Émission Libre à vous ! diffusée mardi 20 janvier 2026 sur radio Cause Commune Sujet principal : Parcours libriste avec Booteille


Voix off : Libre à vous !, l’émission pour comprendre et agir avec l’April, l’association de promotion et de défense du logiciel libre.

Frédéric Couchet : Bonjour à toutes, bonjour à tous dans Libre à vous !. C’est le moment que vous avez choisi pour vous offrir une heure trente d’informations et d’échanges sur les libertés informatiques et également de la musique libre.
Parcours libriste de Booteille, ce sera le sujet principal de l’émission du jour, l’occasion d’en savoir plus sur ce membre éminent de l’association Framasoft. Avec également au programme la chronique de Florence Chabanois intitulée « Où sont les femmes* ? », avec un petit astérisque au niveau de « femmes ». Et, en fin d’émission la chronique de Gee, « Mes excuses à Flatpak ».

Soyez les bienvenu·es pour cette nouvelle édition de Libre à vous !, l’émission qui vous raconte les libertés informatiques, proposée par l’April, l’association de promotion et de défense du logiciel libre.
Je suis Frédéric Couchet, le délégué général de l’April.

Le site web de l’émission c’est libreavous.org. Vous pouvez y trouver une page consacrée à l’émission du jour avec tous les liens et références utiles et également les moyens de nous contacter.

Nous sommes mardi 20 janvier 2026.
Nous ne diffusons pas tout à fait en direct sur radio Cause Commune, il y a en effet un problème sur les ondes ce mardi. L’émission est donc enregistrée dans les conditions du direct.

Nous saluons également les personnes qui nous écoutent sur la webradio radio Cigaloun, radio Broussaille, ainsi que sur les radios FM, Radios Libres en Périgord et Radio Quetsch.

À la réalisation de l’émission, la présidente de l’April en personne, Bookynette. Bonsoir Booky.

Bookynette : Salut tout le monde.

Frédéric Couchet : Salut Booky.
Nous vous souhaitons une excellente écoute.

[Jingle]

Chronique « F/H/X » de Florence Chabanois – « Où sont les femmes* ? »

Frédéric Couchet : Nous allons commencer par la chronique « F/H/X » de Florence Chabanois, présidente La Place des Grenouilles. Statistiques éclairantes, expériences individuelles et conseils concrets : votre rendez-vous mensuel pour comprendre et agir en faveur de l’égalité des genres.
Le titre la chronique du jour est « Où sont les femmes* ? », avec un astérisque à côté de « femmes ». Je précise que le site de La Place des Grenouilles est lapdg.fr. On va écouter la chronique et on se retrouve juste après.

[Virgule sonore]

Florence Chabanois : « Ah, mais on ne les refuse pas, ce sont elles qui ne viennent pas ! ». C’est ce qu’on m’a répondu lorsque j’ai expliqué à une connaissance pourquoi je ne voulais pas aller voir son concert avec 15 musiciens, 100 % masculin, sur scène. C’est aussi ma réaction face aux conférences tech avec 30 speakers hommes et une seule femme speaker… sur la diversité, bien sûr ! En gros, on la fait venir au dernier moment pour parler d’un sujet dont elle est elle-même une cible. Sa présence apparaît comme une anomalie au lieu d’être légitime comme les autres. À quoi ça sert qu’elle dise qu’il faut parler en inclusif si tous les autres parlent au masculin ?
Curieux, comme il y a facilement beaucoup de femmes à certaines conférences par rapport à d’autres, alors qu’elles sont toutes les deux tech. Non ? Ou dans des écoles informatiques par rapport à d’autres ? Ou des personnes en situation de handicap dans certaines plus que d’autres ? Par quelle magie ?
Est-ce que vous prenez la ligne 14 à Paris ? Moi, pas tant que ça ! Mais quand c’est le cas, je remarque vite quelque chose : je croise bien plus de personnes en fauteuil roulant autour des stations qui la desservent. En fait, les soi-disant « minorités » vont là où elles peuvent aller et où elles n’auront pas à se « battre » pour exister et se faire entendre. Le terme « minorité » est d’ailleurs très relatif.
D’autres fois, les femmes sont là, mais on ne les rend pas visibles. Comme dans les entreprises, ou même dans des secteurs très féminins, comme l’éducation ou la santé, où ce sont des hommes à la tête de la hiérarchie.
Le milieu du Libre ne fait pas exception, le taux de femmes y est encore plus bas que pour la tech au global. Comme je le disais dans la gazette 8, Le Lama déchaîné, est-ce qu’on peut parler de logiciel libre, d’un monde libre s’il se fait sans la moitié de la population ?
OK, et comment fait-on pour y remédier, en tant qu’organisation ou contributeurice ? Voici neuf pistes d’actions concrètes.

  1. D’abord, on crée un cadre protecteur et inclusif
    Ne pas juste « dire » que c’est important, mais « montrer » que c’est important par des actions concrètes.
      1. Mettre en place un code de conduite. Coraline Ada Ehmke a créé le Contributor Covenant, utilisé par 40 000 projets open source dont Linux par exemple.
      2. Prévoir des sanctions en cas de dérive et les appliquer. Un code de conduite sans application ne sert à rien !
      3. Mettre en place un dispositif de signalement clair et accessible.
      4. Se protéger de ses propres biais, car ils s’immiscent partout.
    • Anonymisez les contributions lors des revues pour éviter les biais d’évaluation.
    • Désignez des vigies, des garde-fous.
    • Assurez-vous de la diversité des profils dans les décisions.
  2. Deuxièmement, on travaille la communication

    • Utilisez des formulations inclusives qui s’adressent réellement à tout le monde. Évitez les formules type « les gars » ou « guys » par défaut ; implémentez un bot qui complète avec du féminin ou les remplace avec de l’épicène.
    • Dans vos supports visuels, privilégiez des images diversifiées. Mettez en avant des protagonistes féminins pour contrebalancer un historique probablement masculin.
    • Nommez les comportements problématiques que vous voulez éviter : bropriating, hepeating, manterrupting, les nommer aide à les identifier et les corriger. Dites comment vous comptez y remédier concrètement. Par exemple : affichez les temps de parole mesurés par Jitsi Meet, dans chaque compte-rendu de réunion, pour limiter le manspreading.
    • Ne propagez pas de stéréotypes du type « les femmes sont les pires entre elles », « les hommes sont comme ça », « c’est le lot des filles jolies ». Ces phrases nourrissent le patriarcat et la culture du viol.
  3. Troisièmement, on rend les femmes visibles
    • Citez les femmes par leur nom ET leur prénom.
    • Attribuez-leur publiquement leurs accomplissements, même si elles ne se mettent pas en avant. Pourquoi ? Parce que nous avons un problème de mémoire collective. Quand on parle d’Apple, on pense à Steve Jobs ; quand on parle d’open source, on pense à Stallman, alors que c’est Christine Peterson qui a inventé le terme open source ; quand on parle de Repair Café, on ne pense à personne, c’est du Saint-Esprit, alors que c’est Martine Postma qui l’a créé. Les femmes sont socialisées à ne pas se mettre en avant, et nous sommes socialisés à moins les voir. Leur rendre de la visibilité inspire d’autres femmes qui se disent qu’elles aussi ont leur place ici.
  4. Quatrièmement, on valorise toutes les formes de contribution
    • Reconnaissez que coder n’est pas la seule contribution valable : documentation, design, traduction, animation de communauté, modération, tout compte.
    • Valorisez autant les compétences dites féminines que masculines, quoi que « féminine » ou « masculine » veuille dire pour vous.
    • Proposez des petits points d’entrée : des tâches courtes, bien délimitées, comme corriger les fautes d’orthographe, pour permettre aux nouvelles personnes de tester sans engagement.
  5. Cinquièmement, on favorise des réunions équitables
    • Garantissez que tout le monde puisse s’exprimer. Faites des tours de table complets au lieu de laisser la parole à qui la prend spontanément. Sollicitez explicitement les avis. Pourquoi ? Les hommes sont éduqués à prendre la parole et demander, alors que les femmes ont éduquées à s’adapter et à prendre peu de place.
    • Créez des espaces communautaires pour que certains sujets puissent facilement être évoqués sans crainte de ne pas être crue ou comprise. Facilitez les systèmes de mentorat pour la même raison.
  6. Sixièmement, on partage la charge de l’inclusivité
    • Ne faites pas des personnes concernées les porte-paroles automatiques de leur cause. Ce n’est pas leur rôle.
    • Au quotidien, ne laissez pas les femmes gérer seules les problèmes liés à leur genre.
    • Mettez en place des outils pour ne pas faire peser cette charge uniquement sur les personnes concernées, en permettant leur visibilité et leur remontée par exemple.
    • Pour en avoir conscience et les identifier, éduquez-vous sur les statistiques : cyberharcèlement, interruptions, occupation d’espace. Par exemple, les femmes sont 20 % moins susceptibles que les hommes d’utiliser Internet, mais 27 fois plus susceptibles d’être victimes de harcèlement ou de discours de haine en ligne.
    • Comprenez le syndrome de la bonne élève, l’aversion au conflit, la charge du care qui pèse sur elles.
    • Prenez, vous aussi, les tâches ingrates pour qu’elles soient mieux réparties et moins ingrates.
    • N’attendez pas qu’une modération réagisse. Si vous voyez un comportement problématique, réagissez vous-même, en votre nom.
    • Signalez, montrez du soutien, écoutez. Arrêtons de présumer que les femmes mentent quand elles témoignent de discriminations.
  7. Septièmement, on mesure pour progresser
    • Fixez des objectifs chiffrés. Cela oblige à compter et à définir des étapes. Les diversity reports des entreprises les ont aidées à progresser sur ces sujets, avant qu’ils ne disparaissent avec le retour de Trump.
    • Mesurez régulièrement vos progrès avec des sondages genrés et par profil.
  8. Ensuite, on pense la diversité de manière intersectionnelle
    • Cassez le cliché du groupe homogène. Vous savez, le profil type de 75 % des héros de blockbusters, les HSBC, c’est-à-dire homme, hétéro, cisgenre. Diversifier consciemment les profils change la dynamique : on ne rejoint plus « un groupe de mecs blancs », mais « un groupe diversifié ».
    • Pour autant, évitez le syndrome de la Schtroumpfette où « femme » est une catégorie à part. Un groupe avec un homme noir, un homme handicapé, un homme gay, cinq hommes blancs et une femme, ce n’est pas de la diversité.
    • Arrêtons d’oublier les femmes dès qu’on traite un autre sujet important et restons inclusifs en genre, sur le langage notamment, quel que soit le sujet traité : transition écologique, LGBTQIA+, logiciels libres.
  9. Enfin, pour que ce soit durable, il faut s’éduquer concrètement et faciliter cette éducation
    • Formez-vous et formez votre communauté : proposez des liens vers des MOOC traitant les biais de genre, des formations aux violences sexistes et sexuelles dans votre code de conduite et à d’autres occasions.
    • Renseignez-vous sur les vécus des femmes dans votre milieu. Vous pouvez même créer un pseudo féminin pour expérimenter la différence de traitement.
    • Prenez conscience des inégalités de temps libre, surtout dans les couples hétéros avec enfants. Mesurez le temps libre dont chacun et chacune dispose par semaine. Si vous prenez vraiment votre part du travail domestique, votre partenaire aura peut-être envie, iel aussi, de contribuer au Libre.

