Il y a 124 slides, 45 minutes ! Ça va bien se passer, ne vous inquiétez pas !
Avant tout, merci aux JdLL et à l’équipe des JdLL de leur accueil et de leurs prestations techniques, notamment d’avoir branché la clim parce que, sans ça, je pense que dans quelques minutes nous serions morts de chaud et pourtant la conférence s’appelle « Internet : tout cramer pour repartir sur des bases saines », ça risquait d’être un petit peu compliqué.
Je m’appelle Pierre-Yves Gosset je suis coordinateur des services numériques de l’association Framasoft [1] qui a un stand plus bas, de l’autre côté des chèvres. Je ne vais pas vous parler de Framasoft, je ne vais pas présenter Framasoft parce que c’est un petit peu dense.
Oui, il y a beaucoup de gifs de Kaamelott. Est-ce que vous arrivez à lire, comme je suis un peu grand, c’est bon pour vous ? OK.
Vous êtes d’attaque ?
Donc 124 slides, 45 minutes plus 10 minutes de questions/réponses, je ne suis pas sûr que ça rentre.
Je pars du principe que nous sommes aux JdLL, donc ce n’est pas une conférence très néophyte, je vais utiliser des acronymes, etc., que je ne prendrai pas forcément le temps de tout réexpliquer, mais j’espère que ça se passera plutôt bien pour vous. Accessoirement, vous avez intérêt à aimer Kaamelott, sinon je pense que ça va vous saouler !
Le web est devenu pénible
Mon premier point, c’est de dire que le web est devenu pénible.
Un petit peu d’engagement pour commencer, je vais faire un petit sondage à main levée, je ne sais pas combien nous sommes dans la salle, on va dire une centaine, à tout casser. Vous voyez ce type d’écran avec les confirmations de pop-ups.
Qui a déjà cliqué sur « Je n’accepte rien » ? 100 %.
Qui a déjà cliqué sur « Paramétrer » ? 100 % ou pas loin de 100 %.
Qui a déjà cliqué sur « J’accepte tout » ? Un petit peu moins, on doit être à 80 %.
Dark patterns – Un drame en trois actes
Je voulais commencer en parlant des dark patterns, du design mal utilisé.
Pas tout à fait par hasard, j’ai pris le site Marmiton qui, pour moi, est un bon exemple de dark pattern. Quand vous arrivez forcément vous vous dites « je vais cliquer sur "je n’accepte rien" et puis ça va bien se passer ». En fait, quand vous cliquez sur « Je n’accepte rien ça », ça vous bascule sur une autre fenêtre qui dit « Je change d’avis et j’accepte tous les cookies ou je m’abonne ». À partir de là, vous ne pouvez pas revenir en arrière, j’ai essayé, ça ne marche pas, sauf si vous supprimez les cookies techniquement, etc., ce que, à peu près, 0,001 % de la planète sait faire. Donc, concrètement, vous n’avez plus accès à l’écran de paramétrage qui vous permet de bloquer les 1090 partenaires, donc vous acceptez 1090 partenaires par défaut, ce qui est quand même un peu casse-pied.
Deuxième exemple concernant le fait que le Web est devenu de plus en plus lourd. J’ai pris le site du Parisien, ça vaut ce que ça vaut. Ne jugez pas si c’est un bon média ou pas : 218 requêtes, 25 mégas. Pour les plus vieux et les plus vieilles d’entre vous, je rappelle que Doom, le jeu vidéo, pesait quatre mégas, parfois on oublie.
Qui utilise uBlock Origin [2] et les pisteurs ou un bloqueur de publicités ? 90 %.
Qui n’utilise pas de bloqueur de publicités ? Une personne, deux personnes, trois personnes, je n’en ai compté que trois.
Pubs partout, libre arbitre nulle part
Donc ça, à priori, c’est le Web que vous voyez [Publicités partout sur la page, NdT], je ne sais pas comment vous faites, on va en discuter. Toujours pareil, j’ai juste désactivé l’extension et rechargé ma page. J’ai une, deux, trois, quatre, cinq, six pubs, cinq ou six pubs sur la même page, en plus en gif animé, c’est relou + +.
Maintenant vous retrouvez les pubs aussi dans les vidéos. Si vous allez, par exemple, sur YouTube, que vous regardez une vidéo écolo, vous allez vous taper, en parallèle, un pub pour un SUV. Pourquoi ? Comment ?
≡IA Slop===
Un autre phénomène de pénibilité aujourd’hui du Web c’est l’IA Slop, c’est-à-dire la capacité de générer des contenus par intelligence artificielle qui viennent juste pourrir le Web de contenus qu’on ne souhaite pas. J’ai pris l’exemple du site Medium, qui était un site vraiment intéressant il y a dix ans, il y a une espèce de bloc centralisé sur lequel, aujourd’hui, vous avez de plus en plus de contenus qui sont rédigés automatiquement par des bots et de l’IA, donc le contenu n’a aucun sens, les illustrations sont générées par IA, etc., et tout cela vient nous pourrir notre bon vieux Web.
