteur privé. Nous sommes en train de construire notre trajectoire avec l’ensemble de l’écosystème. Lors de la journée de vendredi, un matchmaking a permis de réunir les acheteurs, les administrations, mais aussi les différents éditeurs qui sont nombreux. C’est vrai que c’est un sujet qu’on partage d’ailleurs avec des acteurs comme Bpifrance, mais également avec la Direction générale des entreprises. Il est ressorti de notre journée de vendredi que le fait est que ces acteurs sont assez nombreux, mais qu’il fallait absolument travailler sur l’interopérabilité. L’interopérabilité aussi parfois avec d’autres solutions du marché, parce que c’est cela qui va être clé pour déclencher l’acte d’achat, faire en sorte que quand l’État, par exemple, décide d’avoir une visioconférence qui est la même pour tous, pour des raisons évidentes de sécurité, de souveraineté et de bon fonctionnement, cette visio fonctionne avec les différents outils des différents acteurs privés, s’agissant d’outils métiers ou d’outils qu’ils pourraient proposer. Grâce à cette interopérabilité, même s’il y a différents acteurs présents en France, mais aussi au niveau européen, on pense que c’est là qu’on peut accélérer le recours à l’open source et sans doute aussi cette troisième voie sur laquelle on investit à la DINUM, mais aussi avec nos homologues européens, pour gagner de la puissance et faire en sorte de mutualiser certains investissements à l’échelle européenne.
Sylvain Henry : Question des communs numériques. Paul-François Fournier.
Paul-Francois Fournier : C’est aussi la question du timing. Soit on regarde la photo et on se dit qu’on n’y arrivera jamais. Soit on progresse et on se demande si on va dans la bonne direction. Je crois qu’on va dans la bonne direction, mais on ne peut pas nier qu’on est aujourd’hui dans une situation où, disons-le, je pense, en tout cas je l’assume, que transformer toute la puissance publique ou transformer toutes les entreprises avec des solutions européennes, ce n’est pas complètement crédible dans les 6 mois ou 12 mois qui viennent. À un moment, il faut se dire que ce sont des choix compliqués, des choix d’entreprise, des choix où il faut assumer les décisions qui sont prises, parce qu’il faut que tout cela fonctionne.
Je pousse à être extrêmement bienveillant parce que, encore une fois, il va falloir que tout le monde progresse dans cette affaire. Il va falloir, encore une fois, qu’on fasse grandir toutes les entreprises qui sont aujourd’hui les entreprises du digital, qui, encore une fois, manquent beaucoup de moyens privés et il faut progressivement, que tout cela se mette en place.
Aujourd’hui la question est posée, elle ne l’était pas il y a dix ans. Il faut souffler sur les braises en valorisant les bonnes initiatives, en valorisant les progrès, en valorisant les avancées de réglementation, en valorisant les succès d’entreprises comme Mistral ou d’autres qui grandissent pour que, dans dix ans, on ait significativement progressé et que vous puissiez mesurer qu’entre aujourd’hui et dans dix ans, on ait fait des pas importants. Et vous avez raison, on a besoin de se donner des objectifs importants.
Sylvain Henry : Il y a certainement aussi une culture à bousculer, des habitudes, l’utilisation de solutions non souveraines utilisées par habitude dans les pratiques. Mon Général, est-ce que vous vouliez aussi peut-être rebondir ? On prendra une dernière question après.
Erwan Rolland : Je vais dire à peu près la même chose. Dans ce domaine-là, le chimiquement pur n’existe pas, est inatteignable. Il y a toujours un équilibre coût/délai/performance dans la commande publique. Il y a un caractère parfois un peu irrationnel quand on cherche à mesurer ses dépendances qui méritent parfois d’être objectivées. Je rejoins Madame la Directrice, il faut voir le verre à moitié plein, de temps en temps, pour relativiser. Après, il y a des spécificités propres à certains acteurs.
