Voix off : Libre à vous ! !, l’émission pour comprendre et agir avec l’April, l’association de promotion et de défense du logiciel libre.
Étienne Gonnu : Bonjour à toutes, bonjour à tous. Bienvenue dans Libre à vous !. C’est le moment que vous avez choisi pour vous offrir une heure trente d’informations et d’échanges sur les libertés informatiques et également de la musique libre.
Au programme aujourd’hui, nos chroniqueuses et chroniqueurs ont du talent. Pas de sujet long, mais plusieurs chroniques pour mieux comprendre et agir pour les libertés informatiques. Nous rediffuserons également l’interview concernant la licence CoLibre, dont nous avons malheureusement appris la non-reconduction.
Soyez les bienvenu·es pour cette nouvelle édition de Libre à vous !, l’émission qui vous raconte les libertés informatiques, proposée par l’April, l’association de promotion et de défense du logiciel libre.
Je suis Étienne Gonnu, chargé de mission affaires publiques pour l’April.
Le site web de l’émission est libreavous.org, vous pouvez y trouver une page consacrée à l’émission du jour avec tous les liens et références utiles et également les moyens de nous contacter. N’hésitez pas à nous faire des retours ou à nous poser toute question.
Nous sommes mardi 31 mars.
Nous diffusons en direct, mais vous écoutez peut-être une rediffusion ou un podcast.
À la réalisation de l’émission, eh bien c’est moi ! L’occasion de rappeler que Libre à vous ! repose en bonne partie sur les contributions bénévoles et cela concerne aussi la régie. Si l’aventure vous tente, n’hésitez pas à nous contacter. En attendant, je vous souhaite une excellente écoute.
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Chronique « Le truc que (presque) personne n’a vraiment compris mais qui nous concerne toutes et tous » de Benjamin Bellamy – « Si la France va si mal, c’est la faute aux claviers AZERTY ! »
Étienne Gonnu : Pour ouvrir le bal des chroniques, nous allons démarrer par « Le truc que presque personne n’a vraiment compris mais qui nous concerne toutes et tous ». Benjamin Bellamy s’est fixé pour mission de rendre accessibles ces concepts complexes de notre société numérique. Il explique comment survivre dans un monde connecté en décryptant des aspects souvent perçus comme difficiles, parce qu’on nous a fait croire qu’ils l’étaient. Une chronique qui démystifie la technologie et qui nous encourage à mieux comprendre les enjeux numériques qui nous concernent toutes et tous.
La chronique d’aujourd’hui s’intitule « Si la France va si mal, c’est la faute aux claviers AZERTY ! »
Salut Benjamin. On t’écoute.
Benjamin Bellamy : Salut Étienne et bonjour à toustes !
Pour commencer, je vous propose une série de devinettes. Quel est le point commun entre un économiste américain du 20e siècle et un écuyer français du 12e siècle ?
Étienne Gonnu : Je ne vois pas !
Benjamin Bellamy : Entre des moines copistes du 17e siècle et un empereur coréen du 15e siècle ?
Étienne Gonnu : Aucune idée !
Benjamin Bellamy : Entre le diamètre des boosters de la navette spatiale américaine et la largeur du cul d’un cheval romain ? Elle est connue celle-là !
Étienne Gonnu : Elle est vraiment connue !
Benjamin Bellamy : Oui ! Savais-tu que les boosters de la navette spatiale américaine doivent leur diamètre à la taille des trains et des voies ferrées américaines utilisés pour les transporter ? L’écartement des rails américains, quant à lui, a été calqué sur la Grande-Bretagne. Grande-Bretagne où la taille des trains a été définie lors de la révolution industrielle par le gabarit des tramways, que les constructeurs de ces tramways fabriquaient aussi des chariots, chariots dont la largeur était imposée par l’écartement des ornières sur les routes. Et cette largeur, entre deux ornières, c’est deux fois la largeur du cul d’un cheval, à l’époque où les chars romains étaient tirés par deux chevaux côte à côte.
Étienne Gonnu : Ça ressemble plus à une légende urbaine qu’à une étude scientifique ton histoire. As-tu les sources ?
Benjamin Bellamy : Non, je n’ai pas les sources. En revanche, derrière cette anecdote peut-être inventée, il y a un phénomène bien réel et bien documenté : la dépendance au sentier. Le principe de dépendance au sentier a d’abord été conceptualisé par un économiste américain du 20e siècle, Paul David. En 1985, il écrit Clio et l’économie du clavier QWERTY. Clio, c’est la muse de l’Histoire dans la mythologie grecque. Clavier QWERTY, c’est la disposition qu’on se coltine depuis les machines à écrire Remington n°2 en 1878. Il paraît que l’agencement des lettres sur un clavier QWERTY a été conçu pour éviter aux aiguilles de ces machines à écrire mécaniques de s’emmêler. Cependant, on n’est même pas sûr qu’il ne s’agisse pas aussi d’une légende urbaine. Ce dont on est sûr en tout cas, c’est que l’agencement QWERTY n’a aujourd’hui aucun intérêt ! Zéro ! Il est plus lent et moins ergonomique que d’autres, comme Dvorak par exemple, mais on s’est habitué à ce sentier, donc on n’en sort plus.
Étienne Gonnu : Est-ce pareil pour AZERTY ?
Benjamin Bellamy : Eh non ! Pour AZERTY, c’est pire ! On pense qu’AZERTY est un fork, un dérivé d’une version non définitive de QWERTY avec des bugs en plus. Par exemple, le caractère point qui n’est pas accessible directement, c’est super pénible. Mais à l’instar de Dvorak pour l’anglais, le français a également son clavier ergonomique : le bépo.
Étienne Gonnu : Je comprends pourquoi quelqu’un, sur Mastodon, me parlait de bépo. Qu’est-ce qu’il a de mieux ?
Benjamin Bellamy : Tout ! Vraiment tout ! Bépo a été conçu et réfléchi pour être plus efficace, pour accélérer la frappe, pour être plus logique, pour réduire les troubles musculo-squelettiques. Par exemple, les doigts au repos sont positionnés sur les lettres les plus courantes. Les accents sont accessibles et pas planqués au fond. Les guillemets français sont disponibles. La fréquence des lettres de gauche est égale à celle des lettres de droite. En comparaison, AZERTY c’est 58 % à gauche et 42 % à droite. Mais le plus fou, c’est que tout le monde s’en fout ! Depuis 1878, on utilise tous un clavier débile. Comme nos parents et leurs parents avant eux, on a pris l’habitude, on a la flemme de changer et on garde ce clavier débile. Comme cela nos enfants, qui n’auront jamais vu une seule fois une machine à écrire, vont apprendre à taper sur des claviers obsolètes depuis un siècle ! C’est la dépendance au sentier. Que fait-on pour bifurquer vers un meilleur chemin ? Rien. Pire ! Comme on a souffert d’apprendre sur un outil défaillant, on fait de l’obstruction au changement. On refuse d’avoir souffert en vain et on préfère imposer cette même souffrance aux générations futures.
Étienne Gonnu : Enfin, les claviers d’ordinateurs c’est un exemple très particulier quand même, non ?
Benjamin Bellamy : Que nenni ! Nos cultures sont tellement pleines de dépendance au sentier que bien souvent on ne les remarque même plus. L’ordre alphabétique ? Aucune raison, on garde. Mais, il y a un domaine où l’on est encore moins exigeant, un domaine où l’on accepte sans sourciller les règles que l’on nous a transmis.
Étienne Gonnu : Transmises !
Benjamin Bellamy : Tout à fait ! « Lorsque le complément d’objet direct est placé avant l’auxiliaire avoir, on accorde le participe passé avec le complément d’objet direct ». Des classes entières d’écoliers se farcissent cette règle depuis des générations, depuis que les moines copistes ont commencé à recopier des manuscrits. Ils ont décidé, par convenance personnelle, de n’accorder les participes passés que s’ils les avaient déjà vus dans la phrase, parce que sinon il fallait la lire dans son intégralité pour trouver ledit participe passé avant de commencer à écrire, donc flemme, d’où la règle du participe passé : avant, accord, après, pas d’accord. À ce sujet, je vous recommande chaudement les émissions et conférences de mes deux linguistes préférés, Arnaud Hoedt et Jérôme Piron. L’écriture du français est vraisemblablement le sentier le mieux fossilisé.
Étienne Gonnu : Tu exagères ! Il y a eu la réforme de 1990 et changer la graphie d’une langue, ça touche au patrimoine culturel, ce n’est pas vraiment possible.
Benjamin Bellamy : Quand on entend les hurlements de douleur rétrograde pour avoir voulu retirer un accent circonflexe qui ne servait à rien, je pense effectivement qu’on peut se dire qu’on ne verra jamais appliquée cette réforme de notre vivant et nos enfants non plus. Pour ce qui est du patrimoine, ça se discute, d’ailleurs Hoedt et Piron en discutent très bien.
Il existe un cas où la graphie d’une langue a radicalement changé, sans que cela l’appauvrisse à ma connaissance : l’alphabet coréen. C’est un sujet qui me passionne alors je vais essayer d’être bref, c’est vraiment passionnant, car il démontre qu’avec une vraie volonté politique, on peut sortir du sentier.
Saviez-vous que jusqu’en 1443, le coréen s’écrivait avec des caractères chinois. C’était peu adapté au coréen et surtout très compliqué, inutilement compliqué même – toute ressemblance avec l’orthographe du français ne serait que fortuite bien entendu ! Et là, le roi Sejong le Grand a pris une mesure radicale afin de démocratiser l’alphabétisation de son peuple, il a inventé de zéro un nouvel alphabet, logique et la logique est remarquable : les formes des consonnes imitent la position de la bouche et de la langue quand on les prononce. Il suffit à peine d’une dizaine de symboles de base pour écrire toute la langue. L’écriture est phonétique. Les symboles s’agglutinent pour former des phonèmes. Pour vous donner une idée de la complexité, j’ai appris à déchiffrer le coréen en deux jours. Si j’ai pu le faire, c’est vous dire si c’est simple ! Ce qui est vraiment intéressant ici, c’est que, bien entendu, en 1443, l’élite confucéenne qui avait galéré à maîtriser le hanja, l’écriture chinoise, a combattu de toutes ses forces cette nouvelle écriture, la qualifiant de vulgaire et même, comble du mépris, d’écriture pour les femmes.
