Voix off : Libre à vous !, l’émission pour comprendre et agir avec l’April, l’association de promotion et de défense du logiciel libre.
Frédéric Couchet : Bonjour à toutes, bonjour à tous dans Libre à vous !. C’est le moment que vous avez choisi pour vous offrir une heure trente d’informations et d’échanges sur les libertés informatiques et également de la musique libre.
La Fondation Charles Léopold Mayer pour le Progrès humain et le logiciel libre, c’est le sujet principal de l’émission du jour. Avec également au programme, en début d’émission, la chronique « Que libérer d’autre que du logiciel », avec Antanak, et, en fin d’émission, la chronique « Lectures buissonnières », de Vincent Calame, sur la revue Curseurs.
Soyez les bienvenu·es pour cette nouvelle édition de Libre à vous !, l’émission qui vous raconte les libertés informatiques, proposée par l’April, l’association de promotion et de défense du logiciel libre.
Je suis Frédéric Couchet, le délégué général de l’April.
Le site web de l’émission est libreavous.org, vous pouvez y trouver une page consacrée à l’émission du jour avec les liens et références utiles et également les moyens de nous contacter.
Nous sommes mardi 9 juin 2026.
Nous diffusons en direct, mais vous écoutez peut-être une rediffusion ou un podcast.
Nous saluons également les personnes qui nous écoutent sur les webradios radio Cigaloun et radio Broussaille, ainsi que sur les radios FM Radios Libres en Périgord et Radio Quetsch.
À la réalisation de l’émission, Julie Chaumard. Salut Julie.
Julie Chaumard : Bonjour et belle émission.
Frédéric Couchet : Merci. Nous vous souhaitons une excellente écoute.
[Jingle]
Chronique « Que libérer d’autre que du logiciel », avec Antanak
Frédéric Couchet : « Que libèrer d’autre que du logiciel », la chronique d’Antanak. Isabelle Carrère et d’autres personnes actives de l’association Antanak se proposent de partager des situations très concrètes et/ou des pensées mises en acte et en pratique au sein du collectif : le reconditionnement, la baisse des déchets, l’entraide sur les logiciels libres, l’appropriation du numérique par toutes et tous.
Bonjour Isabelle.
Isabelle Carrère : Bonjour. Merci de me donner la parole une nouvelle fois, de donner la parole à Antanak. Aujourd’hui je suis en train de perdre ma voix, c’est dommage pour faire de la radio, n’est-ce pas, mais c’est comme ça, vous allez faire avec chers auditeurs et auditrices, excusez-moi.
Frédéric m’a demandé « quel titre aura ta chronique ? » et, une fois de plus, j’ai dit « je ne sais pas », parce que je ne sais pas quel titre donner à ça.
De quoi je voulais vous parler ? Ici on en a souvent parlé, on comprend facilement ce qu’est un logiciel propriétaire. Le terme « privateur » est parfois utilisé, je dois dire qu’à Antanak on l’aime bien, on le préfère, il permet de mieux comprendre les enjeux de privation de liberté liés à ce type d’outil, de logiciel.
Par contre souvent, et encore y compris à Antanak parfois, les notions de logiciel libre et de logiciel open source sont mélangées ou pas assez précisées. Peut-être que la majorité des auditeurices, ici, connaissent la différence. Juste quelques mots quand même.
Un logiciel libre, défini par la Free Software Foundation, est un logiciel qui donne aux utilisateurs et utilisatrices la liberté d’exécuter, copier, distribuer, étudier, modifier, améliorer le code source. Donc, au-delà d’une simple utilisation d’un code source, le logiciel libre incarne une orientation, une philosophie, une éthique. Tout le monde est encouragé à adopter une approche responsable de la technologie qui reconnaît l’importance de la liberté et du contrôle sur les outils qu’on utilise. C’est vrai qu’on essaye, à Antanak, de mettre beaucoup l’accent sur la coopération, la solidarité l’entraide et le respect des libertés.
Du coup, le terme open source, lui, se réfère simplement à la disponibilité du code source d’un logiciel. Il permet à quelqu’un de le consulter, de le modifier mais pas beaucoup plus.
En gros, on peut retenir, ce qu’on dit souvent pour simplifier, pour toutes les personnes, c’est que tous les logiciels libres sont open source mais que tous les logiciels open source ne sont pas nécessairement libres.
Pourquoi je vous parle de cela ? Figurez-vous qu’à l’assemblée générale d’Antanak, le 30 mai, il se trouve que quelqu’un, quasi à la fin, tous les points à l’ordre du jour ayant été visités, les résolutions votées dans un grand enthousiasme, etc., nous étions quand même une quarantaine de personnes, ce qui n’est pas rien malgré tout !, quelqu’un pose la question : « Est-ce qu’un jour Antanak va s’occuper de l’IA ? ». C’est une question tout à fait intéressante et là s’est ensuivi un grand débat : « Si, si, il doit sûrement pouvoir y avoir une IA libre. – En tout cas, il y a des IA open source. » Et tout le monde s’est mis à débattre de tout ça. Je n’ai pas regardé, j’aurais dû regarder si le sujet avait déjà été évoqué dans une des émissions Libre à vous !.
Frédéric Couchet : Non, ce n’est pas le cas.
Isabelle Carrère : Ce n’est pas le cas, peut-être que ce serait intéressant.
Du coup, c’est de cela dont je voulais parler un petit peu, parce que j’ai trouvé qu’il y avait une espèce de confusion assez phénoménale, c’est pour cela que j’ai commencé par « c’est quoi le Libre, c’est quoi l’open source. »
Il se trouve qu’il y a effectivement des modèles d’intelligence artificielle, puisque c’est comme cela qu’on les appelle, chinois qui sont open source. Et on sait que la Chine, plutôt que de mettre tout privateur, a choisi, comme modèle, de les mettre à disposition de manière gratuite, pour le moment, afin que le maximum d’entreprises, de structures, de collectifs utilisent ces modèles-là. Ça ne veut pas dire qu’un jour ça ne va pas changer, en tout cas c’est ce qui se passe. J’ai lu quelques articles, j’ai regardé un petit peu ce qu’on disait là-dessus. Il y a donc beaucoup de téléchargements de ces grands modèles de langage d’intelligence artificielle, sur une année, de févier 2025 et févier 2026, ils disent que 41 % des téléchargements seraient donc désormais des modèles chinois.
Au cœur de cette soi-disant domination, on retrouvera Qwen d’Alibaba – je ne sais pas comment ça se prononce, ça ne peut pas être queen, ce n’est pas une reine ce n’est pas ça, je ne sais pas. En tout cas, c’est une plateforme sur laquelle il y a beaucoup de modèles dérivés qui sont créés par ces communautés chinoises. C’est beaucoup plus que toutes les contributions de Google et Meta réunis, on parle de 113 000 modèles dérivés.
C’est intéressant. De quoi ça parle ? Ça parle du fait que de l’open source pourrait, de manière simple, apparemment, en tout cas plus ou moins simple, être mis à disposition pour qu’on l’utilise. C’est-à-dire que la volonté est aussi d’un point de vue commercial, en tout cas on pourrait dire capitaliste, puisque l’idée c’est quand même que ces versions gratuites soient les modèles utilisés. Ça tend vers une hégémonie et vers une volonté de faire en sorte que tout le monde utilise tel modèle plutôt que tel autre.
Pendant que les dirigeants politiques, économiques, se focalisent sur des modèles géants des acteurs étasuniens, la Chine continue de l’open source à plus faible coût que chez son concurrent occidental. Et pendant ce temps-là, ici, on continue à parler simplement de souveraineté numérique !
J’ai déjà eu l’occasion de le dire, je suis plutôt opposée à cette généralisation des IA un peu partout et surtout à la généralisation des usines à IA qui prennent les territoires, un peu partout, pour des espaces dédiés pour ces gros datacenters. On bétonise des hectares de terres agricoles, on utilise de plus en plus d’énergie électrique, d’eau, etc., et tout ça pourquoi ? On l’a vu dernièrement, Macron vend des territoires, notamment en métropole mais aussi en Guadeloupe, parce qu’on a le nucléaire, donc c’est génial, on peut mettre de l’électricité à un bon tarif et, soi-disant, sans risques, sans risques pour maintenant, ça ne dit rien concernant la suite !
Du coup, défendre un modèle open source, est-ce que ça continue à être une bonne idée ? Je ne sais pas, je pose la question et je n’ai vraiment pas de réponse. Cette chronique n’est affirmative sur rien. J’ai juste posé, là au milieu de la table, un certain nombre de sujets : de quoi parle-t-on ? Le déploiement des IA chinoises est donc aussi simple, maintenant, que quand ils font des ports, des rails, des infrastructures matérielles. Et on s’aperçoit, en plus, que l’adoption de ces modèles, de ces IA, ne se fait pas simplement en Occident, c’est aussi en Afrique, en Asie du Sud-Est, en Amérique du Sud, ça doit donc combler quelque chose, ça doit répondre à une demande pour que ça soit à ce point utilisé. À quelle demande cela répond-il ? Je trouve que la question se pose. Au-delà de l’aspect financier, on pourrait imaginer que très bientôt le gouvernement chinois, qui maintient quand même, on le sait, une surveillance étroite sur la technologie, avec la censure et les réglementations, va en arriver, malgré tout, à refermer quelque chose. Refermer quelque chose sur les questions d’applications qui sont stratégiques en matière de cybersécurité ou de défense et là, du coup, qu’est-ce qui va se passer ?
Pour conclure, dans le délai de cette petite chronique, je voulais juste que soient ouvertes les questions de cette course aux IA, à laquelle je suis assez opposée, qui seraient devenues, en quelques années, aussi indispensables aux capitalistes que leurs bourses, telles des armes.
Frédéric Couchet : Merci Isabelle. Je pense qu’on finira par traiter ce sujet, peut-être dans la saison 10 qui commencera en septembre 2026. D’ailleurs, on se retrouve lors de la saison 10 pour ta prochaine chronique, en septembre 2026.