C’est la combinaison de tout cela qui fait que, globalement, forts de la cartographie, nous mettons en œuvre des plans qu’on mène le plus conjointement possible à l’échelle étatique pour améliorer ces dépendances, mais ça ne va pas se faire en six semaines ou en six mois.
Sylvain Henry : Message à marteler.
Une dernière question et puis on termine. Peut-être plusieurs dernières questions. Je vous vois, Monsieur. Est-ce qu’il y en a d’autres ? On va les prendre de manière globale. Non, alors allez-y, je vous en prie. Le bouton.
Public : Bonjour, Tiganao, je suis inspecteur des finances publiques. Et j’ai trois questions. Je ne sais pas si je vais poser les trois questions.
Sylvain Henry : Allez-y rapidement par contre.
Public : On parle effectivement de souveraineté numérique en s’appuyant sur des acteurs locaux, si je comprends bien. Au regard des solutions d’aujourd’hui, qui sont des solutions hébergées, gérées par des entreprises étrangères, et puis des compétences, si on transfère tout au niveau local, est-ce qu’on a les compétences nécessaires, justement, surtout dans un contexte de cyberattaques de grande ampleur ? Est-ce que les compétences locales sont nécessaires et peuvent faire face à ces diverses attaques ? C’est la première.
La deuxième question, c’est à l’instar un peu de la fiscalité. On avait une problématique justement au niveau de la fiscalité en ce qui concerne l’harmonisation fiscale. On avait du mal à avoir une harmonisation fiscale au niveau international. Avec la réglementation de l’IA, dont on parlait tout à l’heure, sans harmonisation internationale, est-elle efficace ? Si la réglementation s’applique simplement au niveau européen, quid des entreprises étrangères, qui sont très nombreuses aussi et qui utilisent l’IA, et ces outils-là sont consommés en majorité au niveau local ?
La troisième et dernière question concerne la commande publique, le Buy European Act qui, pour moi, est une forme de protectionnisme. C’est du protectionnisme assumé. Si les États étrangers, parce qu’on a quand même pas mal d’entreprises nationales qui sont présentes à l’étranger, si les autres pays adoptent la même stratégie, est-ce que cela ne va pas impacter nos entreprises locales qui sont présentes ?
Sylvain Henry : Merci. Trois questions qui pourraient faire l’objet de très longs développements. Merci beaucoup. Peut-être sur la question des compétences, tous les trois.
Stéphanie Schaer : Je pense qu’on l’a partagé dans nos propos : les compétences sont clés. Je pense qu’on a les compétences en France, en Europe, pour relever l’ensemble de ces défis. On le voit bien à l’aune de nos succès. Par exemple, aujourd’hui en France, on a une messagerie instantanée qui fonctionne au niveau du public, je le rappelais tout à l’heure, c’est Tchap [6]. Ce sont 400 000 utilisateurs au quotidien, 800 000 comptes. On a un des plus gros nœuds Matrix, qui est le protocole, utilisé également par des entreprises privées, mais aussi par des acteurs publics. On a des solutions performantes que ce soit en cloud, en IA, en cyber, on a tout un écosystème - Paul-François, je pense, pourra compléter – qui nous montre qu’on peut y arriver.
Après, il y a un passage à l’échelle qui est encore nécessaire pour permettre de remplacer au fur et à mesure toutes ces dépendances, de prioriser également les dépendances les plus critiques. C’est la raison pour laquelle, par exemple au sein de l’État, dans le cadre de la stratégie numérique de l’État, nous avons priorisé, ces dernières années, nos investissements sur les suites bureautiques parce qu’on a à la fois besoin d’amener les agents publics à travailler plus efficacement en mobilisant tout le potentiel des outils hébergés en cloud qui permettent à un grand nombre d’acteurs de travailler ensemble et à dé-siloter les administrations, tout en préservant bien la sécurité des données, des données de l’État qui peuvent être sensibles, en faisant le pari, dans le cadre de ces travaux, de l’open source, mais aussi d’un travail avec l’ensemble de l’écosystème. Il y a des choses qui sont aujourd’hui réelles, en production. On espère aussi que sur ces sujets, il y ait une accélération du côté du secteur privé. L’État est plutôt précurseur en utilisant des solutions bureautiques collaboratives, autres que les solutions monopolistiques. C’est vrai qu’il y a une nécessité d’investir. Plus il y aura d’utilisateurs, plus il y aura, sans doute, un intérêt à agir pour investir dans ces solutions et là, on rentre dans un cercle très vertueux. Mais les compétences, à mon sens, sont là et ce qu’on a déjà fait le prouve.
