Je suis très heureux d’être aujourd’hui avec vous au Capitole du Libre, j’espère que vous avez été bien accueillis par tous mes collègues. Personnellement, je viens depuis quelques années au Capitole du Libre. Aujourd’hui j’avais envie de vous proposer un petit exercice de découverte ou de redécouverte du logiciel libre et de l’univers du logiciel libre un peu plus largement. Nous allons rester ensemble une petite heure, si vous avez faim, il faudra attendre un tout petit peu.
Qui connaît déjà le logiciel libre dans l’assemblée ? C’est bien. Et qui ne connaît pas ou peu le logiciel libre dans l’assemblée ? Merci beaucoup.
Cette conférence s’adresse à l’ensemble de cette salle puisque. J’espère que ça va être utile, ça va intéresser ceux qui vont découvrir certaines choses ; ça peut aussi intéresser ceux qui connaissent déjà, on va avoir une petite approche, quelque chose pour parler du logiciel libre que ce soit à nos proches ou à des gens qu’on ne connaît pas. Vous verrez, j’ai pris un angle j’espère un petit peu original, c’est pour essayer de remettre un petit peu d’étoiles dans les yeux de ceux qui découvrent comme nous avons eu des étoiles dans les yeux quand on a pu découvrir le logiciel libre. J’espère que ça va vous plaire.
Bienvenue – Nous partons pour un voyage
Bienvenue.
Je m’appelle Matthieu, je suis libriste depuis moult années. Dans ma vie professionnelle, je fais du code, ce n’est pas très original à cette conférence, et nous allons partir ensemble pour un voyage, un voyage à la fois de l’esprit et des communautés, on va dire.
Si vous avez des questions, je vous remercierais de les garder au chaud pour la fin. J’ai réservé un petit temps pour ça.
C’est parti.
Avant un voyage, en général on aime bien se poser, se préparer et nous allons discuter un petit peu ensemble. Je voudrais savoir, parmi ceux qui ne connaissent pas le logiciel libre, si vous avez une toute petite idée on va dire des notions sous-jacentes derrière le logiciel libre ? Est-ce que quelqu’un saurait me dire ce que ça lui inspire ? Ceux qui savent ne dites rien ! Personne ne veut se lancer ? Je vais commencer et ça va peut-être vous libérer.
Il faut comprendre que le logiciel libre, globalement, repose sur quatre libertés, que j’ai un petit peu renommées, ne soyez pas surpris si ce n’est pas exactement ce que vous avez pu lire par ailleurs :
- la première des libertés, c’est celle d’utiliser le logiciel sans contrainte. Personne ne vous dit « tu vas utiliser ce logiciel-là seulement si tu acceptes mes conditions ;
- la deuxième liberté, c’est celle d’étudier le logiciel, savoir comment il a été fait, par qui ;
- la troisième liberté, c’est celle de le modifier : vous pouvez prendre un logiciel et, si vous avez envie de changer une icône, si vous avez envie de changer un bouton, si vous avez envie de rajouter des traductions ou si vous avez carrément envie de changer le fonctionnement du logiciel parce qu’il y a des bugs, que ça ne vous plaît pas, vous pouvez le faire sans problème ;
- et puis, bien sûr, vous pouvez partager, que ce soit la version originale, la version modifiée, peu importe.
Vous m’excuserez, je ne vais pas trop rentrer dans les détails techniques, il y a des histoires de licences diverses et variées, avec plus ou moins de contraintes, mais l’idée générale est là. Ça va ?
Une voix dans un rêve
Après ce petit feu qui permet de raviver un peu la flamme dans nos cœurs, vous vous endormez, tous, et d’un seul coup, dans vos rêves, une voix se met à vous parler. Désolé pour les références un peu vieillottes [Matrix, NdT] : un personnage habillé d’une veste en cuir noir vous parle et vous dit « bienvenue dans ce voyage, s’offre à vous deux choix :
prenez la pilule bleue et tout ce qu’on se sera dit aujourd’hui restera dans un coin de votre tête, mais vous pourrez continuer votre vie comme avant, sans aucune difficulté et sans vous poser trop de questions ;
prenez la pilule rouge et là on va s’embarquer dans quelque chose, peut-être que ça va vous faire réfléchir, peut-être que ça va vous donner envie de plonger dans cet univers et peut-être même d’y participer. »
Vous vous réveillez bientôt chez vous, dans votre maison douillette, prêt à partir, et vous vous souvenez de ce songe et vous vous dites « où est-ce qu’on va ? Qu’est-ce que c’est ? Où est-ce qu’on s’embarque ? Je suis bien sur mon ordinateur, je suis bien sur le Web, qu’est-ce qu’on s’embête ! » Mais il y a quand même cette petite voix intérieure et vous vous dites « je prendrais bien la pilule rouge, quand même » et on va y aller. C’est parti, on part à l’aventure Est-ce que vous êtes avec moi ?
Public : Oui !
Matthieu Hazon : Est-ce que vous êtes avec moi ?
Public : Oui.
Matthieu Hazon : Merci. OK, on y va.
« Pour bien chercher, il faut savoir ce qu’on cherche »
« Pour bien chercher, il faut savoir ce qu’on cherche », peut-être que ça résonnera dans votre tête, ça vient d’une certaine série, mais ce n’est pas lui qui dit ça, c’est un autre, voici Perceval de Kaamelott. C’est un personnage haut en couleur, n’est-ce pas. Il a ceci d’intéressant qu’il participe à la quête du Graal. Pour lui, s’il le trouve un jour c’est bien, s’il ne le trouve pas, ce n’est pas très grave.