Cela vous laisse de quoi faire !
La prochaine fois, nous reviendrons sur des tentatives réelles d’organisations pour féminiser leurs effectifs et contributeurices et ce qu’elles ont donné.
Au revoir les copaines !

[Virgule sonore]

Frédéric Couchet : Comme vous avez compris, la chronique de Florence était enregistrée. Nous aurons le plaisir de la retrouver en direct le mois prochain.
La chronique était intitulée « Où sont les femmes* ? ». Je vous précise que les références sont sur la page consacrée à l’émission du jour, sur libreavous.org/266, car c’est le 266e épisode, ou sur le site causecommune.fr ou encore dans les notes de l’épisode si vous nous écoutez en podcast.
Nous allons faire une pause musicale.

[Virgule musicale]

Frédéric Couchet : Après la pause musicale nous parlerons du parcours libriste de Booteille, un sujet animé par Gee.
En attendant, nous allons écouter Peau Rouge, par Les Gueules Noires. On se retrouve dans trois minutes. Belle journée à l’écoute de Cause Commune, la voix des possibles.

Pause musicale : Peau Rouge, par Les Gueules Noires.

Voix off : Cause Commune, 93.1.

Frédéric Couchet : Je suis sûr que vous avez bougé comme nous au studio et je suis sûr que cette musique a fait plaisir aux deux personnes qui sont à côté de moi pour le sujet suivant.
Nous avons écouté Peau Rouge, par Les Gueules Noires, disponible sous licence libre Creative Commons Attribution, CC By 3.0.

[Jingle]

Frédéric Couchet : Nous allons passer au sujet suivant.

Parcours libriste avec Booteille

Frédéric Couchet : Nous allons poursuivre par notre sujet principal qui est un Parcours libriste, le parcours libriste de Booteille. Un Parcours libriste, c’est l’interview d’une seule personne pour parler de son parcours personnel, professionnel, un parcours individuel, certes, mais qui va être, bien sûr, l’occasion de partager messages, suggestions et autres.
Le sujet va être animé par celui que vous connaissez toutes et tous, Gee, qui fera ensuite sa chronique, en plus, car il est multitâche. Je vous laisse, Gee et Booteille.

Gee : Bonjour tout le monde et bienvenue à Booteille sur cette radio.
Booteille, pour vous le présenter, a 32 ans et, quand on le voit arriver dans un libriste, il a souvent tendance à détonner un petit peu. Il n’est pas vraiment dans le cliché qu’on s’imagine des libristes. Il est barbu, on a le cliché des barbus, mais c’est à peu près la seule chose qui est commune avec les autres. Sinon, vous le verrez souvent avec des dreadlocks, en sarouel, il marche souvent pieds nus. Là, à Paris, en janvier, il a quand même fait l’effort de mettre des sandales parce qu’il tient ses orteils ! Je précise aussi que c’est un bon ami, donc, ne vous étonnez pas si je le tutoie et je l’appelle par son pseudo, son prénom c’est Gaétan, mais on va l’appeler Booteille.
Je voulais l’inviter parce qu’il a un parcours assez atypique et on va voir comment il est venu au logiciel libre en commençant assez tôt dans l’informatique, mais dans un domaine qui n’était pas du tout libre, même pas du tout éthique j’ai envie de dire.

Booteille : Oui c’est ça. Déjà bonjour tout le monde.
Mon parcours est effectivement un peu particulier. Quand j’étais gamin, j’étais comme beaucoup de gamins, pas très à l’aise avec la société, c’est-à-dire passionné de jeux vidéo, j’ai donc passé beaucoup de temps derrière mon ordinateur à découvrir tout jeu vidéo accessible, genre, quand j’ai commencé à jouer à World of Warcraft je devais avoir dix ans, ce genre de chose.
Une des premières portes d’entrée vers l’informatique à proprement parler, notamment le Libre, ça a été quand je devais avoir à peu près 13 ans, j’étais au collège, j’étais assez intéressé par les mangas, notamment les animés en ligne, et j’avais cherché à regarder des animés en ligne sur un site qui s’appelait, à l’époque, streaming-scan-manga.com. J’ai donc commencé à regarder plein d’animés et tout ça et, sur ce site, il y avait un petit chat sur lequel on pouvait communiquer. J’ai commencé à échanger avec les gens de ce site-là, puis à me lier tranquillement d’amitié avec l’administrateur du site. Je lui ai donc filé un coup de main sur le forum, en phpDV à l’époque, à la grande époque des forums, puis je suis devenu administrateur du forum, puis coadministrateur.

Gee : Juste pour resituer, tu avais à peu près dans les 13 ans, on était donc aux alentours de 2006. Pour les gens qui n’ont pas forcément connu la grande époque des forums justement.

Booteille : C’est ça, je dirais que c’était à peu près 2006/2007. Du coup, j’étais administrateur du forum et, à un moment, je voulais l’aider, contribuer sur son site internet, à faire moi aussi des fiches pour les mangas, rendre accessible tout ça à tout le monde. La personne qui gérait le site m’a dit « pour ça, il faut que tu apprennes à programmer, il faut au moins que tu apprennes le HTML et les CSS ». J’ai donc découvert le Site du Zéro, aujourd’hui OpenClassrooms, autrefois le Site du Zéro, et c’est là que j’ai appris à programmer, d’abord HTML/CSS et aussi un petit peu en C. Je me souviens que quand j’étais ado, en cours de troisième, je m’entraînais sur mon cahier à faire des programmes que j’avais appris la veille.

Gee : Maintenant que j’y pense, je pense que j’ai découvert le C exactement à la même époque et sur le même site. On a dû faire le même tuto à l’époque. Pour moi, c’était à mon entrée en prépa en 2008, mais c’est ça.

Booteille : Je pense sincèrement que toute notre génération a été largement influencée par le Site du Zéro et si autant de personnes ont aujourd’hui des compétences techniques et pas seulement en programmation – je me souviens que j’avais lu tout le tuto sur le réseau, j’avais appris comment fonctionne un réseau informatique grâce à ça –, je pense qu’elles le doivent vraiment au Site du Zéro, à cette dimension qui est de partager les savoirs, les rendre accessibles à tout le monde, avec aussi une approche de la pédagogie qui est « tout le monde ne sait pas forcément utiliser un clavier ou une souris, on va partir de zéro et accompagner les personnes dans leur apprentissage. »

Gee : OK. Donc, à partir de ce moment-là tu montes un petit peu en compétences, justement sur tout ce qui est informatique, tu contribues un petit peu à ce site en question ?

Booteille : C’est ça. Au début, c’était vraiment du HTML/CSS, mais on a monté ensuite un projet de lecture en ligne de mangas et là c’était en PHP. Je me suis donc mis à apprendre le PHP pour pouvoir être « collaborateur », entre guillemets, sur ce projet-là et, au final, je crois que j’ai tenu ce site internet pendant sept ans, parce que c’était mon moyen principal de rémunération grâce à la publicité.

Gee : C’était un site de lecture de mangas, donc des choses que tu récupérais de manière complètement illégale. C’est ça ?

Booteille : Oui, le site était totalement illégal, on fouillait sur Internet. Comment ça marchait ? Au Japon, des personnes scannaient les mangas qui venaient d’être diffusés. Ensuite, un peu partout dans le monde, des personnes traduisaient en anglais ces images scannées, avec Photoshop, elles repassaient sur les bulles et tout ça. Ensuite, en France, des personnes récupéraient la plupart du temps les scans traduits en anglais pour les traduire en français et les proposer sur leur site, c’était du scantrad, il y avait des équipes de scantrad et mon site était un des premiers gros sites de diffusion à l’époque de tout ça.
On n’avait pas forcément une grande éthique à l’époque, c’est-à-dire qu’on ne demandait pas la permission pour rediffuser, on se disait « de toute façon, c’est illégal ». Il y avait aussi l’aspect pécuniaire, parce que, derrière, on pouvait mettre de la publicité et, au début, c’était celle de Google, pour gagner énormément d’argent : j’avais 17 ans, je me faisais 2000 balles par mois, j’étais le roi du pétrole !
Pour l’anecdote sur la publicité, Google nous a envoyé un message disant « vous avez un site illégal », donc on arrête et, quelques années plus tard, un gars m’appelle d’Irlande « salut, je suis Matthieu de chez Google, on adorerait pouvoir collaborer avec vous. » Quand je lui ai dit que le site était illégal, il m’a dit « ah, OK, je reviens vers vous ! »

Gee : Ça n’a pas fermé la porte, ça l’a déplacée. OK.
Donc 17 ans, tu es encore relativement jeune et tu gagnes déjà pas mal d’argent avec de la pub. Je prends le point de vue du libriste : des contenus sans respect du droit d’auteur et financés par la publicité de Google, c’est un peu l’exact opposé de ce qu’on défendrait, en tout cas au sein de l’April. Comment passes-tu à « autre chose », entre guillemets, parce que tu as dit que ça avait duré assez longtemps, ça a duré à peu près sept ans ? Qu’est-ce qui fait que ça change ?