C’était Isabelle Carrère, d’Antanak, le site c’est antank.com, avec un « k ».
Isabelle Carrère : Et avec un tout nouveau site sous SPIP.
Frédéric Couchet : Un tout nouveau site fait sous un logiciel libre qui s’appelle SPIP, que Vincent Calame connaît bien, on en parlera tout à l’heure, c’est l’outil logiciel libre qui propulse également libreavous.org et plein de sites de l’April. Antanak sont nos voisines, leur adresse c’est le 18 rue Bernard Dimey dans le 18e arrondissement de Paris.
Isabelle Carrère : Merci.
Frédéric Couchet : Merci Isabelle.
On va faire une pause musicale.
[Virgule musicale]
Frédéric Couchet : Julie, pour la pause musicale, je vais te demander d’activer le micro de Vincent, parce que Vincent est un coquin. Je l’aime bien parce qu’il envoie des suggestions pour les pauses musicales pas forcément très simples à prononcer : Aman Avci Vurma Mani par Turku, Nomads of the Silk Road. Pourquoi ce choix de musique ?
Vincent Calame : Ça change de style, mais j’aime aussi beaucoup la musique traditionnelle et il n’y en a pas énormément, pour l’instant, sur les plateformes de musique libre, ce qui est dommage. Au fond, la musique traditionnelle c’est de la musique libre puisque ça provient de centaines d’années de pratique, de gens qui ne se posaient pas de questions de licence. Pour l’instant, il y en a un assez peu sur Internet, sur les plateformes de musique. Il y a celle-là, c’est aussi une zone géographique moins étudiée, moins connue.
Frédéric Couchet : Quelle région ?
Vincent Calame : C’est Turquie et Moyen-Orient.
Frédéric Couchet : D’accord. Je vais le redire, c’est un défi, je ne sais pas si je le prononce correctement, excusez-moi et n’hésitez pas à me corriger en envoyant un message.
Aman Avci Vurma Mani par Turku, Nomads of the Silk Road. On se retrouve dans deux minutes trente. Belle journée à l’écoute de Cause Commune, la voix des possibles.
Pause musicale : Don’t You Get It, par Damien Ogorodov.
Voix off : Cause Commune, 93.1.
Frédéric Couchet : Nous venons d’écouter Aman Avci Vurma Mani, par Turku, Nomads of the Silk Road, disponible sous licence libre Creative Commons Attribution, CC By 4.0.
C’est l’occasion, pour moi, de rappeler que toutes nos pauses musicales sont sous des licences libres qui permettent de les partager librement avec vos proches, de les télécharger parfaitement légalement, de les remixer y compris pour des usages commerciaux. J’en profite aussi pour rappeler que toutes nos musiques sont disponibles sur le site libreavous.org, il y a un onglet « Les musiques ». L’outil qui permet de gérer ces musiques est un outil libre dont on va parler dans le sujet principal, parce que c’est un outil développé par Vincent Calame pour la Fondation Charles Léopold Mayer pour le Progrès humain. On recycle tout dans cette émission ! Et puis n’hésitez pas à aller découvrir cette musique turque, c’est effectivement assez rare qu’on passe ce genre de musique et c’est très bien.
[Jingle]
Frédéric Couchet : Nous allons poursuivre par notre sujet principal.
[Virgule musicale]
La Fondation pour le Progrès humain et le Libre avec Antoine Vaskou et Vincent Calame
Frédéric Couchet : Nous allons poursuivre par le sujet principal qui porte aujourd’hui sur la Fondation Charles Léopold Mayer pour le Progrès humain, la FPH, et les actions autour du logiciel libre, avec nos invités Antoine Vaskou, responsable de programmes à la FPH, et Vincent Calame, développeur, concepteur et codeur de logiciels libres au sein de la Fondation, également bénévole à l’April.
Bonjour Vincent. Bonjour Antoine.
Vincent Calame : Bonjour.
Antoine Vaskou, : Bonjour.
Frédéric Couchet : Il y a une certaine logique concernant l’enchaînement des émissions dans Libre à vous !. L’émission précédente c’était « Droits humains et enjeux numériques » avec Amnesty International France et la LDH, et l’émission précédente c’était « Migrer de Windows vers un système libre sur le poste de travail », dont on va parler tout à l’heure. Il y a une logique dans la suite des émissions de mai et juin.
Fondation est un terme que les gens, en France, ne connaissent pas forcément, ou, en tout cas, en ont une image parfois un petit peu inexacte ou biaisée.
On va déjà commencer par une présentation personnelle de chacun de vous,
Antoine Vaskou.
Antoine Vaskou, : Bonjour. Je vais commencer par vous remercier de m’avoir invité aujourd’hui, dans cette émission.
Comme vous l’avez dit, je suis responsable de programmes à la Fondation pour le Progrès humain, j’interviens dans différents programmes de la Fondation.
Très brièvement, je suis issu d’un parcours pluridisciplinaire entre les sciences de l’environnement et les sciences humaines, avec une spécialisation autour du concept de durabilité. Auparavant, j’ai travaillé dans le secteur bio, dans une entreprise au service du numérique, dans le secteur public, au bureau de la durabilité de la commune de Vevey, une petite commune à côté de Lausanne, avant de rejoindre, finalement, la Fondation pour le Progrès humain.
C’est cette diversité, à la fois théorique et pratique, qui me permet de faire le lien justement entre enjeux écologiques, sociaux, démocratiques et puis numériques.
Frédéric Couchet : D’accord. On va peut-être se tutoyer parce qu’on se tutoie, tu as dit « vous ». Je sais que parfois, à la radio, les gens se vouvoient, sauf si ça te dérange.
Antoine Vaskou, : C’est très bien pour moi.
Frédéric Couchet : Je sais qu’à la radio il y a une théorie selon laquelle il faudrait se vouvoyer pour ne pas exclure l’auditorat. Mais Cause Commune est une radio associative, militante, les auditeurs et auditrices sont intégrées de facto, notamment par le tutoiement quand on se tutoie dans la réalité.
Vincent Calame, on te connaît effectivement un peu plus sur la radio, par contre, on ne sait pas ce que tu fais, c’est l’occasion d’une petite présentation personnelle.
Vincent Calame : Je suis travailleur indépendant, j’ai une petite entreprise qui s’appelle Exemole. Je suis évidemment très lié à la Fondation Charles Léopold Mayer puisque je travaille avec elle depuis les années 2000 pour toute sa politique informatique, notamment le développement de ses outils internes. Je ne suis pas salarié de la FPH, j’ai fondé une société dans l’idée que les développements qu’on ferait pour la FPH ne seraient pas que pour la FPH, auraient d’autres perspectives, d’autres clients aussi. Je travaille notamment pour une autre fondation, la Fondation Terre solidaire, une émanation du CCFD-Terre Solidaire [Comité catholique contre la faim et pour le développement].
Frédéric Couchet : D’accord. D’autres structures te font travailler, on en parlera tout à l’heure, peut-être aussi que d’autres personnes contribuent aux projets libres, on verra si ça existe, si c’est le cas, c’est plus compliqué, je sais, mais c’est un sujet qui me paraît intéressant.
La Fondation Charles Léopold Mayer pour le Progrès humain, qu’on va appeler FPH – de temps en temps, je rappellerai quand même son nom complet. On va commencer par une présentation de ce qu’est la FPH, son rôle, son histoire, son fonctionnement, son financement. Une petite présentation pour que les personnes qui nous écoutent comprennent d’où vient cette fondation et ce qu’elle fait. On va plutôt demander à Antoine.
Antoine Vaskou, : Peut-être qu’avant de commencer par présenter la FPH, je peux commencer par présenter de manière plus large ce que sont les fondations.
Si on en revient à la définition, une fondation c’est une personne morale de droit privé, à but non lucratif, qui est créée par un ou plusieurs donateurs, eux-mêmes pouvant être des personnes physiques ou morales, pour accomplir une œuvre – et c’est très important – d’intérêt général.
Pour bien comprendre ce que sont les fondations, il faut distinguer deux axes :
le premier le premier axe, c’est l’origine des fonds : qui finance ?
et le deuxième, c’est le mode d’action : comment on agit ?
Si on essaie de voir ce que sont les fondations selon l’origine des fonds, on peut distinguer :
- les fondations familiales, ou privées, qui sont souvent issues d’une fortune privée familiale. Elles sont souvent perpétuelles et visent à soutenir des causes qui sont chères au fondateur sur le long terme. C’est l’exemple de la fondation Bill et Melinda Gates que, probablement, tout le monde connaît ;
- les fondations d’entreprise qui sont créées et abondées par une entreprise pour porter des actions de mécénat ou de responsabilité sociale et environnementale. On a, par exemple, la Fondation EDF ou la Fondation Orange ;
- les fondations de coopération scientifique ou universitaire qui regroupent des établissements publics et des partenaires privés pour financer la recherche ;
- les fondations sous égide ou abritées. C’est un modèle où un donateur crée une fondation sans monter sa propre structure juridique, elle est abritée par une fondation existante, par exemple la Fondation de France, qui gère le côté administratif. C’est un modèle qui est très courant pour les petites initiatives ;
- les community foundations. C’est un modèle anglo-saxon très développé, un peu moins en Europe, où les fonds proviennent de nombreux donateurs locaux d’un territoire pour financer des projets locaux ;
- les fondations issues de la mobilisation communautaire comme Apache Software Foundation ou la Free Software Foundation. Leur force vient de la structuration de milliers de développeurs et de militants qui financent et gouvernent l’outil pour protéger leur travail commun.
Voilà pour l’axe origine des fonds.
On a un second axe qui est le mode d’action, comment on utilise l’argent, et c’est plus ici que se joue la stratégie. Par exemple, une même fondation peut choisir l’un ou l’autre des modes d’action.