En face vous avez Lancelot qui est tellement déterminé qu’il va en devenir presque fou, il veut absolument trouver ce Graal, c’est sa vie, c’est son objectif ultime et il ne saura pas vraiment prendre de recul et s’en détacher.
Le seul problème, dans tout ça, c’est qu’aucun des deux ne sait vraiment ce qu’est le Graal, il paraît que c’est juste un saladier, on ne sait pas.
Tout ça pour vous dire que quand on va dans l’univers du logiciel libre, on a beaucoup d’attentes, parfois on peut avoir des déceptions. Tout n’est pas parfait, tout n’est pas rose, ce n’est pas parce que je vais essayer de vous vendre le truc que vous trouverez forcément votre bonheur. Il faut voir ça plus comme une démarche, comme une réflexion. Du coup, en ce sens, il se peut que vous ayez des expériences différentes les uns et les autres, il se peut que vous ayez des impressions différentes et ce n’est pas grave. Ce qui compte, c’est d’avancer, chacun à sa manière, et puis de voir en quoi le Libre peut vous être utile dans votre vie et dans votre épanouissement numérique.
À la recherche d’un ami – Firefox
Avant de partir vraiment à l’aventure, en général on aime bien s’entourer, on a besoin d’amis. J’ai beaucoup réfléchi à cette question : quand on part à l’aventure du Libre, quel ami pourrait nous épauler dans cette quête ? J’ai dit le tout premier, ce n’est pas le tout premier logiciel libre, on va dire celui qui va nous ouvrir les portes en grand du logiciel libre, le plus évident, c’est Firefox [1]. Qui utilise Firefox ou dérivés dans la salle ? C’est bien, c’est bon, vous pouvez sortir, je n’ai plus rien à vous dire. C’est un ami, c’est un très bon ami. Même si c’est un très bon ami, il y a parfois des choses sur lesquelles on n’est pas d’accord, il ne fait pas toujours les choses exactement parfaitement comme on voudrait, il a aussi ses intérêts, il y a aussi une fondation derrière. Mais, globalement, il a ce bon sens d’être plutôt respectueux envers ce que vous faites, de ne pas trop regarder ce que vous faites et d’essayer de vous donner des solutions pour vous sortir de là. On verra plus tard qu’en plus il n’est pas tout seul.
Survivre au milieu d’un océan déchaîné
On va démarrer, on va on va se plonger dans l’univers du Web, du Libre et de l’informatique grâce à Firefox en premier lieu. Ensuite, on va prendre cette sorte d’embarcation et on va essayer de survivre au milieu d’un océan déchaîné. Pourquoi ? Parce que lorsqu’on va sur le Web, on va le voir, ça va être un peu brutal, mais vous allez comprendre, c’est un univers impitoyable. Là on voit, au loin, une mer déchaînée, un peu comme ceci, et on se dit « waouh, il faut qu’on survive.
Est-ce que vous êtes sur le bateau ou est-ce que c’est vous qu’on vient pêcher dans la mer ? Bonne question, j’ai ma petite idée.
Voici le site du Monde, un journal français bien établi. Je vous ai épargné les horreurs qui sont écrites dans les différents articles pour aujourd’hui, nous sommes entre nous. Ce qui m’intéressait c’était plutôt de voir le magnifique habillage publicitaire qui entoure de là jusque-là, jusque-là, qui est un peu discutable au regard de l’intrusion que ça apporte dans votre navigation, mais c’est juste la partie visible. On va essayer de se projeter derrière l’écran. Qu’est-ce qui se passe derrière l’écran ? Je suppose que la plupart d’entre vous utilisent des bloqueurs de publicité. Qui n’utilise pas de bloqueur de publicité ? D’accord. Je compatis.
On va rentrer un peu plus dans le dur, on va on va plonger au fond de l’océan et on va essayer de regarder ce qui se passe.
1) Navigation vers lemonde.fr
Ceci est un graphe absolument affreux, vous allez vite comprendre.
Quand on va sur lemonde.fr, c’est le petit point qui est au milieu, tous les triangles qui sont reliés à ce point, au milieu, représentent ce qu’on appelle des requêtes qui émanent de ce site, ça va être un petit peu technique, mais ne vous inquiétez pas, vous êtes entre de bonnes mains. C’est-à-dire que quand vous allez sur lemonde.fr, votre navigateur, donc Firefox, votre meilleur ami je vous le rappelle, interroge le site du monde.fr et le site du monde.fr lui demande « je te donne ton article, mais, ce qui serait bien c’est que tu ailles me chercher ça, tu ailles me chercher ça, tu ailles me chercher ça ». Le Web fonctionne comme ça, c’est un agrégat de plein de données qui proviennent, potentiellement, de plein de sources différentes et, dans ce cas-là, il y en a énormément. Tout cela représente des requêtes vers d’autres sites qui n’ont rien à voir, la plupart sont ce qu’on appelle des traqueurs, ça veut dire que ce sont des sites qui mesurent, par exemple, l’audience, qui cherchent à profiler un peu les gens pour savoir comment ils naviguent, ce qu’ils regardent, etc.
2) Navigation vers darty.fr
Jusque-là OK, c’est bien. Maintenant je vais sur un autre site darty.fr, que se passe-t-il ?
J’ai oublié de vous dire qu’il y a Facebook qui traîne, il est là, il est connecté, en quelque sorte il est interrogé lorsque vous vous allez sur lemonde.fr. Je vais y revenir. En fait, on le retrouve ici, au milieu, mais cette fois il n’est plus seulement interrogé par lemonde.fr, il est aussi interrogé par darty.fr, une connexion se fait entre les deux par l’intermédiaire de Facebook, je vais y revenir, on va comprendre ce que c’est.
Là vous voyez Darty, pas mieux, encore plein de traqueurs supplémentaires.
