Favoriser l’utilisation des logiciels libres dans les collectivités territoriales
Bonjour à toutes et tous.
Je m’appelle Nicolas Vivant, je suis le directeur de la stratégie et de la culture numérique de la ville d’Échirolles. Je précise tout de suite que je ne suis pas le DSI [Directeur des systèmes d’information] de la ville d’Échirolles, je suis le chef du DSI de la ville d’Échirolles. Comme le DSI est là aujourd’hui, il est hors de question que je me fasse passer pour lui !
La conférence est intitulée « Passer au Libre, c’est changer de monde ! », parce qu’on peut penser que passer au Libre consiste à remplacer des logiciels propriétaires par des logiciels libres. Rien que ça, ce n’est pas simple et, si ça se limitait à ça, ce serait quand même beaucoup plus simple que ce qu’on vit depuis quelques années à la ville d’Échirolles. Nous avons entamé notre passage aux logiciels libres en 2021 et, aujourd’hui, nous sommes très avancés sur le sujet.
Je veux partager avec vous ce qu’un passage au Libre vient impacter au niveau organisationnel, au niveau économique, à tout un tas de niveaux, des choses qu’on n’avait pas forcément anticipées. Enlever Microsoft Office pour mettre LibreOffice [1], nous sommes tous capables de le faire. Quand il faut le faire pour 1000 personnes, on est toujours capable de le faire, on a des outils pour le faire, on n’est pas inquiet, mais gérer les conséquences, en revanche, il faut vraiment s’y être frotté pour voir à quoi ça ressemble.
Concrètement
Nous allons parler concrètement.
Pourquoi concrètement ? Parce que plein de gens parlent en théorie et en théorie, comme vous le savez, tout se passe toujours bien.
Les raisons pour lesquelles, à Échirolles, nous avons le choix de passer au Libre, c’est suite à la volonté politique d’un élu, qui a travaillé avec ses collègues. À plusieurs élus de la majorité, ils ont travaillé sur une feuille de route politique, vraiment politique, et ils nous ont demandé, à nous, service informatique, de nous pencher sur un certain nombre d’enjeux que j’ai listés ici. On nous a demandé de travailler :
- sur l’autonomie stratégique, ce qu’on appelle parfois la souveraineté numérique, mais on se méfie de plus en plus du terme « souveraineté » parce qu’il y a des souverainistes qui ont tendance à vivre ça comme un positionnement un peu fermé, pour pas dire nationaliste hardcore ;
- sur l’impact environnemental du numérique, sujet passionnant et intéressant, avec un fort impact organisationnel aussi ;
- sur l’inclusion numérique ;
- la contribution à l’écosystème local ;
- la bonne gestion des données personnelles, évidemment, au-delà du RGPD général sur la protection des données à caractère personnel ;
- la bonne gestion de l’argent public.
Le logiciel libre est une réponse à ces enjeux qu’on nous a demandé d’étudier. Nous ne faisons pas des logiciels libres à Échirolles parce que c’est trop marrant de faire des logiciels libres ou parce que c’est trop bien de faire des logiciels libres ou parce que nous sommes des militants du logiciel libre. L’objectif d’une collectivité, ou d’une commune en ce qui nous concerne, ce n’est pas de mettre en place des logiciels libres, c’est de produire des passeports, c’est de gérer l’état civil, c’est de gérer les droits des sols. L’idée c’est donc de permettre à nos agents de faire cela le mieux possible tout en répondant à ces différents enjeux. Vous voyez bien, puisque vous connaissez bien les logiciels libres, que quand on parle d’autonomie, d’impact environnemental, de bonne gestion des données personnelles, de bonne gestion de l’argent public, c’est une réponse qui correspond effectivement plutôt bien.
Comment bien rater son passage au Libre ?
Je vais commencer par vous expliquer comment rater votre passage au Libre ou comment empêcher le DSI de votre société ou de votre collectivité, qui souhaite passer au Libre, à y arriver, donc prenez des notes !
Les erreurs :
- se donner des objectifs chiffrés, de dire « je veux que dans deux ans 80 % de mes postes soient sous Linux. » Si vous faites ça, ça veut dire que vous ne prenez pas du tout en compte le contexte ni la résistance que vous pouvez rencontrer ni les difficultés techniques que vous pouvez rencontrer. Bref, c’est déjà se mettre en difficulté ;
- se donner des objectifs datés, même chose ;
- se donner des objectifs financiers, « je vais économiser un million d’euros par an ». Si vous partez comme ça, ça va être compliqué !
- viser la pureté et la perfection. Quand on a attaqué le passage aux logiciels libres, on a un peu communiqué dessus. Des habitants ont immédiatement débarqué à l’accueil de l’hôtel de ville en nous disant « si vous ne mettez pas du Debian partout vous êtes vraiment des moins que rien ! ». D’autres sont venus en disant « Arch Linux ou rien. » Bref, vous connaissez les différentes chapelles. Notre objectif c’est de faire des passeports ce qui leur passait un peu au-dessus. Notre objectif c’est effectivement de viser le meilleur service rendu aux habitants et à nos services, ce n’est pas d’avoir la distribution la plus libre possible. Si c’est la distribution la plus libre du monde, mais qu’elle ne permet pas de faire le travail qu’on a besoin de faire, vous comprenez bien qu’on passe un tout petit peu à côté de son objectif !
- personnaliser le plus possible, c’est peut-être le moins évident. Pourquoi je vous explique cela ? Nous avons une stratégie de déploiement et, pour formaliser cette stratégie, nous nous sommes penchés sur les passages au Libre qui ont raté, c’est donc le résultat d’échanges que j’ai eu avec des collègues. Parmi les arguments qui ont été mis en avant par les décideurs qui ont choisi de faire marche arrière sur un passage au Libre, il y avait : « c’est du bricolage ; vous avez travaillé sur une distribution, vous l’avez mise en ligne, personne d’autre l’utilise, c’est bien la preuve que c’est du bricolage, nous sommes des gens sérieux, nous avons besoin de trucs solides stables. » Alors qu’en réalité, c’est juste une Ubuntu à laquelle vous avez changé trois trucs sur l’interface, vous dites « maintenant ça s’appelle EchiLinux ». Ce n’est pas du tout du bricolage, c’est du Ubuntu un peu customisé et vous trouvez que c’est génial de lui trouver un nom cool sauf que ! C’est typiquement le genre de chose qui peut se retourner contre vous. Ou alors, vous décidez de faire du déploiement de logiciels à base de scripts qui marchent très bien mais qui ne sont compréhensibles que par vous et votre voisin de bureau et là aussi vous pouvez mettre en danger votre DSI ; vous avez fait un truc cool, mais c’est impossible à maintenir.
Voilà donc quelques-uns des écueils qu’il faut éviter.
Comment réussir son passage au Libre ?