« Bref, c’est de la merde ! »
Alors qu’avant, c’était…
« Alors qu’avant, c’était la joie de vivre et le jambon ! »
J’ai pris comme exemple le site des copains et copines de LinuxFr [3], j’aurais pu en prendre plein d’autres, notamment Wikipédia. Ce n’est pas le plus beau site, je ne l’ai pas choisi parce qu’ils font de la pub pour Framasoft pour nous faire des dons. Je trouve qu’il y a pas mal de choses intéressantes sur ce que devrait être le Web et ce pourquoi on devrait se battre aujourd’hui.
Première chose, il n’y a pas de pop-ups parce qu’ils n’exploitent pas de données personnelles, donc pas besoin de pop-ups pour les cookies.
Deuxième chose, ils laissent libre accès à l’information et aux archives. Je crois que LinuxFr ce sont à peu près 30 000 dépêches, 40 000 journaux, tout est accessible, pour l’instant évidemment, sans payer.
La publication est encouragée, y compris sous pseudonymat. J’ai pris un article relativement récent, et on voit qui a participé, ils ont mis leur vrai nom, mais ils auraient très bien pu mettre des pseudos.
Autre point. La licence est la Creative Commons By SA, c’est-à-dire que vous pouvez reprendre ces articles, les repartager, les modifier, etc., à condition de citer les auteurs et les autrices, évidemment.
Point suivant. Les articles sont disponibles en différents formats, ça veut dire que vous n’êtes pas obligé d’aller sur le site web, vous pouvez les récupérer avec un flux Atom, un flux RSS, si vous voulez. Est-ce qu’il y a des gens qui ne voient pas du tout ce qu’est le flux RSS, je vais un peu en parler ? Une personne, deux, trois, quatre. C’est la possibilité d’aller s’abonner à un site comme à un podcast, le principe est le même que celui du podcast, à des contenus qui sont extérieurs pour les afficher sur son propre site. Par exemple, je pourrais m’abonner au flux Atom des dépêches ou au flux RSS des dépêches de LinuxFr et les afficher dans mon lecteur de flux RSS. C’est un lecteur qui vous permet, depuis votre site ou votre client lourd, de lire des nouvelles d’autres sites. C’est aussi disponible en Markdown et en EPUB.
Il n’y a pas de pub sur LinuxFr, sauf pour Framasoft ici, tant mieux.
On vous encourage à faire un soutien volontaire, sous forme financière ou sous forme de contribution, vous pouvez donner du temps à LinuxFr.
Maintenant, le Web est devenu
Bref, pour moi le Web est devenu hostile ces derniers temps et ça va pas en s’arrangeant.
Si vous connaissez un petit peu Framasoft, ça fait quelques années qu’on parle du capitalisme de surveillance et de l’économie de l’attention. Tout ça c’est pour monétiser notre attention et prédire nos comportements futurs, notamment en tant que consommateurs. Bref !
Ça ne s’arrête pas là, on a aussi cet aspect de dégradation du Web tel qu’on le connaît aussi sur les smartphones.
Sur le site Keep Android Open [4], vous avez une mise en garde parce que Google, sous peu, va imposer sans consentement, à partir de septembre 2026, une mise à jour silencieuse : Google bloquera toutes les applications Android dont le développeur ou la développeuse ne s’est pas enregistrée auprès de Google, n’a pas signé de contrat, n’a pas payé ou n’a pas fourni de pièce d’identité. Concrètement, pour des libristes qui veulent pousser des applications, ça va devenir beaucoup plus compliqué côté Google, parce qu’on n’a pas forcément envie de fournir une carte d’identité à Google ou de payer pour diffuser une application libre.
Bon, là je ne vous ai pas appris grand-chose. Normalement vous êtes à peu près au courant de cette dégradation du Web.
Oui, le Web disparaît
Il y en a une deuxième qui se profile, qui est déjà en cours.
Il y a dix jours, dans la Silicon Valley, au siège de Google, à Mountain View – je ne connais pas très bien la géographie californienne – Google a annoncé que Google Search, son moteur, allait renforcer encore ses capacités avec l’intelligence artificielle. En gros Google Search, donc la recherche, devient Google Ask, c’est-à-dire que vous allez rester, finalement, sur Google.
Là, ce sont des exemples que j’ai tirés de la démo : « Qu’est-ce que je peux faire comme exercices pour améliorer ma posture parce que je suis assis toute la journée ? ». Google, avec de l’IA, reprend des informations de différents sites, les classes, les propose, et, ce qui est intéressant, c’est que vous ne quittez pas Google, vous pouvez poser une deuxième question pour affiner. Ça va chercher à nouveau sur d’autres sites et ça vous refait un résumé, etc. Premier point.
Deuxième point. En dehors du fait qu’ils ont utilisé Camille qui est quand même le surnom de notre gauchiste préféré, on ne sait pas qui est Camille. On va dire que Camille est une femme, Camille cherche un karaoké pas trop loin de chez elle, du coup Google lui affiche un certain nombre d’informations et, à partir de là, Camille va pouvoir regarder les différents prix, regarder ce qui est disponible, et faire sa réservation directement depuis Google avec, évidemment, Google Pay.