3) Navigation vers leboncoin.fr
Et puis j’en fais un troisième, leboncoin.fr. Là on a l’impression que la galaxie tout entière est au courant qu’on navigue sur Internet, je dis bien « est au courant ».
Là on se dit « ouh là, là, ça commence à être tentaculaire, qu’est-ce que je peux faire ? Je veux juste aller sur Le Monde, je veux juste aller acheter quelque chose sur un site marchand, je n’ai rien demandé en fait ! »
It’s a king of magic technique
Tout cela est assez technique. Ce que je vous dis là est à nuancer, j’y reviendrai, on a quand même un petit ami qui s’appelle le RGPD [Règlement général sur la protection des données à caractère personnel], vous savez les bannières. Est-ce qu’il y en a qui cliquent sur « Accepter tout » ? Personne ! Vous êtes bons quand même ! Ça me fait plaisir parce que ça veut dire que cette magnifique loi européenne a quand même des effets, c’est bien. Effectivement, quand vous cliquez sur « Refuser », il y a moins ces traqueurs-là, mais quand même, il peut y en avoir.
Je reviens un peu sur la partie plus technique.
Lorsque vous faites une visite, une navigation sur un site, comme je vous ai dit, il y a d’autres requêtes qui sont faites par le navigateur à la demande du site initial, ce n’est pas le navigateur qui choisit, c’est vraiment lemonde.fr qui dit « va chercher ça ».
Je vous parlais de Facebook. Voici typiquement une requête vers Facebook [https://facebook.com/tr/?Id/122349388153507&ev=PageView&dl=https://lemonde.fr/budget-2026/&rl=.]. Est-ce que ça parle à des gens ? Un peu, pas beaucoup. C’est technique, ça s’appelle une URL [Uniform Resource Locator], c’est une adresse et, lorsqu’un navigateur fait une requête, en fait il va chercher une donnée à une adresse. Eh bien voilà une adresse. Dans l’adresse il y a plusieurs choses :
d’abord il y a le domaine, c’est-à-dire le serveur, Facebook.com
ensuite il y a des paramètres, des données additionnelles pour que le serveur, en face, sache à peu près ce qu’on lui demande. Là il y a plusieurs paramètres, il y a un Id, on ne sait pas trop ce que c’est, ev, on ne sait pas trop ce que c’est. Ce qui m’intéresse, c’est le dl=https://lemonde.fr/budget-2026. Ça veut dire quoi ? Ça veut dire que lorsque vous allez sur lemonde.fr, que vous allez consulter un article, budget-2026, votre navigateur fait une requête vers Facebook en lui disant « je viens de lemonde.fr/budget-2026 », donc Facebook est au courant, il sait de quelle page vous êtes en train de venir, je ne suis pas persuadé que ce soit très sympathique comme idée.
Kit de démarrage pour surfer sur le Web
Heureusement Firefox n’est pas tout seul. Il existe des extensions supplémentaires qu’on peut ajouter au navigateur.
Ça c’est mon kit de démarrage, que je conseille en général, il peut exister d’autres extensions, parfois complémentaires, mais je sélectionne celles-là parce qu’elles ont le bon goût d’être libres et de pas faire de choses un peu bizarres :
- uBlock Origin [2]
- Privacy Badger [3]
- Cookie Autodelete [4]
- Consent-O-Matic [5]
- Decentraleyes [6]
- Facebook Container [7]
- Google Container [8]
Certains bloqueurs de pubs, que je ne nommerais pas, OK bloquent des pubs, mais parfois en profitent pour glisser en d’autres, qui les arrangent mieux. Ce n’est pas forcément une bonne idée.
Toutes ces extensions-là vont permettre globalement, je ne vais pas forcément faire tout le détail, de bloquer des traqueurs, elles permettent d’éviter le chargement de certains sites, par exemple d’aller chercher des polices de caractères supplémentaires ailleurs, certaines images, je pense à Decentraleyes par exemple. En fait, il va lui-même fournir ce qu’il faut au site pour qu’il fonctionne, plutôt que le site aille demander « va me chercher ça là-bas, va me chercher ça là-bas », ce qui permettrait au passage, à différents fournisseurs, de savoir ce que vous êtes en train de faire.
Et vous avez des containers, style Facebook Container, Google Container, qui vont vous permettre quand même de vous connecter à peu près bien sur vos réseaux sociaux, par exemple, tout en limitant le tracking.
Du coup, une fois qu’on installe ces extensions, voilà ce qui se passe. On retourne sur lemonde.fr, il n’y a plus que ça ; on va sur darty.fr, il n’y a plus que ça ; et on va sur leboncoin.fr, il n’y a plus que ça [Peu de triangles reliés au point central, donc peu de requêtes émanant du site consulté, NdT]. Ça fait le ménage. Est-ce que c’est fiable à 100 % ? Non. Parfois il y a quand même des traqueurs qui ne sont pas listés, mais globalement c’est quand même assez puissant, aucune solution n’étant parfaite de toute manière.
Tout à l’heure on était devant une espèce d’hydre énorme qui voulait pomper toutes nos données, à vouloir voir ce qu’on fait partout, etc., eh bien maintenant les traqueurs sont un peu hébétés, ils ne savent plus trop comment faire. On les a donc neutralisés, en quelque sorte, du mieux qu’on pouvait, peut-être que, par endroits, des choses ne sont pas bloquées, mais, dans la grande majorité, on est tranquille.
