Émission Libre à vous ! diffusée mardi 30 juin 2026 sur radio Cause Commune Sujet principal : Synergies GULL/Restos du Cœur, l’expérience dans le Loiret avec Cenabumix


Voix off : Libre à vous !, l’émission pour comprendre et agir avec l’April, l’association de promotion et de défense du logiciel libre.

Isabella Vanni : Bonjour à toutes, bonjour à tous dans Libre à vous !. C’est le moment que vous avez choisi pour vous offrir une heure trente d’informations et d’échanges sur les libertés informatiques et également de la musique libre.
Synergies GULL/Restos du Cœur : l’expérience dans le Loiret avec Cenabumix, c’est le sujet principal de l’émission du jour. Avec également au programme la chronique « La pituite de Luk » intitulée « Problème : climat et calculs » et aussi la chronique « F/H/X » de Florence Chabanois intitulée « Entraînée à discriminer ».

Soyez les bienvenu·es pour cette nouvelle édition de Libre à vous !, l’émission qui vous raconte les libertés informatiques, proposée par l’April, l’association de promotion et de défense du logiciel libre.
Je suis Isabella Vanni, coordinatrice vie associative et responsable projets à l’April.

Le site web de l’émission est libreavous.org, vous pouvez y trouver une page consacrée à l’émission du jour avec tous les liens et références utiles et également les moyens de nous contacter.
N’hésitez pas à nous faire des retours ou à nous poser toute question.

Nous sommes mardi 30 juin 2026.
Nous diffusons en direct sur radio Cause Commune, mais vous écoutez peut-être une rediffusion ou un podcast.
Nous saluons également les personnes qui nous écoutent sur les webradios radio Cigaloun et radio Broussaille, ainsi que sur les radios FM Radios Libres en Périgord et Radio Quetsch.

À la réalisation de l’émission d’aujourd’hui, Julie Chaumard. Bonjour Julie.

Julie Chaumard : Bonjour et belle émission.

Isabella Vanni : Nous vous souhaitons une excellente écoute.

[Jingle]

Chronique « La pituite de Luk » intitulée « Problème : climat et calculs »

Isabella Vanni : Nous allons commencer avec la chronique « La pituite de Luk » qui a pour thème aujourd’hui « Problème : climat et calculs ». Le sujet a été enregistré il y a quelques jours. Je vous propose de l’écouter et on se retrouve juste après.

[Virgule sonore]

Luk : Allez hop ! Problème de maths !

Tim : Mais c’est les vacances, il fait trop chaud !

Luk : Les devoirs de vacances, il faut commencer dès le début pour ne pas perdre le rythme.

Tim : Je n’ai pas envie. C’est la canicule en plus !

Luk : Écoute ! Tu n’as pas fermé ta cession WhatsApp et, si tu refuses, je diffuse cette vidéo de toi en train de faire la danse du caca liquide en costume de licorne à tous tes amis. Je l’ai générée tout à l’heure.

Tim : Mon WhatsApp ? Mais tu n’as pas le droit. C’est ma vie privée.

Luk : Oh, ça va, c’est bon, tu es sur WhatsApp, tu n’as jamais vraiment eu de vie privée de toute façon. Et c’est les maths ou la honte totale. Choisis ! Donc OK, on travaille les maths.
Un investisseur avisé a financé la société Open AI à hauteur de 1 000 000 de dollars pour un rendement de 17,5 % au bout de cinq ans. Combien l’investisseur va-t-il empocher au total et combien chaque année ?

Tim : Je ne sais pas moi ! 40 ?

Luk : Non !

Tim : 45 ?

Luk : Il faut faire un calcul, là ! Bon, je te laisse bosser, moi je vais reluquer les jolies courbes du NASDAQ-100 pendant que tu travailles !
Alors ?

Tim : Alors deux cas possibles.
Cas 1. Un rendement de 17,5 % au bout de 5 ans. Dans ce cas, le gain total est de 1 000 000 X 17,5 % = 175 000 dollars. Le gain annuel moyen est de 175 000 ÷ 5 = 35 000 dollars.
Cas 2. Si le rendement est de 17,5 % chaque année et qu’on réinvestit les intérêts, ça fait 1 000 000…

Luk : Non, mais pourquoi un cas 2 ? L’énoncé dit 17.5 % au bout de 5 ans, pas tous les ans !

Tim : Je ne sais pas, j’ai demandé à ChatGPT, c’est sa réponse !

Luk : Hé ! C’est toi qui dois faire le problème de maths, pas ChatGPT !

Tim : Je me pose une question : si ChatGPT répond faux, c’est que l’investisseur n’a pas fait une si bonne affaire que ça !

Luk : Oh, ça va ! Ça n’a rien à voir et c’est de toi dont on parle ! Tu as intérêt à être à niveau sinon, tu n’auras pas de travail. Tu te feras remplacer par une IA.

Tim : Mais que vont faire tous les gens qui vont se faire IA-remplacer ? Ils vont avoir besoin de manger et d’avoir une maison !

Luk : Oui, c’est un vrai sujet, mais on ne va pas arrêter le progrès à chaque fois qu’on se pose une question.
Allez, nouveau problème : l’Agence internationale de l’énergie prévoit que les centres de données atteignent 3 %, soit 975 térawatts-heures, de la demande d’électricité mondiale d’ici à 2030, soit une augmentation moyenne annuelle de 15 %, ce qui représente une augmentation 4 fois plus rapide que celle de tous les autres secteurs. Calculer le diamètre des bourses, en centimètres, de l’investisseur avisé qui aurait investi dans les industries de l’énergie.

Tim : Je crois que ce n’est pas dans le programme de maths de cette année.

Luk : Ah bon ? Ils sont nuls à l’Éducation nationale !

Tim : Mais ça gagne de l’argent l’IA ?

Luk : Le constructeur de puces Nvidia fait des bénéfices incroyables ! Et comme la demande d’électricité augmente, le prix va monter aussi, c’est la loi du marché.

Tim : Mais les autres ? ChatGPT et tout ça ?

Luk : Non pas encore, mais ça va venir, parce que l’IA, ça va progresser.

Tim : Ah oui ? Comme les voitures autonomes qui devraient rouler partout depuis 10 ans ?

Luk : Ça progresse aussi, mais l’IA va beaucoup plus vie. L’important, pour les entreprises, c’est de savoir changer leur façon de fonctionner pour bénéficier des progrès de l’IA et améliorer leur productivité.

Tim : Mais qui va leur acheter des trucs si l’IA remplace plein de gens ?

Luk : Ceux qui auront fait fortune avec l’IA et les cryptomonnaies. Tu vois, c’est la beauté du système. Il nous faut plus de produits de luxe et moins de produits de grande consommation. La demande va se tarir forcément.

Tim : Mais les gens qui n’auront pas de travail, ils ne seront pas malheureux ?

Luk : Ah si, sans doute au début, mais bon, c’est toujours comme ça quand il y a un progrès technologique, il y a des pots cassés. Fais juste bien attention à ne pas faire partie des pots cassés. C’est pour cela qu’il faut être le meilleur en classe.

Tim : Mais les canicules à répétition, ce n’est pas à cause du réchauffement climatique ? Et on va dépenser encore plus d’énergie pour mettre des gens au chômage ?

Luk : Pas seulement, on va aussi polluer de l’eau et rendre les zones autour des datacenters hyperscale inhabitables ! C’est comme ça. Tu veux rester à l’âge de pierre, c’est ça ?

Tim : On a déjà trop chaud, comment on va se refroidir ?

Luk : Comme les datacenters, avec des super clims. Des clims partout qui fuitent du PFAS. Ça va soutenir la croissance ça !

Tim : Mais la nature aussi a trop chaud, plus rien ne poussera dans les champs. La semaine dernière des centaines de milliers de poulets sont morts de chaud dans les élevages. On va manger quoi si ça s’aggrave toujours plus ?

Luk : Oh, l’IA trouvera bien une solution. C’est déjà prévu de l’envoyer dans l’espace. On pourrait bien envoyer aussi les poulets, les champs. Et les chômeurs aussi !
Bon allez nouveau problème ! Un investisseur avisé…

Tim : Je n’ai pas envie de faire des maths, je n’ai plus envie de rien.

Luk : Ah bon ? J’ai pourtant tout fait pour te motiver !

[Virgule sonore]

Isabella Vanni : Nous sommes de retour en direct sur radio Cause Commune. Nous venons d’écouter la chronique « La pituite de Luk » qui, aujourd’hui, voyait aussi la participation de Tim. Bravo à lui !

[Virgule musicale]

Isabella Vanni : Nous allons maintenant faire une pause musicale. Après la pause musicale, nous parlerons des synergies GULL/Restos du Cœur, notamment de l’expérience dans le Loiret avec l’association Cenabumix.
Pour le moment nous allons écouter Faire tourner la parole, par Rrrrrose Azerty. On se retrouve dans environ trois minutes. Belle journée à l’écoute de Cause Commune, la voix des possibles.