Troisième point. Cette fois-ci, on va dire que Camille est un garçon et il demande à être prévenu si jamais il y a des baskets disponibles. Automatiquement, Google lui crée le bon pont, qui va bien, pour que ça ajoute une notification sur son téléphone, évidemment Android. Il reçoit donc une notification qui dit « les baskets de telle personne sont disponibles à tel endroit ».
On n’arrête pas le progrès
Tout cela pose un problème. Il ne vous a pas échappé qu’à aucun moment on est allé sur des sites web. Nous sommes bien restés sur Internet, nous sommes bien restés dans le Web, mais, à aucun moment nous sommes allés visiter ces sites. C’est juste Google qui extrait des informations de ces différents sites pour les mettre en avant.
Là je cite un article de Michaël Szadkowski sur Le Monde [5], il a aussi un blog très chouette. Il repose un peu cette question-là : « Que devient Internet si Google ne fait que puiser dans les ressources que nous produisons, ou que des entreprises vont produire, et qu’il n’y a pas de possibilité, aujourd’hui, d’aller sur ces sites ou que cette possibilité devient beaucoup plus complexe. En gros, pour qui produit-on ? Évidemment c’est pour le pognon de Google vu que vous restez chez Google, et ça les arrange.
« Est-ce que ce sont des bandits ? Non, ce sont des gars futés, ils sont malins ! »
Ça donne plutôt envie de pleurer, malheureusement.
Parlons « merdification »
Cette dégradation est un phénomène qui s’appelle la merdification d’Internet, qui a été, on va dire théorisée, par un auteur canadien, Cory Doctorow [6], qui est plein de choses. Il est à la fois auteur de science-fiction, il est militant pour le Web ouvert depuis 30 ans maintenant et aussi auteur d’un certain nombre de livres qui ne sont pas, cette fois-ci de la science-fiction, mais qui tournent autour de comment préserver ce Web ouvert. Sinon, si vous voulez en savoir plus sur l’enshittification, vous pouvez aller voir la conférence de Karine Sabatier [7] sur le PeerTube de Designers Éthiques. Elle prend vraiment le temps de détailler un petit peu ce fonctionnement. Je vais vous la faire très courte.
Enshittification : mode d’emploi
Phase 1 – Attraction
En gros, vous avez une première phase qui est l’attraction.
Ça c’est le site de Google il y a quelques années. Vous noterez qu’il y a pas Google Intelligence artificielle ou autre, c’est très simple. Des résultats sont affichés, éventuellement une cartographie, en jaune on voit très bien ce qui est de la pub. Ça c’est le Google qu’on connaît ou qu’on connaissait, c’est encore le Google qu’on a en France parce que la recherche par intelligence artificielle n’est pas encore vraiment poussée en France, en tout cas pas autant que, je crois, dans 120 pays, la France est dans les derniers, ça va arriver demain et vous allez voir, ça va piquer.
Phase 2 – Dépendance
La deuxième phase de l’enshittification c’est la dépendance.
Là, vous avez les parts de marché de Google. Hier, on nous a partagé un article disant que DuckDuckGo a fait plus 25 % de part de marché en quelques mois, c’est-à-dire que DuckDuckGo est passé, en gros, de 0,58 % il y a quelques années à 0,75 % de part de marché. C’est à la fois super, je ne me plains pas, youpi, tant mieux, mais il ne faut pas être trompé par le chiffre de plus 25 %. Clairement, le taulier d’Internet c’est Google et il continue à vouloir renforcer son pouvoir.
Phase 3 – Extraction
La troisième phase de l’enshittification c’est l’extraction.
Je vais vous montrer des exemples de la façon dont Google non pas vous empêche mais vous ralentit la possibilité d’aller sur le Web ouvert, en tout cas rend cela plus difficile.
Il y a quelques semaines, quelques mois maintenant, un internaute voulait savoir ce que Google répondait sur le film John Wick 5 qui n’existe pas. Ce qui est intéressant c’est qu’il a eu une réponse où tout paraissait juste : on a le nom du réalisateur, on a des photos, on a un first thrille de John Wick 5. Le film n’existe pas ! La seule info qu’on ait c’est « oui, effectivement, on aimerait bien le faire si Keanu Reeves est toujours d’accord », c’est à peu près toute l’info qu’on a. Mais quand vous regardez cette page, le premier vrai lien est tout en bas et dit « peut-être, effectivement, qu’il n’est pas encore lancé. »
Bref, l’enshittification c’est nul.
Résignation
Du coup, on a plutôt tendance à se résigner. Tout le monde se plaint, pourtant il y a des solutions.
Je vais citer Signal [Application de communication privée et sécurisée pour Android] ou Mastodon [8] ou PeerTube [9], tant qu’à faire un peu d’auto-promo ! Il y a la conférence sur PeerTube [10], proposée par Bouteille, juste après. Restez, j’espère que vous n’aurez pas trop chaud,
Donc des solutions alternatives existent, mais globalement personne, ou presque, ne part.
