Je vous propose de commencer dès maintenant.
Merci à toutes et tous d’être venus.
En préambule, j’aimerais vous dire que c’est la première fois que je viens aux JdLL, que c’est un plaisir. Je constate qu’on a un public qui est souvent déjà très bien formé au logiciel libre, que j’ai conçu cette conférence à la base pour un public qui, souvent, n’a jamais entendu parler des logiciels libres. Je risque donc d’enfoncer pas mal de portes ouvertes. Si vous souhaitez que j’aille plus vite sur certains sujets, n’hésitez pas, on pourra peut-être changer ça en un moment d’échanges et de questions.
Commown
Je travaille chez Commown [1], une coopérative d’intérêt collectif, qui loue des téléphones et des ordinateurs avec, pour objectif, de les faire durer aussi longtemps que possible en partant du principe que l’obsolescence programmée, au sens large, est due à un modèle économique de vente. C’est-à-dire que quand vous vendez un appareil, votre intérêt économique, en tant que fournisseur, c’est de le faire remplacer aussi fréquemment que possible. Quand vous le louez, sans option d’achat, votre intérêt économique, en tant que fournisseur toujours, c’est de le faire durer aussi longtemps que possible.
Comme nous sommes une structure militante, nous allons évidemment militer pour le logiciel libre tout autant que vous. Ce modèle économique de location va nous donner un intérêt supplémentaire à défendre le Libre, puisqu’on sait très bien qu’on ne peut pas faire durer éternellement des ordinateurs sous Windows, des smartphones sous un Android avec Google, etc.. On a donc vraiment un intérêt économique à promouvoir le logiciel libre pour atteindre une meilleure durabilité des matériels qu’on loue, au-delà même de tout aspect militant, ça va vraiment entrer dans notre intérêt mercantile.
Sommaire
Je vous propose déjà de revoir des définitions très basiques de « logiciel propriétaire » par rapport à « logiciel libre ».
D’étudier ensuite les impacts que peuvent avoir les logiciels propriétaires que ce soit en termes sociaux, en termes de monopole, en termes environnementaux, etc.
D’étudier quelques alternatives libres aux logiciels propriétaires, qu’on va pouvoir trouver.
De voir en quoi le logiciel libre représente un numérique qui est plus désirable pour les utilisatrices et les utilisateurs et ce au-delà même de tout aspect militant, en quoi c’est plus agréable à l’utilisation, etc.
Et ensuite comment sauter le pas très concrètement.
Logiciels
Qu’est-ce qu’un logiciel ?
C’est l’ensemble des instructions qui vont permettre à un ordinateur ou à un système informatique de fonctionner. Par ordinateur, je vais aussi entendre smartphone, ce sont des ordinateurs de poche.
On va avoir, d’une part, le système d’exploitation qui est ce que vous voyez quand vous démarrez la machine. Les plus connus, par ordre de parts de marché : Windows, MacOS, Linux qui n’est pas en soi un système d’exploitation, on pourra y revenir, et sur les smartphones on aura bien souvent Android et iOS qui se partagent le marché, deux quasi-monopoles.
Sur ces systèmes d’exploitation, on va pouvoir faire tourner tout un tas de programmes ou d’applications, comme un navigateur, le plus connu est actuellement Chrome fait par Google, Firefox qui est libre et des lecteurs vidéo comme VLC Media Player, des jeux vidéo, des logiciels professionnels, etc.
Le modèle dominant : le logiciel propriétaire
Le modèle dominant est le logiciel propriétaire, mais ce n’est pas le cas partout, dans certains domaines le logiciel libre est la norme, par exemple à ma connaissance c’est la norme pour les systèmes d’exploitation de serveurs.
Qu’est-ce qu’un logiciel propriétaire ? C’est un logiciel non libre, également appelé logiciel privatif ou logiciel privateur, c’est la définition de Wikipédia, qui ne nous permet pas soit légalement soit techniquement d’exercer les quatre libertés logicielles infuses dans ce qu’est un logiciel libre à savoir :
- l’exécution du logiciel pour tout type d’utilisation
- l’étude de son code source, donc l’accès à ce code source
- la distribution de copies
- la modification du code source.
Peut-être y a-t-il déjà des questions par rapport à ça ? C’est bon ?
L’alternative : logiciel libre/open source
Par opposition à cela, un logiciel libre est un logiciel dont les quatre libertés fondamentales sont respectées à savoir :
- l’utilisation
- l’étude
- la modification
- et la duplication par autrui en vue de sa diffusion sont permises, donc à la fois techniquement et juridiquement, ce qui va impliquer le contrôle du programme par l’utilisateur ou l’utilisatrice et des possibilités de partage et d’interopérabilité entre les individus.
Exemples de systèmes d’exploitation propriétaires
Je reviens sur les systèmes d’exploitation propriétaires.
On aura, par exemple, Windows, MacOS et iOS.
Ce sont des systèmes d’exploitation dont tous les droits vont appartenir à une entreprise : Windows appartient à Microsoft, petite PME californienne, MacOS et iOS appartiennent à Apple.
Concernant Windows, ce sont des systèmes qu’on va pouvoir installer sur les ordinateurs d’un très grand nombre de constructeurs et c’est cette stratégie qui a permis à Microsoft d’atteindre à peu près 75 à 80 % de parts de marché sur les micro-ordinateurs, donc les ordinateurs personnels et les ordinateurs utilisés en entreprise dans le monde, hors serveurs.
