Émission Libre à vous ! diffusée mardi 17 mars 2026 sur radio Cause Commune Sujet principal : Au café libre


Voix off : Libre à vous ! !, l’émission pour comprendre et agir avec l’April, l’association de promotion et de défense du logiciel libre.

Étienne Gonnu : Bonjour à toutes, bonjour à tous et bienvenue dans Libre à vous !. C’est le moment que vous avez choisi pour vous offrir une heure trente d’informations et d’échanges sur les libertés informatiques et également de la musique libre.

Nous vous convions aujourd’hui Au café libre pour discuter de l’actualité autour du logiciel libre et des libertés informatiques. Avec également au programme « L’alternative », dans une nouvelle humeur de Gee, et Vincent Calame poursuit ses lectures buissonnières « Donc, on peut être informaticienne et écolo ».

Soyez les bienvenu·es pour cette nouvelle édition de Libre à vous !, l’émission qui vous raconte les libertés informatiques, proposée par l’April, l’association de promotion et de défense du logiciel libre.
Je suis Étienne Gonnu, chargé de mission affaires publiques pour l’April.

Le site web de l’émission est libreavous.org, vous pouvez y trouver une page consacrée à l’émission du jour avec tous les liens et références utiles et également les moyens de nous contacter. N’hésitez pas à nous faire des retours ou à nous poser toute question.

Nous sommes mardi 17 mars.
Nous diffusons en direct sur radio Cause Commune, mais vous écoutez peut-être une rediffusion ou un podcast.
Nous saluons également les personnes qui nous écoutent sur les webradios radio Cigaloun et radio Broussaille, ainsi que sur les radios FM, Radios Libres en Périgord et Radio Quetsch.

À la réalisation de l’émission, Julie Chaumard. Salut Julie.

Julie Chaumard : Bonjour et bonne émission à vous.

Étienne Gonnu : Nous vous souhaitons une excellente écoute.

[Jingle]

Chronique « Les humeurs de Gee » intitulée « L’alternative »

Étienne Gonnu : Gee, auteur du blog-BD Grise Bouille , vous expose son humeur du jour : des frasques des GAFAM aux modes numériques, en passant par les dernières lubies anti-Internet de notre classe politique, il partage ce qui l’énerve, l’interroge, le surprend ou l’enthousiasme, toujours avec humour. L’occasion peut-être, derrière les boutades, de faire un peu d’éducation populaire au numérique. Une humeur au titre mystérieux aujourd’hui : « L’alternative ».
Salut Gee.

Gee : Salut Étienne et salut camarades.
En décembre dernier, l’April était en campagne et, à l’occasion d’un numéro de notre gazette en ligne, Le Lama déchaîné, j’avais publié un édito qui commençait en expliquant qu’on présentait souvent les logiciels libres comme des alternatives à des logiciels propriétaires plus connus : difficile d’évoquer GIMP sans parler de Photoshop, d’invoquer Signal autrement que comme un remplacement à WhatsApp ou de promouvoir Mastodon sans expliquer les différences avec Twitter/X ou Bluesky. Mon édito parlait ensuite des cas où, justement, le logiciel libre avait déjà gagné et n’était plus présenté comme une simple alternative à un logiciel propriétaire, c’est le cas de logiciels libres comme VLC ou OBS Studio. Mais même sans cela, il ne faudrait pas, déjà, se méprendre sur ce qu’on entend par « alternative ». Le problème, c’est que lorsqu’on entend « alternative » on a parfois tendance à comprendre « équivalent », et ce n’est pas tout à fait la même chose.
On prend souvent comme exemple le vélo comme alternative à la voiture. Est-ce que le vélo est un moyen de transport équivalent à la voiture ? Évidemment que non ! Ça n’a pas la même vitesse maximale, pas le même confort, pas le même encombrement, pas la même consommation énergétique, ça n’implique pas les mêmes compétences de conduite, tout ça… En revanche, la voiture et le vélo sont bien deux moyens de transport pour particulier, deux alternatives à la problématique consistant à se déplacer plus vite qu’à pied. Le vélo n’étant pas un équivalent, il ne peut pas remplacer la voiture dans tous les cas d’usage. En revanche, on peut imaginer une société où le moyen de transport principal serait le vélo au lieu de la voiture. Une société non pas « équivalente » mais bien « alternative » ! Bien sûr, cela impliquerait plein de choses : une refonte profonde de l’aménagement du territoire, de l’organisation de la vie quotidienne, du travail, avec des transports en commun denses pour les trajets plus longs, et encore quelques bagnoles dans certains cas : pour les urgences, pour les personnes en incapacité, pour de la logistique, etc.
Le problème, si on pense alternative comme équivalence, c’est qu’on va nécessairement juger durement l’alternative qui, justement, n’a pas un niveau équivalent selon les critères où l’alternative dominante excelle : si on juge le vélo sur la vitesse maximale et le confort, jamais on ne le choisira face à la voiture. Si on juge sur le bruit, la pollution, la mortalité, la soutenabilité, tout de suite on va changer de discours.
De la même manière, pas mal de logiciels libres sont jugés durement parce que certains points ne sont pas équivalents sur les points forts de leurs alternatives propriétaires : ça peut être l’interface moins bien fichue, la moins bonne intégration avec d’autres services, mais on oublie aussi que les logiciels libres sont souvent plus propres, sans traceurs, sans pub, ils te sursollicitent moins et vont souvent droit au but au lieu de te perdre dans des millions de fonctionnalités quand il y en a trois ou quatre qui t’intéressent vraiment.

D’ailleurs, « alternative » ne veut pas dire « équivalent », mais « alternative » ne veut pas non plus dire « concurrent » ! Parce qu’être en concurrence avec quelque chose, ça veut déjà dire se placer sur le même segment, avec les mêmes ambitions. Et souvent, quand on balaie rapidement des alternatives libres sous prétexte qu’elles n’arriveront jamais à concurrencer le propriétaire, on oublie que ces alternatives ne se placent pas forcément sur le même segment et avec les mêmes ambitions.
Vous connaissez peut-être CHATONS, en majuscules, un acronyme qui veut dire « Collectif des Hébergeurs Alternatifs – tiens –, Transparents, Ouverts, Neutres et Solidaires ». En gros, pas mal de petites structures qui proposent des services web libres et décentralisés et qui se sont regroupées pour former un réseau d’entraide et de mise en relation. Un terme qui revient souvent, c’est dire que les chatons sont un peu les AMAP du numérique. Une AMAP, à la base, c’est quoi ? C’est un autre sigle qui veut dire « Association pour le Maintien d’une Agriculture Paysanne ». Ça permet d’acheter régulièrement des produits alimentaires directement auprès de producteurs, pour une alimentation locale, de qualité, qui ne passe pas par la grande distribution. Une AMAP, c’est un peu une alternative à un supermarché. Est-ce que les AMAP font concurrence aux supermarchés ? Non. Avant tout parce que ce n’est pas ce qui est recherché. Le groupe Carrefour se place sur le segment de la distribution de masse avec, pour ambition, de maximiser ses profits pour consolider sa place au sein des grandes multinationales. Alors qu’une AMAP se place sur un segment de commerce de proximité et n’a pas, en général, pour ambition de grossir autant que possible pour entrer en bourse ! Au risque de vous choquer, ce n’est pas l’unique horizon quand on vend des trucs.
Quand on dit que PeerTube est une alternative à YouTube, qu’on nous répond que ça ne sera jamais un concurrent crédible, eh bien non, en effet, et tant mieux en fait ! On n’a pas envie d’avoir un autre YouTube, on veut autre chose que YouTube.
YouTube, je l’ai déjà dit et répété, ce n’est pas une plateforme de vidéo, c’est une chaîne de télé, avec des annonceurs, une ligne éditoriale, un business plan, etc.
PeerTube, c’est un logiciel de partage de vidéos, point. Et, quand vous avez terminé une vidéo sur PeerTube, si la suivante ne commence pas automatiquement, ce n’est pas parce qu’on ne sait pas le faire. C’est parce que l’ambition de PeerTube, contrairement à celle de YouTube, ce n’est pas de vous faire bouffer du contenu le plus longtemps possible pour rendre votre cerveau disponible aux annonceurs, comme disait l’autre, c’est juste pour vous donner un moyen de partager et de voir des vidéos de manière libre, décentralisée, et sans dépendance à des multinationales du numérique qui cherchent juste à monétiser votre attention. On ne veut pas faire concurrence, on veut proposer une alternative, quelque chose qui fait différemment, volontairement.

Alors vous allez me dire « oui, mais, du coup, est-ce que tout cela n’est pas un peu vain ? ». Si on considère que le capitalisme de surveillance est un problème, que l’hégémonie des GAFAM est un problème et qu’on ne propose que des gouttes d’eau propres dans un océan de merde, quel intérêt ? Eh bien l’intérêt, à mon sens, c’est avant tout de tordre le cou, une bonne fois pour toutes, à TINA. TINA n’est pas une personne, rassurez-vous, c’est un dicton néolibéral, there is no alternative, « il n’y a pas d’alternative ». Eh bien si, il y en a !

Alors oui, en général les choses changent lentement, et non, les alternatives minoritaires plus éthiques, plus écologiques, plus solidaires, ne deviennent pas majoritaires par l’opération du Saint-Esprit. Mais la nature a horreur du vide et lorsqu’un géant du numérique fait faillite, lorsqu’un média social est transformé en chambre d’écho pour un techo-fasciste mégalomane, quelque chose d’autre prend la place laissée vacante. Il ne tient qu’à nous que ce « quelque chose » soit cette alternative qui paraissait si anecdotique auparavant.
Nous ne pouvons pas attendre sagement que les GAFAM fassent faillite pour construire un numérique plus propre, tout comme nous ne pouvons pas attendre l’effondrement du capitalisme pour construire une société plus juste. D’ailleurs, c’est même souvent dans les moments les plus sombres que se préparent des réalités qui paraissaient jusqu’alors utopiques. En France, on a trop tendance à oublier que la Sécurité sociale, qui nous a longtemps permis d’avoir le meilleur système de santé au monde avant d’être défoncé par les libéraux, que cette Sécu a été préparée par la Résistance, pendant l’occupation de la France par les nazis au début des années 40, dans un programme que le Conseil national de la Résistance avait appelé « Les Jours heureux ».
Et si, il y a 80 ans, des hommes et des femmes ont eu assez d’espoir pour préparer un monde meilleur quand bien même les rues de Paris étaient quadrillées par des marcheurs au pas de l’oie à croix gammée, ce n’est pas l’hégémonie des GAFAM et des nazillons de pacotille, qu’on honore à l’Assemblée nationale, qui devraient aujourd’hui nous empêcher, nous aussi, de construire nos alternatives pour montrer – et désolé si la formule est un peu éculée – qu’un autre monde est possible.