Clairement aux JdLL, si je fais un sondage à main levée : qui utilise un Signal ou Mastodon ? Allez-y, levez les mains [De nombreuses mains se lèvent, NdT]. Nous ne sommes pas du tout représentatifs, sachez-le, il y a un léger biais de représentation là-dedans !
Quand on y réfléchit, on se dit la fameuse « c’est pas faux », merci Perceval. Pourquoi ne quitte-t-on pas, finalement, pourquoi n’arrive-t-on pas à se dépêtrer de tout ça ?
Raisons de la colère résignation
La première raison, c’est l’effet réseau. Quand vous avez x millions de personnes, même x milliards qui sont sur Instagram, c’est compliqué de changer de réseau, c’est la loi de Metcalfe. C’est simple : si vous avez deux téléphones sur la planète, le réseau a peu de valeur ; si vous avez des milliards de téléphones sur la planète, le réseau prend de la valeur, pas forcément financière, mais il a de la valeur en lui-même.
Vous avez la crainte de rater quelque chose : la notification du pote avec lequel vous êtes en contact une fois de temps en temps, etc., si lui est sur WhatsApp et vous sur Signal, ça le fait moins.
La conduite du changement.
La peur de l’inconnu évidemment, « ça va être quoi cette nouvelle plateforme ? Sur Signal, est-ce que je peux faire ça ou pas ? Je n’en sais rien, du coup je n’y vais pas. »
L’enfermement. Par exemple, vous avez tout votre historique de photos, que vous aviez gentiment mises sur Facebook pour nourrir les algorithmes de Mark Zuckerberg, s’il faut toutes les récupérer et les transférer, ça va évidemment vous saouler et ça complique les choses.
L’identité numérique. Si vous aviez 20 ans il y a 20 ans, quand vous croisiez quelqu’un vous lui demandiez « donne-moi ton mail ». Si vous aviez 20 ans il y a 10 ans, c’était « est-ce que tu es sur Facebook ? ». Si vous croisez quelqu’un qui a 20 ans aujourd’hui, il va vous demander votre Instagram. Quand vous avez quasiment 50 ans, c’est un peu compliqué de dire « non, je n’ai pas d’Instagram. »
L’homophilie c’est la volonté d’être proche des gens qui nous ressemblent, ce qui fait aussi partie des raisons pour lesquelles on a du mal à quitter certaines plateformes.
Mais surtout…
Mais surtout, les deux points que j’ai identifiés comme étant les plus difficiles, c’est que les algorithmes sont faits pour nous faire rester le plus longtemps possible en ligne, donc on est drogué à TikTok, à Instagram, Facebook, etc. En plus, ces plateformes, de plus en plus, promeuvent des contenus qui peuvent être choquants, qui vont nous diviser, qui vont générer de la colère, etc., parce que c’est ce qui marche le mieux.
L’autre point c’est l’akrasie, je ne me la pète pas, je ne connaissais pas ce terme il y a encore une semaine. En gros, c’est la flemme et c’est probablement le principal point de difficulté qui nous empêche de quitter certaines plateformes.
C’est nul, toujours ! Bref !
Nous sommes devenus une ressource – Les plateformes nous utilisent, pas l’inverse
Nous étions des citoyens, des usagers, des membres d’une communauté, par exemple d’un forum ou autre, et, aujourd’hui, nous sommes essentiellement une source de données, une surface publicitaire pour ces entreprises.
Moi, si ça continue…
« Donc moi, si ça continue, je fais flamber la moitié la Bretagne ! »
À qui la faute ?
Mon usual suspect, c’est le capitalisme, c’est à peu près mon seul mème qui n’est pas un Kaamelott : sous la merdification du Web se cache quand même le capitalisme, à savoir essentiellement le capitalisme de surveillance sur lequel je pourrai revenir dans les questions, si vous voulez, ou l’économie de l’attention.
Vous je ne sais pas, mais, personnellement, « je crois que ça pourrait me péter les noix assez vite. »
Mais aussi…
On doit ça aussi, soyons honnêtes, aux travailleurs et travailleuses de la tech.
Le dev qui va aller télécharger le dernier framework React [Bibliothèque open source JavaScript pour créer des interfaces utilisateurs], je vois des oui dans la salle ! Globalement, je suis halluciné de voir que quand on veut pousser une merge request Nextcloud ça va télécharger 300 mégas de données, des proportions qui me paraissent absolument hallucinantes, alors qu’on pourrait avoir des choses un peu plus robustes et qui, ma foi, fonctionnaient plutôt assez bien avant.
