La Contre-Voie débarque sur Facebook, et vous explique pourquoi Capitole du Libre 2025

Enjeux de sensibilisation en terres inconnues… et parfois hostiles ?
La Contre-Voie a pour objectif de sensibiliser des publics non-initiés à l’éthique dans le numérique, en complémentarité avec son activité d’hébergement de services libres et alternatifs. Et pourtant, tout en critiquant les géants du numérique, l’association communique désormais sur ces mêmes réseaux propriétaires qu’elle combat. D’où vient cette posture ? S’agit-il d’une nécessité pour les structures libristes qui s’adressent à des publics non-initiés ? Est-ce un moyen efficace d’atteindre ce public, ou une perte de temps ? Après sept ans de communication quasi-exclusive sur Mastodon, La Contre-Voie ouvre des comptes sur les plateformes et réseaux propriétaires, avec pour ambition d’atteindre d’autres publics que le milieu libriste.

Bonjour à toutes et à tous.
Je m’appelle Neil, aujourd’hui la conférence s’appelle « La Contre-Voie débarque sur Facebook et vous explique pourquoi ».
Tout d’abord merci à l’équipe du Capitole du Libre et à la sono pour toute l’organisation et le matériel, c’est quand même vachement chouette de pouvoir se faire enregistrer.
Je vais prendre les questions au fil de l’eau, donc n’hésitez pas si vous avez envie de poser une question, levez la main, je la répéterai, ça sera un petit peu plus interactif, comme cela je vais moins vous endormir.
C’est un sujet un peu clivant, vous imaginez. Je ne m’attends pas à ce que toutes les personnes, au Capitole du Libre, aient envie de parler d’un sujet clivant, elles ne sont pas forcément là pour ça, mais je pense que c’est important de visibiliser ce sujet, en tout cas pour nous c’est important de le faire, donc je mets les pieds dans le plat : La Contre-Voie débarque sur Facebook !

Je m’appelle Neil, je l’ai déjà dit. Je suis admin-sys à La Contre-Voie [1], en gros je m’occupe des serveurs informatiques de l’association.
La Contre-Voie est une association qui a pour but de promouvoir l’éthique dans le numérique, c’est vachement large comme sujet, forcément. Pour préciser ce que nous faisons comme activités, nous organisons ce qu’on appelle des activités d’éducation populaire, on fait de la sensibilisation auprès de personnes qui ont l’habitude d’utiliser WhatsApp, Google, Microsoft et compagnie, pour guider ce public vers des logiciels qui vont être plus respectueux de leur vie privée, qui vont prendre un peu plus soin de leurs données, évidemment avec toute la théorie qui va avec sans forcément rentrer dans le jargon technique. Cette question de vulgariser nos enjeux auprès de notre public est importante. Les cafés vie privée, par exemple, c’est vraiment le genre d’activité qui attire un public qui va être assez néophyte sur ce sujet-là, mais qui va s’intéresser, un petit peu curieux et intéressé par le numérique. Le but c’est quand même de créer des moments d’échanges autour de nos enjeux, de les visibiliser, d’amener la réflexion, de parler du comment et du pourquoi protéger nos données numériques.
Comme beaucoup d’associations dans le milieu du logiciel libre, à côté de ça on héberge des services numériques éthiques, qui vont donc prendre soin des données des gens, qui ne sont pas hébergés sur un cloud américain qui revend les données. Je pense que vous connaissez ce genre de profil associatif qu’on retrouve bien assez au Capitole du Libre ou dans d’autres événements de logiciels libres.
À côté de ça, ça fait beaucoup mine de rien, on commence, depuis l’année dernière, à accompagner des associations et des organisations de manière générale vers des outils numériques éthiques. Accompagnement ne veut pas dire qu’on va juste leur mettre sur une table « tenez votre Nextcloud [2], votre logiciel libre qui va vous aider. » On va accompagner les gens, on va aller auprès des bénévoles, auprès des salariés de la structure et on va les guider, les former. Ça prend du temps, nous passons notre temps à répéter les mêmes choses, ça fait partie de notre travail.

Étude du public

Je parle beaucoup de notre public, public néophyte, parce que c’est important, quand on fait des activités, de savoir quel est le public qu’on cible. Nous avons donc mené une petite étude, pas très sérieuse, pas très professionnelle, de notre public, on s’est posé forcément cette question. C’est important, pour nous, de distinguer deux types de public dont le premier nous intéresse plus que le deuxième.
Le premier, c’est le public non-initié. Son profil, ce sont des personnes qui n’ont pas conscientisé leurs usages du numérique, qui, typiquement, ne vont pas être sur GNU/Linux, qui ne vont pas avoir un téléphone dégooglisé. Un public qui découvre vraiment ces enjeux et c’est le public qu’on souhaite avoir dans nos activités.
On va le différencier d’un public qu’on va considérer comme initié, qui a donc déjà au moins un téléphone dégooglisé ou/et ordinateur sous GNU/Linux. Qui, dans cette salle, fait partie de la deuxième catégorie ? OK, on va faire l’inverse : qui, dans cette salle, fait partie de la première catégorie ? Une, deux personnes, trois personnes sur une quinzaine, une vingtaine de personnes. Là on est clairement devant le deuxième public, en fait le public qui n’est pas notre cible, mais je m’y attendais, évidemment, puisque nous sommes au Capitole du Libre.

Notre but n’est pas de faire de l’entre-soi. On ne va pas expliquer à des gens sous GNU/Linux pourquoi GNU/Linux c’est bien et comment l’installer, ça ne sert à rien, ces personnes savent déjà. On se pose donc la question : comment se faire connaître auprès du premier public, le public qui nous intéresse, comment et quels réseaux sociaux utiliser pour toucher ce public ? Il y a aussi le bouche-à-oreille, ça marche bien le bouche-à-oreille, mais ce n’est pas toujours suffisant.
Nous avons des connaissances assez poussées sur les outils numériques, c’est un peu prétentieux de dire ça, je veux dire que nous avons quand même une aisance avec les outils numériques qui fait qu’on est à l’aise avec le numérique, on peut utiliser le numérique à son plein potentiel pour toucher le public que nous voulons, on peut faire plus que du bouche-à-oreille, on peut essayer de cibler des publics à travers les réseaux sociaux parce qu’on sait faire.
C’est important parce que notre public a besoin de savoir ce qu’on fait, quand on le fait. Par exemple, quand on organise des événements, savoir quand a lieu l’événement qu’on a planifié dans deux semaines, le bouche-à-oreille ne marche pas super bien pour ça. C’est assez important que les gens puissent nous suivre et ça marche souvent par les réseaux sociaux.