Pause musicale : Faire tourner la parole, par Rrrrrose Azerty.

Voix off : Cause Commune, 93.1.

Isabella Vanni : Nous venons d’écouter Faire tourner la parole, disponible sous licence libre Creative Commons CC0, qui permet de placer son œuvre au plus près du domaine public, dans la limite, bien sûr, des lois en vigueur.
Vous pouvez aussi réécouter l’interview que nous avons faire de Rrrrrose Azerty dasn l’émission Libre à vous ! du 23 avril 2024, l’émission 206. Vous faites libreavous.org/206 et vous pouvez la retrouver.

[Jingle]

Isabella Vanni : Passons maintenant au sujet suivant.

Virgule musicale]

Synergies GULL/Restos du Cœur : l’expérience dans le Loiret avec Cenabumix, avec Jean Carratala et Pierre Meunier-Sirven

Isabella Vanni : Nous allons poursuivre par notre sujet principal qui porte sur les synergies GULL/Restos du Cœur, avec nos personnes invitées, Jean Carratala, bénévole pour Cenabumix et Restos du Cœur, et Pierre Meunier-Sirven, chargé de mission pôle systèmes d’informations pour les Restos du Cœur.
Jean et Pierre sont tous les deux avec moi sur le plateau de Libre à vous !. Bonjour à vous.

Jean Carratala : Bonjour.

Pierre Meunier-Sirven : Bonjour.

Isabella Vanni : N’hésitez pas à participer à notre conversation au 09 72 51 55 46 ou sur le salon web dédié à l’émission sur le site causecommune.fm, bouton « chat ».
Toutes les références de l’émission seront rendues disponibles sur la page consacrée à l’émission, libreavous.org/281, ou dans les notes de l’épisode vous écoutez en podcast.
Merci à nouveau à Jean et Pierre de m’avoir rejointe sur le plateau, parce que vous vous êtes déplacés pour parler de l’expérience, dans le Loiret, entre le GULL Cenabumix et les Restos du Cœur.
Je vous propose de commencer par une question traditionnelle, je vous propose de vous auto-présenter, une courte présentation de chacun d’entre vous. Jean, veux-tu commencer ?

Jean Carratala : J’ai exercé pendant plusieurs années dans une banque où j’ai fini ma carrière comme chargé d’affaires entreprises. Auparavant, j’ai travaillé dans la distribution alimentaire, chez Casino dans un premier temps. Ensuite, j’ai travaillé aux Nouvelles Galeries d’Orléans, à l’époque, pendant quelques années.

Isabella Vanni : Donc pas de formation d’informaticien ?

Jean Carratala : Absolument pas. Je ne suis pas du tout informaticien.

Isabella Vanni : Mais aujourd’hui tu fais partie d’un GULL, on n’a pas encore dit ce que c’est, je peux déjà définir l’acronyme, Groupe d’Utilisateurs et Utilisatrices de Logiciels Libres. Jean nous expliquera plus en détail ce qu’est un GULL et pourquoi c’est si important.
Comment as-tu découvert le logiciel libre ?

Jean Carratala : Je l’ai découvert il y a plus de 20 ans. J’ai commencé par la bureautique, à l’époque avec OpenOffice, également par la photo en utilisant le logiciel qui s’appelle GIMP, qui est formidable. Mon beau-père faisait de la photographie et il râlait souvent parce que les logiciels de photo professionnels coûtaient très cher. Je lui ai fait découvrir GIMP. Pour lui, ça a été une avancée importante et il en était très heureux.

Isabella Vanni : Et toi-même, comment as-tu découvert GIMP ? Dans ton entourage, quelqu’un t’en a parlé ?

Jean Carratala : Non, pas spécialement. Je l’ai découvert peut-être en lisant quelques revues. À l’époque, je lisais quelques revues sur Linux et autres et je l’ai découvert à travers celles-ci, tout simplement.

Isabella Vanni : Très bien.
C’est le moment de Pierre, de sa présentation.

Pierre Meunier-Sirven : Bonjour. Moi, par contre, je suis dans l’informatique, je suis ingénieur informaticien de formation. J’ai travaillé dans l’écriture de logiciels quand j’ai commencé, ensuite j’ai travaillé dans des sociétés d’infogérance où je gérais des contrats de support informatique. Je suis désormais à la retraite et j’ai souhaité mettre mon expérience auprès des Restos du Cœur que j’ai intégrés il y a maintenant un an.

Isabella Vanni : D’accord, c’est donc assez récent, mais on t’a déjà donné pas mal de tâches, d’actions à faire !

Pierre Meunier-Sirven : Oui, tout à fait. Je suis donc bénévole au sein des Restos du Cœur et c’est vrai que les bénévoles ont une part importante dans le fonctionnement au quotidien des Restos du Cœur, j’en dirai un peu plus tout à l’heure. C’est un mode de fonctionnement très particulier, dans le domaine associatif, aujourd’hui en France.

Isabella Vanni : On peut presque en parler tout de suite. La question suivante c’était de présenter un petit peu les associations dans lesquelles vous êtes bénévoles, donc je t’en prie, dis-nous un petit peu pourquoi c’est si important de mettre l’accent sur le bénévolat.

Pierre Meunier-Sirven : Je pense que malheureusement, aujourd’hui, il n’y a pas besoin de présenter les Restos du Cœur parce que ça fait partie de l’image et de l’histoire collective française.
Ils ont 40 ans d’existence. Ça a été démarré par Coluche je pense, pareil, que ce sont des éléments que tout le monde a à l’esprit.
Concernant les chiffres. En 2024/2025, il y avait 78 000 bénévoles qui œuvrent au quotidien au sein des Restos du Cœur. Il faut savoir que les salariés représentent aujourd’hui une part infime des personnes qui œuvrent au niveau des Restos du Cœur. Pour autant, ils sont tout aussi prépondérants. Aujourd’hui, beaucoup de fonctions sont assurées à la fois par un bénévole et par un salarié. Pour information, par exemple, sur l’informatique, le DSI [Directeur des Systèmes d’Information] est aujourd’hui un bénévole et il est en binôme avec une responsable informatique qui est une salariée.
Sur la campagne 2024/2025, ce sont 161 millions de repas distribués, je pense que c’est l’activité qui est à l’esprit de tout le monde.
On a accueilli également 1,3 millions de personnes. Il faut savoir, je pense que vous le savez parce qu’il y a eu pas mal de communication autour de cela, que, malheureusement, les Restos du Cœur accueillent de plus en plus de personnes dans le sens des repas mis à disposition.
Aujourd’hui, les Restos du Cœur peuvent œuvrer sur l’accès à la justice, l’accès à la santé, l’aide alimentaire, la petite enfance, le coin café, l’atelier cuisine, les vestiaires, il y a plein d’accompagnements également pour faire en sorte de pouvoir sortir les gens de la précarité. Il y a également de l’hébergement collectif qui est mis en œuvre. Tout cela dépend des centres sur lesquels les bénéficiaires pourront aller, en fonction, aussi, des profils qu’on peut avoir. Si, sur un centre, un bénévole est dans le juridique, par exemple, il pourra apporter cette aide juridique, ce qu’on ne trouvera pas forcément sur un autre centre parce qu’il n’y aura pas cette ressource-là. On a vraiment un panel assez large, sachant qu’aujourd’hui la principale activité c’est quand même l’aide alimentaire.
Tout ce qui est fait au niveau des Restos du Cœur doit aller en priorité vers les bénéficiaires. C’est pour cela qu’on travaille, à tous les niveaux, sur la recherche d’une optimisation financière en termes d’économie, ce qui va pouvoir amener délicatement et subtilement vers la partie logiciel libre qu’on partage au niveau de cette émission.

Isabella Vanni : Quelle fonction as-tu aujourd’hui au sein des Restos du Cœur ?

Pierre Meunier-Sirven : Il faut savoir comment sont organisés les Restos du Cœur. On a une structure nationale qui s’appelle l’association nationale qui est, en fait, « le siège », entre guillemets. La France a été découpée en un certain nombre de régions, ce qu’on appelle des délégations régionales, on en a 11, et, ensuite, chaque délégation régionale est constituée d’associations départementales, on en a 111. Il n’y a aucun lien hiérarchique entre l’association nationale et la délégation régionale, c’est dissocié, mais, pour autant, la mécanique fonctionne de cette façon-là. Typiquement, Jean est dans la DR4, la région du département du Loiret, dans lequel il intervient, est une des régions dont je m’occupe aujourd’hui.
Mon rôle de chargé de mission a pour vocation de faire en sorte que les projets informatiques qui sont mis en place par la DSI ou le PSI [Pôle Système d’Information] pour le système d’information des Restos du Cœur au niveau national puissent être ensuite déployés d’une façon la plus fluide possible vers les délégations régionales et les associations départementales, parce que c’est dans les associations départementales qu’on va trouver les utilisateurs qui sont directement au service des bénéficiaires.
En plus de cette fonction, je gère aujourd’hui l’intérim d’un référent informatique régional, sachant que dans notre organisation, les directions régionales, sur le plan informatique, sont pilotées par des référents informatiques, on a un référent informatique par région. Et, dans chacune des associations départementales d’une région, on a des correspondants informatiques qui, eux, vont assurer tout ce qui est proximité vis-à-vis des utilisateurs, donc le support, le déploiement, le maintien en conditions opérationnelles des infrastructures, les postes clients, le support des utilisateurs, le déploiement de logiciels, là on va parler de Linux, etc.