Sylvain Henry : Vous travaillez fortement sur ces enjeux-là.
Peut-être sur la question des compétences, Mon Général ou Monsieur Fournier, et puis la question de l’harmonisation aussi des réglementations.
Paul-Francois Fournier : Sur les compétences, tu as tout dit. Je crois qu’on n’a pas un problème de compétences, on a un problème de marché, on a un problème éventuellement de réglementation. Un débat qui va s’ouvrir. L’intelligence artificielle va permettre justement d’accélérer la transformation de beaucoup d’entreprises et d’administrations, justement avec des compétences qui sont beaucoup moins techniques. Au fond, l’intelligence artificielle va redonner la main à beaucoup de gens pour pouvoir se passer potentiellement de grandes plateformes. Pendant 20 ans, dans l’Internet, on a fait des grandes plateformes qui ont permis de mutualiser, donc de réduire les coûts, en prenant des grandes plateformes d’abord américaines, puisque c’est là qu’elles se sont développées.
L’intelligence artificielle - c’est tout le débat qui a lieu en ce moment - va permettre de redévelopper avec un coût encore plus réduit des nouvelles plateformes et potentiellement de reprendre la main pour développer des produits qui soient beaucoup plus adaptés. Encore faut-il que la réglementation permette cette capacité-là, avec des coûts, encore une fois, de maîtrise technologique qui sont beaucoup moins chers. Coder avec un acteur de l’IA, c’est beaucoup moins complexe et « n’importe qui », entre guillemets, peut le faire, je caricature. Là on a donc tout un potentiel. Encore faut-il que notre réglementation et notre écosystème, en particulier dans la puissance publique, permette de s’approprier ça et d’avoir la souplesse qui va permettre d’en faire un atout. Là, il y a encore, pour moi, un débat entre les contraintes qu’on se met et évidemment la souplesse qu’on a pour permettre d’améliorer nos propres outils. Il ne s’agit pas d’outils partagés, mais pour chaque administration ou chaque entreprise, de reprendre la main sur son informatique.
Sylvain Henry : Merci beaucoup. Notre agenda est très serré. À vous le mot de la fin, Mon Général.
Erwan Rolland : Pour moi, les compétences sont un vrai sujet pour ne pas dire, en fait, le sujet.
Faire le grand écart entre des compétences à l’état de l’art et le legacy, entre faire du morse sous la canopée et infogérer un supercalculateur, dans les deux cas ce n’est pas un sport de masse, mais c’est un vrai défi avec la nécessité d’avoir une population militaire et une population civile, donc derrière une question d’attractivité. Pour l’État, passer d’une RH de stock, avec des gestions de carrière dans le long terme, alors que dans le domaine numérique, on est plutôt dans une logique de flux.
J’ai donc besoin de maintenir tous ces équilibres, gagner en attractivité, trouver le bon équilibre entre des personnels militaires, des personnels civils, des contractuels à l’état de l’art. C’est peut-être l’enjeu numéro un dans le cadre de la transformation actuelle.
Sylvain Henry : Merci infiniment à tous les trois. On peut vous applaudir très fortement. Merci d’avoir partagé votre vision, les solutions et vos méthodes. Merci beaucoup, à bientôt.
[Applaudissements]