Éventail des réseaux sociaux

Je vais vous faire un petit éventail des réseaux sociaux, en tout cas c’est ce qu’on a réalisé au début en trouvant deux études intéressantes qui se basent sur l’usage des réseaux sociaux des gens aujourd’hui, hashtag les gens. On a trouvé deux études qui nous semblent intéressantes, que je vais vous présenter ici :
Digital 2025, bon les titres, ce sont des études, donc Digital 2025 de wearesocial.com [3], qui date de février, avec pas mal de sources, pas de tranche d’âge ciblée en particulier, et des résultats que j’ai filtrés, des résultats seulement pour la France, donc j’ai pris les résultats qui nous intéressent pour la France ;
et Born Social 2025 [4], réalisée par l’espèce de cabinet, heaven.paris, qui date de septembre. C’est une étude super récente que j’ai prise vraiment pour le Capitole du Libre, pratique, qui a été réalisée sur 200 enfants de 11 et 12 ans parce qu’on essaye aussi de sensibiliser les jeunes, donc vraiment un public de cette tranche d’âge-là en essayant de faire du contenu qui va être très abordable pour des jeunes enfants, sans parler dans le jargon technique, forcément, on n’utilise pas du tout les mêmes termes quand on parle des enfants et quand on parle à des universitaires, vous l’imaginez, et ce n’est pas du tout la même manière pour captiver leur attention aussi. Du coup ça nous intéresse d’avoir des chiffres sur la façon dont les enfants utilisent les réseaux sociaux, parce que, qu’on le veuille ou non, ils les utilisent.

Première statistique intéressante qu’on trouve sur l’enquête Digital 2025, je sais pas si vous voyez bien, on s’est renseigné sur les moyens pour nous faire connaître, quel va être le premier réflexe. C’est une étude qui a été menée sur des utilisateurices de plus de 16 ans.
Pour la plupart des personnes interrogées, quand il s’agit de rechercher une organisation sur Internet, le premier réflexe c’est de taper le nom de l’organisation sur le moteur de recherche, ça marche bien, c’est super important comme chiffre. Ça peut vous paraître bête, mais c’est super important : ça veut dire qu’il faut être référencé sur les moteurs de recherche et bien référencé, parce que 60 % des personnes qui cherchent une organisation vont d’abord chercher le nom de l’organisation sur un moteur de recherche, pour le moment. ChatGPT est encore en train de se développer, vous imaginez qu’à terme il pourrait remplacer les moteurs de recherche, ça peut aussi amorcer la réflexion.
Le deuxième réflexe c’est : c’est quoi sur Instagram ? C’est vrai ?
Du coup, rien qu’en regardant les deux premiers moyens les plus fréquents pour découvrir une organisation, nous savons déjà à peu près comment fonctionner avec notre public, en tout cas un public assez large.
Le premier, c’est forcément la présence sur les moteurs de recherche et même, en tout cas pour nous, on prend le postulat, on assume le fait qu’on ne va pas bloquer les indexeurs des moteurs de recherche sur notre site et on ne va pas bloquer non plus les indexeurs IA, d’intelligence artificielle, sur notre site, parce que si, un jour, à un moment donnée, comme c’est en train de se démocratiser, les moteurs de recherche ça devient ChatGPT, nous ne serons pas référencés sur ChatGPT et nous ne toucherons pas notre public, ce qui est quand même un peu embêtant. Donc, on ne bloque pas les robots indexeurs IA.
Je pense que j’ai dit globalement que ce que je voulais dire sur cette slide. Que voulais-tu dire ?

Public : Juste une remarque : il y a beaucoup plus que 100 %. En fait, ce sont les premiers.

Neil : Il y a beaucoup plus que 100 %. Oui, parce qu’en fait il y a plusieurs choix, c’est un questionnaire à choix multiples, excuse-moi, forcément. Je n’ai pas précisé, excuse-moi, je n’ai pas cette rigueur statistique. Effectivement, les personnes ont coché plusieurs cases et il se trouve que les cases qui reviennent le plus souvent sont ces deux-là. Deuxième question ?

Public : Vous dites que vous ne bloquez pas les moteurs IA, ce qui est logique par rapport à ce que vous dites, mais vous survivez à cela ?

Neil : OK. La question : est-ce que vous vous survivez au fait que vous ne bloquez pas les pisteurs par IA, les crowlers par IA ? Ça dépend des services. Par exemple, sur notre service Git – Gitea, Forgejo –, ce genre de logiciel,je vais entrer dans le jargon technique temporairement, on utilise Anubis [5], en anglais]en anglais ou d’autres logiciels pour réguler le trafic. Sur d’autres sites, comme des sites statiques, en fait ils peuvent y aller. Notre site est statique, ils peuvent y aller, ça ne consommera rien. Après, forcément, il y a tout un système de mécanismes de protection qu’on peut mettre en place si jamais on a un afflux de trafic trop important sur un site, c’est quelque chose qu’on sait globalement faire sans trop de problèmes.

Je vais enchaîner sur la slide suivante qui est, je pense, la plus intéressante, les réseaux sociaux les plus utilisés. Encore une fois, c’est un choix multiples, encore une fois c’est aussi avec des personnes qui utilisent Internet, qui ont plus de 16 ans. La question c’est : est-ce que vous utilisez ces plateformes-là au moins une fois par mois ? Facebook est en tête du classement, incroyable, il faut croire. Ils mélangent un peu les réseaux sociaux, parce que « réseau social », c’est super vaste comme définition, ça peut inclure aussi les messageries instantanées. C’est pour cela que WhatsApp est en deuxième, mais je vais me concentrer sur les réseaux sociaux : Facebook, Instagram, Snapchat, TikTok sont vraiment les premiers, ensuite Pinterest, Linkedin, X/Twitter, Twix si vous voulez, Telegram, Discord, Skype, Reddit, BeReal.
La lecture est intéressante : typiquement, 70 % des personnes interrogées utilisent Facebook au moins une fois par mois, c’est assez intéressant comme statistique. On peut voir les usages habituels.
Ce qui est très intéressant c’est qu’un réseau social n’est pas dans cette liste-là, que vous connaissez : Bluesky, c’est vrai, il n’y a pas Bluesky, mais un autre que vous connaissez ici, Mastodon [6], je vais y revenir, ça c’est pour les enfants, ce sont les statistiques des usages des réseaux sociaux qui ont été établies sur les enfants de 11 à 12 ans. Ce graphe inclut YouTube, il ne l’inclut pas dans la statistique précédente, YouTube est sans doute en tête, c’est juste qu’ils n’ont pas inclus la question de YouTube, c’était précisé, bref je m’égare.
Tout ça pour dire que, chez les jeunes, YouTube marche vraiment bien, ensuite il va y avoir à Instagram et Facebook à 6 % et après tous les autres, BeReal à 3 %, je pense qu’il a été officiellement établi que X/Twitter c’était « facholand » pour les jeunes, ils n’y vont quasiment pas et Threads n’existe tout simplement pas, 0 %, ils l’ont quand même mis.
C’est assez intéressant de regarder ces statistiques. Snapchat est quand même encore en troisième position.