Là où l’Académie française s’oppose méthodiquement, avec le succès qu’on lui connaît, à toute réforme de fond, car il s’agit, et je la cite, de « distinguer les gens de lettres d’avec les ignorants et les simples femmes » – décidément cette peur d’instruire les femmes est une constante –, le roi Sejong promulgua son alphabet en 1446. Sortir du sentier est un choix politique.
Étienne Gonnu : Pas seulement politique !
Benjamin Bellamy : Beaucoup plus qu’on ne veut bien le croire ! Un des sentiers dont on est maintenant ultra dépendant, et dont on parle régulièrement ici, ce sont bien sûr les GAFAM. Pourquoi va-ton chez les GAFAM ? Parce que c’est là que tout le monde va. Et pourquoi tout le monde y va ? Parce que c’est là qu’il y a tout le monde. Et pourquoi il y a tout le monde ? Parce que tout le monde y va. À la fin, on ne sait même plus pourquoi on y est, mais ça nous demanderait trop d’effort d’en sortir, donc on préfère dire aux nouvelles générations d’y aller aussi, par exemple, lorsque l’Éducation nationale renouvelle son contrat avec Microsoft pour quatre ans. Pourtant, on ne peut pas dire que le contexte géopolitique mondial actuel, ça incite vraiment à penser que c’est une bonne idée, on aurait même plutôt tendance à penser que c’est une idée totalement idiote. Mais voilà ! Personne ne s’est jamais fait virer pour avoir choisi du Microsoft, alors qu’est-ce que tu vas faire ? Eh bien, tu vas prendre du Microsoft, même si tu sais, en toute objectivité, que c’est un choix complètement nul !
Étienne Gonnu : Donc on est fichus ?
Benjamin Bellamy : On n’est pas fichus, on est « presque » fichus. Je le disais plus tôt, sortir du sentier c’est avant tout un choix politique. Eh bien en Allemagne, par exemple, le gouvernement fédéral a interdit l’usage des formats de fichier de Microsoft à l’ensemble des administrations publiques, pour imposer le format OpenDocument. On passe donc d’un format propriétaire et incompatible par construction et par volonté de Microsoft, à un format libre, transparent et ouvert. Dit comme ça, on pourrait penser « si c’est Libre et que ça fonctionne mieux, c’est évident qu’il fallait le faire ! ». Mais comme toujours, le premier qui sort du sentier risque de se retrouver tout seul dehors. C’est pour cela que l’imposer de cette manière est assez futé, parce qu’on peut espérer que cela fasse boule de neige, même au-delà de l’administration publique allemande, voire au-delà de l’Allemagne. Et au final, de la même manière que la Corée a probablement l’alphabet le plus efficace du monde, l’Allemagne risque bien de nous prendre tous de vitesse dans le développement d’écosystèmes libres et ouverts, quand les enfants français seront encore tous en train d’accorder des participes passés sur des claviers AZERTY dans Microsoft Word. Bref. Qu’est-ce qu’on attend pour sortir de ce sentier ? Si vous voulez changer les choses, commencez par changer de clavier !
Étienne Gonnu : Merci Benjamin pour ta chronique. J’ai toutefois une question : dans ton introduction tu avais mentionné un écuyer du 12e siècle et je ne crois pas que tu en aies parlé.
Benjamin Bellamy : Tout à fait et je te remercie de m’y faire penser ! Effectivement, je vous ai parlé de QWERTY, d’AZERTY de Dvorak et de bépo, et j’allais oublier le plus populaire de tous les claviers, le Christian. Christian Clavier !
Voix off, extrait du film Vingt dieux : Vingt dieux !
Étienne Gonnu : Merci Benjamin. On te retrouve tous les mercredis dans RdGP en podcast, sur le Fédiverse et sans doute le mois prochain dans Libre à vous !.
Benjamin Bellamy : Au mois prochain.
Étienne Gonnu : Merci Benjamin. Bonne suite de journée.
Nous allons à présent faire une pause musicale.
[Virgule musicale]
Étienne Gonnu : Nous allons écouter Hic Sunt Dracones par Stone From The Sky. On se retrouve juste après. Belle journée à l’écoute de Cause Commune, la voix des possibles.
Pause musicale : Hic Sunt Dracones par Stone From The Sky.
Voix off : Cause Commune, 93.1.
Étienne Gonnu : Nous venons d’écouter Hic Sunt Dracones par Stone From The Sky, disponible sous licence libre Creative Commons Partage dans les mêmes conditions, CC By SA.
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Étienne Gonnu : Nous allons passer à notre chronique suivante.
[Virgule musicale]
Chronique « À cœur vaillant la voie est libre » de Laurent et Lorette Costy, intitulée « L’oiseau tonnerre, pour ne plus être un pigeon »
Étienne Gonnu : « À cœur vaillant la voie est libre » de Laurent et Lorette Costy.
Comprendre Internet et ses techniques pour mieux l’utiliser en particulier avec des logiciels libres et services respectueux des utilisatrices et utilisateurs pour son propre bien-être en particulier et celui de la société en général. Laurent Costy est administrateur de l’April et fait cette chronique avec sa fille Lorette.
Trente-sixième épisode de la chronique, intitulé aujourd’hui « L’oiseau tonnerre, pour ne plus être un pigeon ».
[Virgule sonore]
Laurent Costy : On commence cette fois par un petit bulletin météo. Quelle est la température aujourd’hui ?
Lorette Costy : 37°2 ce matin. Ah non, je me trompe de thermomètre. C’est plutôt 14.
Laurent Costy : On a droit à la météo intérieure et à la météo extérieure. Ce n’est pas grave. À l’April, on aime bien la météo intérieure pour les réunions. On observe ce qui se passe à l’intérieur de soi et on choisit la météo se rapprochant le plus de son état. Ça permet d’appréhender la « température émotionnelle » des personnes présentes, donc d’un groupe.
Lorette Costy : Oh, je vois ! Et si tout le monde se déclare orageux, on reporte le point sur les arbitrages budgétaires à la réunion suivante. C’est malin ! Eh bien, sache que je me sens très altocumulus ce matin.
Laurent Costy : Parfait, c’est tout à fait le type d’humeur nécessaire pour engager ou poursuivre sa transition mail vers des outils plus respectueux des utilisateurs et utilisatrices.
Lorette Costy : Le rapport de cause à effet me laisse perplexe et dans un stratus très dense.
Laurent Costy : Stratus, dont l’un des plus célèbres est le frog londonien.
Lorette Costy : Fog Papa, fog ; frog c’est la grenouille.
Laurent Costy : Tu es sûre ? Si j’enlève un « r » à grenouille en français, ça donne « genouille » !
Lorette Costy : Et « brouillad » ça n’existe pas non plus ! C’est un peu plus compliqué que ça l’anglais, Papa. Et malheureusement, la majeure partie des jeux de mots ne se transpose pas.
Laurent Costy : Je te fais confiance. L’anglais n’est pas ma tasse de thé.
Bon, les mails. On ne revient pas sur le fait qu’utiliser au quotidien une adresse Gmail n’est pas une bonne idée pour la préservation de sa vie privée. La question du jour c’est comment on fait pour arrêter de procrastiner et engager vraiment une transition.
Lorette Costy : J’aurais tendance à penser qu’il faut commencer par compléter son équipement. La montagne à gravir est colossale et sac à dos, piolet, pitons, cordes et bouteilles d’oxygène doivent d’abord être vérifiés avant de partir. Il ne faudrait pas que ça lâche au milieu d’une paroi froide et hostile !
Laurent Costy : Je comprends cette perception. Pour avoir déjà fait ce parcours, quand je regarde par-dessus mon épaule – épaule que certaines personnes trouvent assez jolie d’ailleurs –, je vois plutôt une colline. À deux, on devrait donc pouvoir gravir cet intermédiaire : très haute montagne + colline/2 = Mont Saint-Odile dans les Vosges, altitude 764 mètres.
Lorette Costy : Ah, l’épreuve devient tout suite plus accessible dis-moi ! Surtout avec une ferme auberge en perspective ! Miam-miam !
Laurent Costy : Vendu, je te paierai la tarte aux myrtilles. Je pense que ce qui freine les gens, c’est de ne pas parvenir à identifier les étapes importantes et à les mettre dans l’ordre. Je vais essayer de t’aider à le faire. Commence par me dire tous les points qui t’empêchent de changer de mail.
Lorette Costy : Il faut d’abord que j’informe tous mes contacts que je change d’adresse. Il y a aussi tous les comptes auxquels je me connecte et qui sont liés à cette adresse mail. Enfin, je souhaite évidemment pouvoir récupérer tous mes anciens mails. Tout ça, déjà, ce n’est déjà pas mal. Mais il faudrait aussi que ce soit fonctionnel demain et que je ne passe aucun temps dessus.
Laurent Costy : J’ai une bonne et une mauvaise nouvelle : je commence par la bonne ou je finis par la mauvaise ? Oh le beau cliffhanger de fin de page !
Lorette Costy : Ouf, avec cette première page, déjà 1/3 de chronique passée, la fin de mon calvaire approche ! Bon, laisse-moi deviner : la bonne, c’est que c’est possible mais pas pour demain, c’est ça ?
Laurent Costy : Tout à fait. Une autre difficulté qui fait que les gens se représentent une montagne à gravir vient du fait que tout devrait se faire à un instant t. Or, la technique du loup concentré recroquevillé va justement permettre d’organiser sa transition et de se la jouer hyper cool et détendu. On va mettre en place la nouvelle adresse sans pour autant se séparer de l’ancienne.
Lorette Costy : J’ai déjà une adresse alternative chez Tuta Mail, mais j’avoue que je ne l’utilise pas. On peut essayer de la faire devenir mon adresse principale.
Laurent Costy : Essayons d’abord de rappeler vers qui se tourner pour avoir un service de mail alternatif ; tuta.com permet le effectivement, mais il y en a d’autres.
Lorette Costy : On vous renvoie vers les excellentes chroniques des émissions 136 et de 148 intitulées respectivement « L’arobase dans les peintures rupestres du courriel » et « Popop imap Pou ! », car il y a des références de fournisseurs alternatifs de mails.
