Voix off : Install Party.
Un micro dans la ville sur Marmite FM.
Cindy Massoteau : À Fontenay-le-Fleury, ils sont quelques-uns à avoir décidé d’en finir avec Windows au profit d’un système libre et gratuit. Ce samedi, l’association Root66 [1] a organisé une install party, une journée où chacun peut venir avec son ordinateur pour se faire accompagner dans l’installation de Linux.
Benzo : Je vais désactiver une sécurité qui a été voulue par Acer pour empêcher qu’on installe un autre système d’exploitation. Thibaut, pour désactiver le Secure Boot [2], est-ce que tu as eu un menu grisé ? Est-ce qu’il faut initialiser un mot de passe administrateur ? Voilà, j’en étais sûr ! Vous voyez, ils vont commencer à essayer de nous barrer la route pour pouvoir désactiver toutes les protections. Donc là, par exemple, typiquement il faut qu’on mette un mot de passe administrateur pour que ça libère le menu et qu’on puisse rentrer dedans.
Cindy Massoteau : Entre deux installations, le président de Root66, Benzo, nous explique l’esprit de cette journée.
Benzo : Chez les libristes, tu viens à l’install party avec ton PC, un vieux PC ou un neuf, et tu veux qu’on t’installe Linux qui est un système libre, gratuit, alternatif à Windows. Cette année, on a profité du fait que Microsoft n’assume plus les mises à jour de sécurité pour les PC qui sont trop vieux, en tout cas plus compatibles, pour proposer une campagne d’installation de Linux, en mettant en avant le côté écologique, puisqu’on peut prolonger la vie des matériels, des PC, et aussi que ça consomme moins de données, et le côté économique puisque vous ne payez pas pour Linux, vous pouvez contribuer en faisant des dons, et vous ne payez pas non plus pour les logiciels libres qu’on installe dessus comme LibreOffice [3].
Cindy Massoteau : Aujourd’hui, il y a du monde. Est-ce que tu sens qu’il y a une bascule ?
Benzo : Nous sommes un peu dans notre bulle, c’est vrai qu’on a toujours l’impression que c’est le grand jour et la grande année de Linux. Il n’empêche que si on se base sur les données à l’échelle mondiale du nombre de systèmes installés sur des PC, en gros 4 % des PC étaient sous Linux début 2025, ce qui était déjà pas mal, le reste étant Microsoft et MacOS de Apple et là, en novembre, on est à 10 % de Linux en part de marché. Les chiffres parlent pour un engouement vers ce système-là, avec vraiment qu’il y en a assez de l’obsolescence programmée. Les gens commencent à prendre conscience que, d’une part, ils se font piller leurs données, qu’ils payent pour ça, et ils commencent à en avoir marre de ces politiques marketings. Ils viennent donc vers Linux au début par opportunisme, un peu pour ses valeurs, mais oui, il y a un engouement certain cette année. Si nous sommes une trentaine, certes, on a mis des moyens parce qu’on a pas mal communiqué, mais c’est bien parce qu’il y a eu ce fait-là avec Microsoft. C’est ce qu’on dit « en ce moment Microsoft est notre meilleur ami, c’est notre meilleur allié, c’est lui qui a clairement poussé les gens là-dessus. »
Cindy Massoteau : Les motivations sont diverses parmi les usagers : curiosité, agacement face à Windows ou volonté de plus de libertés numériques, chacun a sa raison. Trois personnes ont accepté de nous raconter pourquoi elles ont choisi Linux.
Françoise, pourquoi avez-vous voulu passer sur Linux ?
Françoise : Pour me débarrasser de tout ce qui me traque, me suit à mon insu, contre mon gré.
Anonyme : Pourquoi ? Parce que j’ai un ordinateur qui est en Windows 8.1. J’en ai un autre qui est en Windows 10. Je ne veux pas jeter ma machine, je souhaite continuer à l’utiliser. Et puis, comme j’entends parler de Linux depuis un certain temps, je veux voir ce que c’est pour l’essayer.
Anonyme : J’étais sous Windows 10 jusqu’à présent. Je ne peux pas passer mon vieil ordinateur sur Windows 11. Je n’ai pas l’intention de racheter un ordinateur parce qu’on m’a dit qu’il est encore très bon et qu’il est possible d’installer justement un logiciel libre.
Cindy Massoteau : Oui, c’est ça. En fait, votre ordinateur va très bien, il n’a rien, mais si vous ne le changez pas, vous ne pourriez plus l’utiliser.
Anonyme : Voilà, il y aura des problèmes de sécurité avec Windows 10.
Cindy Massoteau : Est-ce que vous appréhendez de passer sur Linux ?
