Émission Libre à vous ! diffusée mardi 20 octobre 2026 sur radio Cause Commune Sujet principal : Au café libre


Voix off : Libre à vous !, l’émission pour comprendre et agir avec l’April, l’association de promotion et de défense du logiciel libre.

Étienne Gonnu : Bonjour à toutes, bonjour à tous. Bienvenue dans Libre à vous !. C’est le moment que vous avez choisi pour vous offrir une heure trente d’informations et d’échanges sur les libertés informatiques et également de la musique libre.

Nous vous convions aujourd’hui Au café libre pour discuter de l’actualité autour du logiciel libre et des libertés informatiques. Avec également au programme « Mort à la pub » dans une nouvelle « Humeur de Gee » et « Un coffre-fort pour la cybersécurité » dans « Libérons notre quotidien, pas après pas, app après app », la nouvelle chronique proposée par Anne L’Hôte.

Soyez les bienvenu·es pour cette nouvelle édition de Libre à vous !, l’émission qui vous raconte les libertés informatiques, proposée par l’April, l’association de promotion et de défense du logiciel libre.
Je suis Étienne Gonnu, chargé de plaidoyer pour l’April.

Le site web de l’émission est libreavous.org. Vous pouvez y trouver une page consacrée à l’émission du jour avec tous les liens et références utiles et également les moyens de nous contacter.
N’hésitez pas à nous faire des retours ou à nous poser toute question.

Nous sommes mardi 20 octobre 2026.
Nous diffusons en direct, mais vous écoutez peut-être une rediffusion ou un podcast.

À la réalisation de l’émission Yann Collette dont c’est la première régie en solo. Bonjour Yann et merci à toi.

Yann Collette : Bonjour et bonne émission.

Étienne Gonnu : Nous vous souhaitons une excellente écoute.

[Jingle]

Chronique « Les humeurs de Gee » – « Mort à la pub »

Étienne Gonnu : Nous allons commencer avec la chronique « Les humeurs de Gee ». Gee, auteur du blog-BD Grise Bouille, nous expose son humeur du jour. Des frasques des GAFAM aux modes numériques, en passant par les dernières lubies anti-Internet de notre classe politique, il partage ce qui l’énerve, l’interroge, le surprend ou l’enthousiasme toujours avec humour. L’occasion peut-être, derrière les boutades, de faire un peu d’éducation populaire au numérique.
Aujourd’hui un sujet qui donne l’impression d’un cri du cœur : « Mort à la pub ».

Gee : Salut camarades.
La publicité est une saloperie. Voilà ! Dite comme cela, la phrase a l’air un peu provoc, mais je ne pense pas me tromper en disant que je ne vais pas me mettre grand-monde à dos en la prononçant sur cette antenne.
La publicité est une saloperie ; la publicité est une verrue ; la publicité est une maladie qui a contaminé le monde entier et participe activement à le faire crever. Aujourd’hui, être anti-pub ne devrait pas être un acte militant mais un réflexe de survie.

Il y a quelques jours, Sebsauvage, un internaute bien connu des milieux libristes, a partagé le message suivant sur Mastodon, le média social de microblog libre et décentralisé : « J’entends à la radio ce qu’il faut faire pour moins polluer en informatique. Ils ont encore parlé d’effacer des mails. Pas une seule seconde ils n’ont parlé des bloqueurs de publicité. Effacer un mail de dix kilos c’est bien, mais empêcher deux mégaoctets de publicité à chaque clic dans le navigateur, ce n’est pas important ! » Je ne peux que confirmer, d’ailleurs Sebsauvage est assez en dessous de la réalité avec ses deux mégaoctets de publicité ! J’ai fait un test rapide pour la chronique en allant sur un site d’info très populaire, lemonde.fr. Pour la déconne, j’ai pris la page « Numérique et environnement », vous allez voir, on va se marrer !
Je navigue d’abord avec mon bloqueur de pub, normal, et je mesure 100 requêtes pour plus de quatre mégaoctets de contenu. Pour les novices, une requête, en gros ça va être un des objets de la page à charger, donc chaque image, chaque feuille de style, chaque script, ça fait une requête. Déjà 100 requêtes et quatre mégaoctets de contenu pour une page de journal, il faut être honnête, ce n’est pas ouf en termes de sobriété, mais à la rigueur, c’est le contenu que vous voulez voir, donc OK. Ça pourrait être optimisé, mais OK.
Maintenant, je désactive mon bloqueur de pub. Et là, déjà la page qui se chargeait en moins de trois secondes met des plombes à s’afficher, je vous jure, j’ai cru qu’on avait remplacé ma fibre par un modem 56k, et on passe de quatre mégaoctets à 16 mégaoctets pour 840 requêtes au lieu de 100. On a donc 12 mégaoctets et 740 requêtes uniquement pour la pub et les traceurs. Ça fait quand même entre 75 et 90 % de bruit qui ne vous intéresse pas dans ce qui est téléchargé, selon si vous comptez le nombre de requêtes ou le poids de ces requêtes. C’est comme si vous achetiez un magazine de dix pages et que vous aviez entre une page et deux pages et demi de contenu perdu au milieu d’un catalogue de pubs.
Donc oui, venir casser les gonades à tout le monde en nous faisant culpabiliser parce qu’on conserve des mails de 10 kilooctets, tout en nous faisant bouffer des mégas et des mégas de pub non désirée, c’est quand même un certain niveau de tartuferie ! Et au passage, côté impact environnemental du numérique, on rappelle que le plus gros se situe du côté de la fabrication des terminaux, mais c’est hors-sujet puisque la publicité ne vous pousse jamais à racheter un téléphone quand celui que vous avez fonctionne encore ! Ah ! Ah !

Je sais, il y en a encore qui vont me dire : « Il n’y a juste qu’à ne pas écouter la pub, ce n’est pas parce que tu entends qu’il y a un nouvel iPhone que tu es obligé de te jeter dessus, et le libre arbitre dans tout ça ? Ah ! Si seulement les gens étaient moins cons, et, comme disait Coluche « il suffirait que les gens ne l’achètent pas pour que ça ne se vende pas ! » Ah ! Ah ! » Pff ! J’en ai marre d’entendre ça. La pub, ça marche. La pub, ça fonctionne, oui, même sur toi qui penses y être immunisé. Je vais même te dire, je pense que ça marche encore mieux sur toi qui penses y être immunisé, Il n’y a pas de meilleure proie que celle qui croit ne pas en être une. Si ça ne marchait pas, il n’y aurait pas des milliards dépensés dans les campagnes marketing. D’accord, toi tu es libriste, aucune pub pour Apple ne te ferait acheter leurs produits, mais c’est ça ou autre chose ! Tu baignes dans un flux constant et toutes tes envies, tous tes désirs, toutes tes pulsions d’achat sont, d’une manière ou d’une autre, téléguidées par la pub. Parce que la pub est un formidable moteur pour la croissance, et la croissance est l’alpha et l’oméga d’une société capitaliste comme la nôtre. C’est d’ailleurs pour cela que la fameuse émission de radio dont parlait Sebsauvage n’a pas évoqué le blocage de pub. Parce que, dans une telle société, toutes les questions exprimables publiquement sont toujours accompagnées d’une condition sous-entendue : « sans attenter à la croissance ».

À la question, « comment moins polluer en informatique ? », on peut parler de lutte contre l’obsolescence programmée, de sobriété des pages web, de blocage de publicité évidemment. Mais à la question, « comment moins polluer en informatique sans attenter à la croissance ? », eh bien il ne reste plus grand-chose à répondre à part « trier ses mails » ! Et cette condition sous-entendue, « sans attenter à la croissance », fait partie de ce qui rend nos sociétés malades de contradictions. « Comment lutter contre le réchauffement climatique sans attenter à la croissance ? », donc sans attenter à sa cause ? Oui, c’est à se taper la tête contre les murs !
Les injonctions à la sobriété et à la consommation raisonnée n’ont aucune espèce de chance de trouver un écho dans une société qui continue d’être bombardée de pubs incitant à l’accroissement constant de la consommation.
Pour venir faire cette chronique, j’ai encore vu dans le métro des énormes pubs de compagnies aériennes qui vantaient leurs prix bas pour partir en vacances à l’autre bout du monde. Le même métro qui a été absolument invivable pendant les quasi-quatre mois de canicule qu’on s’est tapés dès la fin du printemps, mais ça n’a sans doute aucun rapport ! Et on peut bien tancer les mauvaises personnes qui vont effectivement encore cramer des mètres cubes de CO2 pour aller à l’autre bout du monde, mais combien n’auraient même pas eu l’idée de le faire sans ces saloperies de pubs ? On débat de la responsabilité personnelle, du libre arbitre, tout ça, pendant que les équipes marketing et les publicitaires se tapent un bon coup sur les cuisses en pensant à la quantité astronomique de fric investi en recherche sur la manipulation comportementale. Comment on a fignolé l’art ignoble de la création artificielle de besoins, puis de désirs, puis de pulsions. Comment on devient maître dans la fabrique du consentement.