Booteille : Ce qui fait que ça chang ? En fait, il y a un processus assez long. Déjà je me souviens que j’ai été sensible à la question d’Hadopi [Haute Autorité pour la diffusion des œuvres et la protection des droits sur Internet] à l’époque où La Quadrature du Net faisait pas mal de bruit et je me souviens avoir diffusé un message sur mon site pour dire « Votez contre Hadopi » et m’être fait incendier, on m’a dit « je suis sur un site de mangas, ce n’est pas pour lire de la politique ! ». Une sensibilisation commençait déjà par là et c’est surtout la rencontre, encore une fois sur le chat de mon site, d’une personne que je n’ai jamais connue, je ne connais que son pseudonyme, pas son identité, plus ou moins son âge, quelqu’un de très discret, nous aimions beaucoup échanger sur plein de choses, nous aimions beaucoup la musique classique tous les deux et, à un moment, je lui ai envoyé un lien YouTube vers un morceau de musique classique que je voulais qu’il écoute. Là, il me dit : « Non désolé, je n’écoute pas YouTube ! – Comment ça, tu n’écoutes pas YouTube ! Tout le monde écoute YouTube, tout le monde utilise YouTube ! – Je n’utilise pas YouTube pas parce que Google, une politique qui entraîne le clivage notamment via les commentaires ». En fait, il m’a expliqué tranquillement tout le principe délétère autour des algorithmes et il m’a dit « si le sujet t’intéresse, regarde cette conférence. »

Gee : Pour le contexte, en quelle année est-on à peu près ? On est beaucoup plus tard.

Booteille : Je devais avoir à peu près 20 ans, je pense que c’est donc il y a 12 ans, 12/13 ans, entre mes 19 et mes 20 ans.

Gee : En 2014, quelque chose comme ça.

Booteille : Oui, 2014/2015. La conférence qu’il m’a recommandée c’est une conférence d’une personne que je vais rencontrer plus tard, c’était une conférence de Pyg, Pierre-Yves Gosset, anciennement directeur de Framasoft et aujourd’hui chef des services numériques pour Framasoft. Il faisait une conférence « Comment dégoogliser Internet ». Je regarde la conférence et je me dis « putain, il a vraiment raison du début à la fin ! ». Je me souviens d’une phrase qui m’a marqué, qui est anecdotique pour plein de personnes, il disait « à Framasoft, on essaie de bien se payer parce qu’on ne comprend pas pourquoi on devrait être sous-payés sous prétexte qu’on fait des choses qui sont utiles pour la société. »

Gee : Et dans l’associatif. Dans l’associatif, les salaires sont souvent bas.

Booteille : Oui, extrêmement bas. Du coup, tout ce discours-là m’a parlé et j’ai commencé à creuser le sujet. Suite à la conférence de Pyg, j’ai commencé à vraiment lire plein d’articles de presse, j’ai découvert Seb Sauvage qui fait une veille qui est vachement intéressante et, petit à petit, j’ai commencé à emmagasiner un certain nombre de connaissances autour du numérique et des enjeux du numérique, pour, au final, décider carrément, quelques années plus tard, de me séparer de mon smartphone. Je lis une étude, celle de trop je pense, si je me souviens bien c’était en 2007/2008, mais c’est peut-être 2010, je confonds pas mal de dates, qui dit que des chercheurs et des chercheuses avaient réussi à montrer, avec les premiers iPhone, qu’on pouvait retrouver, avec 80 % de précision, si je me souviens bien, les touches tapées au clavier juste en utilisant les capteurs su smartphone si on les posait à côté du clavier.

Gee : D’accord ! Je n’ai pas entendu ça !

Booteille : Je suis tombé là-dessus, j’étais avec mon smartphone dans les mains, face à mon mur et je vous jure, je me suis demandé « qu’est-ce que je fais ? Je l’explose contre ce mur ou quoi ? ». Finalement, j’ai décidé de le revendre pour pas cher à ma cousine qui voulait en acheter un neuf, et j’ai passé trois ans sans smartphone après ça, libéré-délivré, comme on peut dire.

Gee : Donc, à ce moment-là, tu commences clairement à avoir une conscience des enjeux autour des libertés numériques, tout ça et, dans le même temps, tu es toujours payé par la pub de Google !

Booteille : Ce n’est plus celle de Google. Il faut savoir qu’entre-temps Google nous a dit « ciao », du coup on mettait les publicités d’autres régies, les grosses régies françaises à l’époque. On commence à mettre de plus en plus de bannières dynamiques qui s’affichent et qui changent en fonction du site.

Gee : On a connu ça avec les pages Lycos, c’était un peu la course à l’armement, il y en a de plus en plus, il y a de moins en moins de contenu. C’était ça aussi.

Booteille : Exactement. La difficulté c’était que Google payait énormément au début, mais Google nous a dit « ciao » et tous les autres nous demandaient un rendement monstrueux pour avoir à peu près les mêmes rémunérations. On a donc commencé à mettre du pop-up, on a commencé à mettre de la bannière, vraiment l’enfer sur terre. J’avais ce discours à l’époque « oui, la publicité c’est peut-être de la merde, mais, en même temps, ça sert un petit peu selon le contexte et tout. » Autant vous dire que j’en suis revenu ! Avec ma politisation qui a commencé à se faire, notamment le fait que je n’étais plus vraiment à l’aise avec le fait de vivre de la publicité, j’ai commencé à abandonner le fait de mettre du contenu sur mon site, en fait, j’ai progressivement abandonné mon site. Quand j’ai fini par trouver un taf de quelques mois, qui allait me permettre de payer mon loyer, j’ai décidé de virer toutes les publicités, de créer une archive des milliers de mangas qu’il y avait sur mon site et j’ai écrit un message disant « 1er janvier j’arrête tout, faites-vous plaisir » et puis basta.

Frédéric Couchet : Juste une petite question : le site est-il encore en ligne ?

Booteille : Non, le site a été arrêté puisque j’ai arrêté de le payer. Mon ancien collaborateur, je sais pas comment le décrire, coadministrateur, m’avait demandé le nom de domaine à un moment et je crois qu’il s’est mis à le réutiliser, mais je n’en suis pas sûr.

Frédéric Couchet : D’accord.

Gee : Il y a quand même toujours ces problématiques de dilemme entre nos propres convictions et le fait de devoir manger et d’avoir un toit sur la tête. Donc, quand tu te prives des revenus de la pub, qu’est-ce que tu fais ?

Booteille : Là, c’est un peu particulier. Dans mon parcours, il y a quelque chose de très fort, je crois que j’ai un rapport à l’injustice qui est particulier : le monde m’est un peu insupportable, j’ai une rage intérieure qui est extrêmement forte. Le contrecoup de tout ça, depuis je suis sorti de ma dépression, on va dire vers mes 18/19 ans, je souhaite vraiment transformer cette énergie un peu de rage qui est en moi et la mettre dans quelque chose de constructif et tout ça.
Le 1er janvier 2014, lendemain d’une grosse beuverie, j’avais décidé et j’annonce à mes potes qui étaient là, on allait prendre le train le jour de l’an dans la région de Bourges, dans le Cher, « en 2017, je me casse. Je vends toutes mes affaires, je dis adieu à tout le monde, je prends mon sac à dos et je vais chercher des solutions pour rééquilibrer nos sociétés. Comment faire en sorte que tout le monde puisse apprécier sa vie. » Du coup, j’arrête mon site le 1er 2017.
À partir du 14 novembre 2016, je m’en souviens parce que c’est la date de l’anniversaire de ma sœur, j’ai commencé un volontariat en service civique pour une association dans laquelle je suis encore, qui s’appelle Les Petits Débrouillards, qui fait de la vulgarisation des sciences auprès du public et, du coup, j’ai commencé à faire de l’animation scientifique avec Les Petits Débrouillards. Pourquoi un service civique ? Je voulais gagner le moins d’argent possible !

Gee : Ce n’est quand même pas tous les jours qu’on entend ce genre de phrase !

Booteille : En fait, j’avais suffisamment pour mon voyage, je ne voulais pas partir avec trop parce que je voulais vraiment me mettre dans la place des personnes qui n’ont pas de filet de sécurité, qui ont peu pour pouvoir faire. Je voulais partir à pied avec vraiment pas beaucoup d’argent.

Gee : Vœu de pauvreté !

Booteille : On peut dire que j’ai fait vœu de pauvreté à ce moment-là. Le service civique a duré neuf mois, et, en septembre 2017, je suis parti voyager pendant quelques mois.

Gee : Je ne me rends pas compte, un service civique c’est payé combien à peu près ?

Booteille : Je crois que c’était 670 euros, ou 570, un truc comme ça. Je crois que c’est 100 euros de plus ou de moins que le RSA, mais je ne sais plus, j’ai touché les deux, ça se mélange.

Gee : Ça date un petit peu en plus ! Donc projet de partir sur les routes. À ce moment-là, tu n’as déjà plus de smartphone et tu prends même le parti de ne plus avoir de téléphone du tout, ni rien du tout ?

Booteille : Quand j’ai lâché mon smartphone, je ne voulais pas de téléphone non plus. Il y avait vraiment ce truc et ça a été dur de faire comprendre à ma mère que c’était comme ça et que ce n’est pas parce que je pars pendant trois heures sans donner de nouvelles que je vais être agressé ou qu’il va se passer quelque chose. S’il n’y a pas de nouvelles, généralement c’est que ça se passe bien, donc autant en profiter. Je suis parti sur le voyage, je n’avais pas de téléphone du tout.

Gee : Tu as dit « je pars ». Une date de retour était-elle envisagée ?

Booteille : La date de retour estimée, à l’époque, était entre 10 et 30 ans, c’est large. J’avais vraiment dit adieu à ma famille et à mes amis. J’ai passé la dernière année à faire le tour de la France pour dire « je ne sais pas quand je reviens, donc, dans le doute, adieu. » Dans mon esprit, j’avais estimé que ça prendrait autant de temps. Je voulais avoir le temps d’apprendre à vivre dans le désert, je me suis dit que ça pouvait prendre un petit moment : trouver des gens qui veulent bien d’un boulet dans leur groupe et ensuite apprendre à vivre dans le désert avec ces personnes-là. Je voulais traverser l’Afrique à pied. Le voyage se faisait à pied, ça pouvait donc prendre du temps.

Gee : Et comment ta famille l’a-t-elle pris ?

Booteille : C’était curieux. En 2014, quand je l’ai vraiment annoncé à tout le monde, tout le monde s’est foutu de ma gueule en mode « c’est bon, arrête tes conneries ! ». En 2015, quand j’ai commencé à me préparer physiquement, c’est-à-dire commencé à me mettre à la rando, ce que je ne faisais pas du tout avant, ça peut aider, à faire des expériences. J’ai fait des expériences type alimentaire, plus en 2016 si je me souviens bien, j’ai commencé à explorer ce que c’est qu’être piscivore, puis végétarien, puis végétalien, à arrêter l’alcool, à prendre des douches froides pendant tout un hiver, ouvrir ma fenêtre. J’ai vécu la nuit à peu près pendant deux ans de ma vie, j’ai la chance d’être geek, du coup il y a eu toute une période où je vivais littéralement la nuit, avec la lumière allumée et les fenêtres ouvertes en été pour m’habituer aux insectes, puisque je n’aimais pas ça, donc mon plafond était littéralement noir d’insectes.