Du coup, pour le monsieur qui n’avait pas de bloqueur de publicité, voici la vie sans publicité, c’est un peu plus confortable ! [Page du monde.fr sans les publicités précédentes, NdT]. Je sais que ça peut amener des questions sur le modèle économique, etc. On pourra en débattre plus tard si vous voulez. L’intérêt n’est pas tant de bloquer la publicité en tant que telle, c’est vraiment de limiter le tracking. La publicité, admettons, pourquoi pas, mais si c’est au prix de ma vie privée quand je sors sur Internet, je ne suis pas convaincu que le jeu en vaille la chandelle. Malheureusement, beaucoup d’acteurs du numérique ne voient que l’aspect économique des choses et se préoccupent assez peu de ces questions-là.
Briser les chaînes - Les formats propriétaires
Maintenant que nous avons navigué sur le Web de manière un peu plus sécurisée, on va dire, nous allons devoir briser certaines chaînes, voire toutes si on peut. Je vous dis tout de suite qu’on ne va pas arriver à briser toutes les chaînes, en tout cas pas d’un seul coup et pas tout de suite, mais on va quand même y arriver.
On va se retrouver face à un autre type de créature. Ça vous fait pas peur ça ? Non ? Vous devriez avoir peur. Voici le cauchemar : trois machines à café, trois formats différents de dosettes. Est-ce que c’est un progrès ? Je ne suis pas convaincu. Je vous présente Mesdames et Messieurs, sous un tonnerre d’applaudissements, les formats propriétaires.
[Applaudissements]
Plus fort. Merci. Il existe des formats propriétaires de toutes sortes. Là je vous ai mis des formats physiques, ça existe aussi dans le numérique, bien entendu, mais je voulais une illustration un peu concrète, de la vie de tous les jours. Les formats propriétaires visent à une seule chose : rendre les clients captifs et les forcer à acheter les produits du constructeur, du vendeur, ce que vous voulez. Le problème c’est qu’une fois que vous êtes rentré dans un système propriétaire, en sortir c’est pénible, parce que, quand vous avez déjà déboursé je ne sais combien d’euros dans une machine comme cela, vous n’avez pas envie d’en acheter deux autres juste pour avoir des dosettes de toutes sortes, vous allez forcément rester dans l’écosystème.
Est-ce que cela vous fait peur [Cafetières classiques, NdT] ? Non, bien sûr que non. Pourquoi ? C’est le même format et c’est ouvert, c’est juste du café moulu dans les trois cas. On prend n’importe quel sachet de café moulu et on est bon. Très bien. Ça c’est du progrès.
Dans le monde du numérique, vous avez je ne sais combien de formats propriétaires, j’ai pris ceux que tout le monde connaît le plus, donc des formats de Microsoft Office par exemple. Il y a des subtilités, ils ont pondu des formats docx, xlsx, qui sont censés être un peu ouverts, un peu standards, mais, dans les faits, ça ne marche pas très bien parce que ça n’a pas été très bien fait. C’est compliqué.
Interopérabilité !
En face, par exemple, vous avez plutôt des formats de type Open Document Foundation, qui sont lisibles par des logiciels type LibreOffice ou autre, qui sont très bien standardisés, aucun problème, la norme est tout à fait ouverte, n’importe quel logiciel qui veut implémenter ça le peut, il n’y a pas de problème. C’est ce qu’on appelle l’interopérabilité. Ça a l’air de rien, mais c’est fondamental. Pourquoi ? Comme je vous ai dit tout à l’heure, un format propriétaire va naturellement vous enfermer dans un écosystème. Quand je dis à des gens, par exemple, « tu peux utiliser LibreOffice [9] », on me répond « oui, mais tout ce que j’ai fait sous Word, je ne peux pas ouvrir mes anciens documents avec LibreOffice, ça ne marche pas très bien, etc. ». Donc cercle vicieux, on continue à utiliser les mêmes logiciels, on n’en sort pas.
Alors que là si je vous dis, j’ai plein de documents faits avec LibreOffice, LibreOffice ne me plaît pas, ce n’est pas grave, j’en prends un autre, il y en a d’autres, il y a AbiWord [10], il y a tout ce qu’on veut, ce n’est pas grave.
Les formats, c’est une grosse épine dans le pied, ça fait très mal, mais ce n’est pas le pire du problème. Voici le big boss, j’ai envie de dire le big boss final de tous les boss finaux. Celui-là est assez méchant. Avec les formats propriétaires, vous pouvez quand même utiliser le logiciel, à peu près sur la machine que vous voulez, parfois il y a des restrictions d’installation, je pense que certains commencent à me voir venir, mais le big boss final, c’est ça, c’est un exemple, il n’y a pas que lui : Microsoft 365 avec son système d’abonnement. N’est-ce pas magique ? Vous n’avez même plus le logiciel. Vous voulez continuer à travailler, eh bien il faut continuer à vous abonner, facile. Là on est un peu sur le summum du client captif, je ne sais même pas s’il est encore possible de se procurer des versions modernes de Microsoft Office sans abonnement, en tout cas ça devient très compliqué. Mais ils sont sympas, il y a différentes gammes de prix, ils sont trop cool ! Et puis vous avez des réductions par moment, c’est génial.
On a typiquement le même modèle chez Adobe par exemple avec Illustrator, Photoshop. C’est le même modèle. Vous ne pouvez plus télécharger un logiciel de chez Adobe, l’installer, il faut forcément passer par l’abonnement, la licence, etc.
Il y a plein de services comme ça, du Google Maps, du Google Forms, du Zoom, tout ce que vous voulez. Ce sont des services qui vont essayer au maximum de venir s’insinuer dans vos usages quotidiens et, une fois que c’est entré dans vos routines, particulièrement dans le monde professionnel, pour sortir de là, à chaque fois l’excuse c’est « oui, mais c’est trop cher, maintenant on a mis ça en place, ça marche. ». On est un peu démuni.