Légalement, on ne va pouvoir installer MacOS que sur les ordinateurs vendus par Apple et iOS que sur les smartphones vendus par Apple, sachant qu’Apple va freiner des quatre fers pour qu’on puisse installer quoi que ce soit sur ses matériels. Techniquement, on n’arrive vraiment à installer rien d’autre que iOS sur des iPhones. Sur des ordinateurs Mac un peu anciens, on peut très bien installer Linux, sur des ordinateurs Mac plus récents, c’est beaucoup plus complexe.
Généralement, sur les ordinateurs qui sont vendus avec Windows, on va pouvoir installer à peu près ce qu’on veut derrière.
Impacts matériels
Ces systèmes propriétaires vont avoir des impacts matériels.
On a souvent en tête que le numérique serait virtuel, le numérique c’est éminemment matériel.
Il y a, d’une part, l’appareil que vous avez entre les mains, qui va avoir une partie des impacts matériels, que vous êtes probablement habitué à changer plus ou moins régulièrement, et il y a tout ce que vous ne voyez pas, ce dont on parle quand même de plus en plus, les serveurs et les réseaux.
Premier impact matériel des logiciels propriétaires ça va être une fin des mises à jour de sécurité, c’est-à-dire que les appareils vont devenir de plus en plus, entre guillemets, « risqués à utiliser ». Quand une faille de sécurité est découverte, cette faille ne sera plus corrigée sur les vieux matériels.
On aura, par ailleurs, des logiciels de plus en plus gourmands. C’est-à-dire que si vous installez une version moderne de Windows, le fichier d’installation, par exemple, va peser à peu près 6 gigaoctets, il y a 20 ans ça aurait été à peu près 15 ou 20 fois moins. On va donc avoir des applications qui vont devenir petit à petit incompatibles vu que les développeurs d’applications vont adapter leurs logiciels aux versions du système d’exploitation relativement récentes et ne vont pas s’assurer que leurs logiciels fonctionnent sur des systèmes d’exploitation plus anciens. Tout cela va donc pousser au remplacement des matériels.
Je reviens sur l’aspect logiciels de plus en plus gourmands. On entend souvent « je dois changer mon ordinateur parce qu’il est vieux ». On pourrait comprendre ça comme « l’ordinateur est moins puissant qu’avant, il est ralenti. » L’ordinateur est ralenti de la même manière qu’une voiture, dont vous n’auriez pas changé le moteur, mais dont vous chargeriez le coffre de 50 kilos supplémentaires tous les mois, serait ralentie. Ce n’est pas la voiture qui est devenue moins puissante, c’est que la voiture qui est surchargée, il suffirait de décharger le coffre. Eh bien, c’est un peu pareil avec les logiciels. Un processeur, sauf dans de très rares cas, ne va pas perdre en puissance. Un processeur sur un ordinateur qui a 20 ans a gardé la même puissance nominale, par contre les logiciels qu’on a mis dessus sont éventuellement devenus plus lourds.
Quelle est la conséquence très concrète de la fin des mises à jour de Windows 10, par exemple ? Microsoft a décidé, de manière unilatérale, qu’environ 240 millions d’ordinateurs ne correspondaient pas aux prérequis techniques pour pouvoir installer Windows 11, donc, techniquement, on a 240 millions d’ordinateurs qui pourraient finir à la benne. Vous multipliez ça par quelques centaines de kilos de matières premières qu’on doit extraire pour un ordinateur. En fait, un ordinateur va peser 1,5 kg, mais on n’extrait pas 1,5 kg des mines, on extrait quelques centaines de kilos de matières premières pour fabriquer ces ordinateurs. Il faut quand même dire merci à Microsoft parce que c’est la meilleure campagne de promotion de Linux qu’on ait eue depuis des années, après la réélection de Donald Trump, évidemment. On a donc beaucoup de gens qui, grâce à ça, passe à Linux et ne reviennent pas en arrière.
Impacts sur votre vie privée
Ça a des impacts sur nos vies privées.
Le modèle économique de ces grosses entreprises, bien souvent américaines, est basé parfois sur les ventes de licences, Microsoft va vendre des licences Windows à chaque vente d’un ordinateur sous Windows, souvent ça va être une vente liée, ce qui, soit dit en passant, n’est pas légal [2]. Quand vous achetez une voiture, on ne peut pas vous forcer à acheter la remorque qui va avec, légalement. Quand vous achetez un ordinateur sous Windows, à la Fnac, théoriquement vous devriez pouvoir demander de l’acheter sans la licence Windows et, techniquement, ce n’est pas possible et ça contredit la loi sur la vente liée.
C’est donc un des systèmes économiques de ces entreprises qu’on va appeler les GAFAM, puis GAMMAM, ou MAGAM, peu importe.
Un autre modèle économique : « C’est gratuit, donc c’est vous le produit », ça va être vos données. Vous acceptez tout un tas de conditions d’utilisation pour utiliser Google et, en échange, Google va pouvoir vendre à Nike le fait que vous êtes allé tel jour sur le site de Nike et, le lendemain, vous allez avoir une belle pub pour des baskets Nike. Cela est assez ancien. Maintenant, avec les IA génératives on va beaucoup plus loin que ça, il n’y a même pas besoin de sortir de Google. Vous restez sur Google et vous allez avoir une notification directement sur Android qui vous rappelle d’aller acheter votre paire de baskets Nike préférées.
Vous allez donc avoir des publicités omniprésentes, partout sur l’appareil, c’est même une des raisons de vendre des appareils avec des écrans plus grands, il y a plus de place pour faire de la pub.