Les designers, je ne vais pas me faire des copains et des copines aujourd’hui ! Quand on fait du scroll infini parce que ça marche bien et que les grandes plateformes l’utilisent, en fait on ne se pose pas la question politique « est-ce que j’ai intérêt, est-ce que la planète a intérêt à ce que les gens restent de plus en plus longtemps sur leur smartphone ? »
Les chefs de projet, évidemment, quand il faut livrer le projet à telle date pour respecter la deadline et empocher sa prime, on ne pense pas forcément aux projets qui vont être le plus positifs pour l’avenir de la planète et nos enfants. Concrètement, on va plus, évidemment, vite en utilisant de l’intelligence artificielle générative ou agentique pour produire du code, mais cette augmentation de la productivité, qui reste à approuver sur le long terme, n’est potentiellement pas du tout une bonne chose pour l’avenir.
On revient au fait de tout cramer.
Au-delà du Web – Payer pour être [moins ?) maltraité
Au-delà du Web, en fait on retrouve ça ailleurs.
Avec ma collègue Anne-Marie – est-ce que tu peux lever la main ? –, coucou, ça fait dix ans que nous partageons le même bureau. Ce qui, à un moment donné, m’a donné envie de faire cette conférence sur la merdification d’Internet c’est qu’on parlait des parcmètres. Par exemple, autour de l’ENS [École normale supérieure], trouver un parcmètre c’est juste la croix et la bannière. On ne sait pas où ils sont, ils sont vachement espacés parce que maintenant, en plus, on peut payer via appli, on doit même payer via une appli et, à Lyon, cette appli a changé de propriétaire il n’y a pas longtemps, donc nos données ont été revendues à une autre société, etc. On retrouve tout cela dans plein de choses. Votre abonnement Netflix, que vous pouviez partager avec plein de potes, maintenant c’est fini. Dès que l’adresse IP n’est plus reconnue pendant x jours, il faut passer à la caisse, etc.
Donc tout cela devient très compliqué, ça dépasse le cadre de juste Internet, c’est comment, petit à petit, notre société se merdifie. Oui, je reste dans un registre plutôt scatologique.
Cette dégradation est politique
Le point suivant est de dire que cette dégradation est complètement politique. « Là normalement il faut une citation latine », mais je pense que vous commencez à en avoir marre aussi !
Le Web structure
Le constat, finalement, c’est que le Web structure notre accès à l’information, évidemment, donc
- les journaux en ligne, etc., mais pas que
- nos relations sociales, Facebook ou Mastodon ; ici, je sais que les gens connaissent à peu près Mastodon
- notre éducation
- notre travail, nos relations de travail
- la culture
- l’expression publique
- les démarches administratives, etc.
Finalement, le Web structure notre organisation collective, je pense que nous sommes à peu près d’accord là-dessus.
L’enshittification dégrade nos capacités collectives
La problématique c’est que l’enshittification dégrade nos capacités collectives. Il devient de plus en plus difficile de comprendre, de se comprendre, de coopérer quand l’accès à ses amis est rendu plus compliqué parce qu’il est entrecoupé de pubs et que ça donne moins envie de discuter avec ses amis. Le bon exemple, excusez-moi, l’exemple de X/Twitter est assez parlant vu que la plateforme s’est totalement dégradée. Pour celles et ceux qui retournent sur Twitter de temps en temps, regardez votre fil d’actualité, c’est à pleurer entre le porno, l’extrême droite, les gens qui s’engueulent, etc. Et, au milieu vous avez pourtant des tweets de l’Élysée, de personnalités publiques, etc., qui vont poster là leurs infos.
L’enshittification crée de l’exclusion
L’enshittification crée de l’exclusion, notamment aux personnes qui sont en difficulté avec le numérique, aux personnes qui ont des vieux matériels ou aux personnes – je sais à qui je m’adresse – qui refusent les dispositifs de surveillance. Nous sommes de plus en plus traqués. Typiquement, aujourd’hui, les cookies sont en train de devenir quasiment obsolètes, le tracking se passe par votre fournisseur d’accès à Internet – Orange, SFR, peu importe par exemple – qui, en fonction de votre adresse IP et d’un partenariat avec des entreprises, va vous tracer directement. Vous n’avez donc même plus besoin d’accepter ou de refuser, de toute façon c’est votre fournisseur d’accès à Internet qui le fait.
L’enshittification affaiblit notre autonomie
L’enshittification affaiblit notre autonomie puisque nous dépendons de plus en plus de plateformes, ça fait dix ans que c’est ce qu’on raconte à Framasoft.
On se prolétarise, c’est mon petit point philosophie. Jusqu’à son décès, on travaillait avec le philosophe Bernard Stiegler [11] qui parlait de prolétarisation. Quand on pense « Prolétaires de tous les pays unissez-vous ! », on a cette idée que la prolétarisation est juste une question d’argent, en gros les prolétaires seraient les pauvres. Oui, mais ils ne sont pas forcément pauvres en argent, ils peuvent l’être, ils sont surtout pauvres en savoirs, c’est-à-dire que les prolétaires sont les gens à qui on a enlevé du savoir. À partir du moment où vous avez perdu du savoir, vous êtes moins en capacité d’agir sur la société qui vous entoure.