Je reprends un petit dessin de notre ami Gee [11], je ne sais pas s’il est là aujourd’hui, vous aurez peut-être l’occasion de le croiser, il fait partie de l’April, il aime bien dessiner des petits dessins. Ça dit « Mais bien sûr que vous êtes libre ! Pourquoi allez-vous donc penser le contraire ?! ». C’est sûr, tu as Windows d’un côté, le Cloud Azure, Microsoft 365 de l’autre. On n’en finit plus, c’est ce que je disais tout à l’heure. En fait, on se retrouve dans un écosystème dont on n’arrive plus à sortir parce que tout est tellement interconnecté, on n’a même pas le temps de réfléchir que hop, ça part sur OneDrive et c’est terminé !
Des services libres
Du coup, en face, qu’est-ce qu’on peut faire ?
Rassurez-vous, il existe quand même des services libres qu’on peut utiliser en toute tranquillité. Par exemple Framasoft [12], il y a quelques années, a lancé une campagne Dégooglisons Internet [13], s’il vous plaît, l’objectif c’était de fournir un certain nombre de services. Ce ne sont pas forcément eux qui ont créé les services en soi, mais ils les ont en grande partie mis à disposition, voire améliorés. J’ai fait une toute petite sélection, il y en a beaucoup plus que ça. Typiquement on a
- Framacarte pour faire de l’édition de cartes collaboratives. Je vais rebondir là-dessus vite fait. Un concurrent direct de Google Maps c’est OpenStreetMap [14] je ne l’ai pas mis là. Si vous voulez une alternative, c’est plus OpenStreetMap qu’il faut aller voir. Mais pour l’édition de cartes, si vous voulez dessiner un plan avec un parcours de trail, vous pouvez utiliser Framacarte..
- Framaforms va remplacer Google Forms.
- Framatalk, c’est plus pour les visios..
- Framedate pour tout ce qui est sondage pour choisir une date à plusieurs, typiquement ça va remplacer Doodle. Il fonctionne très bien. Je le pousse souvent parce qu’il est très simple, il n’y a pas besoin de compte, rien du tout, c’est très facile d’utilisation..
- Framacalc va remplacer un service type Google Spreadsheet pour que vous puissiez partager des tableurs et les éditer de manière collaborative, ce qui est très important..
- Framapad, un peu dans la même veine, va remplacer Google Docs. C’est plus un éditeur de texte basique sur lequel vous pouvez venir éditer à plusieurs en même temps, d’ailleurs comme Framacalc, on pourra éditer en même temps. Je pense souvent aux étudiants, moi-même quand j’étais étudiant, Adrien pourra en témoigner, on utilisait beaucoup ça pour rédiger des travaux en commun plutôt que de faire un fichier word, que chacun édite successivement. Non, en fait on venait tous là, on éditait directement et paf. C’est super efficace.
Il y a d’autres services de ce type-là, vous pouvez aller voir sur le site degooglisons-internet.org, je pense que ça peut vous servir.
Est-ce qu’il y a une alternative pour chaque service propriétaire existant ? Bien sûr que non ? Est-ce que ça remplit exactement les mêmes fonctions que les services propriétaires ? Sans doute pas. Mais, pour un usage relativement simple – et encore, il y a des outils libres qui sont extrêmement puissants, on le verra tout à l’heure –, ça peut quand même vous aider.
Pareil, quand vous adressez à des gens qui ne connaissent pas, etc., je pense qu’il ne faut pas forcément essayer de les convertir de bout en bout en leur disant « tu vas installer GNU/Linux, tu vas mettre LibreOffice, etc. » Il faut essayer d’y aller plutôt par étapes. Typiquement, ce genre de service est assez indolore, c’est vraiment l’intérêt de ce genre de service, ça permet aussi d’avoir des feedbacks parce que quand il y a des choses qui buguent ou des problèmes d’ergonomie qui ne sont pas bons, on peut les remonter. Je vais y revenir après.
Et là, d’un seul coup, on n’est plus face à Godzilla, mais on est bien, dans la prairie, on court, on est libre et ça va mieux, on respire.
Vous allez me dire « c’est bien beau Matthieu, mais des logiciels libres, des logiciels libres partout, regarde au travail, comment je fais ? Je ne peux pas dire à ma boîte, à mon patron ou à mon SI « laisse tomber Word, utilise LibreOffice ». Ça ne marche pas. C’est ce que je vous disais au début, il ne faut pas forcément chercher à vouloir tout convertir d’un seul coup, il vaut mieux essayer d’y aller étape par étape.
Quand vous avez des collègues qui veulent organiser un afterwork, par exemple, profitez-en pour leur glisser « Doodle, pas terrible, c’est un service propriétaire, on ne sait pas trop ce qu’ils font de nos adresses mail, etc. », vous pouvez plutôt leur dire « tiens Framadate », ça suffira, pas besoin de plus que ça, des petites choses comme ça.
La curiosité est un trésor
Quand on embarque dans le monde du logiciel libre, je pense qu’il faut garder à l’esprit que la curiosité est un trésor, comme je l’ai écrit, c’est ce qui va vous permettre d’aller plus loin à chaque fois, qui va vous permettre d’aller explorer des choses, qui va vous permettre de découvrir des choses, d’être de plus en plus à l’aise dans cet univers-là et de plus en plus connecté, j’ai envie de dire, avec cet univers-là.