Le consentement, tiens, il faut en parler. Le mécanisme même de la pub est de passer outre notre consentement. Si les publicitaires respectaient notre consentement, il faut être clair, il n’y aurait pas de pubs ! Un exemple ? Vous avez sans doute entendu parler de l’expérimentation Oui Pub il y a quelques années. En gros, actuellement les entreprises ont le droit de mettre de la pub dans ta boîte aux lettres par défaut, sauf si tu y apposes un autocollant « Stop Pub ». L’expérimentation consistait à évaluer ce que ça changerait si, au contraire, on interdisait la distribution de publicités dans les boîtes aux lettres par défaut, en demandant aux gens qui en veulent d’utiliser un autocollant « Oui Pub ». Eh bien figurez-vous que seuls 19 % des ménages ont apposé l’autocollant « Oui Pub » et que 71 % de papiers publicitaires en moins ont fini à la poubelle. Les bras m’en restent attachés, comme dit l’expression à la mode en ce moment. Du coup, à votre avis, que s’est-il passé suite à cette expérimentation ? Eh bien on n’a pas donné suite. Eh non ! Si on se rend compte que la pub est incompatible avec le consentement, on retire le recueil du consentement, pas la pub. C’est pour cela que vous bouffez de plus en plus de pubs dans des endroits où vous êtes captifs.
Les publicitaires ont bien pigé qu’à la télé vous profitiez de la pub pour aller aux toilettes et que, dans un navigateur, un bloqueur de pub s’installe en deux clics. Du coup on favorise les applications bien fermées dans les OS verrouillés que sont Android et iOS, dans lesquelles c’est plus compliqué de bloquer la pub, et on vous colle dix minutes de pub avant vos séances de ciné. Quand j’étais gamin, il n’avait pas de pub au ciné, il n’y avait que des bandes-annonces, c’est terminé ! Et il y a pire. Quand j’habitais encore à Nice, un bar dans lequel j’allais souvent avait fini par coller des écrans publicitaires dans les chiottes ! Du coup j’avais beaucoup moins envie d’y aller, moi je voulais un pub, pas de la pub ! Bon courage à l’équipe de transcription pour écrire celle-là ! Encore, récemment je suis allé faire le plein d’essence, à 2 euros 50 le litre, et ils avaient collé un écran publicitaire à côté des compteurs, sur les pompes ! Je ne parle même pas des objets connectés, parce que je ne suis pas client de ce genre de saleté, mais je vous rappelle qu’on a vu des frigos afficher des pubs, et même des tableaux de bord de bagnoles afficher des pubs.
C’est maintenant très clair : on ira vous chercher partout où vous êtes captif, où vous ne pouvez pas physiquement bloquer la pub, rien ne vous sera épargné !
Je repense souvent à cet épisode de Black Mirror où les pubs se mettent en pause quand le type qui y est exposé ferme les yeux, et je pense sincèrement qu’on n’en est pas si loin ! Parce que les techniques développées pour rendre la pub plus efficace, plus omniprésente, plus incontournable, n’ont pas de limite car elles sont intimement liées à une autre saloperie : le capitalisme de surveillance. Je ne vais pas refaire une introduction sur le sujet car j’en avais déjà parlé dans ma chronique sur l’économie de l’attention en février 2026 – le lien sera sur la page des références de la chronique. En gros, on peut définir le capitalisme de surveillance comme la monétisation de la prédiction de nos comportements futurs. Et ça, au risque de vous surprendre, ça ne sert pas qu’à la pub. Eh non ! Avoir un tel pouvoir d’analyse comportementale et de prédiction sur ce qui peut les influencer, ça peut notamment permettre d’aider à l’accession au pouvoir de fascistes notoires, mais on n’est pas là pour parler de la présidentielle 2027.
Si vous voulez un exemple sur lequel on a un peu de recul, on a l’affaire Cambridge Analytica, une société de « conseil », qui a exploité les données de Facebook pour influencer, avec succès, des résultats d’élections. Je vous renvoie à ce sujet à la conférence des Connards Professionnels que j’avais réalisée avec mon camarade Pouhiou, il y a quelques années, et qui détaille un peu tous ces aspects. Pareil, le lien sera sur la page des références de la chronique.

Après tout ce que je viens de dire, il y en a peut-être encore un ou deux au fond de la salle qui vont garder un dernier « oui mais », le fameux « oui, mais la pub ça permet de financer des sites web, pour que ça reste gratuit ». Déjà, si votre site web a besoin de m’espionner, de me pister et de me fourguer des saletés de pubs pour survivre, je vais être un peu radical, mais peut-être qu’il ne mérite pas de survivre. Ensuite non, la pub ne rend pas les choses « gratuites ». La pub a un coût et il est assez énorme, on parle 800 à 1000 milliards de dollars US qui auraient été dépensés pour la publicité dans le monde en 2024. Rien qu’en France, les annonceurs ont dépensé plus de 34 milliards d’euros en 2023, ce qui fait environ 500 euros par habitant et habitante. Les chiffres sont issus du site web antipub.org de l’association Résistance à l’Agression Publicitaire, au passage merci à vous pour ce que vous faites, je vous aime très très fort.
Bref, la pub coûte cher et les entreprises ne sortent pas cet argent d’un chapeau magique ! C’est un coût qui est répercuté sur les prix de vente, donc, à cause la pub, tout ce que vous achetez est un peu plus cher. C’est une véritable taxe globale au profit de quelques acteurs, une sorte de socialisation de la valeur mais privée, avec de fait une redistribution des fonds qui dépend du bon vouloir de ces acteurs privés. On sait qu’un journal qui dépend financièrement d’un annonceur aura bien du mal à publier une enquête sur le PDG de l’annonceur en question. Tant pis pour la liberté de la presse, j’imagine.

Après, je suis vachement pour la socialisation de la valeur et la redistribution, mais si c’est public et décidé démocratiquement. Donc financer des sites web autrement qu’avec la pub pourrait être faisable avec un modèle public autrement plus vertueux. Le problème, c’est que si je tire la pelote, je vais encore finir par généraliser le problème à la question du financement de l’activité économique, on va devoir parler de salaire à vie, de renversement du capitalisme, tout ça, et là, on n’a plus le temps !

Pour conclure et pour répondre juste à cette question : comment moins polluer en informatique et comment moins polluer tout court d’ailleurs ?
À un niveau personnel, commencez par bloquer la pub si vous ne le faites pas déjà.
À un niveau politique, luttez pour qu’on finisse par interdire une bonne fois pour toutes cette énorme saloperie qu’est la pub !

Étienne Gonnu : Merci beaucoup Gee. Je vais joindre mes remerciements aux tiens pour l’action très importante de RAP, Résistance à l’Agression Publicitaire, et préciser que la radio Cause Commune, sur laquelle nous avons le plaisir de diffuser, est une radio indépendante, sans pub. Nous vous encourageons à continuer à l’écouter pour vous protéger effectivement de ces agressions.
Merci Gee. Je rappelle que tu es un artiste indépendant, comme tu disais rien n’est gratuit. Tu as fait le choix de publier tes œuvres sous licence libre et il est possible de te soutenir, notamment en allant sur ton site, ptilouk.net, et le lien sera sur la page des références de l’émission.
Tu restes avec nous pour Un café, Gee ?

Gee : Tout à fait.

Étienne Gonnu : Parfait.
On va faire une pause musicale.

[Virgule musicale]

Étienne Gonnu : Après cette pause musicale nous vous convions Au café libre avec Gee, avec Booky, avec Maud qui sont avec moi, pour discuter de l’actualité autour du logiciel libre et des libertés informatiques.
Avant cela nous allons écouter Sous Contrôle, par Les gueules noires. On se retrouve juste après. Belle journée à l’écoute de Cause Commune, la voix des possibles.

Pause musicale : Sous Contrôle par Les gueules noires.

Voix off : Cause Commune, 93.1.

Étienne Gonnu : Nous venons d’écouter Sous Contrôle, par Les gueules noires, disponible sous licence libre Creative Commons Attribution, CC By.

[Jingle]

Étienne Gonnu : Passons maintenant à notre sujet principal.

[Virgule musicale]

Au café libre, actualités chaudes, ton relax – Échanges autour de l’actualité du logiciel libre et des libertés informatiques

Étienne Gonnu : Nous vous convions aujourd’hui Au café libre pour discuter des actualités autour du logiciel libre et des libertés informatiques.
Avec moi, autour de la table, je suis très heureux de retrouver Gee qui est resté avec nous. Je rappelle que tu es auteur indépendant, que tu publies tes œuvres sous licence libre, et que tu es administrateur de l’April.
À ma droite Bookynette, présidente de l’April et libraire à la rue… À la ville, je mélange tout ! Je crois que la rue est un endroit important en ce moment !
En face de moi Maud Royer, développeuse web et experte en stratégies numériques de mobilisation et de plaidoyer.
Bonjour Maud et bonjour à vous trois.

Maud Royer : Bonjour.

Gee : Bonjour.

Magali Garnero : Salut.

Étienne Gonnu : N’hésitez pas à participer à notre conversation au 09 72 51 55 46 ou sur le salon web dédié à l’émission du jour, sur le site causecommune.fm, bouton « chat ».
Toutes les références de l’émission seront rendues disponibles sur la page consacrée à l’émission du jour, libreavous.org/289, ou dans les notes de l’épisode si vous écoutez en podcast.

KDE fête ses trente ans

Étienne Gonnu : Pour ce Café libre je vous propose, comme j’aime bien le faire, de commencer plutôt une nouvelle réjouissante, les trente ans de KDE [K Desktop Environment], un anniversaire qui est quand même important pour un projet libre qui est non moins important, KDE est un environnement de bureau. Est-ce que quelqu’un se sent déjà d’expliquer, en quelques mots, ce qu’est un environnement de bureau. Je regardais les deux techniciens.

Gee : Je peux le faire.
En général, les personnes qui ne sont pas sous GNU/Linux ne connaissent pas. Si on prend un système d’exploitation comme Windows ou comme MacOS, ce sont des systèmes d’exploitation où tout est un peu unifié. On a Windows, les gens vont savoir que Windows 10 ressemblait à ça, Windows 11 ressemble à ça. En fait, sur GNU/Linux c’est un peu plus compliqué. Tout un tas de composants vont être des choses internes, les gens ne vont pas voir la façon dont ça fonctionne, mais plusieurs logiciels font ce qui est graphique, ce que les gens voient, leur bureau, tout cela, et on a un peu le choix de ce qu’on veut utiliser. Parfois c’est un peu déroutant, mais c’est aussi assez sympa.
KDE fait partie des quelques grands environnements de bureau, c’est-à-dire des solutions qui sont vraiment complètes. Non seulement il y a une interface de bureau avec un menu pour accéder à ses logiciels, mais il y a aussi des suites logicielles complètement incluses dedans, il va y avoir un certain navigateur de fichiers, une calculatrice, tous les petits utilitaires sont inclus.
On va dire que les deux grands qui existent sont effectivement KDE qui vient de fêter ses trente ans, l’autre c’est GNOME [GNU Network Object Model Environment] qui est assez connu aussi. Après il y en a tout un tas d’autres, plus petits. Par exemple, je suis très fan de Cinnamon [Cannelle en anglais] sur l’ordinateur de bureau.

Étienne Gonnu : Merci pour cette explication très claire il me semble. Avez-voud une relation particulière avec KDE dans votre parcours libriste ? Tu disais que tu ne l’utilises pas forcément.