Et Mastodon

Et Mastodon du coup ? On y vient, quand même, parce que c’est le réseau social mainstream ici. Pourquoi n’est-il pas dans les chiffres ? C’est quand même bizarre, je parle du Capitole du Libre ! Quand je parle de Mastodon je fais évidemment un abus de langage. En fait, je parle du fédiverse, la constellation de réseaux sociaux, vous connaissez l’histoire, je suis au Capitole du Libre, ne me reprenez pas là-dessus, s’il vous plaît !
Je vais comparer à BeReal. BeReal, c’est le petit dernier dans le premier graphe et parmi les derniers du deuxième graphe, 3 % chez les jeunes, 7,5 % chez les moins jeunes. En base d’utilisateurs mensuels, Monthly Active Users, c’est le nombre de personnes qui ouvrent l’application au moins une fois par mois : en 2022, ils en avaient 73 millions, 2023, 47 millions, 2024, 26 millions d’utilisateurs mensuels uniques.
Prenons Mastodon, on a des chiffres. Grâce à Fediverse Observer [7], on peut savoir qu’il y a 0,9 million d’utilisateurs mensuels sur Mastodon et FediDB dit aussi 0,9 million, c’est assez précis, ça date de novembre 2025, j’ai pris les chiffres en début de semaine. On voit que c’est une application en déclin, qui arrive juste à 26 millions, alors qu’elle était vraiment au top de sa popularité en 2022 ; 26 millions contre 0,9 million, on ne va pas se mentir, Mastodon est plus inexistant encore que Threads, c’est vraiment le néant total, en fait Mastodon n’existe pas par rapport aux autres plateformes. Ça n’existe pas.

Mastodon, le réseau entre geeks – Analyse de comptoir

En fait, Mastodon est un réseau juste entre geeks. Désolé, là je fais carrément une analyse de comptoir puisque, de toute façon, il n’y a pas de chiffres, il n’y a pas d’étude sérieuse qui dépasse le simple sondage sur Internet, j’ai mis un sondage, c’est rigolo : « Linux est majoritaire », c’est incroyable ! La question c’est : est-ce que vous êtes un utilisateurice de Windows, GNU/Linux, ou de BSD, on va dire que c’est GNU/Linux, c’est un peu pareil. La question c’est : est-ce que vous utilisez Windows, GNU/Linux, BSD ou macOS ? Là, majorité GNU/Linux, c’est complètement délirant, ce n’est absolument pas représentatif de la réalité, là on parle d’une petite niche. Je vais aller jusqu’à dire « attention, hot take ». En fait, Mastodon c’est surtout beaucoup d’hommes blancs, geeks, qui ont au moins un téléphone dégooglisé ou un ordinateur sur GNU/Linux, qui travaillent dans l’informatique.
En fait, c’est exactement le public qu’on souhaite éviter, donc ça nous pose un peu problème. Ce qui est bien avec Mastodon c’est que, de manière générale, on s’entend bien avec les gens de Mastodon parce qu’on a les mêmes idées, on partage les mêmes passions, parfois, un peu les mêmes valeurs, mais ce n’est pas notre public cible, Mastodon n’est pas notre public cible. On s’entend bien avec les gens de Mastodon, mais ce n’est pas notre public cible, ça ne peut pas être notre public cible. Ou alors, l’objectif de l’association serait d’aider les gens qui utilisent GNU/Linux à mieux utiliser GNU/Linux, mais ce n’est pas notre objectif. Notre objectif c’est vraiment, comme je le disais, de toucher un public qui n’utilise pas GNU/Linux de base. Vous comprenez ce que je veux dire ?

Les Apéros Numériques

Je vais prendre un deuxième exemple au cas où. On organise des Apéros Numériques, c’est chouette comme nom, au Bêta, à Angoulême, un tiers-lieu associatif, un tiers-lieu culturel, événementiel, il y a beaucoup de spectacles là-bas, beaucoup de concerts, ça touche un public très large qui, de manière générale, est intéressé par la culture, donc plutôt de gauche, et surtout beaucoup de gens pas geeks. C’est un lieu où les gens vont pour des concerts, ils n’y vont pas pour des trucs numériques. On a donc la chance d’avoir un événement dans un lieu qui est majoritairement visité par des personnes non-geeks. Pendant les apéros numériques, on ne fait pas juste que picoler ou quoi, au contraire, on fait beaucoup de discussions, on est plutôt là pour créer un moment de convivialité, créer une communauté. C’est une activité mensuelle depuis septembre 2024, ça fait un an maintenant, on parle d’actualité numérique, on présente des outils éthiques, des sujets éthiques en fonction de l’actualité, en général ce n’est pas mal, auprès de ces publics-là. On cible donc des publics pas geeks, pas sensibilisés.
On communique sur les Apéros Numériques, on parle des Apéros Numériques sur Mastodon.
Le Bêta parle des Apéros Numériques sur son Facebook et sur son Instagram. C’est le lieu qui nous accueille, il fait un peu de com’ pour nous aussi, c’est gentil.

Statistiques au bout d’un an

Au bout d’un an, j’ai demandé aux gens qui venaient : 100 % des personnes qui nous ont connus depuis Mastodon sont un public geek, libriste, émancipé, donc pas notre public cible, 100 %, et la majorité des personnes qui nous ont connus depuis d’autres moyens, que ce soit Facebook,que ce soit Instagram, que ce soit aussi les flyers papier, parce qu’ils en font un qu’ils distribuent partout dans la ville, en fait n’étaient pas des geeks.