Gee : OK. C’est effectivement assez spécial. J’aurais été ta famille, au début j’aurais sans doute été un peu sceptique, après, par contre, je me serais peut-être un peu inquiété.

Booteille : Peut-être. Mon enfance est ce qu’elle est, mais, au final, j’ai la « chance », entre guillemets, d’avoir quand même une famille qui, si elle ne comprend pas toujours ce que je fais, cherche à me soutenir à sa manière. Du coup, il n’y a jamais eu de freins liés à ça et c’est vraiment chouette !

Gee : Je fais le calcul, en 2017 tu as dit que ça prendrait entre 10 et 30 ans, on est en 2026 et j’ai l’impression que tu es déjà rentré depuis un petit moment !

Booteille : Ça a été l’occasion, pour pas mal d’amis, de se foutre de ma gueule. Après les avoir quittés de manière déchirante, en chialant !

Gee : Il est revenu deux mois plus tard !

Booteille : Pas deux ! Cinq mois et demi plus tard. En fait, je traverse la France à pied, je vous passe tout ce voyage-là, même si je pense que c’est intéressant.

Gee : On a le temps, si tu veux en parler un petit peu.

Booteille : Grosso modo, quand j’ai fait ma tournée des adieux, je me retrouve à Lyon pour voir une pote que j’avais vue une fois en festival, avec qui je m’étais bien entendu. Je la retrouve, elle et son mec, ça dure 24 heures, on va dans un bar qui s’appelle L’abreuvoir, le patron était l’ex de ma pote, je ne buvais pas d’alcool à ce moment-là et le serveur m’a dit « je te sers un judas » [cocktail à base d’alcool, Note de l’intervenant]. J’ai cru qu’il parlait d’un jus d’ananas, pas du tout ! On finit à quatre heures du matin totalement bleus dans les rues de Lyon, bref, on passe un très bon moment. À ce moment-là, je leur raconte que je vais partir, etc., mon voyage, et on parle beaucoup de tout ça. Deux mois plus tard, ces amis m’envoient un mail, puisque je n’avais pas de téléphone, ça se passait par mail, pour me dire « depuis que nous avons discuté, nous aussi nous avons envie de partir, nous avons envie de faire le tour de La Méditerranée à pied. On part à peu près à la même période. » Je leur dis « je vous rejoins, on part ensemble et on fait le début ensemble. » Nous sommes partis de Vézelay tous les trois et nous avons marché pendant un mois et demi ensemble. Sauf que, à un moment, quand j’étais proche de la frontière espagnole, je me suis dit que ce n’était pas le moment, j’avais encore envie de revoir quelques personnes que je venais de rencontrer avant de vraiment quitter les frontières de la France pour je ne sais combien d’années.
Je remonte donc en stop à Bergerac où je pensais rester une semaine, je suis resté un mois, puis je me suis dit « ce sont les fêtes de Noël, je vais aller voir une amie, ça lui fera plaisir » et je me retrouve sur l’île d’Oléron pour les fêtes de Noël. On passe Noël ensemble. Ma pote me dit « j’ai envie de passer le jour de l’an en Espagne », c’est un peu long, mais je viens au sujet. En fait, le jour de partir en Espagne, mes deux amis, que j’adore, ont un rapport au temps qui est différent, c’est-à-dire qu’ils nous ont dit « on en a pour une petite demi-heure », au bout de trois heures on était encore sur le canapé, avec les autres potes, à les attendre et, à la fin de la journée, ils nous ont dit « partez sans nous, nous ne serons pas prêts à temps. » Nous sommes restés littéralement cinq heures à les attendre et, quand on a cinq heures à tuer et qu’il y a une bibliothèque à côté de soi, l’avantage c’est qu’on peut piocher un bouquin et le bouquin que j’ai pioché c’est L’avenir en commun de La France insoumise. Ça a été vraiment le début de ma grosse politisation parce que je n’avais jamais voté avant ça. Je lis le bouquin, je me dis que je ne sais pas si je suis d’accord avec tout, mais il y a un vrai programme, il y a une vraie cohérence, il y a un vrai truc qui me parle. J’y repense juste dans mon for intérieur et une semaine plus tard, quand on termine le jour de l’an, qu’on remonte de notre trip en Espagne, ça finit par fuser dans mon esprit, et j’ai une idée sur la façon d’améliorer la vie de tout le monde : il faut vraiment instaurer une réelle démocratie en France. On n’a jamais vécu en démocratie du coup il faut instaurer une réelle démocratie en France et ça a été le point de départ de mon retour.
En parallèle, au cours de mon voyage, je me suis rendu compte que tout le monde était une quiche en numérique, mais vraiment ! Personne ne savait utiliser son smartphone, un ordinateur ou quoi que ce soit. Ce qui est curieux c’est qu’après avoir passé trois ans sans smartphone, quand on me demandait de l’aide, parce que les personnes savaient que j’avais un passif en informatique et tout ça, eh bien les rares fois où j’avais un smartphone dans les mains, j’étais perdu parce que l’interface a évolué tellement vite, c’était pensé d’une manière tellement particulière que j’étais moi-même perdu en tant qu’informaticien et tout ça.
Ces éléments-là ont fait vraiment que, quand je suis rentré, au final j’ai commencé à m’intéresser à la politique, au numérique et à l’impact du numérique dans le monde.

Gee : Finalement, c’est ce qui a fait que tu as interrompu ton voyage : tu t’es rendu compte que tu pouvais être plus utile ailleurs.

Booteille : Exactement. Il y avait vraiment cette question : pourquoi est-ce que je voyage ? Est-ce que c’est pour voyager ? Oui, le voyage c’est cool, oui, je me sens nomade, oui, j’ai besoin d’être en mouvement, mais il y a aussi le fait que je le fais avant tout pour trouver des solutions. Donc, si j’ai des pistes de solutions, il faut les creuser.

Gee : Je propose qu’on fasse la pause musicale maintenant, parce que ça fait un petit cliffhanger comme on dit. Vous saurez la suite après la pause.

Frédéric Couchet : On va faire une pause musicale avec un des artistes qu’on écoute le plus. On va écouter Fuzz, par Jhazzar. On se retrouve dans trois minutes. Belle journée à l’écoute de Cause Commune, la voix des possibles. [Erreur dans l’annonce, il s’agit de Saturn, par HoliznaCC0, NdT]

Pause musicale : Saturn, par HoliznaCC0

Voix off : Cause Commune, 93.1.

Frédéric Couchet : Je me suis trompé dans l’annonce, ce n’est pas du tout Jhazzar qu’on vient écouter, c’est HoliznaCC0, le titre c’est Saturn, disponible sous licence Creative Commons 0, qui permet de placer son œuvre au plus près des caractéristiques du domaine public.

[Jingle]

Frédéric Couchet : Je vais repasser la parole à Gee qui anime l’interview Parcours libriste de Booteille.

Gee : Nous nous étions arrêtés au moment où Booteille met un terme, au bout de quelques mois, au voyage qu’il comptait faire sur plusieurs années, pour des raisons qu’on peut tout à fait comprendre : « je me rends compte, finalement, que plutôt que d’aller faire le tour du monde je serais plus utile à être pas forcément chez moi toujours, en tout cas à être dans le coin et à faire des choses autour du numérique. » Est-ce déjà un truc auquel tu pensais ou est-ce que c’était plus global que ça ?

Booteille : C’était plus global. Je me disais que le problème c’est : tu te lèves le matin, tu réveilles les gosses, tu fais le petit-déjeuner des gosses, tu amènes les gosses à l’école, tu vas travailler, tu rentres du boulot, tu vas chercher les gosses à l’école, tu leur fais le goûter, tu vas faire des courses, tu leur fais à manger, tu leur fais faire les devoirs, à quel moment, dans ta journée, as-tu un espace pour réfléchir à ta condition et à remettre en cause le système ? Je me dis que ce moment c’est peut-être la fenêtre quand tu es dans ton lit en train de scroller. À l’époque, je me disais qu’il faudrait concevoir une sorte de gestionnaire de démocratie qui relève au maximum le besoin en énergie nécessaire pour s’intéresser à la politique et à sa vie en général. C’étaient des idées très larges, j’avais commencé un cahier des charges, etc. Je ne voulais pas que ce soit un projet uniquement technique, je voulais vraiment que ce soit accessible à tout le monde, donc aussi avec des interfaces hors ligne, etc. Pendant que je commençais à réfléchir à tout ça, j’étais en galère, parce que je rentrais de voyage, j’alternais entre chez ma mère et chez mon père, l’ambiance n’était pas super rose. C’est seulement quand j’ai eu 25 ans, que j’ai pu toucher le RSA, avoir un appartement à moi avec un espace pour réfléchir à ce projet-là.
Sauf que, le jour de mes 25 ans c’est aussi le jour où il y a eu l’appel des Gilets jaunes, c’était le 16 novembre 2018. Au début, je ne m’intéresse pas du tout au mouvement, je suis un peu comme tout le monde, je me dis « bof, encore un truc qui va tomber à l’eau ! ». Sauf que je vais rejoindre une amie en Allemagne, à Fribourg, en stop comme d’habitude et, sur l’allée comme sur le retour, j’ai super froid et, sur l’allée comme sur le retour, je tombe sur plusieurs ronds-points où je peux prendre un petit café, manger une madeleine, un fruit, me réchauffer auprès du brasero et écouter un peu, du coin de l’oreille, les discussions des gens.
Quand je suis rentré de ce voyage, après avoir vraiment failli mourir de froid, heureusement qu’il y avait un rond-point avec un brasero, je me dis « OK, il y a un truc, il y a un vrai truc avec les Gilets jaunes et il faut vraiment que je m’y intéresse. » Je suis allé sur le rond-point à côté de chez moi et j’ai commencé à parler avec les gens. Ça m’a confirmé qu’il y avait vraiment un truc qui se passait, qu’il y avait vraiment un processus de politisation extrêmement fort qui était en train de se mettre en place, par contre tout se faisait sur Facebook. Tout se faisait sur Facebook et pour moi c’était inconcevable, surtout après les années que j’avais passées à lire des revues autour des problématiques du numérique, de l’importance de gérer ses propres communications. Même Sun Tzu, dans L’Art de la guerre, te dit que la communication c’est le cœur, qu’il faut vraiment faire gaffe. Je me suis dit, à ce moment-là, « si on ne reprend pas en main nos communications c’est forcément voué à l’échec », j’ai donc commencé à proposer des ateliers pour apprendre à utiliser d’autres outils que Facebook et à gérer, au final, la communication du mouvement. J’ai créé mon tout premier atelier « Hygiène numérique » avec les Gilets jaunes.