Gee : Je disais que je ne l’utilise pas sur l’ordinateur de bureau. En revanche j’ai une petite tablette, une tablette de Microsoft, qui est une surface et j’utilise KDE sur cette tablette. Je veux beaucoup les remercier pour leur environnement mobile. Ils ont fait un truc qui s’appelle KDE Plasma Mobile – Plasma c’est la version actuelle de leur environnement –, qui je trouve, pour en avoir testé quelques-unes, est pour l’instant la meilleure interface mobile sur Linux. Sachant, il faut être honnête, que les interfaces mobiles sur Linux sont un peu en retard par rapport aux interfaces type Android et tout, on sent que c’est un petit peu moins fini parce que c’est beaucoup moins développé, comme Linux sur mobile, en tout cas cette interface est très chouette.
Concernant KDE que j’utilise sur d’autres environnements, je voudrais citer KDE Connect, qui est très pratique, qui permet de faire dialoguer très facilement son téléphone Android, peut-être iOS mais je ne suis pas sûr, en tout cas son téléphone Android et son GNU/Linux. On installe ça sur les deux, sur le téléphone et sur l’ordinateur, et après on peut très facilement échanger des fichiers de l’un à l’autre, on peut même faire un copier-coller : on fait CTRL-C sur l’ordinateur et le fichier est automatiquement dans le presse-papier du téléphone. Il y a vraiment une relation super, très agréable. Merci KDE aussi pour cela.

Étienne Gonnu : Super. C’est une fonctionnalité qui fait effectivement rêver. Quand j’ai plusieurs écrans sur deux machines différentes, pour une raison ou pour une autre, je passe ma souris, je ne comprends pas pourquoi ça ne fonctionne pas, je mets toujours un petit une petite latence à comprendre le problème.
Merci pour cette explication.
Booky ou Maud, avez-vous aussi une relation avec KDE, ou pas, à partager ?

Maud Royer : KDE est un amour de jeunesse si on parle de relation. J’ai commencé à utiliser GNU/Linux quand j’étais ado, c’étaient les tout débuts d’Ubuntu. Il n’y avait pas encore l’hégémonie qu’a GNOME aujourd’hui du fait aussi de l’hégémonie d’Ubuntu. GNOME et KDE sont les deux grands environnements de bureau. GNOME étant le choix par défaut sous Ubuntu qui est aujourd’hui la distribution la plus utilisée sur les ordinateurs de bureau, il y a un peu une espèce d’automatisme de GNOME qui s’est installée. C’est vrai que j’ai un peu perdu de vue KDE ces dernières années. Du coup je suis allée voir de près ce qui s’était passé à l’occasion de ces trente ans, j’ai l’impression que le projet a l’air très vivant, KDE Plasma a l’air effectivement assez incroyable.
Valve a décidé d’utiliser KDE Plasma sur le Steam Deck. Valve est la plus grande plateforme, un des plus gros distributeurs de jeux vidéo grand public qui a créé sa propre console portable, le Steam Deck, qui utilise KDE Plasma comme environnement de bureau. Comme ça a pu être le cas pour GNOME avec Ubuntu, j’ai l’impression qu’un environnement de bureau est toujours plus fort quand il est déployé par défaut sur un produit vendu à des consommateurs qui ne sont pas forcément intéressés au logiciel libre dans un premier temps, tout comme Windows est vendu par défaut sur plein d’ordinateurs. J’imagine que ça porte aussi la base d’utilisateurs du projet, je pense que c’est intéressant.
Et puis c’est un projet communautaire qui est aussi toujours à la pointe de la technologie. Je me souviens que quand j’étais ado KDE était un peu le truc où il y avait encore plus d’expérimentations sur ce qu’on pouvait faire au niveau graphique que peut-être sous GNOME, même s’il y avait Compiz à l’époque, un vieux truc qui permettait de faire plein de trucs en 3D sur son bureau, etc. J’ai l’impression que KDE a été aussi un peu à la pointe des évolutions de fond qui sont utilisées aussi par GNOME, par exemple le passage du gestionnaire de fenêtres Xorg à Wayland qui sont deux technologies très différentes mais qui sont centrales et qui sont utilisés par les deux environnements de bureau.
Peut-être aussi quelque chose qu’on a moins en tête, à chacun, GNOME et KDE sont associés des librairies, c’est-à-dire des outils de code pour faire des interfaces graphiques. GNOME s’appuie notamment sur GTK, GNOME Toolkit, qui, en gros, est un paquet de code qui permet de faire facilement des interfaces graphiques dans des logiciels et la plupart des applications – la calculatrice, etc –, sont GTK du coup elles fonctionnent mieux sous GNOME ; pour KDE, c’est Qt, un ensemble de ressources de code qui font exactement la même chose.
C’est bien non seulement qu’on ait deux environnements de bureau mais qu’on ait aussi, dans le logiciel libre, deux librairies comme cela, deux paquets d’outils pour faire des fenêtres et des interfaces graphiques qui sont toutes les deux très matures et qui se nourrissent l’une l’autre en termes d’innovation. Quand la concurrence n’a pas pour but de tuer l’autre et de faire le plus de profit, elle peut être intéressante aussi en termes de stimulation. Je pense qu’il y a une stimulation intéressante entre ce qui se passe côté KDE et ce qui se passe côté GNOME depuis des années.

Étienne Gonnu : C’est hyper intéressant. C’est vrai que de temps en temps on trouve qu’il y a trop de distributions. C’est intéressant de montrer en quoi c’est aussi une richesse.

Maud Royer : Deux environnements de bureau ce n’est pas non plus ! On a deux choix et tout le reste est effectivement un peu plus niche, objectivement pour des gens un peu plus nerds.

Magali Garnero : Je voulais réagir parce que, pour leur trente ans, ils ont mis en place un site internet extraordinaire.

Étienne Gonnu : Une campagne est attachée. Merci pour la transition.

Magali Garnero : Il y a une campagne. Ils essayent d’avoir 1996 membres et bien sûr de récupérer des sous. Ils proposent de faire leur petite mascotte en 3D. C’est vraiment un site hyper amusant à aller découvrir. Ils expliquent quelles sont leurs dépenses, ils expliquent à quoi sert l’argent, ils expliquent qu’on peut adopter un logiciel. Bref ! Leur site est internet kde.org/fr/anniversaries/30/, le lien sera dans les références. Je vous conseille vraiment d’aller voir et puis, si vous avez un peu de temps ou si vous avez un peu d’argent, de contribuer parce que toutes les associations ont besoin d’argent, ne serait-ce que pour leurs frais habituels, pour leur représentation, pour leur formation, donc allez donner des sous.

Étienne Gonnu : Leur campagne est effectivement centrée sur une adhésion pour devenir membre et on flèche sa cotisation vers une application, ce qui permet à KDE de faire des choix aussi en fonction des envies des personnes qui soutiennent.
Je me permets peut-être une parenthèse parce qu’on parle d’associations qui vont fêter leur trente ans, c’est aussi le cas de l’April. Des choses vont venir, des festivités, des célébrations. L’April aussi atteint cet âge, peut-être pas encore vénérable, en tout cas mature de trente ans. Gardez les oreilles ouvertes. Booky, je ne sais pas si tu voulais dire un mot là-dessus, ou pas, je te prends un peu au dépourvu.

Magali Garnero : Est-ce que tu as toute l’émission pour moi pour ce sujet des trente ans de l’April ?

Étienne Gonnu : Tu es la présidente, finalement tu prends le temps que tu veux.

Magali Garnero : Tout comme KDE, on va vous proposer un super site, magnifique, avec des choses à regarder, des raisons de contribuer et ainsi de suite, mais ce n’est pas encore prêt, il va falloir attendre un petit peu. On va aussi vous proposer un planning pour aller faire la fête, on va essayer d’aller à plein d’endroits pour fêter nos trente ans. Je sais que des dates sont déjà définies : si vous êtes du côté de Brest, si vous êtes dans le Nord, si vous êtes à Lyon, si vous êtes à Marseille restez vigilants, là c’est sûr qu’il va se passer quelque chose. Si vous êtes en Île-de-France forcément il va se passer quelque chose. Si vous êtes à Paris 8 on va venir vous squatter, comme il y a trente ans. Donc restez à l’écoute, bientôt des infos.

Étienne Gonnu : Parfait. Et c’est l’occasion de faire de la pub pour l’Agenda du Libre, le site internet qui permet de retrouver tous les événements en lien avec le logiciel libre, notamment les festivités qu’on espère organiser et voir organiser par nos amis.
Bravo et longue vie à KDE, je ne ’ai pas dit, c’est toujours bien de rappeler tous ces engagement et de remercier toutes les personnes qui contribuent à des vrais projets libres dans le sens le plus beau du terme.
J’ai oublié ma clochette, je vais peut-être le faire avec un bruit de bouche, à l’ancienne.

[Clochette]

Dix ans après la loi République numérique, « encourager » le logiciel libre n’a pas suffi

Étienne Gonnu : On va rester sur le thème des anniversaires, un anniversaire pas triste mais qui est moins enthousiasmant, les dix ans de la loi pour une République numérique.
À l’occasion des dix ans de la promulgation de cette loi, le site Next propose un article : « Dix ans après la loi République numérique, « encourager » le logiciel libre n’a pas suffi ».

Magali Garnero : C’est étonnant !

Étienne Gonnu : C’est étonnant n’est-ce pas ! Finalement Next rejoint l’analyse que nous avions déjà faite dix ans plus tôt. En effet, l’article 16 de la loi propose un encouragement au logiciel libre qui n’a donc aucune force contraignante. Je veux aussi préciser, rappeler que la loi a aussi instauré le caractère public des codes sources développés par l’administration, ce qui était une avancée assez importante même si elle a malheureusement été un peu limitée par une frileuse exception : des raisons de sécurité permettent aux administrations de limiter l’ouverture des codes sources. On voit quand même, depuis dix ans, que des pratiques se sont développées en termes d’ouverture des codes sources, qui sont les bienvenues.
À l’époque l’April s’était bien sûr mobilisée.
Je vais rappeler deux particularités de cette loi avant de libérer la parole.
C’est la première fois qu’on a eu affaire à un usage quand même assez poussé d’une consultation préalable via une plateforme en ligne, qui n’était malheureusement pas libre à l’époque, mais c’était une nouveauté. Ça a été un exercice intéressant auquel l’April avait participé et, au-delà du résultat assez décevant finalement, presque fade concernant l’article 16, on avait eu droit à de longs et fort débats sur le logiciel libre dans l’hémicycle, dans l’enceinte de l’Assemblée, plus d’une heure sur un des amendements. Cela a été assez chouette de voir qu’un vrai débat politique pouvait se tenir sur le logiciel libre dans cette enceinte.
Le but n’est pas forcément de faire une analyse poussée du texte. Je vois aussi l’occasion de jeter un petit coup d’œil dans le rétroviseur sur le chemin parcouru pour le Libre, sa place dans les administrations et plus largement comme objet politique.
Je ne sais pas si, à l’époque, vous aviez suivi. Booky sans doute parce que tu étais déjà active à l’April.