Public : Est-ce que tu as des statistiques ? Est-ce que tu as plus de geeks ou de gens non-initiés ?

Neil : La question c’est : est-ce que j’ai des statistiques sur le nombre de geeks ou de non-geeks sur cet événement ? C’est compliqué à dire, je vais étayer un petit peu là-dessus. En fait, il s’est construit un cercle d’habitués. Au début c’était assez équilibré et puis, bizarrement, les habitués, quelle surprise, sont des geeks. Ce n’est pas forcément un mal. On est en train de créer une communauté, ça crée un noyau dur, il y a des geeks qui viennent, ce n’est pas notre public cible, mais au moins il y a des gens, du coup on n’est pas seuls, d’autant plus qu’on touche quand même un public depuis Facebook, depuis Instagram, par le Bêta, c’est intéressant aussi.
Aujourd’hui, de manière générale, c’est vrai que dans les Apéros Numériques il y a plus de geeks encore que de personnes non-libristes parce que, tout simplement, le noyau dur des habitués reste tandis que les non-libristes – c’est tellement stigmatisant comme terme – viennent peut-être une, deux fois, trois fois et ne viennent pas forcément tout le temps.

Apéros Numériques : conclusion

Conclusion sur les Apéros Numériques : on a fait n’importe quoi ! Grosse erreur stratégique de communication. Pourquoi communique-t-on sur Mastodon et uniquement sur Mastodon ? En fait, on a un trop gros ego, on a une énorme fierté, on se dit « Facebook, ce n’est pas pour moi, je n’ai pas de compte Google, moi je suis sans GAFAM, parce que je tiens à ma vie privée », du coup le Bêta se salit les mains pour nous parce qu’ils ont un compte Facebook, ils postent, ils font notre com’ parce que nous ne sommes pas fichus d’être autonomes sur notre propre communication. C’est un peu triste. En fait, on fait de l’entre-soi mais sans s’en rendre compte.
Récemment, j’avais posé la question autour d’une table de dix personnes qui étaient rassemblées pour l’événement : qui a au moins un téléphone dégooglisé ou un ordinateur sous GNU/Linux ? Neuf personnes sur dix ont levé la main. Bon, c’était autour d’une table, il y en avait d’autres, mais c’est l’idée, cela m’interpelle aussi, on fait de l’entre-soi sans s’en rendre compte.
Ta question.

Public : Qu’est-ce que le Bêta ?

Neil : Je ne sais pas si tu es arrivé entre-temps, le Bêta est un tiers-lieu associatif culturel, je l’ai dit juste avant.
Donc trop bien, le Libre fait unanimité, mais du coup, quel intérêt ? Le Libre a gagné, on peut arrêter l’association. L’objectif de l’association est atteint, donc on la dissout ! Non ! Non, parce qu’on se trompe de public.

Public : Le fait qu’il y ait un public geek aux Apéros Numériques, c’est bien, mais est-ce que ça fait peur ? C’est bien parce que tu as plus de gens pour prêcher la bonne parole aux non-geeks.

Neil : La question, en gros, c’est : est-ce que le fait qu’il y ait plus de geeks aux Apéros Numériques que de personnes non-geeks c’est bien ou ça fait peur ? Un peu des deux. Disons que quand tu as à la table, neuf personnes sur dix, je m’en souviens j’étais à cette discussion, en fait, effectivement, tout le monde est pro-Linux et, à la personne qui est en mode « je découvre », tout le monde essaye de donner des arguments pour, il n’y a pas trop d’arguments contre et c’est un peu bizarre. Ça crée quand même une ambiance un peu d’entre-soi, qui est parfois ressentie par les personnes extérieures. C’est normal. Les personnes extérieures se demandent « qu’est-ce que je fais là ? C’est la réunion d’une secte. C’est quoi le truc ? Je ne sais pas pourquoi ils sont tous dans le même délire, moi je ne suis pas dedans, qu’est-ce que c’est que ça ? » Ça ne donne pas envie. D’un autre côté, ça crée aussi une communauté de gens qui ont envie de contribuer, ça nous intéresse. Je suis salarié, j’aimerais bien qu’il y ait un peu de reprise bénévole sur ce sujet, du coup ça fait des gens qui ont envie de mettre la main à la pâte, de créer un petit peu leur conférence, de prendre un petit peu de place, un petit peu de parole, pas trop non plus, dans le sens où faut aussi laisser parler les gens qui sont intéressés par les sujets, bien sûr. Ce sont des gens qui aussi ont beaucoup de choses à dire, c’est très intéressant d’écouter les geeks, sauf quand ils parlent trop, comme moi. Il y a donc cette question d’équilibre, qui peut être intéressante, du coup là je pense qu’on n’est plus dans un équilibre à ce niveau-là, ce soir-là. Oui.

Public : Comment vulgariser ?

Neil : Comment vulgariser auprès d’un public non-geek ? Comment eux vulgarisent ? En fait c’est dur, quand on commence à faire des conférences pour essayer de sensibiliser un public non-initié, parce qu’on n’a pas les éléments pédagogiques, les manières de faire qui peuvent permettre de rendre un sujet accessible à des personnes qui ne parlent pas le même jargon technique que soi. C’est avec la pratique qu’on apprend le mieux, donc c’est leur donner un petit peu d’espace auprès d’un vrai public, ce qui va permettre de les former. C’est comme cela, à La Contre-Voie, que nous avons appris vaguement à faire un peu d’éducation populaire, en fait c’est de l’éducation populaire : nous apprenons, notre public apprend, c’est de l’éducation populaire. C’est graduel. Au début on peut s’entraider, on peut se donner des conseils entre nous : une personne qui voulait faire une conférence sur l’effet réseau m’a passé ses slides, je lui ai fait des retours « telle personne, tel public ne va pas comprendre, ça serait bien de vulgariser un petit peu plus. » On s’entraide un petit peu et ça ne marche pas trop mal. Oui.

Public : Vu que ça me concerne, vu que je fais partie justement de ce public-là, il y a Windows 10 et on passe à Windows 11. Je n’ai pas du tout envie de passer à Windows 11, mon ordinateur ne le supporterait pas, je me suis donc dit « C’est super, c’est l’occasion, pour moi, de passer à GNU/Linux », sachant que je suis non-geek. Est-ce que, en passant par cette association, il y a cette initiation, ou pas ?