Étienne Gonnu : Merci beaucoup, Gee, pour cet imaginaire alternatif, on en a grand besoin. Je pense que la notion d’éducation populaire au numérique a été particulièrement bien incarnée dans cette chronique. Je te remercie.
Nous allons à présent faire une pause musicale.

[Virgule musicale]

Étienne Gonnu : Après la pause musicale, nous vous donnons rendez-vous Au café libre pour discuter des actualités autour des libertés informatiques et du logiciel libre.
Avant cela nous allons écouter Tout est relatif, par Lohstana. On se retrouve dans trois minutes trente. Belle journée à l’écoute de Cause Commune, la voix des possibles.

Pause musicale : Tout est relatif par Lohstana.

Voix off : Cause Commune, 93.1.

Étienne Gonnu : Nous venons d’écouter Tout est relatif par Lohstana, disponible sous licence libre Creative Commons Attribution, CC By.

[Jingle]

Étienne Gonnu : Nous allons passer à notre sujet principal.

[Virgule musicale]

Au café libre, débat autour des actualités du logiciel libre et des libertés informatiques

Étienne Gonnu : Nous vous donnons rendez-vous aujourd’hui Au café libre pour discuter de sujets d’actualité autour du logiciel libre et des libertés informatiques. Autour de la table, avec moi, Gee qui est resté avec nous, Vincent Calame et Maud Royer.
Bonjour à vous trois.
Je suis très content de rencontrer Maud qui a rejoint l’équipe d’Au café libre il y a exactement un mois, que je n’avais pas encore eu le plaisir de croiser, bienvenue à toi. Si je ne me trompe pas, tu es développeuse web, experte en stratégies numériques de mobilisation et de plaidoyer.

Maud Royer : Oui, c’est ce qu’il y a sur mon site pour condenser un peu tout ce que je fais. Je suis dev freelance, full-stack le jour et en réalité, aussi le jour parce que je partage mes journées, je suis aussi militante avec des engagements féministes, beaucoup LGBT, et j’ai longtemps travaillé dans quelque chose qui conjuguait les deux, j’étais salariée de La France insoumise où je m’occupais des outils numériques. Aujourd’hui mon militantisme et le numérique sont deux activités séparées, mais, à une époque, c’était vraiment la même chose dans mon quotidien.

Étienne Gonnu : OK. Super. Comme cela, les personnes qui nous écoutent sauront mieux d’où tu parles et quelle est ta perspective.
Gee, j’imagine que depuis la pause musicale tu n’as pas changé, tu es toujours auteur sous licence libre, notamment de BD et de jeux vidéo, tu es docteur en informatique et administrateur de l’April.
Et enfin Vincent, entre autres casquettes, tu es chroniqueur de Libre à vous !, d’ailleurs on t’entendra en fin d’émission, et tu es informaticien libriste.
Vous pourrez compléter si vous avez des choses à ajouter.
N’hésitez pas à participer à notre conversation au 09 72 51 55 46 ou sur le salon web dédié à l’émission, sur le site causecommune.fm, bouton « chat ».
Toutes les références de l’émission seront rendues disponibles sur la page consacrée à l’émission, libreavous.org/271, ou dans les notes de l’épisode si vous écoutez en podcast.

La place du logiciel libre au sein de l’État

Étienne Gonnu : Je vous propose de commencer par un sujet qui est vaste et qui est au cœur des préoccupations de l’April : la place du logiciel libre au sein de l’État, l’April appelant notamment à une priorité au logiciel libre et aux formats ouverts dans les administrations publiques.
Plus précisément, l’April a récemment relayé une réponse de la ministre du Numérique, de l’IA et du Numérique si on veut être complet – sniff –, donc une réponse de cette ministre, Anne Le Hénanff, à une question écrite de la députée et présidente du groupe écologiste à l’Assemblée, Cyrielle Chatelain, qui portait sur les impacts de la migration des serveurs publics vers Windows 11.
La réponse de la ministre évoque notamment deux sujets intéressants dont pourra discuter.
Déjà une réflexion en cours au sein de la DINUM, la Direction interministérielle du numérique, sur le développement possible d’un poste de travail libre, sous logiciel libre. Elle mentionnait une circulaire qui est parue depuis sur la commande publique numérique de l’État.
Je vois deux thèmes dont j’aimerais bien qu’on puisse discuter ensemble, en lien avec la place du logiciel libre au sein de l’État, deux thèmes très vastes, deux thèmes importants : la commande publique, c’est-à-dire comment l’État va se procurer du logiciel et après les usages, comment l’État va utiliser ces logiciels à partir de ces exemples.
On peut commencer par l’achat. Je mentionnais cette circulaire qui a été publiée le 5 février 2026 et qui a pour objet la commande publique numérique. Je vais vite lâcher la parole, mais, pour la résumer très rapidement, plusieurs objectifs prioritaires sont cités notamment, ce qui peut être intéressant, la souveraineté numérique qui parle de la maîtrise des technologies, l’adaptabilité et la réversibilité, donc la capacité à changer de logiciel ou de fournisseur si besoin, et puis le sujet important pour nous, bien sûr, de l’interopérabilité. Une circulaire qui accorde une certaine place au logiciel libre, notamment dans un encart qui s’appelle « Zoom sur l’open source », on peut regretter le choix des terminologies, mais qu’importe, en relation avec les différents objectifs prioritaires cités. Je vais lire cet encart parce qu’il me paraît quand même intéressant : « Que les solutions soient directement disponibles auprès d’un opérateur ou résultent d’un achat, entre guillemets, « sur étagère », il est recommandé de privilégier, lorsque c’est pertinent, le recours à des produits open source. L’utilisation de logiciels open source permet à l’ensemble de la communauté aussi bien publique (État, collectivités, opérateurs…] ainsi que privée (entreprises…) d’investir dans les mêmes technologies et de bénéficier des avancées de chacun. Le code ouvert offre en outre une plus grande possibilité de détecter et de corriger d’éventuelles failles de sécurité. Une attention particulière doit être portée sur les contributions au code ouvert, tant sur la qualité que sur la quantité, afin de garantir sa pérennité et sa sécurité. » Excusez-moi, c’était un peu long. On n’est pas encore au niveau d’une priorité réelle au logiciel, ce n’est pas non plus l’objet d’une circulaire de mettre ça en place.
Je trouve intéressant d’une part la notion d’investissement mutualisé avec l’idée que les pouvoirs publics doivent contribuer aux logiciels qu’elles utilisent, c’est quelque chose que nous appelons de nos vœux, je trouve intéressant que ce soit présent dans ce texte. Et puis la notion, ce qui est relativement nouveau, en tout cas ça fait son chemin, que le logiciel libre apporte des garanties de sécurité alors que longtemps le discours était que c’était un vecteur de risque et qu’il faudrait mieux tout cacher pour ce soit plus sécurisé. On voit une progression sur ce sujet-là.
J’ai beaucoup parlé. Je ne sais pas si vous avez eu le temps de regarder un peu cette circulaire, du moins les thèmes qui sont en sont ressortis. Qu’est-ce que vous inspire tout cela ? Qui se lance ? Gee.

Gee : J’ai déjà parlé avant, mais je vais quand même me lancer.
Le fameux « Zoom sur l’open source » fait effectivement un peu sourire. On ne va pas cracher dans la soupe, c’est plutôt toujours une bonne nouvelle quand un pas est fait dans cette direction même si, pour le moment, ce sont surtout des mots et pas encore trop d’actes, mais soyons optimistes.
Ça parle de sécurité. Soupçonner que le logiciel libre, open source, peu importe, soit moins sécurisé parce que c’est mieux d’avoir un code source caché, c’est un discours de gens qui ne connaissent rien à la sécurité informatique. On sait que ce qu’on appelle la sécurité par l’obscurité, en tout cas le fait d’avoir une sécurité en dissimulant la façon dont ça marche, est un truc qui ne marche pas très bien en vrai. Ce qui marche bien dans la sécurité c’est d’avoir des algorithmes ouverts, avec des clés qui sont qui sont, pour le coup, cachées, c’est presque du détail.
Ça parle beaucoup de sécurité, de qualité de code, de pérennité. J’aimerais bien qu’on voie aussi, quelque part, qu’il y a un intérêt à faire du logiciel libre et pas du logiciel privateur : c’est de l’argent public et c’est quand même bien que l’argent public finance des biens communs, que ça n’aille pas enrichir des multinationales privées, d’autant plus quand elles sont étasuniennes, mais même si c’étaient des multinationales franco-françaises. Je trouverais pas mal que l’argent public finance pas forcément du 100 % libre et tout, je ne suis pas non plus utopiste à ce point, encore que ce ne serait pas mal, que ça finance du logiciel libre dans ce cas-là. Je suis désolé si je fais un grand écart avec un autre truc, j’irais même plus loin sur tout ce qui est financement public. Par exemple, je trouverais bien que les films qui sont financés par le CNC [Centre national du cinéma et de l’image animée] soient sous licence libre aussi. Je divague va beaucoup.
Je trouve dommage que le « Zom sur l’open source » soit exclusivement technique. En même temps, ils ont utilisé le terme « open source », donc c’est raccord, ils n’ont pas dit « logiciel libre », s’il n’y est pas, c’est justement politique ! Même si ce n’est pas le meilleur code possible, ce serait quand même pas mal que la finance publique finance du bien commun et pas du privé.

Vincent Calame : Je pense que tout vient à point pour qui sait attendre. J’ai l’impression que c’est le combat de l’April depuis plus de 25 ans, on ne peut que se réjouir, on voit effectivement le temps que ça prend pour que ce type de réforme percole. Une pensée pour toutes celles et ceux qui se battent pour ça, dans les ministères, depuis des années, ils ont semé beaucoup de graines. La commande publique est un point très important. Pour reprendre une comparaison, tu comparais avec les AMAP. On voit que la commande publique dans la restauration collective des écoles a un rôle gigantesque, très grand, très important pour l’agriculture biologique. On ne peut se réjouir que la commande publique ne repose pas uniquement sur des critères financiers, repose sur d’autres choses et sur d’autres critères, notamment de durabilité.