Magali Garnero : J’avais suivi, j’avais participé, j’avais regardé nos deux propositions monter sur cette plateforme, être soutenues par énormément de gens. Je crois qu’une était même en troisième position, l’autre en septième position. Nous avions vraiment été soutenus, nous avions demandé la priorité au logiciel libre. C’est vrai que quand les parlementaires ont discuté, je crois durant 45 minutes au Sénat et une heure à l’Assemblée, ou l’inverse, je ne sais plus, nous étions hyper joyeux, hyper reconnaissants, pleins d’espoir. Quand le résultat final c’est « encouragement », grosse déception, frustration, colère, mettez le mot vous voulez, en tout cas un mot hyper négatif, et surtout l’encouragement ne sert à rien ! Le fait que dix ans après on se rende compte que ça ne sert à rien, j’ai l’impression qu’on a perdu dix ans, en fait on a réellement perdu dix ans !

Étienne Gonnu : D’accord !

Magali Garnero : Vas-y, sois plus positif que moi !

Étienne Gonnu : Je suis plutôt dans le temps long et je pense que des choses ont bougé en dix ans même si ce n’est jamais suffisant. Je pense que notre rôle c’est d’être le poil à gratter pour demander toujours plus.
Gee ou Maud, aviez-vous suivi ce projet de loi à l’époque ?

Maud Royer : Je n’avais pas suivi de près à l’époque. Il y a dix ans je venais de passer un peu par Etalab. À ce moment-là commençait le projet code.gouv,fr. Il y avait déjà à l’époque, dans l’État, des gens qui poussaient beaucoup au moins pour que la culture du logiciel libre s’installe dans l’État et je pense que c’est ce qui s’est passé en dix ans. Je pense que la priorité n’est pas passée à l’époque aussi parce que, y compris au sein des administrations, il y avait une résistance plus forte qu’elle ne l’est aujourd’hui et c’est peut-être cela qui a bougé en dix ans. Je pense que la culture a quand même un peu évolué dans pas mal d’endroits.

Magali Garnero : Oui ? J’espère !

Maud Royer : Sous-texte puisque nous sommes à la radio : Bookynette croise les doigts !

Étienne Gonnu : Je partage.

Maud Royer : Je ne sais pas si c’est grâce à la loi, en tout cas c’est certain que c’est un appui pour les plaidoyers futurs.

Étienne Gonnu : C’est comme cela que je perçois le sens de notre action. En réalité il y a beaucoup de libristes au sein des administrations et notre rôle c’est aussi de faire avancer. Ça passe aussi par les débats, pas forcément que par la loi, c’est-à-dire, dans les rapports de force internes, dans les arbitrages, donner de la force et du poids aux libristes qui peuvent déjà faire des choses en interne.

Gee : Et si on veut voir le côté positif, on peut voir cela comme une espèce d’effet cliquet. On parle de l’effet cliquet toujours pour les trucs négatifs, le prix de l’essence et tout. Là, en tout cas, on peut se dire qu’il y a eu la mention « logiciel libre », OK avec encouragement, c’est faible, mais peut-être que la prochaine fois ça sera remplacé par un truc un peu plus contraignant. Le CNLL, l’Union des entreprises du logiciel libre, demande par exemple que l’encouragement soit remplacé par une règle, donc que le logiciel libre soit retenu sauf justification écrite, soumise à un contrôle avant la décision. On peut imaginer, si ça passe, qu’il y aura beaucoup de justifications écrites pour ne pas utiliser le logiciel libre, du coup la prochaine fois ça sera peut-être un peu plus contraignant ; petit à petit on arrive quand même à gagner du terrain. Effectivement, ce n’est pas assez rapide, mais il y a toujours des occasions et des grands bouleversements qui font que ça s’accélère. Typiquement, on en reparlera sans doute sur d’autres sujets, l’élection de Trump, et tout ce qui se passe depuis son élection, a donné un grand coup de pied dans des notions d’indépendance technologique et tout ça qui sont vachement liées au logiciel libre de toute façon.

Étienne Gonnu : Absolument.

Gee : La loi, avec ce genre de choses, avance et c’est très bien, ça avance petit à petit. Parfois les circonstances font que ça avance plus vite pour d’autres raisons.

Magali Garnero : Je veux quand même une priorité au logiciel libre et je veux qu’on continue à se battre. Tant que ce sera un encouragement ça ne passera pas ! L’encouragement n’est pas suffisant, il faut imposer ! Il faut arrêter de verser des milliards à des sociétés multinationales prédatrices pour des licences alors qu’on a ce qu’il faut sous la main, on pourrait faire monter en compétences les gens qui font du logiciel libre, on pourrait peut-être leur faire faire un travail plus intéressant que faire de l’IA. Bref, il faut militer pour la priorité ! Pas d’encouragement !

Étienne Gonnu : Que ce soit un principe mis en œuvre dans les pratiques et ça passe par un principe normatif, ça passe par un soutien aussi au sein des administrations à celles et ceux qui font du Libre.
Je vais signaler le billet d’un autre camarade, Pierre-Yves Gosset de Framasoft, et je vous encourage à le lire, j’ai mis le lien sur la page des références de l’émission. Il avait fait un recensement de l’évolution du Libre au sein de l’administration sur ces dix dernières années justement. Il montrait, et je suis complètement d’accord avec son analyse, qu’il y a quand même eu un changement depuis 2022. Nous n’étions vraiment que dans le discours, on avait tous les open bar : le Health Data Hub, la plateforme de santé, reposait sur Microsoft ; bien sûr le ministère des Armées, qui est un peu le cas typique, sous dépendance de Microsoft et rien n’était mis en cause. Il y a toujours ces dépendances, mais récemment, on va en reparler, la DGFiP a montré des grands signes, la Direction interministérielle du numérique propose des choses. Je pense qu’on n’est pas assez dans la stratégie, on est plus dans l’opérationnel, je pense que l’effet cliquet est plutôt parlant. Donc oui, on va continuer à pousser et à faire poil à gratter.

Magali Garnero : Ça a effectivement évolué, on ne passe plus des contrats avec Microsoft Irlande, on passe par l’UGAP [Union des groupements d’achats publics] et je ne suis pas sûre que ce soit beaucoup mieux. Je ne pense pas qu’on ait réussi à avoir les chiffres de l’UGAP, peut-être un peu dans le rapport de Chatelain et Latombe, mais on continue à verser des sous inutilement, ces sous sont nos impôts et je crois qu’en ce moment on a des records de dettes. Je propose une microéconomie qui est « priorité au logiciel libre ». On arrête les licences pourries !

Étienne Gonnu : Très bien !

Gee : On fait quoi ? On vote parce je suis d’accord aussi ! Allons-y !

Étienne Gonnu : Je regarde mes notes. Je vais saluer la Direction du numérique pour l’éducation, une direction du ministère de l’Éducation, et souligner en particulier le super projet qui, pour le coup, part de libristes, qui part de deux professeurs, le projet NIRD, je parle de mémoire, Numérique Inclusif Responsable et Durable. Nous les avons reçus dans Libre à vous !, je partagerai lien. C’est vraiment une initiative qui a pour but de pousser le Libre au sein des écoles, de s’appuyer sur le Libre pour créer du lien, pour créer de l’inclusion. C’est une superbe démonstration de ce qu’on peut faire avec du logiciel libre quand on porte logiciel libre en priorité.

[Clochette]

Les autorités fiscales néerlandaises annulent le déploiement de Microsoft 365 dans le cloud, et se tournent vers l’open source

Étienne Gonnu : Nous allons prendre un exemple à priori plus concret. Nous allons partir aux Pays-Bas et nous allons voir qu’en France on a finalement un mouvement similaire : « Les autorités fiscales néerlandaises annulent le déploiement de Microsoft 365 dans le cloud, et se tournent vers l’open source », c’est le titre d’un article publié sur ZDNet le 13 octobre.
Je disais qu’en France la DGFiP a fait aussi un chemin de migration. Au niveau européen on voit des exemples se multiplier petit à petit, je pense donc que c’est encourageant ou suis-je un peu un doux rêveur ? Je ne sais si ça vous inspire.

Maud Royer : JC’est plutôt encourageant, ça montre ce qu’on disait tout à l’heure : il y a à la fois un changement progressif de culture et aussi une réaction face à ce qui se passe avec les US en ce moment, globalement la perte de confiance dans l’alliance transatlantique puisque c’est ça. De fait j’ai l’impression qu’au niveau européen, aussi bien à l’échelon de l’Union européenne que dans les différents États membres, il y a une compréhension du fait qu’on ne recréera pas Microsoft, que, d’ailleurs, ça n’a pas vraiment d’intérêt de créer Microsoft, si ce n’est depuis la première puissance militaire mondiale. En réalité, les États-Unis eux-mêmes auraient intérêt à avoir de l’open source plutôt que Microsoft. Ils ont intérêt à avoir du propriétaire contrôlé par des entreprises domestiques que parce qu’ils le vendent au monde entier et que c’est un État impérial. Si ce n’était que pour chez eux, ils auraient intérêt à avoir de l’open source.
Pour l’Union européenne, toute cette logique de souveraineté, de se détacher de la dépendance aux États-Unis, etc., ne passera que par le Libre et je pense que c’est quelque chose qui commence vraiment à rentrer dans la tête de beaucoup de décideurs de la Commission européenne et c’est plutôt une bonne chose. Ça rend quand même, mais ce n’est pas une surprise, la question de la politique numérique et du logiciel libre très dépendante de la géopolitique, mais ça fait partie aussi, dans une vie militante, de réaliser, de se rendre compte que beaucoup de choses dépendent de la géopolitique ! Profitons de cette opportunité pour avancer nos pions. Tous les arguments ne sont pas bons, en tout cas là, en l’occurrence, c’est un excellent argument pour la priorité au logiciel libre.

Étienne Gonnu : Absolument.
L’article pousse l’enjeu particulièrement fort de la souveraineté et de l’autonomie stratégique. Je trouve intéressante une des considérations que relève le journaliste : les enjeux de sécurité n’étaient pas satisfaisants avec Microsoft, du coup choix de passer au Libre. Il est vrai que dans le logiciel libre c’est quelque chose qu’on défend, et on doit le défendre. Comme je le disais sur l’exception pour la sécurité pour l’ouverture des codes sources, on avait plutôt tendance à se voir opposer un argument de sécurité pour ne pas ouvrir, j’ai trouvé assez intéressant et remarquable de voir que, au contraire, c’est un argument pour justifier le passage vers le logiciel libre, en tout cas ça nous change.