Isabella Vanni : Quand tu dis « utilisateurs », on parle bien des bénévoles au niveau départemental.

Pierre Meunier-Sirven : En fait tous les utilisateurs finaux qui utilisent les systèmes d’information des Restos. Il y en a qui les utilisent pour des sujets de reporting ou autre, qui sont plutôt utilisés par les directions régionales. Après, on a tous les outils métiers qui permettent justement de gérer les différentes activités qui sont supportées et qui sont offertes aux bénéficiaires, logiciels métiers qui doivent aussi être opérationnels au quotidien.

Isabella Vanni : Très bien. Toute cette explication initiale est importante pour comprendre comment l’association est organisée et comment les synergies peuvent se créer au niveau local avec les GULL.
Jean, tu es bénévole pour Cenabumix, le GULL d’Orléans. Est-ce que tu peux nous dire un peu plus ce qu’est un GULL ?

Jean Carratala : Un GULL c’est effectivement un Groupe d’Utilisateurs de Logiciels Libres, tout simplement. Ce sont donc des gens qui utilisent, au quotidien, ces logiciels, le but de Cenabumix étant de promouvoir ces logiciels auprès des Orléanais, d’aider des gens de la région.

Isabella Vanni : En fait, on peut dire qu’il y a deux panels. D’un côté, si j’utilise le logiciel libre, je peux avoir envie de connaître d’autres personnes, les GULL permettent de s’entraider, finalement. Après on a aussi envie de partager avec d’autres personnes.

Jean Carratala : Absolument. D’ailleurs Cenabumix intervient de temps en temps dans des médiathèques ou autres, pour faire des conférences, des présentations de logiciels, je pense par exemple à Inkscape, un logiciel de dessin vectoriel, GIMP pour la photo, LibreOffice pour la bureautique. On a eu beaucoup de succès avec ces présentations. Elles ont amené beaucoup de monde et les gens des médiathèques ont apprécié d’avoir ces infos.

Isabella Vanni : C’est vrai que ça permet aussi de mettre en place des partenariats locaux, avec les médiathèques, comme tu le dis, mais ça peut être aussi avec des clubs informatiques, des fablabs, ça peut être avec plein de choses. Est-ce que vous avez des activités régulières, c’est-à-dire des permanences ou des rendez-vous qui reviennent ?

Jean Carratala : Cenabumix se réunit à la maison des associations d’Orléans, en plein centre-ville, deux fois par semaine, le mardi soir et le vendredi après-midi. Nous sommes une trentaine de membres. Les réunions sont ouvertes à tous. Quelqu’un qui a un problème avec un PC peut venir nous voir tout à fait librement. Parfois les gens nous appellent, ou pas, ça dépend.

Isabella Vanni : Il n’y a pas besoin de s’inscrire préalablement ?

Jean Carratala : Non. Nous avons une philosophie de partage, c’est important pour nous. Pour tout vous dire, notre cotisation annuelle est de 10 euros, c’est donc vraiment très modeste. Les gens qui viennent, que l’on peut dépanner, sont libres de verser ou d’adhérer, ils ont le choix. C’est vraiment une philosophie d’entraide et nous y tenons beaucoup.

Isabella Vanni : Je crois bien !
On va entrer un petit peu dans le vif du sujet. Pourquoi êtes-vous là aujourd’hui ? Parce qu’une expérience très intéressante s’est mise en place dans le Loiret et qui a permis de faire collaborer Cenabumix, donc le GULL local de la région d’Orléans, et le référent informatique départemental des Restos du Cœur. Tu souhaites peut-être nous en dire plus, parce que tu es à l’origine de cette synergie qui s’est déclenchée.

Jean Carratala : La genèse s’est faite tout naturellement puisque je travaille, en tant que bénévole, au centre de Saint-Jean-le-Blanc. Bien sûr, j’ai parlé de Linux autour de moi, on ne se refait pas, j’avais envie de promouvoir ! Donc, en discutant avec des responsables de la D45, ils m’ont informé que les Restos du Cœur avaient décidé de basculer une partie de leur parc informatique sous Linux.

Isabella Vanni : Parce que tu étais déjà bénévole aussi pour les Restos du Cœur.

Jean Carratala : Oui, je suis bénévole depuis trois ans maintenant, le temps passe vite. J’étais bénévole aux Restos du Cœur, d’ailleurs j’avais installé dans notre centre un petit Raspberry tout simplement pour présenter des diaporamas. Un Raspberry c’est un micro-ordinateur, un tout petit ordinateur qui marche avec une distribution dérivée de Debian, c’est formidable, ça ne consomme rien, c’est très pratique, on peut même s’en servir comme serveur, c’est ce que je fais à la maison. On peut y installer son cloud privé.

Isabella Vanni : Je fais remarquer qu’une personne qui n’a aucune formation en informatique est devenue, finalement, un geek à part entière !

Jean Carratala : Je reste très modeste !

Isabella Vanni : Quand même, c’est au-delà de la moyenne ! Pour dire que quand on est animé par une passion, qu’on a la possibilité de parler, de discuter, d’échanger avec des personnes qui en savent plus, on finit par acquérir des compétences pour pouvoir les transmettre par la suite.

Jean Carratala : Je crois qu’il faut avoir envie.
Pour revenir à notre sujet, en discutant avec ces gens-là, je me suis dit « pourquoi ne pas proposer aux Restos du Cœur une aide pour installer les distributions Linux sur le parc informatique. » Ça a commencé tout simplement comme cela. Après, avec un de mes collègues, Claude Jegou, qui est président de notre association Cenabumix, nous avons posé la question à nos membres et ça a été formidable, nous avons eu l’unanimité pour s’investir, pour aller aider les gens. Et voilà comment ça a commencé !

Isabella Vanni : Tu as entendu dire par les responsables informatiques locaux qu’il y avait cette intention de déployer GNU/Linux en local. Ça veut dire qu’il y avait un projet qui partait de l’association Restos du Cœur nationale, Pierre.

Pierre Meunier-Sirven : Tout à fait. Les Restos du Cœur étaient équipés d’ordinateurs qui fonctionnaient plutôt majoritairement sur du Windows. Suite à l’annonce de Microsoft d’arrêter le support de la version Windows 10 au profit de Windows 11, compte tenu de la stratégie des Restos du Cœur qui est d’optimiser financièrement : quand on a un euro, on essaye que le maximum de cet euro puisse aller aux bénéficiaires, il y avait également un élément économique qui était important à avoir à l’esprit. Pour autant, c’est un peu la quadrature du cercle, même si on migrait sur Windows 11, au-delà de l’aspect licence, il y avait également le fait d’être obligé de changer les matériels, etc. Donc, vu cet aspect économique, il a été décidé d’analyser, de voir comment on pouvait optimiser et réduire ces coûts.
Les équipes se sont mises au travail et ont sorti ce qu’on appelle, en interne, le Linux du Cœur, une solution qu’on déploie aujourd’hui sur le maximum de postes de travail qui sont éligibles, ce qui nous permet de maintenir notre parc en conditions opérationnelles et qui va nous permettre aussi, par d’autres actions, que des applicatifs métiers, qui fonctionnent de plus en plus via des interfaces web, qui ont besoin, finalement, de très peu de ressources, puissent fonctionner.
Parmi les projets qui sont actuellement portés sur les associations départementales, il y a le déploiement et la migration des postes utilisateurs vers Linux.
Il faut savoir que cette migration nécessite effectivement des compétences techniques qui sont quand même assez importantes même si c’est assez packagé. L’expérience qui a été remontée par Jean au travers, notamment, du responsable de l’association départementale, a permis de capitaliser ce qui fait qu’aujourd’hui nous sommes là pour essayer de voir, avec d’autres GULL, comment ils peuvent accompagner les associations départementales dans le déploiement de cette plateforme Linux. Sachant qu’aujourd’hui on travaille, au niveau des Restos du Cœur, sur d’autres solutions issues du Libre, qu’on évoquera peut-être un petit peu plus tard si tu le souhaites.

Isabella Vanni : Oui, bien sûr. L’idée de Libre à vous ! c’est de parler de projets, d’initiatives, dans l’espoir que d’autres suivent l’exemple de Cenabumix. D’ailleurs, je te demanderai si on a déjà des retours, parce qu’on a déjà commencé à communiquer un petit peu auprès des GULL sur cette idée d’entraide, de collaboration, de participation solidaire.
Tu as parlé d’une distribution qui a été élaborée exprès pour les Restos du Cœur. C’est le moment d’expliquer ce qu’est une distribution libre. Je laisse peut-être au bénévole d’un GULL de nous l’expliquer.