Maud Royer : Tu sauras peut-être mieux que moi répondre à ça, je ne suis pas directement investie dans le plaidoyer là-dessus, il y a donc des technicités que je ne saisis peut-être pas, mais j’ai l’impression qu’il y a quand même un gros point aveugle dans cette circulaire et sur l’aspect commande publique sur le logiciel libre en général qui est justement qu’on pense commande publique. Ça parle de « sur l’étagère » ou d’un opérateur, ça parle aussi éventuellement d’interministériel, de développement interne et de contribution de l’État. Mais il y a quelque chose qui est vraiment spécifique au logiciel libre et qui n’existe pas dans l’économie du logiciel privateur qui est la distribution. La fonction de distribuer du logiciel libre sans l’avoir véritablement écrit, de le packager, de vérifier que les nouvelles releases ont bien été signées par le contributeur habituel, que ça a bien été relu, etc., et ce n’est pas qu’un travail qui vaut pour les distributions GNU/Linux auxquelles on pense tout de suite quand on parle d’une distribution, c’est quelque chose qui est vrai pour énormément de logiciels libres. Pour moi, cette pensée-là est toujours un peu absente de la commande publique. À un moment, comment fait-on pour des logiciels libres qui sont là, qui sont disponibles, mais, en réalité, que personne ne vend donc ils ne peuvent pas être commandés publiquement ? Je suis sûre qu’il y a déjà eu plein de réflexions là-dessus : comment peut-on penser à d’autres approches que la commande à un éditeur qui va livrer un logiciel quelle que soit sa licence ? C’est quand même un truc pensé pour un modèle « j’ai de la propriété intellectuelle et je te la vends ! ».

Étienne Gonnu : Je suis entièrement d’accord. Je pense que tu mets le doigt sur quelque chose qui est assez essentiel. Une circulaire c’est un document technique qui donne des directions. Je pense que beaucoup de libristes connaissent la circulaire Ayrault, qui remonte maintenant à 2016 [2012, NdT] et qui poussait aussi à utiliser davantage de logiciels libres. C’est bien que ce genre de document existe, il a sans doute eu des effets positifs, mais force est de constater que, dix ans plus tard, la dépendance notamment à Microsoft, pour ne citer que cette multinationale, est toujours présente. Après, il faut peut-être resituer le poids d’une circulaire, ça donne une direction qui est quand même intéressante.
Là où je te rejoins, on le voit clairement avec l’exemple de la biodiversité, la commande publique est un levier de financement et d’investissement énorme, ça représente des sommes colossales. Sur le numérique en général, on prend souvent l’exemple des États-Unis qui ont financé, à une époque, vraiment à coups de milliards de dollars, des Google, des Microsoft, etc., et c’est aussi parce qu’il y a tout le soutien de l’investissement public que ça existe.
La circulaire encourage à utiliser certains leviers que permet le droit de la commande publique sur les achats innovants, sur certains seuils, etc., c’est très bien. On voit très bien, et c’est là où je me retrouve dans ton propos, la manière dont fonctionne la commande publique et la culture même de l’achat du logiciel, le rapport à cela : on préfère acheter un gros truc chez Microsoft – il y a eu un nouvel exemple avec l’Éducation nationale –, on prend un gros fournisseur, un seul, après il peut se dépatouiller avec des prestataires, du coup on reste dans la simplicité et dans ce qui engage le moins de responsabilité ; on reste avec les gros, on ne fait pas d’allotissement, on ne va pas faire dans la dentelle. Je pense que c’est culturel et il faut effectivement une vraie réforme de fond sur la façon dont on se procure du logiciel. On peut dire qu’il faut faire du logiciel libre, mais si on ne soutient pas les entreprises qui peuvent, notamment en permettant un peu plus de souplesse dans l’acquisition, dans la manière de faire des marchés publics ! Je pense que ces leviers pour des achats innovants existaient déjà, ça fait quelques années que ça existe et ce n’est pas utilisé, parce que c’est sans doute trop compliqué et c’est plus simple de faire comme d’habitude.

Vincent Calame : Je me demande aussi comment fonctionne la comptabilité publique. Ce n’est pas du tout la même chose d’avoir une ligne budgétaire « Licences » que d’avoir une ligne budgétaire « Contribution ». On peut très bien avoir une collectivité qui a une ligne budgétaire « Licences » et qui n’a strictement rien pour fonctionner autrement qu’en achetant des licences. Elle ne peut pas, comptablement, ce qui est normal aussi, transférer de l’argent des licences à une contribution comme ça, d’un seul claquement de doigts, si la comptabilité publique ne peut pas ou n’a pas prévu le cas, elle se retrouve bloquée.

Étienne Gonnu : Marie-Odile me corrige, elle a bien raison : la circulaire Ayrault date de 2012. On voit que c’est un sujet ancien.
De mémoire, il me semble que l’ADULLACT [Association des Développeurs et Utilisateurs de Logiciels Libres pour les Administrations et les Collectivités Territoriales] – si ce n’est pas eux ce n’est pas grave, ils sont quand même dans cette veine-là, on rentre dans de la technicité – qui poussait à ce que ce soit, en termes de ligne comptable, de l’investissement plutôt que de l’achat pur. On voit comment ça change aussi le rapport à la chose.
Très bien. C’est l’aspect achat public, un gros sujet. On n’a pas encore publié d’analyse de la circulaire. Les marchés publics c’est clairement un sujet important, il faudra qu’on fasse une émission là-dessus. Je pense que pas tant que ça de réflexions ont été menées, qui gagneraient justement à l’être, à être posées. Ça c’est la façon de se procurer des logiciels. Il y a aussi toute la question des usages du logiciel libre, il faut soutenir les usages, former les agents, les agentes, etc., sinon ça aura du mal à perdurer. C’est dans ce cadre-là que la ministre annonce que la Direction interministérielle du numérique lance une réflexion sur des postes de travail libre. On peut aussi citer le fait que la DINUM a récemment a lancé un projet logiciel qui s’appelle LaSuite Numéroique, des outils bureautiques à destination des agents et des agentes publiques, des outils essentiellement basés sur du logiciel libre. J’ai quand même le sentiment que le poste de travail est un enjeu assez essentiel, c’est vraiment l’outil de travail des fonctionnaires, un des outils de travail principaux de beaucoup de fonctionnaires. Il me semble que c’est un enjeu important.

Gee : J’ai juste du mal à comprendre quel est le travail à faire pour développer un poste de travail sous GNU/Linux. J’ai quand même l’impression que des solutions un peu clé en main existent déjà plus ou moins : tu mets une distribution GNU/Linux un peu grand public, OK, j’imagine bien qu’il y a des logiciels métiers à installer, probablement à adapter, je veux bien le croire. Je ne comprends pas bien ce qui empêche de le faire, à part le côté formation, parce qu’il faut évidemment former les gens qui sont habitués à Windows, mais sur le côté développement d’un poste de travail qu’est-ce qu’il y a à développer ? Je ne comprends pas bien. Est-ce que c’est juste qu’on a envie d’avoir un truc maison pour le principe d’avoir un truc maison ? Je sais que la Gendarmerie nationale a fait sa propre dérivée d’Ubuntu qui s’appelle Genbuntu, je ne sais pas en quoi consiste Genbuntu par rapport à Ubuntu, je ne sais pas ce qui est différent à part un skin bleu marine, je ne sais pas ! Je suis donc assez curieux : qu’y a-t-il à faire autre que de la formation ?

Étienne Gonnu : Maud, tu voulais réagir ?

Maud Royer : Probablement pas grand-chose d’un point de vue purement technique. Probablement beaucoup à faire pour, justement, qu’il y ait un skin bleu marine. En fait, ce n’est pas anodin qu’il y ait un skin DSFR, Design Systems français, parce que, l’air de rien, c’est aussi ce qui aide à l’adoption dans les administrations, qui signale que c’est une solution validée par l’État, sur laquelle l’État a investi, qui ne va donc pas être abandonnée dans le temps. L’État c’est une lourde machine qui a besoin d’outils internes de communication pour se transformer lui-même. Si, à un moment, on avait non pas Genbuntu mais Dinumbuntu, je pense que ça faciliterait énormément l’adoption, plutôt que si la DINUM disait « installez Debian ou Ubuntu » comme recommandation générale faite aux ministères. Ce serait probablement un investissement qui ne changerait rien techniquement mais qui vaudrait le coup.
Je trouve qu’il y a quand même un enjeu de souveraineté aujourd’hui. Je ne sais pas exactement ce que re-packager une distribution, dériver une distribution, peut apporter, mais c’est probablement à cet endroit-là que se trouverait toute la question : Ubuntu c’est dérivé de Debian. Est-ce qu’on connaît les gens qui ont les clés des dépôts de Debian ? Est-ce qu’on sait à peu près qui ils sont ? À quel point ils sont proches de la CIA ? Ce sont des vrais enjeux ! Si on commence à déployer des postes, comme ça, sur une grande partie de l’État et des ministères, pour le coup, se posent des questions un peu plus sérieuses que « le code est ouvert donc tout le monde peut regarder » : qui sont les gens qui produisent le logiciel libre et qui pourraient être les vecteurs humains d’une attaque d’une puissance étrangère ? En tout cas, pour moi, ce sont des questions qu’il faut sérieusement se poser et regarder en face. Je suis très internationaliste, mais il est logique que l’État français se pose ces questions.
De ce point de vue, il ne me paraît pas incohérent de se dire qu’il y a nécessité d’un travail et d’un investissement, probablement planifiés sur plusieurs années, si on veut produire une distribution ou un dérivé d’une distribution qui soit la reco de l’État pour les ministères.

Gee : Sur le côté « est-ce qu’il y a des développeurs qui bossent pour la CIA », ça ne pourra pas être pire que Microsoft, on sait déjà, de toute façon, ils filent les données à la NSA.

Maud Royer : Bien sûr. Mais tant qu’à faire, autant profiter de ça.

Vincent Calame : Je ne sais pas quelles sont les contraintes pour déployer des distributions sur des milliers de postes, mon expérience personnelle se limite à l’installation sur un petit poste unique. J’imagine que si je devais passer dans tous les bureaux des ministères et de la Gendarmerie ! Je pense qu’une des résistances doit être à ce niveau-là du déploiement massif d’ordinateurs.