Gee : On n’est pas du tout dans un cadre institutionnel, on parle d’atelier sur un rond-point, tu as ton téléphone à la main, tu leur montres, « faites plutôt ça ».

Booteille : Ça aurait pu être sur le rond-point, mais on nous a prêté une salle. C’était effectivement dans cette idée-là, avec les gens qui veulent bien. Je montrais les bonnes applications, j’expliquais un peu les grands dangers, etc.

Gee : C’est donc le mouvement des Gilets jaunes qui, malheureusement, va s’essouffler un petit peu avant le Covid et le Covid va mettre un petit peu un terme à tout ça. Dans toute cette partie on a compris comment tu t’étais politisé. On a déjà compris que tu avais quand même un petit peu de bagage, en tout cas sur le Libre, puisque tu parles de Facebook. D’ailleurs, je ne sais pas ce que tu leur conseilles à la place de Facebook.

Booteille : Je connaissais assez bien Framasof déjà à l’époque, je connaissais déjà Mastodon, Friendica, ce genre d’alternative, et je crois que je les recommandais déjà à l’époque. J’ai beaucoup fait ce genre d’atelier, aujourd’hui, avec mon expérience, j’y vais par étapes. La première étape, ce n’est pas « allez sur Mastodon ! ».

Gee : OK. Arrive le Covid, donc 2020, à ce moment-là, qu’est-ce qui se passe pour toi ?

Booteille : Qu’est-ce qui se passe pour moi avec le Covid ?

Gee : Je me dis que les Gilets jaunes, malheureusement, c’est un petit peu terminé. Par contre, ton projet d’apporter ta pierre à la démocratie, on va dire, en tout cas à faire exister une véritable démocratie ne s’est pas effondré avec les Gilets jaunes, j’imagine.

Booteille : Non. J’ai essayé de continuer à travailler sur ce projet-là mais à une échelle plus locale pour commencer. Pendant la période du Covid, pas mal de gens se réunissent chez moi pour imaginer un service de solidarité à l’échelle locale et on a trouvé un principe similaire qui s’appelle les Accorderies. On a voulu monter une accorderie, c’est tombé à l’eau ; pendant le Covid il y a ça. Le Covid s’est déclenché juste après que je rentre d’un voyage en Turquie en stop, gros voyage et tout ça. Je rentre, je suis un peu épuisé, j’en ai un peu rien à faire de devoir rester bloqué chez moi. En fait, c’est une période où je commence à bosser sur la refonte d’un logiciel qui s’appelle Lufi, une alternative à WeTransfer, que les chatons connaissent assez bien, le Collectif des Hébergeurs Alternatifs, Transparents, Ouverts, Neutres et Solidaires. Je me suis rendu compte que Lufi était basé sur une techno ancienne, sur une librairie de l’Université de Stanford, et que, depuis, on a inventé une nouvelle technologie qui s’appelle Web Crypto. J’ai commencé à travailler sur la refonte de Lufi pendant le premier mois du confinement, pendant que les colocataires faisaient des crêpes ou de la musculation, j’étais en train de faire ma tentative de refonte de Lufi.

Gee : À ce moment-là, professionnellement, où en es-tu ? Tu es revenu de voyage et, mine de rien, j’imagine que la question de regagner de l’argent s’est reposée, ne serait-ce que pour payer ton loyer.

Booteille : En fait, j’étais toujours au RSA. J’étais au RSA depuis mes 25 ans, je devais avoir 27 ans quand le Covid s’est déclaré. À ce moment-là, je fais des animations en vacation pour Les Petits Débrouillards, parfois aussi des formations d’animateurs et d’animatrices. Du coup, première année du Covid, je suis encore au RSA. Il me semble que c’est sur la deuxième année que Les Petits Débrouillards me proposent un poste en tant que formateur numérique pour un public éloigné de l’emploi, c’était une formation expérimentale où j’avais carte blanche. C’était vraiment passionnant, j’ai adoré cette année-là même si elle a été épuisante, c’est pour cela que je n’ai pas recommencé. J’avais une douzaine de personnes à former à la découverte des métiers du numérique : on faisait de la bureautique, on faisait de l’impression 3D, de la découpeuse laser, du design, de la programmation, je leur donnais aussi des cours d’anglais, c’était très varié. Le but c’était surtout de faire en sorte que, à la fin de l’année, toutes les personnes qui étaient là ne soient plus laissées pour compte, ce qui a marché pour la plupart d’entre elles et eux, du coup c’est vraiment une grande fierté d’avoir pu faire ça. Donc, période Covid, j’étais plutôt formateur autour du numérique et pas forcément des enjeux, même si je leur ai diffusé The Internet’s Own Boy : The Story of Aaron Swartz.

Gee : Je ne me souviens plus de qui [Brian Knappenberger], en tout cas c’est un documentaire sur Aaron Swartz.
Donc à ce moment-là, ça va être un peu la période où, mine de rien, tu commences vraiment à te rapprocher du milieu libriste, on va dire. Comment ça se passe ?

Booteille : C’est un peu décousu. C’est en parallèle de mon retour de voyage et quand j’ai eu mon premier appartement, à 25 ans. Déjà, j’ai ouvert un blog sur l’hygiène numérique avec l’objectif de vraiment faire de la pédagogie aux enjeux du numérique, à l’hygiène numérique via ce blog. En parallèle j’ai aussi commencé à faire ma première contribution à un logiciel libre, c’était une extension pour Firefox, j’ai oublié le nom aujourd’hui.

Gee : N’est-ce pas celle de YouTube vers Invidious ?

Booteille : Ce n’était pas encore ça, c’était PeerTubeify. Une personne avait fait ça, je voulais lui donner un coup de main, du coup j’ai commencé à contribuer là-dessus. Ça m’a donné l’occasion d’apprendre à créer des extensions pour Firefox, ensuite j’ai créé une autre extension parce que, à l’époque, je n’utilisais toujours pas YouTube.

Gee : Sur les conseils de la personne avec laquelle tu avais discuté.

Booteille : Quand j’ai commencé à boycotter YouTube, vers la fin de mon adolescence/ début de mon âge adulte, j’ai arrêté d’utiliser YouTube et je ne voulais pas faire le moindre appel vers un serveur de Google, vers un serveur de YouTube et tout ça, un appel c’est quand l’ordinateur contacte le serveur du site internet. À ce moment-là, je ne voulais faire aucun appel. Invidious sort, un projet qui est une interface alternative à YouTube, qui permet d’utiliser YouTube en réduisant tout l’aspect pistage, publicité, etc.

Gee : En fait, on est masqué derrière un autre serveur. C’est ça ?

Booteille : C’est ça, c’est un autre serveur qui, au final, te cache, c’est génial. Je découvre ça et je me dis « enfin, je peux réutiliser YouTube ; ce serait bien qu’une extension Firefox me permette de rediriger tous les liens YouTube qu’on m’envoie tout le temps vers Invidious ». Ça existe, mais ce n’est pas fait comme je le voulais, c’est-à-dire ça faisait quand même des appels à YouTube. Je me suis donc dit que j’allais faire moi-même une extension, qui s’appelait à l’époque Invidition, qui aujourd’hui est archivée, ne l’utilisez pas. Au final, Invidition marche. Au début je suis content, quelques dizaines de personnes l’utilisent. Sur Reddit pas mal de personnes se mettent à en parler, plusieurs milliers de personnes commencent à utiliser Invidition, ça commence à faire découvrir le projet Invidious à pas mal de personnes. Nitter, une alternance alternative à Twitter, s’ouvre et on me demande de rajouter le support dans une Invidition, donc ça permet de faire découvrir Nitter aussi et ça a un peu amorcé toute la dynamique autour des interfaces alternatives aux géants capitalistes avec tout ce qu’on connaît aujourd’hui.
Aujourd’hui je n’utilise plus du tout mon extension, je ne la supporte plus du tout, notamment parce que je n’avais plus le temps de faire face aux retours des gens et ça me créait du stress. Moi, qui avais eu une vie très chaotique, je pouvais partir du jour au lendemain voyager pendant un mois et demi, quand on me dit « tu as un bug qui est urgent », je suis en mode « merde, il faut que je code jusqu’à quatre heures du matin alors que ce n’est pas mon métier », et même si c’était mon métier ça me ferait un peu mal. Du coup, aujourd’hui j’ai abandonné Invidition, il y a une extension qui s’appelle LibRedirect, qui fait très bien le taf, donc utilisez plutôt ça. Ça a été un gros truc dans mon rapport au Libre.

Gee : Dans tout ça, un nom est revenu pas mal de fois dès l’introduction, c’est Framasoft. Ça faisait déjà quelques années, si j’ai bien compris, que tu avais découvert Framasoft, mais, finalement, comment en es-tu venu à te mettre vraiment en contact avec ?

Booteille : Ça a été un hasard. Fin 2020 ou fin 2021, je ne sais plus, un de mes colocataires était sur le Discord d’un média indépendant qui s’appelle Le Canard Réfractaire, qui me disait « viens sur leur Discord, tu vas voir, c’est intéressant, ça parle politique tout le temps, il y a plein de gens de gauche, c’est super intéressant ! ». Du coup je commence à échanger avec des gens là-bas et c’est pile la période où le Discord, donc la communauté du média indépendant, pas le média indépendant directement mais cette communauté-là, veut organiser une université populaire en ligne pour continuer à partager des savoirs, de la culture et tout ça, malgré le Covid. Du coup, je m’implique dans l’organisation de cette université populaire en ligne, je m’implique même fortement, j’en viens à interviewer des personnes et j’en viens à envoyer une invitation à Framasoft à laquelle Framasoft a répondu présent avec Pouhiou et Numahell, aujourd’hui des collègues de l’association, qui ont été interviewés sur ce qu’est Framasoft, sa mission, etc.
Un truc un peu intéressant aussi : c’était le tout premier live sur PeerTube – une alternative à YouTube qu’on développe à Framasoft – à grande échelle, c’est-à-dire qu’il y avait entre 300 et 400 personnes simultanées à l’époque, si je me souviens bien, et que la fonctionnalité n’était pas encore diffusée. J’imagine que Framasoft, à l’époque, se disait « un test grandeur nature, c’est quand même vachement intéressant ! »

Gee : Tout à fait. Là, c’est la première fois que tu discutes avec des gens de l’association et, finalement, tu vas t’en rapprocher encore plus par la suite.