Magali Garnero : J’en profite. Dans l’article plusieurs suites alternatives à Office 365, qui impose un cloud, sont citées : une suite française qui s’appelle LaSuite, on connaît LaSuite.coop qui est une coopérative de coopératives. C’est assez amusant. On cite aussi la suite allemande openDesk, on cite Mijn Bureau. Bref, cet article indique plein d’autres solutions pour faire de la bureautique et je trouve que c’est bien de leur faire de la publicité, on n’en parlera jamais assez.

Étienne Gonnu : Tout à fait et qui sont des témoins de coopération. LaSuite a été développée à la base par la DINUM, la Direction interministérielle du numérique, mais je crois que maintenant elle prend son autonomie. La solution qui s’appelle openDesk est développée par l’administration allemande et on sait qu’ils travaillent pas mal ensemble. Il y a ce qu’on appelle un EDIC, un organe de mutualisation et de coopération au niveau européen qui, pour le moment je pense, a assez peu de pouvoirs, mais cela montre aussi la volonté d’avancer de manière coordonnée, mutualisée, autour du logiciel libre identifié comme un levier puissant de souveraineté, d’autonomie et de mutualisation bien sûr.

Magali Garnero : L’EDIC est un consortium, European Digital Infrastructure Consortium.

Étienne Gonnu : Parfait.

Maud Royer : Tu as raison de souligner que Microsoft 365 c’est du cloud, parce que dans les années 90, quand on achetait la suite Microsoft, on l’achetait ! C’était déjà du logiciel propriétaire, avec tous ses défauts, mais au moins le fichier qu’on éditait était sur son ordinateur, sur son matériel, et on le gardait, on ne l’envoyait pas à Microsoft pour autant. Enfin ! On ne peut jamais savoir à 100 % parce qu’on ne sait pas ce qu’il y a dans le code source, dans les données anonymisées, récoltées pour étudier le fonctionnement du logiciel on ne sait jamais ce qui part, mais les documents restaient chez soi. Là concrètement, avec Microsoft 365, ça veut dire que ça reste sur les serveurs de Microsoft, avec le CLOUD Act [Clarifying Lawful Overseas Use of Data Act] ça veut dire concrètement que les Américains ont accès à tout ce que fait l’administration. C’est quand même encore un autre niveau de difficulté.

Magali Garnero : Et pire, s’ils veulent que tu n’y aies plus accès, tu n’y accèdes plus ! Le juge Guillou pourrait sûrement témoigner de plein de choses auxquelles il n’a plus accès parce que les États-Unis ont décrété que c’est un terroriste, donc plus de carte bancaire, plus de documents, plus rien !

Étienne Gonnu : Le juge Guillou est ce juge de la Cour pénale internationale à qui de nombreux services ont été coupés, notamment bancaires, parce que dépendants de services américains, qui, comme tu l’as dit, est sur la liste des terroristes.

Magali Garnero : Et il n’y a pas que lui, ils sont neuf juges.

Étienne Gonnu : Ce qui se passe est emblématique.
Justement au sujet de cette dépendance avec le passage au cloud, nous avons fait des demandes CADA, des demandes d’accès aux documents administratifs, je ne sais plus sur quel contrat en particulier. Cette politique de Microsoft consistant à pousser vers le passage au cloud plutôt que de garder le logiciel était clairement identifiée comme un risque notamment de dépendance aux pratiques budgétaires, puisqu’on n’a plus la maîtrise en local, on est donc d’autant plus captif et plus vulnérable aux potentielles augmentations tarifaires imposées unilatéralement par l’entreprise. C’est un risque clairement identifié. Donc tant mieux que des administrations se saisissent de ce risque et en profitent pour migrer vers le logiciel libre.
Je disais qu’en France la DGFiP est plutôt en avance par rapport à d’autres administrations. J’ai partagé une interview du directeur des systèmes d’information de la DGFiP où il explique cette volonté de migrer, pas seulement la bureautique visiblement, vers du GNU/Linux. Je me suis posé la question : comment se fait-il que les impôts soient finalement en avance ? C’est peut-être juste une coïncidence. Est-ce que ce sont gens plus sérieux que d’autres, je ne sais pas ?
Sur cet aspect de migration, si vous avez un avis, faut-il commencer par la bureautique ? C’est ce que j’ai tendance à penser et j’ai l’impression que, en général, c’est par là que commencent les administrations qu’il y a une récurrence autour de cet objet informatique pour commencer.

Maud Royer : Je ne sais pas si c’est par là que commencent les administrations. Dans le cas de la DGFiP, il y a quand même beaucoup de choses qui sont internes, qui ne sont pas forcément libres, qui sont juste internes. On n’achète pas à Microsoft le code qui calcule les impôts sur le revenu de tout le monde, c’est la DGFiP qui le gère, qui le met à jour à partir de la loi. Je pense que ça dépend vraiment des administrations, il y a des administrations pour qui c’est la fin, des administrations pour qui c’est le début. En fait, la bureautique n’est le métier de personne. Faire de la bureautique n’est pas le métier de la DGFiP, c’est donc forcément un logiciel qu’on prend à un fournisseur, que ce soit un fournisseur qui fournit une suite open source, qui fournit la maintenance, ou qu’on décide, au contraire, de gérer la distribution soi-même à partir d’un logiciel libre directement, au niveau du projet, ou qu’on l’achète à Microsoft. Je pense qu’on ne voit pas la partie métiers et c’est très difficile de s’en rendre compte. Nous-mêmes ne nous rendons pas compte de ce que sont les besoins logiciels du ministère de l’Environnement, de la DGFiP, de tel ministère, etc., et on en parle moins aussi parce qu’on a souvent beaucoup moins connaissance de ces trucs qui sont vraiment de l’informatique métier, pour remplir les fonctions métiers de ces ministères, là où tout le monde partage la bureautique.

Gee : Ce que tu dis est vrai, « c’est le boulot de personne » et, en même temps, du coup, tout le monde l’utilise, tous les gens qui ont un ordinateur vont avoir, à un moment donné, un document à ouvrir, un tableur, je ne sais pas, et maintenant la bureautique est intimement liée au cloud, tout est décentralisé. Je ne sais plus comment tu avais posé ta question : est-ce que c’est plus évident de commencer par la bureautique ? En tout cas c’est un point qui devient extrêmement sensible à cause du cloud et comme tout le monde l’utilise, c’est peut-être un bon point de départ pour tout ça.
Les solutions métiers sont effectivement autre chose et je pense que la question du cloud doit beaucoup moins se poser dans ces cas-là, encore que ça doit probablement se poser aussi.
Après il faut aussi être honnête. Si on prend le truc à l’envers, qu’on se place de notre point de vue de militants/militantes du logiciel libre, c’est souvent utile qu’il existe ce genre de choses, typiquement LibreOffice, on pourrait aussi penser au navigateur Firefox. C’est-à-dire que quand on dit aux gens « vous voulez migrer sous GNU/Linux, connaissez-vous déjà LibreOffice ou Firefox ? » Tout le monde ne connaît pas, mais quand même pas de gens connaissent et ça facilite la transition. Comme ce sont des logiciels qui sont un peu universellement utilisés, le fait de commencer par là facilite la transition vers des trucs plus niche. Typiquement, déjà plein de gens ne savent même pas ce qu’est le système d’exploitation, donc avant de passer à cela, c’est effectivement bien qu’ils aient pu toucher à LibreOffice, à Firefox, à Thunderbird en client mail, ce genre de choses.

Magali Garnero : Nicolas Vivant, qui est à Échirolles, le disait. Il a monté toute une équipe d’informaticiens. Il a commencé à faire passer les gens sous des logiciels libres avant de les faire changer de système d’exploitation au renouvellement de leur machine. On s’adapte un peu sur une petite partie, sur un petit logiciel puis un autre petit logiciel, et c’est plus simple que quand on passe le pas directement pour le système d’exploitation. Je trouve que c’est une bonne idée parce que la bureautique c’est facile, ça existe, on a plein de solutions alternatives à Microsoft Office 365, bref, c’est facile à faire, alors que dès qu’on rentre dans le métier ! Typiquement en librairie un logiciel libre métier existe, je n’y suis toujours pas passée parce qu’il ne correspond pas à tous mes besoins.
Il y a beaucoup plus d’efforts à faire pour adapter des logiciels libres aux besoins de chaque administration alors qu’en bureautique je pense que tout le monde a à peu près besoin de la même chose.

Étienne Gonnu : Merci pour ce témoignage concret. D’autres remarques ? Eh bien je fais sonner la sonnette virtuelle.

[Clochette]

Vers une résilience numérique « conçue » et partagée

Étienne Gonnu : On fera peut-être une pause après.
Avec le sujet suivant, nous allons parler sécurité, d’ailleurs dans le prolongement du sujet précédent, du financement. Je pense que c’est aussi le problème, parfois il n’existe pas de solution parce qu’il n’y a pas assez d’investissement par celles et ceux qui pourraient en avoir le besoin, c’est ce qui peut soulever aussi la nécessité d’une stratégie globale. Bref. Je parle de sécurité notamment à travers un billet publié sur le Journal du Net et intitulé « Vers une résilience numérique « conçue » et partagée », qui appelle justement à faire de ce sujet de la cybersécurité un sujet politique en rappelant notamment, je cite : « Cela révèle une réalité que l’industrie connaît depuis longtemps : une grande partie de l’infrastructure numérique mondiale repose sur des briques open source maintenues par des communautés parfois très limitées. » Je fais le lien avec un sujet que Maud nous a partagé, un article très intéressant qui est en anglais, The people holding up the internet, « Les personnes qui maintiennent Internet », avec un chiffre que j’ai trouvé très parlant. Ils ont constaté que sur 23 logiciels indispensables au fonctionnement des téléphones, navigateurs et serveurs, 11 dépendent du travail de une ou deux personnes, souvent de façon bénévole, avec des exemples concrets. Ce n’est pas un sujet nouveau, mais c’est un sujet qui demeure extrêmement important, essentiel, peut-être particulièrement dans cette période un peu de chamboulement sur les questions notamment de sécurité.
Maud, pourquoi nous as-tu proposé cet article ?