Étienne Gonnu : C’est la difficulté. On ne sait pas quel est l’aspect. C’est une mention dans une réponse à une question écrite. L’April fait partie du Conseil logiciels libres, une instance informelle animée par la DINUM et normalement jeudi nous avons une réunion, on devrait peut-être en savoir un peu plus sur ce que ça veut dire. C’est vrai qu’il y a des aspects techniques, humains, ce qu’on imagine bien, la formation. J’aime bien cette expression de Nicolas Vivant qui est en charge de la stratégie numérique pour la ville d’Échirolles, qui est très connu pour son engagement pour le logiciel libre, pour qui, sur tout le système de distribution, le poste de travail c’est le final de la migration. Le poste de travail inclut les logiciels de bureautique, les logiciels métiers et, bien sûr, le système d’exploitation derrière.
Il y a beaucoup de préoccupations et d’enjeux que vous avez pu soulever et j’ai l’impression que ça s’inscrit aussi dans une tendance forte, qui n’est pas du tout nouvelle maintenant, le déplacement de l’informatique vers de l’informatique qu’on peut exécuter à distance, qui peut aussi poser d’autres d’autres questions notamment en termes d’harmonisation et de sécurité. J’imagine bien que ça peut impacter les enjeux. C’est sans doute dans ce sens que LaSuite Numérique a été proposée. Certaines personnes ont pu reprocher, regretter que la DINUM développe une suite alors que des offres logicielles existent déjà, portées par le secteur privé. C’est toujours la question délicate de la façon dont on finance. Je préfère ne pas poser d’avis sur le sujet, je ne trouve pas inintéressant que des outils soient développés et financés par la puissance publique de ce point de vue-là.
Pour vous y a-t-il un enjeu particulier avec le fait qu’on bascule vers ce qu’on appelle le cloud ou l’informatique en nuage ?

Maud Royer : Clairement. Il y a la possibilité que le poste de travail soit, dans le concept, un genre de Chromebook avec du cloud géré par un seul opérateur et proposé aux ministères, justement pour beaucoup réduire la surface d’attaque sur les postes parce qu’il n’y a pas de suite bureautique exécutée en local. C’est probablement ce vers quoi on se dirige. Après ça fait aussi un peu un point unique de fragilité, évidemment, parce que le cloud c’est toujours plus centralisé.

Étienne Gonnu : Je vois deux actualités, je vais mentionner les deux puis voir si ça vous inspire.
Il y a notamment une administration, la DGFiP, Direction générale des Finances publiques, qui s’occupe des impôts publics, donc, en termes de sensibilité d’une administration régalienne, on est quand même à un niveau plutôt élevé. Le DSI, le directeur des systèmes d’information de ce ministère, a été interviewé par Les Numériques et le titre est « Le logiciel libre chez nous est stratégique, le fisc gère vos impôts, votre patrimoine et votre TVA sans une seule licence Microsoft. » À quel point cette absence de licence Microsoft est-elle vraie, je ne sais pas, en tout cas il y a clairement un engagement qui est porté, qui est déployé.

Maud Royer : Ils ont piraté Windows ? [Rires]

Étienne Gonnu : En tout cas, ils ont fait leur propre nuage, ils ont fait leur propre cloud interne, il dit, je le cite : « Aujourd’hui, 22 % du parc applicatif y a migré, et chaque nouveau projet y est déployé par défaut – sur ce nuage s’appelle Nubo, je mettrai le lien – sur une pile intégralement libre » il cite GNU/Linux, PostgreSQL, Tomcat. Ce que je trouve intéressant, il dit : « Les solutions propriétaires ne viennent qu’en exception, lorsque les équipes peuvent en justifier la nécessité », ce qui est plutôt une approche, comme toujours, à saluer. Autre info, quelque part on parle d’alternative et qui revient à ça : le projet LibreOffice, donc porté par la fondation The Open Document, relance le projet LibreOffice Online, je les cite « pour concurrencer Google et Microsoft ». On voit aussi que ces alternatives se développent par rapport à cet enjeu avec cette tendance très forte d’une informatique exécutée à distance.

Gee : Pour revenir au premier sujet dont tu as parlé, sur la Direction générale des finances publiques, juste pour situer, ça concerne les impôts sur le revenu, le cadastre, la TVA, les comptes des collectivités locales, le paiement des retraites de l’État pour 2,5 millions de pensionnés, ça fait quand même un gros morceau. Je ne savais pas du tout que c’était effectivement beaucoup basé sur du Libre, donc très bonne surprise pour ma part, c’est un peu une exception dans l’appareil d’État en gros.
Une citation du DSI m’a un peu fait sourire, il dit « l’idée d’aller poser ses données chez des acteurs soumis au CLOUD Act – américain si je ne dis pas de bêtise – était et reste inimaginable. ». Visiblement c’est complètement imaginable pour le ministère des Armées. Je trouve ça effectivement inimaginable, c’est bien de savoir que la finance publique n’y est pas, mais on y a quand même toujours le ministère des Armées, ça m’inquiète toujours un peu mais bon !

Étienne Gonnu : Et l’Éducation nationale, le Heath Data Hub, plateforme des données de santé.

Gee : Il devrait discuter avec les DSI de ces ministères-là, peut-être qu’il aurait des trucs à leur dire, je ne sais pas.

Maud Royer : Il y a des cultures différentes dans les ministères, ce n’est pas une surprise. À mon avis, il y a un travail d’enquête intéressant de socio à faire, pour le plaisir, si on veut savoir d’où ça vient.

Étienne Gonnu : Le problème c’est que ça reste l’exception. Finalement, on est toujours surpris de ces situations. Je ne pense pas que la nouvelle circulaire va changer tout ça, mais en essayant de voir les choses de manière positive, on peut espérer que ça contribue aussi pas à marginaliser, au contraire, à démocratiser ces perspectives, à faire évoluer la culture pour que ce soit justement inimaginable, pour tout le monde, d’aller poser les données, certaines données sensibles – selon moi toutes les données personnelles sont sensibles – chez des hébergeurs soumis au droit américain. Pour rappel, le CLOUD Act c’est ce qui permet à l’État américain d’accéder à des données stockées chez des entreprises de nationalité américaine où que ces données soient stockées, ce qui est quand même un enjeu un enjeu important.
D’autres réactions ? Vous voulez qu’on avance ? Allons-y.

[Clochette]

Le projet NIRD

Étienne Gonnu : Je voulais discuter du projet NIRD, je crois qu’on en a déjà parlé, je vais le citer tout de suite, j’ai trouvé l’article intéressant et c’est bien d’avoir des choses positives. L’article en question : « Ces ordinateurs devaient finir à la déchetterie » : des lycéens reconditionnent de vieux PC », un article de Camille Jourdan pour Reporterre. Au-delà de la présentation de l’atelier, qui est très intéressant, l’article parle du projet NIRD, Numérique Inclusif Responsable et Durable, je vais citer une des publications autour de ce projet qui parle de son ambition : « L’ambition est que chaque élève puisse non seulement avoir accès au numérique mais également participer, comprendre, contribuer, choisir, bref être citoyen et citoyenne, acteur et actrice, pas simple utilisateur et utilisatrice. Cela passe donc par des ateliers de reconditionnement de vieux ordinateurs avec des systèmes GNU/Linux. »
Ma question : est-ce que c’est important de faire pour pouvoir, justement, s’émanciper numériquement ?

Vincent Calame : Il est aussi important de rappeler la matérialité de tout cela et je trouve que c’est bien de mettre les mains dans le cambouis. Je dis « cambouis » parce que c’est la même chose pour les voitures, on ne sait plus du tout ouvrir un moteur. Je trouve intéressant, même très important de se replonger dans ce qu’est un ordinateur et revenir au fait que c’est un outil physique.

Étienne Gonnu : Ça démystifie quelque part.

Vincent Calame : Oui tout à fait. Ça rappelle effectivement que ce sont des matériaux compliqués à produire, avec une empreinte carbone très importante. Le fait de pouvoir toucher puis améliorer par soi-même, c’est une très bonne chose.

Étienne Gonnu : Gee, Maud, des réactions ?

Maud Royer : Je dirais qu’à part les libristes, il n’y a guère plus que les gamers qui construisent encore des tours avec des composants achetés séparément.

Étienne Gonnu : Les joueurs et joueuses.

Maud Royer : Pardon ! Au moins en anglais c’est non genré !
Je trouve intéressant pour des enfants ou des jeunes ados d’aborder l’informatique aussi par autre chose que le smartphone aujourd’hui. Il n’y a pas longtemps, j’ai vu des mèmes assez rigolos sur Internet qui disaient « on dit les enfants, les écrans, etc., mais on pense assez rarement à quels écrans. Le smartphone est un outil sans âme, froid, etc. Alors que l’ordinateur, la tour, le PC de bureau, c’est un cheval fougueux qu’il faut brosser et nourrir, avec qui on développe une relation personnelle, etc. ». Je trouve qu’il y a du vrai là-dedans : l’ordinateur qu’on a ado, qui est souvent un peu naze, on veut jouer à tel jeu ou on veut faire telle chose, on supplie ses parents pour pouvoir acheter une barrette de RAM et on rajoute soi-même – c’est aussi mon histoire – sa première barrette de RAM pour avoir 256 Mégaoctets et pas 128 ; aujourd’hui ce ne serait plus ça, mais, quand j’avais 12/13 ans c’était ça. Je pense qu’il y a a effectivement quelque chose qui fait que, comme cela, on peut découvrir progressivement aussi la complexité de l’informatique et pas passer d’un coup d’une interface du smartphone qui est super lisse, qui cache complètement le fonctionnement interne, à se dire « maintenant je vais écrire du code. » Toucher du hardware, parce qu’en réalité c’est finalement relativement simple de toucher du hardware, c’est probablement plus simple que toucher du code, je trouve que c’est un très bon passage de la situation de simple usager à la situation de bidouilleur, bidouilleuse. C’est vraiment un des points d’entrée le plus facile et ce n’est pas étonnant, du coup, qu’un prof choisisse cette entrée-là, le hardware, en se disant peut-être que ça produit quelque chose de plus intéressant et aussi de plus appétant pour les élèves que d’écrire du code, en fait c’est du Lego et ça amène à se poser plein de questions.