Anonyme : Non, je suis assez rassurée par l’association qui, j’ai l’impression, aide vraiment beaucoup. On peut venir régulièrement aux permanences pour se faire aider, il y a aussi un forum en ligne. J’ai vraiment toute confiance en l’association.
Technicien : On va redimensionner le disque de Windows. On va prendre de l’espace pour faire de la place pour Linux Mint [4] pour, ensuite, faire un dual boot pour Monsieur. Un dual boot, ça veut dire que l’utilisateur va pouvoir choisir quel système il veut utiliser, entre Windows et Linux, au démarrage de la machine.
Anonyme : Donc les deux restent en place.
Technicien : C’est ça.
Benzo : C’est aussi pour cela que Linux a de plus en plus de succès, parce que, déjà, l’installation en elle-même est plutôt simple. Même s’il faut accompagner les gens par la suite, on retrouve quand même la plupart du temps les usages basiques : tu vas sur Internet avec un navigateur, tu édites des documents avec une suite bureautique, tu fais du dessin, tout cela est géré dans Linux avec des logiciels libres. Tu peux très facilement te connecter au réseau wifi, c’est très simple, c’est la même fonction que sous Windows. Tout cela a été simplifié dans la conduite du changement – je n’aime pas trop ce terme parce qu’il est connecté management – pour les utilisateurs et utilisatrices, dès lors qu’ils ont décidé de passer sur un autre système pour toutes les raisons qu’on a dites. Mais si on regarde, en fait ils l’ont déjà fait avec Android sur leur smartphone. Du jour au lendemain, ils n’avaient plus leurs repères, il n’y avait plus de menu « Démarrer ». Quand tu dois aller mettre le wifi, ce n’est pas comme sur Windows et les gens se sont adaptés. Dès lors que ça répondait à un besoin, ou qu’ils en avaient besoin, ils ont réussi à s’adapter. Donc, pour nous, c’est avant tout la motivation, mais, sous Linux, nous proposons un accompagnement. Ce n’est pas juste installer Linux aujourd’hui. Tu as fait le tour des tables : on va discuter, on va accompagner les gens, dire « maintenant tu vas peut-être trouver ça là. Tu préfères ta barre des tâches en bas, on va te la mettre en bas ». Il y a quand même toute une phase d’accompagnement, mais c’est surtout la motivation.
Cindy Massoteau : Est-ce que Linux a quelque chose à y gagner ?
Benzo : Oui. C’est d’ailleurs une question qui est revenue la semaine dernière à la conférence de présentation de Linux, c’est-à-dire quel est le modèle économique ? Parce que nous sommes habitués, dans notre culture occidentale capitaliste, que quand c’est gratuit, en général c’est vous le produit, c’est ce qu’on a l’habitude de dire. Le modèle économique, c’est le modèle du Libre. En général, ce sont des communautés de passionnés, au tout début, de développeurs qui, sur leur temps libre, ou pas seulement, utilisent du logiciel libre et le développent pour l’adapter à leurs besoins ou aux besoins d’autres personnes. Ça repose pas mal sur des valeurs de partage et, parfois, leur moteur c’est aussi d’être reconnus de leurs pairs. On est plus sur un modèle de don, donc si vous voulez contribuer au logiciel libre il faut pouvoir faire des dons. Le logiciel libre vit de dons. Ensuite il y a aussi un autre modèle, je crois que c’est Red Hat [5], qui propose une distribution Linux, donc une version de Linux en version entreprise. Si vous voulez bénéficier de la version entreprise, il faut payer un abonnement et si vous voulez bénéficier du support, donc de tous ces petits services qui ont une plus-value, vous payez aussi. On est donc sur un autre type de modèle.
Après, le grand paradoxe, c’est que les gros contributeurs sur le logiciel libre sont Google et parfois Microsoft. C’est un des gros paradoxes parce qu’eux-mêmes, en fait, ont compris leur avantage à récupérer du logiciel libre, à l’adapter à leurs besoins. Et ensuite, eux, par contre, ne reversent pas tout le temps à la communauté, c’est-à-dire qu’ils vont prendre ce logiciel qui est libre, ils vont l’adapter et ensuite le mettre sous une licence qui empêche de pouvoir réutiliser ce code. C’est assez fou, mais voilà !
Cindy Massoteau : A l’issue de cette install party, tous repartent avec un ordinateur sous Linux et l’envie de se familiariser avec ce système d’exploitation.
Root66 organise régulièrement des install parties et des conférences sur le numérique. N’hésitez pas à suivre leurs événements en allant sur root66.net.
Voix off : Vous venez d’écouter Un micro dans la ville, un reportage réalisé par Cindy Massoteau sur Marmite FM 88.4.