On va distinguer :
- les fondations donatrices, donc des fondations qui ne réalisent pas elles-mêmes des projets, elles gèrent un capital qu’elles utilisent, parfois seulement les revenus de ce capital, pour distribuer des subventions à des tiers – des associations, des chercheurs, des coopératives – qui portent les projets eux-mêmes ;
- les fondations opératrices, qui sont les fondations qui portent leurs propres projets, avec leurs propres équipes salariées. Elles agissent directement sur le terrain comme le ferait une association. Là on peut donner l’exemple de la fondation Wikimédia qui emploie du personnel pour faire tourner la boutique, les développements techniques, juridiques, stratégiques, collecte de fonds ;
- les fondations hybrides qui sont à la fois donatrices et opératrices ;
- les pool funds. Là, la fondation va agir comme un guichet unique. Elle va recevoir des fonds de plusieurs donateurs qui peuvent être des États, des entreprises, des particuliers, voire d’autres fondations, pour ensuite les redistribuer sur une thématique précise. Ce type de fondation garantit une bonne utilisation d’un fonds et va mutualiser les coûts de gestion. Par exemple, en France, on a le Fonds pour la Démocratie qui s’est récemment constitué autour de la thématique de la démocratie.
Cette double distinction me mène à la FPH, qu’est ce qui caractérise la Fondation pour le Progrès humain ? C’est une fondation donatrice, privée, de droit suisse, issue du patrimoine de Charles Léopold Mayer qui a laissé son nom à la Fondation. C’était un Français d’origine irlandaise. Il était à la fois ingénieur chimiste, financier et humaniste. Il n’avait pas d’héritier et, à sa mort, en 1971, il a souhaité mettre sa fortune au service d’actions et de travaux à caractère scientifique et humaniste.
La Fondation a été créée 11 ans après sa mort, en 1982.
Aujourd’hui, la Fondation pour le Progrès humain soutient structurellement, par ses dons qui représentent aujourd’hui à peu près huit millions d’euros par an, plus des dons en nature. On accueille une dizaine d’associations dans un bâtiment que la fondation possède à Paris.
Vincent Calame : Que l’April connaît !
Antoine Vaskou, : On soutient des mouvements et des organisations de la société civile, plus d’une centaine aujourd’hui, dans leurs actions de plaidoyer en faveur d’une transition écologique, ce qui est vraiment le fil rouge de la fondation.
Bien sûr, on regarde cette question de transition écologique d’une manière holistique, ce qui intègre tout un tas de dimensions. Quand on parle de transition écologique, on essaie d’intégrer toutes les dimensions qui sont en lien avec cette transition écologique, par exemple des aspects économiques, des aspects démocratiques, des aspects sur la responsabilité des multinationales, ce qui fait que l’action de la Fondation est répartie dans neuf programmes différents qui s’intéressent chacun à une dimension différente de la transition écologique.
Je vais donner deux ou trois exemples de programmes. On en a un qui s’appelle « Démocratie et État de droit », un autre « Économie écologique », un autre « Systèmes alimentaires durables territorialisés ».
Le message clé que je souhaite faire passer, c’est que la FPH n’est pas une fondation du Libre, c’est une fondation d’intérêt général qui considère le Libre comme un outil qui lui permet, parmi d’autres, de réaliser sa mission.
Frédéric Couchet : Une introduction très claire. Je vais peut-être faire rebondir Vincent. Dans le monde du logiciel libre, quand on parle de fondation, on a plus en tête la Fondation Mozilla pour Firefox, tu l’as dit tout à l’heure, la Fondation pour le Logiciel libre, donc la Free Software Foundation, la Fondation Apache. Antoine l’a déjà un petit peu dit, peut-être peux-tu expliquer, Vincent, ce que font ces fondations du logiciel libre, rapidement.
Vincent Calame : Dans les modèles décrits par Antoine, on est plus dans des fondations proactives, qui ont une mission autour de projets particuliers, la Fondation Apache en héberge un certain nombre. C’est effectivement l’occasion de réunir des acteurs qui peuvent être concurrents par ailleurs – c’est aussi ce qui est intéressant dans ce modèle –, mais qui voient l’intérêt de mutualiser le code et le développement. Il y a la Fondation OpenStreetMap. Ces fondations reposent effectivement sur des dons, à la fois des dons en nature, à la fois de la contribution, à la fois des dons d’entreprises sponsors. La force, l’avantage de la FPH c’est que c’est un patrimoine. Ces huit millions d’euros annuels sont issus du patrimoine initial de Charles Léopold Mayer ce qui donne une grande indépendance. Par exemple, la FPH ne fait pas de campagnes d’appel à don, contrairement à ce que font beaucoup de fondations qui, d’ailleurs, se retrouvent un peu en concurrence avec les associations, chacune faisant sa campagne d’appel à don.
Frédéric Couchet : Certaines sont quand même financées par des grandes entreprises, notamment la Fondation Apache ou la Fondation Linux, du noyau, par IBM, Microsoft, etc., qui ont des intérêts économiques derrière, donc qui orientent, qui font des choix technologiques par rapport à leurs priorités, ce qui n’est pas forcément le cas de la FPH.
Est-ce que les soutiens fonctionnent par appel à projets ou est-ce qu’il y a aussi des choix de la FPH, disant « sur tel et tel sujet on va mettre l’accent parce qu’il y a une priorité ». Comment les projets soutenus par la FPH sont-ils choisis ?
Antoine Vaskou, : Merci de poser cette question qui va me permettre de clarifier ce point qui est aujourd’hui très important pour nous.
La Fondation a pu soutenir des projets sa première décennie d’existence, dans les années 80, mais dès les années 90, nous sommes sortis de cette logique d’appel à projets qui, finalement, crée beaucoup de travail, de suivi, de reporting, de travail administratif de part et d’autre, à la fois du côté des associations et du côté des fondations. C’est vrai qu’aujourd’hui on est dans une période de plus en plus contrainte financièrement pour les associations et cette dynamique d’appel à projets, en plus de créer du travail de part et d’autre, a pour effet de mettre en concurrence les associations. Donc, aujourd’hui, la FPH fait le choix de soutenir structurellement des organisations qui sont porteuses d’un plaidoyer, qui veulent passer des bonnes pratiques aux bonnes politiques. On soutient structurellement des organisations qui, ensuite, ont la liberté d’utiliser les fonds qu’on leur donne, d’allouer ces fonds-là pour porter leur plaidoyer, faire de la communication, porter certains projets qu’elles pensent importants, même si un projet n’a pas fonctionné, qu’elles veulent peut-être partir sur autre projet, elles ont tout à fait la liberté de le faire, parce qu’on ne fonctionne pas par appel à projets aujourd’hui.
Frédéric Couchet : D’accord. C’est une excellente précision et l’April en est un exemple parfait. La Fondation soutient l’April depuis 2019, en tant que membre de l’April, et effectivement la Fondation ne se mêle pas de ce qu’on en fait. Mais l’histoire de l’April et de la FPH est encore plus ancienne que ça ! Au début des années 2000 j’ai rencontré Vincent, avec d’autres, on va y revenir tout de suite après parce que c’est aussi la question de la migration vers des outils libres, même si tu as commencé à expliquer les raisons pour lesquelles ça a été fait.
C’est effectivement important par rapport à d’autres fondations où il y a des appels à projets. J’ai remarqué que la Fondation de France, par exemple, commence aussi à changer de ce point de vue-là, c’est-à-dire qu’elle fait moins d’appels à projets. J’y reviendrai tout à l’heure parce que j’aurai une question sur le rôle de certaines fondations qui ne sont pas spécifiquement logiciels libres.
Il faut que les gens retiennent un autre point important, ce que tu as dit en introduction, les fondations de logiciel libre, dont on a parlé – la Fondation Apache, la Fondation Mozilla, etc. –, sont orientées logiciel libre alors que la Fondation pour le Progrès humain n’est pas orientée logiciels libres. Quelque part, le logiciel libre est un outil que vous avez identifié comme faisant partie des outils à utiliser par rapport à votre mission. C’est bien ça ?
Antoine Vaskou, : Exactement, c’est très bien résumé.
Frédéric Couchet : OK, d’accord.
On va rentrer dans le vif du sujet. Pourquoi a-t-on invité la FPH, à part qu’on les aime bien ? On connaît effectivement très bien les locaux de la FPH, à Paris, qui sont vraiment magnifiques, écoresponsables, etc., j’en reparlerai tout à l’heure dans les annonces de fin parce que, tous les jeudis, il y a notamment des Ateliers de Contribution et on a le plaisir d’utiliser les locaux de la FPH lors de nos AG, le dimanche, pour faire des réunions de travail. Donc pourquoi a-t-on invité la FPH ? Parce que c’est intéressant d’avoir le retour d’expérience de la migration vers le logiciel libre d’une structure telle que la FPH. On parle souvent de migration côté serveur, mais il n’y a pas que les serveurs, il y a les systèmes d’exploitation sur les postes de travail, il y a aussi les outils sur le système d’exploitation.
À quel moment cette migration a-t-elle commencé ? On a compris pourquoi mais à quel moment a-t-elle démarré ? Y a-t-il eu un moment précis de démarrage ? Une réflexion ? Vincent Calame.
Vincent Calame : Dans les années 2000, je pense qu’il y a eu tout de suite une sensibilité générale de la FPH quand elle a découvert les enjeux du logiciel libre, elle ne s’est pas trop posé la question de la cohérence entre logiciel libre et ses actions. Il y a évidemment cela. Ce qui est amusant c’est que la migration a d’abord concerné les postes de travail.
Frédéric Couchet : Vous avez donc commencé par le plus compliqué !
Vincent Calame : Oui, tout à fait. Je dirais que, dans un premier temps, nous n’avions pas vraiment de serveur !
Frédéric Couchet : D’accord.
Vincent Calame : Il faut dire ce qui est. Au début nous n’avions pas de serveur. La réflexion concernant l’informatique a commencé dans les années 90. J’ai vérifié, les premiers documents datent de 1986.
Au début, c’étaient des postes de travail avec juste un système de disques durs partagés.