Laurent Costy : En plus, c’est hyper simple pour retrouver une émission sur libreavous.org : vous mettez son numéro derrière le slash de L’URL d’accueil et bim, vous êtes dessus. Merci monsieur Vincent Calame pour la mise en place de ce raccourci que Louis XVI n’aurait pas renié.
Lorette Costy : Oh. Je ne connaissais pas ce tip ! Dire que j’utilisais, telle l’internaute des années 2000, la petite loupe en haut à droite, qui marche très bien aussi d’ailleurs ! Bon, trêve de réclame, et mon mail pour demain ?
Laurent Costy : Supposons donc que ton mail soit lorette chez tutamail.com. Je suis un peu de la vieille école et je vais te dire comment je ferais et pourquoi. Il y a sans doute d’autres manières de faire, mais celle-ci a montré sa pertinence, car je reçois toujours des mails. Il y a deux écoles : celle de celles et ceux qui utilisent un Webmail.
Lorette Costy : Autrement dit l’interface accessible par l’intermédiaire d’un navigateur, interface généralement mise à disposition par le fournisseur du mail. Entre parenthèses, les GAFAM préfèrent cette voie car ça leur permet de collecter plus d’informations.
Laurent Costy : Merci pour cette précision fort à propos dans cette chronique ludique, néanmoins pédagogique. Et l’autre voie, à cœur vaillant, c’est le client lourd.
Lorette Costy : On ne parle pas ici de celui qui vient dans la boulangerie et qui ne peut pas s’empêcher de faire une blague sur les miches de la boulangère ! Non, on parle ici de logiciel libre, par exemple, de Thunderbird, autrement dit, « l’oiseau tonnerre » !
Laurent Costy : C’est ça ! Un client lourd, c’est un programme que l’on va installer sur son ordinateur et Thunderbird a le bon goût d’être multiplateforme. Autrement dit, tu peux trouver une version à installer quel que soit le système d’exploitation !
Lorette Costy : Ça y est, téléchargé, installation lancée ! Il me demande des trucs, c’est plutôt explicite. Quand il me demande « Votre nom complet, adresse mail et mot de passe », j’ai presque envie de répondre mon nom complet, mon adresse mail et de mettre mon mot de passe.
Laurent Costy : C’est courageux, je n’aurais pas osé. Quand tu l’auras fait, Thunderbird devrait, dans la majeure partie des cas, trouver dans sa base de données la configuration correspondant à ton fournisseur. Si c’est bien le cas, ton mail sera alors fonctionnel ! Stéphane Bortzmeyer m’a aussi signalé que Thunderbird, je cite, « utilise aussi les bonnes et belles méthodes DNS normalisées, ce qui évite d’être limité à sa base de données et permet aux OpenBSDistes barbus de s’auto-héberger. » Je t’avoue, je n’ai pas tout compris, mais il a mis un lien, ce sera dans les références.
Lorette Costy : C’est fortiche mon amiche ! Mais quand Thunderbird dit « Thunderbird n’a pas trouvé les paramètres de votre messagerie », on reste chez Google du coup ?
Laurent Costy : C’est sûr qu’à ce moment-là, si on est n’est pas préparé et que l’on ne connaît pas bien tous ces aspects, on peut être rebuté par des mots barbares tels « protocole IMAP », « méthode d’authentification », « Serveur sortant SMTP » et autres joyeusetés. La solution pour trouver les bons paramètres, c’est souvent de gronder son fournisseur de mail pour qu’il fasse proprement référencer tout ça !
Lorette Costy : Si on est vraiment loin d’avoir les compétences, on peut aussi anticiper et demander à être accompagnée pour le moment fatidique ?
Laurent Costy : Oui, c’est bien d’anticiper et de solliciter en amont plutôt que de constater que l’on butte et qu’il faut de l’aide. Le forum du collectif CHATONS, le site DéMAILnagement – jeu de mot que la chronique À cœur vaillant la voie est libre n’aurait pas renié –, AideLinux, les groupes d’utilisateurs et d’utilisatrices de logiciels libres sur l’Agenda du Libre, le forum d’Emancip’Asso, sont autant de ressources qui peuvent être mobilisées.
Lorette Costy : Ça y est, ça marche ! Tu m’envoies un mail pour test, s’il te plaît ?
Laurent Costy : Même si on pouvait utiliser un auto-répondeur, je t’envoie un super mail de test : « Hello Word ! »
Lorette Costy : World, Papa, world avec un « l ».
Laurent Costy : Ah oui, j’aurais dû m’en douter parce que si je veux enlever la lettre « l » dans le mot « monde » en français, ce n’est pas possible, il n’y en a pas.
Lorette Costy : Oui ! On n’a pas fini. Maintenant que ça marche, il reste la question d’habituer mes contacts à ce changement d’adresse et il reste aussi à rapatrier les mails reçus et conservés dans ma boîte Gmail.
Laurent Costy : Voilà comment je ferais en organisant une période de transition. D’abord, j’ajouterais le compte Gmail sous Thunderbird en procédant de la même manière que précédemment. Tu ne devrais pas avoir de problèmes de configuration avec les fournisseurs dominants.
Lorette Costy : Pouf, pouf, me voilà avec deux comptes sous Thunderbird.
Laurent Costy : Bien. Dans les paramètres de Thunderbird, pour le compte Gmail, il faut configurer le « répondre à » avec ta nouvelle adresse. Quand tes contacts vont cliquer pour te répondre avec leur messagerie, par défaut c’est ta nouvelle adresse qui sera renseignée par Thunderbird. C’est un premier élément pour aller vers plus d’usage de ta nouvelle adresse.
Lorette Costy : Je peux aussi, le moment venu, dans les paramètres de mon compte Google, faire une redirection de mon adresse Gmail vers cette nouvelle adresse.
Laurent Costy : Oui, et à ce moment-là, tu peux enlever le compte sous Thunderbird puisque les mails vont être redirigés vers ta nouvelle adresse. Et complémentairement, glisse aussi un message sur ce changement d’adresse dans ta signature automatique.
Lorette Costy : Restent les comptes ouverts de-ci de-là avec mon adresse Gmail. Comment je fais pour les identifier et les changer ?
Laurent Costy : Ne nous voilons pas la face Boniface, il vaut mieux se laisser du temps. Commence par les plus évidents et change au fur et à mesure ceux sur lesquels tu retombes. Ça ne sera pas toujours simple et cela aussi contribue à démotiver. Prends le temps qu’il faut.
Lorette Costy : Oui, et puis à terme, il va y avoir de moins en moins de trafic sur l’adresse Gmail et un jour, ça peut être dans longtemps, je pourrai enfin décider de supprimer mon compte et demander à Google de supprimer mes données !
Laurent Costy : Voilà, la démarche est plantée ! Ça va être à toi de jouer et d’évaluer quel délai tu te donnes pour une migration aboutie et définitive. Et peut-être pour finir, évalue aussi quelle quantité de mails tu as et le poids total qu’ils représentent car, si le mail chez Tuta est gratuit, la capacité de la boîte est limitée à 1 Go. À terme, il est probable que tu doives souscrire une formule payante pour augmenter la capacité de ta boîte si le tri ne suffit plus.
Lorette Costy : Si ça préserve mieux mes données personnelles, ce n’est pas déconnant de devoir payer un peu, je verrai à ce moment-là. Mais présentement, comme on a dépassé largement trois pages, je vais te laisser et aller vaquer à mes occupations, Papa. On pourra faire un point à la prochaine chronique !
Laurent Costy : Ça roule ma poussine, et que l’oiseau tonnerre t’apporte satisfaction parce qu’on n’est pas des pigeons !
Lorette Costy : Crou ! Crou !
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Étienne Gonnu : C’était « À cœur vaillant la voie est libre », de Lorette Costy et de son père Laurent aux épaules fort jolies. Un 36e épisode intitulé « L’oiseau tonnerre pour ne plus être un pigeon ».
Nous allons à présent faire une pause musicale.
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Étienne Gonnu : Nous allons écouter Diaspora dialectique par Tintamare. On se retrouve juste après. Belle journée à l’écoute de Cause Commune, la voix des possibles.
Pause musicale : Diaspora dialectique par Tintamare.
Voix off : Cause Commune, 93.1.
Étienne Gonnu : Nous venons d’écouter Diaspora dialectique par Tintamare, disponible sous licence libre Creative Commons Partage dans les mêmes conditions, CC By SA.
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Étienne Gonnu : Avant de passer au sujet suivant, je relaie juste deux/trois commentaires du webchat de notre émission. On me demande si Benjamin utilise un clavier bépo, la réponse est oui, ce qui va d’ailleurs me motiver encore plus à me lancer peut-être un jour. Un autre auditeur ou une autre auditrice confirme « tester bépo, c’est l’adopter ! »
Passons maintenant à notre chronique suivante.
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Chronique « F/H/X » de Florence Chabanois, intitulée « Le prestige a un genre »
Étienne Gonnu : Statistiques éclairantes, expériences individuelles et conseils concrets, votre rendez-vous mensuel pour comprendre et agir en faveur de l’égalité des genres, c’est la chronique « F/H/X » de Florence Chabanois, cofondatrice et présidente de La Place des Grenouilles. Aujourd’hui, une chronique intitulée « Le prestige a un genre ».
[Virgule sonore]
Florence Chabanois : Bonjour les copaines,
J’ai croisé beaucoup de personnes en reconversion vers l’informatique. Des hommes, des femmes, plutôt cisgenres. C’est stupéfiant comme après trois ans d’expérience, les femmes continuent de douter d’elles-mêmes et ne se sentent pas légitimes, alors que les hommes se sentent complètement à leur place après trois semaines. Certains t’expliquent même généreusement le travail que tu fais depuis cinq ans. Vraiment !