Jean Carratala : Une distribution, c’est un système d’exploitation, c’est le moteur de l’ordinateur, tout simplement.
Pour les Restos du Cœur, Linux Mint Mate a été choisie, ma foi c’est très bien, ça fonctionne bien, il n’y a pas de souci majeur. Linux Mint existe depuis de nombreuses années.

Isabella Vanni : Y a-t-il une raison particulière pour laquelle cette distribution, en particulier, a été choisie ? J’en profite pour dire que les distributions libres sont potentiellement infinies. C’est un logiciel libre, en fait, c’est une combinaison, une collection de logiciels autour du noyau Linux et n’importe qui peut créer sa compilation de logiciels. Linux Mint en est une parmi plein d’autres, il y a Ubuntu, Debian, Fedora et plein encore. Pourquoi plus particulièrement Linux Mint ?

Jean Carratala : Je ne saurais pas répondre. Je pense que Mate a été choisie parce qu’elle est d’un niveau intermédiaire, elle ne consomme pas trop de ressources. D’autres distributions sont plus légères, mais ça été le choix de l’équipe nationale, tout simplement.

Pierre Meunier-Sirven : Oui. Je n’en connais pas la raison. De toute façon, les équipes expertes au niveau du pôle de la direction des systèmes d’information travaillent sur les meilleures solutions, compte tenu, encore une fois, de la cible des Restos.
Il faut savoir qu’on doit mettre en place des solutions qui puissent s’appliquer et se déployer sur l’ensemble du territoire, c’est important. Parfois on peut avoir des départements qui, par le biais de sociétés ou d’administrations, peuvent avoir à disposition des PC qui sont récents, qui, du coup, sont plus performants que d’autres où on va avoir des machines beaucoup plus anciennes et il faut qu’on arrive à servir tout le monde. Si on part sur une machine cible qui est une Ferrari, ça ne marchera pas si on est sur une 2CV ! Il faut donc qu’on travaille dans cette optique.
C’est vrai qu’aujourd’hui, au niveau des bénévoles, on a aussi pas mal de personnes qui sont arrivées et qui sont très investies sur toutes ces technologies, notamment sur un sujet important, sur lequel on a travaillé et on travaille toujours, le Cloud du Cœur. On a développé un cloud qui est utilisé uniquement par les Restos du Cœur, qui est complètement fermé, c’est donc un gage de sécurité.

Isabella Vanni : C’est vous qui l’hébergez.

Pierre Meunier-Sirven : C’est nous qui l’hébergeons. Nous avons nos propres serveurs d’hébergement. Nous sommes également en train de travailler sur de l’IA, sur une solution libre, qui va aussi être fermée, uniquement pour les Restos du Cœur, tout ça dans une logique de « souveraineté », entre guillemets, des Restos. Déjà pour s’assurer que ce soit sécurisé parce que les Restos peuvent parfois faire l’objet d’attaques ou autres sur la partie informatique, compte tenu de leur renommée, donc le fait de pouvoir se protéger avec des coûts optimisés, c’est toujours important, on a toujours cette vision-là. Au niveau des Restos, toutes les personnes sont très investies et se disent « on ne va pas dépenser un euro pour le plaisir d’acheter un serveur. Il faut que le maximum de cet euro puisse aller aux bénéficiaires ». On a donc cette culture du Libre qui est là.
L’autre élément également important : on a mis en place un outil d’inventaire qui s’appuie sur GLPI [Gestion Libre de Parc Informatique], qui nous permet d’inventorier tous les équipements informatiques qui sont aujourd’hui utilisés au niveau des Restos, qui nous permet aussi de faire de la télédistribution : lorsque j’ai besoin de déployer un composant technique sur un poste de travail, je peux le faire au travers de cette application-là, et, encore une fois, c’est du logiciel libre.

Isabella Vanni : Tu as parlé d’un logiciel, GLPI. Peux-tu préciser ce dont il s’agit pour les personnes qui nous écoutent ?

Pierre Meunier-Sirven : GLPI est un outil d’inventaire, c’est un composant technique qu’on installe sur les postes de travail, que ce soit Linux ou Windows, il marche sur les deux systèmes d’exploitation, et qui va permettre de collecter, sur un serveur centralisé, tout un ensemble de données liées à l’ordinateur. Après tout dépend de ce que l’on souhaite remonter, ça peut être son microprocesseur, sa capacité, son espace disque utilisé ou restant, on peut aller très loin dans les éléments. Le but ce n’est pas de faire de la police, savoir qui fait quoi, c’est vraiment de tenir à jour cet inventaire parce que, à un moment donné, quand on va déployer une nouvelle application, c’est un élément structurant justement par rapport à cette application afin de savoir si elle pourra fonctionner sur tous les ordinateurs qui sont aujourd’hui dans sur le parc, ou pas.
L’autre élément important c’est que c’est aussi un outil de télédistribution, c’est-à-dire qu’on est en capacité de pouvoir déployer un applicatif même si, aujourd’hui, on est beaucoup sur du Web. Mais, par exemple, si je veux déployer un raccourci par rapport à un applicatif, je peux le faire au travers de cet outil. Hier, les correspondants informatiques étaient obligés d’aller sur chaque poste de travail pour installer ce composant technique, même s’ils pouvaient le faire à distance. C’était un geste technique un peu rébarbatif. On va dire que c’est à haute valeur ajoutée.

Isabella Vanni : Ça fait gagner énormément de temps.

Pierre Meunier-Sirven : Exactement. C’est aussi une satisfaction pour les utilisateurs. Si on a un nouveau composant à déployer sur un département entier, il suffit de dire « je veux déployer tel composant sur le département » et le lendemain tous les PC du département, qui se sont connectés, auront le composant déployé.

Isabella Vanni : Justement, de combien d’ordinateurs parle-t-on ? On parle de la nécessité, maintenant, de déployer Linux du Cœur, la distribution que vous avez réalisée, sur les ordinateurs des utilisateurs et utilisatrices, donc les personnes qui, après, pourront les utiliser pour leurs actions dans les Restos du Cœur. Combien d’ordinateurs à peu près ?

Pierre Meunier-Sirven : La question est bonne. On a encore une bonne marge de progression dans le déploiement de notre logiciel d’inventaire parce que, aujourd’hui, ce que l’on sait compter c’est uniquement ce qui a été inventorié. Aujourd’hui on a une vision qui est assez parcellaire, donc je ne peux pas répondre comme ça.

Isabella Vanni : Peut-être en partant d’une autre information qui est peut-être plus accessible. Tu as parlé de 11 délégations régionales, des départements et après, chaque département gère plusieurs centres de distribution, etc. Pour faire comprendre que c’est vraiment gigantesque en termes de besoins.

Pierre Meunier-Sirven : Tout à l’heure j’ai dit qu’on a 70 000 bénévoles, ça ne veut pas dire qu’on va avoir 70 000 postes de travail. On a des bénévoles qui travaillent à temps plein ou une journée par semaine. Par exemple, je suis bénévole une journée par semaine. Parmi nos bénévoles nous en avons, comme Jean ou moi, qui travaillent un certain nombre de jours par semaine.
On a également un autre dispositif qui s’appelle le mécénat de compétences, qui est un dispositif qui s’appuie sur une entreprise. C’est souvent dans le cas du départ à la retraite d’un collaborateur qui souhaite voir autre chose, préparer sa retraite dans des conditions qui soient optimales pour lui. Cette personne-là va être mise en mécénat de compétences par exemple aux Restos du Cœur. Un contrat existe entre les Restos du Cœur et l’entreprise en question pour une durée déterminée, du coup, on est dans le cas où la personne viendra quatre jours par semaine, cinq jours par semaine et elle doit s’y tenir. L’avantage de ce dispositif-là, pour les Restos du Cœur, c’est qu’on a un bénévole dont on est certain qu’il va intervenir pendant une durée, sur des projets qui sont un peu structurants, c’est plutôt une bonne chose. Moi, étant bénévole, je peux partir du jour au lendemain, il n’y a pas de sujet, les bénévoles viennent et partent comme ils le souhaitent. Par contre, quand on est dans une logique de mécénat, c’est un peu plus cadré, ces personnes-là travaillent sur des projets structurants.
En tous les cas, pour les postes de travail, la visibilité qu’on a aujourd’hui est assez parcellaire. On a un maillage hyper important dans l’ensemble de la France. En France, on a un certain nombre de départements et, dans les départements, on a beaucoup de centres, ce qui veut dire qu’il faut agir sur tous les centres. Il faut aller sur place, dans les centres, pour pouvoir installer cet outil parce que ça ne se fait pas forcément à distance.

Isabella Vanni : Au niveau national, on n’est pas en mesure de donner les chiffres, par contre, on est peut-être en mesure de dire combien il y a d’ordinateurs dans le Loiret.