Booteille : C’est ça. Je l’ai dit, j’étais formateur en numérique pendant cette période-là. Quelques mois plus tard, je suis fatigué de mon travail, ma collègue était partie en burn-out – l’associatif, classique –, du coup j’ai assumé tout seul une formation qui était pensée pour deux personnes. Je bossais vraiment énormément, je préparais mes cours le soir pour le lendemain, etc. À la fin, j’ai dit à ma direction « j’arrête », je savais que j’allais pouvoir toucher le chômage, je pensais qu’il allait être un peu plus important que ce que j’ai eu finalement, c’est-à-dire 700 euros. Du coup, j’envoie un message à Pouhiou sur Mastodon, je dis « je vais lâcher mon poste, j’ai envie de dédier mon année suivante à des choses qui ont du sens. Pour moi Framasoft a énormément de sens, comment est-ce que je fais pour vous filer un coup de main ? Comment est-ce qu’on fait pour devenir bénévole ? » Aux personnes qui nous écoutent, c’est une question qu’on nous pose assez souvent et sachez que la réponse de Pouhiou est celle-ci et c’est toujours le cas : « Framasoft marche par cooptation. On ne peut pas rejoindre l’association facilement, il faut être invité parce qu’on est une bande de potes et on aime bien rester dans notre intimité, tout simplement. Il y a d’autres manières de contribuer, il y a d’autres manières d’être bénévole, tout ce qu’on fait est libre, donc, si tu as envie, tu peux être bénévole. Par contre, on t’avait repéré, on se disait que nos valeurs avaient l’air d’être proches, donc, si ça t’intéresse, on se retrouve pour la première fois depuis deux ans, pour les Framaretrouvailles, tu es invité, viens, on se rencontre et on voit comment ça se passe. »

Gee : Du coup, c’est l’ascenseur émotionnel. On te dit non parce qu’on fait par cooptation, mais oui parce qu’on veut te coopter.

Booteille : Exactement, il y a aussi un petit truc comme ça qui s’est passé. J’étais vraiment comme un fou. À l’époque, comme aujourd’hui, j’estime vraiment que Framasoft a un impact sur la société qui est rare et je pense qu’on a beaucoup de chance d’avoir cette occasion de pouvoir impacter comme ça la société et d’une manière qui nous convient. J’étais trop content de pouvoir vous rencontrer, à l’époque, parce que je me souviens, Gee, que tu étais là. Quelques mois plus tard, un mois ou deux plus tard, je reçois une invitation pour venir à l’assemblée générale me disant que plusieurs membres aimeraient bien me voir coopter. C’est comme cela que j’ai rejoint Framasoft.

Gee : Tu rejoins Framasoft, à ce moment-là évidemment comme bénévole. On a ce truc, à Framasoft, d’avoir d’abord pas des membres observateurs, en tout cas disons qu’on vous laisse voir si ça vous va, tout simplement. Finalement, tu entres petit à petit dans l’association.

Booteille : Oui et non je dirais. Effectivement, officiellement il y a un peu ce statut de membre observateur qui dit « vous pouvez parler, on vous écoute, juste vous n’avez pas de droit de vote les rares fois où on va voter », au final, j’ai l’impression que ça n’arrive qu’à l’AG ou assez rarement. En parallèle, j’ai directement commencé à m’impliquer à peu près dans tous les sujets de l’association. J’avais du temps, j’avais envie de dédier ce temps-là à Framasoft et j’ai commencé à vraiment mettre le nez dedans 20 à 30 heures par semaine je pense, vraiment à aller aux quatre coins de la France ou ailleurs pour m’intéresser aux sujets de Framasoft. Il y a eu l’assemblée générale, bien sûr, il y a eu aussi le Framacamp, le camp d’été. C’était aussi l’année où La Quadrature du Net nous avait invités à leur camp d’été, du coup c’est moi, qui venais de débarquer dans l’association, qui y suis allé, c’était assez curieux mais passionnant. Je suis aussi allé au camp du CHATONS, aux Journées du Logiciel Libre, au Capitole du Libre. Il y avait plein d’événements divers et variés, du coup j’ai vraiment passé mon année aller à droite à gauche et à essayer d’être dans tous les groupes de travail, à vraiment réfléchir sur tout pour avoir la vision globale la plus forte possible.

Gee : En tout cas, cette vision t’a suffisamment plu pour que tu restes.

Booteille : Honnêtement ça m’a passionné. C’est quelque chose qui est passionnant, je suis vraiment passionné par ce qu’on fait à Framasoft, parce que c’est de la politique, c’est essentiellement politique, et c’est de la politique autour des enjeux du numérique. Mon opinion personnelle, pour avoir passé beaucoup d’heures le nez dans tous ces trucs-là, c’est que le numérique est central. Le numérique est central dans nos luttes, le numérique est central pour nous permettre de réussir ou d’échouer une lutte. Du coup, pouvoir travailler sur le numérique de manière politique, c’est quelque chose qui est vraiment très important pour moi et qui me passionne.

Gee : À ce moment-là, tu fais pas mal de choses. Tu as beaucoup parlé de toutes les questions de représentation, finement tu as fait énormément d’événements un peu aux quatre coins de la France. À la base, j’ai envie de dire que tu es quand même relativement technicien, au sens noble du terme, tu fais beaucoup de technique, en tout cas tu es développeur de base. Tout à l’heure, tu disais que tu avais fait une refonte de Lufi, il se trouve que c’est un logiciel développé par Luc [Didry, alias Framasky], un des membres de Framasoft. Qu’est-ce que tu fais d’autre, à ce moment-là, comme projets ? À quoi participes-tu ?

Booteille : Il s’avère qu’il y a un projet qui est pas mal populaire, je vois où tu veux en venir,

Gee : Pas que celui-là, il y a d’autres choses.

Booteille : Il y a effectivement un projet dont j’ai repris la maintenance, il me semble que c’était un 1er avril de Framasoft, un projet qui s’appelle Proutify, j’aime bien le dire à la française, ça me fait beaucoup rire. En fait, ce n’est pas du tout moi le développeur principal à la base, c’était un stagiaire de Framasoft, si je me souviens bien, que je n’ai pas connu. À un moment je me retrouve à Lyon, dans les locaux de Framasoft, nous étions en pleine réunion d’équipe salariée, j’étais invité à y participer, et vient le sujet de Proutify et de qui le maintient, l’extension qui permet d’aérer votre navigation, si je peux me permettre, ça allège un petit peu les mauvaises nouvelles, l’actualité politique, je vous recommande d’aller sur framaprout.org pour découvrir tout ça. Se pose la question : qu’est-ce qu’on fait avec Proutify, qui le maintient. Au final, j’étais une des seules personnes à avoir un peu d’expérience avec les extensions de Firefox, donc j’ai dit « si vous voulez, je le maintiens », du coup, une ou deux fois dans l’année, je fais une mise à jour de Proutify avec l’aide de mes collègues, il faut dire qu’il y a un travail d’auteurs et d’autrices derrière. Il y a donc Proutify.
En parallèle, qu’est-ce que je fais ? Je m’intéresse au projet PeerTube depuis à peu près le début, alors qu’à l’époque je n’utilisais pas YouTube. PeerTube est un logiciel alternatif à YouTube qui permet de reprendre un peu la main sur ses vidéos. Je trouvais ce projet-là vraiment passionnant alors que je consomme très peu de vidéos, mais je me suis dit que ce serait peut-être l’occasion, pour moi, d’en consommer, spoiler alert, pas forcément aujourd’hui. Comme je savais faire des extensions Firefox, je m’étais dit « je vais faire une extension qui redirige les liens YouTube vers les liens PeerTube quand ils existent. »

Gee : C’est un peu la filiation de l’extension Invidious finalement.

Booteille : Clairement. C’était pile ce que j’avais appris à faire quelques années plus tôt, donc assez facile à mettre en place pour moi, du coup j’avais publié ça.

Gee : Quand tu nous as parlé de tout ça, tu as parlé de tes collègues à Framasoft. Jusqu’à maintenant, on a dit que tu étais bénévole. Raconte-nous ce qui s’est passé.

Booteille : Il y a un an et demi, j’étais encore membre bénévole, et même, on en a parlé un petit peu en off, même au conseil d’administration en tant que coprésident de l’association, chose qui, pendant longtemps, était figuratif chez nous, qui, à cette époque-là, avait vraiment du sens et j’ai trouvé ça vraiment passionnant d’avoir la posture de coprésident et tout ça. Un poste s’est libéré et j’étais en galère absolue de thune. À ce moment-là, j’ai simplement dit « je sais qu’on va recruter, je suis intéressé et je sais que mon profil est particulier. » Tu disais que je suis développeur, je reprends un terme qu’on m’avait dit une fois, je dis que je « bricode », je ne suis pas expert en développement, j’ai des connaissances en technique qui sont vraiment vastes, mais je suis expert en rien. En même temps, je sais faire un peu de représentation, je sais écrire aussi, du coup j’avais un peu ce profil de couteau suisse, c’est un peu ce qu’a employé récemment Pyg dans un de ses articles, j’ai donc dit « je sais que je peux être utile, donc ça m’intéresse. » J’ai été recruté au 1er janvier 2025 par Framasoft en tant qu’assistant de communication et technicien numérique, donc couteau suisse.

Gee : Du coup, ça fait un an. Est-ce que tu es content de cette première année de salariat à Framasoft ?

Booteille : Je suis vraiment plus que content. Je le savais déjà de l’extérieur, mais le vivre c’est autre chose ! Les conditions de travail sont exceptionnelles, littéralement, c’est vraiment ce qu’on attend dans la société en général, ce qu’on demande haut et fort et que j’ai au quotidien. C’est vraiment très confortable. J’ai un salaire, honnêtement, je suis très bien payé, je n’ai pas à me plaindre, c’est la première fois de ma vie que ça m’arrive de ne pas compter, d’arrêter de compter, de ne faire qu’un repas sur deux comme ça a été pendant très longtemps.