Ce n’est pas une question de compétences, d’ailleurs l’étude Impact of Gender on OSS File Contributions le confirme : à nombre égal de contributeurs et contributrices dans le logiciel libre, hommes et femmes produisent globalement autant de contributions. La différence est dans la confiance que l’environnement accorde, ou refuse, par défaut. Et cet environnement ne s’est pas construit par hasard. À l’origine, l’informatique était un métier féminin. Les femmes codaient, calculaient, programmaient, car le travail était assimilé au secrétariat : précis, rigoureux, et surtout sans prestige particulier. Puis l’informatique est devenue une activité reconnue, stratégique, lucrative et là, les hommes sont arrivés et les femmes sont parties ! Il n’y a pas eu besoin de politique d’inclusion pour ça. Pas de quotas, pas de chartes de diversité pour accueillir les hommes dans l’informatique, ça s’est fait naturellement, comme une évidence, alors que les femmes codeuses nous ont quand même amenés sur la lune. Si vous regardez aujourd’hui les métiers très féminisés – la petite enfance, les soins, le secrétariat –, vous n’y trouverez pas non plus de politique pour inclure les hommes. Étrange ?
Une étude de l’université de Zurich, publiée dans la revue Social Networks, le documente de façon très claire. À partir de données britanniques, le sociologue Per Block montre que lorsque la proportion de femmes dans un emploi augmente de 10 %, la probabilité des hommes d’y rester chute d’environ 12 %. Et quand l’afflux de femmes atteint 75 %, les hommes ont deux fois moins de chances de rester dans cette profession. Ce n’est pas une question d’intérêts différents, ni de profils de compétences qui changeraient, c’est une tendance claire, mesurable, indépendante de tout autre facteur. Les hommes partent quand les femmes arrivent !
Et là on touche à quelque chose d’important. Pourquoi partir ? Qu’est-ce qu’on fuit exactement ? On fuit une supposée perte de statut, une perte de prestige. Comme si la valeur d’un métier était indexée non pas sur sa complexité, son utilité ou ses responsabilités, mais sur le genre de ceux et celles qui l’exercent.
Selon l’INSEE, les 20 professions les plus courantes chez les femmes concentrent des salaires moyens inférieurs. En 2025, l’écart de rémunération médiane chez les cadres reste significatif : 50 000 euros pour les femmes, 58 000 pour les hommes. Et les secteurs fortement féminisés, comme la santé ou l’éducation, restent structurellement moins rémunérateurs que la tech ou la finance.
Prenez l’enseignement. C’était un métier respecté, avec une vraie place dans la société. Aujourd’hui, les professeurs sont moins payés et bien plus malmenés qu’avant, y compris par les institutions. La tâche n’est pourtant pas devenue plus simple, elle est même devenue plus difficile. Ce qui a changé, c’est que les métiers de l’enseignement sont désormais majoritairement féminins.
La médecine, la magistrature sont des professions en cours de féminisation où la parité commence à être réelle et, presque simultanément, on voit apparaître les premières tensions, les premières remises en cause institutionnelles. Coïncidence ?
Et puis il y a le cas inverse, qui est peut-être le plus révélateur : les hommes qui évoluent dans des métiers majoritairement féminins ne subissent pas la même pénalité, du tout. Au contraire ! Ils progressent plus vite, ils prennent la lumière. On appelle cela l’escalator de verre, par opposition au plafond de verre. Les femmes butent contre un plafond, les hommes, eux, montent sur un escalator. Ce qui explique peut-être pourquoi on se retrouve si souvent avec des hommes à la tête de secteurs très féminisés.
Attention, ce n’est pas la présence des femmes qui dégrade un métier. C’est que la société dévalorise systématiquement ce que les femmes font. Les compétences associées au féminin – prendre soin, éduquer, organiser – sont traitées comme des dons naturels plutôt que comme des qualifications acquises. Pourquoi payer correctement des choses qui se font naturellement ? Notez que c’est le même argument à l’envers concernant la force physique des hommes qui a longtemps justifié un salaire inférieur pour les femmes.
Le prestige a un genre. Cela se retrouve dans les grilles salariales, dans la reconnaissance institutionnelle, dans le regard collectif. Et il ne change pas facilement de camp !
Revenons maintenant au logiciel libre, parce que c’est là que ce mécanisme prend une forme particulièrement intéressante.
Le Libre repose sur des valeurs qu’on associe souvent à une certaine façon d’être ensemble : le partage, la collaboration, l’entraide, la contribution au bien commun, un monde sans hiérarchie formelle, ouvert en théorie à tout le monde. Et pourtant, les femmes représentent entre 1 % et 10 % des contributions selon les études. C’est moins que dans beaucoup de secteurs tech, qui sont déjà peu exemplaires. Plusieurs organisations ont essayé de changer ça – SPIP, Red Hat, l’April, Linux, XWiki – avec des codes de conduites et des communautés de femmes. Red Hat avait même créé les Women in Open Source Awards. Les résultats restent difficiles à évaluer. Ce n’est pas parce qu’il y a quelques femmes qui témoignent sur un site web que l’équilibre est atteint, ni qu’il va se maintenir.
Une étude a analysé 355 projets open source. Seulement 3,4 % disposaient d’espaces dédiés aux femmes, moins de 10 % affichaient un code de conduite et, parmi ces codes de conduite, moins de la moitié mentionnaient explicitement le genre.
Sans structures concrètes, sans engagement visible et continu, l’inclusion reste un vœu pieux et bien fragile.
Dans le Libre, il y a un mécanisme supplémentaire, plus discret. Une grande partie du travail essentiel – la documentation, la modération, l’accueil des nouveaux contributeurs, des nouvelles contributrices, la traduction, l’organisation des événements – est bénévole et invisible. Quand des femmes s’engagent dans ces rôles de soin communautaire, ce travail n’est pas comptabilisé dans la « gloire » du développeur libre. On retrouve ici exactement le même réflexe : ce que font les femmes, même dans un espace qui se revendique horizontal, tend à être moins reconnu.
La pandémie l’a mis en lumière de façon brutale. En 2020, pour la première fois depuis plus de dix ans, la participation des femmes dans le Libre a reculé partout dans le monde. La fermeture des écoles, la surcharge des tâches domestiques qui pèsent statistiquement davantage sur les femmes, quasiment deux fois plus, ont réduit leur temps déjà peu disponible pour contribuer. Le logiciel libre, c’est du travail fait sur le temps libre. Et le temps libre n’est pas distribué de façon égale dans un foyer !
Aujourd’hui, l’IA, l’intelligence artificielle, prend de plus en plus de place. Dans les conférences, dans les projets, dans les discours, j’entends des femmes qui se posent des questions éthiques, profondes, sur cette technologie, au point d’envisager de quitter l’informatique. Des hommes aussi se posent des questions, mais pas au point de partir.
Pendant ce temps, Donald Trump vient d’interdire à son administration de travailler avec des entreprises menant des politiques contre les discriminations raciales et de genre notamment. L’argument officiel est que cela coûte trop cher. Intéressant ! Personne n’a jamais calculé le coût des décennies sans inclusion. Personne ne s’est demandé combien cela coûtait d’avoir exclu la moitié de la population d’un secteur entier. Par contre, pour payer des impôts, pour acheter des produits qui ne nous ressemblent pas, pour payer plus cher du rose, là on pense aux femmes !
Le prestige suit les hommes et la charge reste aux femmes. Encore aujourd’hui, ce que les femmes touchent perd de la valeur ! Pas parce qu’elles le dégradent, parce qu’on décide collectivement que ce qu’elles font vaut moins. Et tant qu’on n’aura pas nommé ça clairement – dans les communautés du Libre comme ailleurs –, les codes de conduite resteront des vœux pieux et les escalators continueront de monter dans un seul sens.
[Virgule sonore]
Étienne Gonnu : C’était la chronique « F/H/X » de Florence Chabanois, intitulée aujourd’hui « Le prestige a un genre ». Encore merci à Florence de nous éclairer, de nous apporter sa grille de lecture.
Nous allons passer directement à notre chronique suivante.
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Chronique « La pituite de Luk » intitulée « C’est quoi le médium ? »
Étienne Gonnu : La pituite de Luk est une chronique rafraîchissante au bon goût exemplaire qui éveille l’esprit et développe la libido. Il a été prouvé scientifiquement qu’écouter la pituite augmente le pouvoir de séduction, augmente le succès dans les affaires ou aux examens et décuple le sex-appeal.
Aujourd’hui Luk s’interroge : c’est quoi le médium ?
[Virgule sonore]
Luk : Chuck Norris est mort. J’ai été surpris une demi-seconde quand je l’ai appris. À force de lire des Norris Facts et d’écouter « je mets les pieds où je veux et le plus souvent c’est dans la gueule », j’ai fini par y croire, juste un tout petit peu, et s’en m’en rendre compte. J’ai cru que c’était vraiment la mort qui avait peur de Chuck Norris et non l’inverse.
Mon cerveau est décidément taquin puisqu’il m’a ensuite fait une seconde entourloupe. Il a établi un lien improbable entre Chuck Norris et McLuhan, le philosophe et théoricien des sciences de l’information et de la communication. Comment ? Le premier a fini sa carrière à jouer dans Walker, Texas Ranger, le second était Marshall. Rapprochement boiteux parce que pour le philosophe, Marshall c’était juste son prénom : Marshall McLuhan. Il ne me manque plus qu’un Chérif pour compléter ma collection.
Marshall a laissé dans les mémoires deux notions dont l’une est « le médium est le message ». « Médium » est à comprendre ici comme le singulier de « média ». Il affirme que les spécificités propres à chaque médium sont, au final, plus importantes que l’information que nous essayons de transmettre en les utilisant.
Un exemple contemporain, serait Twitter. Avant son rachat, la boîte était possédée par des gens plutôt dans le camp progressiste, dans la limite des stocks d’humanité disponibles de ces gens-là. Et pourtant, comme les recherches en science de l’information et de la communication ont pu le montrer, les informations les plus puantes, souvent incomplètes, déformées voire carrément fausses, qui charrient de la colère et de la haine, circulent bien mieux que les autres sur les réseaux sociaux. Et comme un camp politique en diffusait bien plus que l’autre, sur Twitter notamment, il a pris l’avantage alors même qu’il n’était pas aligné sur les opinions des créateurs du réseau. En 2021, le chercheur en Infocom Olivier Ertzscheid titrait ainsi un article : « Les algorithmes sont-ils de droite ? ».