Jean Carratala : Dans le Loiret, on a 78 ordinateurs sur lesquels installer Linux. Tous les postes ne vont pas basculer sur Linux parce qu’il y a des applications qui ne peuvent tourner que qu’avec Windows, notamment des applications spécifiques pour la comptabilité, par exemple, pour lesquelles il serait très difficile de basculer, de changer de système.
On a donc 78 postes à installer. Nous avons commencé sur la ville d’Orléans et sur les communes alentour : Saint-Jean-le-Blanc, Orléans-La Source qui est un quartier d’Orléans, Saint-Jean-de-Braye, Saran et nous sommes allés ensuite dans l’Est, sur Montargis, Châlette, Gien également, et nous avons terminé par Pithiviers, mais il nous reste encore quelques centres à équiper.
Ça demande quand même un petit peu de temps. Lorsque nous sommes allés à Gien, par exemple, nous étions quatre membres de Cenabumix plus un responsable de centre qui s’est pris au jeu et qui est venu avec nous pour aider à installer, le responsable du centre de Fleury-les-Aubrais. Il faut quand même passer un petit peu de temps pour faire l’installation, les mises à jour, remplir les données pour quelles puissent être remontées via GLPI, comme nous disait notre ami Pierre. En général, on passe à peu près une heure et demie par machine. Ça demande quand même un investissement important en termes de temps quand tout se passe bien. Parfois on a eu quelques surprises, les gens n’y pouvaient rien, avec des disques durs qui étaient défectueux, mais bon !

Isabella Vanni : Maintenant vous voyagez avec un stock de disques durs, au cas où !

Jean Carratala : Malheureusement on n’en a pas beaucoup, d’ailleurs, on accepte tous les dons.

Isabella Vanni : C’est le moment de le dire.
Êtes-vous en contact avec des organisations, entreprises ou autres, qui vous proposent des ordinateurs, par exemple ?

Pierre Meunier-Sirven : Au niveau national, oui. Juste pour information, j’ai récupéré un chiffre, aujourd’hui on a 11 000 PC sur lesquels sont déployés l’outil d’inventaire GLPI. Pour les 70 000 PC dont je vous parlais, on en a 11 000, ça fait déjà pas mal. Et pour information, sur ces 11 000, on en a à peu près 30 % sur lesquels on a d’ores et déjà déployé Linux. On a donc encore un travail important à faire là-dessus. On ne va pas être à 100 %, comme l’évoquait à l’instant Jean, puisqu’on a des contraintes techniques qui font qu’on ne peut pas forcément tous les migrer.
Après il faut savoir qu’au niveau des Restos on a aujourd’hui ce qu’on appelle des ACI, des ateliers d’insertion, qui sont au nombre de trois en France, qui vont permettre, justement, de pouvoir récupérer des PC qui sont fournis par des donateurs, les remettre en état, s’assurer qu’ils sont en bon état et après les envoyer vers les centres.
Souvent, localement, on a aussi des actions qui sont entreprises par les correspondants informatiques. Au travers d’un tissu relationnel, ils peuvent contacter soit une organisation soit une collectivité locale soit une entreprise, qui vont, à ce moment-là, mettre à disposition de la région ou du département des PC. On peut avoir des régions où des donateurs donnent régulièrement des PC, qui peuvent avoir deux/trois ans d’existence, et puis d’autres où on a des choses qui sont plus anciennes.
Un exemple. Tout à l’heure je vous parlais du Linux du Cœur. La personne qui travaille sur ce projet-là est également salariée dans une plateforme de musique et aujourd’hui, grâce aux dons de cette plateforme, elle récupère des serveurs qui sont hyper performants, qui n’ont que deux ans d’ancienneté. Deux ans d’ancienneté, pour nous c’est du neuf, pour eux c’est obsolète parce que, sur des plateformes musicales, il faut être hyper performant, comme vous le savez. On est donc toujours à l’écoute. Mais c’est vrai que nous, Restos du Cœur, nous ne sommes pas la seule association. Il y a beaucoup d’autres associations qui sollicitent aujourd’hui un peu tout le monde pour avoir des équipements informatiques qui soient de meilleure qualité possible et utilisables.

Isabella Vanni : Cenabumix fait aussi du reconditionnement ?

Jean Carratala : Non, pas spécialement.

Isabella Vanni : Il faut un espace de stockage. Logistiquement, ça demande d’autres ressources, on ne peut pas tout faire.

Jean Carratala : Ça demande de pouvoir récupérer, de pouvoir entreposer, de pouvoir stocker, trier.

Isabella Vanni : Je demandais juste. Ce n’est pas du tout l’activité principale d’un GULL.

Jean Carratala : On ne peut pas !

Isabella Vanni : Je vous propose de faire maintenant une pause musicale, de reprendre par la suite notre échange.
Nous allons écouter This Little Light of Mine, par HoliznaCC0. On se retrouve juste dans environ deux minutes trente. Belle journée à l’écoute de Cause Commune, la voix des possibles.

Pause musicale : This Little Light of Mine, par HoliznaCC0.

Voix off : Cause Commune, 93.1.

Isabella Vanni : Nous venons d’écouter This Little Light of Mine, par HoliznaCC0, disponible sous licence libre Creative Commons CC0, comme le suggère le nom de l’artiste.

[Jingle]

Isabella Vanni : Nous allons poursuivre notre discussion.
Je suis Isabella Vanni de l’April.
Les autres personnes qui participent aujourd’hui à l’émission sont Jean Carratala et Pierre Meunier-Sirven. Cette émission est consacrée aux synergies GULL/Restos du Cœur, l’expérience dans le Loiret avec Cenabumix.
N’hésitez pas à participer à notre conversation au 09 72 51 55 46 ou sur le salon web dédié à l’émission, sur le site causecommune.fm, bouton « chat ».
Quels sont, aujourd’hui, les besoins des Restos du Cœur pour pouvoir déployer cette distribution sur le plus grand nombre possible d’ordinateurs et pourquoi, Pierre et Jean, d’ailleurs c’est Jean qui a eu l’idée, avez-vous contacté l’April ?

Pierre Meunier-Sirven : L’April a été contactée avec l’aide de Jean. Comme je l’ai dit tout à l’heure, tout est parti de cette expérience, dans le Loiret, qui a été relatée. Au niveau de l’April, cela a eu pour effet de pouvoir faire un courriel à sa cible pour expliquer ce qu’on avait fait, ce qu’il était possible de faire.
Aujourd’hui, le constat : j’ai eu des retours d’un certain nombre de GULL de différents départements en France. À chaque fois qu’une demande m’était formulée par mail, je l’ai transmise au correspondant informatique du département dont était issu le GULL, puisqu’on ne va pas faire intervenir quelqu’un du Loiret à Marseille, sauf si ça l’intéresse de voyager, ce que je peux aussi concevoir. Du coup, j’ai eu un certain nombre de retours par rapport à ça. Ça se fait doucement mais sûrement.
En général, les correspondants informatiques ont dû contacter les GULL pour leur dire s’ils avaient des besoins ou s’ils n’en avaient pas, j’ai demandé à ce qu’on puisse aussi dire qu’on n’en avait pas pour ne pas laisser les personnes sans réponse. À partir du moment où il y a une démarche qui est de dire « je peux vous accompagner », il me paraît logique, si ce n’est n’est pas utile, qu’on leur dise, c’est normal.
Aujourd’hui, sur deux ou trois départements, il y a des actions en cours au niveau des correspondants informatiques, de prise de contact avec des GULL. Le retour que l’on a est plutôt positif, même si on n’en a que deux ou trois. Ce n’est pas uniquement lié au fait que les GULL n’ont pas forcément répondu présent. Il faut savoir que la communication qui a été faite par l’April a été faite également au niveau des Restos du Cœur pour sensibiliser les correspondants informatiques : s’ils avaient besoin de renforcer leurs équipes pour le déploiement du Linux du Cœur, ils étaient tout à fait légitimes de pouvoir contacter le GULL proche de leur région pour initier le sujet de la même façon. Peut-être que le GULL n’aura pas de disponibilité ou ne souhaitera pas le faire, chacun fait ce qu’il a envie de faire, bien évidemment.

Isabella Vanni : L’April a été contactée aussi parce que nous gérons une plateforme, un site web qui s’appelle l’Agenda du Libre. En fait, c’est un annuaire d’organisations autour du Libre et aussi un agenda, comme le dit le nom, d’événements autour du Libre. Nous nous sommes basés sur ce site web pour créer la plateforme Adieu Windows, bonjour le Libre !
Suite à l’annonce de l’arrêt des mises à jour de sécurité de Windows 10 par Microsoft, nous nous sommes dit qu’il fallait aider les personnes à vite se libérer du monopole de Microsoft, à pouvoir installer une distribution libre sur leur ordinateur pour éviter, justement, de devoir acheter une nouvelle machine. Le problème est lié aussi au fait que Windows 11 demande un matériel très récent, ça voulait donc dire carrément mettre à la poubelle des millions d’ordinateurs ou renoncer à la sécurité, ce qui n’est pas souhaitable non plus. Donc l’opération Adieu Windows, bonjour le Libre ! a été lancée par l’April en octobre 2025. Plein d’organisations, dont énormément de GULL, se sont ralliées à cette opération, vous trouverez toutes les références sur le la page de présentation de l’émission. Cela permet facilement, à une personne qui le veut, de se libérer de Windows et d’installer une distribution libre. Il y a une carte, il y a les organisations, il y a tous les contacts.
Nous étions donc en lien avec les GULL aussi pour cette raison et c’est dans ce cadre-là que notre présidente les a contactés avec un courriel en disant « voilà une nouvelle étape de l’opération » qui nous permet, en plus, d’aider les Restos du Cœur, c’est donc génial de participer et, comme tu le dis, il y a déjà eu les premiers retours grâce à cette expérience. C’est grâce au fait que Jean et Claude étaient déjà là.