Pour réussir son passage au Libre il faut :
- être fourbe. En fait, si Microsoft a réussi à devenir dominant par exemple sur le marché des systèmes d’exploitation, ce n’est pas parce qu’ils ont été cool, c’est parce qu’ils ont été fourbes. Il y a donc des choses à retenir aussi de la façon dont ils ont procédé. Il faut être bien clair sur l’objectif, mais il ne faut pas forcément l’afficher auprès de tout le monde tout le temps. La personne qui est à l’état civil et qui gère les passeports n’est pas tenue d’assumer les choix politiques de l’élu. Pour elle, les logiciels libres ce n’est pas un enjeu et ça n’a pas à être un enjeu en réalité ;
- exemple de fourberie : impliquer les décideurs. Dans notre stratégie de passage au Libre, les premiers qu’on a passés au Libre ce sont le directeur général des services, le directeur de cabinet, notre élu, les décideurs. Le premier qui est passé à Linux à la mairie d’Échirolles, c’est le directeur général des services, c’était en 2021. On a attaqué le déploiement de Linux pour nos agents en septembre 2024, ça faisait donc trois ans et demi que notre DGS utilisait Linux au quotidien. Vous comprenez bien que quand vous attaquez le déploiement, ça va être compliqué pour les gens de se tourner vers le DGS en disant qu’il ne faut pas mettre ce truc-là, ça ne marche pas du tout, ce n’est pas bien, alors que ça fait trois ans et demi qu’il bosse avec et qu’il ne rencontre pas de difficultés ;
- exemple de fourberie : quand vous êtes dans une période de bêta-test sur une distribution, impliquer systématiquement les décideurs. Si ça se passe mal, assumez, mais si ça se passe bien, c’est une des choses qui va favoriser le passage aux logiciels libres à terme ;
- et un truc majeur : travailler sur la satisfaction des utilisateurs, c’est le secret. Chaque fois qu’il y a eu un retour en arrière sur un passage à Linux, ça s’est fait sous les applaudissements des agents de la collectivité concernée, ça veut dire que quelque chose n’a pas fonctionné. En revanche, quand il y a eu des passages au Libre dans des collectivités et qu’il n’y a pas eu de marche arrière, par exemple à l’occasion d’un changement de majorité politique, c’est que, quand le nouveau maire arrive et interroge les gens sur ce qui marche, ce qui ne marche pas dans la collectivité, si des agents disent « côté informatique tout va bien », il va plutôt se concentrer sur les trucs qui ne marchent pas. La satisfaction utilisateur c’est vraiment ce qui peut vous sauver et c’est du vécu. J’ai attaqué le passage à Linux dans une collectivité dans laquelle je travaillais avant de travailler à Échirolles. Je suis parti un an après le changement de majorité et quand j’ai discuté avec le maire, c’est effectivement ce qu’il m’a renvoyé : il a interrogé des chefs de service, des agents, il leur a demandé comment ça se passait, tout le monde était satisfait, il s’est dit « je vais plutôt travailler sur les trucs pour lesquels les gens sont insatisfaits. » C’est très important et ça veut dire qu’il faut vraiment se mettre à la place des utilisateurs, les écouter et tout ça. Encore une fois, on n’est pas là pour s’amuser. Dans mon service, il y a des gens qui travaillent sans interface graphique ou alors avec des interfaces graphiques d’extraterrestre. Sauf que le Linux qu’on déploie pour nos utilisateurs a une interface graphique et ce n’est pas mal de se mettre à la place de nos utilisateurs. Mon DSI et moi nous utilisons la même version de Linux que celle qu’on déploie. Pourquoi ? Parce qu’on veut pouvoir éventuellement rencontrer les mêmes bugs, reproduire les problèmes rencontrés et tout ça. Il faut vraiment avoir cet état d’esprit tourné utilisateurs, même si, évidemment, il faut avoir un état d’esprit technique, c’est majeur pour la réussite du passage au Libre.
Idées reçues
Quelques idées reçues.
1) La taille compte. Pourquoi je vous dis ça ? Très souvent, quand je parle avec des DSI de grandes collectivités, ils disent : « Oui, mais combien de postes avez-vous à Échirolles ? Mille cinq cents ! Petit truc ! À votre échelle, bien sûr, c’est possible ! ». Avant j’étais à Fontaine, 600 cents postes, « 600 postes, facile ! ». Vous leur dites « la Gendarmerie, 70 000 postes – Ouais, c’est la Gendarmerie ! Ils sont aux ordres, vous leur dites "faites", ils font, facile ! Mais pour nous, les grosses collectivités, c’est très compliqué ! ». C’est faux, la taille de la collectivité ne compte pas. Pourquoi ne compte-t-elle pas ? On va y venir dans les slides suivants où je détaille un petit peu.
2) La résistance au changement des utilisateurs. Je vous garantis que s’ils ont un outil pourri, que vous leur mettez un outil super, vous n’aurez pas de résistance. La résistance des utilisateurs existe. Quand elle se produit, il faut que vous vous posiez des questions sur la solution que vous déployez, la façon que vous avez de la déployer.
3) Autre idée reçue. Quand j’arrive, en 2021, à Échirolles, je ne suis pas accueilli à bras ouverts par la DSI. Il y a des agents qui ont mis des années à obtenir des certifications Microsoft de haut niveau. Quand vous arrivez en disant « tu es gentil, mais les cinq ans que tu as passés ne vont pas servir à grand-chose parce qu’on va enlever les serveurs Microsoft et on va mettre du Linux. » Il faut pas s’attendre à ce qu’ils disent « ouais ! ». C’est difficile à vivre pour eux et c’est bien normal.
Autre impact direct, vous avez quelque part, parmi les 12 personnes de votre DSI, un technicien qui est sous Linux, qui bosse sous Linux et qui, d’un coup, devient un héros. Ce que je veux dire c’est que dans les relations interpersonnelles et le respect qui peut s’être mis en place dans l’équipe sur la base des compétences techniques des uns et des autres, il peut se produire des bouleversements qui peuvent être assez mal vécus, je vais y revenir aussi en détail.
4) Il faut communiquer sur le projet en amont. Bien sûr, dites à vos 1000 utilisateurs « demain on va tous passer sous Linux », vous allez voir ils seront ravis !
5) Et puis, une idée reçue que j’entends énormément, c’est un de mes chevaux de bataille, je me bats beaucoup là-dessus : « Libre ne veut pas dire gratuit ». Si, Libre veut dire gratuit en vrai. Propriétaire, ça ne veut pas dire gratuit non plus, Libre non plus, tout cela a un coût, évidemment qu’il y a du travail derrière, évidemment qu’il y a des heures, évidemment qu’il y a éventuellement des contrats de support. Quand on dit « Libre veut dire gratuit », c’est qu’il n’y a pas de coût de licence associée, c’est cela qu’on dit, ce n’est pas que ça n’a pas de valeur ou que ça ne coûte pas d’argent de développer un logiciel libre, ce n’est pas du tout ça. Toutes choses étant égales par ailleurs, quand vous comparez un logiciel libre avec un logiciel propriétaire, quelle est la spécificité ? Il n’y a pas de coût de licence. Ou alors vous êtes sur de l’open core, sur de l’open source plus ou moins open on va dire. C’est comme quand on dit « l’entrée à la piscine est gratuite ». Ça ne veut pas dire que la piscine ne coûte pas d’argent, une piscine municipale ça coûte une fortune, mais ce n’est pas parce que ça coûte une fortune qu’on ne dit pas aux habitants que c’est gratuit, c’est gratuit. Le logiciel libre c’est bien gratuit. Je le dis parce que c’est super important. Quand vous discutez avec votre directeur financier, la maîtrise de votre budget et la baisse des dépenses de la collectivité sont quand même des arguments de poids. Se priver de ça au nom de « mais nous, les codeurs, on bosse », oui, effectivement vous bossez, bien sûr, sur les logiciels propriétaires aussi les gens bossent. Ça ne veut pas dire qu’il ne faut pas qu’il y ait des contributions financières et tout ça. Mais je trouve vraiment dommage de se priver de cet argument.