On peut trouver McLuhan visionnaire, mais le truc est que j’ai tenté d’en lire et que j’ai lâché le morceau. J’ai trouvé que le bouquin était une sorte de soupe produite par un esprit sans doute brillant mais un peu trop auto-satisfait, qui se contentait de relier des idées à coups de symboles et de grands principes, mais s’appuyant sur bien peu d’éléments factuels. Avec McLuhan tout est dans tout et réciproquement. Je constate donc que mon cerveau, qui ne se gêne pas pour faire des associations abusives, ne tolère pas ça chez les autres. Mon cerveau est un trou du cul !
En dépit de la faiblesse que je trouve chez McLuhan, j’ai toujours bien aimé cette idée que le média – pardon le médium –, est le message ; ça claque et l’exemple des médias de droite lui donne un certain crédit. Ceci dit, quand je vois aujourd’hui que des influenceurs sous les bombes iraniennes à Dubaï chantent « je vais bien, tout va bien » sur leurs réseaux pour ne pas finir en prison, je me dis que prétendre que le médium est le message en oubliant tout le reste, c’est quand même un peu court.
C’est pourtant la formule qui m’est venue en tête quand j’ai découvert que la Fondation des Femmes a mis Meta en demeure de la laisser publier sa nouvelle campagne sur ses réseaux sociaux. La notion est fragile mais voilà, un bon slogan, que ça sorte d’un Chuck Noriss Fact ou d’un livre de Marshall McLuhan, c’est puissant. Tiens ! Ça leur fait un deuxième point commun.
Cette affaire de la Fondation des Femmes est consternante. Meta et consort ont longtemps été dévolus à l’objectif unique de faire du fric, quelles qu’en soient les conséquences. Mais ils se transforment aujourd’hui en une arme idéologique massive destinée à éradiquer tout ce qui déplaît à Trump et à son fan club. Zuck s’est fait une spécialité de lécher les chaussures de golf du roi bouffon. Malgré les crampons qui piquent un peu la langue, il s’est appliqué pour atteindre le double objectif d’éviter la prison, que l’agent orange lui avait promise, et de tacler les réglementations européennes. Stratégie gagnante. Il n’est toujours pas derrière les barreaux et peut pleinement profiter de son bunker, reclus sur son île à Hawaï. J’imagine qu’il y dispose d’une grande carte d’état-major et qu’il y déplace des figurines, une pour chacun de ses lobbyistes qui sont nommés à des postes clés en Europe.
Nous voilà donc aujourd’hui avec la Fondation des Femmes confrontée à une multinationale surpuissante, avec un lourd passif en matière d’irresponsabilité sociale et dévouée à un projet global visant à les détruire. La Fondation n’a comme recours que de lui envoyer un courrier lui demandant d’arrêter d’être méchante. C’est dérisoire et couronné d’une ironie croustillante : la fameuse campagne bloquée par Meta s’intitule « Inarrêtables », on peut dire que c’est un échec et en même temps que ça n’a pas marché !
Communiquer au travers des réseaux sociaux, c’est leur appartenir. Ce sont des réseaux propriétaires qui possèdent du code, des infrastructures et des données, mais aussi des réseaux privateurs qui décident qui peut s’exprimer et comment il peut le faire. La Fondation des Femmes, toute féministe qu’elle soit, est soumise à la bonne volonté d’un techno bro qui a vanté la nécessité d’insuffler à nouveau de l’énergie masculine dans sa boîte pour marquer son allégeance au masculinisme le plus hostile. Cette fondation s’est placée en totale dépendance d’une figure patriarcale XXL, tout ça pour tenter de pousser des causes très en deçà des enjeux actuels. Parce qu’il ne faut pas se leurrer, Le féminisme est en bonne place sur la liste des ennemis objectifs du pouvoir américain. Son programme est de remettre l’avortement en cause, puis la contraception, puis le vote des femmes. J’exagère ? Peter Thiel, qui considère que les problèmes du monde sont arrivés avec le vote des femmes, a été reçu à l’Académie des sciences morales et politiques. Il a tenté de faire une conférence au Vatican, mais le Pape a fait annuler sa venue. Ça me fait un peu mal de le dire mais sur ce coup-là, catholicisme 1, République française 0. Aux États-Unis, des pasteurs soutenus par Pete Hegseth, le secrétaire d’État américain à la guerre, expliquent sur leur chaîne YouTube que les femmes ne doivent pas faire de vagues en public, ne peuvent pas occuper de poste à responsabilité. En clair et littéralement dans leur bouche : fermer leur gueule !
Être en France ne met personne à l’abri. Le 3919, le numéro dédié à l’aide des femmes victimes de violence, est saturé par des appels de masculinistes qui insultent les opératrices et les rendent indisponibles pour les femmes qui ont besoin d’elles. La misogynie a le vent en poupe au sein de la jeunesse. Nous en sommes-là, les femmes sont en première ligne face à la montée du fascisme qui vise à les détruire. Les figures du trumpisme ne cachent pas leur intention d’étendre leur influence. Suivant sa logique totalitaire, le monde lui appartient et tout ce qu’il range dans la catégorie DEI – Diversité, Équité, Inclusion – est un danger existentiel à éradiquer.
Si le medium est le message de par sa structure mais aussi parce qu’il est contrôlé pour servir un but, peu importe qu’on soit sur Instagram juste pour voir des recettes de cuisine et des trucs rigolos. Par sa seule présence, on renforce l’effet réseau amenant tout le monde à y traîner et on favorise, par exemple, le mal être d’adolescentes qui sont bombardées d’injonctions à être séduisantes pour exister, on favorise leur exposition à des prédateurs.
Qu’on ne vienne pas me dire que tout cela ne nous influence pas tant que cela et que nous gardons notre sens critique. Je rappelle que j’ai douté une demi-seconde que Chuck Norris puisse mourir.
Choisir d’utiliser les réseaux sociaux relève de la servitude volontaire.
J’essaie d’actionner une nouveau levier dans mon entourage pour tenter de faire bouger les choses, l’exploitation d’une décision de justice toute fraîche. Au Nouveau-Mexique, un jury vient de reconnaître la culpabilité de Meta à la fois pour l’effet sur la santé mentale des plus jeunes mais aussi dans l’exploitation sexuelle des mineurs. Le procès a établi que Meta était pleinement conscient de ces problèmes, leur a collé un coup de tampon « vu et s’en tape » et rangé le dossier sur la dernière étagère de son serveur cloud.
Dans une période où nombre de personnes dans mon entourage sont ulcérées par une série d’affaires, Epstein en tête, comment se sentent-elles à faire gagner de l’argent et confier leur vie à une entreprise qui vient d’être condamnée pour sa contribution à l’exploitation sexuelle des mineurs ?
J’en ai mis plein la tête à la Fondation des Femmes, mais c’est conjoncturel. Elle ne fait ni mieux ni pire que la plupart des institutions et individus qui n’envisagent aucune remise en cause de leur dépendance aux services qui sont désormais utilisés pour les détruire. Ils ne parviennent pas à considérer que ce choix est une négation de leurs propres valeurs et qu’ils renforcent l’ogre qui va les dévorer. Il est plus que temps de se réveiller !
Voilà, voilà ! Au registre de toutes les urgences de notre monde au bord de l’explosion, se libérer de ces médias est une nécessité. Et ça tombe bien, les libristes ont inventé le fediverse. C’est comme s’ils avaient exprès. Quand on y est, le médius est le message qu’on envoie au fascisme.
Voix off, Chuck Norris, Braddock : Portés disparus 3 : Je mets les pieds où je veux et c’est souvent dans la gueule.
[Virgule sonore]
Étienne Gonnu : Nous venons d’écouter une pituite de Luk intitulée aujourd’hui « C’est quoi le médium ? »
Nous allons à présent faire une pause musicale.
[Virgule musicale]
Étienne Gonnu : Nous allons écouter Revel par Shelby Merry. On se retrouve juste après. Belle journée à l’écoute de Cause Commune, la voix des possibles.
Pause musicale : Revel par Shelby Merry.
Voix off : Cause Commune, 93.1.
Étienne Gonnu : Nous venons d’écouter Revel par Shelby Merry, disponible sous licence libre Creative Commons Partage dans les mêmes conditions, CC By SA.
[Jingle]
Étienne Gonnu : Passons à notre sujet suivant.
[Virgule musicale]
Présentation de la licence CoLibre (Licence Professionnelle : Métiers de la Communication : Chef de projet : Logiciels Libres et Conduite de projet) avec Vincent Mabillot. Rediffusion d’une interview enregistrée le 1 octobre 2019
Étienne Gonnu : Exception au thème du jour, le prochain sujet n’est pas une chronique mais la rediffusion d’une interview de 2019.
Nous avons récemment appris, avec regret, la non-reconduction de la licence CoLibre, une formation de l’ICom, l’Institut de la communication de l’université Lyon 2. Depuis 2008, cette licence professionnelle prépare aux métiers de la communication et à la conduite de projet en utilisant des logiciels libres. Cette licence ne sera pas reconduite pour répondre aux objectifs de réduction du volume d’enseignements liés à un contexte budgétaire contraint. Il s’agit pourtant d’une des rares formations, dans le monde universitaire français, à appuyer ses pratiques pédagogiques et professionnelles sur l’usage exclusif de solutions logicielles libres, éthiques et ouvertes. L’April apporte tout son soutien à l’équipe de la licence CoLibre et espère que cette décision n’est pas définitive.
En 2019, nous avions reçu Vincent Mabillot maître de conférences à Lyon 2 et responsable de la licence. Nous vous proposons d’écouter cet échange en espérant que cela aide à planter de nouvelles graines et inspire, qui sait, de nouvelles formations à se constituer.
[Virgule sonore]
Frédéric Couchet : Nous allons commencer par une présentation de la licence CoLibre, « Métiers de la Communication : Chef de projet : Logiciels Libres et Conduite de projet », avec Vincent Mabillot. Vincent est normalement avec nous au téléphone.
Bonjour Vincent.
Vincent Mabillot : Salut Fred. Vous m’entendez ?
Frédéric Couchet : On t’entend très bien. Déjà première question, qui es-tu ? Que fais-tu dans la vie, cher Vincent ?
Vincent Mabillot : Je suis maître de conférences en sciences de l’information et de la communication. Je suis enseignant-chercheur à l’Université Lyon 2. Je suis chercheur dans une équipe de recherche qui s’appelle MARGE, qui est une équipe en littérature mais aussi en sciences de l’information et de la communication où je fais des travaux qui sont plutôt tournés autour de tout ce qui va être pratique communautaire, notamment autour des communautés du logiciel libre, du peer to peer, mais aussi ce que j’appellerais la LAO, la littérature assistée par ordinateur, c’est une équipe de littérature.