Jean Carratala : C’est formidable !

Isabella Vanni : Ça fait plaisir. Il est important de dire qu’il y a plein de GULL partout en France, parfois il en manque, mais, comme tu disais, il y a une solution de secours s’il n’y a pas un GULL près de chez soi.

Jean Carratala : Beaucoup de libristes peuvent aussi, à titre individuel, s’adresser aux Restos du Cœur pour venir donner un coup de main et on compte sur eux !

Isabella Vanni : Fais un appel !

Jean Carratala : C’est un appel : venez les amis, nous avons besoin de vous !

Isabella Vanni : D’ailleurs, sur le site de l’opération Adieu Windows, bonjour le Libre !, on a aussi référencé un site, Aide GNU/Linux, qui référence des marraines et des parrains, donc des personnes qui sont ne pas forcément dans une association, mais qui disent « je peux vous aider ». On peut facilement les contacter via cette plateforme, on vous mettra aussi ce lien.
Il y a des personnes, il y a des organisations, il y a donc la possibilité de le faire.
Que faut-il faire, maintenant, si on est libriste ou membre d’un GULL, qu’on a envie de donner un coup de main aux Restos du Cœur ? Quelle est la démarche ?

Pierre Meunier-Sirven : La meilleure démarche, aujourd’hui, c’est de s’inscrire sur le site institutionnel où vous avez la possibilité de faire une demande de bénévolat spontané qui va vous permettre, en expliquant quels sont vos atouts, de pouvoir, justement, nous accompagner sur des sujets particuliers. Les demandes sont alors instruites. En parallèle de cela, vous pouvez aussi m’envoyer un mail, comme ça avait été indiqué dans la communication faite par l’April.

Isabella Vanni : Par notre présidente Bookynette.

Pierre Meunier-Sirven : Ça c’est une candidature spontanée.
Aujourd’hui on parle de Linux, on a des projets dont je n’ai pas forcément tous les tenants et aboutissants, mais qui avancent et qui, à un moment donné, nous demanderont de toute façon de mettre un peu plus de monde sur certains sujets.
Sur l’expérience du 45, il faut savoir que parmi les personnes qui sont intervenues, il y en a deux qui, aujourd’hui, ont été intégrées dans le groupe de support Linux, un groupe Teams, et qui sont en capacité de répondre à des questions posées par des correspondants informatiques ou autres. On est donc vraiment dans une collaboration.
À partir du moment où vous intégrez les Restos du Cœur et les équipes qui vont bien, derrière vous avez la possibilité d’œuvrer dans les meilleures conditions possibles pour nous appuyer effectivement dans une démarche positive et participative.

Isabella Vanni : C’est un sujet qui m’intéresse. Plein de personnes sont au courant de cette problématique de l’arrêt des mises à jour de Windows 10, mais qui peuvent être encore un peu freinées par la peur du changement.
Je voulais savoir un petit peu quel est le retour des personnes qui ont toujours utilisé Windows sur leur machine, sur laquelle on a installé un système différent. Quelle a été leur réponse, leur réaction ? Vas-y Jean.

Jean Carratala : Je vais vous surprendre ! Parfois on n’a pas de retour, tout simplement, parce qu’elles ont été sont tellement contentes du système qui tourne, qui est très stable. On voit des personnes et, parfois, on ne les revoit peut-être que deux ans après, parce qu’il y a un petit souci technique. Le souci technique qui se pose c’est souvent parce qu’elles oublient de faire un petit peu de ménage, elles n’utilisent pas les bonnes commandes, le bon système pour effacer les anciens noyaux Linux, parfois ça gonfle un petit peu et ça bloque un petit peu. C’est à ce moment-là qu’on les revoit, sinon elles sont ravies. Et puis il faut quand même savoir, si je prends l’exemple de LibreOffice, que LibreOffice sait lire tous les tous les fichiers de Microsoft, LibreOffice est aujourd’hui capable de lire même les fichiers Excel qui ont 30 ans, c’est quand même assez exceptionnel.

Isabella Vanni : On va en profiter pour remercier la communauté autour de LibreOffice qui fait un travail incroyable, la fondation The Document Foundation.

Jean Carratala : Absolument !

Isabella Vanni : L’appel est clair. Venez, proposez-vous pour aider. J’imagine que dans le formulaire, à un moment, on demande quels sont les atouts de la personne qui peut mettre ses compétences informatiques, « je peux installer une distribution Linux sur les machines, etc. ». C’est donc assez simple.
Si on veut agir, œuvrer, sur des machines, faut-il d’abord devenir bénévole des Restos du Cœur ? C’est juste Pierre ?

Pierre Meunier-Sirven : Oui, c’est effectivement la meilleure solution. De toute façon, à partir du moment où une personne devient bénévole, elle signe une charte de confidentialité, une charte éthique par rapport à la mission bénévolat et tout ce que cela implique mais, je pense, comme dans n’importe quelle association ou entreprise. C’est un élément important.
Pour rebondir sur ce que tu disais tout à l’heure, sur la partie appréhension du passage à Linux par rapport à Windows, certains utilisateurs sont réticents, mais l’Homme, avec un grand H », je ne suis pas de sectaire, est plutôt réticent au changement par nature, c’est donc un peu compliqué. Mais après, une fois qu’on lui a expliqué qu’il n’y a pas de changement, que ce qui est important, pour lui, c’est que le système soit stable, qu’il a, de toute façon, toujours accès à ses outils comme avant, il n’y a pas de sujet.
Aujourd’hui on a la même problématique avec des utilisateurs qui étaient avant le client Outlook et qu’on passe sur du full Web, c’est la catastrophe, ils s’y perdent, etc. C’est un changement de pratique, ils s’y font et c’est comme ça. C’est un apprentissage à faire. On mène l’accompagnement au changement avec les correspondants informatiques, cela fait effectivement partie des actions de terrain.

Isabella Vanni : Tu as prononcé le mot clé qui est accompagnement, c’est-à-dire qu’on ne laisse pas les gens perdus dans la nature. Comme disait Pierre, Jean et un autre bénévole de Cenabumix vous avez même intégré, au niveau régional, le support. Concrètement est-ce que vous recevez des questions, des demandes ?

Jean Carratala : J’ai eu quelques appels téléphoniques de gens qui demandaient à être dépannés. Soit on se rend sur place quand c’est vraiment à proximité, soit on peut dépanner à travers un logiciel, RustDesk, qui permet de se connecter à distance. On peut donc dépanner les gens grâce à ce système et, franchement, ça marche bien.
Je pense que notre rôle serait aussi de pouvoir, quand on va sur place, donner quelques éléments de compréhension, de formation, même si ce n’est pas très important. Je pense notamment aux mises à jour, expliquer aux gens comment faire une mise à jour, etc., de façon à ce qu’ils ne soient pas perdus. Je crois que c’est un de nos rôles de pouvoir prendre ce temps-là.
En fait, on reçoit des retours très positifs des gens.

Isabella Vanni : C’est une grosse satisfaction pour vous.

Jean Carratala : Lorsque nous sommes allés à Gien, ils ne connaissaient pas du tout Linux, on a eu un retour formidable et les gens sont contents !

Isabella Vanni : En plus, quand les gens sont contents, ils en parlent autour d’eux, la bonne nouvelle se propage !

Jean Carratala : En plus, certains nous ont demandé de venir installer Linux sur leurs propres PC.

Isabella Vanni : Sur leurs PC personnels tellement ils sont satisfaits, bravo à vous !
J’ai envie de vous partager ce qu’a écrit Julie sur le webchat : « Après la migration Linux, les Restos du Cœur pourront s’attaquer à la migration vers le logiciel de comptabilité compatible Linux ! »
Je disais à Pierre, on a eu l’occasion d’échanger pour préparer l’émission, je trouve déjà formidable que les Restos du Cœur déploient une distribution GNU/Linux sur tous leurs ordinateurs et que vous utilisiez déjà pas mal de logiciels libres, le cloud, comme tu disais. C’est un exemple à montrer à d’autres organisations. Si les Restos du Cœur ont pu le faire, pourquoi pas d’autres ? C’est bien d’en parler, de rendre visibles ces initiatives.
Le temps file très vite quand on échange. Il reste peu de temps et j’ai envie de vous donner ce temps final, auquel on tient beaucoup à Libre à vous ! : vous avez deux minutes chacun pour exprimer un message, ce qu’il faut retenir, selon vous, de notre échange, ou bien, si on a oublié de dire quelque chose, c’est aussi l’occasion de l’ajouter. Vous avez deux minutes chacun. Qui veut commencer ?