Gee : En plus, sur le fait qu’on a des interfaces toutes lisses, c’est vraiment le même principe dans le software et le hardware. Les téléphones ont aussi apporté le côté « machine toute lisse », il n’y a pas une vis, on est obligé d’avoir des machines pour les démonter, alors que tu prends un ordinateur, même un ordinateur portable, en général avec un bon tournevis, parfois ils ont une tête bizarre, tu peux le démonter. Il m’arrive encore de démonter des ordinateurs portables, ne serait-ce que pour nettoyer le ventilateur, ce genre de truc. Que ce soit dans l’interface ou dans le hardware, les téléphones portables sont conçus comme des objets magiques. Je trouve que le côté démontage physique c’est bien pour un peu démystifier le truc, montrer que ce n’est pas magique, il y a du plastique, il y a des matériaux, des terres rares, écologiquement il faut essayer de reconditionner tout ça. Et puis le pendant software, se dire que pour les faire durer, on est un peu obligé maintenant – merci Microsoft – de faire de l’obsolescence programmée, ça met un bon coup de projecteur sur le fait que GNU/Linux permet de ressusciter des vieux ordis, donc on doit mettre un truc plus ouvert au niveau du software, c’est assez vertueux.
Pour moi le problème, c’est ce qu’on disait, l’informatique aujourd’hui c’est énormément le téléphone et, sur le téléphone, on a des gros problèmes d’ouverture que ce soit au niveau hardware ou software, c’est très compliqué. On a /e/OS, LineageOS qui sont des dérivés d’Android, qui sont un peu plus libres, mais ce n’est pas non plus incroyable. Et au niveau du hardware, il y a quelques téléphones qui sont vraiment réparables, il y a le FairPhone, ce genre de chose, mais c’est rare. On est quand même vachement démuni par rapport à tout ça.

Étienne Gonnu : Je vais partager une réflexion de Marie-Odile qui était professeur de Technologie-Collège qui signale « comprendre la géopolitique notamment le coût des RAM qui augmente », ça fait effectivement partie du problème, qui augmente du fait aussi de l’IA et de ce que ça nécessite en termes de matériel et elle fait le lien entre prof de techno et prof de géo, tu parlais d’internationalisme.
L’aspect aussi que l’ordinateur, maintenant l’informatique, c’est de plus en plus le téléphone pour beaucoup de jeunes personnes, c’est très vrai en France et il y a des pays où c’est quasiment exclusivement ça, c’est-à-dire qu’on fait tout, tous les usages informatiques passent par le téléphone, je pense que c’est notamment le cas dans de nombreux pays en Afrique. On voit aussi tout ce qu’implique, sur le long terme, le fait d’être dépossédé comme ça, notamment la limite d’accès aux outils.
En tout cas, si on permet de former des jeunes générations à mieux comprendre en mettant les mains dans le cambouis, je pense que c’est effectivement une pratique vertueuse de pédagogie, pour reprendre ton terme.
D’autres réflexions ?

Maud Royer : Sur la centralité du smartphone dans le monde, même aujourd’hui pour accéder à l’informatique en général, il faut aussi garder en tête que souvent le smartphone a quand même rendu l’informatique accessible à des endroits où il n’y avait pas du tout d’informatique. Il y a des tas d’endroits aujourd’hui dans le monde où il n’y a Internet que par le réseau cellulaire, il n’y a pas d’Internet filaire. Je pense que c’est même sur la majorité de la planète, aujourd’hui, qu’il n’y a pas d’Internet filaire, il y a de l’Internet cellulaire. Je trouve intéressant de se dire « merde ! il a fallu qu’on passe par un truc plus fermé, qui est plus contrôlé par les grandes entreprises, le capitalisme, etc., pour distribuer plus efficacement un outil qui par ailleurs, dans l’absolu, quand il n’est pas privatisé, est quand même plutôt un outil – même s’il n’y a pas de technologie qui en soi soit émancipatrice ou pas –, qui peut avoir des usages émancipateurs et qui en a, y compris, de fait, le simple smartphone. Ça pose des tas de questions sur la circulation des biens et des services autrement que par le marché de masse.

Étienne Gonnu : Tu parlais de ta jeunesse et de ton rapport à ce sujet. J’aime beaucoup la science-fiction, j’ai souvenir, gamin, de cette idée qu’on pourrait tous avoir ces petits assistants personnels informatiques qui permettraient d’accéder à la connaissance partout, d’échanger facilement comme ça, des outils qu’on aurait toute sa vie, toujours le même, et que chacun et chacune aurait accès à cela. Pour moi c’était un truc extraordinaire. C’est vrai que, finalement, on est passé un peu à côté pour des logiques de marché, etc.

Maud Royer : Après, pour donner une note d’espoir, nous ne sommes que dans la jeunesse du smartphone à l’échelle de l’informatique. L’informatique libre, dans le sens du logiciel libre produit pour ça, même si en pratique, aux débuts de l’informatique il n’y avait pas encore le copyright appliqué et mis en œuvre juridiquement sur l’essentiel du logiciel, c’est aussi relativement tard dans l’histoire de l’informatique. Peut-être qu’il y a de l’espoir pour quelque chose de similaire au déploiement de GNU/Linux sur le marché des serveurs, en général il y a déjà GNU/Linux sur le marché des serveurs, qui puisse se passer aussi. Il faut se demander à quelles conditions on pourrait avoir un marché des smartphones qui soit bien plus orienté vers le Libre qu’il ne l’est aujourd’hui. Quelles seraient vraiment les conditions de distribution pour rendre ça possible ?

Étienne Gonnu : Je vais mettre ma casquette de gauchiste : est-ce possible, dans un système capitaliste, d’atteindre une telle situation ? Il y a des entreprises qui se lancent, mais voilà !
Gee.

Gee : Tu as toujours des contre-pouvoirs, il ne faut jamais être défaitiste et se dire qu’ils ont gagné.
Il y a un truc qu’on n’avait pas mis dans la liste, auquel je viens de repenser. Une des raisons qui font qu’aujourd’hui, sur le smartphone, c’est très difficile de se libérer, je crois que c’est le SafetyNet de Google qui permet, en gros, de s’assurer que son téléphone n’a pas été modifié et c’est un truc qui est requis pour pas mal d’applications, notamment des banques. Pour l’identité numérique en France pour faire ses démarches, j’en sais quelque chose, j’avais fait des chroniques dessus, on est obligé d’avoir un smartphone Google, on ne peut pas avoir un téléphone dégooglisé, ça ne marche pas, ils veulent vraiment qu’on l’utilise comme ça. J’ai vu qu’un projet commence à se mettre en place, je ne sais plus si c’est au niveau européen ou français, c’est peut-être européen, pour proposer une alternative à ça, pour justement réduire la dépendance des services bancaires, des services de l’État et tout, à Google. Comme quoi il y a quand même des trucs qui peuvent arriver même sur le milieu du smartphone et si ça arrivait, ça serait une sacrée bonne nouvelle parce que, en fait, des tas de gens n’ont pas le choix autre que d’avoir des smartphones complètement verrouillés. En fait, si tu n’as pas ça, parfois tu te coupes de plein de choses qui sont essentielles. OK, on peut vivre sans compte bancaire et vivre dans les bois, il n’y a quand même pas grand monde qui va le faire en pratique.
Pour aller dans ton sens, je pense que tout n’est pas perdu, il y a des choses qui évoluent dans le bon sens de toute façon.

Maud Royer : Ça tient à un booyloader standardisé, à un moyen d’accéder au chiffrement matériel standardisé, etc.

Étienne Gonnu : Je vous rejoins. Merci pour ces perspectives que je trouve très éclairantes et importantes à avoir à l’esprit. Je vous propose d’avancer à notre sujet suivant.

[Clochette]

Le financement du logiciel libre

Étienne Gonnu : C’est également un sacré morceau, qui, je pense, anime de nombreux débats entre libristes, qui est le sujet du financement du logiciel libre avec une actualité, je vais citer le titre de l’article « L’open source se dote d’un fonds de pérennité inédit dans la tech », par Naïm Bada, publié sur le site Clubic, qui évoque ce OSE, Open Source Endowment, qui serait un fonds de dotation pour financer des projets logiciels libres. Tel que je comprends l’article – vous me direz comment vous avez perçu, compris ce projet –, ce n’est pas un financement par projet, c’est-à-dire soit avec une fondation dédiée – j’ai cité The Open Document Foundation qui s’occupe de LibreOffice qui finance en partie son développement – ou par des subventions avec candidature sur des sujets précis, je pense à l’exemple de Next Generation Internet qui était un fonds de subvention de ce type-là au niveau européen, qui a subi quelques coups de sabre, malheureusement. L’article rappelle une donnée importante, je cite « 86 % des contributeurs open source ne perçoivent aucune rémunération pour leur travail alors que 95 % des bases de code mondial en dépendent. » Je pense que c’est un problème presque vieux comme l’informatique. Donc une proposition de financement qui a été portée par, j’ai oublié le nom de la personne, [Konstantin Vinogradov].
Je sais pas comment vous avez perçu cette proposition de façon de faire pour financer, que la personne présente comme novatrice. Je n’ai pas d’exemple en tête, mais je ne suis pas forcément la personne la plus éclairée sur le sujet.

Vincent Calame : Il y a aussi des questions de termes parce que « fonds de dotation » et « fondation » ont, en France, des définitions un peu différentes et les manières dont la philanthropie se fait aux États-Unis, en France ou en Europe sont très diverses, ce sont vraiment des notions nationales.
Par exemple, en France, « fonds de dotation » c’est une formule juridique qui n’existe que depuis les années 2000 et qui est plus souple que les fondations. On a juste besoin d’un capital de départ de 15 000 euros alors que pour une fondation c’est beaucoup plus élevé. Derrière fondation, il y a différentes choses. Parfois ce sont simplement des réceptacles de dons et on reçoit des dons qu’on distribue tout de suite, alors que là, ils veulent avoir vraiment une fondation plus indépendante, puisque ce revenu serait tiré de son capital. C’est une manière de constituer un capital suffisant pour, ensuite, reverser. Là ils ont commencé à 700 000 euros ce qui fait que, même en plaçant à 2 %, ce n’est beaucoup à distribuer. C’est l’idée. Avoir un livret A gigantesque, on met tous les livrets A des libristes en commun et les intérêts des livrets A servent à financer les projets libres, c’est un peu ça ! C’est effectivement rassembler un fonds. Là, ils sont encore loin d’avoir la force de frappe des très grosses fondations.

Étienne Gonnu : Merci. Tu as expliqué bien mieux que moi le fonctionnement qui est présenté. Je précise et je vais citer à nouveau l’article : « L’organisation insiste : les fonds ne financeront pas le développement de produits commerciaux mais uniquement des projets libres existants, très utilisés et à but non lucratif. » Je pense que c’est un aspect intéressant qui fait peut-être écho à des choses qu’on avait mentionnées plus tôt.