À côté de ça, je suis aussi responsable, à l’université Lyon 2, d’un parcours de formation, une licence pro qu’on appelle la licence CoLibre, dont l’intitulé exact est « Licence Professionnelle : Métiers de la Communication : Chef de projet », et notre spécialité c’est donc logiciels libres et conduite de projet.
Frédéric Couchet : D’accord. Tu réponds déjà indirectement à la deuxième question. J’allais te demander ce qu’est la licence CoLibre en quelques mots. Depuis quand existe-t-elle et quels sont les objectifs principaux de cette licence ?
Vincent Mabillot : C’est une licence qui existe maintenant depuis 2008. Les premiers étudiants sont sortis en septembre 2008. C’est une licence qui a pour vocation à former des gens qui vont donc être des chefs de projet. La particularité de cette licence c’est effectivement de former des professionnels de la communication. La touche particulière que vont avoir ces professionnels de la communication c’est qu’on les fait travailler essentiellement, même exclusivement, avec des logiciels libres pendant leur année de formation, avec l’idée que cette touche particulière a plusieurs raisons d’être : c’est à la fois une démarche pédagogique, une démarche éthique, une démarche professionnalisante et, en même temps, une démarche aussi très pragmatique.
Quand je dis démarche pédagogique, ça veut dire que c’est souvent l’occasion, pour les gens qui vont suivre ce parcours, de remettre les pendules à zéro sur leurs pratiques numériques. Comme le logiciel libre n’est pas forcément quelque chose qui est très usité, notamment dans le monde de la communication, pour les gens qui arrivent dans notre parcours de formation ça va être véritablement l’occasion de revenir sur leurs pratiques numériques et pas simplement de se servir du numérique de bric et de broc comme ça vient, comme ça se fait, avec le petit truc et le petit machin que bidule t’a montré un jour ou l’autre, mais d’être plus sur quelque chose qui restructure : qu’est-ce qu’un ordinateur ? Comment ça fonctionne ? Qu’est-ce qu’un fichier ? Qu’est-ce qu’un format ? Donc avoir une connaissance du numérique qui va au-delà de simplement l’utilisation du numérique au coup par coup. Il y a donc cette idée-là.
Il y a une démarche éthique. C’est à la fois une démarche éthique du point de vue de la communication, c’est-à-dire qu’au travers du logiciel libre, on utilise un outil qui a vocation à être un outil transparent, dont on sait comment il est fabriqué, dont on sait ce qu’il y a à l’intérieur et dont on sait comment il traite les données, non pas comment il les manipule, je dis bien comment il traite les données et il peut bien les traiter. C’est une démarche éthique parce que ça permet aussi d’amener, en même temps, à une réflexion sur l’usage du numérique et l’éthique qu’on peut avoir par rapport à ce qu’on fait.
Si je reviens sur le côté professionnalisant, c’est l’idée qu’aujourd’hui le numérique libre est quelque chose qui a une place beaucoup plus importante que la plupart des gens ne l’imaginent. C’est d’autant plus dommage que plein de gens ont plus ou moins acquis cette compétence-là, mais, du coup, elle n’est pas visibilisée, elle n’est pas valorisée. On a des gens qui ont déjà un parcours dans le logiciel libre, qui viennent avec des compétences en logiciel libre. Cette licence va permettre de mettre sur ce parcours-là, sur ces compétences-là, un niveau de formation.
Et enfin, quand je dis démarche pragmatique, c’est vrai qu’on a aussi cette opportunité pédagogique avec le logiciel libre : on fait travailler nos étudiants avec des outils qu’ils peuvent utiliser à la maison en toute légitimité, en toute innovation, c’est-à-dire que quand ils vont utiliser un logiciel de création en PAO, Publication Assistée par Ordinateur, quand ils vont travailler sur n’importe quel logiciel, on va prendre la version qui marche bien, pas forcément la dernière, mais la version qui marche bien et pas la version qu’on a pu acheter avec les crédits qu’on avait il y deux ou trois ans, quatre ans, cinq ans, dix ans, on n’est pas dans cette situation-là. Et ceux qu’ils vont pouvoir utiliser en cours seront ceux qu’ils vont pouvoir utiliser à la maison, ceux qu’ils vont pouvoir utiliser aussi dans les structures dans lesquelles ils vont aller faire des stages. Je pense qu’on reparlera un petit peu plus tard, justement, de cette ouverture professionnelle et où ils expriment leur talent.
Frédéric Couchet : Tout à fait. C’est une très bonne introduction, même assez complète. Quels sont les grands points, rapidement, du programme de formation ?
Vincent Mabillot : Les grands points du programme de formation : en gros, notre formation s’appuie sur quatre axes majeurs.
Un premier axe est un axe autour de la communication. Et quand on dit axe de la communication, on ne va pas simplement être dans une approche universitaire de la communication mais bien dans une approche pragmatique. Ça veut dire qu’on va être aussi bien du côté de tout ce qui va être les théories de la com’ que du point de vue des pratiques rédactionnelles. Ça va être aussi bien rédiger un billet sur un site où on tient de l’actualité que faire un communiqué de presse, que, etc.
Et, en même temps, on a une très grosse partie qui est une partie autour de la gestion de projet. Quand on est du côté de la gestion de projet, ça veut dire qu’à partir de ce moment-là on va être aussi bien du côté de la communication événementielle d’un côté, mais du côté de la gestion de projet on a aussi tout un accompagnement des pratiques de changement parce que le logiciel libre est souvent confronté à ces logiques de pratique de changement : comment on passe d’une application à l’autre ? Comment on fait migrer un ensemble de personnes qui utilisent des solutions à un moment donné vers d’autres solutions ? Qu’est-ce qui va les rendre attractives et qu’est-ce qui va faciliter ce changement ?
Et enfin, ça veut dire que dans ces facilitateurs de changement il y a des logiques pédagogiques, d’où le fait qu’à l’intérieur de notre formation il y a aussi une forte part qui est dédiée à la didactique et à cet apprentissage-là.
Dans les deux autres grands axes qu’il va y avoir à l’intérieur de notre formation, il y a de la pratique logicielle. Quand on dit pratique logicielle, c’est de la pratique logicielle intensive : il va y avoir, pour nos étudiants, de la pratique logicielle qui va être aussi bien comprendre ce qu’est un Operating System et savoir s’en servir. On utilise un Operating System qui est du GNU/Linux, pour être plus précis on utilise, basiquement, une distribution qui s’appelle Linux Mint Debian Edition, on essaye donc de faire un compromis entre du Debian et, en même temps, quelque chose qui est accessible parce que nos étudiants – on y reviendra aussi – viennent de différents horizons afin qu’ils puissent, dès le lendemain où ils rentrent en cours, se servir de la solution sans avoir l’impression d’avoir une grosse rupture de pratique.
Donc beaucoup de pratique logicielle en infographie, en montage vidéo, en développement. Cette année ils vont s’initier à Python, ils font aussi des sites web, ils font aussi du HTML. On a un parcours, on a un panorama, je dirais, de pratiques numériques et de pratiques logicielles qui est conséquent.
Et enfin, l’autre part qui est importante, c’est qu’on est une licence professionnelle, ça veut dire que derrière la licence professionnelle, il y a un parcours qui est professionnalisant. Parcours professionnalisant, ça veut dire qu’on va former les étudiants à être capables, à la sortie de cette licence, qui va être un bac + 3, d’être en situation de rechercher un emploi, de rechercher une activité professionnelle dans des secteurs qui sont très variés. Le principe, notre objectif, c’est de faire en sorte que quand les étudiants ont fini leur année, dans le meilleur des cas et c’est arrivé plein de fois, ils restent dans l’entreprise où ils ont fait leur stage, ils ne sont plus stagiaires, ils sont embauchés, sinon ils savent qu’ils sont compétents pour aller chercher du boulot à un endroit où ils ont envie, trouver de l’activité à l’endroit où ils ont envie, que ce soit en France ou à l’étranger d’ailleurs.
Frédéric Couchet : Vincent, là tu devances sur ma dernière question, on va avancer et on reviendra après sur le stage et les projets tutorés, mais rapidement parce que le temps passe, quels sont justement les principaux débouchés pour les étudiants et les étudiantes qui sortent de la licence CoLibre ?
Vincent Mabillot : Les principaux débouchés sont des débouchés autour de chargé de com’. Ce qui ne marche pas mal c’est qu’en réalité on a pas mal d’étudiants qui vont trouver, notamment dans leur stage, des débouchés auprès des entreprises qui déploient du logiciel libre et ils vont les accompagner dans leur communication auprès de leur clientèle, auprès de la formation, etc. C’est une partie du secteur.
Un autre secteur fort des débouchés, c’est le secteur de la médiation numérique, que ce soit en termes de formation, que ce soit dans tout ce qui est éducation populaire ou dans des dispositifs d’accompagnement et de formation.
Et enfin, il y a des étudiants qui vont utiliser ces compétences qu’ils ont acquises pour les intégrer dans n’importe quelle pratique où il y a de la communication. Typiquement, je pourrais prendre l’exemple d’une étudiante qui est devenue responsable de la com’ d’une entreprise de tourisme qui fait naviguer des bateaux sur des canaux dans le Sud de la France. C’est très large !
Il faut bien voir qu’on a des étudiants, et c’est effectivement quelque chose qu’on n’a pas encore évoqué, qui viennent avec des profils très différents. On a des gens qui vont arriver avec un BTS de tourisme, on a des gens qui vont arriver avec une maîtrise d’archéologie. Dans tous les cas de figure, ils ne vont chercher chez nous un métier en particulier qui sera le même pour tous, ils vont chercher à enrichir des compétences qu’ils ont déjà avec une culture qui sera augmentée.
Frédéric Couchet : D’accord. Avant ma dernière question sur le stage et les projets tutorés, je relaie une question qui est sur le salon web de la radio : est-ce que vous avez prévu de vous mettre dans les normes compte personnel de formation avec des certifications éligibles ou est-ce que c’est difficile pour vous de le faire ?