Neil : La question c’est : j’aimerais me débarrasser de Windows 10 pour passer à Windows 11, par exemple, est-ce qu’il y a cette initiation au sein du groupe ? Du coup, nous allons plutôt recommander aux gens de passer sous GNU/Linux plutôt que sous Windows 11. Non, ce n’est pas ça ? Tu ne veux pas Windows 11, tu veux GNU/Linux. OK.
En fait, comme je disais, nous aimons bien sauter sur l’actualité et là, typiquement, avec Windows, forcément, la question s’est posée : il faut qu’on fasse quelque chose pour Windows. On a participé au mouvement pour essayer de référencer déjà notre structure sur un annuaire, pour permettre à des gens de dégoogliser leur appareil. Dans les Apéros Numériques, on en a fait un sujet, c’était d’ailleurs le dernier sujet, pour dire à un public non-initié : on nous parle de fin de Windows 10, de quoi s’agit-il ? On ne va pas faire une install partie le soir même, ce n’est pas le but, il faut d’abord parler du pourquoi avant de faire le comment ; souvent, on néglige un peu le pourquoi et ce n’est pas convaincant quand on ne parle pas du pourquoi.
C’est important qu’on passe par cette étape, on fait de la vulgarisation là-dessus. En fait, c’est juste un moment où on a un petit sujet de discussion, un petit moment d’échanges, ce sont les moments où on va peut-être essayer de faire cogiter un petit peu notre public, sans pour autant aider directement les personnes en mettant les mains dans le cambouis le premier jour. En fait, c’est une porte d’entrée. Ça peut être une porte d’entrée sur pas mal de sujets. J’espère avoir répondu à ta question.

Voilà le constat par rapport aux Apéros Numériques et je vais conclure là-dessus. On prive les non-initiés de nos activités d’éducation populaire, les gens qui en ont besoin, au profit des geeks parce qu’on communique de manière très sélective, on communique sur Mastodon au lieu de communiquer ailleurs, ce qui est un peu dommage.

Changement de stratégie

Du coup, on a changé de stratégie. On a décidé de rejoindre les réseaux sociaux propriétaires. Je parle de Facebook dans le titre de la conférence parce que c’était le plus utilisé, parce que je ne pouvais pas mettre tous les réseaux sociaux à la suite dans le titre, ça faisait un peu long quand même, donc aussi Linkedin, Bluesky, Twitter/X, Twix, Instagram et même Threads en fait. Pourquoi pas TikTok et Snapchat alors qu’ils sont plutôt populaires ? À votre avis ? La nature du contenu, effectivement, parce qu’il faut faire du contenu vidéo et on n’a pas l’énergie bénévole ni salariée, ni le temps ni les compétences de faire de la vidéo, déjà que la communication ce sont des vraies compétences et qu’on en manque un peu quand même, la vidéo c’est encore pire, ça nécessite vraiment du temps. Oui.

Public : Je ne pense pas que ça nécessite autant de compétences... Inaudible.

Neil : Je répète la question : tu ne penses pas que ça nécessite autant de compétences, parce que, avec le volume de vidéos, en fait la qualité n’importe pas énormément. C’est vrai. Peut-être qu’on a un esprit un peu trop perfectionniste, je ne sais pas, on a envie de faire des trucs qui nous satisfont, du coup on a levé le pied là-dessus. En tant que salarié chargé de la communication, je me suis dit que je n’allais pas faire de vidéos, c’est aussi ça. Après, si des bénévoles veulent s’emparer du sujet, on crée le compte direct, je vous jure ! Mais trouver des bénévoles qui ont envie de poster sur TikTok et Snapchat dans une association de libristes, c’est un peu compliqué. J’espère qu’un jour ça sera un peu moins compliqué.

L’objectif de cette manœuvre, bien sûr, c’est d’amener ces communautés sur des outils libres, c’est de pouvoir leur donner des outils qui leur servent et évidemment de les emmener sur Mastodon. S’ils sont sur Mastodon, on a gagné, c’est un grand mot, mais on aura fait un petit pas. Le but c’est quand même de les ramener sur ces réseaux, aussi pour diversifier le public de Mastodon.

Ouin-Ouin

C’est trahir nos principes.
Comment peut-on être crédible, en étant une association libriste, sur des réseaux propriétaires ? Je vous retourne la question. Comment peut-on être crédible en voulant cibler des publics non-initiés et en étant sur Mastodon ? C’est contre-productif, je vais en faire quelques-unes.

C’est capituler devant les GAFAM !
Attendez, j’ai un truc ! Regardez, Framasoft, j’ai un argument d’autorité, c’est bon. Framasoft [8], vous savez, c’est l’une des associations libristes qui est depuis très tôt sur les réseaux sociaux propriétaires. Ils ont donné plein de visibilité au mouvement du logiciel libre grâce à ça et ça ne les empêche pas d’être crédibles. Ça ne les empêche pas de faire gagner, enfin de réussir à visibiliser ce mouvement, ça ne les empêche pas de contribuer à l’objet associatif qu’ils représentent quelque part. Je pense qu’on peut considérer que Framasoft est l’une des associations qui ont le plus contribué, en tout cas en France. Ça ne les empêche pas d’être crédibles.
En plus, on va affronter les GAFAM sur leur propre terrain. On ne capitule pas, on ne va pas aller dans un endroit où ils ne sont pas. On va chez eux, on ne va pas essayer de convaincre juste les convaincus, on va essayer d’aller sur ces plateformes, d’aller vers leur public, de lui dire « barrez-vous », mais gentiment. C’était un peu long, je continue.

C’est jouer le jeu des milliardaires et leur donner nos données.
Je pense que si le but, notre but c’est de réduire leur base d’utilisateurices pour les ramener sur des réseaux sociaux libres, je ne pense pas qu’on joue trop leur jeu en fait, ça va.

Ce sont des réseaux censurés, on a moins de visibilité si on parle d’alternatives.
Et c’est vrai, on a moins de visibilité si on parle des logiciels libres et des alternatives. Les algorithmes de ces réseaux, pour la plupart, privilégient des contenus plus conservateurs que progressistes, c’est une réalité, raison de plus de rester en fait, ça veut dire qu’on dérange. Quelque part, ils nous encouragent à partir, ça veut dire qu’on dérange, donc raison plus de rester, raison plus de les embêter. Oui.