Donc ces plateformes, en nous fournissant des jolies cages dorées, nous prolétarisent. Même si vous êtes très riche, ça ne veut pas dire vous n’êtes pas prolétarisé.
Bref, « on n’est pas sorti du sable ! » Évidemment, c’est mon petit point Léodagan, il y en a d’autres qui diraient qu’il faut tout cramer.
Progrès et régrès
Là, je bascule sur le côté un peu plus politique de la chose. Je ressors un militant anarchiste français d’il y a bien longtemps, Élisée Reclus, qui disait : « Le fait général est que toute modification, si importante qu’elle soit, s’accomplit par adjonction au progrès de régrès correspondants. » Le mot « régrès » a plus ou moins disparu du langage courant. C’est dire que quand on va vous vendre une innovation, il va y avoir une régression quelque part ou une dégradation quelque part. Vous me demandez « quel est le rapport avec le contexte ».
Le techno-fascisme est déjà là !
Ces innovations de la tech, notamment l’intelligence artificielle générative ou d’autres, nous amènent dans un monde techno-fasciste, posé comme ça.
Je sors ce qui suit d’un mélange de deux articles avec lesquels j’ai un peu fait ma sauce.
Le premier paru sur Le Grand Continent il y a une dizaine de jours – oui j’ai fini cette conférence à trois heures du matin, ne le dites pas –, d’un auteur qui s’appelle Anton Shekhovtsov qui prétend qu’il vaut mieux parler de techno-oligarchie plutôt que de techno-fascisme, chose avec laquelle nous ne sommes pas d’accord à Framasoft. Donc Christophe Masutti, qui est membre et ancien coprésident de Framasoft, a écrit un article qui s’appelle « Fascisme 2.0 » [12], je vous donne les références à la fin de la conférence. Il dit que si, en fait on peut tout à fait parler de fascisme, c’est une nouvelle forme du fascisme, mais il existe toujours.
Le fascisme glorifiait le collectif, pensez évidemment à Mussolini, à Hitler, etc.
Le techno-fascisme, lui, a plutôt tendance à abolir ce collectif en valorisant ou en glorifiant les données des individus. Cela veut dire que nous ne faisons plus corps biologique, ce qui intéresse les techno-fascistes ce sont nos données. Nos corps, nos individualités ne les intéressent pas, voire, elles sont problématiques.
Deuxième point le fascisme avait des ennemis ontologiques, typiquement l’étranger, c’est toujours le cas encore aujourd’hui sur ce fascisme 1.0.
L’ennemi du fascisme 2.0 c’est le contrôle, typiquement la loi, la régulation, les individus qui vont vouloir faire les choses par eux-mêmes. Je ne sais pas si vous savez comment fonctionne Internet au niveau gouvernance, il y a différents organismes de gouvernance, en tout cas historiquement : le W3C qui validait un petit peu comment techniquement fonctionnait Internet, l’ICANN [Internet Corporation for Assigned Names and Numbers, le Forum sur la gouvernance de l’Internet, etc., des organismes, des institutions dans lesquelles les citoyens et les citoyennes pouvaient entrer. Aujourd’hui, ces choses-là n’existent plus. On est passé par une phase où W3C a été remplacé par le WHATWG [Web Hypertext Application Technology Working Group ] depuis plusieurs années et aujourd’hui, quand Google dit « je fais une nouvelle norme qui s’appelle HTTP/2 », il pousse la norme et il faut suivre ou crever. C’est problématique parce que cela retire nos possibilités d’action et de régulation en tant que citoyens et citoyennes.
Le fascisme passait nécessairement par l’État, pensez de nouveau à Mussolini, l’important c’était l’État.
Le techno-fascisme vide l’État de sa substance. On l’a vu, par exemple quand Elon Musk, qui est clairement techno-fasciste, a été quasiment vice-président des États-unis pendant un paquet de mois. Sa mission a été de faire des coupes budgétaires dans le budget de l’État fédéral américain, ce qu’il a fait avec des stagiaires de 19 ans, je le rappelle, et mis des milliers de personnes dans des situations de précarité relativement extrême.
Le fascisme collectivisait le futur.
Le techno-fascisme privatise ce futur. Toutes celles et ceux qui ont déjà un petit peu lu des bouquins ou vu des films cyberpunk voient très bien ce monde où l’entreprise est partout avec des publicités dans la rue, dans numérique, etc. La volonté de ce fascisme 2.0 c’est de privatiser le futur.
Le fascisme censurait l’information. Dans le fascisme 1.0 on a évidemment les autodafés, mais on a aujourd’hui Bolloré. Le fait de racheter des médias, c’est clairement fait pour formater l’information selon la volonté, ici, de Bolloré par exemple.
Le techno-fascisme introduit un nouveau genre de contrôle épistémique, ça paraît compliqué comme ça mais c’est assez simple : quand vous êtes Tibo InShape [Vidéaste spécialisé dans le domaine de la musculation, NT], que vous dites « abonne-toi à la cloche sur YouTube », vous renforcez le pouvoir des plateformes, donc de ceux qui les possèdent, ici Google, et la difficulté c’est que vous ne savez pas ce qui existe ailleurs, puisque vous avez renforcé l’engagement de cette plateforme, ça rend plus difficile de visualiser ce qui se passe ailleurs.