Je ne l’ai pas expliqué au début, mais une des raisons pour lesquelles j’ai voulu proposer cette conférence c’est que moi-même je baigne dedans depuis plusieurs années et, au bout d’un moment, je me rends compte que j’utilise des logiciels libres, je suis sous GNU/Linux à la maison partout sur mes ordinateurs, je finis par ne plus m’en rendre compte. En fait, c’est devenu un réflexe, il ne me vient même pas à l’idée d’acheter un ordinateur avec du Windows dessus, je ne suis plus du tout dans ce monde-là à titre personnel. Après, dans le milieu professionnel. C’est cette curiosité qui m’a permis d’avancer. À chaque fois que je rencontrais un obstacle, parce qu’il y en a, eh bien j’allais plus loin, j’allais voir des gens, j’allais chercher sur des forums, je posais des questions. On va voir que c’est aussi la communauté qui va nous permettre d’avancer.
Quand on découvre le logiciel libre, on est un peu « mais c’est incroyable, je peux avoir ce logiciel-là gratuitement et, en plus, je peux même le modifier si je veux, c’est incroyable ! »
Un exemple d’un logiciel en partie libre, Ubuntu [15] qui est la distribution Linux probablement la plus démocratisée, qui fonctionne super bien aussi parce qu’elle a fait quelques compromis par exemple en autorisant l’installation de pilotes propriétaires, je pense notamment à certaines cartes graphiques. Si on veut que ça fonctionne, parfois il n’y a pas d’alternative libre. Il y a des pilotes graphiques, mais il n’y en a pas forcément qui fonctionnent très bien sur toutes les cartes, etc., il faut donc arriver à faire des compromis. C’est le parti pris de Ubuntu. D’autres distributions Linux vont être beaucoup sévères dans leur sélection de critères, qui vont vraiment ne fournir que du logiciel libre.
Est-ce que quelqu’un ne sait pas ce que c’est une distribution Linux ? On me montre un t-shirt Arch Linux. Typiquement Arch Linux [16] est une distribution 100 % libre, qui fonctionne très bien. Mais, toujours dans l’idée d’y aller étape par étape, surtout quand on ne connaît pas, dire à quelqu’un « tu vas installer Arch Linux », je pense qu’on partagera cet avis, il faut être motivé. C’est possible, il n’y a pas de problème, mais il faut être motivé, il faut être dégourdi, il faut avoir un peu d’expérience. Tandis que le gros avantage d’Ubuntu c’est qu’on ne va pas être trop perdu, c’est une disposition de bureau classique, on peut installer des logiciels avec une espèce de store d’applications, on retrouve Firefox par défaut. On n’est pas perdu !
Ensuite, lorsqu’on a donc une distribution GNU/Linux, ou qu’on veut juste utiliser des logiciels libres, il faut essayer de mesurer un peu l’étendue de ce que propose l’univers du logiciel libre, ce n’est pas facile. J’aurais pu faire une heure de conférence sur un catalogue de tout ce qui se fait en logiciel libre, mais, en vrai, c’est à chacun de découvrir aussi en fonction de ses besoins. Si je vous parle trois quarts d’heure de tout ce qui concerne l’édition vidéo, ça ne va pas forcément vous intéresser.
Je voulais juste vous montrer deux/trois exemples pour que vous ayez une petite idée, surtout ceux qui ne connaissent pas, de ce que peut proposer le logiciel libre.
Vous avez la suite LibreOffice, dont j’ai parlé un petit peu plus tôt, qui se pose en alternative à Microsoft Office, qui fonctionne généralement bien. Ce n’est pas du un pour un, encore une fois, on ne retrouve pas forcément nécessairement toutes les mêmes fonctions. LibreOffice va avoir du mal à ouvrir certains documents provenant de Word, mais, dans la majorité des cas, ça va aller.
Et lorsqu’on veut un peu plus se divertir on peut trouver des jeux vidéo, typiquement ici 0. A.D. [17], c’est même en 3D, c’est vous dire ce qu’on arrive à faire en logiciel libre, c’est fou.
Vous allez trouver des logiciels d’édition 3D, de modélisation 3D comme Blender [18]. C’est simple, avec Blender on peut faire des films. Ce n’est pas compliqué, c’est très clairement un logiciel de catégorie industrielle. C’est porté par une fondation, on s’en sert pour des productions, on n’est pas du tout sur un logiciel amateur, on est sur quelque chose de très professionnel et c’est libre, entièrement libre, il n’y a pas un bout de code propriétaire dedans. Pour pratiquer moi-même ce genre d’outil à mes heures perdues, je peux dire que ça marche extrêmement bien.
Et puis on peut très bien aussi trouver du logiciel libre avec des aspects plus scientifiques, par exemple RStudio [19] qui va permettre de faciliter vos analyses statistiques par exemple, vous allez pouvoir faire des scripts qui vont analyser des données, qui vont sortir de la data visualisation, comme on dit, et ce entièrement gratuitement. Dans ma famille, un proche a fait entièrement sa thèse avec RStudio et ça donne des résultats très satisfaisants.
Ceci est un léger panorama, mais ça donne un peu une idée de l’étendue. On va de logiciels assez grand public à des logiciels très pointus en passant par des logiciels de 3D. Il y en a d’autres, il y a de la musique, etc.
Vous n’êtes pas seul
Si vous avez un peu le vertige quand vous regardez le monde du logiciel libre, que vous le découvrez, vous dites « oh, là, là, il nous parle de ça, il nous parle de ça, je ne vais jamais m’en sortir, je ne sais même pas installer GNU/Linux ! », ne vous découragez pas, vous n’êtes pas seul, je pense que le Capitole du Libre en est la preuve. Le monde du Libre c’est aussi un assemblage de communautés, c’est un assemblage de volontés, c’est un assemblage d’événements. Tout cela constitue vraiment un univers dans lequel vous ne serez plus juste le petit pingouin perdu dans son étendue, aussi magnifique soit-elle, très grande et vaste.
Pour citer quelques associations et quelques groupes, que vous trouverez ici.