Gee : Le vœu de pauvreté, c’est fini !

Booteille : Le vœu de pauvreté est terminé, maintenant c’est la caillasse.

Gee : N’exagérons pas non plus !

Booteille : J’exagère de ouf, mais surtout, je peux aider les autres autour de moi, faire des dons à des associations, je peux aussi redistribuer à mes amis qui sont en galère. C’est vraiment très confortable pour moi.

Gee : OK. Je pense qu’on a fait le tour. En tout cas, merci beaucoup. Est-ce que tu aurais un dernier mot que tu voudrais nous dire avant qu’on passe à la suite ?

Booteille : Le dernier mot, ce serait plutôt meta autour de cette émission-là, Parcours libriste. J’en ai écouté une ou deux et je trouve que ce que vous faites à l’April est vraiment chouette, offrir aussi là la parole à des gens plutôt lambda, qui ont rarement l’occasion de s’exprimer. Je suis reconnaissant, je suis reconnaissant que cette émission existe et que vous proposiez ce contenu qui est vraiment chouette. Merci à vous.

Gee : Merci à toi Booteille

Frédéric Couchet : Merci Gee, merci Bouteille, en plus c’était vraiment une très bonne ambiance, je pense que les gens qui nous écoutent vont apprécier.
Vous retrouvez toutes les références citées, on va les rajouter après l’émission, sur libreavous.org/266 ou dans les notes de l’épisode si vous nous écoutez en podcast ou sur site causecommune.fm.
On va faire une courte page, j’allais dire de publicité, vous me troublez, la jeunesse me trouble ! Nous allons faire une courte pause musicale.

[Virgule musicale]

Frédéric Couchet : Nous allons écouter une partie de la pause musicale le temps que Gee se prépare.
Ce coup-ci nous allons écouter en partie Fuzz, par Jhazzar. On se retrouve dans quelques instants. Belle journée à l’écoute de Cause commune, la voix des possibles.

Pause musicale : Fuzz, par Jhazzar.

Voix off : Cause Commune, 93.1.

Frédéric Couchet : Nous venons d’écouter Fuzz, par Jhazzar, disponible sous licence libre Creative Commons Partage dans les mêmes conditions, CC By SA 3.0.

[Jingle]

Frédéric Couchet : On va passer au sujet suivant.

[Virgule musicale]

Chronique « Les humeurs de Gee » – « Mes excuses à Flatpak »

Frédéric Couchet : Nous allons poursuivre avec la chronique « Les humeurs de Gee ». Gee, auteur du blog-BD Grise Bouille vous expose son humeur du jour : des frasques des GAFAM aux modes numériques, en passant par les dernières lubies anti-Internet de notre classe politique, il partage ce qui l’énerve, l’interroge, le surprend ou l’enthousiasme, toujours avec humour. L’occasion peut-être, derrière les boutades, de faire un peu d’éducation populaire au numérique.
Le thème du jour : « Mes excuses à Flatpak ».

Gee : Salut camarades.
Si vous suivez mes chroniques depuis longtemps, vous avez sans doute remarqué qu’elles se divisent en trois grosses catégories : les chroniques coups de gueule, où je tape sur les fameuses frasques des GAFAM et lubies anti-Internet de notre classe politique ; les chroniques coups de cœur, où je parle de ce que j’aime dans le logiciel libre, la culture libre, etc. ; et enfin, les chroniques techniques, où j’essaie de vulgariser un peu de culture numérique. Eh bien la chronique d’aujourd’hui va entrer dans cette dernière catégorie, qui est sans doute la moins fournie des trois.
Aujourd’hui, je vais vous parler d’un sujet un peu niche, parce qu’il s’agit d’un logiciel libre, évidemment, mais qui est spécifiquement fait pour GNU/Linux et, en plus, qu’une bonne partie des Linuxiens et Linuxiennes n’utilisent pas. Ce logiciel c’est Flatpak.

Pour comprendre ce qu’est Flatpak, il faut d’abord revenir à la façon dont fonctionne l’installation de logiciels.
Un logiciel, c’est souvent basé sur d’autres briques logicielles, ce qu’on appelle communément des bibliothèques logicielles. Ce sont des éléments de programme plus bas niveau, qu’on peut réutiliser d’un logiciel sur l’autre : par exemple, si votre logiciel a besoin d’afficher une fenêtre, en général vous n’allez pas recoder tout un système de fenêtrage depuis zéro, vous allez utiliser un système existant.
Sur Windows, vous pouvez identifier ça, en gros, comme les fichiers dll que vous voyez dans les dossiers de vos programmes, si jamais il vous arrive d’aller y jeter un œil. Je sais que ça ne se fait plus trop, mais moi, quand j’étais gamin, j’allais voir ça, parfois je cassais des trucs, mais, ne ressortons pas les vieux dossiers ! Il se trouve qu’autant sur Windows chaque logiciel va en général embarquer les bibliothèques dont il a besoin, autant les Gnunux utilisent des gestionnaires de paquets qui vont faire en sorte de mutualiser les dépendances : si dix logiciels ont besoin de la même bibliothèque, il est inutile d’avoir dix copies de cette bibliothèque. C’est ce qui permet d’avoir un système beaucoup plus léger et aussi plus stable et plus sûr, parce que si un bug est corrigé dans une bibliothèque partagée, alors tous les logiciels qui utilisent cette bibliothèque en profitent directement.
Bref, tout ça c’est super, mais évidemment, ça a un coût : ça veut dire maintenir un graphe parfois très complexe de dépendances, avec potentiellement des problèmes lorsqu’une mise à jour de bibliothèque la rend incompatible avec d’autres logiciels. Et si plusieurs logiciels dépendent de versions différentes d’une même bibliothèque, ça devient vite casse-tête. Ça veut aussi dire qu’installer un logiciel qui n’est pas inclus dans le système de paquets de votre Gnunux n’est pas forcément aussi simple que sur Windows où, en général, vous téléchargez juste un fichier.exe, vous le lancez, et ça marche tout seul. Sur Gnunux, c’est un truc qu’on peut un peu faire avec le système AppImage qui nous donne des fichiers exécutables autonomes, mais qui, du coup, ne vont pas s’installer proprement, avec les bonnes icônes dans le menu, etc.

Arrive alors Flatpak. On appelle souvent ça un « gestionnaire de paquets agnostique », c’est-à-dire que c’est fait pour marcher sur tout un tas de Gnunux différents, peu importe leurs gestionnaires de paquets de base. Et c’est même beaucoup plus que ça, Wikipédia nous dit que c’est « un logiciel utilitaire de virtualisation d’applications ». Waouh, rien que ça !
L’idée de Flatpak, c’est que vous construisez votre logiciel dans un système « virtualisé », c’est-à-dire que vous avez une sorte de petite boîte qui contient un sous-ensemble des choses dont vous avez besoin sur votre système pour faire fonctionner ce logiciel. Et, lorsque votre logiciel est distribué, eh bien cette petite boîte est réutilisée sur les systèmes de tout le monde, ce qui fait que vous n’avez plus besoin d’adapter votre logiciel à toutes les configurations de Gnunux possibles et imaginables. Sur le papier c’est sympa, mais, évidemment, on récupère les inconvénients de la gestion de logiciels « à la Windows » : un logiciel devient mécaniquement plus lourd à installer puisqu’il va embarquer un certain nombre de dépendances, et même si ces dépendances peuvent encore être partagées, la multiplication des versions, qui permettent une plus grande simplicité du point de vue développement, implique nécessairement un plus grand espace disque occupé du point de vue utilisation.
Et force est de constater qu’au lancement de Flatpak, en 2016, la réception dans l’univers gnunuxien a été pour le moins froide. Moi le premier, au départ, j’ai regardé le projet avec beaucoup de dédain, considérant que ça cassait la philosophie de Gnunux – simplicité, sobriété – et que c’était la porte ouverte à des logiciels lourdingues, mal foutus et mal packagés, puisque ça n’obligeait plus les développeurs à se tenir à jour sur les versions des bibliothèques et à rester compatibles avec les systèmes de paquets habituels.
Arrive l’année 2024. À ce moment-là, je viens de libérer mon premier jeu vidéo, Superflu Riteurnz, et, pour le distribuer sur Gnunux, je fournis un script qui tente d’installer correctement les dépendances et qui met le logiciel au bon endroit, avec la bonne entrée dans les menus, etc. Au départ, j’avais envisagé de distribuer des paquets spécifiques pour les Gnunux les plus courants – Debian et dérivées, Fedora et dérivées, etc. –, mais ça impliquait nécessairement une multiplication du boulot et, quoi qu’il arrive, tout plein de distributions non supportées. C’est là que je réalise que le système Flatpak serait particulièrement adapté à mon cas : un jeu vidéo comme le mien, c’est un logiciel fini, c’est-à-dire qu’il n’aura pas besoin de mises à jour, il n’y a pas spécialement d’intérêt à mettre de l’énergie pour le garder compatible avec les versions plus récentes de bibliothèques utilisées, il n’y a rien de critique, peu de chances d’avoir des failles de sécurité, bref. Faire le boulot pour packager le logiciel une fois pour toutes, et que ça tourne ensuite sur tous les Gnunux en un clic, ça me plaît bien.
Je découvre alors que Flatpak est loin d’être le moyen, pour les développeurs, de faire des trucs crades par flemme, comme je l’imaginais, bien au contraire ! Déjà, pour faire un Flatpak, il faut écrire un fichier manifeste : ce fichier, en gros, donne les instructions pour construire votre logiciel, à partir des sources, de fichiers d’archives, de données, de ce que vous voulez. Mine de rien, rien que ça, ça vous force, quelque part, à documenter correctement la façon dont vous construisez votre logiciel ! Et ça vous force aussi à vérifier que ça marche bien dans un environnement qui n’est pas le vôtre, parce que, parfois, on oublie qu’on a telle dépendance déjà installée, qui est trouvée toute seule, ou qu’on a oublié d’inclure tel ou tel fichier dans son archive, etc.
Le manifeste vous demande aussi de lister les permissions dont vous avez besoin ; encore un truc chouette avec Flatpak ! Comme les applications sont lancées dans une sorte de bac à sable, vous pouvez très facilement accorder ou refuser l’accès à plein de choses : les dossiers du système, le réseau, le Bluetooth, tout ça.
J’ai aussi pu constater que les gens qui bossent sur Flathub, le principal magasin d’applications utilisant Flatpak, sont particulièrement attentifs à cela : pour ma première soumission de Superflu Riteurnz sur Flathub, j’avais dit, dans le manifeste, que j’avais besoin d’accès réseau. C’était une erreur, car le jeu n’a pas de mode multi et se joue juste tout seul, de manière déconnectée. Eh bien ma soumission a été retoquée, car l’accès au réseau n’était pas justifié. Un rejet, ce n’est jamais agréable, mais, personnellement, je trouve super chouette d’avoir des personnes humaines qui prennent le soin de vérifier la qualité de ce qu’on soumet, parce que, à la fin, ça profite à tout le monde.
Autre chose que j’apprécie avec Flatpak et notamment avec son principal magasin Flathub, c’est l’attention portée au respect des standards. En l’occurrence, les standards en question viennent du projet FreeDesktop, une organisation qui rassemble les principaux environnements de bureau de Gnunux – Gnome, KDE, Xfce et plein d’autres –, ainsi que d’autres logiciels libres. L’idée ? Mettre en place des standards pour favoriser l’interopérabilité des environnements graphiques. Sur Gnunux, vous avez un choix immense d’environnements graphiques, mais, grâce à FreeDesktop, plein de choses vont fonctionner de la même manière à l’intérieur de ce choix, ce qui va permettre une plus grande compatibilité des logiciels.
Et typiquement, la soumission de mon jeu vidéo à Flathub m’a fait découvrir le principe du fichier MetaInfo. Le fichier MetaInfo, c’est une sorte de fiche d’information de votre logiciel : vous y renseignez son nom, sa description, les liens vers le site officiel, la licence, des liens vers des captures d’écran et tout plein d’autres infos utiles. Tout cela éventuellement traduit dans les langues supportées par votre application. Flatpak n’a pas inventé ce fichier, mais il est requis pour une soumission sur Flathub et c’est une très bonne chose : ce fichier, standardisé, permet à tous les gestionnaires de paquets de Gnunux d’afficher des pages d’information unifiées, claires et complètes sur votre logiciel. Alors oui, écrire ce fichier, c’est un boulot non négligeable, mais je ne saurais que vous conseiller de le faire si vous publiez des logiciels libres sur Gnunux. Non seulement ça aide les gens à trouver et à identifier votre logiciel, mais ça vous force aussi à faire un boulot de synthèse d’informations très utiles, mais qu’on a parfois tendance à négliger.
Bref, personnellement la soumission de mon jeu à Flathub a eu un effet bénéfique sur le jeu en question même pour les gens qui n’utilisent pas Flatpak : il est maintenant mieux documenté et mieux référencé.
Un autre point sur lequel, à mon sens, Flatpak a un intérêt, c’est l’installation de logiciels propriétaires. Calmez-vous ! Fred, range cette arbalète, je ne suis pas en train de faire la promotion de logiciels propriétaires dans l’émission de radio de l’April. Non, non, vive le logiciel libre, gloire à GNU, tout ça ! Je dis juste que, dans le cas où vous avez besoin d’un logiciel propriétaire – ça peut arriver –, eh bien l’installer via Flathub, si l’application y est disponible, c’est encore la moins mauvaise des options. Encore une fois, avec Flatpak, vous pouvez gérer les permissions d’une application comme sur un smartphone Android, et couper, par exemple, l’accès réseau ou l’accès à vos documents personnels. Quitte à avoir un logiciel propriétaire dont vous ignorez s’il va faire des saletés sur votre ordinateur, autant le ranger dans une petite cage où vous contrôlez ce qu’il peut faire. Évidemment, je ne doute pas que ce soit faisable sans Flatpak, mais là c’est directement prévu et ça se règle en un clic avec l’interface Flatseal.