Tout cela va constituer des envois de données un peu toute la journée. Ceci est une info qui date de 2018, je n’ai pas l’info plus récente, on peut probablement peut-être pas ajouter un zéro mais au moins multiplier par trois ou quatre. Ce sont les envois de données aux serveurs de Google depuis un Android avec Google ou depuis un appareil Apple. On voit que l’appareil Apple envoie un peu moins de données à Google, mais il en envoie quand même, et sans que vous ne fassiez rien ou que vous soyez conscient ou consciente de faire quoi que ce soit.
Tendances monopolistiques
Les logiciels propriétaires vont également avoir des tendances monopolistiques. Leur but c’est d’avoir une base d’utilisateurs de plus en plus captifs, ce qui va les mettre en position de force pour augmenter les prix. Loin de moi l’idée de sous-entendre que Microsoft profiterait de ses 80 % de parts de marché pour augmenter ses tarifs et pour augmenter sa mainmise sur sa base utilisateurs. Mais on constate, par exemple, que sur Windows 7, grosso modo, vous n’aviez pas tellement d’incitation à vous connecter à un compte Microsoft, sur Windows 10 vous y étiez fortement incité, il n’est plus possible de démarrer Windows 11 sans se connecter à un compte Microsoft.
Ces entreprises vont également passer de plus en plus à des modèles d’abonnement pour créer du revenu récurrent.
Ça va aussi poser des questions sur la souveraineté française et européenne. L’armée française est en bonne partie sur Windows, ça pose question ! Si, à un moment, on se fâche avec les États-Unis, je ne sais pas exactement quelles seraient techniquement les implications pour l’armée française.
Là on rappelle les parts de marché sur les postes d’ordinateurs personnels que vous avez entre les mains ou en entreprise, sur les serveurs on n’est pas du tout sur ces parts de marché, Linux est plus performant pour les serveurs, donc a la majorité. Ce sont des infos qui ont quelques années. On voit que Linux était encore à 2 %. Aujourd’hui, selon les sources, on est entre 3 et 5 % de part de marché sur Linux [3], notamment parce que maintenant c’est tout à fait possible de jouer sur Linux, ce qui n’était pas forcément le cas il y a quelques années.
On voit donc que les cotations boursières vont très bien. Ici on a le cas de Microsoft, c’est pareil pour Apple et Google.
Alternatives libres – Systèmes d’exploitation pour PC
Comme alternatives libres, on a des systèmes d’exploitation pour PC.
Linux n’est pas un système d’exploitation complet en soi, c’est un noyau, c’est-à-dire que ça va être la base sur laquelle on construit un système d’exploitation et, comme c’est du Libre, on va avoir des centaines ou des milliers de distributions qui vont toutes, plus ou moins, se baser les unes sur les autres [4].
Par exemple Linux Mint est basée sur Ubuntu, Ubuntu est basée sur Debian. Zorin OS est également basée sur Ubuntu et tout cela est parfaitement légal, ce n’est pas du vol de travail, ça fait partie du jeu de développer des logiciels libres, ce qui veut dire qu’on ne peut pas vendre de licence pour ces logiciels, donc ces entreprises doivent trouver d’autres modèles économiques. Ça ne sera pas toujours des entreprises. Par exemple, si on prend Debian, ça va être un projet communautaire, il y aura donc du bénévolat derrière, il y aura du don pareil, pour Linux Mint. Ubuntu est une entreprise qui va, par exemple, vendre des fonctionnalités supplémentaires à des clients professionnels.
Pour utiliser un système Linux, vous n’allez pas devoir payer. Attention, Libre ne veut pas toujours dire gratuit. L’utilisation du logiciel va être gratuite, mais il y aura parfois des services payants dessus.
D’une manière générale, le Libre va être plus respectueux de vos données, même si ce n’est pas toujours le cas.
Je ne suis pas développeur, je n’ai pas les capacités d’aller fouiller dans le code, néanmoins je sais que d’autres personnes qui ont les mêmes intérêts que moi, qui s’y connaissent beaucoup plus en informatique que moi, ont les possibilités d’aller fouiller dans le code, donc ça me donne confiance dans le logiciel que je vais utiliser.
C’est plus léger et réactif, même sur un vieil ordinateur, ça dépend de la version que vous utilisez. Si vous prenez Ubuntu, ça n’est pas tellement plus léger que Windows, un peu plus quand même. Il y a d’autres versions beaucoup plus légère que Windows. Par exemple, dans mon salon, j’ai un PC qui a 18 ans qui tourne très bien sous Zoris OS et il n’est vraiment pas lent.
On aura peu ou pas de virus.
C’est plus résilient parce qu’il n’y aura pas de création de monopoles.
Public : Je n’arrive pas à comprendre les différences, à part le fait que ce soit plus léger. Qu’est-ce qui me pousserait à changer Ubuntu pour Zorin, par exemple ?
Philippe Arradon : En fait c’est une question de préférence. Qu’est-ce qui vous pousserait à passer de Citroën à Toyota ?
Public : C’est une question de préférence, c’est plus rapide.
Philippe Arradon : Il y a des différences assez massives sur les distributions, mais effectivement, entre Zorin et Ubuntu, il y en aura assez peu, sauf pour l’interface. Zorin, par exemple, c’est très bien si vous avez toujours été habituée à Windows et que vous êtes habituée à avoir un menu « Démarrer » en bas à gauche, tout bêtement. D’autres versions seront beaucoup plus légères avec, mettons, une interface graphique un peu moins jolie, mais qui vont très bien passer sur des vieux PC.
Il y a également des choix plus politiques qui sont faits par différentes distributions. Par exemple, la manière de déployer les logiciels applicatifs sur Ubuntu passe de plus en plus par un standard qui s’appelle Snap [5], est très critiqué dans le monde libriste – je n’ai pas forcément toutes les compétences techniques pour vous répondre, d’autres personnes, dans la salle, en auraient sûrement plus que moi –, assez centralisateur, qui passe à peu près uniquement par l’entreprise qui développe Ubuntu. Sur d’autres distributions, vous aurez d’autres manières d’installer les applications.