Vincent Mabillot : La difficulté qu’on a c’est que préalablement on faisait partie des formations qui étaient éligibles, mais les changements font que pour que pour les universités ce n’est pas aussi simple que ça. C’est quelque chose qui se fait en central chez nous, donc je dirais que nous, en tant tel, en tant qu’équipe pédagogique, on n’a pas la main sur ce truc-là.
L’autre difficulté est une difficulté qui est pratiquement éthique : très souvent, pour rentrer dans ce type de dispositif, il faut ultra-modulariser. Quand on dit « ultra-modulariser », c’est créer des grains de formation qui sont construits autour de compétences. Et franchement, d’un point de vue éthique, aujourd’hui, dire qu’on forme à des grains de compétences me pose un vrai problème parce que, immanquablement, au secteur public que nous représentons en tant qu’université, on va laisser les secteurs de compétences qui sont les secteurs non rentables et nous « piquer », entre guillemets, les secteurs de compétences qui sont rentables. C’est-à-dire qu’une sur-modularisation autour de la compétence c’est faire en sorte qu’on arrache des choses. Et d’un point de vue pédagogique – ça va nous ramener à ta prochaine question parce que ça fait deux/trois fois que tu dis qu’on va parler de projet –, c’est bien cette logique-là de projet. C’est-à-dire que quand on est dans de la formation de compétences, on ne peut pas travailler sur de la formation projet. C’est-à-dire que la formation de compétences c’est de la formation qui prend un grain et qui dit : « Vous allez faire 12 heures de Gimp et vous allez être un caïd dans Gimp. » À quoi sert Gimp ? Comment ça s’intègre dans un autre projet ?, jamais on n’en parlera ! Donc du point de vue mercatique, du point de vue marketing, c’est très pratique de dire « je vais vous former à un truc sur les réseaux sociaux », mais on passera totalement à côté du sens que ça prend dans une logique de communication et on restera dans une logique de mode ou une logique économique qui dit « je ne peux te payer que huit heures de ceci ou huit heures de cela ». Peu importe si ça a du sens ou pas !
Frédéric Couchet : Je précise que Gimp est un logiciel libre de création et de retouche d’images.
Ma dernière question, en une petite minute, le stage et le projet tutoré qui rentrent dans le cadre de la formation de ces étudiants ?
Vincent Mabillot : Le projet tutoré c’est du grain à moudre qu’on file à nos étudiants. Plus exactement ce sont des entreprises et des associations qui nous font des propositions d’une action de communication qui permettrait de valoriser leur activité. On soumet ça à nos étudiants après avoir fait un petit tri, eux choisissent et, pendant six mois, ils travaillent sur cette action de com’ pour voir si elle réalisable et essayer d’accompagner à sa réalisation. C’est un appel qu’on fait généralement sur notre site colibre.org tous les ans au mois de juillet et qui se clôt au mois de septembre. Ça veut dire que, pour aujourd’hui, c’est raté pour proposer des projets tutorés.
Le deuxième truc qui peut intéresser nos auditeurs à un moment donné, en particulier nos auditeurs qui sont en recherche de compétences, ce sont les stages. Quand on parle de stages, ça veut dire qu’on a des étudiants qui font des stages de quatre à six mois, qui peuvent être un petit peu plus longs dans le cadre de service civique, parce que ça peut être compatible avec le service civique. Dans les stages de quatre à six mois nos étudiants vont accompagner, là aussi, un projet de communication au sein d’une entreprise. Ils vont donc être des chargés de com’, certains vont être recrutés pour accompagner un financement participatif sur certains projets, d’autres vont être recrutés pour aider à la restructuration de la communication d’un service. Là encore c’est très variable, les expériences sont très variables. À ce niveau-là, nous sommes toujours demandeurs de gens qui veulent des stagiaires. Ils sont en acquisition de compétences, ce sont des stagiaires, il ne faut pas l’oublier, mais en même temps ils amèneront une compétence. Ils ont cette culture et cet intérêt pour amener des changements dans nos pratiques numériques avec une attention particulière sur ce qu’on fait et sur la façon dont on communique.
Frédéric Couchet : D’accord. Une toute dernière question au sujet du stage, c’est à quelle période ?
Vincent Mabillot : En règle générale, le stage c’est de mi-avril jusqu’à fin septembre, grosso modo c’est la période dominante. Il n’en reste pas moins que pour des entreprises qui sont plutôt localisées à côté de chez nous ou localisées à côté de l’endroit où résident, parfois, nos étudiants quand ils rentrent en week-end chez eux, on peut aussi faire ce qu’on appelle des stages perlés, c’est-à-dire des stages où l’étudiant ou l’étudiante va venir un jour par semaine dans la structure, pour s’imprégner de la structure, grosso modo à partir d’octobre/novembre jusqu’à début avril et, à partir du moment où commence la période de stage comme les autres, on prend tout le monde.
Pour ceux qui en ont la possibilité – pour cette année c’est râpé mais pour d’autres années –, ce qui est aussi envisageable c’est de faire des contrats de professionnalisation où là on est encore sur un rythme un petit peu différent : on a un emploi du temps adapté pour que des étudiants soient deux jours par semaine en entreprise ou dans une association qui peut prendre des contrats de professionnalisation et trois jours en cours et ce jusqu’au mois d’avril. Après ils font l’intégralité de ce qui leur reste en entreprise.
Frédéric Couchet : Merci Vincent. Je rappelle le site web de CoLibre, colibre.org, sur lequel vous trouverez toutes les informations, que l’information vous intéresse pour faire de la formation ou simplement que vous soyez entreprise, association ou collectivité et que vous souhaitiez proposer des stages ou des projets tutorés pour l’an prochain. Merci Vincent. Je te souhaite une belle journée et à bientôt.
Vincent Mabillot : C’est moi qui te remercie Fred. À bientôt. Au revoir.
[Virgule sonore]
Étienne Gonnu : Nous venons d’écouter la rediffusion de l’interview de Vincent Mabillot, maître de conférences et responsable de la licence CoLibre dont nous avons récemment appris, avec regret, la non-reconduction. L’April regrette donc cette décision et apporte son soutien à l’équipe de la licence. Notre communiqué de soutien est disponible sur notre site, april.org, et sera en référence dans la page de l’émission. Espérons que cette décision ne soit pas définitive et que cela inspire de nouvelles formations à se constituer.
Nous allons à présent faire une pause musicale
[Virgule musicale]
Étienne Gonnu : Nous allons écouter Nocturne ré bémol majeur, Op. 9 no 2, par Franck Levy. On se retrouve juste après sur la radio Cause Commune, la voix des possibles.
Pause musicale : Nocturne ré bémol majeur, Op. 9 no 2, par Franck Levy.
Voix off : Cause Commune, 93.1.
Étienne Gonnu : Nous venons d’écouter Nocturne ré bémol majeur, Op. 9 no 2, interprété par Franck Levy, versé au domaine public.
[Jingle]
Étienne Gonnu : Passons à notre dernier sujet.
[Virgule musicale]
Chronique « Que libérer d’autre que du logiciel » avec Antanak – « L’identité numérique ». Rediffusion, sujet enregistré le 12 novembre 2024
Étienne Gonnu : Isabelle Carrère et d’autres personnes actives de l’association Antanak se proposent de partager des situations très concrètes et/ou des outils et/ou des pensées mises en acte et en pratique au sein du collectif : reconditionnement, baisse des déchets, entraide sur des logiciels libres, appropriation du numérique par tous et toutes.
Nous vous proposons aujourd’hui d’écouter la rediffusion d’une chronique de novembre 2024 qui portait sur l’identité numérique, une chronique que j’avais personnellement trouvée particulièrement inspirée et inspirante.
[Virgule sonore]
Isabelle Carrère : Identité numérique. Voilà deux mots que je n’avais, avant, jamais imaginé possible de mettre côte à côte. Mais en fait si, identité et numérique, on y est !
On sait pourtant qu’elle n’est pas donnée une fois pour toutes, l’identité, qu’elle se construit et se transforme et qu’elle a, selon le point où on se trouve, selon le temps de vie, temps du monde, temps du rêve, des significations, des sens et des charges différentes, qu’elle prend corps, couleur, formes, importances très variées. Elle sera, pour les uns, pour les unes, axée sur une couleur de peau, un genre. Pour d’autres, elle sera religieuse. D’autres encore la penseront nationale, d’autres sur des pratiques, des modes de vie, des cultures, que sais-je ?, une langue, un drapeau, un territoire, je comprends, mais numérique !
Je reprends un extrait du livre de Amin Maalouf, Les Identités meurtrières. Je cite : « On ne sait jamais où s’arrête la légitime affirmation de l’identité et où commence l’empiétement sur les droits des autres. Ne disais-je pas tantôt que le mot identité est un faux ami ? Il commence par refléter une aspiration légitime et soudain, il devient un instrument de guerre. »
Certes ici, dans le sujet de ma chronique du mois, c’est plus l’identité individuelle dont il est question, celle dont on est affublé, notamment par l’administration et ce très tôt, en Occident en tout cas, juste après quelques heures de présence au monde : un nom, un prénom, un état civil.
Depuis la Rome antique, comme les classes sociales commencent à se mêler, il devient important de bien préciser le statut des personnes et d’établir avec certitude, sans contestation, l’origine et l’âge des intéressés.
En France, plus tard, on renforce. C’est François 1er qui renforce cette obligation d’indiquer toute naissance, tout décès, et c’est l’Église qui s’est chargée de la tenue de ces registres.
Bref !, des papiers d’identité, donc, et des documents qui prouvent ce que tu es, qui tu es. Et le glissement vers l’identité numérique s’est trouvé de fait, comme logique, dès lors que les pratiques se sont numérisées.
On parle d’abord d’identité numérique pour évoquer toutes les traces que chacun laisse sur le Web via ses navigations, les informations par ailleurs collectées singulièrement par les GAFAM et autres avaleurs du même acabit, les noms, les pseudos, les images, les données de toutes sortes.
Cette notion d’identité numérique n’est toujours pas très bien définie en droit, je crois. Pour autant, on entend tous les jours des affaires qui la concernent et qui engendrent une réputation qui va, parfois, bien au-delà de ce que la personne en question avait imaginé donner comme informations sur elle ou sur sa vie, une identité pour soi et une identité sociale.