1) La taille compte
Donc la taille compte. Je suis dans une grande collectivité, j’ai donc beaucoup plus d’agents qu’à Échirolles, j’ai évidemment beaucoup plus d’applications.
On entend parler d’adhérence, qui n’existe pas ! L’adhérence de Microsoft Exchange avec le logiciel de comptabilité, c’est votre logiciel de comptabilité qui envoie des mails, il peut envoyer des mails avec n’importe quelle solution de mail ! C’est ce qu’on entend souvent, mais il faut mesurer que, dans une grande collectivité, on a effectivement un projet qui est plus lourd, mais on a aussi plus de gens pour gérer le projet, on a plus de techniciens pour le déployer, on a plus de chefs de projet pour suivre le déploiement, on a évidemment plus de ressources financières. Effectivement, l’échelle n’est pas la même, mais c’est valable aussi bien du point de vue des écueils qu’on est susceptible de rencontrer que des moyens dont on dispose.
Concernant les petites collectivités, j’ai trouvé une limite à 5000 habitants : en dessous de 5000 habitants, je n’ai jamais trouvé de collectivité qui ait un service informatique, au-dessus, il y a un informaticien, ou deux, parfois pas, en tout cas, en dessous de 5000, il n’y en a pas.
Il faut mesurer que sur les 35 000 communes qui existent en France, 33 000 communes sont des collectivités de moins de 5000 habitants. Il y a, en France, 2000 communes qui ont plus de 5000 habitants. On peut considérer, en gros, qu’il y a 2000 communes qui ont un service informatique ou au moins un informaticien, bref, quelqu’un qui gère. Pour 33 000, ce n’est pas le cas. Donc, qu’est-ce qui se passe ? Elles s’appuient sur des prestataires. Qu’est-ce que cela veut dire ? Cela veut que le passage au Libre d’une petite commune, c’est d’abord le choix d’un prestataire qui est capable de faire un passage au Libre et ce n’est pas toujours simple. Des communes peuvent être très isolées, avec un prestataire qui, en réalité, est un auto-entrepreneur qu’on connaît, qui gère les trois PC de l’école, les 10 PC de la mairie. L’enjeu est là.
Vous voyez bien qu’entre une grande ville, Toulouse au hasard, une ville moyenne, type Échirolles, ou une petite ville, il y a toujours moyen de faire un passage au Libre, simplement on ne le fait pas du tout de la même façon et pas avec les mêmes moyens.
À ce sujet, Échirolles est à l’origine de la création d’un collectif qui s’appelle France Numérique Libre [2], qui réunit des collectivités vraiment de toutes tailles, je crois que la plus petite commune fait 600 habitants, et puis il y a des énormes communes comme Marseille, qui participe, Toulouse Métropole, qui participe, Strasbourg, tout un tas de communes. Nous sommes aujourd’hui 250 collectivités sur France Numérique Libre et 330 ou 340 membres de 250 collectivités. C’est un réseau sur lequel on échange sur des choix d’outils, sur des choix de stratégies, tout cela. Ce qui est intéressant c’est que, justement, les petites collectivités peuvent aller chercher des informations auprès de collectivités qui ont les moyens de faire du sourcing.
2) Les gens n’aiment pas le changement
Sur la résistance au changement.
Je vous l’ai dit, les utilisateurs ne se plaignent pas du tout du changement quand ce que vous leur proposez est mieux.
Quand vous attaquez un passage au Libre, un conseil que je peux vous donner c’est de ne pas immédiatement changer les outils utilisés par les gens, mais plutôt de vous focaliser sur les besoins qui ne sont pas encore couverts, auxquels vous répondez. Exemple typique, quand j’arrive à Échirolles, en 2021, on n’a pas de solution de visioconférence, on utilise des serveurs publics Cisco Webex et on n’a pas de solution de cloud, rien. On met en place un BigBlueButton [3], on met en place un Nextcloud [4] avec du Collabora pour l’édition collaborative. Les gens ne font pas la comparaison avec SharePoint, il n’y avait pas de SharePoint. C’est donc un nouveau service qu’on apporte : on apporte la possibilité de partager de l’information, de travailler en transversalité, d’accéder à cette information depuis n’importe où. On apporte un nouveau service. Et c’est parce qu’on a commencé par répondre à ces besoins qui n’étaient pas couverts, tout en travaillant sur la partie infrastructure qui n’est pas visible des utilisateurs, qu’on a commencé à avoir un système d’information qui était à la fois de plus en plus stable et que nous avons aussi été identifiés comme un service force de proposition, innovant. C’est une fois que cette confiance a été développée, c’est-à-dire, qu’en interne, nous avions l’image d’un service qui sait de quoi il parle, que nous sommes revenus vers nos utilisateurs en disant « tu utilises ce logiciel-là, on a une meilleure idée. » À ce moment-là, on avait une écoute qui était facilitée de la part de nos services.
3) L’équipe doit monter en compétences
C’est une des idées reçues qu’on entend le plus souvent.
Je vous l’ai dit, j’arrive à Échirolles, il y a un service informatique tout à fait classique, avec des gens qui ne sont pas du tout convaincus que passer au Libre soit une bonne idée et qui, surtout, n’ont pas de compétences particulières dans le domaine. L’erreur c’est de se dire 1, je vais les convaincre et 2, je vais les faire monter en compétences dans le domaine. Ça, c’est la face nord de l’Everest, ça ne marche pas.
Plusieurs choses :
bien préciser qu’il y a un projet, qu’on va essayer de le mettre en œuvre, c’est-à-dire qu’il n’y ait aucun doute, dans l’équipe, sur le fait que c’est la direction qu’on prend. Pourquoi ? Peut-être pour donner une opportunité aux gens que ça n’intéresse pas du tout d’aller voir ailleurs ;
prendre le temps d’installer les logiciels libres dans son système d’information pour que non seulement les utilisateurs, mais aussi son équipe, puissent appréhender les nouveaux outils techniques qu’on déploie ;
mais majeur, repenser son recrutement. Si vous continuez à faire des annonces où vous dites « compétences en Word et en Excel bienvenues », alors que vous souhaitez faire un passage au Libre, vous allez avoir des techniciens tout à fait classiques qui vont postuler chez vous. Si vous écrivez « un passage à Linux est en cours à la ville », vous n’allez plus du tout à avoir le même type de profil et ça tombe bien, c’est exactement le type de profil que vous recherchez. Donc être bien clair, dans vos annonces, sur le fait qu’un passage au Libre est en cours à différents niveaux. Par exemple, à Échirolles, au niveau réseau, nous avons nos propres adresses IP, nous avons des routeurs BGP [Border Gateway Protocol], notre système est autonome et nous essayons d’être aussi autonomes que possible sur notre infrastructure réseau. Si vous cherchez un ingénieur réseau, dites-le, dites « à Échirolles on fait du BGP » qui est un protocole qu’on trouve très rarement dans les collectivités. Vous pouvez avoir des profils qui se disent « au niveau réseau, il y a des choses intéressantes à faire » et qui vont se positionner chez vous. L’idée c’est de profiter du turnover naturel qu’il y a dans l’équipe, parce que des gens partent à la retraite, il y en a qui suivent leur conjoint ou leur conjointe à Paris ou je ne sais où. Chaque recrutement est une opportunité de recruter un libriste et chaque recrutement est une opportunité de réécrire son annonce pour que le projet soit clairement identifié. Du jour où on a fait ça, on n’a plus jamais eu de problèmes de recrutement et, en trois ans, notre équipe est passée de « je ne suis pas sûr que ce soit une bonne idée » à « nous sommes obligés de les freiner », avec Philippe le DSI, parce que, si on les écoute, on déploie un logiciel par jour ! C’est vraiment majeur. Le recrutement, c’est la clé pour un passage au Libre, c’est pour cela que j’insiste beaucoup, c’est vraiment très important. Par contre, il est interdit de virer les gens dans les collectivités, vous n’avez pas le droit de les assassiner non plus, je vous le dis si des fois vous avez des idées un peu plus hardcore que moi sur la façon d’organiser les choses !