Vincent Calame : La confusion c’est qu’il y a beaucoup de fondations dans le domaine du Libre, il y a la Fondation Apache, la Fondation OpenStreetMap. Du fait que le terme « fondation » soit un peu flou entre des regroupements de gros acteurs qui mettent en commun et une fondation indépendante qui aurait un conseil d’administration indépendant, ce n’est pas du tout la même chose. On connaît des fondations où il y a quand même des tensions très fortes parce que les gros contributeurs ont envie d’influencer le développement du logiciel qui est derrière. Il y a aussi des luttes d’influence dans les fondations, ce n’est pas parce qu’on dit qu’on est à but non lucratif qu’il n’y a pas des luttes énormes d’influence.

Étienne Gonnu : Je n’ai pas énormément cherché, mais je n’ai pas trouvé la façon fonctionne la gouvernance de ce truc-là. On imagine bien que la façon dont les décisions sont prises à l’intérieur de cette organisation ce n’est pas un mince sujet.

Vincent Calame : On peut imaginer un conseil d’administration et avoir à côté, c’est souvent ce qui se fait, un conseil scientifique. Une séparation : d’un côté des gens qui ont comme mission de gérer les sous et, de l’autre, un conseil. L’article prend beaucoup comme exemple les fondations d’universités aux États-Unis, qui est encore quelque chose qu’on ne connaît pas en France, il y aurait des intervenants extérieurs. En tout cas, si j’avais à faire les statuts d’une telle structure, j’imagine que j’aurais effectivement ce conseil d’administration et puis, à côté, des structures consultatives qui permettraient d’orienter les fonds.

Étienne Gonnu : Maud, Gee, je ne sais pas si ça vous inspire.

Maud Royer : J’ai quand même le sentiment que, tous les ans, une nouvelle solution pour financer le logiciel libre est proposée. C’est très chouette si ça marche, c’est bien, il faut essayer des trucs. Je ne dis pas que c’est forcément une mauvaise chose qu’il y ait régulièrement des choses qui sont proposées. Le fait est qu’il n’y en a pas beaucoup qui fonctionnent, si on en propose régulièrement c’est qu’il y a toujours un besoin.
J’ai quand même le sentiment que, pas plus dans cette solution que dans les autres, n’est posée la question de « pour faire payer qui ? ». Pourquoi le logiciel libre est-il sous financé ? Ce n’est pas vrai que tout le logiciel libre est sous financé. Qu’est ce qui est sous financé ?
Il y a le logiciel qui est écrit par des bénévoles pour des utilisateurs finaux, qui sont généralement aussi des libristes, et qui en font un usage non commercial, exemple Scribus, un logiciel qui sert à mettre en page des journaux, si je résume, ou GIMP. J’imagine aussi des tas d’usages commerciaux, professionnels aussi, mais pas de grosses entreprises qui en dépendent et qui ne pourraient pas payer une alternative propriétaire.
Et puis il y a tout le logiciel libre sur lequel repose une grande partie de l’économie de l’informatique, qui ne peut pas fonctionner sans, qui en est dépendante économiquement et pour qui il y a vraiment des enjeux de gros sous. Pour ce logiciel-là, j’ai l’impression qu’il y a deux solutions, j’y réfléchissais dans le train avant de venir.
Il y a les cas des gros machins qui sont financés tout simplement à travers le fait que ce sont les entreprises qui l’utilisent qui le développent. Aujourd’hui, 80 % du code du noyau Linux est écrit par des salariés d’entreprises de la tech, y compris des GAFAM, et c’est comme cela que se fait la gouvernance, au final ce sont ceux qui payent qui font, sur le papier non, mais en pratique ce sont ceux qui pèsent le plus. Si on montre le statut qu’a ce logiciel-là à un économiste, d’un point de vue économique, il dit, certes,que c’est un commun numérique, mais le fait que ce soit un commun c’est l’arrangement légal optimal pour les grandes entreprises pour faire un investissement commun. C’est-à-dire que c’est plus simple, en réalité, de faire du logiciel libre que de faire du logiciel privateur à 50, du coup c’est économiquement plus intéressant d’investir là-dedans. C’est pour cela que ces logiciels-là, qui sont des logiciels libres, sont financés. Ce n’est pas parce que ces gens-là aiment le logiciel libre et le fait que ce soit libre, c’est parce que c’est plus simple que de faire du logiciel privateur à 50, par contre ce sont des grosses économies d’échelle de le faire à 50 plutôt que de faire son noyau chacun dans son coin.
À côté, il y a les petits trucs développés par une ou deux personnes, et, pour le coup, quel est le raisonnement de toutes ces entreprises-là, toutes les grosses entreprises de la tech qui reposent sur ces petits logiciels ? Il y a l’exemple de sudo qui était développé par une seule personne, qui n’est pas financée, etc. Le raisonnement c’est : si je dois payer pour avoir sudo, autant que ce soit fait par mon salarié et que je puisse en faire exactement ce que j’en veux. Pourquoi je donnerais, avec 10 autres entreprises, 1/10e de salaire à un type qui, à la fin, peut faire ce qu’il veut et ce n’est probablement pas dans mon intérêt ? L’échelle n’est pas assez importante pour que je contribue à un commun. C’est-à-dire que le jour où sudo ne marche plus, je mettrai deux devs, même quatre devs seniors dessus et, en deux semaines, ils vont pondre mon alternative Amazon ou mon alternative Microsoft à sudo. En fait, c’est ça avec ces logiciels-là qu’on a un problème, parce que les gros ne veulent pas payer s’ils n’ont pas la gouvernance et, d’un point de vue capitaliste, c’est rationnel pour eux et même pour d’autres acteurs du logiciel libre. Pourquoi personne ne finance sudo ? Aussi parce qu’Ubuntu est en train de financer la réécriture de sudo en Rust, donc, en réalité, sudo en C va disparaître.

Étienne Gonnu : C’est passionnant. Tu mentionnes Rust et C qui sont des langages de programmation. Il y a un article sur sudo qui parle de tout cela, je le mettrai en référence. Vous pourrez compléter, mais je vais citer l’article pour avoir une définition de ce qu’est sudo pour les personnes qui ne connaissent pas : « Sudo est un utilitaire en ligne de commande qui permet à des utilisateurs et utilisatrices autorisées d’exécuter certaines commandes, donc des fonctions informatiques, au nom d’un autre compte, d’une autre personne, généralement l’administrateur, sous des règles de contrôle précis. » C’est une fonctionnalité qui est énormément utilisée pour faciliter l’administration de nombreux systèmes.

Maud Royer : Aujourd’hui il y a une fondation, je ne connais pas bien sa gouvernance, qui propose de réécrire comme cela plein d’outils, plein de petits outils qui sont très utilisés sur les distributions GNU/Linux en Rust parce que c’est plus sécurisé, etc. On se dit que c’est super, on va avoir des outils plus sécurisés, Rust est plus sécurisé que C, mais, en réalité, c’est aussi un moyen d’avoir des gens qui sont salariés, etc., ce qui est quand même beaucoup plus intéressant comme approche pour une entreprise pour avoir ce qu’elle veut que de payer un type qu’elle n’a pas choisi parce qu’il se trouve que, depuis 20 ans, c’est le type qui maintient le logiciel.

Étienne Gonnu : C’est très complet, je pense que c’est difficile de compléter quelque chose qui est déjà très complet. Merci beaucoup. Je trouve que tu as posé des bases de réflexion importantes sur ce sujet qui n’est pas simple d’accès si on n’y réfléchit pas tant.
Gee, j’ai l’impression que tu voulais réagir.

Gee : Pas du tout. Je suis complètement d’accord avec ce qui vient d’être dit.

Vincent Calame : Là où le projet est intéressant, c’est d’avoir une fondation généraliste et pas une fondation consacrée à un logiciel particulier et, pour cela, une structure peut effectivement être effectivement intéressante.
Je reboucle avec le premier sujet de la commande publique, il y a une différence : une fondation peut notamment recevoir des subventions publiques, c’est aussi un bon réceptacle pour avoir des subventions publiques. On ne peut que souhaiter qu’une fondation généraliste se mette en place et pas juste une fondation consacrée à un logiciel.

Étienne Gonnu : Donc si je résume, on souhaite bon vent et meilleurs vœux de réussite à l’Open Source Endowment, porté par Konstantin Vinogradov, désolé si j’ai mal prononcé.

Vincent Calame : Cette fondation accepte des legs, donc changez vos testaments !

Étienne Gonnu : Je ne sais pas sous quel droit elle est, mais c’est une perspective, effectivement ! Avançons.

[Clochette]

« Directive NIS 2 : la transposition française probablement repoussée à juillet »

Étienne Gonnu : Une autre actu. Ce n’est pas une source qu’on cite très souvent, mais la Banque des territoires nous partage un article : « Directive NIS 2 : la transposition française probablement repoussée à juillet ». La directive NIS 2 c’est la directive sur la sécurité des réseaux et de l’information, numéro 2, parce qu’il y en a déjà eu une, comme vous l’aurez compris. Un sujet qu’on a notamment suivi à l’April, parce que, dans le cadre de ces travaux, les éditeurs de logiciels, en tant qu’entité non définie, ont été ajoutés à la liste des entités essentielles, je cite, une catégorie qui est dans le projet de transposition, donc des entités qui devront respecter des règles particulières établies par l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information. On ne sait pas qui ça concernerait, potentiellement des obligations assez lourdes.
L’article est intéressant. En septembre dernier c’est passé en commission à l’Assemblée nationale, l’étape avant les débats en séance publique qu’on connaît plus habituellement. On attend que ce soit l’ordre du jour de la séance publique pour que le projet de loi puisse avancer. Cet article évoque un blocage intentionnel parce que la Direction générale de la Sécurité intérieure, la fameuse DGSI, souhaiterait que des portes dérobées soient installées dans certains systèmes. Le Sénat, suivi par l’Assemblée nationale – on est presque surpris finalement – s’est positionné à l’encontre d’une telle disposition. Donc cette possibilité, cette faculté pour la DGSI d’aller mettre des portes dérobées dans certains systèmes a été retirée du projet loi, ce qui semble justifier, en tout cas expliquer ce long délai avant la transposition.
Qui souhaite éventuellement prendre la balle ?