C’est pour toutes ces raisons que je voudrais présenter mes excuses à Flatpak. J’ai jugé un peu hâtivement ce système à sa sortie et je dois bien reconnaître que, en fait, c’est un projet sacrément bien foutu et qui participe à rendre l’installation de logiciels sur Gnunux plus propre, plus facile aussi, et plus standardisée. Je ne pense pas, pour autant, que Flatpak devrait devenir la méthode par défaut d’installation de logiciels sur Gnunux, il reste plus efficace et souhaitable d’avoir un gestionnaire de paquets unifié sur son système et je comprends pourquoi Ubuntu avait provoqué une levée de bouclier en ne proposant plus Firefox, logiciel central, que via le système Snap, une sorte d’équivalent de Flatpak, spécifiquement développé pour Ubuntu. Au passage, non, je ne vais pas parler de Snap, car je ne l’ai jamais utilisé et j’ignore quel est son intérêt par rapport à Flatpak. J’ai l’impression que c’est plus ou moins la même chose et que Canonical, la boîte qui développe Ubuntu, l’a développé de son côté pour pouvoir avancer tout seul, comme souvent, sur un truc qu’elle contrôle. Mais, s’il y a bien une chose que m’a apprise Flatpak, c’est à ne pas juger trop vite ce genre de projet, alors je ne vais juste rien dire sur Snap.

Pour conclure, pour la majorité de vos logiciels sur Gnunux, je ne saurais trop vous conseiller d’utiliser en priorité le gestionnaire de paquets de votre distribution.
En revanche, si vous voulez ponctuellement la version la plus à jour d’un logiciel, si vous avez besoin d’un logiciel propriétaire, si vous voulez un logiciel qui n’est pas forcément dans les gestionnaires de paquets classiques, alors Flatpak et Flathub sont de sacrées bonnes solutions.

Voilà, c’était la chronique technique de l’année. Désolé pour les personnes qui n’utilisent pas Gnunux, qui n’ont rien pigé et n’en ont sans doute pas eu grand-chose à secouer. Promis, le mois prochain, je reviens avec un coup de gueule ou un coup de cœur, on verra bien.
Allez salut !

Frédéric Couchet : Merci Gee. On se retrouve le mois prochain pour ta prochaine chronique « Les humeurs de Gee ». Je rappelle que Gee est auteur-artiste, que son site c’est grisebouille.net, que vous pouvez le soutenir par des dons, vous pouvez aussi lui passer des commandes.

Nous allons passer aux annonces de fin.

[Virgule musicale]

Quoi de Libre ? Actualités et annonces concernant l’April et le monde du Libre

Frédéric Couchet : Je rappelle que les références pour les annonces de fin sont sur la page consacrée à l’émission du jour, libreavous.org/266, sur le site causecommune.fm ou dans les notes de l’épisode si vous nous écoutez en podcast.

Ce week-end, le week-end qui vient, du vendredi 23 janvier au dimanche 25 janvier 2026, il y a les Rencontres Hivernales du Libre à St-Cergue, en Suisse. L’April y sera présente en force avec un stand et plusieurs conférences. Bookynette sera là, Vincent Calame sera là, Julie Chaumard sera là pour y faire des interviews ; Bookynette et Vincent Calame feront des présentations.

Gee vient de parler de systèmes libres. Journée d’installation de GNU/Linux ce samedi 24 janvier, à Paris, de 14 heures à 17 heures 30, dans le 11e arrondissement.

Également « Comment échapper à la taxe Windows ? Initiation à Linux (spécialement pour les grands débutant.es) » samedi 31 janvier 2026 à Marseille.

Prochaine soirée radio ouverte, vendredi 6 février 2026 à partir de 19 heures 30, au studio de Cause Commune, au 22 rue Bernard Dimey dans le 18e arrondissement de Paris.

Le prochain Samedi du Libre, à Paris, c’est le 7 février 2026 à la Cité des sciences et de l’industrie.

Et je vous invite à consulter le site de l’Agenda du Libre, agenda du libre.org, pour trouver des événements en lien avec les logiciels libres ou la culture libre près de chez vous et également des organisations.

Notre émission se termine.

Je remercie les personnes qui ont participé à l’émission du jour : Florence Chabanois, Booteille, Gee.
Aux manettes de la régie aujourd’hui, Bookynette.
Merci également aux personnes qui s’occupent de la post-production des podcasts : Sébastien Chopin, Élodie Déniel-Girodon, Nicolas Graner, Lang 1, Julien Osman, bénévoles à l’April, Olivier Grieco, le directeur d’antenne de la radio.
Merci aussi aux personnes qui découpent les podcasts complets des émissions en podcasts individuels par sujet : Quentin Gibeaux, Théocrite et Tunui, bénévoles à l’April.
Un grand merci également à Marie-Odile Morandi, et au groupe Transcriptions, qui permet d’avoir une version texte de nos émissions.

Vous retrouverez sur notre site web, libreavous.org/266, toutes les références utiles de l’émission de ce jour ainsi que sur le site de la radio, causecommune.fm, ou encore dans les notes de l’épisode si vous nous écoutez en podcast.

Nous vous remercions d’avoir écouté l’émission.
Si vous avez aimé cette émission, n’hésitez pas à en parler le plus possible autour de vous et à faire connaître également à la radio Cause Commune, la voix des possibles.

La prochaine émission aura lieu en direct mardi 27 janvier à 15 heures 30, ce sera mon collègue Étienne Gonnu qui animera l’émission. Le sujet principal sera un Café libre, un débat autour de l’actualité du logiciel libre et des libertés informatiques et Bookynette, notamment, sera présente.

Nous vous souhaitons de passer une belle fin de journée. On se retrouve en direct mardi 27 janvier et d’ici là, portez-vous bien.

Générique de fin d’émission : Wesh Tone par Realaze.

Média d’origine

Titre :

Émission Libre à vous ! diffusée mardi 20 janvier 2026 sur radio Cause Commune

Personne⋅s :
- Booteille - Florence Chabanois - Frédéric Couchet - Gee
Source :

Podcast

Lieu :

Radio Cause Commune

Date :
Durée :

1 h 30 min

Autres liens :

Page de présentation de l’émission

Licence :
Verbatim
Crédits des visuels :

Bannière de l’émission Libre à vous ! de Antoine Bardelli, disponible selon les termes de, au moins, une des licences suivantes : licence CC BY-SA 2.0 FR ou supérieure ; licence Art Libre 1.3 ou supérieure et General Free Documentation License V1.3 ou supérieure.
Logo de la radio Cause Commune utilisé avec l’aimable autorisation d’Olivier Grieco, directeur d’antenne de la radio.

Avertissement : Transcription réalisée par nos soins, fidèle aux propos des intervenant⋅e⋅s mais rendant le discours fluide. Les positions exprimées sont celles des personnes qui interviennent et ne rejoignent pas nécessairement celles de l'April, qui ne sera en aucun cas tenue responsable de leurs propos.