4) Il faut communiquer en amont
Il faut communiquer sur le projet en amont.
Oui, mais pas avec n’importe qui ; c’est un peu comme « on peut rire de tout, mais pas avec n’importe qui ! »
Après tout, si c’est l’idée des élus, revenir régulièrement vers les élus sur les avancées du projet, ça peut sembler être une bonne idée ! En fait, c’est une très bonne idée.
Si ce sont les élus qui ont eu l’idée, si c’est vraiment leur idée et si c’est le projet d’une collectivité, communiquer sur ce que vous faites auprès des personnels du service communication, c’est aussi une bonne idée. Ils vont pouvoir mettre en avant un certain nombre de choses que vous faites et ça va vous permettre de les partager avec d’autres collectivités mais pas seulement, avec les habitants, faire savoir qu’il se passe quelque chose au niveau du numérique dans votre commune.
Communiquer évidemment auprès la direction générale des finances et du RH, c’est indispensable. On va un petit peu rentrer dans le détail finances et RH après.
Et puis, évidemment, avec le service informatique, je l’ai dit, être bien clair sur le projet.
Il manque qui là-dedans ? Il manque les agents : communiquer à destination des agents en disant « on va passer au logiciel libre » c’est créer de l’inquiétude. Quand j’arrive à Échirolles, des gens qui avaient entendu parler de moi un peu avant sont venus me voir en disant « tu ne vas pas nous passer sous Linux ! ». La réponse c’est « non, jamais, si tu ne veux pas, jamais », ce qui est faux, c’est une fourberie. Mais il y a une façon de faire les choses. Je vous expliquerai notre plan secret et fourbe pour déployer Linux. Donc pas les agents, les agents veulent juste faire leur travail correctement. Mettez à disposition des agents des outils qui marchent super bien et puis ne les soûlez pas avec le projet. À Échirolles, on est dans la situation où les agents viennent nous demander d’en parler parce qu’on en parle tellement à l’extérieur, comme aujourd’hui par exemple, que ça vient aux oreilles de certains agents qui disent « vous faites des trucs et vous ne nous le dites pas. » On va commencer à communiquer auprès des agents, mais ça fait cinq ans qu’on a lancé le passage au Libre. Ce n’est donc pas en amont.
5) Libre ne veut pas dire gratuit
À Échirolles, parce qu’on a des objectifs sur l’impact environnemental, parce qu’on a des objectifs sur la souveraineté, parce qu’on a des objectifs sur la bonne gestion des données personnelles, on fait une chose : l’auto-hébergement de nos solutions. Les solutions sont installées sur des serveurs chez nous, sur une virtualisation qu’on a mise en place à base de logiciels libres et tout ça, donc on installe, on paramètre, on maintient, on forme les utilisateurs, tout ça en interne, et c’est valable du réseau au logiciel de messagerie en passant par les interphones et l’affichage municipal.
Si vous avez une équipe qui a le niveau de compétences nécessaire pour faire cela, qui est capable de déployer et d’opérer une messagerie seule par exemple, si vous faites de l’auto-hébergement et si votre équipe est correctement dimensionnée, c’est-à-dire que vous avez un peu les moyens de vos ambitions, que vous n’êtes pas avec un pauvre technicien trouvé par terre, alors vous vous retrouvez à déployer des logiciels sans surcoût pour la collectivité. Ça coûte vraiment zéro : les gens qui bossaient 35 heures, avant, sur d’autres trucs, bossent toujours 35 heures mais sur le passage au Libre, et finalement, au niveau budgétaire, vous voyez bien qu’il n’y a aucune augmentation de quoi que ce soit.
En revanche, si vous n’avez pas les compétences en interne, vous allez évidemment passer par de la prestation, mais vous avez exactement la même problématique avec les logiciels propriétaires, encore une fois : vous n’allez pas opérer votre serveur Exchange tout seul si vous êtes sur Exchange, vous allez aussi passer par une prestation, c’est évidemment la même chose si vous n’avez pas les compétences en interne.
Mais si vous les avez, je ne vois pas bien en quoi Libre ne veut pas dire gratuit, ça peut être intéressant comme proposition.
Passer au Libre, c’est changer le monde
Passer au Libre, je l’ai dit en tout début de l’intervention, entraîne un certain nombre de conséquences et ces conséquences n’avaient pas été forcément anticipées chez nous. Nous nous sommes donc retrouvés face à des problématiques qu’il a fallu résoudre et c’est pour cela que je les partage avec vous. Si vous vous retrouvez un jour à gérer un projet de passage au Libre avec un nombre de postes un petit peu important, au sein d’une entreprise ou d’une collectivité, il y a des choses qu’il faut savoir. Pour cela, il faut comprendre le fonctionnement d’une DSI classique.
Dans une DSI classique, et quand je suis arrivé Échirolles c’était comme ça, d’année en année, évidemment, on fait un budget. Il y a donc une période de préparation budgétaire. Pendant cette période-là, qui se produit en septembre chez nous, à l’époque, à Échirolles, la DSI écrivait à l’ensemble des services en demandant « quels sont vos besoins en numérique cette année ? ». Les services répondaient « moi j’ai besoin d’un logiciel, moi j’ai besoin qu’on mette à jour mon logiciel, moi j’ai besoin de 10 PC supplémentaires, moi j’ai besoin de nouveaux bureaux, de tablettes », ce que vous voulez. La DSI récoltait, comme cela, les besoins des services, elle les chiffrait, ensuite elle remontait ça au niveau de la direction générale et des élus qui tranchaient en fonction des moyens dont on disposait. Ils pouvaient dire « là ça nous semble important, on va mettre l’argent, on fait ce projet-là cette année ; pour ce projet-là, on va attendre un an de plus, par exemple, ou on ne va pas le faire parce que c’est une mauvaise idée. » Cela a un grand intérêt qui est qu’une fois par an, avec les décideurs, vous faites un point sur vos projets.
À l’issue de cette période de préparation budgétaire, vous avez votre feuille de route pour l’année, vous savez exactement ce sur quoi vous allez travailler et ce sur quoi vous allez travailler c’est ce qui a été budgété.
Autre avantage, au-delà de la roadmap, vous pouvez revenir vers les services en disant « désolé, ta mise à jour de logiciel ne va pas être possible cette année, ça n’a pas été validé. » Quelque part, vous vous déresponsabilisez sur la décision.
Et puis, parce que vous avez une liste de projets qui est discutée chaque année, la visibilité sur la charge de travail de l’équipe est donnée à vos décideurs.
Et puis, un jour, vous décidez de passer au logiciel libre. Vous avez une équipe compétente, vous faites de l’auto-hébergement, vous avez votre infra de virtualisation, vous pouvez déployer des logiciels comme vous voulez et d’un coup le driver ce n’est plus le budget. Le driver c’est quoi ? Ce sont les besoins des services, les priorités qui sont discutées en commun et évidemment la charge de travail de l’équipe, c’est-à-dire votre capacité à mettre en œuvre la solution qu’on vous réclame. C’est cool, parce que c’est beaucoup plus proche du besoin des services que simplement un arbitrage budgétaire.