La métaphore qu’on peut prendre c’est celle de la bibliothèque. Internet était une bibliothèque dans laquelle vous pouviez rentrer et vous balader dans les rayons, aujourd’hui vous rentrez dans cette bibliothèque, il y a un ou une bibliothécaire qui vous accueille, qui vous demande ce que vous voulez savoir, vous posez votre question et c’est le ou la bibliothécaire qui va chercher ce contenu et qui vous le rapporte. Pourquoi pas, mais il faut vraiment avoir confiance. Je supporte, je soutiens les bibliothécaires qui, en ce moment, vivent des périodes un peu difficiles, mais le bibliothécaire de Google, clairement, va vous montrer ce qu’il a envie de vous montrer, donc vous ne savez plus ce qui existe. C’est pour cela qu’on parle de contrôle épistémique : on a du mal à savoir où se trouve la connaissance, elle est détournée, cachée, elle continue d’exister, mais elle est beaucoup plus difficilement accessible.
Le fascisme surveillait les citoyens pour les punir.
Le techno-fascisme surveille les citoyens pour les transformer en données, je ne reviens pas dessus, ça a déjà été évoqué.
Le fascisme exigeait une dévotion idéologique.
Le techno-fasciste se contente de l’engagement algorithmique. L’idée n’est plus de vénérer le chef comme on pouvait vénérer un Mussolini ou un Hitler, c’est vénérer les influenceurs et les influenceuses, les sites qui sont à la mode et qui sont poussés par ces plateformes
Enfin, le fascisme voulait créer un homme nouveau. On a eu une période et on est toujours dans une période du fascisme 1.0 où l’homme nouveau, finalement, ce sont des mécaniques transhumanistes, c’est comment on améliore l’homme, je reprends Elon Musk avec ses implants neuronaux, etc.
Le techno-fascisme veut rendre l’humain obsolète. Typiquement, c’est ce que veulent ces personnes en poussant à l’intelligence artificielle générale, pas générative. L’intelligence artificielle générale, c’est le moment où l’IA n’a plus besoin de l’homme.
Mais t’es malade !
Bref, moi je me sens un peu comme ça en ce moment, notamment quand on aime le Web depuis longtemps. Je ne sais pas vous mais moi j’en ai gros.
Léodagan, sa bonne vieille méthode ! On peut se dire qu’on a envie de se révolter, je ne sais pas encore exactement comment on fait, en tout cas il y a cette volonté-là.
Deuxième méthode Léodagan, toujours tout cramer.
On peut aussi se dire qu’on n’en a pas grand-chose à faire, que ce n’est pas notre problème. Mais, si on ne s’occupe pas de ce problème, clairement c’est lui qui va s’occuper de nous.
Je reprends ici une slide du copain Jean Cattan, qui a été longtemps secrétaire général du Conseil national du Numérique, qui a accepté gentiment de la mettre sous licence Creative Common By SA pour que je puisse vous la présenter. Il parlait des problématiques de concentration du pouvoir – pas bien – et de distribution du pouvoir – bien. Je trouve que ça s’applique assez bien à ce dont on vient de discuter.
Comment sort-on de la privatisation pour aller vers quelque chose qui est différent ? Je peux reprendre, encore une fois, l’exemple de la gouvernance d’Internet. On était sur un système de polyarchie et, aujourd’hui, on est dans un système très hiérarchique. La polyarchie c’est quand il y a plusieurs organismes, ce n’est pas la démocratie, ce n’est pas tout un chacun qui va voter pour décider comment doit être Internet. On a des institutions intermédiaires dans lesquelles les citoyennes et citoyens peuvent agir et elles, derrière, vont choisir comment ça fonctionne.
Comment sort-on des silos pour revenir à un Internet plus robuste ? Je reviens juste après sur la question de la robustesse.
Comment revient-on à un Internet plus social, plus égalitaire, plus interopérable ?
Comment sort-on de l’aliénation pour aller vers un internet plus émancipateur ? C’est clairement le sujet sur lequel, à Framasoft, on travaille depuis plus de 10 ans maintenant même si l’association a dépassé les 20 ans d’âge.
Comment sort-on du techno-fascisme pour revenir à un Web moins techno-fasciste, je ne sais pas comment on pourrait l’appeler, on pourrait dire anarchiste, auto-régulé, plus libertaire, tout cela me va très bien.
Comment est-ce qu’on fait ?
Installer uBlock Origin, je ne sais plus si j’ai déjà posé la question. Qui ne voit pas ce qu’est uBlock Origin ? N’hésitez pas, il n’y a pas de mal. Six personnes sur plus de 100. De nouveau, il y a un très gros biais de connaissance aux JdLL.