De nombreux écrits ont été réalisés sur les différents types d’identité : agissante, déclarative, civile, narrative, virtuelle, etc. Beaucoup de qualificatifs selon des modèles différents d’analyse, mais toutes font comme si l’univers numérique était un et un seul. Regardez le site de Wikipédia, par exemple, qui cite une flopée d’auteurices dont les études et recherches sont ainsi globalement décrites de la même manière. Il n’y aurait qu’une et une seule façon d’être avec Internet, avec les dimensions dites virtuelles. Comme si la mondialisation et l’hégémonie du numérique avaient réussi à consolider, engloutir toute vision du monde, des rapports sociaux et même des rapports à soi.
Tous et toutes pareil ? Un rêve occidental d’universalisme qui serait exaucé !
Même les bidules, les pictogrammes qu’on appelle des émojis, sont censés représenter tout le monde. Certes, ils sont jaunes. Le nom est emprunté au japonais. Il semble que cela veut dire « image » ou « mot ». Wikipédia indique même que ce serait un jeu de mots interculturel avec émotion. Emoji, emojion, émotion. Ils relaient et remplacent les émoticônes qui étaient faits avec des signes de ponctuation. Depuis 2015, il y a eu des ajouts de couleurs, de faces différentes, mais ce n’est pas en standard sur tous les appareils et tous les logiciels. Il faut aller les chercher si on veut un visage non jaune, non blanc.
Toujours est-il que désormais, ici en France, il faut – cela va devenir quasi obligatoire dans peu de temps – avoir une identité numérique.
Vous avez le site France Identité. Il fallait le faire ! On a France Travail, France Connect, France bidule, France Identité. Et comme vous avez été très sages et que, majoritairement, vous avez très bien accepté d’utiliser les QR Codes, parce que, n’est-ce pas, c’est tellement pratique ! C’est bien pratique pour dire si vous avez, ou pas, le Covid. C’est bien pratique pour avoir le droit de sortir, pour aller au théâtre et avoir sur son ordiphone son billet. Pour manger au restaurant qui ne vous donnera, bientôt, plus de carte papier, mais un code collé sur la table sur lequel les plats seront indiqués. Bientôt, d’ailleurs, vous pourrez passer vous-même la commande en cuisine. Plus de serveurs, serveuses, on gagne du temps et de l’argent !
Sur le site de France Identité, on lit la mention : « Attention, pour des raisons de sécurité, seuls les téléphones iOS supérieurs à 16 et Android disposant d’un système supérieur à 10 permettront d’obtenir la certification de votre identité numérique France Identité. » Oh là ! Vous changez d’ordiphone si vous n’avez pas le bon !
Procuration de vote. Envoi de lettre recommandée. Déclaration de revenus. Payer ses impôts . Gérer un compte formation. Et, bien sûr, obtenir des pièces d’identité à l’ANTS, l’Agence nationale des titres sécurisés.
Petit à petit, ces démarches rendent obligatoire d’avoir une identité numérique. On y va, doucement, comme ça passe, avec un QR Code, on continue ! Tout ceci, bien sûr, pour votre bien, c’est bien entendu pour protéger, pour empêcher les usurpations numériques de cette identité !
La Poste gère, pour l’État, ces identités numériques. Sur le site de La Poste, on lit qu’il faut :
- avoir 18 ans
- détenir un document d’identité en cours de validité : carte d’identité française recto-verso, passeport français ou titre de séjour, attention !, supérieur à cinq ans
- avoir une adresse en France
- posséder un smartphone Android version 5 et suivantes ou iOS version 11 et suivantes et un numéro de téléphone mobile français
- disposer d’une adresse mail et son mot de passe associé
- être connecté à Internet.
Est-ce que vous voyez les situations que cela exclut ? Toutes les personnes qui n’auront pas ces prérequis ! Je pourrais vous donner plein d’exemples, tellement on voit, à Antanak, des personnes dans des situations plus alarmantes les unes que les autres, en tout cas des gens qui, évidemment, ne vont pas cocher toutes les cases.
Une personne née à l’étranger, qui vit en France depuis 11 ans, mais n’a que des titres de séjour renouvelés tous les deux ans, n’est pas dans la bonne case !
Une autre qui est affublée de la date du 31/12/1992 ou du 1er janvier 1992, ce ne sont pas les mêmes dates selon les documents, parce que, dans son pays de naissance, on n’a noté que l’année et, quand les gens arrivent en France, on donne majoritairement le premier janvier, mais, parfois, ça change et du coup, ça change tout pour le calcul des droits.
Une autre a un titre d’identité français, une adresse, une adresse courriel, mais pas d’ordiphone, comme j’en parlais dans ma chronique d’octobre, alors elle ne peut pas bénéficier d’une identité numérique, ni à La Poste, ni via France Connect, parce qu’il faut absolument terminer sa demande avec un ordiphone et une application que tu vas télécharger obligatoirement sur Google ou sur Apple, et il faut un numéro de téléphone français. Pourtant, elle a 25 ans, elle veut fermer l’auto-entreprise qu’elle a créée. Eh bien non, ce n’est pas possible non plus.
Nous continuerons, à Antanak, de protester contre toute forme de discrimination. Ce n’est pas si compliqué de rendre possible une démarche avec une technologie, si elle paraît opérante, et de laisser, à côté, le choix aux personnes, en tout cas la capacité de faire autrement. D’autant plus que, dans plusieurs cas, il s’agit en fait de supprimer des emplois, de baisser des coûts, soi-disant, mais de quels coûts s’agit-il, versus plutôt de quel choix de société il s’agit ?
[Virgule sonore]
Étienne Gonnu : C’était la chronique « Que libérer d’autre que du logiciel », avec Antanak sur le thème de l’identité numérique.
Nous approchons de la fin de l’émission nous allons terminer par quelques annonces
[Virgule musicale]
Quoi de Libre ? Actualités et annonces concernant l’April et le monde du Libre
Étienne Gonnu : Google a annoncé qu’à partir de septembre 2026 il ne sera plus possible de développer des applications pour la plateforme Android sans s’être préalablement enregistré auprès de Google, écho avec la chronique précédente ! F-Droid, un magasin d’applications libres pour les systèmes d’exploitation Android et dérivés a publié une lettre ouverte contre ce programme de vérification des développeurs et développeuses Android. L’April soutient cette lettre ouverte qui appelle les pouvoirs publics et régulateurs, les développeuses, développeurs, utilisatrices, utilisateurs d’Android à mettre la pression sur Google pour que ce dernier arrête ses manœuvres récentes de mainmise supplémentaire sur Android, empêchant les applications et les magasins d’applications libres ainsi que les systèmes alternatifs libres d’exister sur ces téléphones. Le communiqué de soutien de l’April est disponible sur notre site.
Le Premier Samedi du Libre, samedi 4 avril de 14 heures à 18 heures au Carrefour numérique de la Cité des sciences et de l’industrie à Paris 19e. Venez aider ou vous faire aider à installer et à paramétrer des logiciels libres et toute distribution GNU/Linux ou Android avec les nombreuses associations présentes.
Cause Commune vous propose un rendez-vous convivial chaque premier vendredi du mois à partir de 19 heures 30 dans ses locaux à paris au 22 rue Bernard Dimey dans le 18e arrondissement. La prochaine soirée radio ouverte aura lieu le 3 avril.
La troisième édition de Libre en Fête, à Wimille, aura lieu samedi 4 avril 2026 à l’Atelier numérique citoyen, Espace Culturel Pilâtre de Rozier. À cette occasion, l’April participera avec un stand dans le village associatif prévu le matin de 10 heures à 13 heures, à côté de CLX, Framasoft, l’AFUL, Mozilla France, YesWiki et d’autres associations locales. Et l’après-midi, notre présidente Bookynette donnera une conférence sur l’initiative de l’April « Adieu Windows, bonjour le Libre ! ».
L’association Root66 organise une conférence samedi 11 avril 2026 à 14 heures à Fontenay-le-Fleury. L’April présentera à cette occasion la conférence « Quelles alternatives pour se libérer des GAFAM », suivie d’un échange sur ce sujet.
J’en profite pour rappeler que l’opération « Adieu Windows, bonjour le Libre » se poursuit pour se faire aider ou faire aider ses proches à passer au logiciel libre.
Tous ces événements sont à retrouver sur agendadulibre.org, tous les événements en général sur le logiciel libre et la culture libre près de chez vous ainsi qu’un annuaire des associations qui les font vivre.
Notre émission se termine.
Je remercie les personnes qui ont participé à l’émission : Laurent et Lorette Costy, Benjamin Bellamy, Florence Chabanois, l’incroyable Luk, Frédéric Couchet et Vincent Mabillot, ainsi qu’Isabelle Carrère.
Aux manettes de la régie aujourd’hui, eh bien moi !
Merci également aux personnes qui s’occupent de la post-production des podcasts : Sébastien Chopin, Élodie Déniel-Girodon, Nicolas Graner, Lang 1, Julien Osman, bénévoles à l’April, et Olivier Grieco, le directeur d’antenne de la radio.
Merci aussi aux personnes qui découpent les podcasts complets des émissions en podcasts individuels par sujet : Quentin Gibeaux, Théocrite et Tunui, bénévoles à l’April, et Frédéric Couchet.
Merci également à Marie-Odile Morandi, et au groupe Transcriptions, qui permet d’avoir une version texte de nos émissions.
Vous retrouvez sur notre site web, libreavous.org/272, toutes les références utiles de l’émission de ce jour ainsi que sur le site de la radio, causecommune.fm, ou dans les notes de l’épisode si vous écoutez en podcast.
Nous vous remercions d’avoir écouté l’émission.
Si vous avez aimé cette émission, n’hésitez pas à en parler le plus possible autour de vous et à faire connaître également la radio Cause Commune, la voix des possibles.
Pas d’émission la semaine prochaine, le 7 avril. La prochaine émission aura lieu en direct mardi 14 avril à 15 heures 30. Notre sujet principal sera un Café libre pour discuter de l’actualité autour du logiciel libre et des libertés informatiques.
Nous vous souhaitons de passer une belle fin de journée. On se retrouve donc en direct mardi 14 avril et d’ici là, portez-vous bien.
Générique de fin d’émission : Wesh Tone par Realaze.