Gee : Je ne suis pas sûr d’avoir compris la même chose que toi. J’avais compris que cette directive interdisait d’imposer des portes dérobées aux fournisseurs de services de chiffrement et c’est cela qui déplaît, à priori, à la DGSI, c’est le fait qu’ils n’auraient plus, en fait ils ne l’ont pas, mais ce serait clairement dans la loi qu’ils ne pourraient pas imposer ces portes dérobées.

Étienne Gonnu : Oui, c’est ça.

Gee : Comme c’est une directive européenne, si je ne dis pas de bêtise, on est un petit peu obligé, quand même, de la transposer et apparemment, si on tarde trop, on pourrait, au bout d’un moment, avoir des amendes, notamment si une affaire judiciaire sort avant qu’il y ait eu le texte parlementaire. En gros, il y a un risque que ce soit le premier juge qui récupère un dossier de justice qui fasse jurisprudence et que, finalement, le texte parlementaire se retrouve coincé par ça. Il y aurait donc un truc pas terrible qui se passerait de ce point de vue-là et ce n’est pas du tout théorique, c’est ce que dit l’article, parce que des fuites de données personnelles se multiplient, si vous suivez un peu le sujet, en ce moment il y en a tous les deux jours et, parfois, ce sont des trucs relativement gros. Il y a encore un cas cité par l’AFP le 3 mars qui estime qu’il y a exfiltration de données du ministère de l’Intérieur, donc de Bercy, il y a eu la Cegedim, l’Union nationale des sports scolaires, ce sont 65 gigaoctets de données sensibles dont 1 500 000 photos d’élèves qui ont été dérobées comme cela. Le problème c’est que si la justice se penche là-dessus, la République française pourrait se faire attaquer sur le fait de pas avoir transposé cette directive qui est un projet de loi relatif à la résilience des infrastructures critiques et au renforcement de la cybersécurité, on est en plein dedans.
J’ai compris que, d’un côté, en gros, on a les services de sécurité qui ont tendance à vouloir freiner des quatre fers et, en même temps, il y a un besoin clair que cette directive soit transposée rapidement.

Étienne Gonnu : Peut-être juste rappeler que c’est important d’avoir ce cadre de lecture qui n’est pas forcément si connu que ça : les directives ne sont pas des lois d’application immédiate. Les pays, les États membres sont censés les transposer pour que ça soit loi, en tout cas ils doivent respecter le cadre posé et là, normalement, le délai est dépassé. À partir de ce moment-là, quelque part ça devient loi, donc se pose la question : si un juge peut faire ce qu’on appelle un contrôle de conventionnalité, c’est-à-dire vérifier, la loi européenne étant d’un niveau supérieur. Il y a effectivement ce problème.
On peut se poser aussi la question des rapports de forces politiques qui se jouent peut-être, en ce moment, au niveau de l’Union européenne et de la France qui nous avait déjà habitués à cette position-là, à vouloir pousser un agenda plus sécuritaire, un rapport plus sécuritaire à la réglementation autour des usages informatiques.
Pour préciser aussi, je parle de portes dérobées, en gros c’est mettre volontairement des failles de sécurité pour pouvoir aller contrôler ce qui se passe. Déjà rien que ça ! Quel était le terme ? Ça paraît inimaginable que les pouvoirs publics, volontairement, ajoutent des failles de sécurité avec tous les risques que ça peut apporter, notamment des fuites de photos d’élèves, pour ne prendre que cet exemple.

Gee : Surtout que c’est assez documenté. Ce n’est pas rare qu’il y ait des portes dérobées installées par des services secrets et qui finissent par être utilisées par les services secrets d’autres pays parce que, justement, ce sont des failles de sécurité qui peuvent permettre des attaques. C’est donc doublement problématique.

Étienne Gonnu : Vincent, Maud. Vous n’êtes pas obligés.

Maud Royer : Rien à dire, à part se demander qui freine. Peut-être que c’est la DGSI, peut-être que c’est un conseiller abruti dans un cabinet, ça peut être plein d’acteurs différents, peut-être aussi que c’est la DGSE [Direction générale de la Sécurité extérieure]. Bref ! Je pense qu’il y a plusieurs acteurs qui ont plusieurs choses à jouer là-dedans, ce n’est pas simplement le renseignement intérieur.

Étienne Gonnu : Probablement. C’est difficile d’y voir clair.
On avance parce qu’il est déjà 16 heures 41.

« Justice et Numérique : Quand l’État juge l’expertise tech « inutile » pour ses magistrats »

Étienne Gonnu : Je mentionne un sujet qui était proposé par Vincent, un article paru dans ZDnet « Justice et Numérique : Quand l’État juge l’expertise tech « inutile » pour ses magistrats ». Le contexte n’est pas évident, mais tu as proposé cet article. Est-ce que tu veux que j’essaie de le résumer ou tu te lances ?

Vincent Calame : Je vais me lancer. Il y a un logiciel libre, très connu, qui s’appelle VLC, en fait il n’est pas très connu que c’est un logiciel libre, mais il est très répandu et en plus, ce qui est moins connu, c’est qu’il est fait en France. Un blog du fondateur, qui s’appelle Jean-Baptiste Kempf, décrit sa situation familiale. Son épouse voulait passer le concours de magistrature. Il y a plusieurs voies dans le concours, notamment une où c’est ouvert à la société civile, il faut juste justifier d’un parcours qualifiant. Elle a passé le concours et c’est après le concours qu’une décision administrative a dit « finalement vous n’avez pas le parcours qualifiant pour ça. » Il y a déjà ce scandale de l’arbitraire administratif, mais surtout, il faisait remarquer que d’une part, elle a une formation de juriste et en fait c’est elle qui l’a aidé pendant plus d’une décennie à gérer tous les problèmes juridiques de VLC, elle s’est énormément investie au niveau international, en fait, elle a une compétence gigantesque sur ce sujet. Il fait remarquer que le fait de dire que cette compétence n’est pas qualifiant est scandaleux. On ne peut que regretter qu’on n’ait pas une juge qui connaisse le sujet, ça nous serait bien utile. Ça me fait penser à une anecdote : un juge qui savait coder et qui avait fait remarquer à l’avocat qu’il racontait n’importe quoi parce que lui-même connaissait ce que c’était de coder du code informatique.
Ne pas avoir des personnes qui sont en mesure de juger ce genre de chose est très dommageable et très triste aussi pour la situation familiale de cette personne.

Étienne Gonnu : Je crois que l’argument qui était utilisé, qui était avancé c’est qu’un juge n’a pas besoin de s’y connaître sur le droit du numérique.

Vincent Calame : Je voudrais rappeler qu’un juge ce n’est pas seulement pour le type délinquant, c’est aussi tout un parquet financier. On a aussi besoin de juges qui sachent analyser tout ce qui est parcours financiers, qui aillent se plonger dans des comptes offshore. De la même manière, on a besoin de juges qui sachent se plonger dans les arcanes du numérique.

Étienne Gonnu : Parfait. Merci pour ce relais. Je vois qu’on arrive sur la fin de notre Café libre. S’il y a un dernier mot que vous auriez aimé partager sur ce sujet ou sur un autre, qui vous est revenu après, que vous tenez absolument à partager, il nous reste peut-être une minute pour le faire. Sinon il ne me reste plus qu’à vous souhaiter une bonne suite de journée et encore merci à tous les trois, Gee, Vincent et Maud d’avoir participé.

Vincent Calame : Je voulais citer une chronique que j’aime beaucoup, de Stéphane Foucart, dans Le Monde. On avait parlé de circulaire. Il y a eu un moratoire sur les décisions sur l’eau et il signale que ce n’est même pas une circulaire, le Premier ministre l’a annoncé sur X et sur Facebook. En fait, il a annoncé une décision administrative sur X et sur Facebook sans qu’il y ait des documents administratifs attaquables. Et Stéphane Foucart de conclure, c’est amusant, « dans le même temps il parle de souveraineté alimentaire et il communique auprès de ses administrations sur X et Facebook ». C’est triste à pleurer, mais on peut aussi en rire.

Étienne Gonnu : En tout cas c’est révélateur.
Merci beaucoup à tous les trois et je vous dis à un prochain Café libre.
Vincent, tu restes avec nous pour nous présenter une chronique, une nouvelle lecture buissonnière. Parfait.

Nous allons à présent faire une pause musicale.

[Virgule musicale]

Étienne Gonnu : J’imagine que vous n’êtes pas très fan de fascistes et de masculinistes autour de cette table, l’artiste que nous allons écouter à présent non plus.
Nous allons écouter Boot On Your Face, par Cistem Failure. On se retrouve juste après. Belle journée à l’écoute de Cause Commune, la voix des possibles.

Pause musicale : Boot On Your Face, par Cistem Failure.

Voix off : Cause Commune, 93.1.

Étienne Gonnu : Nous venons d’écouter Boot On Your Face, par Cistem Failure, disponible sous licence libre Creative Commons, Partage dans les mêmes conditions, CC By SA.

[Jingle]

Étienne Gonnu : Je suis Étienne Gonnu de l’April. Nous allons passer à notre dernier sujet.

[Virgule musicale]

Chronique « Lectures buissonnières » de Vincent Calame – « Donc, on peut être informaticienne et écolo »

Étienne Gonnu : Vincent est resté avec nous. Informaticien libriste et bénévole à l’April, il nous propose des chroniques « Lectures buissonnières » ou comment parler du Libre par des chemins détournés en partageant la lecture d’ouvrages divers et variés. Aujourd’hui, je crois que ça ne sera pas exactement une lecture buissonnière.

Vincent Calame : Non, tout à fait. Ce sera plutôt une écoute buissonnière ! En effet, les évènements actuels dans le monde et en France étant plutôt du genre déprimant, j’ai eu envie de mettre en pause ma chronique en cours qui était sur le livre Pris dans la toile de Sébastien Broca qui, comme vous avez pu l’entendre dans mes chroniques précédentes, ne remonte pas vraiment le moral. J’avais donc envie de vous proposer quelque chose de plus positif en partageant avec vous ma découverte d’une voix que, personnellement, je ne connaissais pas auparavant, celle de Sasha Luccioni, une informaticienne chercheuse travaillant, entre autres, sur l’impact carbone de l’IA.