Ce qui est intéressant c’est que le terreau était favorable. La FPH n’a jamais été très liée aux outils Microsoft. Pour l’anecdote, dans les années 90, le traitement de texte utilisé était WordPerfect, un logiciel qui a disparu depuis. Elle n’était pas encore dans le Libre, mais elle avait vécu le fait de se faire imposer Microsoft Word, parce que c’était devenu le standard, alors qu’elle aimait beaucoup WordPerfect. À l’époque, il y avait encore moins d’interopérabilité que maintenant, mais elle avait déjà subi un peu cette frustration de se faire imposer un standard extérieur. J’avais introduit StarOffice, l’ancêtre de LibreOffice, on utilisait également Netscape. En fait, le terreau était favorable pour basculer vers Le libre et le basculement s’est fait sur le triptyque habituel en bureautique : LibreOffice, Firefox et Thunderbird.
Pour Firefox et Thunderbird, c’est passé sans problème. Quand Thunderbird est arrivé, il a notamment introduit un vrai filtre anti-spam que les autres n’avaient pas.
Pour LibreOffice ça a été beaucoup plus compliqué, lié au fait, on y reviendra, que la Fondation ne travaille pas seule, ce n’est pas une bulle, elle est beaucoup en communication avec ses partenaires. On pouvait utiliser en interne LibreOffice, mais à l’époque, diffuser du .odt, qui est le format de LibreOffice, posait toujours problème.
Frédéric Couchet : Pour donner une idée c’était vers quelles années.
Vincent Calame : On a eu LibreOffice 1.0, c’était donc vers 2005/2006.
Frédéric Couchet : D’accord. Il y a quand même 21 ans.
Vincent Calame : On a eu aussi la première version de Firefox. On avait déjà Netscape avant. Ensuite, le premier basculement vers une distribution GNU/Linux s’est fait vers 2009. On a commencé à basculer à l’occasion de l’achat de nouveaux ordinateurs, vers 2009.
Frédéric Couchet : D’accord. Donc, pour bien comprendre, la migration initiale s’est faite vers des outils libres sur un environnement Windows, ce que font beaucoup de gens, ensuite migration du système d’exploitation et les personnes ont retrouvé les mêmes outils.
Vincent Calame : Tout à fait. C’est ça.
Frédéric Couchet : À l’époque, c’était une décision stratégique de la fondation, c’est ça ?
Vincent Calame : Oui.
Frédéric Couchet : Combien de personnes utilisatrices étaient concernées ?
Vincent Calame : Une dizaine de personnes.
Frédéric Couchet : D’accord. Quel a été l’accueil ? Comment ça a été accueilli, à l’époque, par ces personnes ?
Vincent Calame : Pas trop mal. C’est pour LibreOffice que ça a été le plus dur, en plus c’était la version 1.0, on sentait qu’ils l’avaient sortie parce que ça urgeait, il y avait encore un certain nombre de bogues. Il y a toujours eu des problèmes de compatibilité entre les documents Word et LibreOffice, c’est beaucoup moins le cas maintenant, évidemment, donc ça a été le plus compliqué. Après, nous étions un peu plus malins : quand on est passé à GNU/Linux, on l’a fait avec des ordinateurs neufs qui étaient plus performants que les ordinateurs existants, il y avait donc le sentiment que GNU/Linux était plus performant. C’est surtout l’ordinateur qui était plus performant !, et on a aussi fait des formations. On a aussi essayé de dire qu’on ne faisait pas ça pour juste faire des économies de licence.
Frédéric Couchet : C’était d’ailleurs une de mes questions. Je vais juste finir sur la question de l’ordinateur, que j’avais notée. En préparant l’émission, tu m’avais dit que vous aviez acheté des ordinateurs préinstallés, à l’époque, avec des systèmes libres, c’est ça ?
Vincent Calame : Je parle des fixes, pour les portables c’était malheureusement beaucoup plus compliqué. En 2009, pour les fixes, j’avais pris un intégrateur que j’avais rencontré via l’April. On a ensuite refait une nouvelle version. Les ordinateurs actuels sont de 2015, ils ont bien tenu, ils continuent d’être opérationnels et là nous sommes passés à Ubuntu, c’est quelqu’un qui nous a fait l’installation. Nous avons pris un prestataire qui a fait la configuration de tous les ordinateurs.
Frédéric Couchet : D’accord.
Je reviens sur la question du coût, que je pose à tous les deux. Pour la FPH, acheter des logiciels propriétaires ce n’est pas forcément un souci financier. Par contre, au-delà du choix stratégique, dans un excellent document, un Guide Libre Association d’il y a quelques années, que j’ai relu, pour l’occasion, j’ai relu un retour d’expérience de la migration de la FPH. Finalement les points « libre distribution » et « gratuité des logiciels » n’étaient pas essentiels pour la FPH elle-même, par contre, il est écrit « il était fondamental, en revanche, pour la relation entre la FPH et ses partenaires moins dotés. Cela permet, par exemple, de fournir à un partenaire africain de passage à Paris un cédérom avec les dernières versions des logiciels que la FPH utilise. » Il y avait donc un choix qui était aussi lié aux partenariats spécifiques de la FPH, notamment avec des pays africains, etc., et des partenaires, entre guillemets, « moins dotés financièrement » . C’est bien ça ?
Vincent Calame : Oui, c’est ça. La FPH avait effectivement les moyens d’avoir toujours la dernière version des logiciels x et y, ce n’était pas un problème financier. Par contre, effectivement, ça crée un décalage. Là ça nous permet aussi de jouer le rôle de conseil auprès de nos partenaires. Quand un partenaire venait me voir et me demandait « qu’est-ce que tu proposes ? », c’était plus agréable de lui dire « tel logiciel est libre et tu peux l’installer » plutôt que lui dire « achète des licences chez untel. » Antoine y reviendra, c’était aussi une question de cohérence générale pour la FPH, le rapport entre ses valeurs et ses pratiques.
Frédéric Couchet : On va y revenir effectivement juste après. J’ai une question pour Antoine : depuis quand es-tu arrivé à la FPH à peu près ?
Antoine Vaskou, : Ça fait à peu près deux ans et demi maintenant.
Frédéric Couchet : D’accord. Quand tu es arrivé, est-ce que tu connaissais déjà le logiciel libre ? Est-ce que tu en utilisais ? Est-ce que le fait qu’à la FPH tu allais utiliser un système libre te posait souci ou, au contraire, t’enthousiasmait ? Quelle était ta relation avec le Libre à l’époque ?
Antoine Vaskou, : Pour resituer un petit peu, mon engagement pour les questions écologiques a commencé avant d’arriver à la FPH, il a commencé il y a maintenant presque dix ans. Très vite je me suis posé la question de la cohérence au niveau personnel : comment puis-je défendre des causes écologiques tout en utilisant les outils de ceux qu’on appelle les GAFAM – Google Amazon Microsoft, Facebook, Apple – qui sont souvent les premiers pollueurs numériques. J’ai donc commencé il y a quelques années et avant d’arriver à la Fondation, des gestes que je qualifierais de premier pas : par exemple, j’ai quitté Gmail pour Proton Mail ; en ce qui concerne le navigateur j’ai remplacé Google Chrome par Mozilla Firefox ; comme moteur de recherche, j’ai remplacé Google par Lilo dont on parlait beaucoup à l’époque. Ça s’est un peu arrêté là. Pour la petite anecdote, que je trouve marrante, avant d’arriver à la Fondation je pensais que Libre et open source, par rapport à la chronique qui a été faite juste avant, c’était la même chose, c’était simplement qu’open source était la façon anglophone de dire « logiciel libre », je n’avais pas encore ce niveau-là de connaissances.
Je n’ai pas changé mon système d’exploitation avant d’arriver à la Fondation, je suis resté sous Windows, parce que les freins sont très importants. Il y a d’abord un mécanisme de vente forcée : quand on achète un ordinateur, Windows et Microsoft Office sont généralement préinstallés, c’est devenu la norme par défaut, et puis il y a aussi un autre frein, une impression de complexité technique, un saut dans le vide qu’on ne fait pas seul. Quand on n’est pas entouré, sans un réseau de connaissances pour nous guider, passer à Linux ça reste assez intimidant.
Frédéric Couchet : On va en faire une pause musicale, comme cela, après, on va pouvoir revenir un peu sur la cohérence entre la FPH, le discours, les actions et on parlera peut-être aussi des logiciels libres spécifiquement développés par la FPH, notamment par Vincent.
On va faire une petite pause musicale. On va écouter Walking In Like You Own The Place, par Punch Deck. On se retrouve dans trois minutes. Belle journée à l’écoute de Cause Commune, la voix des possibles.
Pause musicale : Walking In Like You Own The Place, par Punch Deck.
Voix off : Cause Commune, 93.1.
Frédéric Couchet : Nous venons d’écouter Walking In Like You Own The Place, par Punch Deck, disponible sous licence libre Creative Commons Attribution, CC By 3.0.
[Jingle]
Frédéric Couchet : Nous allons poursuivre notre discussion autour donc de la Fondation Charles Léopold Mayer pour le Progrès humain, notamment autour du logiciel libre, avec nos invités : Antoine Vaskou responsable de programmes à la FPH, et Vincent Calame, développeur, concepteur et codeur de logiciels libres au sein de la fondation et également bénévole à l’April.
Juste avant la pause musicale, je demandais Antoine son lien avec le Libre avant d’arriver à la FPH, Cela entraîne une question : quel est l’impact sur les pratiques personnelles quand on rejoint une structure où il n’y a que du logiciel libre ?
Antoine Vaskou : Merci beaucoup de poser la question. Je pense que le rôle de l’employeur est absolument déterminant.
Avant de travailler à la Fondation pour le Progrès humain, j’ai travaillé dans d’autres entreprises, dans des collectivités, où les outils Microsoft ou Google, par exemple, sont bien souvent la norme. Tout cela contribue à ancrer des comportements : on devient un utilisateur dépendant par habitude.