Ce qui est moins cool c’est que, du coup, vous perdez en visibilité sur ce que fait l’équipe, donc en termes de visibilité sur la charge de travail, et vous perdez aussi en visibilité sur la valeur de ce que vous produisez.
Vous maîtrisez vos coûts, ça c’est la bonne nouvelle.
Quand je suis arrivé à Échirolles, j’ai lissé l’ensemble des coups sur l’année. Je demande la même somme chaque année et je me suis engagé à ce que les sommes que je demande en investissement et en fonctionnement n’augmentent jamais, voire baissent. Et en réalité, depuis quatre ans, on propose systématiquement des budgets en baisse en fonctionnement et en investissement. Et chaque année on a de la marge, c’est dire si les logiciels libres permettent effectivement de faire des économies ! Mais on a perdu cette visibilité et c’est un problème qu’il ne faut vraiment pas négliger. Entre 2021 et 2025, donc aujourd’hui, on a un périmètre fonctionnel, donc un nombre d’outils sur notre réseau, qui a doublé. Et un nombre d’outils qui double, ça veut dire beaucoup de travail supplémentaire pour l’équipe, notamment sur la partie support aux utilisateurs. C’est un travail qui, si vous n’en rendez pas compte, peut être invisible et ça peut vous mettre en difficulté.
Quand je suis arrivé, on m’a donné cette feuille de route politique dont je vous ai parlé sur la première diapo et on m’a demandé de rédiger un schéma directeur pour la ville, pour la durée du mandat, c’est-à-dire 2021/2026. J’ai rédigé ce schéma directeur, il a été voté en conseil municipal à l’unanimité des conseillers municipaux, et l’opposition a demandé un bilan annuel sur la mise en œuvre de ce schéma directeur. Donc depuis, chaque année, on fait un bilan annuel. Ce bilan annuel est aussi, pour moi, l’occasion de rendre compte de l’activité de l’équipe, c’est-à-dire dire ce qu’on a fait pendant l’année, les logiciels qu’on a mis en place et tout ça, et les économies qu’on a réalisées. Quand on parle de visibilité sur les économies en fait, on fait deux types d’économie, une qui est visible et une qui est invisible.
Celle qui est visible : vous aviez une messagerie qui coûtait 20 000 euros par an parce que vous payiez un coût de licence par boîte mail, par exemple, et puis vous passez à une messagerie libre, opérée en interne. Là il y a une économie nette, directe, de 20,000 euros. On fait moins 20 000 euros sur le budget de fonctionnement. C’est visible, les élus applaudissent, tout va très bien.
Mais quand il n’y avait pas de cloud, qu’on met en place un cloud, le cloud coûtait zéro, il n’y en avait pas. On met en place Nextcloud, Collabora, ça coûte zéro. Donc, au niveau budgétaire, vous voyez bien que c’est invisible, ce n’est pas une économie au sens de « on fait moins 20 000 ». C’est un coût évité. Si j’avais voulu mettre en place un cloud en me basant sur une solution du marché, ça m’aurait coûté par exemple 70 000 euros. Il faut que je donne de la visibilité à ces 70 000 euros qui ont été évités. Il n’y a pas que les économies directes, il y a aussi les coûts évités auxquels il faut donner de la visibilité. Notre façon de faire : quand on met en place un logiciel, par exemple BigBlueButton pour la visio, on peut faire ça en ligne ou passer par un prestataire, eh bien on va faire faire des devis pour les solutions qu’on trouve habituellement sur le marché. Par exemple, à Échirolles, nous avons 1000 utilisateurs, je vais faire faire un devis pour 1000 licences Zoom et je vais faire faire un devis pour 1000 licences Teams avec juste la vidéo. Je vais faire une moyenne des deux et je vais dire « en gros, ça c’est la valeur de mon BigBlueButton. » J’ai donc un tableur sur Calc sur lequel, au fur et à mesure que je déploie des solutions, je mets en face les coûts évités.
À Échirolles, on dit souvent qu’on a fait 350 000 euros d’économie par an, mais, dans ces 350 000 euros, en réalité il y a 150 000 euros d’économies réelles, de coûts directs, et il y a 200 000 euros qui sont des coûts évités. Mais c’est très important de donner de la visibilité aux deux parce que, sinon, on ne se rend pas compte.
Encore une fois, je vous dis que c’est quelque chose auquel on n’avait pas du tout pensé. C’est un écueil. En fait, on s’est retrouvé face à cet écueil-là le jour où vraiment l’équipe était sous l’eau et avait besoin, pour la première fois, de demander une création de poste au support. C’est là qu’on s’est dit « OK, la charge de travail a augmenté, mais eux ne le savent pas du tout. Comment peut-on faire ? ». C’est là qu’on a mis en place ce type d’outil.
Et la contribution, profiteur ?
Et la contribution ?, vous allez me dire, parce que, à Échirolles nous utilisons vraiment des dizaines, pour ne pas dire des centaines de logiciels libres, vraiment énormément. On pourrait se dire que c’est génial, on profite bien de l’open source et des logiciels. Nous faisons nous-mêmes, nous ne payons pas de prestations, donc, en termes de contribution, ce n’est pas très bien. C’est évidemment une question que nous nous sommes posée : comment peut-on contribuer ?
On pourrait dire qu’on va publier tout ce qu’on fait en interne sur une forge et ce sera à disposition des gens et tout. Sauf que cela nécessite d’avoir quelqu’un, au moins un développeur, qu’il mette son code, qu’il le maintienne, s’’il y a une communauté qu’il l’anime, je ne vais pas vous expliquer comment on travaille sur un logiciel libre, et ça, on n’a pas. On a un seul développeur. On a plusieurs personnes qui ont les compétences au sein de l’équipe, mais on a un développeur dont c’est le boulot et on n’est pas en capacité de maintenir correctement un logiciel open source. On a donc dégagé 20 % du temps de ce développeur pour des contributions en ligne sur des projets qu’on utilise, donc du bug reporting, éventuellement du patch sur certaines difficultés qu’on a pu rencontrer, de l’ajout de fonctionnalités, mais on ne met pas en ligne d’outils.
On fait la promotion des outils qu’on utilise. J’ai cité BigBlueButton, j’ai cité Nextcloud, Collabora, SOGo notre messagerie. Dès que je peux, je cite l’ensemble des logiciels qu’on utilise, parce que, déjà, ça donne des indications aux gens qui ne connaissent pas sur les choix qu’ils peuvent faire et puis surtout parce que ça fait la promotion de ces solutions et c’est évidemment indispensable. À part Odoo qui fait des pubs sur les arrêts de bus, il n’y a pas beaucoup de solutions open source dont on entend parler.
On fait appel à des prestataires notamment quand, en termes de charge de travail, on n’est pas en capacité de gérer un projet. Par exemple, quand on a changé de messagerie, nous aurions pu faire nous-mêmes la migration de l’ancienne vers la nouvelle messagerie, mais ça aurait pris un temps infini. Vu ce que nous coûtait notre messagerie auparavant, on a préféré payer une prestation à quelqu’un. C’est donc une Scop, qui est aussi un éditeur, et c’est aussi une façon de contribuer financièrement à l’écosystème.