Public : J’avais une question : est-ce que vous arrivez à faire du reach sur ces réseaux ?

Neil : Est-ce que ça fonctionne ? Grande question, j’y viens après, j’ai des statistiques intéressantes.

Dernier argument et je pense que c’est le plus pertinent : je ne veux pas être sur, le nom du réseau social, car je veux un Internet qui me veut du bien, je veux un Internet qui ne m’emmerdifie pas, j’essaie de traduire le mot enshitification, le concept qui était à la mode ces derniers temps. Je veux d’un Internet qui me veut du bien, je ne veux pas d’un Internet emmerdifié.
Je suis complètement d’accord ! Moi aussi je veux d’un Internet qui ne soit pas emmerdifié, tellement, ce n’est pas la question. L’objectif de notre association ce n’est pas de satisfaire notre confort individuel, c’est d’aider notre public à s’émanciper, quitte à sacrifier notre confort personnel, notre confort individuel pour y parvenir. Parce que j’en ai bavé, je peux vous dire que j’en ai bavé pour créer ces comptes, vous n’avez pas idée ! Je me suis fait bannir deux fois de Facebook, trois fois de Linkedin. J’ai dû créer une VM Android, une machine virtuelle Android, pour accéder à leurs applications mobiles parce qu’ils ne voulaient pas de mon navigateur Firefox restreint avec toutes mes protections comme NoScript et uBlock Origin. Je vous jure que j’en ai bavé ! Passer par les applications Android ça peut marcher à condition de donner son IP résidentiel et, bien sûr, à un moment donné ils vont vous demander votre carte d’identité tout ça, mon numéro de téléphone, oui, j’ai donné, sinon ce n’est pas possible de créer son compte. Ça dépend des conditions, ça dépend aussi des réseaux, sur Bluesky c’est super facile. Sur Facebook ! Pour Linkedin, j’ai abandonné, c’est une collègue qui a pris le relais, une collègue qui avait un profil pro parce que moi je n’ai pas, je n’ai pas réussi.

Rappel : vous avez raison

Mais vous savez, vous avez raison dans tout ça, quoi qu’il arrive ! Vous ne voulez pas mettre les pieds dans les réseaux sociaux propriétaires et vous avez raison de ne pas les mettre parce que c’est vrai que les réseaux sociaux propriétaires ce n’est pas bien, ce n’est pas une bonne ambiance, c’est enshitifié alors que sur Mastodon on est tellement bien ! Vous avez raison !
Si vous voulez, au contraire, être sur les réseaux sociaux propriétaires parce que vous pensez que c’est important de faire la sensibilisation là-bas, vous avez raison aussi et c’est OK. En fait, les deux. On n’a pas besoin de se taper dessus entre nous.
Je veux consacrer mon énergie à créer et à nourrir des alternatives aux GAFAM, à aider les gens qui ont besoin de se sentir à l’aise avec le numérique, je veux faire ça. Je ne veux pas écrire des pavés dans des débats stériles entre libristes pour savoir qui a le plus raison dans le Libre, ça me saoule ! Rappelez-vous la charte CHATONS [Collectif des Hébergeurs Alternatifs, Transparents, Ouverts, Neutres et Solidaires] [Référence à l’élaboration d’une nouvelle charte qui a suscité quelques polémiques, NdT] pour celles et ceux qui connaissent. Pour moi, il faut des associations libristes sur Mastodon, c’est bien, il faut aussi des associations libristes sur les réseaux sociaux propriétaires. Pour moi, ce sont deux moyens d’action complémentaires. Voilà notre position à La Contre-Voie. Nos actions sont complémentaires.

D’accord, mais comment ?

On va aller sur les réseaux sociaux propriétaires, mais concrètement, comment fait-on ?
Ça demande du temps de reposter les messages sur chaque réseau social, ça demande beaucoup d’investissement. Vous imaginez, c’est hyper chiant !
Ça demande un investissement sur le long terme parce qu’il faut entretenir la communication, il ne faut pas juste poster un message et puis attendre six mois et en poster un autre en mode « nous sommes vivants », ça ne marche pas comme communication, ça ne marche pas du tout. Il faut maintenir la communication.

Gestionnaire de réseaux sociaux

Il y a quand même un petit peu de confort personnel là-dedans, je n’ai pas envie de me faire du mal à ouvrir Facebook tous les jours, c’est affreux ! Je suis un peu libriste quand même ! Et ça tombe bien, il existe des logiciels pour ça, ça s’appelle les gestionnaires de réseaux sociaux. Nous en cherchons un qui automatise la publication simultanée, sur tous les réseaux sociaux en même temps, qui gère les spécificités de chaque réseau social, c’est-à-dire
qui va gérer quand il y a des limites de caractères,
qui va gérer quand il y a des threads,
qui va gérer quand il y a besoin de mettre un alt text sur les images – je ne sais pas comment ça se prononce, encore un truc de libriste –,
qui va gérer un calendrier de publication,
qui écrit les posts et ensuite les publie tout seul. Pas besoin de gérer ça à 8 heures du matin, être sur son PC « il faut que je publie des messages sur les réseaux sociaux », non, ça se passe tout seul,
et enfin, qui permette une rédaction collaborative, parce que c’est bien de faire ça seul, mais c’est bien quand on peut être une équipe, quand on peut se relire et tout, valider entre nous.

Mixpost

Ça tombe bien, il y a un logiciel qui existe, on a galéré un peu, qui s’appelle Mixpost [9].
Mixpost est un logiciel qui supporte plein de réseaux sociaux, une quinzaine, dont Mastodon, hé, hé, pas mal !
C’est un logiciel qui est auto-hébergeable, oh, oh !
C’est un logiciel qui est propriétaire. Il y a écrit open source sur la devanture, mais ce n’est pas du tout du open source, on ne peut pas lire le code donc c’est propriétaire, c’est juste un argument commercial.
Et c’est un logiciel qui est payant, 260 euros par an. C’est payant, ça fait mal, et il n’y a pas d’alternative. On a trouvé des petites briques créées par des geeks dans leur coin pour poster un message de Twitter à Facebook, mais c’est cassé toutes les deux semaines, ça ne marche pas très bien. Mixpost, ça casse, mais ils réparent après et surtout ils en supportent une quinzaine, on n’a pas quinze bridges différents, sinon ce serait un enfer !
On a acheté ce logiciel avec les dons de l’association, entre autres, on l’assume, on a acheté ce logiciel, ça ressemble à ça. En gros, là vous avez l’espace de rédaction. On a écrit un message qui a d’ailleurs été posté sur notre Mastodon avec une photo, on a mis un alt text, et puis c’est posté sur plein d’autres réseaux sociaux en même temps, vous voyez tout en haut et là il y a un calendrier, on fait chaque jour un post, ça marche bien.