À mon arrivée à la FPH, il y a eu une sorte de déclic. Quand on rejoint une structure où le Libre est la norme interne, on s’adapte. On découvre des logiciels – LibreOffice –, on utilise Thunderbird au quotidien, on travaille sur Nextcloud. Ce qui est fascinant c’est que ce cadre professionnel contribue à lever le frein personnel. On se rend compte que ces outils sont stables, qu’ils sont efficaces, qu’on sait les utiliser, et la barrière de la complexité, qu’on supposait, tombe, parce qu’on pratique tous les jours au bureau. On en parle ensuite à sa famille, à ses amis, il y a un véritable effet que je pourrais appeler, entre guillemets, « de contamination ».
Frédéric Couchet : D’accord. Contamination positive, comme la joie positive.
Il faut quand même rappeler, côté FPH, que les logiciels n’étaient pas de même niveau il y a 20 ans qu’aujourd’hui. C’était quand même plus compliqué qu’aujourd’hui. Je pense, par exemple, à la ville d’Échirolles qui a choisi de passer au logiciel libre, aujourd’hui les logiciels sont très performants et, pour beaucoup, sont déjà connus par les gens sur leur poste de travail, mais à l’époque ce n’était pas du tout la même chose. En plus, c’est une migration réussie, il n’y a pas eu de retour en arrière. Vincent.
Vincent Calame : Non, pas du tout.
Frédéric Couchet : Parce que parfois, après une migration, les gens reviennent en arrière pour différentes raisons, là, depuis plus de 20 ans, vous n’êtes pas revenus en arrière. Je vous ai posé une petite question pendant la pause musicale, je vais vous la reposer : est-ce qu’il reste quand même des logiciels privateurs, qui traînent quelque part, pour des questions de partenaires, par exemple la comptabilité ou autre ? Ou est-ce que vous êtes vraiment passé à 100 % en logiciels libres ?
Vincent Calame : On a toujours Zoom pour les visios.
Un des freins qu’on a pu vivre avec le logiciel libre, c’était justement dans la relation avec les partenaires. Je parlais de l’exemple des documents Word avant, maintenant la question ne se pose plus vraiment, sauf quand, tout d’un coup, un nouveau logiciel apparaît, par exemple Skype. Comme la Fondation communique beaucoup avec l’extérieur, avec l’étranger, avec, à l’époque, des coûts de télécommunication non négligeables, Skype a été une révolution, c’est clair. Et là, évidemment, je ne pouvais pas, étant en responsabilité, ne pas mettre Skype sur les ordinateurs. Ce qui nous a aidé c’est que, maintenant, même des logiciels privateurs sont sur des distributions GNU/Linux. Il y a un paquet client Zoom pour Ubuntu.
Frédéric Couchet : D’accord. Je vais préciser la question sur Zoom. Aujourd’hui, il y a des outils comme BigBlueButton et d’autres. Le fait de rester sur Zoom c’est vraiment parce que les partenaires sont habitués à Zoom ou parce qu’il y a des fonctionnalités que n’ont pas les logiciels libres de visio ? Y a-t-il une raison particulière de rester sur Zoom ?
Vincent Calame : Je ne connais pas assez. Nous avons une instance BigBlueButton à la FPH, donc, en général, je parle sous le contrôle d’Antoine, quand la FPH initie la communication, elle va proposer son instance. Par contre, quand des partenaires ou des gens nous disent « voilà le lien Zoom », on ne dit pas « on refuse ».
Frédéric Couchet : Ça nous arrive souvent aussi à l’April. On nous envoie un lien Zoom, on dit qu’on a une instance BigBlueButton, si ça vous arrange, si c’est possible.
Antoine tu voulais réagir là-dessus ?
Antoine Vaskou : Oui, justement. Depuis quelques mois, maintenant plus d’un an, quasi systématiquement, quand on nous envoie un lien pour Zoom ou pour Microsoft Teams, qu’on propose, à la place, notre instance BigBlueButton. C’est aussi une manière de communiquer aux acteurs qu’on accorde de l’importance à l’utilisation d’une solution libre. Quand on doit rejoindre une conférence organisée par un tiers, ou un webinaire, qu’il y a beaucoup de parties prenantes, c’est effectivement compliqué, dans ces cas-là on ne va pas le faire, mais en général, quand c’est une relation entre deux parties ou entre trois parties, on propose systématiquement notre instance BigBlueButton.
Frédéric Couchet : Comme le dit Marie-Odile, qui est sur le salon web de l’émission, que je salue – vous pouvez nous rejoindre sur le causecommune.fm, tout en bas il y a un bouton « chat », sinon sur libreavous.org, il y a également le chat –, c’est le rôle pédagogique envers les partenaires. C’est vrai que c’est un rôle pédagogique, ce n’est pas forcément imposer : « on a cette solution-là, testez-la et peut-être qu’elle vous conviendra aussi ».
OK, en tout cas c’est quasiment du 100 % logiciel libre et franchement bravo !
Comme on le disait tout à l’heure en introduction, même si j’ai bien noté la stratégie de Vincent qui est d’acheter des ordinateurs neufs pour faire croire que le système est encore plus performant, parce que c’est purement du Libre, mais il y a aussi le côté système, et c’est très bien. Tu disais aussi, dans ton introduction, que l’adoption de Thunderbird a été liée aussi au fait qu’en particulier, à l’époque, il gérait très bien l’anti-spam, donc quelque chose qui était fonctionnel. Mais il y a aussi des raisons de cohérence entre le discours de la FPH et ses actions qui ne concernent peut-être pas que la partie informatique. J’aimerais bien que tu nous expliques un peu plus en détail, en tout cas que tu reviennes dessus, s’il te plaît Antoine.
Antoine Vaskou : C’est vrai qu’au-delà des enjeux techniques, il y a un enjeu fondamental de cohérence éthique. Ce n’est pas tenable de défendre des causes climatiques, sociales ou encore démocratiques la journée et de financer, par son usage quotidien, des entreprises ou des solutions qui aggravent ces crises le soir. Cette cohérence est cruciale sur trois aspects que j’ai identifiés :
le premier c’est l’enjeu du bien-être et de l’intégrité. Quand on aligne ses outils avec ses valeurs, on retrouve une forme de sérénité, en fait on sort d’une dissonance cognitive qui crée une tension intérieure, un mal-être qui naît quand nos actes contredisent nos valeurs
Frédéric Couchet : Là, tu parles des gens qui travaillent à la FPH, c’est ça ?
Antoine Vaskou : Oui. Je parle de mon cas personnel et je pense que c’est le cas de gens qui défendent des causes qui ne sont pas totalement alignées avec ce que les géants du numérique nous vendent aujourd’hui. On ne défend plus le bien commun avec des outils qui contribuent à nous priver du commun. On retrouve une unité, finalement, entre ce qu’on pense, entre ce qu’on dit et entre ce qu’on fait.
Le deuxième enjeu que j’ai identifié c’est un enjeu qui est plutôt d’ordre économique et politique. On pense souvent que le vote se limite à l’urne, une fois toutes les quelques années, mais c’est oublier qu’on vote aussi tous les jours avec son argent, avec ses données. Et même si les outils des GAFAM, de ces géants du numérique, semblent gratuits, souvent, ils ne le sont pas. Comme on dit souvent « quand c’est gratuit, c’est vous le produit ». Nos données personnelles servent à entraîner des algorithmes, à renforcer la surveillance, à alimenter une bête économique qui échappe à tout contrôle démocratique, et, finalement, choisir le Libre c’est refuser ce modèle, c’est décider que nos données, notre attention, ne sont pas à vendre.
Le troisième enjeu que j’ai identifié, c’est un enjeu de crédibilité qui est aussi très important pour nous en tant que fondation. Quand on porte un plaidoyer contre la puissance de ces géants du numérique tout en utilisant des outils tels que Gmail, Windows, quelque part on perd en crédibilité. J’aime bien cette citation qu’on attribue à Gandhi : « Montrer l’exemple n’est pas le meilleur moyen de convaincre, c’est le seul. » Aujourd’hui, un frein majeur au changement, c’est le manque d’exemplarité des élites et de nos représentants de manière assez large : comment demander aux gens d’effectuer des changements quand ceux qui prennent la parole n’en font pas et continuent d’avoir un train de vie dispendieux ? À la FPH, on a fait le choix d’incarner le plus possible le changement qu’on souhaite voir advenir et c’est un enjeu de crédibilité.
On n’applique pas cette logique de cohérence qu’au numérique. Ici le numérique en est un exemple, mais on l’applique également à la question du transport. On a décidé, il y a quelques années, de ne plus prendre l’avion pour nos déplacements, plus du tout. On applique aussi cela au matériel, on va privilégier, quand c’est possible, l’achat de matériel reconditionné ou encore aux bâtiments. Tout à l’heure tu parlais de nos locaux à Paris. Ils ont été rénovés dans une démarche écologique avec des matériaux comme le bois, une bonne isolation, la mise en place de toilettes sèches. Ce sont d’autres exemples.
On essaie d’avoir cette cohérence de manière globale et on essaie de suivre les recommandations des acteurs qu’on soutient, dans les différentes nouvelles thématiques qu’on soutient. En fait, ça donne une force de conviction puissante parce qu’on ne vient pas dire « faites ce que je dis et pas ce que je fais », on vient dire « regardez ce que nous faisons et faisons-le ensemble. »
Frédéric Couchet : Est-ce que vous avez vu, au fur et à mesure des années, une évolution de l’utilisation de l’informatique chez vos partenaires, pas forcément par le suivi de ce que fait la FPH, mais globalement par l’évolution du monde ? Par exemple, parmi les partenaires, avez-vous de plus en plus de gens qui utilisent des logiciels libres, qui utilisent des services libres pour leurs usages ? J’imagine bien que ces dix dernières années ça a quand même beaucoup évolué positivement. Avez-vous constaté cela auprès des partenaires avec qui vous échangez ?
Vincent Calame : J’ai beaucoup vu l’effet de la campagne Dégooglisons Internet de Framasoft, ça c’est clair. Par contre, si je prends l’exemple du bâtiment du 38 rue Saint-Sabin, où il y a la FPH et qui héberge beaucoup de partenaires, je crois qu’aucun n’est passé au logiciel libre, à une distribution GNU/Linux en interne, il n’y a pas eu de migration. On fait de la pédagogie, par exemple concernant le matériel qu’on utilise en commun, notamment l’imprimante, on vérifie au moins que ça marche pour tout, c’est l’avantage. Je sais qu’il y a aussi des Mac, il y a de tout, on fait donc cet effort qui est surtout de promouvoir les standards. La promotion des standards est aussi importante que la promotion du Libre.