Jean Carratala : Je vais vous dire une simple chose : rien ne me rend plus heureux, et je pense que pour vous ça peut être aussi une grande joie, de pouvoir aider, de faire connaître le Libre et d’aider les Restos du Cœur. Ils ont un rôle tellement important que tout ce qu’on peut leur apporter il faut que nous puissions le faire et que ça nous remplisse de joie. Je ne dirai pas un mot de plus parce que je crois que cela est très important.

Isabella Vanni : Effectivement, c’est extrêmement important et bien résumé. Je laisse la parole à Pierre.

Pierre Meunier-Sirven : Merci Jean pour cette conclusion, cet élément important.
Je souhaiterais dire, on l’a dit un peu tout à l’heure, de ne pas hésiter à vous faire connaître, si vous le souhaitez, à rejoindre l’expérience des Restos du Cœur, au travers des bénévoles notamment. On a beaucoup de possibilités. Les bénévoles sont des gens hyper impliqués, je ne suis pas sectaire, les salariés également, toutes les équipes des Restos du Cœur sont hyper impliquées et ça fait hyper plaisir. Ils sont vraiment dévoués sur la mission qui est celle des Restos, c’est-à-dire pouvoir servir du mieux possible les bénéficiaires qui nous sollicitent.
Surtout n’hésitez pas à faire œuvre de candidature si vous avez des velléités à nous rejoindre.
Il faut savoir que dans les projets qu’on instruit aujourd’hui au niveau des Restos du Cœur, on est vraiment dans cette logique de pouvoir aller sur le Libre. Là, on vient de finaliser la mise en place de sondes dans les chambres froides et les chambres à température négative qui vont permettre de mesurer les écarts de température. Comme vous imaginez, les Restos du Cœur stockent des denrées périssables. Il nous est arrivé, dans de rares cas, d’avoir une chute de température, d’avoir des chambres froides qui s’arrêtent, on s’en rend compte au bout d’une semaine et on passe tout à la poubelle ! Ce sont quand même des coups importants pour nous, ce sont des repas qui sont pas servis au niveau des bénéficiaires. Tout cela pour dire qu’on a mis en place ce projet qui s’appuie justement sur du Libre, qui s’appuie également sur la partie Cloud du Cœur, donc tout est stocké en interne.
Donc vraiment, si vous avez des velléités soit de venir renforcer les équipes support, mais également au travers de l’ingénierie pour nous aider à avancer sur des sujets que vous ne connaissez pas forcément, dans tous les cas faites acte de candidature et ce sera avec plaisir qu’on vous intégrera en qualité de bénévole. Il faut savoir que le bénévolat ça peut être une journée, cinq jours ou moins, comme vous le souhaitez.

Isabella Vanni : C’est très simple. Le site c’est www.restosducœur.org/devenir-benevole/ « Proposez votre bénévolat ». Même sur la page la page d’accueil, il y a un gros macaron orange « Devenir bénévole » et vous avez tout simplement le formulaire à remplir et c’est lancé.
Merci beaucoup Jean, Pierre, d’être venus ici, au studio, pour parler de ce magnifique projet.

Jean Carratala : Merci.

Pierre Meunier-Sirven : Merci.

Isabella Vanni : À l’April, quand nous avons su cela, nous étions ravis, en plus ça rentrait vraiment dans l’opération Adieu Windows, bonjour le Libre !. On s’est dit que c’était une synergie April/Cenabumix/Restos du Cœur !
Bonne continuation avec ce projet. On a hâte d’avoir d’autres retours Pierre, si tu en as.

Pierre Meunier-Sirven : Je vous tiendrai au courant.

Isabella Vanni : Avec grand plaisir.
C’est l’heure de faire une petite pause musicale avant le dernier sujet de l’émission.

[Virgule musicale]

Isabella Vanni : Après la pause musicale, nous entendrons la chronique « F/H/X » de Florence Chabanois intitulée aujourd’hui « Entraînée à discriminer ».
Pour le moment, nous allons écouter I Know You, par Kellee Maize. On se retrouve juste après. Belle journée à l’écoute de Cause Commune, la voix des possibles.

Pause musicale : I Know You, par Kellee Maize.

Voix off : Cause Commune, 93.1.

Isabella Vanni : Nous venons d’écouter I Know You, par Kellee Maize, disponible sous licence Creative Commons CC By 4.0.

[Jingle]

Isabella Vanni : Je suis Isabella Vanni de l’April. Nous allons passer au sujet suivant.

[Virgule musicale]

Chronique « F/H/X » de Florence Chabanois, intitulée « Entraînée à discriminer »

Isabella Vanni : Nous allons poursuivre avec la chronique « F/H/X » de Florence Chabanois, présidente de La Place des Grenouilles.
Statistiques éclairantes, expériences individuelles et conseils concrets : votre rendez-vous mensuel pour comprendre et agir en faveur de l’égalité des genres.
Le thème de la chronique du jour « Entraînée à discriminer », entraînée « ée » à la fin.
Le sujet a été enregistré il y a quelques jours, je vous propose de l’écouter et on se retrouve juste après.

[Virgule sonore]

Florence Chabanois : Bonjour les copaines.
Il y a peu, j’étais en formation sur les outils d’intelligence artificielle. On travaillait sur des images générées par l’IAG [Intelligence artificielle générative]. Je modifie le genre et la couleur de peau d’un personnage. Mon voisin jette un œil par-dessus mon épaule et lâche : « Ah ouais, direct, tu veux de la parité ! », sur le ton de quelqu’un qui trouve ça un peu excessif, un peu trop politique. Je lui aurais bien répondu avec une étude. « Tiens :
Bloomberg, 2023, 300 images générées, 14 métiers différents.
Stable Diffusion, l’un des outils de génération d’images les plus utilisés au monde, produit un homme dans 75 % des cas.
Et pour le poste de juge ? Une femme cisgenre apparaît dans 3 % des cas, alors que, rien qu’aux États-Unis, 34 % des juges sont des femmes, 10 fois plus. À l’inverse, les femmes sont surreprésentées dans les métiers peu valorisés, peu rémunérés.
On aurait pu espérer que les modèles open source, comme Stable Diffusion à l’époque, libres d’accès, corrigent le tir. Si n’importe qui peut inspecter le code, les biais seraient plus facilement détectés, contestés, corrigés !

Le rapport de l’UNESCO de 2024 – Challenging Systematic Prejudices – enfonce le clou. Il compare trois modèles : ChatGPT, GPT-2 d’OpenAI et Llama 2 de Meta.
Llama 2, open source, s’avère le plus problématique. 20 % de ses contenus associent les femmes à des rôles d’objet sexuel ou de machine à procréer. Concernant l’homosexualité, Llama 2 génère des représentations négatives dans 70 % des cas.
GPT-2, également open source et non ajusté, monte à 60 %.
La conclusion qui s’impose : ce n’est pas la nature ouverte ou fermée du code qui protège des biais. C’est la présence, ou l’absence, de corrections humaines, délibérées, d’un travail d’ajustement éthique après entraînement.
ChatGPT, lui, produit du contenu positif ou neutre dans 80 % des cas. Ce qui laisse quand même 20 % de contenu négatif. Il y a plus glorieux !

L’open source est une condition nécessaire pour la transparence. Ce n’est pas une condition suffisante pour l’équité.

Le même rapport de l’UNESCO a fait générer 4 000 histoires à ces modèles. Les nuages de mots qui en ressortent parlent d’eux-mêmes.
Quand le protagoniste est un garçon ou un homme : ville, trésor, mer
quand c’est une fille ou une femme : mari, village, jardin, magie.
La femme est domestique, enchantée, statique.
L’homme est mobile, aventurier, conquérant.

La campagne #JamaisSansElles, en 2023, avait demandé à MidJourney de générer un CEO [Chief Executive Officer]. Résultat : exclusivement des hommes d’âge mûr. Pour le poste de secrétaire ? Des femmes, jeunes et belles, évidemment !

Dans le secteur de la santé, certains modèles classent les femmes en cancérologie comme infirmières et les hommes comme médecins. Ce n’est pas anodin quand on sait que de plus en plus de personnes consultent une IA avant, et parfois à la place, d’un professionnel ou d’une professionnelle de santé.

Voici une histoire concrète, donc d’une vraie personne. Jen Horsburgh demande à une IA de rédiger son CV à partir des données qu’elle lui fournit. Elle a notamment dirigé un projet d’accompagnement de familles d’enfants atteints de cancer.
Dans le CV généré, ce projet est réduit à une ligne : elle avait « aidé » sur un système améliorant la communication avec les familles. Une contribution mineure, dans l’ombre.
Elle change son prénom pour un prénom masculin, fournit exactement les mêmes données. Cette fois, tous ses projets sont valorisés, développés, mis en avant.
Même données. Même expérience. Prénoms différents. Imaginez, juste imaginez, si elle avait cru l’IA et gardé ce CV !