Campagne des nouveaux services

On a testé son utilisation pour une campagne qu’on a lancée en juin 2025 pour annoncer des nouveaux services. On a fait un post par jour pendant environ trois semaines, c’était un peu dense, du coup on a planifié ça en amont parce que le logiciel permet de planifier des posts, ça marche bien. On a annoncé comme ça cinq nouveaux services qu’on a lancés sur notre site web, un hébergement de site web WordPress, du Nextcloud, du PeerTube, de la newsletter et un service de comptabilité. On a fait ça au compte-goutte pour essayer d’espacer un peu, de laisser le temps aux posts d’avoir de la visibilité.
Notre cible principale c’étaient les associations, c’était clairement défini. Il paraît que c’est important de définir une cible quand on fait une campagne.
L’idée c’est que ça soit entrecoupé un petit peu de veille informatique, de conseils sur la vie privée et qu’on fasse durer un petit peu ce format sur le long terme... En fait non, parce qu’on n’a pas le temps bénévole pour faire ça, donc on ne l’a pas fait. L’idée c’est de faire un post qui ne soit pas uniquement centré sur nos services, finalement on a centré sur nos services parce qu’on n’a pas eu le temps.

Bilan des réseaux sociaux

Globalement le bilan.
Ce sont des données d’août 2024 à novembre 2025 sur le nombre d’abonnés.
On a gagné 800 followers sur Mastodon, ça marche bien auprès de Mastodon, on a un public qui nous aime beaucoup, ça nous fait très plaisir.
On a perdu 28 followers sur Twitter, je vous jure, incroyable. Ils sont peut-être passés sur Mastodon, tu as raison.
On a gagné des followers sur Discord, sur Linkedin et sur tous les autres sur lesquels on a créé des comptes : on est passé de 0 à 300 sur Linkedin ; sur Bluesky de 0 à 196, donc 0 à 200, ce n’est pas mal ; sur Threads on est passé à quatre followers ; Instagram, on a gagné 32 followers, Facebook 48 followers.
Les statistiques, c’est juste le nombre de followers, des statistiques plus intéressantes seraient à voir parce que là c’est juste du quantitatif. Je vais me limiter à ça parce que je n’ai pas beaucoup de temps.

Campagne : conclusion

Conclusion de cette campagne.
Globalement, nous avons été bien accueillis sur Linkedin et Bluesky, ça marche vachement bien. On séduit un public start-up, je ne sais pas. En tout cas, on a un public qui nous aime bien là-bas, qui est intéressé par nos services, des gens ont été intéressés par Nextcloud, ça les intéressait un petit peu d’avoir de l’éthique, ils ne savaient pas trop par où aller, comment faire, et ils nous ont connu sur Linkedin. Nous ne les aurions pas touchés sur Mastodon, ils ne sont pas sur Mastodon.
Sur Facebook, pas beaucoup d’activité, parce qu’on manque de réseau, parce qu’on manque de gens pour nous relayer sur Facebook. Vous savez qu’il n’y a pas de réseaux libristes sur Facebook, il y a juste Framasoft qui nous relaye beaucoup d’ailleurs, on remercie Framasoft s’ils nous écoutent, merci de nous relayer sur les réseaux sociaux propriétaire, vous êtes la seule association qui le fasse. La Quadrature [10] est aussi sur les réseaux sociaux propriétaires. Quelqu’un m’a fait la réflexion que ce sont des associations libres qui ont des salariés. Ce n’est pas surprenant.
Sur Instagram, pas beaucoup d’activité parce qu’il faut poster des images, c’est tout de suite plus compliqué, il faut faire des images, ça veut dire qu’il faut une personne à temps partiel pour faire des images et par manque de réseau aussi parce qu’il faut des gens pour reposter, sinon on n’est pas connu.
Sur Twitter, on est probablement shadow ban, du coup perte de 28 followers. On n’a pas gagné un seul follower, c’est vraiment en chute libre. On est probablement shadow ban, ça veut dire que notre compte a probablement été bloqué parce qu’on a annoncé, quand Twitter a été racheté par Musk, qu’on partait sur Mastodon, du coup ils n’ont pas trop aimé. Je pense que nous avons été bannis, mais on ne nous le dit pas.
Threads il n’y a personne, c’est simple.

Lacunes de l’après-campagne

Quelques lacunes de l’après-campagne.
Après avoir fait la campagne, il faut continuer à entretenir les réseaux sociaux. En fait, on n’a pas beaucoup de temps salarié, pas beaucoup de temps bénévole consacré à ça, du coup ça mouline un peu, on n’a pas d’activité très régulière sur les réseaux, même sur Mastodon, sauf quand on fait des grandes annonces. On rappelle, encore une fois, que la communication c’est un vrai job, ça se budgétise et ça se planifie dans un emploi du temps salarié et bénévole, autant que possible. C’est ce qui nous manque le plus comme compétence, on n’a pas besoin de geeks sysadmins, on en a déjà bien assez dans notre association, on a besoin de gens qui font de la com’, on a besoin de gens qui font du design, on a besoin de gens qui ont des compétences transversales, pas de la tech.

Malgré tout, on va quand même utiliser, continuer à utiliser les réseaux sociaux propriétaires. Même si les réseaux sociaux comme Facebook et Instagram n’ont pas super bien marché, on sait pourquoi ça n’a pas marché : le manque de réseau, le manque de visibilité, il faut toucher, il faut se faire mentionner par d’autres personnes, il faut pouvoir reposter aussi. On a encore un peu de mal à exister sur ces plateformes, il faut surtout être actif sur les réseaux, sinon ça ne marche pas. Mais on va continuer à essayer parce qu’on pense que c’est là que se trouve notre public tout simplement.
Je n’ai pas très bien travaillé la fin de la conférence, du coup je vais juste vous dire merci de m’avoir écouté et n’hésitez pas si vous avez des questions.

[Applaudissements]

Questions du public et réponses

Neil : À vous. Pas de questions.