Frédéric Couchet : Rappelle ce qu’est un standard. Qu’est-ce que tu entends par là ?
Vincent Calame : Typiquement, c’est le format .odt de LibreOffice, le format OpenDocument, qui n’est pas produit uniquement par une entreprise. Le format OpenDocument est le fruit d’une discussion entre de nombreux acteurs. On connaît LibreOffice comme logiciel principal qui l’utilise, mais d’autres logiciels sont capables de le lire, pour moi ce sont des standards. Si la personne, en face, veut garder son Word mais que, quand même, entre nous, on travaille avec des formats ouverts, avec des standards, on essaye d’être cohérent, mais nous ne sommes pas non plus des donneurs de leçons, comme disait Antoine c’est par l’exemple et aussi en insistant sur ces formats ouverts.
Frédéric Couchet : Ce qui permet la pérennité des documents et la mémoire est un point important pour la FPH.
Je vois que le temps file. On a parlé de la migration, poste de travail, outils, etc., mais la FPH développe aussi des logiciels libres. Je ne sais pas dire combien, j’en connais au moins un, la fichothèque.
Vincent Calame : Oui, et puis Scrutari, le moteur de recherche.
Frédéric Couchet : C’est vrai, excuse-moi, en plus on les utilise tous les deux.
Scutari est utilisé notamment pour faire des recherches croisées entre les différents sites de l’April, ce qui nous permet de rechercher à la fois sur le contenu des émissions Libre à vous ! mais aussi dans les transcriptions. Ce sont deux logiciels libres qui ont été développés à l’initiative de la FPH. Comment cela s’est-il fait ?
Vincent Calame : D’abord un point important : ce sont des décisions managériales, avant d’être techniques. L’investissement de la FPH dans la question de la mémoire, de la conservation, est très ancien. Avant même que la FPH s’informatise, il y avait cette idée de faire des comptes-rendus formatés, ça s’appelait des fiches de suivi, qui ne soient pas juste des trucs qui traînent. Ce sont des outils et des méthodes de travail au cœur même de la Fondation et, au fond, c’est pour cela que ça a rencontré, après, le logiciel libre et puis le développement. C’est vraiment important de le dire parce qu’un des freins, un des problèmes c’est quand ce n’est que technique. Si vous développez un outil, que c’est purement le service informatique qui le propose, ça ne va pas marcher si la direction ne suit pas et ne l’impose pas. Ça fait partie d’un tout managérial.
Dès les années 90, la Fondation avait développé un système de petite base de données de suivi. Elle a fait une tentative de migration qui a foiré parce que le prestataire n’avait pas répondu au besoin et c’est là que je suis arrivé pour développer les outils internes, notamment pour le poste de travail, passer à un mode client-serveur. Avant on était sur du poste de travail pur, avec juste un disque dur partagé, et là c’est passé quand même à un mode où il y a un serveur qui centralise les données et on utilise un client, le client c’est le navigateur web, pour saisir ses données. Ça a été le passage dans les années 2000 où on a développé le système de fichothèque. Ça a commencé par petites briques, d’abord les fiches de suivi, puis, dix ans après on a basculé toute la comptabilité, ça a été très progressif. Très vite, il y a eu ces idées et c’est là que ça a rencontré le logiciel libre.
C’était un logiciel métier, comme beaucoup en informatique, d’ailleurs, c’est très spécifique. En informatique, la part des logiciels grand public c’est un petit pourcentage par rapport à tous les développements de logiciels métiers internes, c’est comme un iceberg. C’était donc un logiciel métier mais, dès le début, on a voulu qu’il soit réutilisable par d’autres. J’ai notamment développé des sites de ressources documentaires qui avaient la même base et j’ai bien vu que le fait de répondre aux besoins de la FPH, mais aussi à d’autres, enrichissait le logiciel. Au fond, plus on utilise un logiciel à différentes occasions, plus on enrichit ses fonctionnalités et on a de retours d’expérience.
Frédéric Couchet : Et moins on le rend dépendant d’une structure, c’est-à-dire qu’il devient plus générique et, potentiellement, encore plus réutilisable par d’autres.
Vincent Calame : C’est ça. Ça oblige à faire une interface de configuration correcte. Dans le premier jet du logiciel, la configuration va être un fichier texte sur le serveur, mal documenté. Un an après on se dit « je commence à en avoir marre de modifier ce fichier texte, je vais peut-être faire une interface de configuration pour ne pas être le seul. » Il y a aussi le fait de travailler pour que la FPH ne soit pas dépendante d’une personne, moi en l’occurrence, je peux faire ma crise mystique et aller au Tibet, disparaître.
Frédéric Couchet : Passer sous un bus !
Vincent Calame : Je préfère quand même la crise mystique que passer sous un bus ! Même si, malheureusement, le bus est plus probable.
Il y a la question de cette dépendance par rapport à une seule personne, à une seule structure ou à un seul prestataire, donc ouverture du code, le mettre sur un dépôt. Le dépôt Git, c’est milieu des années 2010, j’ai mis du temps, j’ai attendu que Framagit propose sa formule.
Frédéric Couchet : Sans entrer dans les détails, Git est un endroit où on trouve le code source, on peut le récupérer, le modifier, proposer des modifications.
Vincent Calame : Et on peut suivre tout l’historique des modifications, ce qui est aussi très important pour comprendre un logiciel.
Frédéric Couchet : D’accord. Ce n’est pas une garantie que le logiciel soit maintenu après ta crise mystique, en tout cas c’est une condition nécessaire pour qu’il puisse être repris, par rapport à un logiciel privateur.
Il nous reste une petite dizaine de minutes. J’avais envie de vous poser une petite question rapide. Tu as très bien expliqué en introduction, Antoine, les différents types de fondation. Est-ce que vous connaissez d’autres fondations du type de la FPH qui font un peu la même chose, c’est-à-dire avec cette même dynamique par rapport aux logiciels libres ou aux ressources libres en général, qu’elles soient suisses, françaises ou autres ?
Antoine Vaskou : Des fondations qui vont être spécialisées sur les enjeux du Libre ?
Frédéric Couchet : Pas forcément spécialisées mais qui font quelque chose : financent des projets libres ou qui, en interne, utilisent du Libre.
Antoine Vaskou : Non, les exemples ne sont pas vraiment nombreux.
Frédéric Couchet : OK. Tout à l’heure tu as parlé de la Fondation de France. Je précise que l’an dernier la Fondation de France a lancé un appel à projets qui s’appelait « Libertés et démocratie numériques ». Cette année, elle ne va pas forcément fonctionner avec des appels à projets, elle va essayer de financer des projets autour du logiciel libre et de l’accessibilité, il y a donc des fondations comme cela, la Fondation de France étant financée principalement par des dons, en France.
Tout à l’heure, tu disais que la FPH soutient des structures, j’ai dit qu’elle soutient évidemment l’April, mais elle soutient aussi Framasoft, La Quadrature du Net, donc différents types de structures. C’est ça ?
Antoine Vaskou : Exactement. Au sein de l’un de nos neuf programmes, qui s’appelle « Démocratie et État de droit », on soutient des structures qui travaillent sur les aspects numériques, en l’occurrence en lien avec la démocratie. Depuis des années on soutient des acteurs comme l’April, Framasoft ou La Quadrature du Ne. On soutient ces trois acteurs qui travaillent sur les questions numériques, avec, je dirais, trois focales différentes :
- l’April plus sur les questions de plaidoyer pour obtenir des lois favorables aux standards ouverts et à l’interopérabilité
- La Quadrature du Net plutôt sur la dénonciation des dérives sécuritaires et commerciales qui menacent notre démocratie, en luttant notamment contre la surveillance étatique et l’accaparement de nos données par les géants du numérique
- et Framasoft, car l’association incarne la preuve par l’exemple en rendant le Libre accessible à tous, en hébergeant, par exemple, des services alternatifs, en éditant des logiciels et en formant les citoyens et les associations à reprendre la main.
Frédéric Couchet : Qu’est-ce que change le contexte géopolitique actuel, depuis quelques années on va dire, à la fois sur ce que fait la FPH ou sur la partie libre ?
Antoine Vaskou : Ça change effectivement beaucoup de choses. Pendant des années, le plaidoyer qui était porté par les acteurs que nous soutenons, et d’autres, a semblé être une lutte vaine de convaincus face à la toute-puissance des géants du numérique. Aujourd’hui, le contexte a brutalement changé et ce n’est pas parce que le discours est devenu meilleur, mais c’est parce que la réalité géopolitique a donné raison à ces acteurs.
Premièrement, on pourrait parler de l’effet Trump avec l’élection de Donald Trump et la « trumpisation » des relations internationales ont agi comme un électrochoc, ce qui est assez paradoxal c’est qu’on peut presque le remercier pour cela. Fini le temps de la diplomatie feutrée où l’Europe pouvait croire qu’elle était protégée par son alliance avec les États-Unis. Trump a clairement affirmé que l’Europe ne pouvait pas se passer de ces géants américains, ce qui a transformé une dépendance technologique en une arme politique. Ce signal d’alarme a provoqué une prise de conscience massive, peut-être pas aussi massive qu’on l’espérerait, mais qui commence quand même à devenir importante.
Face à cela, l’Europe et la France commencent à bouger. On aimerait évidemment que ça bouge plus vite, mais ça a quand même commencé à bouger.
Je peux parler de l’initiative LaSuite. La France développe sa propre suite bureautique souveraine – visio, documents, mail par exemple – pour remplacer Microsoft 365 dans l’administration. C’est un projet d’infrastructure critique, financé par le public, développé par la Direction interministérielle du numérique, dont le code est libre.