Mais surtout, la bonne idée qu’on a eue c’est de payer des contrats de maintenance dont on n’a pas besoin. Par exemple, notre téléphonie sur IP, c’est du XiVO qu’on opère nous-mêmes. On fait les montées en version, le commissionnement des téléphones, bref, on n’a pas besoin de XiVO, on se débrouille. Mais on a pris un contrat de maintenance avec XiVO, ce qui permet de leur donner de l’argent tous les ans et de contribuer financièrement au projet, alors qu’on ne les appelle jamais. C’est vraiment la façon la plus simple, pour une collectivité, de contribuer financièrement aux projets qu’elle utilise. Il faut mesurer que, pour une commune, faire un don, même de 500 euros, à un projet ou adhérer à une association, c’est un enfer administratif, c’est très compliqué pour nous, c’est vraiment très difficile. Alors que quand vous installez un nouveau logiciel, même si c’est un logiciel libre, même si vous l’avez fait en interne, vous dites « il y a un contrat de support de 2000 euros par an », ça ne choque personne, tout le monde est habitué à ce que ça fonctionne comme ça – nouveau logiciel, contrat de support – et vous, même si vous gérez en interne, vous contribuez financièrement au projet. C’est donc ce qu’on fait avec notre messagerie SOGo, c’est ce qu’on fait pour XiVO, c’est que ce qu’on fait pour un certain nombre de nos produits, pas tous, on en utilise vraiment beaucoup trop, nous serions ruinés, mais au moins les plus importants, ceux qui sont critiques pour nous, on contribue comme ça.
Une autre chose qui change complètement, un vrai bonheur je vous le dis, notre relation avec les commerciaux change. Je ne vais pas citer de noms pour ne pas les mettre en difficulté. Il est arrivé qu’on ait un contrat de maintenance comme cela, qu’on n’utilisait pas mais qu’on payait à une boîte, et qu’on vienne nous voir en disant « on a un petit changement sur le périmètre de notre offre, donc, l’année prochaine, le contrat de maintenance ne sera plus de 5000 euros, mais 10 000. On a dit « attendez, il faut qu’on vous explique, ça sera soit 5000 euros soit zéro, mais pas 5000 ou 10 000, ça n’existe pas. Regardez le nombre d’appels qu’on a faits chez vous, qui est à peu près zéro, là on est dans de la contribution. Pour nous, c’est donc très simple, passer à zéro ne nous pose aucun problème. » Après 48 heures de réflexion, le commercial rappelle en disant « on a bien réfléchi, en fait on s’est dit que pour nos anciens clients, peut-être rester sur des conditions… ». Je vous assure que c’est vrai, c’est du vécu et ce n’est pas vécu qu’une seule fois et c’est un bonheur. Avec nos prestataires, qui font un excellent boulot par ailleurs, je ne dis pas ça pour me moquer d’eux, on a le sentiment d’avoir une relation un peu équilibrée, de ne pas être dans une relation de dépendance, mais plutôt d’être dans une relation de bon voisinage. Dans une vie de DSI, je vous assure que c’est quelque chose que vous n’avez pas souvent l’occasion de vivre. Si vous êtes chez Microsoft, par exemple, je vous encourage à tenter le coup, vous allez voir, ça ne va pas très bien se passer !
Passer à Linux
Ne commencez pas par passer à Linux quand vous faites votre passage au logiciel libre, très mauvaise idée, ne faites jamais ça, et puis ne commencez surtout pas par les écoles, très mauvaise idée. Le pire étant de dire « je ne vais pas changer les PC tout pourris des écoles, je vais les passer sous Linux, ils seront repartis pour trois ou quatre ans, ça ira très bien. » Comme cela, vous inscrivez bien dans l’esprit de tout le monde que Linux c’est pour les clochards et les PC pourris et c’est génial pour votre projet de passage au Libre !
Avant de travailler sur un passage à Linux, il y a un gros morceau qui est de passer de la suite Office à LibreOffice [1]. Bossez déjà ça sur des machines sous Windows, faites l’effort, une fois que ce sera fait, et je vous garantis que ça va prendre du temps, vous pourrez réfléchir à la suite.
Mettez Firefox [5] avec évidemment un bloqueur de pubs sur vos postes.
Mettez du Thunderbird [6] et pas du Outlook, changez de messagerie.
Faites tout ce travail et, une fois que vous aurez fini tout ça, posez-vous peut-être la question du passage à Linux. À ce moment-là, il n’y a plus que le système d’exploitation qui change, mais au moins les outils – Firefox, Thunderbird, tout cela – c’est acquis. Si vous commencez par Linux, vous allez être obligé de faire tout ça en même temps. Je ne sais pas si vous connaissez la version d’Outlook pour Linux ou la version d’Excel pour Linux, ça n’existe pas ! Ça veut donc dire que vous faites tout d’un coup et l’approche Big Bang pour un passage au Libre, ce n’est jamais la bonne idée !
Commencez par passer à Linux les gens qui sont autour de vous, c’est pour cela que je vous dis « pas les écoles ». C’est très bien d’être super réactif sur les difficultés qui peuvent être rencontrées, donc faites-le plutôt, si vous êtes une commune, par exemple dans l’hôtel de ville, c’est-à-dire trouvez un service, des gens un peu volontaires autour de vous et commencez comme ça. L’idée étant que quand vous vous adressez à des structures qui sont un peu plus lointaines, vous avez déjà la compétence, votre solution est éprouvée et tout ça, donc vous arrivez plus tranquille et aussi avec un discours plus tranquillisant pour ces gens qui sont un peu éloignés du support et de là où vous vous trouvez.
Prenez le temps de faire les choses. Quand je disais « pas d’objectifs datés, pas d’objectifs chiffrés », ça vous permet d’adapter la vitesse de déploiement aux difficultés que vous pouvez rencontrer. Ces difficultés peuvent être des difficultés techniques, évidemment, ça peut être de la résistance des gens, des craintes, ça peut être des besoins de formation, ce que vous voulez. Le seul engagement que nous avons pris à Échirolles, c’est « il y aura plus de Linux l’année prochaine dans notre réseau que cette année », c’est le seul engagement qu’on a pris et qu’on arrive à tenir. Oralement, quand on en discute, on a un peu une idée de la vitesse à laquelle on va déployer, mais aucun engagement formel n’est pris sur le sujet.
Vous n’obtiendrez jamais 100 % ds machines sous Linux. Jamais ! Ne l’imaginez pas une seule seconde. Si vous y arrivez, la marche arrière sera terrible, je vous le dis. L’exemple, l’enfer sur terre, le truc impossible, ce sont les deux infographistes de la mairie qui sont sous Mac avec Adobe, Photoshop, InDesign et tout ça. Vous pouvez commencer par eux seulement si vous êtes suicidaire et que vous tenez absolument à pourrir votre passage au Libre. Pour eux, l’impact culturel est tellement monstrueux que ce n’est surtout pas par eux qu’il faut commencer. Si vous avez 1000 PC à passer à Linux, si vous en passez 998 et qu’il reste les deux infographistes avec leur Mac, vous pouvez honnêtement et légitimement dire qu’en gros vous avez passé la ville sous Linux.
En clair, commencez par ce qui est simple. Ne vous posez pas tout de suite la question « ouh là, là, ici ça va être très compliqué. » Si c’est très compliqué, laissez tomber, faites ce que vous pouvez faire facilement.
Et il vous faut une stratégie, très important, ne partez pas la fleur au fusil, une stratégie que vous allez pouvoir exposer dans des événements comme celui-ci, mais pas devant les agents, je vous ai dit que c’est une fourberie.