Public : Les gens qui ne comprennent pas ça, n’ont pas compris l’objectif et, finalement, même le fait d’accepter de faire cet effort-là qui est louable.

Neil : Je répète la remarque : les gens qui n’ont pas compris ça, ils n’ont pas compris l’objectif, l’effort est louable. Je te remercie.
En fait, il y a quelque chose d’extrêmement confortable à rester dans un entre-soi. On ne s’en aperçoit pas, mais ça fait du bien d’être avec un public qui nous aime, qui nous fait comprendre qu’il aime ce qu’on fait, qui reposte, qui est enthousiaste, qui partage les mêmes idées. Ça fait du bien d’être en phase avec son public, ça fait énormément de bien. Je peux donc comprendre la nécessité d’avoir besoin de rester sur Mastodon et de ne pas s’exposer à l’enshitificaiton d’Internet, à l’extérieur de cette bulle.
Pour autant, comme tu le dis, c’est peut-être aussi une nécessité, c’est important de comprendre ça. Nous sommes restés très longtemps sur le réseau social Mastodon. En fait, c’est là qu’on trouvait notre public, on s’est pas trop posé la question, on n’avait pas la ressource aussi, on n’avait pas envie d’acheter un logiciel propriétaire, normal, pourquoi ferait-on ça ? On est une association libriste. Du coup, forcément, ça a posé énormément de questions, même au sein de l’association, quand on a voulu s’orienter vers quelque chose d’autre, quand on s’est dit qu’on allait créer un compte Linkedin. Quoi ? Un compte Linkedin ? Ce n’est pas là qu’on devrait être ! En fait, peut-être que si !
On navigue un peu à contre-voie de ces réseaux sociaux-là, c’est clair, aussi en contre-voie de Mastodon, des libristes, tout ça, qui vont dire « ne faites pas ça, sacrilège ! », peut-être un petit peu, en tout cas c’est un petit peu la vision que j’en ai, peut-être un peu trop stéréotypée. Je t’en prie.

Public : Juste un avis. Si vous crosspostez partout, je ne vois vraiment pas le problème, c’est une activité militante. Perso, je ne suis pas sur Facebook et compagnie, à un moment, si c’était mon boulot, je le fais, malheureusement.

Neil : Je répète la question, j’ai oublié la première partie de la question : si on crossposte, il n’y a vraiment pas de problème et si c’est ton boulot, c’est normal que tu le fasses.
Moi, j’ai la chance de pouvoir choisir ce que je fais dans mon boulot, j’ai une chance immense. J’ai oublié la première partie… Si tu crosspostes, c’est bien. Oui, c’est vrai. Le crosspost est important, parce que les personnes qui ne sont pas sur les réseaux sociaux propriétaires peuvent nous lire. J’ai une énorme frustration quand les gens ne postent que sur Facebook et que je ne peux pas les lire parce qu’il faut un compte. Oui on fait ça, après ça nécessite quand même d’acheter le logiciel, de créer les comptes et de les entretenir quand même aussi parce qu’il faut répondre, c’est aussi un travail.

Public : Je fais partie de ce public-là, parce que je ne connais pas et je pense ne pas être seule. Le fait de ne pas savoir, ça gêne. Malgré ces apéros, quand on est devant des personnes qui saventc’est assez difficile de poser des questions sur des choses qui sont forcément faciles pour vous et difficiles pour nous. Je me dis que, malgré tout, il faudrait faire des mini-vidéos pour nous faire comprendre avant qu’on vienne.

Neil : Il faudrait faire des mini-vidéos pour les Apéros Numériques ? OK, c’est ça.
En fait, pour que les gens aillent à nos Apéros Numériques grâce aux vidéos, ça voudrait dire qu’ils trouvent les vidéos avant de nous connaître, ce qui n’est pas forcément évident. On touche un public qui a l’habitude d’aller aux concerts du Bêta, qui vont au Bêta juste parce que c’est à côté, il y a un truc et hop, ils y vont pour voir. Du coup, ils ne vont pas forcément regarder si on a mis une vidéo. Après, peut-être que si, la question c’est la façon dont on établit notre stratégie de communication. Je pense que c’est pertinent aussi d’éventuellement s’orienter vers le format vidéo. Pour l’instant, ce n’est pas trop ma priorité, ce n’est pas trop mon kif, je pense qu’à un moment donné on fera quelques petites vidéos explicatives, quelques petites vidéos pour présenter certains trucs, vraiment des vidéos qui donnent envie. Pour l’instant, on n’est pas forcément trop dans cette démarche-là parce qu’on manque de compétences, on manque de temps, on manque de ressources. Encore une fois, si tu veux rejoindre la Contre-Voie pour faire des vidéos, vas-y, fais-toi plaisir, je te donne les accès, on peut s’arranger. C’est surtout une question de temps et de compétences, mais surtout de temps !
Oui, dernière question.

Public : Un témoignage, si je peux prendre le micro.

Neil : OK, vas-y, partage ton témoignage.

Public : Petit témoignage. J’avais constaté exactement ça à titre personnel à une cousinade. J’avais vu que tous mes cousins, qui étaient plus jeunes que moi, ados, étaient tous sur Instagram. Du coup, tous les messages que je passais sur le logiciel libre ne les atteignait pas. J’avais fait un peu le même raisonnement que vous et, à titre personnel, javais créé un compte Instagram, j’avais partagé des trucs sur le Libre et je n’avais pas du tout réussi à tenir dans la durée parce que c’était une initiative personnelle et faire de l’éducation populaire à titre personnel c’est juste ! Il faut faire ça de manière collective, du coup chapeau d’avoir fait cela collectivement, j’aimerais vous soutenir. J’aimerais bien, éventuellement, faire de la vidéo, mais niveau qualité c’est un peu la cata, ça nécessiterait de s’équiper. Il faut voir ce qu’on accepte en matière de qualité, mais j’aimerais bien vous aider là-dessus parce que c’est un truc que je fais pas mal sur PeerTube et avec de l’entre-soi, 100 % d’entre-soi.

Neil : Merci beaucoup. Tu connais notre Matrix ? Parfait. On en reparle, vraiment, parce que ça m’intéresse. La Contre-Voie recrute des bénévoles, je le dis pour ça.
Ça va être fini. Encore une fois merci beaucoup de votre attention. N’hésitez pas à nous retrouver sur notre stand, on est à l’étage dans le village associatif. Merci et bon Capitole.

[Applaudissements]