Je peux aussi parler de l’Allemagne qui a créé la Sovereign Tech Agency, une agence publique qui finance directement la maintenance de briques logicielles essentielles, souvent tenues par des bénévoles.
Ce sont des enjeux de résilience, comme l’a montré l’exemple de la ville d’Échirolles, qui est passée sur des solutions libres, ou le réseau Mastodon. Les architectures décentralisées et libres permettent de résister aux pannes mondiales, à la censure, aux coupures, là où un système centralisé peut plus facilement s’effondrer.
Le logiciel libre est aussi devenu une question de souveraineté et de démocratie. Dans un monde où l’IA générative explose la consommation énergétique et où les algorithmes polarisent nos sociétés, reprendre la main sur le code est une façon de garantir à la fois
les questions de sobriété énergétique, avec des logiciels qui sont maîtrisés et légers,
l’indépendance politique, le fait de ne pas subir les décisions d’un milliardaire ou d’un président étranger,
et puis aussi la pérennité des services publics, pouvoir, réparer, modifier, faire durer nos outils sans avoir à payer de « rançon », entre guillemets.
Donc soutenir le Libre aujourd’hui c’est préparer l’infrastructure de notre liberté future. Pour reprendre les termes de Pierre-Yves Gosset, de Framasoft, c’est construire des globules blancs, ce qui est la défense, et puis des globules rouges, les solutions, dont notre société aura besoin pour traverser les bouleversements à venir.
Et finalement, pour terminer là-dessus, ce que change aussi le contexte géopolitique actuel, c’est qu’on a on a une réduction drastique des financements à disposition de la société civile :
Trump a supprimé l’USAID [United States Agency for International Development,
l’Open Society Foundations, une fondation américaine, se retire de plus en plus d’Europe,
les fonds publics à destination des associations soit diminuent soit deviennent de plus en plus difficiles à aller chercher, au niveau français comme au niveau européen.
Malgré le fait que nous soutenions structurellement, avec un montant assez conséquent, des organisations de la société civile chaque année, aujourd’hui le facteur limitant ce ne sont pas des bons projets à soutenir, ce ne sont pas des bonnes associations à soutenir, le facteur limitant ce sont clairement les moyens.
Frédéric Couchet : C’est clair que les moyens sont de plus en plus difficiles à trouver. Effectivement, les projets ne manquent pas !
On arrive en fin d’émission. Si vous avez quelque chose à ajouter vous pouvez, mais surtout je vais vous poser la question finale, traditionnelle, on va commencer par Vincent : pour conclure, quels sont les éléments clés à retenir de cette émission en moins de deux minutes chacun. Vincent Calame.
Vincent Calame : Je n’ai pas préparé !
Frédéric Couchet : Et pourtant c’était marqué dans le mail « préparez vos réponses ». Tu vas improviser, Vincent.
Vincent Calame : J’ai l’impression de me répéter d’émission en l’émission, juste dire que ce n’est pas qu’un enjeu technique. Le logiciel libre, du point de vue d’une organisation, c’est aussi un enjeu managérial. Je pense que c’est à intégrer, comme le dit Antoine, dans le projet de la structure, ce n’est pas juste un problème de service informatique, c’est à intégrer dans la structure elle-même.
Frédéric Couchet : D’accord. Antoine Vaskou.
Antoine Vaskou : Je me suis noté deux points clés qui me semblent importants.
Comme l’a dit Vincent, le logiciel libre n’est pas qu’une question technique, c’est un acte politique et écologique. C’est difficile de prêcher la transition écologique et la souveraineté démocratique tout en utilisant des outils des géants qui accélèrent cette crise climatique et cette surveillance de masse.
Le deuxième point qui me semble véritablement important, j’en ai parlé plus tôt, c’est le pouvoir de l’exemple. On ne peut pas demander à la société de se mobiliser pour différents types de transition, y compris la transition écologique, si ceux qui portent ce discours-là ne le font pas eux-mêmes. Je reprends cette fabuleuse citation attribuée à Gandhi : « Montrer l’exemple n’est pas le meilleur moyen de convaincre, c’est le seul », je pense que c’est un message très important à faire passer aujourd’hui.
Frédéric Couchet : Je suis bien d’accord. Je renvoie les auditrices et auditeurs à l’émission 276, « Migrer vers le logiciel libre sur le poste de travail », notamment avec Alternatiba qui se mobilise, vu que tu parlais de transition écologique, c’est l’émission du 19 mai 2026. Vous trouverez, sur causecommune.fm et libreavous.org, la transcription et le podcast.
Merci Antoine et Vincent, Antoine Vaskou et Vincent Calame de la Fondation Charles Léopold Mayer pour le Progrès humain.
Belle fin de journée et on va faire une pause musicale.
[Virgule musicale]
Frédéric Couchet : Pour la pause musicale on va à nouveau changer complètement de style. On va écouter Extrêmement PD de toi, par Rrrrrose Azerty. On se retrouve dans trois minutes. Belle journée à l’écoute de Cause Commune, la voix des possibles.
Pause musicale : Extrêmement PD de toi, par Rrrrrose Azerty.
Voix off : Cause Commune, 93.1.
Frédéric Couchet : Nous venons d’écouter Extrêmement PD de toi, par Rrrrrose Azerty, disponible sous licence libre Creative Commons 0. C’est la licence Creative Commons qui se rapproche le plus possible du domaine public. Je vous suggère de regarder le vidéoclip qui est survitaminé. Rrrrrose Azerty a été notre invitée dans Libre à vous ! 206 du 23 avril 2024. Les liens sont sur la page de l’émission ou dans les notes de l’épisode si vous nous écoutez un podcast.
[Jingle]
Frédéric Couchet : On va passer au sujet suivant.
[Virgule musicale]
Chronique « Lectures buissonnières » de Vincent Calame – Présentation de la revue Curseurs
Frédéric Couchet : Vincent Calame est toujours au studio mais, comme il est un peu flemmard, il n’a pas préparé de chronique. Non ! Je blague. On va rediffuser une chronique qui, en plus, est pile poil dans l’actualité. C’est une chronique qui était consacrée au magazine belge Curseurs et j’expliquerai après le lien avec l’actualité.
Ce n’est donc pas une chronique en direct. C’est la rediffusion d’une chronique de Vincent Calame. On se retrouve juste après.
[Virgule sonore]
Frédéric Couchet : Nous allons poursuivre avec Vincent Calame, informaticien libriste, bénévole à l’April, qui nous propose une chronique « Lectures buissonnières » ou comment parler du Libre par des chemins détournés en partageant la lecture d’ouvrages divers et variés. Le thème du jour, le magazine belge Curseurs.
Contrairement aux autres chroniques que tu prépares, que tu rédiges et tu me fais même des relances, là, aujourd’hui, tu vas être en mode un peu plus d’improvisation pour nous présenter ce magazine belge Curseurs.
Vincent Calame : Tout à fait. Il y a une question de flemme, mais aussi parce que j’allais manipuler le journal en direct, je trouvais que c’était compliqué de lire plus de manipuler.
Frédéric Couchet : Je croyais que tu voulais faire la manipulation du journal en direct à la radio, ce qui est très visuel ! Donc, quand tu vas le faire, tu le feras bien fort pour le bruit des pages.
Vincent Calame : Justement. Effectivement, c’est le problème de la radio. Je trouve que ce qui est important, dans la lecture, c’est aussi de toucher, j’aime bien toucher le papier. C’est plutôt visuel, j’aime bien ça. Je vais quand même décrire le journal.
Vous pouvez voir le nom, il s’appelle Curseurs. C’est une revue semestrielle qui a commencé en 2023. Vous pouvez le trouver sur le site web, curseurs.be, curseurs au pluriel, je précise, et c’est fait par l’association qui s’appelle Tactic, tactic.be.
J’ai trois numéros et le numéro 4 vient de sortir.
Le thème principal du premier numéro, il y a toujours un thème principal, c’était « Smartphone, le coût du confort ».
Ensuite, le deuxième était sur l’éducation numérique.
Le troisième, sur le prix de la gratuité.
Et le quatrième, que je n’ai pas encore reçu, sera sur tous les réseaux, toutes les conditions physiques qui font qu’Internet fonctionne.
Comment ça se présente ? C’est une revue. Déjà, j’aime bien la présentation. Ce n’est pas le format de type news magazine par exemple L’Obs, Le Point ou même Linux magazine et tout. C’est plutôt un format journal un peu moins grand que, par exemple, Le Monde, en fait, ça m’a tout de suite évoqué Le Monde diplomatique à la fois en termes de format, de taille et puis aussi de mise en forme générale des articles. Toujours des articles très longs, sur deux ou trois pages, sur trois colonnes, donc une forte densité d’informations.
Il y a quand même le temps de développer un sujet puisque le magazine fait une quarantaine de pages, jusqu’à 48 pages pour certains numéros.
Frédéric Couchet : Le mien fait 55 pages sur mon lecteur d’E-books.
Vincent Calame : Le premier en faisait 48, puis ça a augmenté.
Laurent Costy : Tu peux aussi compter les pages en direct !
Vincent Calame : Une chose intéressante : sur la page centrale, ils ont mis un glossaire. On traite effectivement de sujets assez techniques, donc souvent, au cours des textes, quand ils introduisent un terme type « licence libre » ou « Creative Commons », ils le surlignent et ils renvoient au glossaire, un peu comme des hyperliens, mais des hyperliens papier. Je trouve astucieuse l’idée d’avoir mis le glossaire sur la double page centrale, ce qui permet de l’avoir à côté, pendant la lecture et ainsi de suite. Je trouve que c’est une super initiative.
Quand j’ai découvert ce journal, j’ai pensé aussi à l’initiative du Lama déchaîné pendant la campagne d’adhésion à l’April. Le Lama déchaîné avait des mots croisés, ce que n’a pas la revue, petit manque de la revue Curseurs, mais l’idée de reprendre les codes de la presse écrite et traditionnelle pour présenter le livre m’a beaucoup séduit.