C’est plus ou moins léger. Sur les usages ou les fonctionnalités que vous pourrez avoir, ça va être assez différent.
Public : Est-ce qu’il y a des virus ?
Philippe Arradon : D’une part il y a, j’ai envie de dire, une première raison un peu technique : en règle générale, sur Linux on va toujours vous demander un mot de passe administrateur, donc ça va intrinsèquement être plus compliqué pour le virus de s’installer alors que, sur Windows, pas forcément, ça pourrait être le cas, Windows ne force pas un mot de passe admin. J’imagine qu’il y a d’autres raisons techniques. Tout simplement, il y a 73 % de parts de marché pour Windows, si vous êtes un hacker vous avez envie de vous attaquer à ces 73 %. Au-delà de ça, en termes de sécurité, les correctifs de sécurité sont uniquement apportés par Microsoft alors qu’il y a énormément de contributeurs au noyau Linux, les corrections vont donc, généralement, arriver plus vite.
Alternatives libres – Logiciels pour PC
Ici j’ai mis un certain nombre d’alternatives.
Si vous voulez sortir de la suite Microsoft Office vous pouvez passer sur LibreOffice qui est un projet communautaire. Vous pouvez passer sur OnlyOffice, fait par une entreprise, et qui va plus ressembler, en termes d’interface, à Microsoft Office. Politiquement on va plutôt préférer LibreOffice.
Vous pouvez passer de Google Chrome à Mozilla Firefox, vous allez vraiment avoir les mêmes fonctionnalités.
Comme alternative à Google pour le moteur de recherche, j’ai mis Qwant. Il y a d’autres choses que Qwant, DuckDuckGo et d’autres.
Pour Outlook, vous pouvez passer à Thunderbird qui est libre.
Pour bloquer vos publicités je vous conseille l’excellente extension uBlock Origin [6] pour Firefox, qui est open source et qui est gratuite.
Pour tous ce qui est graphisme, il y a de multiples alternatives à la suite Adobe, certaines sont plus ou moins faciles à prendre en main. Le graphiste de chez Commown bosse uniquement sur des logiciels libres, c’est donc tout à fait faisable. Il y a notamment un logiciel de graphisme, je ne sais plus exactement dans quelle partie de graphisme, qui est libre et qui est la norme dans sa catégorie. Il s’appelle Blender [7], c’est un projet libre. Ce logiciel est vraiment devenu la norme, en fait il n’a pas vraiment de concurrents propriétaires. Dans le logiciel, c’est souvent le premier qui arrive qui rafle le gros du marché et il n’y a pas de raison d’essayer de concurrencer un logiciel libre, gratuit et performant, ce serait s’attaquer à trop gros.
Alternatives libres – Systèmes d’exploitation pour smartphones
Concernant les systèmes d’exploitation pour les smartphones, c’est compliqué d’avoir du Linux pur. Des projets existent, ce sont des projets qui grandissent, mais, à l’heure actuelle en tout cas, ils ne vont pas pouvoir remplacer, à usage équivalent, Android.
Par contre, il est possible de débarrasser Android des services Google. C’est ce que j’ai fait sur mon téléphone, c’est ce qu’on installe sur les téléphones de nos clients. C’est toujours de l’Android, avec les mêmes applications qui vont être compatibles, mais ça va être débarrassé de l’ensemble des services Google propriétaires installés dessus.
Android étant basé sur Linux, la base d’Android est libre, il est donc tout à fait possible pour d’autres associations, entreprises, de reprendre la base Android et de l’adapter à sa sauce. On a une contrainte, plutôt une vulnérabilité par rapport à ça, parce que Google reste maître à bord du développement d’Android. Android est un très gros projet avec plusieurs milliers de développeurs, ce serait compliqué de faire vraiment une version alternative d’Android. Néanmoins, on a aujourd’hui des versions tout à fait utilisables, plus légères et plus rapides, sans les services Google, ce qui permet d’avoir une dizaine d’années de mises à jour sur les smartphones, tout en gardant les téléphones réactifs au bout de dix ans voire un peu plus. Avec ça, il y aura des services cloud pour se passer de Google.
Par exemple, une petite boîte française, qui s’appelle Murena, développe /e/OS [8], c’est ce qu’on met sur les téléphones de nos clientes et clients, avec un bloqueur de publicité intégré. Il n’y a pas qu’eux, il y a également GrapheneOS [9], que l’on ne propose pas mais que vous êtes parfaitement libre d’installer sur votre téléphone, il y a iodéOS [10], il y a divers projets.
Alternatives libres – Applis Android
Concernant les applications Android.
Comme alternative à YouTube, vous allez avoir PeerTube [11]. Les vidéos sont vraiment sur divers serveurs, ça va être décentralisé. Néanmoins, il reste toujours, aujourd’hui, ce problème que l’immense majorité du contenu est sur YouTube, donc, si vous voulez avoir accès aux vidéos de YouTube mais sans lâcher vos données, sans devoir subir des publicités, vous pouvez installer l’application open source NewPipe.
Vous pouvez passer tout simplement de WhatsApp à Signal. Signal est équivalent, en termes de fonctionnalités, à WhatsApp, c’est open source, c’est vraiment chiffré de bout en bout. Il y a là vraiment un combat : aider les gens, le maximum d’utilisateurs, à se convertir, à passer de WhatsApp à Signal parce qu’il y a toujours cet effet réseau qui fait que souvent les gens connaissent WhatsApp et ne connaissent pas encore Signal, mais, en termes de fonctionnalités c’est vraiment tout aussi agréable à utiliser.