Maud Royer : C’est un sujet qui revenait un peu à la discussion dans les communautés tech dans lesquelles je peux être mais qui, en fait, est un très vieux sujet, ce que t’as très bien résumé par les chiffres. Pour les nommer c’est :
la base de données des fuseaux horaires qui est maintenue par une personne bénévole à partir des décisions qu’il peut y avoir dans les différents États de la planète, « OK, on va abandonner l’heure d’été, finalement on va se mettre à une demi-heure de décalage, on va bouger d’un fuseau horaire dans le Pacifique » ou que sais-je ;
SQLite, qui est un projet de base de données locale, qui est massivement utilisé par toutes sortes de petites applications, très utilisé notamment par les applications mobiles pour sauvegarder les paramètres, sauvegarder des données en local, etc., est maintenu par une personne essentiellement. Si on regarde les contributeurs sur les dernières années, je ne sais plus quelle était la fenêtre de temps prise, quelques mois ou un an, quatre personnes en tout avaient contribué, alors que c’est un projet qui a des dizaines de millions, je ne suis pas sûre, je dis dizaines de millions, je pense que ce sont plutôt des dizaines de milliards, puisqu’on parle de dizaines d’installations sur un seul téléphone. C’est vraiment déployé continuellement partout, c’est un très vieux projet « qui ne bouge plus beaucoup », entre guillemets, donc qui ne demande pas non plus un travail de maintenance de folie.
Ce sont des gens qui font ça souvent bénévolement et le jour où ça ne marche plus, le jour où il y a une faille de sécurité, on s’aperçoit qu’Internet entier en dépend et que personne ne contribue. Mais ce n’est jamais très grave, dans le sens où c’est grave et puis ce n’est pas grave. C’est-à-dire qu’un jour il y a une grosse faille de sécurité, dans OpenSSL par exemple, librairie de chiffrement très utilisée, et on s’aperçoit qu’il n’y a pas de financement depuis dix ans dans le projet. Tout d’un coup les GAFAM sortent chacun le carnet de chèques et jettent de l’argent sur le problème et ce n’est plus un problème. C’est un peu le cycle qui se répète : on s’aperçoit, parce que ça plante un jour, qu’un truc dont on dépend n’est pas financé, alors on sort le carnet de chèques et le problème est résolu temporairement jusqu’à ce qu’il y ait un autre problème et ça marche, mais c’est triste que ça fonctionne comme ça, parce que, finalement, ce n’est que le jour où ça casse qu’on se préoccupe de la façon dont ça marche.

Étienne Gonnu : Il y a un dessin très connu par les informaticiens et informaticiennes, je l’ai partagé aussi, sur un blog qui s’appelle xkcd, peut-être l’avez-vous vu. Il y a une sorte de pile technique de briques empilées, notamment avec des grosses briques, et tout repose sur une toute petite brique. La légende du dessin dit que cette brique est maintenue par une seule personne dans son garage au Nebraska, quelque chose dans ces lignes.
L’article montre, et je trouve cela intéressant, que c’est souvent une personne qui maintient le truc depuis 20 ans. Concernant un projet, cette personne est allée en prison pour une histoire un peu triste. Du coup, pendant son séjour d’une dizaine de mois en prison, le logiciel n’était plus maintenu ! Heartbleed est un excellent exemple avec OpenSSL.

Gee : Tout à l’heure, sur les questions de sécurité nous sommes passés un peu rapidement sur le fait qu’on disait, depuis quelques années, que le propriétaire est plus sécurisé : comme le code est caché, comme on ne sait pas ce qu’il y a dedans, c’est plus sûr. En vrai, dans les principes de sécurité, cela est plutôt contredit. Par exemple, les algorithmes de chiffrement les plus sécurisés, qui sont faits pour sécuriser des transactions ou des discussions, ce genre de choses, sont en général connus et publics et ça doit juste reposer sur une clé qui est privée.
Dans le logiciel libre on a tendance à dire un peu la même chose. On a tendance à dire que les logiciels libres sont plus sûrs que les propriétaires. Comme le code est public, n’importe qui peut le regarder. Le fait d’avoir une espèce de revue de code communautaire créé de l’intelligence collective et ainsi il y a moins de chances que des problèmes passent, des choses comme ça. Du coup ça devient beaucoup moins vrai si tu n’as effectivement qu’une seule personne qui gère un code source. Personne n’est omniscient, personne n’est parfait. Tu peux laisser passer des choses qui sont mauvaises, qui sont mal fichues, en écrire parce que tu es juste un être humain et si personne, derrière, ne relit jamais ton truc, personne ne contribue, quand quelque chose déconne personne ne va même faire l’effort de venir dire « ça ne marche pas bien », du coup ces avantages supposés du logiciel libre s’écroulent un peu du fait de l’absence de communauté. C’est une des limites du truc. Au bout d’un moment ils balancent du pognon donc, forcément, des choses se passent. Ce n’est même pas forcément toujours une question monétaire, il y a vraiment une question d’énergie humaine derrière. Dans notre monde, quand tu mets de l’argent, ça permet effectivement de financer de l’énergie humaine, mais typiquement, quand ce sont des bénévoles, ce sont déjà des gens qui font parfois des choses sans rétribution financière pour tout un tas de raisons, ça peut être par passion, ça peut être parce qu’ils avaient besoin de ce truc-là à un moment donné. Ce sont des choses compliquées à appréhender. La problématique des projets qui n’ont pas de communauté, qui souffrent faute d’une communauté, est extrêmement courante dans le logiciel libre.
J’avais déjà fait une chronique, il y a assez longtemps maintenant, sur la notion de communauté. Les gens gèrent un projet et qui disent « maintenant on laisse la main, on le laisse à la communauté » me font toujours un peu rire. Parfois ça veut vraiment dire qu’on le met à la poubelle parce qu’en fait il n’y a pas de communauté derrière, il n’y a rien. C’est effectivement un truc compliqué dans le Libre.

Étienne Gonnu : Je pense juste à l’autogestion en parallèle. Le terme « communauté » est très beau, mais ce n’est pas quelque chose qui se décrète, ça s’organise, il y a des enjeux de gouvernance, d’organisation des rapports de pouvoir. C’est beau mais c’est compliqué et c’est ce qui en fait aussi la richesse.
Le financement ce n’est pas que du don. Je pense qu’on pourrait pousser les entreprises à permettre à des gens de participer sur leur temps salarié. Le problème c’est qu’on a besoin d’argent pour vivre, c’est comme cela, malheureusement, que fonctionne le monde. Il y a d’autres manières de financer, ce n’est pas que balancer du pognon, le meilleur investissement c’est le temps salarié.
Dans l’article, et c’est intéressant, on liste l’argent qui a pu être récolté sur certains projets, pour d’autres il n’y a rien du tout. Je crois même qu’un projet a récupéré 57 dollars, pourtant un projet majeur, et d’autres récupèrent des sommes qui peuvent paraître importantes, quelques centaines de milliers de dollars mais en réalité, par rapport à la place que ça occupe dans l’économie mondiale, c’est absolument insignifiant et je trouve ça assez vertigineux.

Gee : Si tu veux élargir un peu le truc, je vais encore revenir à mes marottes.

Étienne Gonnu : Je sens que tu vas critiquer le capitalisme !

Gee : Quand tu regardes n’importe quelle économie aujourd’hui, typiquement des grandes économies comme celles des grandes puissances mondiales comme les pays d’Europe – la France –, ou les États-Unis, tu as le même problématique : énormément de valeur économique est crée et repose sur énormément de travail invisibilisé et gratuit. On peut penser au travail des femmes au foyer qui bossent sans salaire. On peut penser à tous les gens qui sont considérés comme inactifs, limite comme des parasites dans certains cas – chômeurs, retraités et compagnie – qui, en fait, fournissent du travail gratuit, vont garder les enfants de salariés qui, au lieu de prendre une journée pour enfant malade, vont quand même aller bosser. C’est un peu le même principe : si tu retires tout ce travail gratuit je pense que la société s’écroule. En même temps, c’est compliqué d’aller dire aujourd’hui « ce serait bien qu’on augmente les retraites, qu’on augmente le chômage », c’est plutôt le contraire qui se passe !

Magali Garnero : C’est mal parti !

Étienne Gonnu : Pas de fatalisme, c’est aussi pour cela que les gens se mobilisent !
D’autres souhaits d’intervention ?
Je vous encourage à lire cet article, il faut maîtriser l’anglais, c’est malheureusement « le défaut », entre guillemets de cet article. Si vous maîtrisez suffisamment la langue, en bas de l’article il y a un tableau assez intéressant qui, en fonction de votre système, vous montre les dépendances pour les briques logicielles essentielles, on va dire, et ça vous montre le niveau de financement ou les besoins associés. En tout cas j’ai trouvé cette lecture très intéressante et didactique.

[Clochette]

De l’importance des standards et de la recherche publique pour bien faire fonctionner l’informatique mondiale

Étienne Gonnu : Je vais à nouveau passer la parole à Maud puisque c’est un autre article, une autre information que tu nous as partagée : « De l’importance des standards et de la recherche publique pour bien faire fonctionner l’informatique mondiale », même si on reste, quelque part, en lien direct avec le sujet précédent puisque l’article précédent prenait en premier exemple le sujet de l’uniformisation du temps UTC [Coordinated Universal Time]. Là c’est une résolution qui nous vient du Bureau international des poids et mesures.
Je te laisse la parole, ce sera plus simple.