Les textes viennent d’un peu partout. Il y a des productions du comité de rédaction. Et puis ils reprennent aussi des textes, puisque, dans le numéro 3, d’ailleurs, j’ai découvert un certain Laurent Costy qui a écrit. Je ne savais pas si tu étais au courant ou non.
Laurent Costy : Si. Justement, j’en profite pour saluer Celo et HgO de Tactic, qui sont aussi chez neutrinet.be. Ce sont eux qui m’aident souvent à déboguer mon petit serveur en tant que Brique Internet, parce que j’ai de temps en temps des problèmes. Ils sont toujours disponibles, ils sont super. Ce qu’ils produisent est effectivement juste génial. Ils m’avaient contacté pour reprendre le texte et puis le mettre à leur sauce, le retravailler un peu, parce que je n’étais pas très fort en écriture inclusive, ils ont retravaillé le texte. Je les salue et je suis très content de découvrir ce texte.
Vincent Calame : Le système. Je précise que c’est une diffusion gratuite. Ils le font gratuitement. Quand on s’abonne, ils demandent une contribution aux frais d’envoi. Je n’ai pas encore reçu le quatrième. J’ai reçu les trois d’un coup parce que ça limite les coûts. Je crois qu’ils diffusent ça gratuitement dans différents lieux.
Frédéric Couchet : Principalement en Belgique, je suppose.
Vincent Calame : Oui, précisément autour de Bruxelles. Après, je pense que s’ils avaient des correspondants en France, ça pourrait être diffusé plus largement en France. Je pense que si on leur passait commande d’une dizaine de numéros de la revue, j’imagine que ça se ferait sans problème.
Frédéric Couchet : Je suis en train de me dire que tes bureaux ne sont pas loin des bureaux de la Fondation Charles Léopold Mayer pour le Progrès humain, qui a aussi une maison d’édition. Peut-être que dans la maison d’édition, il pourrait y avoir le magazine Curseurs.
Vincent Calame : Oui ! On peut imaginer !
Frédéric Couchet : Excuse-moi de te balancer la patate chaude !
Vincent Calame : Je l’ai connu grâce à une association, grâce aux gens de Ritimo qui sont situés boulevard Voltaire. Je l’ai vu en allant à une réunion chez eux et c’est comme cela que j’ai trouvé le numéro.
Frédéric Couchet : Avant d’oublier, parce que le temps passe super vite, est-ce que tu peux nous laisser un exemplaire, ou pas ?
Vincent Calame : Je les ai lus.
Frédéric Couchet : Pour les auditeurs et auditrices, ce vendredi 7 février, de 19 heures 30 jusqu’à à peu près 22 heures/23 heures, il y a la soirée mensuelle à radio Cause Commune, au 22 rue Bernard Dimey dans le 18e à Paris. On laissera un exemplaire, comme cela les personnes pourront découvrir. Donc venez, surtout que c’est une soirée radio ouverte, vous pourrez découvrir le studio, les personnes qui font vivre les émissions, et puis vous pourrez découvrir le magazine Curseurs.
Je vois que la structure qui porte Curseurs, qui s’appelle Tactic, existe depuis 2002 et qu’elle accompagne aussi les associations et collectifs militants à l’adoption d’outils libres, éthiques et durables, dans une logique d’émancipation et d’appropriation collective et citoyenne des technologies numériques. C’est donc plutôt sympa.
Et je ne sais pas si tu as remarqué, la licence de diffusion est une Creative Commons, mais, par contre, qui ne permet pas la redistribution commerciale. Peut-être qu’ils pourraient passer en licence CC By SA, Partage dans les mêmes conditions, peut-être à leur suggérer.
Vincent Calame : Vous les inviterez une fois dans une émission pour un sujet long de Libre à vous !, à distance. En plus, le fait que ce soit en Belgique, c’est très intéressant. Il y a à la fois une très grande proximité, évidemment, sur les sujets, mais aussi sur le thème de l’éducation. Montrer comment réagissent les ministères belges, leur approche est très intéressante.
Et, pour terminer, une rubrique, à la fin, m’a beaucoup intéressé, ce sont des recensions d’ouvrages. Pour mes prochaines chroniques, je vais pouvoir puiser dedans, mais promis, je ne vais pas les lire en direct, j’essaierai d’écrire mes propres recensions. Ça m’inspire bien, en termes de lectures.
Frédéric Couchet : Précision. D’un point de vue technique, je lis que la maquette de la revue a été réalisée entièrement à partir de logiciels libres. Le contenu textuel est déployé en Markdown, un langage de balisage dont a parlé Jean-Christophe Becquet dans une chronique Libre à vous ! il y a quelques mois, et la mise en page a été faite avec le logiciel libre Scribus, dont on a parlé aussi à un moment. Ce sont donc vraiment des gens très pro-libristes.
Vincent Calame : Tout à fait. Je dirais que je n’ai pas été surpris par beaucoup d’articles, c’est normal. Je pense effectivement à le laisser traîner. Je laisse traîner avec plaisir même les trois exemplaires dans les studios de la radio, pour les gens de passage et ceux qui attendent leur émission, par exemple.
Frédéric Couchet : OK ! Tu es grand seigneur !
Vincent Calame : C’est comme une lecture de cabinet médical, d’avant le Covid.
Frédéric Couchet : Merci Vincent.
C’était la revue Curseurs, qui est un semestriel.
[Virgule sonore]
Frédéric Couchet : Frédéric Couchet : J’adore ce final de Vincent.
C’était la rediffusion d’une chronique de Vincent Calame « Lectures buissonnières » qui nous parlait du magazine belge Curseurs avec un « s ».
J’ai rediffusé cette chronique pour deux raisons.
La première c’est qu’il y a un appel à financement, pour le prochain numéro de Curseurs, qui se termine le 25 juillet 2026. Vous allez sur libreavous.org ou sur causecommune.fm, dans la page de l’émission du jour, et vous trouverez le lien, ou dans les notes de l’épisode si vous nous écoutez en podcast.
La deuxième raison c’est que, comme l’a dit à un moment Vincent ou Laurent [Costy], je ne sais plus, dans la chronique, la revue est éditée par l’association belge Tactic et Laurent a parlé de Celo et HgO, deux pseudos. Eh bien nous recevrons Celo et HgO dans l’émission <em
C’était la chronique « Lectures buissonnières » de Vincent Calame, informaticien, libriste, bénévole à l’April.
On approche de la fin de l’émission, on va terminer par quelques annonces.
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Quoi de Libre ? Actualités et annonces concernant l’April et le monde du Libre
Frédéric Couchet : Je vous rappelle que les liens utiles concernant les annonces de fin sont sur la page consacrée à l’émission du jour, sur libreavous.org/278, ou dans les notes de l’épisode si vous nous écoutez en podcast.
Ce jeudi 11 juin 2026, à partir de 19 heures 30, à Paris, dans le 11e arrondissement, il y a une Soirée de contribution au Libre justement à la Fondation Charles Léopold Mayer pour le Progrès humain. Je crois que c’est chaque deuxième jeudi du mois, c’est bien ça, Vincent ? OK. Vincent confirme que c’est chaque deuxième jeudi du mois.
Ce week-end, à Selles-sur-cher, il y a les Geek Faëries, un festival de l’imaginaire et l’April y sera présente, notamment avec sa présidente Magali Garnero.
Une fête d’installation. Venez vous faire aider à installer un système libre samedi 13 juin 2026 de 14 heures à 17 heures 30 à La Petite Rockette à Paris.
Si vous n’êtes pas à Paris, si vous êtes à Nantes, il y a un Repair café numérique, plus une install partie, le mercredi 17 juin, de 14 heures à 18 heures au centre socioculturel Port-Boyer.
Si vous êtes du côté de Dunkerque, je vous convie aux Rencontres des libertés numériques le vendredi 19 juin 2026 de 17 heures à 19 heures à la Maison de quartier des Glacis.
Côté radio, la prochaine Soirée radio ouverte c’est le vendredi 3 juillet 2026 à partir de 19 heures 30 au studio de Cause Commune. J’essaierai d’apporter des numéros du magazine Curseurs.
Et le lendemain il y a le Premier Samedi du Libre à la Cité des sciences et de l’industrie, donc samedi 4 juillet 2026, pour vous faire installer des logiciels libres ou assister à des conférences.
Vous entendez le générique de fin.
Notre émission se termine.
Je remercie les personnes qui ont participé à l’émission du jour : Isabelle Carrère, Antoine Vaskou, Vincent Calame.
Aux manettes de la régie aujourd’hui, Julie Chaumard.
Merci également aux personnes qui s’occupent de la post-production des podcasts : Sébastien Chopin, Élodie Déniel-Girodon, Nicolas Graner, Lang 1, Julien Osman, bénévoles à l’April, et Olivier Grieco, le directeur d’antenne de la radio.
Merci aussi aux personnes qui découpent les podcasts complets des émissions en podcasts individuels par sujet : Quentin Gibeaux, Théocrite et Tunui, bénévoles à l’April.
Merci également à Marie-Odile Morandi et au groupe Transcriptions qui permet d’avoir une version texte de nos émissions.
Vous retrouvez sur notre site web, libreavous.org/278, toutes les références utiles de l’émission de ce jour ainsi que sur le site de la radio, causecommune.fm ou dans les notes de l’épisode si vous nous écoutez en podcast.
Nous vous remercions d’avoir écouté l’émission.
Si vous avez aimé cette émission, n’hésitez pas à en parler le plus possible autour de vous et à faire connaître également la radio Cause Commune, la voix des possibles. Plusieurs émissions sont arrivées récemment, dont une consacrée à l’école, Regards sur l’école, une émission très intéressante le samedi.
La prochaine émission Libre à vous ! aura lieu en direct mardi 16 juin 2026 à 15 heures 30. Notre sujet principal sera un nouveau Café libre, un débat autour de l’actualité du logiciel libre, animé par mon collègue Étienne Gonnu.
Nous vous souhaitons de passer une belle fin de journée. On se retrouve en direct mardi 16 juin et d’ici là, portez-vous bien.
Générique de fin d’émission : Wesh Tone par Realaze.