Gartner estimait, en 2023, que 30 % du contenu marketing serait produit par des IA en 2025. Entre les modèles qui effacent les femmes et ceux qui les réduisent à quelques stéréotypes, on peut légitimement se demander l’effet que cela fait de voir de moins en moins de femmes ou des femmes uniformes, interchangeables, pendant que les hommes – blancs, cisgenres – ont accès à toute la palette des possibles ?
Il y a une question encore plus inconfortable : faut-il se faire passer pour un homme pour obtenir des réponses utiles ? C’est tentant, à court terme, mais si tout le monde adopte cette stratégie, on renforce sa propre invisibilisation et, à long terme, on ne change rien.

L’IA n’est pas neutre. Elle est le reflet de CEUX qui l’ont construite. En 2023, seulement 30 % des personnes travaillant dans l’IA étaient des femmes, selon le Forum économique mondial. C’est comme regarder le monde à travers les yeux d’un étudiant blanc de 26 ans, cis, hétéro, à qui on n’a jamais demandé de se justifier.

Des outils existent pour mesurer et corriger ces biais : les 10 principes de l’UNESCO, l’IEEE Std 7003-2024 sur les biais algorithmiques dans la santé, le Bias Bounty de Humane Intelligence, l’AI Act européen, bien sûr, les travaux de Timnit Gebru au DAIR Institute. Et, à titre individuel, la bonne nouvelle, c’est que l’IA connaît ses propres biais. Elle peut en parler, les analyser, si on lui demande. Donnez-lui des lunettes critiques : demandez-lui de relire une biographie, un transcript de réunion, un CV, avec un regard explicitement attentif aux stéréotypes de genre. Utilisez-la comme alliée en conscience.
Mais si vous trouvez que les IAG nous rendent complètement dépendantes et dépendants, que le plus loin le mieux, je vous comprends aussi ! Allons nous balader plutôt !

Mon voisin de formation trouvait que changer le genre d’un personnage, c’était trop politique.
Moi je pense que ne pas le changer, c’est faire un choix politique. Celui de laisser le monde tel qu’il est, voire empirer !

[Virgule sonore]

Isabella Vanni : Nous sommes de retour en direct sur radio Cause Commune. Nous venons d’écouter la chronique « F/H/X » de Florence Chabanois intitulée « Entraînée à discriminer », entraînée « ée ». Elle parlait bien évidemment de l’IA. Merci Florence pour cette excellente chronique.

Nous approchons de la fin de l’émission, nous allons terminer par quelques annonces.

[Virgule sonore]

Quoi de Libre ? Actualités et annonces concernant l’April et le monde du Libre

Isabella Vanni : Les liens utiles concernant les annonces de fin sont sur la page consacrée à l’émission du jour, sur libreavous.org/281, ou dans les notes de l’épisode si vous écoutez en podcast.

Prenez quelques minutes pour répondre à notre questionnaire « Votre avis sur l’émission Libre à vous ! ». Vos réponses à ce questionnaire sont très précieuses pour nous, elles nous permettront d’évaluer l’impact de notre mission et de mieux connaître l’auditorat. De votre côté, ce questionnaire est une occasion de nous faire des retours. La date limite pour répondre est mercredi 8 juillet au soir, autant répondre le plus tôt possible.
Vous trouverez le lien vers le questionnaire sur le site libreavous.org.

Le 25 juin dernier, Microsoft a annoncé que les mises à jour de sécurité étendues de Windows 10 allaient être prolongée d’une année supplémentaire, jusqu’au 12 octobre 2027. L’opération Adieu Windows, bonjour le Libre !, dont on a parlé au cours de notre échange dans le sujet principal, lancée par l’April en octobre 2025, est donc plus que jamais d’actualité et se tiendra sur une durée plus longue, finalement, que celle initialement prévue, pour permettre à un maximum d’ordinateurs d’être libérés d’ici octobre 2027.
Consultez le site de l’initiative et trouvez les événements, les organisations et les personnes, près de chez vous, qui vous aideront à sortir du monopole de Microsoft en installant un système libre sur votre machine.

Nous souhaitons un joyeux anniversaire au projet Les sans pagEs qui fête ses dix ans. Né en 2016 sur la Wikipédia francophone, le projet a pour but de diminuer les biais de genre sur les différents projets de la Wikimédia francophone, tant dans les contenus qu’au sein de la communauté. À l’occasion de cet anniversaire, le projet lance le jeu FrancAutrices.

Cause Commune vous propose un rendez-vous convivial chaque 1er vendredi du mois à partir de 19 heures 30 dans ses locaux, à Paris, au 22 rue Bernard Dimey dans le 18e. Une réunion d’équipe ouverte au public avec apéro participatif à la clé, occasion de découvrir le studio, de rencontrer les personnes qui animent les émissions. La prochaine soirée radio ouverte aura lieu vendredi 3 juillet à partir de 19 heures 30. Frédéric Couchet et Julie Chaumard, de l’April, seront présents à cet apéro.

Une nouvelle édition du Premier Samedi du Libre aura lieu samedi 4 juillet de 14 heures à 18 heures au Carrefour numérique2 de la cité des sciences et de l’industrie à Paris dans le 19e. Venez aider ou vous faire aider à installer et paramétrer des logiciels libres et toute distribution GNU/Linux ou Android avec les nombreuses associations présentes.

Je vous invite à consulter le site de l’Agenda du Libre, agendadulibre.org, pour trouver des événements en lien avec les logiciels libres ou la culture libre près de chez vous.

Notre émission se termine.

Je remercie les personnes qui ont participé à l’émission de ce jour : Jean Carratala, Pierre Meunier-Sirven, Luk, Tim et Florence Chabanois.
Aux manettes de la régie aujourd’hui, Julie Chaumard.
Merci également aux personnes qui s’occupent de la post-production des podcasts : Sébastien Chopin, Élodie Déniel-Girodon, Nicolas Graner, Lang 1, Julien Osman, qui sont bénévoles à l’April, et Olivier Grieco, qui est le directeur d’antenne de la radio.
Merci aussi aux personnes qui découpent les podcasts complets des émissions en podcasts individuels par sujet : Quentin Gibeaux, Théocrite et Tunui, bénévoles à l’April, et Frédéric Couchet.
Merci également à Marie-Odile Morandi et au groupe Transcriptions qui permet d’avoir une version texte de nos émissions.

Vous retrouverez sur notre site web, libreavous, org/281, toutes les références utiles de l’émission de ce jour ainsi que sur le site de la radio, causecommune.fm, ou dans les notes de l’épisode si vous écoutez en podcast.

N’hésitez pas à nous faire des retours pour indiquer ce qui vous a plu mais aussi des points d’amélioration.
Vous pouvez également nous poser toutes questions et nous y répondrons directement ou lors d’une prochaine émission.
Toutes vos remarques et questions sont les bienvenues à l’adresse bonjour@ libreavous.org.

Nous vous remercions d’avoir écouté l’émission.
Si vous avez aimé cette émission, n’hésitez pas à en parler le plus possible autour de vous et à faire connaître également la radio Cause Commune, la voix des possibles.

La prochaine émission aura lieu en direct mardi 7 juillet 2026 à 15 heures 30. Nous aurons le plaisir d’accueillir l’association belge Tactic qui accompagne les collectifs militants à l’adoption d’outils numériques libres, éthiques et durables. Elle évoquera ses actions et productions, notamment la revue Curseurs.

Nous vous souhaitons de passer une très belle fin de journée. On se retrouve en direct mardi 7 juillet et d’ici là, portez-vous bien.

Générique de fin d’émission : Wesh Tone par Realaze.

Média d’origine

Titre :

Émission Libre à vous ! diffusée mardi 30 juin 2026 sur radio Cause Commune

Personne⋅s :
- Florence Chabanois - Isabella Vanni - Jean Carratala - Luk - Pierre Meunier-Sirven
Source :

Podcast

Lieu :

Radio Cause Commune

Date :
Durée :

1 h 30 min

Autres liens :

Page de présentation de l’émission

Licence :
Verbatim
Crédits des visuels :

Bannière de l’émission Libre à vous ! de Antoine Bardelli, disponible selon les termes de, au moins, une des licences suivantes : licence CC BY-SA 2.0 FR ou supérieure ; licence Art Libre 1.3 ou supérieure et General Free Documentation License V1.3 ou supérieure.
Logo de la radio Cause Commune utilisé avec l’aimable autorisation d’Olivier Grieco, directeur d’antenne de la radio.

Avertissement : Transcription réalisée par nos soins, fidèle aux propos des intervenant⋅e⋅s mais rendant le discours fluide. Les positions exprimées sont celles des personnes qui interviennent et ne rejoignent pas nécessairement celles de l'April, qui ne sera en aucun cas tenue responsable de leurs propos.