Linux : notre plan secret
Premier truc : choisir la meilleure distribution pour votre environnement. Quand je vous disais que des habitants sont venus nous dire « si vous ne mettez pas du Debian, vous êtes des moins que rien », c’est vrai, mais il y a des distributions qui sont plus ou moins bien adaptées à votre activité et surtout à votre système d’information tel qu’il est. Quand vous êtes sur un déploiement de Linux qui, comme pour nous, prend du temps, prend son temps, ça veut dire que pendant très longtemps vous allez être dans un environnement hybride, avec du Windows et du Linux. Même chose au niveau de votre infra. Ça veut donc dire qu’il faut que la distribution que vous allez déployer puisse fonctionner correctement dans un environnement où, par exemple, vous aurez toujours votre Active Directory sur Microsoft parce que vous n’avez pas eu le temps de migrer votre annuaire et il faut que ça marche ; ou vous allez toujours avoir votre messagerie propriétaire pendant quelques années, parce qu’on ne peut pas tout faire d’un coup, encore une fois, il faut que ça marche.
Donc, en fonction du contexte de chacune des collectivités, les distributions sont plus ou moins adaptées.
Les trucs auxquels il faut penser : essayer de minimiser l’effort de formation, bien travailler son ergonomie, l’intégration dans le SI, j’en ai parlé, et pas de bricolage, j’en ai parlé tout à l’heure. Partez sur une distribution du marché, quand je dis du marché, qui existe. Ne dites pas « j’ai fait un Echilinux », très mauvaise idée, dites « j’utilise Ubuntu, j’utilise Zorin, j’utilise Mint ». Le jour où les décideurs vont se poser des questions sur le projet, vous pourrez dire que Mint est utilisé par des millions de personnes dans le monde, nous n’avons pas fait du bricolage.
Une bonne façon de faire le choix de la distribution, c’est de le faire en équipe. J’ai donné trois mois à mes agents, à une époque où ils étaient tous plutôt pro-Windows, en leur disant « vous avez trois mois. Voilà un portable chacun, essayez le plus de distributions possibles et après on fait un concours de distributions, chacun vient avec celle qu’il pense être la meilleure, on compare et on en choisit une tous ensemble. » Il se trouve que chez nous, dans l’environnement qui était le nôtre à ce moment-là, la distribution qui est sortie de ces échanges c’est Zorin OS [7]. C’est important parce que, du coup, c’est le choix d’une équipe, ce n’est pas moi qui débarque en disant « à mon avis, la bonne distribution c’est celle-ci », c’est le choix d’une équipe et c’est super important, d’autant plus que cette équipe étaient des Windowsiens, comme nos utilisateurs. Pour l’environnement qui était le nôtre à ce moment-là, c’était vraiment la meilleure. Ça c’est le choix. Gros travail en interne sur le choix d’une distribution, sur l’ergonomie, sur l’intégration dans le système d’information, l’annuaire, tout ça.
Deuxième étape, un bêta-test, ce que je vous disais tout à l’heure : vous choisissez, selon la taille de votre collectivité, une dizaine de personnes, une vingtaine de personnes qui sont volontaires, avec des décideurs ou des décideuses dedans, et vous les passez sous Linux, c’est là qu’on a passé notre directeur général des services. Il ne faut pas hésiter à faire durer un peu cette phase de bêta-test
Troisième étape, un plan de volontariat. On a fait un mail à l’ensemble des agents, on a fait un article sur l’intranet en disant « si vous voulez passer à Linux, demandez-nous, on vous l’installe, on le maintient. » Quand on a fait cela, les gens, dans le service, n’étaient pas convaincus que ça allait se bousculer. En réalité, cette étape-là vous permet, en gros, de passer 10 % de votre parc sous Linux, ce qui n’est pas rien du tout. Sur un parc de 1500 machines, ça veut dire que vous pouvez aller jusqu’à 150 postes qui sont déployés dans un contexte où vous n’avez aucune résistance au changement puisque ce sont les gens qui l’ont réclamé.
Durée du plan de volontariat : un an, c’est la durée chez nous. On a attaqué en septembre 2024 jusqu’en septembre 2025.
Là, on attaque la quatrième phase qui est une phase d’incitation. Ça veut dire qu’avant cette phase-là, on n’incite pas, on ne propose pas Linux à des gens qui ne l’ont pas demandé. Là, on rentre dans une phase où systématiquement, quand on va remplacer un poste ou installer un nouveau poste, on va proposer Linux. Mais si la personne dit « non merci », on n’insiste pas. D’expérience, pour l’avoir vécu à Fontaine, ça va vous permettre de passer à peu près 20 % de votre parc sous Linux, mine de rien ; 20 % de votre parc, ça fait quelques centaines de machines sur un parc de 1500. Ça veut dire que Linux commence à devenir très visible dans votre infra, ça veut dire que des gens participent à des réunions où il y a des personnes qui se pointent avec un PC portable sous Linux, se branchent au vidéoprojecteur, accèdent aux messages et tout ça, et ça permet de lever un certain nombre de freins. Ils voient des collègues travailler au quotidien sous Linux sans difficulté et c’est très important, ça permet d’éviter tout un tas d’écueils.
Vous voyez que sur ces quatre phases, jusqu’à la phase trois il n’y a pas du tout de résistance au changement des utilisateurs et vous êtes à 10 % de votre parc.
À la phase quatre, il peut y avoir des regrets « oui, j’ai accepté, mais finalement… », il peut y avoir une petite résistance au changement, mais, encore une fois, vous pouvez continuer à dire qu’une personne qui ne souhaite pas passer sous Linux ne sera pas migrée sous Linux.
Nous avons prévu que la phase d’incitation dure trois ans, parce qu’on ne remplace pas tous les postes tous les ans, il faut donc faut prendre le temps. Ça veut dire que c’est objectif 2028, pas avant.
La cinquième phase, on fait le bilan. Il y a, je ne sais pas, 20 % du parc, 25, 18, peu importe, sous Linux. On fait un bilan avec les décideurs et on décide ensemble si Linux devient le système d’exploitation par défaut de la ville. À ce moment-là, ça veut dire que si vous ne voulez pas de Linux, il faut nous expliquer où ça coince : est-ce un problème technique, un problème de compatibilité avec un outil, est-ce que ce sont des craintes, est-ce que c’est un problème de formation ?
J’ai oublié de vous dire un truc très important : quand on a travaillé sur la première phase, la meilleure distribution, on a aussi travaillé sur des solutions de contournement pour faciliter le passage au Libre. Pourquoi ? Chez nous, on se débrouille évidemment pour déployer des outils qui sont compatibles avec LibreOffice, mais nous ne sommes pas tout seuls au monde, on travaille avec des partenaires– le Conseil départemental, la Métropole et d’autres partenaires –qui, parfois, mettent à disposition des outils qui nécessitent Excel, par exemple, c’est très souvent Excel, ce n’est quasiment jamais pour le traitement de texte. Excel sous Linux ! Nous avons donc imaginé une solution de contournement : un serveur Windows sur lequel une suite Office est installée, avec le client Remmina que, j’imagine, vous devez connaître, sous Linux, vous allez pouvoir faire du RDP ou du RemoteApp et exécuter Excel sur le serveur Windows. L’avantage, c’est que c’est ça fonctionnera aussi bien et de la même façon sous Linux que sous Windows. Vous tenez donc une solution, qui n’est pas à installer systématiquement, mais qui, en cas de besoin, peut être installée pour que même quelqu’un qui accepte de passer sous Linux ne perde pas l’accès à Excel si c’est absolument indispensable pour son boulot.
Des retours qui font plaisir
Il faut que je vous raconte des retours que j’ai eus.