Maud Royer : On parlait précédemment de contributions à des projets libres, type la base de données des fuseaux horaires, qui est quel pays était sur quel fuseau horaire à quel moment de l’histoire dans le passé et dans le futur aussi en tenant compte des lois qui sont mises en place, donc en actualisant. Les fuseaux horaires sont des décalages par rapport à un horaire qui est le temps universel coordonné, qui n’est pas une question logicielle mais qui est hyper important en informatique : c’est un standard, c’est-à-dire quelque chose sur lequel on se met d’accord pour pouvoir parler de la même chose.
La base de données des fuseaux horaires n’est pas un standard, c’est juste quelque chose que décident indépendamment les États, qu’on doit constater, c’est une information qu’on doit avoir pour pouvoir afficher, dans un logiciel, l’horaire correct. Le temps universel coordonné est un standard dans le sens où c’est l’heure de référence à partir de laquelle on décale le fuseau horaire, sur laquelle on se met d’accord internationalement pour travailler et ce n’est pas une évidence. Comme vous le savez peut-être, on a des années bissextiles et des années pas bissextiles, parfois on rajoute un jour parce que la Terre ne fait pas le tour du soleil exactement en 365 jours ni exactement en 365,25 jours, il ne suffit pas de le rajouter une année sur quatre, en réalité c’est un peu plus compliqué que ça ! Il faut ajouter des secondes, il faut enlever des secondes, les débuts de siècle ne sont pas des années bissextiles quand bien même ce sont des multiples de 4, etc., en réalité ça ne tombe pas du tout pile.
Le Bureau international des poids et mesures est l’organisation internationale en charge de mettre à jour le temps UTC, le temps universel coordonné, à partir de la réalité physique qu’on observe sur la vitesse à laquelle tourne la Terre ; parfois ça accélère, parfois ça ralentit un peu pour des raisons que moi-même je ne connais pas bien parce que ce n’est pas mon sujet, et qu’on ne peut même pas prévoir. C’est-à-dire qu’on ne peut même pas prévoir si dans 20 ans la Terre aura pris une seconde d’avance ou de retard par rapport aux ajustements réguliers qu’on prévoit, rajouter un jour une année sur quatre, etc.
Donc le Bureau international des poids et mesures ajoutait et enlevait des secondes au temps UTC de manière arbitraire à partir du constat de la réalité physique qu’on faisait et ensuite tout le monde s’alignait dessus. En fait, ils se sont rendu compte que ça posait des tas de problèmes. Autant ne pas savoir à l’avance quels vont être les fuseaux horaires des États, parce que les États peuvent changer de fuseau horaire en faisant une loi, ce n’est pas très grave dans le sens où si on a un logiciel dont les fuseaux horaires ne sont pas à jour, ça va afficher un mauvais horaire à un utilisateur, mais les fuseaux horaires ce n’est jamais qu’une question d’affichage, autant le temps universel coordonné c’est réellement ce avec quoi, à un plus bas niveau, on se synchronise pour savoir si, par exemple dans un système informatique, tel événement s’est passé avant ou après un autre. On ne va jamais comparer l’heure locale, on va toujours comparer le temps universel coordonné : si je veux savoir si un événement s’est passé avant ou après à deux bouts de la planète, je compare le temps universel coordonné. Et si un logiciel a été mis à jour avec la nouvelle seconde supplémentaire parce qu’on a constaté, en 2026, que finalement l’année avait pris une seconde de plus que prévu, alors qu’un autre n’a pas été mis à jour parce qu’il n’a pas de système de mise à jour automatique, je peux croire qu’un événement s’est passé après, mais en fait il s’est passé avant, juste parce qu’il y en a un qui a le temps universel coordonné à jour du décalage de 2026 et un qui a le temps universel coordonné pas coordonné justement.
Donc le Bureau international des poids et mesures a décidé, notamment parce que l’usage principal du temps universel coordonné c’est l’informatique, si ce n’était pas l’informatique ce ne serait pas un problème, qu’on arrêtait de rajouter et de supprimer des secondes en fonction de la réalité géologique observée, donc qu’on laissait dériver petit à petit le temps universel coordonné du temps géologique justement pour ne pas avoir ces problèmes qui sont un peu similaires au bug de l’an 2000, à tous les bugs de cette catégorie-là qui sont les bugs d’horaires.
Je trouve que c’est très intéressant parce que c’est une décision ultra importante pour l’informatique mondiale, pour les satellites qui, du coup, n’auront plus ces problèmes de mise à jour du temps universel coordonné, etc., et, en même temps, c’est une décision qui est prise par un nombre de personnes ridiculement petit. Les gens qui décident cela sont des experts de différents comités. Ils devaient être 15, je n’en sais rien, je dis cela au hasard, je ne sais pas combien ils étaient dans cette réunion du Bureau international des poids et mesures. Il faut bien se rendre compte que des standards aussi importants que cela, sur lesquels l’informatique mondiale repose, sont décidés dans des réunions où il y a très peu de gens, souvent ce n’est pas du tout l’objet principal de leur emploi, ou des choses comme ça, et ce standards ont pourtant des impacts très importants.
Autant je pense qu’au Bureau international des poids et mesures ce sont globalement des chercheurs d’un peu partout dans le monde, autant sur des décisions qui touchent vraiment plus à l’informatique même, des choses qui ont de l’impact sur l’informatique mais qui, en soi, sont générales, sont de plus en plus non pas des chercheurs de la recherche publique mais des salariés des GAFAM. Les standards sont de plus en plus définis par des gens qui y ont directement intérêt. En fait, il n’y a pas un représentant d’une université française, d’une université chinoise, d’une université américaine, il y a un salarié de Google, un salarié de Facebook et un salarié de..., etc., qui se mettent d’accord sur quel va être le nouveau protocole utilisé par les navigateurs.

Magali garnero : Tu viens de me déprimer.

Étienne Gonnu : Ça m’évoque un problème : je crois qu’il y avait toute cette problématique autour de l’accès au W3C qui fixe les standards du Web. On peut effectivement acheter sa place quand on finance, je pense que ça donne droit à une voix dans la décision, pour illustrer ton propos.

Étienne Gonnu : C’est un gros sujet que la place de la recherche publique, donc de la souveraineté des États dans la définition de ces standards. Depuis les débuts du Web, le nombre d’acteurs publics versus le nombre d’acteurs privés dans les organismes qui définissent ces standards n’a fait que reculer.
Je pense c’est un enjeu important qui n’est pas strictement du logiciel libre, mais c’est un enjeu démocratique important.
C’est pour cela que ça m’intéressait de soulever ce sujet, tout en rappelant qu’il y a plein d’organismes où on n’achète pas sa place et qui sont vraiment très ouverts, il suffit d’y aller. Je pense au Consortium Unicode, Unicode est aujourd’hui le standard principal qui définit la correspondance entre le binaire et le texte. Très longtemps le standard dominant a été l’ASCII, qui ne permettait de coder que des caractères anglo-saxons, il n’y a même pas les accents du français en ASCII. Unicode est un standard très international qui, bien qu’il soit centré sur l’alphabet latin, en tout cas pour l’UTF-8, permet de coder les alphabets d’un peu toutes les langues de la planète, donc on a la correspondance : une suite de 0 et de 1 fait tel caractère quand on l’affiche dans un document texte. C’est aussi ce qui définit les émojis puisque les émojis font partie de l’Unicode, les émojis sont des caractères comme les autres au même titre que votre « a », votre « e ». Le Consortium Unicode est quelque chose de très ouvert, mais peu de gens qui sont investis dedans. Pour vous donner une anecdote rigolote, je fais partie des contributrices d’un journal féministe, que j’ai cofondé, qui s’appelle Parti des femmes. Nous nous sommes aperçues que la règle pour le retour à la ligne automatique après le tiret semi-cadratin n’était pas cohérente avec la règle pour le retour automatique à la ligne après le tiret cadratin, les gros tirets qui permettent de faire des incises, que l’IA adore utiliser partout, en tout cas ce n’était pas cohérent dans le dernier standard Unicode. Nous avons donc déposé une contribution pour que ce soit mis en cohérence, en tout cas une contributrice de notre journal, qui adore les questions typographiques, a déposé une contribution et cette contribution a été adoptée sans problème, donc le dernier standard Unicode a été mis à jour grâce à la contribution bénévole d’un petit journal féministe qui regroupe une dizaine de contributrices.
C’est très facile de contribuer à ces standards, encore faut-il se rendre compte que c’est possible.

Étienne Gonnu : Il faut du temps, des compétences et savoir parler anglais qui est aussi une forme de standard.
J’ai trouvé cela très intéressant je te remercie de l’avoir partagé. Ce sont des choses qui nous paraissent très naturelles mais ça l’est pas du tout, il y a des vraies décisions. Justement sur l’aspect démocratique, ma réflexion c’est que dans une démocratie, en tout cas celle dont je rêverais, ces sujets seraient finalement des grandes décisions mondialisées, universelles, qu’on prendrait, tout le monde n’y participerait pas, mais auxquelles chacun serait invité à venir participer. Là je rêve !
J’ai lu l’abstract, je ne suis pas encore allé lire le document technique, j’essaierai d’y jeter un œil. En tout cas, Maud, merci pour ce partage.

[Clochette]

Opération Adieu Windows, bonjour le Libre

Étienne Gonnu : Je pense que ce sera le dernier sujet, c’est même sûr, on va l’aborder en deux/trois minutes et je vais laisser la parole à Booky. On va encore parler d’une forme d’anniversaire : cela fait un an que l’opération Adieu Windows, bonjour le Libre a été lancée, je pense que c’est une bonne occasion de faire le point, de rappeler en quelques mots ce que c’est. Et puis on a parlé de contextes qui ont poussé à des changements, je pense que c’en est encore un bel exemple.

Magali Garnero : Début 2025, Microsoft fait une annonce selon laquelle ils vont arrêter le support de Windows 10 en octobre. Sachant que les personnes qui ont un ordinateur sous Windows 10 auront la possibilité soit de passer sous Windows 11 avec tous les merdes fournies avec Windows 11, soit d’acheter un nouvel ordinateur. Autant vous dire qu’à l’April ça râle, plein de gens viennent nous poser des questions et ainsi de suite. Début octobre 2025, au tout début de l’automne, on a planché vraiment en 15 jours et on décide de lancer une opération qui s’appelle Adieu Windows, bonjour le Libre, ce qui me permet de faire un coucou à Jean-Christophe et Isabella qui nous ont aidé à trouver ce titre pour cette opération.
Le but de cette opération, en s’appuyant sur l’Agenda du Libre dont tu parlais tout à l’heure Étienne, c’est de rendre visibles les organisations et les événements qui vont pouvoir aider le grand public à éviter de passer sous Windows 11, à ne pas acheter de nouvel ordinateur parce que tout le monde n’a pas les moyens d’acheter un ordinateur comme ça du jour au lendemain, donc à installer des solutions libres, des distributions libres sur leur ordinateur pour le faire durer encore plus longtemps.
C’était il y a un an.
Il y a quelques mois, Microsoft a annoncé que le support de Windows 10 était prolongé plus longtemps, donc jusqu’à octobre 2027.
On peut faire un petit point sur notre opération au bout d’un an.
Si vous allez sur le site adieuwindows.april.org, vous verrez notre petit communiqué de presse et vous verrez aussi le nombre d’événements. Aujourd’hui 1818 événements sont référencés pour cette opération, sachant que beaucoup sont déjà passés, mais il y en a encore beaucoup de prévus. On a calculé à Marseille, où j’étais dernièrement, que ça faisait à peu près cinq événements par jour en un an, ce qui est assez énorme, même si la plupart ont plutôt lieu le week-end. Et surtout, on a 111 associations en France, en Belgique et en Suisse – je suis trop contente qu’il y en ait en Belgique et en Suisse, ça fait moins franco-français – qui se sont organisées pour aider le grand public à sortir de Microsoft. Sachant que la plupart des événements qui sont proposés c’est pour sortir de Microsoft ou d’Apple ou de Google ou de ce que vous voulez. Ce sont des install parties, des conférences, des permanences aussi pour aider le grand public à se libérer, délivrer.