Premier point rigolo, si on peut dire, ma découverte est totalement fortuite. J’étais à 1000 lieues des questions informatiques ou environnementales quand je l’ai entendue. Il se trouve que ma station de radio de prédilection est RFI, Radio France Internationale, je vais me permettre de lui faire un peu de pub à cette antenne. RFI diffuse sur 89 FM à Paris, dispose d’un site sur lequel vous pouvez l’écouter en direct et, bien sûr, retrouver l’ensemble des émissions en podcast, comme c’est possible pour Libre à vous !. Parmi ses émissions, j’écoute régulièrement celle intitulée Le grand invité international où j’apprécie particulièrement le professionnalisme des journalistes qui, en moins de dix minutes, font le tour de la question avec leur invité.
J’étais donc en train de naviguer dans l’historique de l’émission qui, comme vous pouvez vous en douter, traitait presque exclusivement du Moyen-Orient quand, soudain, pouf ! Je tombe sur ce titre de l’émission du 18 février « Sasha Luccioni : Il faut réfléchir à la place de l’IA dans notre vie ». Avec un titre pareil, j’ai évidemment branché tout de suite mes écouteurs et c’est avec beaucoup de plaisir que j’ai écouté cette interview qui dure neuf minutes. Je ne peux que vous conseiller de faire de même, vous retrouverez le lien sur la page de notre émission Libre à vous !.

Au début de l’interview, le journaliste, Arnaud Pontus, fait la remarque suivante : « Donc, on peut être informaticienne et écolo », je ne vous cacherai pas que cette remarque m’a bien fait sourire.

Neuf minutes, c’est évidemment court pour approfondir un sujet, on ne peut que passer une ou deux idées forces. Un des principaux messages de Sasha Luccioni, c’est l’opacité des grands opérateurs de l’IA sur le coût énergétique réel et elle appelle les grandes entreprises qui vont passer d’importants contrats avec ces opérateurs à exiger une communication plus transparente sur cette question.

Après cette écoute, je suis allé me renseigner plus avant sur ses travaux. Évidemment, après son interview, il était exclu que je pose une question à une IA, j’ai fait une recherche à l’ancienne. J’ai d’abord recherché sur le site de Libre à vous ! et je n’ai pas retrouvé de référence à son nom, je me suis alors dit « chouette, j’ai une exclusivité, je vais être le premier à en parler à cette antenne, il faut que je me dépêche d’écrire une chronique ! »
J’ai ensuite étendu ma recherche au site de Libre à lire ! qui héberge toutes les transcriptions effectuées par le groupe Transcriptions de l’April et j’ai découvert que Sasha Luccioni avait été l’invitée d’un podcast appelé Trench Tech. Vous retrouverez également le lien vers le podcast et vers la transcription sur la page de l’émission. Le podcast dure une heure vingt-cinq, il y a des parties plus techniques, mais il fait bien le tour de la question.
Sasha Luccioni a également son propre site et sa page Wikipédia. Je ne vais pas m’étendre sur sa biographie, juste quelques mots : elle est née en Ukraine, a émigré très jeune au Canada, a étudié à Paris et fait sa thèse à Montréal. Elle travaille actuellement à Hugging Face, une plate-forme très importante dans le monde de l’IA, car on y partage aussi bien des modèles que des jeux de données. Elle travaille également avec une ONG, appelée Climate Change AI, qui réfléchit à un usage utile de l’intelligence artificielle face au changement climatique.
Enfin, s’il ne faut citer qu’un seul projet auquel contribue Sasha Luccioni, citons la bibliothèque Code Carbon, codecarbon.io, une bibliothèque libre écrite en Python dont l’objectif est de fournir une mesure transparente de l’empreinte carbone de vos algorithmes. Je ne me suis pas encore penché dessus, j’ai mis ça dans ma liste des petites choses à faire.

Je m’arrête là, car Sasha Luccioni parle de ses travaux beaucoup mieux que moi. J’espère simplement que je vous ai donné envie d’écouter cette nouvelle voix. Et bien sûr, je ne peux que souhaiter qu’on l’entende un jour à cette antenne même.

Étienne Gonnu : Voilà une bonne idée ! D’ailleurs peut-être que tu pourras animer un tel échange.
En tout cas merci d’avoir partagé cette écoute buissonnière, je pense que j’irai écouter déjà ce podcast de neuf minutes, ça peut donner un premier avis. En tout cas merci beaucoup Vincent.

Nous approchons de la fin de l’émission nous avons terminé par quelques annonces

[Virgule musicale]

Quoi de Libre ? Actualités et annonces concernant l’April et le monde du Libre

Étienne Gonnu : La prochaine assemblée générale de l’April aura lieu samedi 28 mars 2026, après-midi, à la Faculté des Sciences et Ingénierie dans le 5e arrondissement de Paris, place Jussieu. Si elle est réservée aux membres, ce n’est pas le cas de la matinée où des conférences éclairs seront proposées entre 10 heures et midi. Les conférences éclairs sont des présentations très courtes, environ six minutes, qui s’enchaînent sur des sujets variés – présentation d’une initiative, d’un livre ou d’un film, d’un logiciel, d’un langage, d’un service, d’une association, etc. C’est la diversité des sujets qui fait la richesse de l’événement. On découvre des personnes et des projets, on partage des idées, on ressort plein d’énergie et de motivation. Si vous êtes dans le coin samedi 28 mars au matin, n’hésitez pas à venir passer une tête.

Libre en Fête revient pour la 25e année consécutive. Faire découvrir le logiciel libre et la culture libre au grand public au travers d’événements proposés partout en France, dans une dynamique conviviale et festive, tel est l’objectif de cette initiative de l’April qui existe grâce à la mobilisation des organisations locales de promotion du logiciel libre. L’édition 2026 de Libre en Fête a commencé le samedi 7 mars et durera jusqu’au dimanche 12 avril. Plus de 150 événements sont référencés à ce jour. Un grand merci à toutes les organisations qui proposent de tels événements.

La campagne du Pacte du logiciel libre. À l’occasion des élections municipales et communautaires, l’April propose aux personnes candidates de signer ce pacte afin de marquer leur engagement, si elles sont élues, à promouvoir et défendre une priorité aux logiciels libres et aux formats ouverts au sein de leurs collectivités. Le premier tour est passé, mais il reste possible de nous envoyer des candidatures avant le second tour, dimanche 22 mars. N’hésitez pas à contacter des listes encore en lice pour les inviter à s’engager pour le logiciel libre.

La troisième édition de Libre en Fête, à Wimille, aura lieu samedi 4 avril 2026 à l’Atelier numérique citoyen, à l’Espace Culturel Pilâtre de Rozier. Au programme : stands associatifs le matin, conférences et ateliers l’après-midi. Le programme complet sera bientôt disponible en ligne. À cette occasion, l’April tiendra un stand dans le village associatif, le matin, de 10 heures à 13 heures.

L’association Root66 organise une conférence, samedi 11 avril 2026 à 14 heures, à Fontenay-le-Fleury. Root66 propose une conférence ou un atelier chaque samedi. L’April présentera donc ce samedi-là, samedi 11 avril, la conférence « Quelles alternatives pour se libérer des GAFAM », suivie d’un échange sur ce sujet.

Je vous invite, comme d’habitude, à consulter le site de l’Agenda du Libre, agendadulibre.org, pour trouver des événements en lien avec le logiciel libre ou la culture libre près de chez vous, ainsi que les associations qui les font vivre.

Notre émission se termine.

Je remercie les personnes qui ont participé à l’émission : Gee, Maud Royer, Vincent Calame.
Aux manettes de la régie aujourd’hui, Julie Chaumard.
Merci également aux personnes qui s’occupent de la post-production des podcasts : Sébastien Chopin, Élodie Déniel-Girodon, Lang 1, Nicolas Graner, Julien Osman, bénévoles à l’April, ainsi qu’Olivier Grieco, le directeur d’antenne de la radio.
Merci aussi aux personnes qui découpent les podcasts complets des émissions en podcasts individuels par sujet : Quentin Gibeaux, Théocrite et Tunui, bénévoles à l’April, et Frédéric Couchet
Merci également à Marie-Odile Morandi, et au groupe Transcriptions, qui permet d’avoir une version texte de nos émissions.

Vous retrouvez sur notre site web, libreavous.org/271, toutes les références utiles de l’émission de ce jour ainsi que sur le site de la radio, causecommune.fm, ou dans les notes de l’épisode si vous écoutez en podcast.
N’hésitez pas à nous faire des retours pour indiquer ce qui vous a plu mais aussi les points d’amélioration.
Vous poser également nous poser toute question et nous y répondrons directement ou lors d’une prochaine émission. Toutes vos remarques et questions sont les bienvenues à l’adresse bonjour chez libreavous.org.
Si vous préférez nous parler, vous pouvez nous laisser un message sur le répondeur de la radio pour réagir à l’un des sujets de l’émission, pour partager un témoignage, vos idées, vos suggestions, vos encouragements ou pour nous poser une question. Le répondeur de la radio : 09 72 51 55 46.

Nous vous remercions d’avoir écouté l’émission.
Si vous avez aimé cette émission, n’hésitez pas à en parler le plus possible autour de vous et à faire connaître également la radio Cause Commune, la voix des possibles.

Pas d’émission en direct mardi 24 mars 2026, nous sommes en pleine préparation de notre assemblée générale.
La prochaine émission aura donc lieu mardi 31 mars à 15 heures 30.
Nous vous souhaitons de passer une belle fin de journée on se retrouve en direct mardi 31 mars et d’ici là, portez-vous bien.

Générique de fin d’émission : Wesh Tone par Realaze.

Média d’origine

Titre :

Émission Libre à vous ! diffusée mardi 17 mars 2026 sur radio Cause Commune

Personne⋅s :
- Étienne Gonnu - Gee - Maud Royer - Vincent Calame
Source :

Podcast

Lieu :

Radio Cause Commune

Date :
Durée :

1 h 30 min

Autres liens :

Page de présentation de l’émission

Licence :
Verbatim
Crédits des visuels :

Bannière de l’émission Libre à vous ! de Antoine Bardelli, disponible selon les termes de, au moins, une des licences suivantes : licence CC BY-SA 2.0 FR ou supérieure ; licence Art Libre 1.3 ou supérieure et General Free Documentation License V1.3 ou supérieure.
Logo de la radio Cause Commune utilisé avec l’aimable autorisation d’Olivier Grieco, directeur d’antenne de la radio.

Avertissement : Transcription réalisée par nos soins, fidèle aux propos des intervenant⋅e⋅s mais rendant le discours fluide. Les positions exprimées sont celles des personnes qui interviennent et ne rejoignent pas nécessairement celles de l'April, qui ne sera en aucun cas tenue responsable de leurs propos.