Vous avez l’April [20] qui, tous les ans, a un stand au Capitole du Libre. C’est une association qui va vraiment faire la promotion et la défense du logiciel libre. Si vous trouvez des représentants de l’April, je pense que vous pourrez leur poser toutes les questions que vous voulez, il n’y aura pas de problème.
Vous avez Framasoft, j’en ai parlé un peu plus tôt, qui propose pas mal d’éducation populaire autour du numérique, qui propose des services libres, qui s’occupe pas mal de médiation.
Et CHATONS. CHATONS [21], ce n’est pas une association en tant que telle, c’est une initiative issue de Framasoft parce qu’on s’est vite rendu compte que c’est bien de proposer des logiciels libres et des services libres, mais le faire tout seul ce n’est pas possible. On ne peut pas dire « je vais Dégoogliser Internet » et faire un Internet de Framasoft, ça n’aurait aucun sens, parce que, du coup, on se retrouve dans une architecture centralisée et, à la fin, il n’y a rien de gagné. C’est libre, mais on se retrouve avec un seul acteur majeur et ça ne nous arrange pas. Ils ont donc voulu essaimer, ils ont donc aidé des associations, sans doute la plupart déjà existantes ou nouvellement créées, qui se sont un peu emparées de la question et qui, elles-mêmes, proposent certains services en hébergement. Vous pouvez vous rapprocher de Framasoft aussi pour cette question-là, vous pouvez consulter Internet, vous trouverez la liste des associations qui sont recensées sous l’initiative CHATONS pour trouver les associations locales les plus proches de chez vous par exemple.
En parlant d’associations locales, on parle bien souvent de groupes d’utilisateurs Linux ou de groupes d’utilisateurs de logiciels libres, les GULL, c’est pareil, c’est l’appellation un peu générique pour identifier toutes les associations qui vont faire des actions autour du logiciel libre, par exemple qui vont faire des install parties. Vous avez une install partie actuellement au premier étage de ce bâtiment, donc, si vous avez des problèmes sur votre ordinateur, si vous souhaitez installer GNU/Linux, allez voir nos camarades de l’install partie. Il y a souvent des associations qui organisent ça localement, ça peut être juste sur un problème très ponctuel, par exemple un logiciel qui ne se lance pas ou qui a un bug, ils vont regarder. Peut-être que parfois on ne peut pas vous aider, mais, dans la très grande majorité des cas, on arrive à apporter une solution.
Action publique – Médiation numérique
À ne pas négliger, je n’ai pas tellement développé parce que je ne suis pas hyper au point, mais je sais qu’il existe des initiatives publiques de certaines municipalités, de certaines métropoles, où sont mis en place des créneaux de médiation numérique qui peuvent aussi être en lien avec le logiciel libre. Je sais que du côté où j’habite, on a une municipalité qui commence à préparer une install partie pour l’année prochaine, notamment suite au fameux problème du passage à Windows 11. Beaucoup d’ordinateurs se retrouvent un peu sur le bord de la route parce que Microsoft dit qu’ils ne sont pas compatibles avec Windows 11. C’est peut-être l’occasion, pour certains, de basculer sur GNU/Linux, parce que ça fonctionnera.
L’Agenda du Libre
Pour retrouver les différents événements qui peuvent graviter autour du logiciel libre, vous pouvez consulter l’Agenda du Libre [22]. C’est un agenda dans lequel sont recensés, au moins au niveau national, les événements autour du Libre, ça concerne tous les évènements, les petits événements comme les gros. S’il y a genre une permanence de telle association, tel jour, ce sera probablement noté dans l’Agenda du Libre. Si ça ne l’est pas, demandez-leur de le noter, comme ça on y voit plus clair. C’est participatif, il ne faut pas hésiter.
Au niveau international
Vous n’êtes pas seul non seulement en France, mais vous n’êtes pas seul aussi au niveau international, parce que le monde du libre n’a pas de frontières, c’est global. Vous allez trouver des personnes à l’autre bout du monde qui peuvent vous répondre sur des questions techniques, ou non, dans différentes communautés, il suffit de chercher sur Internet, il n’y a pas de mystère. Vous allez trouver différentes communautés, certaines généralistes, certaines qui vont graviter autour d’un logiciel. Par exemple trouverez des forums pour LibreOffice ou pour Firefox. Vous trouverez toujours des gens qui seront prêts à vous aider. Je n’ai jamais vu un libriste pas prêt à aider, ça n’existe pas.
Bienvenue dans la communauté du Libre !
On arrive au bout de cette présentation et je voudrais souhaiter la bienvenue dans la communauté du Libre à ceux qui nous rejoignent. J’espère qu’à ceux qui y étaient déjà ça aura apporté des réflexions et peut-être des approches pour en parler aussi autour de vous. J’aime bien l’approche d’y aller progressivement, un pas après l’autre, sans forcément brusquer. Je sais que parfois on peut avoir des discussions passionnées autour du Libre et ça peut rebuter les gens qui sont en face, qui disent « c’est un peu bizarre ton truc ! ». Il vaut donc mieux essayer d’y aller par petites touches même si la personne n’aura installé que Firefox sur son Windows, ce sera toujours ça. L’important c’est la réflexion, c’est le chemin et chacun avance à sa manière.
Je voudrais vous remercier tous et toutes pour m’avoir écouté et puis l’équipe du Capitole du Libre. Merci Adrien pour l’ordinateur.
Si vous avez des questions je vous écoute. N’hésitez pas, je ne mange pas, je ne mords pas. On vous apporte un micro, pour l’enregistrement il faut qu’on puisse entendre votre question.