Vous pouvez passer de Google Maps à OsmAnd [12] qui est basé sur OpenStreetMap, un projet libre et ouvert.
Mastodon [13] est une alternative au réseau de monsieur Musk, donc Twitter/X et c’est décentralisé. Il y a de multiples instances Mastodon. Si vous avez un compte Twitter, vous êtes forcé de l’avoir auprès de l’entreprise Twitter. Dans le cas de Mastodon, de multiples instances Mastodon peuvent communiquer entre elles, vous n’êtes pas forcé d’être chez l’un ou l’autre fournisseur,cela fait partie de ce qu’on appelle le fediverse [14] .
Pour quitter Google Drive, vous pouvez aller sur des alternatives qui vont être basées notamment sur le logiciel libre Nextcloud [15]. Nextcloud étant un logiciel libre, de multiples entreprises, associations et autres vont être capables d’héberger du Nextcloud, vous allez pouvoir payer un hébergeur Nextcloud, donc aller chercher un Chaton, du collectif CHATONS [16], qui héberge Nextcloud [15]. L’entreprise Murena héberge également du Nextcloud qui va permettre de le synchroniser avec son système d’exploitation Android.
Un numérique désirable
Pour finir on va considérer que c’est vraiment la route vers un numérique plus désirable parce que vous allez avoir moyen de bloquer les publicités, vous allez avoir
- des logiciels pensés dans l’intérêt de l’utilisateur ou de l’utilisatrice
- des logiciels généralement plus rapides
- des logiciels qui n’impliquent pas de changer de matériel, ce qui est quand même une grosse économie
- des logiciels tels que le logiciel ne se met pas entre vous et ce que vous voulez faire, on n’a pas besoin de négocier avec le logiciel pour faire quoi que ce soit, alors que si vous voulez utiliser tel ou tel service de Microsoft ou de Google, vous allez devoir accepter des conditions d’utilisation que, soyons honnêtes, vous n’aurez généralement pas lues, ce qui pose question sur la sécurité des données
- des logiciels qui augmentent la durée de vie des appareils
- et le logiciel libre permet une absence de création de tendances monopolistiques. On le voit dans le cas de Linux, il n’y a pas une distribution Linux qui soit un monopole, il y en a qui sont beaucoup plus connues d’autres. Mais si un jour par exemple Canonical, l’entreprise qui développe le système Ubuntu, commence à mettre de la publicité partout, assez rapidement les utilisateurs d’Ubuntu vont aller vers d’autres distributions Linux, donc ça va éviter la création de monopoles et tous les problèmes qu’on peut avoir avec.
Et maintenant ?
Que faire maintenant ?
Déjà, vous pouvez installer Linux ou différents logiciels libres sur vos ordinateurs. Avant d’installer Linux, je vous conseille de faire l’audit de tous les logiciels que vous utilisez pour voir s’ils sont compatibles avec Linux ou trouver des alternatives, généralement ce n’est pas très compliqué, y compris si vous jouez à des jeux vidéo.
Vous pouvez installer un Android sans Google sur votre smartphone Android, sachant que /e/OS est compatible sur un peu plus de 280 smartphones Android et c’est gratuit, c’est open source donc on a y avez accès gratuitement.
Vous pouvez donner à un projet libre, de multiples projets libres permettent des dons, ou souscrire à un service payant, c’est aussi un moyen de les soutenir financièrement, pour aider le service client, par exemple le service cloud, etc.
Vous pouvez rejoindre un repair café [17].
On peut également réinterroger ses besoins : a-t-on besoin d’avoir accès à IA générative pour trouver un restaurant où manger ce midi ? Ça se discute.
Vous pouvez adhérer à Halte à l’Obsolescence Programmée [18].
Si vous avez besoin d’un appareil, vous pouvez aussi venir nous voir. Bien souvent il y a de multiples moyens de prolonger la durée de vie des appareils que vous avez déjà sans venir nous voir.
Merci pour votre patience. J’espère que je n’ai pas été trop rébarbatif.
[Applaudissements]
Questions et remarques du public et réponses
Public : J’ai une question. J’aimerais passer mes ordinateurs personnels et professionnels, puisque je travaille à mon compte, sous GNU/Linux. Le problème c’est que j’utilise la suite Microsoft Office et, pour l’instant, la suite LibreOffice n’est pas complètement compatible par rapport à mes besoins. Mon problème c’est comment on peut essayer de régler, de gérer ça ? Est-ce qu’on peut passer par une machine virtuelle ? Est-ce qu’il existent des petites astuces qui permettent d’avoir un compte Office ?
Philippe Arradon : Je conseillerais plus OnlyOffice qui va être un entre-deux. OnlyOffice est un logiciel libre qui est fait par une entreprise, qui va vraiment essayer de copier plus ou moins Microsoft Office en reprenant le même format de fichier. Politiquement, on va préférer LibreOffice et, dans un monde de Bisounours, on aimerait que tout le monde utilise LibreOffice et le format odt, le format LibreOffice. Dans le monde dans lequel on vit, dans un premier temps vous pouvez rester sur Windows, passer sur OnlyOffice, voir si ça fonctionne bien. Je dirais que pour 95 % des usages ça fait le boulot et ça peut permettre de continuer à communiquer.
Dans le pire des cas, vous avez également Microsoft Office Online qui permet, à partir d’un système d’exploitation Linux, d’éditer les documents en ligne chez Microsoft, mais si on peut sortir du service Microsoft, c’est mieux !