Étienne Gonnu : Merci beaucoup pour cette présentation efficace et concise. On va bien sûr saluer tous ces bénévoles, toutes ces bénévoles qui s’engagent pour accompagner et aider les gens à passer au Libre. On n’aura pas le temps d’en parler, mais je vois un lien presque évident : du 15 au 18 octobre c’étaient les Journées Nationales de la Réparation et on sait que le logiciel libre contribue beaucoup à réparer et à garder son ordinateur quand c’est un problème logiciel. Une initiative qui était portée par nos amis de Make.org Foundation et Halte à l’Obsolescence Programmée. Le logiciel libre fait partie des éléments portés dans ces Journées Nationales de la Réparation.
L’heure de ce Café libre touche à sa fin.
Maud, Gee, Booky un gros merci pour avoir partagé ce moment avec nous.
Nous allons à présent faire une pause musicale.

[Virgule musicale]

Étienne Gonnu : Nous allons écouter Stick Together, par Cistem Failure. On se retrouve juste après pour une nouvelle chronique d’Anne L’Hôte. En attendant je vous laisse avec ce groupe.

Pause musicale : Stick Together, par Cistem Failure.

Voix off : Cause Commune, 93.1.

Étienne Gonnu : Nous venons d’écouter Stick Together, par Cistem Failure, disponible sous licence Creative Commons Partage dans les mêmes conditions, CC By SA.

[Virgule musicale]

Chronique « Libérons notre quotidien, pas après pas, app après app » d’Anne L’Hôte – « Un coffre-fort pour la cybersécurité »

Étienne Gonnu : Nous enchaînons sur notre dernier sujet. Nous allons poursuivre avec la chronique « Libérons notre quotidien, pas après pas, app après app » proposée par Anne L’Hôte, développeuse fullstack, artisanne logiciel, ingénieure données dans le Libre.
Le thème du jour, non sans lien avec les échanges que nous avons pu avoir juste avant, « Un coffre-fort pour la cybersécurité ».
Le sujet a été enregistré il y a quelques jours je vous propose de l’écouter ensemble et on se retrouve juste après.

[Virgule sonore]

Anne l’Hôte : Bonjour à toutes, bonjour à tous.
Si vous êtes cliente ou client de ManoMano, que vous écoutez de la musique en ligne sur Deezer ou SoundCloud, ou encore si vous possédez un permis de conduire français, cette chronique vous concerne. Voilà une accroche des plus larges, quel lien relie ces publics ?
Tous ont été victimes d’une fuite de données, mais cela vous concerne également, pour la même raison, si vous êtes élève ou personnel de l’Éducation nationale, cliente ou client de LDLC, un site de vente en ligne de matériel high-tech, ou encore inscrite ou inscrit à France Travail. Même l’ANSSI, notre Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information, en charge donc de notre sécurité informatique, a été compromise : 118 comptes utilisateurs de son laboratoire d’innovation ont fuité fin septembre 2026.
Tous les secteurs d’activité sont concernés : commerce, finance, industrie, médias, secteur public, recherche, santé, services, et tous les types de données fuitent, avec, par ordre de fréquence : identité, coordonnées, documents, données financières, mots de passe, données de santé, géolocalisation, etc.
Je vais donc vous faire la liste des sites et services en ligne que vous pouvez utiliser en toute confiance, sans craindre une fuite de données.

Bref, en clair toute donnée, dès lors qu’elle est numérique, est potentiellement compromise.

Plusieurs sites web indépendants visent à recenser les fuites de données impactant la France. De telles listes se revendiquent d’intérêt public. En effet, révéler les menaces d’aujourd’hui permet d’anticiper celles de demain et ainsi de mieux se protéger. Vous pouvez donc les consulter sur cyberattaque.org, frenchbreaches.com ou fuitesinfos.fr. Le regretté francepassoire.com proposait une page « Se protéger » qui pointait vers des services en ligne pour tester si votre mot de passe, votre adresse e-mail, votre numéro de téléphone et vos nom et adresse avaient fuité. Autant je ne me sens pas trop en confiance pour y tester mes mots de passe, autant j’ai utilisé le service proposé pour tester mon adresse e-mail.
Selon le site haveibeenpwned.com, dont vous trouverez le lien dans les références de l’épisode, mon adresse e-mail est mentionnée dans 16 fuites de données, parmi lesquelles celle de Free, mon fournisseur d’accès à Internet, InternetArchive, un site sur lequel j’ai versé des documents d’archive de la politique française, ou encore LinkedIn un réseau social professionnel. Pour ces trois fuites de données uniquement ont fuité : mes nom et prénom, mon genre, ma date de naissance, mon numéro de téléphone, mon RIB, mon adresse postale et bien sûr mon adresse e-mail, mon nom d’utilisateur et mon mot de passe.

Cette longue introduction pour vous dire que personne ni aucune donnée n’est à l’abri. Il est donc nécessaire de respecter des règles minimales de sécurité numérique.

L’ANSSI, dont je vous parlais précédemment, propose 10 règles d’or sur le sujet parmi lesquelles « Protégez vos accès par une authentification double-facteur lorsque c’est possible, ou a minima par des mots de passe robustes ». On sait que l’authentification double-facteur, vous savez quand vous recevez ce code à six chiffres par e-mail, par texto ou via une application dédiée, n’est pas disponible sur tous les services web et parfois un peu lourde à gérer. Mais le minima devient alors de choisir un mot de passe complexe et différent pour chaque type d’accès. Alors bien sûr, vous pouvez essayer de les mémoriser tous, mais, pour ma part, j’ai déjà du mal à me souvenir des quatre chiffres du digicode de chez moi. Pas de panique, pour suppléer notre mémoire défaillante, il existe des coffre-forts de mots de passe qui permettent à la fois de stocker nos mots de passe mais également d’en générer de manière aléatoire, le tout de façon sécurisée.
Peut-être que certains d’entre vous connaissent LastPass, 1Password ou Bitwarden, des coffres-forts propriétaires.
Mais bien sûr, la grande communauté du Libre, et plus précisément Dimitri Witkowski, nous propose depuis 2016 une alternative open source nommée KeeWeb. KeeWeb s’inspire d’un autre logiciel, lui aussi libre, nommé KeePass. KeeWeb existe en version web ou en application pour Windows, MacOS et Linux. Son code source, en JavaScript, est partagé sur la plate-forme GitHub sous licence MIT et y a récolté 13 000 étoiles !
Concrètement, KeeWeb est une application qui va vous permettre de stocker vos mots de passe. Vous pourrez en ajouter, en supprimer, et les nommer, par exemple « April ». En plus du mot de passe, vous pouvez ajouter le site web correspondant, april.org, ainsi que des notes, des tags, par exemple « logiciel libre », une date d’expiration et également d’autres informations libres.
Le mot de passe peut-être généré par KeeWeb selon des règles syntaxiques que vous lui précisez : présence ou absence de chiffres, de majuscules, de caractères spéciaux, etc. Tout ceci est stocké dans un fichier dont l’extension est KDBX. Ce fichier est chiffré et un mot de passe vous sera demandé chaque fois que vous souhaiterez l’ouvrir. Par contre, il ne faut pas oublier ce mot de passe ! D’accord ! Mais il est toujours difficile de recopier ces mots de passe complexes à la main. Voilà donc le moment où la magie du Libre opère à nouveau, car de nombreux plugins et extensions ont été développés par la communauté pour utiliser ce porte-feuille de mots de passe. Pour ma part, j’utilise keepass2android. De cette façon, je peux retrouver sur mon smartphone mes mots de passe. Et vous vous en doutez, mon fichier de mots de passe KDBX est déposé sur le nuage pour se synchroniser entre mes différents appareils.
De nombreux services de stockage en ligne sont supportés : WebDAV, Dropbox, Google Drive et OneDrive. Il existe également des extensions pour intégrer ces mots de passe à votre navigateur web.

Vous pouvez maintenant remplacer 1Password, Bitwarden ou même ce tableau déposé sur le bureau de votre ordinateur et négligemment nommé « mots-de-passe ». Par cette occasion, vous augmenterez la protection de votre vie numérique.

Merci à toutes et merci à tous pour votre écoute et à bientôt pour continuer à libérer notre quotidien !

[Virgule sonore]

Étienne Gonnu : Nous sommes de retour sur radio Cause Commune.
C’était la chronique « Libérons notre quotidien, pas après pas, app après app » d’Anne L’Hôte.

On termine vraiment en urgence, j’ai mal géré mon temps, j’en suis désolé.

Quoi de Libre ? Actualités et annonces concernant l’April et le monde du Libre

Étienne Gonnu : Un grand merci à toutes les personnes qui ont contribué à l’émission.
On se retrouve mardi prochain, mardi 27 octobre 2026, j’aurai le plaisir de recevoir l’association HOP, Halte à l’Obsolescence Programmée.

Générique de fin d’émission : Wesh Tone par Realaze.

Média d’origine

Titre :

Émission Libre à vous ! diffusée mardi 20 octobre 2026 sur radio Cause Commune

Personne⋅s :
- Anne L’Hôte - Étienne Gonnu - Gee - Magali Garnero alias Bookynette - Maud Royer
Source :

Podcast

Lieu :

Radio Cause Commune

Date :
Durée :

1 h 30 min

Autres liens :

Page de présentation de l’émission

Licence :
Verbatim
Crédits des visuels :

Bannière de l’émission Libre à vous ! de Antoine Bardelli, disponible selon les termes de, au moins, une des licences suivantes : licence CC BY-SA 2.0 FR ou supérieure ; licence Art Libre 1.3 ou supérieure et General Free Documentation License V1.3 ou supérieure.
Logo de la radio Cause Commune utilisé avec l’aimable autorisation d’Olivier Grieco, directeur d’antenne de la radio.

Avertissement : Transcription réalisée par nos soins, fidèle aux propos des intervenant⋅e⋅s mais rendant le discours fluide. Les positions exprimées sont celles des personnes qui interviennent et ne rejoignent pas nécessairement celles de l'April, qui ne sera en aucun cas tenue responsable de leurs propos.