Questions du public et réponses
Public : Bonjour. Tout d’abord merci pour la présentation. Tout au début vous avez présenté un graphe sur l’ami Firefox. Après installation de quelques bloqueurs, on a vu que les liens se sont réduits. Ma curiosité c’est de savoir si la réduction des liens est liée à tous les bloqueurs qui ont été mis en place ou c’est un seul bloqueur. Quel est le bloqueur le plus efficace qui vous a permis de sortir le dernier graphe ? Merci.
Matthieu Hazon : Merci beaucoup pour la question, c’est une très bonne question.
Le résultat que vous avez vu est issu de l’ensemble des extensions que j’ai ajoutées. Je vais revenir sur la slide, ce sera plus facile pour discuter.
Je dirais que la principale à installer au tout début c’est uBlock Origin, c’est vraiment le bloqueur de publicité, c’est lui qui a la majeure partie des traqueurs listés dans ses listes noires.
Vous avez aussi, par exemple, Privacy Badger dont l’utilité est d’empêcher l’affichage de contenus embarqués, par exemple une vidéo YouTube ou un post Twitter. Si vous allez sur une page, que dans la page est intégré un commentaire Twitter, de base il va le bloquer, sinon ça peut être considéré comme du contenu légitime et ça va passer. Privacy Badger va bloquer par défaut, mais vous pouvez cliquer dessus pour débloquer le contenu si vous voulez le voir. C’est un comportement qui permet d’abord de se prémunir et puis, si vraiment on sent qu’on a un intérêt à aller voir ça, on a le contrôle, ça permet d’avoir le contrôle sur ce qui s’affiche.
Cookie AutoDelete va permettre, au fur à mesure, de supprimer les cookies qui s’installent sur le navigateur. C’est important parce que quand vous avez des cookies qui s’accumulent dans votre navigateur, ça fait autant de données qui peuvent permettre des croisements dans votre navigation.
Consent-O-Matic est une extension qui va automatiquement sélectionner ou refuser tout dans les bannières cookies. Ça marche dans 90 % des cas. Je l’ai depuis plusieurs années et ça marche très bien.
Decentraleyes, j’en ai parlé, ça va bloquer des contenus externes, c’est un peu plus technique, typiquement des polices de caractères, des choses comme ça.
Dans l’ordre, je dirais uBlock Origin, mais les autres sont aussi importants et il y en a peut-être que j’ai oublié. Il faut parfois être un peu agressif sachant que malheureusement, parfois, certains traqueurs vont quand même être chargés et vont regarder la liste des extensions qui sont installées. Ils ont juste à tester si certaines fonctions sont présentes et fonctionnent. Ça leur permet de savoir quelles extensions sont installées sur le navigateur et, du coup, ça permet d’avoir un petit élément parmi d’autres pour avoir un profil un peu précis de qui vous êtes.
Est-ce que ça répond à votre question ? Merci beaucoup.
Public : Merci pour la présentation. Ma question est un petit peu sur le même sujet. Ces bloqueurs-là sont présents surtout sur les navigateurs, donc quand on est sur son PC. Quid du téléphone ? Est-ce qu’on peut avoir les mêmes bloqueurs lorsqu’on utilise Firefox par exemple ? Est-ce qu’il y a des moyens de se prémunir a minima sur le navigateur de son téléphone ?
Matthieu Hazon : Très bonne question aussi. Merci. Je n’ai pas trop parlé du mobile, c’est vrai, je m’en excuse. L’univers du mobile est encore un peu particulier. La bonne nouvelle c’est qu’il existe Firefox pour mobile sur lequel vous pouvez aussi installer la plupart de ces extensions-là.
Est-ce que vous avez d’autres questions avant d’aller manger ?
Public : Bonjour. Par simple curiosité, comment fonctionne le modèle économique du Libre ?
Matthieu Hazon : Merci. Très bonne question. On va faire une conférence de deux heures sur le sujet après ! Non ! C’est un très vaste sujet.
Libre ne rime pas nécessairement avec gratuit, puisque ça représente des sommes considérables de travail, et je pèse mes mots, on ne s’en rend pas compte, mais il faut une équipe entière pour Firefox, les extensions demandent énormément de travail, souvent plusieurs personnes.
Ça dépend des projets.
Certains projets font le choix de rester entièrement bénévoles, en gros ils ne se financent pas, ils font ça parce qu’ils y croient et ça a du sens pour eux.
Certains outils vont proposer des offres complémentaires payantes, je pense par exemple à Blender. Le logiciel Blender est complètement libre, il n’y a pas de problème. À côté, ils proposent, par exemple, je ne sais pas si c’est encore d’actualité, je ne sais plus, en tout cas, à une certaine époque, ils proposaient le Blender Cloud, un service pour étendre un peu leur gamme, c’était tout simplement des abonnements ; ça peut être ce genre de modèle-là.
Certains projets font appel aux dons, Framasoft par exemple, l’April, les associations en général fonctionnent sur la base du don.
Il y aurait sans doute d’autres exemples. Souvent on essaye de trouver des mécanismes complémentaires qui vont permettre de conserver cet aspect libre tout en proposant des petits services en plus, qui ne sont pas essentiels mais qui peuvent quand même être utiles et qui permettent aussi aux utilisateurs de soutenir financièrement. C’est vrai que parfois on aimerait bien soutenir tel logiciel, c’est important de pouvoir faire simplement un don.
Merci. Je ne sais pas s’il y a encore une dernière question, mais la conférence touche à sa fin. Ça tombe bien parce qu’on a faim.
Je vous remercie beaucoup, encore une fois, d’être venus à cette présentation et je vous souhaite un très bon Capitole du Libre. Si vous avez encore des questions, je suis disponible. Merci à vous.
[Applaudissements]