Public : Première question de grand naïf et de béotien : comment définis-tu une instance pour quelqu’un qui ne comprend rien ? Deuxième question : OsmAND est basé sur OpenStreetMap qui est, du coup, beaucoup plus pauvre que Google Maps. N’y a-t-il pas l’équivalent de NewPipe, pour Google Maps, qui permettrait d’avoir toutes les infos et toute la fluidité qu’il y a sur Google Maps mais sans filer ses données à Google ?
Philippe Arradon : Pour ce qui est l’instance, très bonne question, j’aurais dû en parler.
Mettons par exemple Nextcloud, donc le logiciel qui va permettre de faire un drive en ligne, l’équivalent de ce que vous pouvez avoir avec Google Drive, Microsoft OneDrive ou autre, l’équivalent fonctionnel. Vous-même, chez vous, vous pourriez monter votre propre instance de Nextcloud, l’installer sur un serveur et y avoir accès. Je ne sais pas si c’est très clair. Telle ou telle association ou entreprise va pouvoir installer Nextcloud ou un autre logiciel, il n’y a pas que Nextcloud, c’est juste le plus connu en Libre, et va permettre à de multiples utilisateurs d’y avoir accès. Je ne sais pas si c’est clair.
Public : Je pense que ça vient du fait que je n’arrive pas à voir la matérialité du numérique, mais j’y viendrai.
Philippe Arradon : OK. En fait, c’est complexe.
Matériellement, physiquement, le logiciel va être installé sur un serveur connecté à Internet. Par exemple, si tu es client d’un hébergeur Nextcloud, tu vas aller sur tel ou tel site, rentrer tes identifiants et avoir accès à tes photos, tes documents, etc.
Public : En fait, j’ai essayé de migrer sur Mastodon [13], ça m’a demandé où je voulais aller et j’ai trouvé ça assez hypocrite parce qu’en fait je n’en sais rien, j’en ai un peu rien à foutre et, comme je n’en sais rien, faites le choix à ma place ! Je sais que c’est une paresse de non-libriste natif, mais je pense que c’est vraiment une barrière à l’entrée un peu forte qui fait qu’on dit « oh, là, là, si on me demande de rentrer dans le détail de ce truc-là, alors que je n’y comprends rien ! ». J’ai l’impression que c’est un peu ce qui fait que les migrations sont compliquées, entre autres.
Philippe Arradon : Bonne question. Effectivement, dans le cas de Mastodon, une première étape c’est de se créer un compte Mastodon, on cherche, on va avoir différents liens. Effectivement, je ne pourrai pas choisir à votre place, il y a des comparatifs, mais fonctionnellement, au final, vous aurez la même chose. Après, j’ai envie dire c’est un problème qu’on a dans la vraie vie de tous les jours, vous voulez acheter un sandwich, il y a plein de boulangeries, on ne sait pas dans laquelle aller, mais est-ce que c’est un énorme problème ? Au pire, si le sandwich est dégueulasse là, vous irez dans la boulangerie d’en face, ça peut se faire aussi. Dans le cas de Mastodon, vous aurez un sandwich beaucoup plus comparatif entre les boulangeries où vous aurez à peu près le même sandwich partout.
Deuxième question sur OsmAND et la base de données.
Il y a quand même aujourd’hui, en tout cas en Europe, à ma connaissance en Amérique du Nord et probablement en Asie, une très bonne base de données sur OpenStreetMap ; en Afrique, je crois, et en Amérique latine, ça va beaucoup moins être le cas sur ce qui est de savoir où il y a une route, où il y a un parc, où il y a tel commerce. La « grande force », entre guillemets, de Google c’est que tout le monde est dessus, donc les horaires d’ouverture des restaurants seront souvent plus à jour chez Google parce que les propriétaires des restaurants vont eux-mêmes mettre à jour les horaires de leur resto, parce qu’ils savent que la plupart des gens vont utiliser Google.
Imaginons, dans un monde de Bisounours, qu’un jour OpenStreetMap devienne dominant, le réflexe des propriétaires de restaurant sera d’aller mettre à jour leurs horaires sur OpenStreetMap. Il faut savoir aussi qu’aujourd’hui d’autres petites PME, à la Facebook, utilisent OpenStreetMap et contribuent.
Je discutais hier avec quelqu’un du stand d’OpenStreetMap, ici même, qui me disait que certains gros GAFAM, en Asie, payent des gens pour ajouter des données sur OpenStreetMap parce que les services des GAFAM tirent parti d’OpenStreetMap.
Sur la deuxième partie de la question, est-ce qu’il y a des applications alternatives qui permettent d’avoir accès à Google Maps sans donner ses données ? J’ai envie de dire que j’utilise /e/OS et, en termes d’ergonomie et par paresse, je n’ai rien trouvé de mieux que Google Maps et j’utilise Google Maps sans compte, donc, en soi, sans filer mes données à Google. Donc, sur /e/OS, c’est possible aussi, ce n’est pas le choix le plus militant mais c’est faisable.
Public : Vous parliez de l’effet de groupe, notamment de passer de WhatsApp à Signal. J’essaye de convaincre mes contacts de basculer, c’est un travail militant exténuant parce que je n’arrive pas à trouver les bons arguments pour leur dire pourquoi WhatsApp n’est pas bien. Vous utiliseriez quoi ?