En septembre 2024, quand on lance l’appel à volontariat pour le passage à Linux, on avait fait cet article sur l’intranet et il y avait un formulaire pour demander Linux, « je m’appelle machin, tel service ». Une agente, une utilisatrice nous contacte pour nous réclamer l’installation de Linux et le service a refusé. Ils ont fait une longue réponse, d’une page qu’ils m’ont mise en copie, et la réponse était vraiment très bonne : « Il est des cas où malheureusement nous sommes obligés, malgré tout », tout un blabla. Cette jeune femme avait rejoint la collectivité en janvier, là on était en septembre, et, depuis janvier, en fait elle était sous Linux et elle ne s’en était pas aperçu. Donc en septembre elle nous réclame Linux. La réponse était savoureuse. C’est vous dire que nous avons vraiment travaillé notre ergonomie. Nous sommes partis sur Zorin parce que ça ressemblait à Windows. Cette personne travaillait auparavant dans une autre collectivité, elle était sous Windows, elle arrive chez nous, elle passe sur Zorin et elle s’en est pas aperçu, elle nous réclame Linux six mois plus tard. Très bon retour sur la qualité du travail qu’a pu faire l’équipe.
Deuxième retour. Mon directeur général, donc le premier à être passé sous Linux dans la collectivité. Au bout de quatre ans je lui demande : « Comment ça se passe ? – Bof, je n’ai pas vraiment vu de changements », déjà premier très bon retour, parce que l’idée ce n’est pas de tout révolutionner. Ensuite il dit : « Ah, si, il n’y a plus de pannes. » C’est un retour qui fait plaisir, il n’en avait pas conscience au moment où il le dit.
Alpes Numérique Libre – France Numérique libre
Je n’insiste pas sur France Numérique Libre [2], je vous en ai déjà parlé et le temps tourne.
Si vous avez des questions, je serai heureux d’y répondre.
[Applaudissements]
Questions du public et réponses
Public : Bonjour. Merci pour cette conférence que j’ai beaucoup appréciée. Ce n’est pas une question. Vous avez à peine effleuré la migration de la Gendarmerie française. Est-ce que vous pouvez en parler un petit peu plus par rapport au nombre, même si ce n’est pas une institution comme la vôtre ou une commune ?
Nicolas Vivant : Ce n’est pas du tout moi qui ai géré ça, c’est la Gendarmerie et ils en parlent effectivement assez rarement [8]. Ils ont passé systématiquement tous les PC dans les gendarmeries sur Ubuntu, sur une version qu’ils ont appelée Genbuntu, c’est une Ubuntu un peu adaptée. J’étais resté à 70 000 postes, mais il me semble que c’est supérieur maintenant 80 ou 90 000 postes. Je ne sais pas trop quoi dire d’autre ! Si, un truc intéressant : j’ai eu l’occasion de discuter avec la personne qui a géré le projet, notamment de sa stratégie de déploiement, et on a réalisé qu’on avait plein de choses en commun, notamment qui est de rendre Linux désirable. Il faut que les gens qui passent sous Linux aient le sentiment que c’est mieux. Qu’est-ce qu’il y a de mieux sur Linux que sur Windows ? C’est aussi un travail qu’on a fait. Par exemple, quand on fait une mise à jour avec Linux, ça prend deux minutes, avec Windows ça prend entre 20 minutes et deux heures ; quand vous faites une recherche d’un fichier sur votre machine sous Linux, ça prend deux secondes ; sous Windows vous avez une barre bleue qui n’a pas de fin, en général vous partez avant d’avoir trouvé ce que vous recherchiez. C’est typiquement le genre de démonstration qu’on fait. La Gendarmerie était exactement là-dedans aussi, c’est-à-dire comment on peut montrer aux gens que ce qu’on s’apprête à leur proposer c’est mieux que ce qu’ils avaient auparavant.
Public : Le colonel est parti à la retraite. J’ai croisé des gendarmes, je leur ai demandé « maintenant comment faites-vous ? » Ils m’ont dit « c’est pareil ». C’est pour cela que je fais le parallèle parce que je pense qu’il n’y a pas qu’une mairie, c’est la Gendarmerie française, tout le monde ne le sait pas. C’est bien de le mettre en avant. Il y a eu un travail identique, un cheminement, une montée en puissance vers le Libre qui est remarquable.
Nicolas Vivant : Tout à fait. Il y avait une vraie stratégie réfléchie, déployée systématiquement, ils ont pris le temps, c’est allé vite, cinq ans, mais, par rapport au nombre de postes qu’il y avait, c’est allé très vite, mais c’était progressif. Je ne vais pas rentrer dans les détails parce que c’est vraiment long, il faudrait une heure pour expliquer le projet, mais c’est assez exemplaire. Je m’en suis beaucoup inspiré, je vous ai dit, on échange.
Public : Pour venir en défense des pauvres infographistes qui sont sur Mac, Apple, peu importe, c’est surtout la question des outils. J’étais sous Windows et j’utilisais les mêmes applications que les infographistes et quand je suis passé sur Linux, ma solution a été de faire une VM [virtual machine], et là je viens d’apprendre qu’on peut faire un serveur. C’est une siruation personnelle. Peut-être qu’ils n’arriveront jamais à changer, mais, tout ce qui est la création d’images, c’est malheureusement un des secteurs les plus difficiles à faire bouger, parce que ce sont quand même des trucs très spécialisés, par exemple Adobe sur une application...
Nicolas Vivant : En vrai, pour 90 % des besoins, vous prenez GIMP [9] à la place d’un Photoshop, Inkscape [10] à la place d’Illustrator et Scribus [11] à la place de InDesign et vous faites le taf, sauf que vous marginalisez vraiment vos infographies si vous faites ça, c’est-à-dire qu’après ils ne trouvent plus de taf ! S’ils sont prêts à y aller, il faut bien sûr y aller, mais il ne faut surtout pas commencer par eux, voire c’est acceptable de renoncer à les passer sous Linux.
Public : L’outil est quand même très différent. Je trouve que c’est très différent de passer de Word à LibreOffice que de devoir passer de genre Photoshop à GIMP.
Nicolas Vivant : Bien sûr que c’est très différent. Il faut ramener ça aux besoins. Globalement, pour les besoins d’une collectivité, avec GIMP vous pouvez faire ce que vous faites avec Photoshop. Je l’ai fait. J’ai bossé 20 ans dans le privé, j’étais sur Photoshop et je me suis formée à GIMP. Je regrette pas du tout puisque, du coup, je peux l’installer partout et les licences Adobe coûtent vraiment très cher, je sais donc que c’est jouable, mais je sais aussi que c’est bien de renoncer.
Public : Juste un dernier truc pour Adobe. Je ne sais pas si vous avez vu, vous avez la suite Affinity qui est devenue gratuite. C’est propriétaire et ce n’est toujours que pour Windows, mais c’est vrai que pour les gens qui étaient coincés sur Adobe, il y a une sorte d’alternative qui commence à se créer.
Nicolas Vivant : OK. Il y avait une question ici.
Public : Inaudible.
Nicolas Vivant : Les annonces ? Pour les collectivités, on les publie toutes sur le même truc. Vous avez « Choisir le service public » et puis emploi-territorial.fr. On en parle aussi sur Mastodon [12], on en parle aussi sur Linkedin, malheureusement on en parle aussi sur Bluesky.
C’est bon parce que là on va mettre tout le monde à la bourre. Merci et c’est la pause.
[Applaudissements]