Philippe Arradon : Mon expérience personnelle. J’ai essayé de convaincre mes copains, ça n’a pas trop marché, deux/trois. J’ai supprimé WhatsApp, ça a marché : les groupes d’organisation des vacances de mes copains sont sur Signal ; j’ai vu que le groupe pour mon cadeau d’anniversaire, sur lequel je n’étais pas, donc où je n’allais pas faire la police, était sur Signal, donc eux-mêmes, entre eux, utilisent maintenant Signal. J’ai rejoint une organisation militante où idéologiquement l’utilisation de GAFAM serait théoriquement proscrite et qui était sur WhatsApp, j’ai réinstallé WhatsApp, ça me fait suer et je pense que je vais finir par le désinstaller pour leur faire comprendre, à un moment, que ça ne va pas. Mais actuellement j’ai WhatsApp. C’est effectivement un combat de tous les jours. Le meilleur geste militant qu’on puisse faire c’est supprimer WhatsApp. Signal progresse quand même.
Autre argument : WhatsApp enrichit l’IA de Meta, ce qui n’était pas le cas il y a quelques années.
En fait, j’ai l’impression que les des arguments d’ordre militant, comme ceux-là, passent au-dessus de la tête d’une bonne partie du public, malheureusement !
Public : Je voulais revenir sur la cartographie. Nous sommes passés avant chez OpenStreetMap, vous disiez que vous utilisiez Google Maps sur le téléphone avec /e/OS. On m’a parlé de HERE WeGo [19] et j’en suis très contente, une autre appli de cartographie qui est extrêmement bien et je pense qu’on peut aussi l’utiliser.
Philippe Arradon : Je ne connais pas je vais regarder.
Public : J’ai croisé quelqu’un dans un refuge, en Italie, qui m’en a parlé et c’est très bien.
Philippe Arradon : HERE WeGo, d’une boîte néerlandaise, j’ai l’impression. C’est de l’open source ? En tout cas je la vois, ça pèse 78 mégas donc ce n’est pas trop lourd.
Autre chose concernant le store d’applications de /e/OS : il va noter le niveau de confidentialité des applications et c’est fait automatiquement. Sur /e/OS, il y a un bloqueur de traqueurs, par défaut, qui va bloquer les envois de données sur tel ou tel serveur. Néanmoins, les applications fonctionnent quand même très bien, c’est que ces envois de données n’étaient pas si indispensables que ça, on peut le débloquer au besoin. Là, on voit que HERE WeGo est noté 7 sur 10 en termes de confidentialité, ce qui est plutôt pas mal. Et les traqueurs de HERE WeGo ? Je vois qu’il y a deux traqueurs chez HERE WeGo. HERE WeGo peut envoyer des données à Facebook login ou à Google Crashlytics.
C’est sûrement mieux que Google Maps.
Public : Comment fait-il pour les traqueurs ?
Philippe Arradon : C’est intégré dans /e/OS et je ne sais pas du tout comment c’est fait techniquement. C’est le système qui va vous dire avec quels serveurs l’application communique, grosso modo, et va les bloquer par défaut.
Petit sondage. Dans cette salle, par exemple, qui utilise Linux ? Un bon 50 %. Et les autres personnes, qu’est-ce qui vous freine ? Y a-t-il un frein particulier ?
Du coup, s’il n’y a pas de frein, ça veut dire que vous allez le faire ce soir ?
Public : Inaudible.
Philippe Arradon : OK. Déjà, de multiples associations peuvent vous le faire.
Quand nous louons un PC à des particuliers, on ne laisse pas le choix. Ils reçoivent le PC sous Linux et on fait une heure d’accompagnement à distance en visio. En fait, vous n’avez pas besoin de venir nous louer un PC, vous avez sûrement déjà un PC qui fonctionne très bien et qui fonctionnera beaucoup mieux sous Linux.
Il y a deux choses : la partie de l’installation elle-même, que vous pourriez faire vous-même, il y a plein de tutoriels sur Internet. Dernièrement, par exemple, ma sœur a fait cette installation toute seule. Elle ne s’intéresse pas spécialement à l’informatique et, un beau jour, elle a dit « je n’ai plus de mises à jour pour Windows 10 », elle s’est réveillée. Je lui ai envoyé un lien vers un tutoriel, elle l’a fait toute seule et j’ai eu zéro question depuis, si ce n’est une critique que le curseur de la souris n’était plus de la même couleur que sur Windows, mais, pour le reste ça va bien.
Il y a donc tout un tas de versions, certaines qui vont plus ou moins ressembler à Windows, certaines qui vont être plus des trucs de geek, on va dire.
Il y a des install parties faites par des associations, des repair cafés qui peuvent vous le faire, mais sinon, il y a tout un tas de tutoriels sur Internet de plus en plus accessibles. Darty fait des tutos sur YouTube pour passer à Linux. Je n’attendais pas ça de la part de Darty, mais je prends !
Par exemple, voilà la version de Zorin OS qui est utilisée à la mairie d’Échirolles qui a fait le choix de tout passer en Libre [20]. Les personnes qui bossent à la mairie d’Échirolles ne sont pas forcément, pour l’immense majorité, des grands geeks, ce sont des gens qui avaient utilisé Windows toute leur vie, parce que c’est ce qu’on leur a appris à l’école. Dans l’Éducation nationale de la République française on apprend à utiliser du Windows. <Là, vous avez un menu démarrer en bas à gauche. Si vous voulez installer une application, vous cliquez là : qu’est-ce que vous voulez comme application ? OnlyOffice, on va installer OnlyOffice, je clique dessus. Là il y a marqué « ouvrir », sinon il y aurait marqué « installer ». Ça paraît accessible à tout le monde ? C’est basé sur Ubuntu, c’est pour cela qu’Échirolles a pris Zorin OS.
Le Libre évite la création de monopoles. On pourrait se dire que pour développer ce système, Zorin, il faut quand même une armée de développeurs. En réalité Zorin est basé sur Ubuntu, ils ont juste fait une interface différente, principalement, donc en entreprise, Zorin OS est utilisé par plusieurs millions de personnes, j’ai regardé sur LinkedIn qui est un service de Microsoft, soit dit en passant, moins de dix personnes bossent chez Zorin. C’est gratuit, il y a une version pro, qu’on doit payer, ou on peut faire des dons. C’est nettement plus léger.
Public : Est-ce que c’est facile de passer d’Ubuntu à Zorin ?
Philippe Arradon : En fait, c’est comme pour installer Ubuntu.
Concrètement si vous voulez passer à Linux, déjà faites une sauvegarde de toutes vos données, mettez-les sur je ne sais quel cloud mettez-les sur un disque dur externe. Prenez une clé USB de quatre à huit gigas selon la version, suivez un tutoriel. Il faut préparer la clé USB avec le fichier d’installation, ça va être un fichier qui termine par.iso, que vous téléchargez sur le site de n’importe quelle distribution Linux. Vous démarrez l’ordinateur sur cette clé USB. Vous pouvez d’ailleurs, contrairement à Windows, tester un peu l’ordinateur avec le système en question sans devoir l’installer. Si vous voyez, au bout d’une heure, que ça vous convient bien, vous faites l’installation. En règle générale, vous n’avez pas de conditions d’utilisation à accepter pour une distribution Linux.
Public : Est-ce que c’est judicieux de garder Windows à côté de Linux sur le même appareil ?
Philippe Arradon : Je dirais que c’est de moins en moins nécessaire. C’est possible de faire ce qu’on appelle un double boot : vous avez déjà Windows installé, vous avez, je dis n’importe quoi, 500 gigaoctets sur votre disque dur ou votre SSD, c’est fonctionnellement la même chose, vous allez réduire la partition dédiée à Windows à 250 gigas et vous allez attribuer 250 gigas à Linux et, au moment où vous démarrez l’ordinateur, vous choisissez ce que vous voulez utiliser. Je dirais qu’aujourd’hui on a de moins en moins besoin de garder Windows. Par exemple, j’aimais bien jouer aux jeux vidéo et, il y a dix ans, c’était compliqué de jouer sur Linux. Aujourd’hui, il y a une grosse plateforme de jeux vidéo, qui s’appelle Steam, c’est le numéro 1 du jeu vidéo, sur laquelle vous téléchargez des jeux vidéo. Je raconte l’histoire un peu rapidement. Historiquement, ils étaient surtout compatibles Windows, quelques-uns sur Linux, quelques-uns sur MacOS. Ayant moins d’utilisateurs Linux, il y avait moins d’incitation, pour les éditeurs de jeux vidéo, à développer des jeux vidéo pour Linux. Un beau jour, l’entreprise derrière Steam s’est dit « on va vouloir lancer nos propres consoles de jeu, mais on n’a pas envie, pour ces quelques millions de consoles de jeu qu’on va vendre, de payer quelques millions de licences Windows ni de sortir des consoles plus puissantes, en plus, pour pouvoir faire tourner Windows. On préférerait mettre un Linux sur ces consoles-là et que les jeux du catalogue Steam soient compatibles Linux. » Donc Steam a payé, je ne sais pas, une centaine de développeurs pour faire une couche de compatibilité des jeux Windows sur Linux et aujourd’hui ça marche très bien. Prenez n’importe quel jeu qui a été pensé sous Windows, s’il est sur Steam, il va se lancer sous Linux, donc, maintenant, il n’y a plus de problèmes par rapport à ça. Steam vend ses consoles, qui tournent sous Linux, qui peuvent faire tourner l’ensemble de son catalogue, il n’y a donc plus besoin de Windows pour jouer. Un des gros freins qui était le jeu vidéo vient donc de sauter il y a deux/trois ans.
Public : Merci.
Philippe Arradon : Merci beaucoup à vous. Une dernière pour la route. On a encore quatre minutes.
Public : Pourquoi avoir fait Zorin à partir d’Ubuntu ? Quelle a été la raison ? Qu’est-ce qui n’allait pas dans Ubuntu ?
Philippe Arradon : . La grande force de Zorin – je ne bosse pas chez eux, je n’ai pas d’actions chez eux je m’en fiche – a été de faire une version qui ressemble, en termes d’interface, à Windows. Ubuntu a décidé de suivre un peu son propre chemin et a fait son interface, qui n’est pas moins bien en soi, tout cela reste éminemment subjectif, mais beaucoup de gens voulaient une interface qui ressemble à Windows. Je vais utiliser les mots de mon papa. Il ne voulait plus toucher à Linux. Je lui ai dit : « Papa, ça fait quelques mois que tu es sur Zorin ! ». En fait, il s’en était vaguement aperçu. Il avait associé Linux à l’interface d’Ubuntu. Windows a une seule interface, Linux a des centaines ou des milliers d’interfaces. Même sur Zorin, vous pouvez faire le choix de son apparence. Là je viens de changer la barre pour avoir une interface qui ressemble à ça, à ceci, je peux donc changer, d’un seul clic, mon environnement de bureau selon l’endroit où je préfère avoir mes icônes, ce avec quoi je suis le plus à l’aise. Zorin permet cela et, de toute manière, c’est quelque chose que vous pouvez faire, avec deux ou trois lignes de commande, deux ou trois boutons, sur n’importe quelle version de Linux. Vous avez des versions plus ou moins différentes, plus ou moins adaptées à tel ou tel usage.
C’est bon ? Tout le monde va faire le switch ?
Merci beaucoup. N’hésitez pas à passer nous voir sur le stand.
[Applaudissements]