Pour info, ublock Origin est une extension, notamment de Firefox, qui permet de bloquer les publicités et si vous le configurez correctement, même de bloquer certaines fenêtres de pop-ups de cookie et, ma foi, ça marche assez bien. C’est très bien, c’est un geste individuel, c’est un peu la technique du colibri. Vous connaissez la fable du colibri, il y a le feu dans la forêt, les animaux fuient l’incendie et le colibri, pour éteindre, prend sa petite goutte d’eau, et essaye d’aller éteindre l’incendie. Les animaux lui posent la question : « Pourquoi fais-tu ça petit colibri ? – Parce que je fais ma part. » Donc installer uBlock Origin c’est très bien, c’est faire sa part, on a besoin de gens qui font leur part et c’est important.
Mais cette fable parle peu de s’allier les uns avec les autres pour réagir de façon collective, organisée, et surtout pour essayer de trouver qui a foutu le feu à cette putain de forêt.
Donc, il va nous falloir des alternatives, super, ça fait dix ans qu’on vous dit la même chose. On le sait !
On va passer un petit peu sur la partie solutions.
Résumons Jamy
Je résume :
le Web ouvert est en train de disparaître
le Web qui reste devient pénible voire très pénible
et le Web qui vient est clairement techno-fasciste
En tout cas, c’est notre constat, si vous n’êtes pas d’accord vous pourrez le dire.
Laissez-moi vous présenter… Framanet
Comment passe-t-on de Dégooglisons Internet [13] à Démerdifions Internet ? « Ça devient intéressant ».
Ce que Framanet n’est pas
Je vais commencer par dire ce que Framanet n’est pas.
Ce n’est pas une révolution.
Ce n’est pas un nouvel internet.
Ce n’est pas un nouveau protocole.
Et ce n’est pas, non plus, la nostalgie d’un passé révolu. Ce n’est pas parce que je vous dis que le site LinuxFr coche bien les cases de ce qu’on veut en termes d’Internet, qu’on veut nécessairement revenir 10 ans ou 15 ans en arrière. Il ne s’agit pas d’être nostalgique, il s’agit de défendre ce qui marchait bien avant.
Ce que Framanet devrait être
Ce que Framanet devrait être – ça va être très compliqué pour moi de ne pas dire à chaque fois Framasoft de ne pas inverser Framasoft ou et Framanet.
En gros, c’est la prochaine campagne. Là je tease un peu parce qu’on l’annoncera officiellement plutôt au mois de novembre prochain. Framasoft travaille, en gros, par campagne triennale : on avait fait Dégooglisons Internet, Contributopia [14], Coin-coin qui était Collectivisons Internet – Convivialisons Internet [15], etc.
Là, l’idée c’est de dire voilà ce qu’on voudrait faire sur les trois prochaines années à partir de fin 2026. L’idée c’est de vous parler un petit peu de la proposition qui est derrière ça.
L’équipe Framasoft en train d’élaborer son plan
Ça c’est nous, ces derniers mois, à réfléchir un petit peu à notre plan, il faut qu’on trouve un truc, etc.
Vers un Internet plus « robuste »
On souhaite aller vers un Internet plus robuste.
La différence entre la résilience et la robustesse. La résilience c’est vous tombez, vous prenez un choc, vous avez mal, mais vous êtes en capacité de vous relever, ce qui est très bien. Il y a plein de communautés aujourd’hui, notamment une communauté qui a un site qui s’appelle De la robustesse à la performance – Se former pour passer à l’action [16] qui se base sur les travaux d’Olivier Hamant, un chercheur qui a publié un tout petit bouquin, Antidote au culte de la performance – La robustesse du vivant, qui dit que la robustesse c’est le maintien d’un système stable malgré les fluctuations. Ça veut dire que vous prenez des coups, mais ça ne vous touche pas, ça nous vous impacte pas.
La techno-fascisation risque de continuer, on va essayer de lutter contre, mais nous ne sommes qu’une petite association. On voudrait donc produire un système et que, malgré tout, ça ne nous atteigne pas. Je suis pas sûr qu’on puisse faire vraiment tout ce qu’on voudrait.
On cherche donc moins l’optimisation et la performance que la stabilité.
Concrètement, je ne dis pas revenir au Skyblog mais penser au Skyblog, c’est un peu là qu’on voudrait aller, c’est-à-dire redonner beaucoup plus de liberté aux utilisateurs et utilisatrices lorsqu’ils font des sites web, etc., et qu’ils ne soient pas obligés de se créer un compte chez Hugo [17] où il faut écrire en Markdown, utiliser le logiciel Hugo qui va transformer le Markdown en HTML sur une CI [Continuous Integration] distante qui marche, qui ne marche pas, etc. Trop compliqué !
Tout ce mouvement existe, ce n’est pas nous qui l’inventons, il existe depuis longtemps, c’est le mouvement de l’IndieWeb et du Smallweb. avec des technologies simples, basiques, vous avez la référence, l’interopérabilité, pas de tracking, pas de pub, moins d’algorithmes et en gros, quelque part, quelque chose de beaucoup plus low-tech. Quand je dis low-tech, ce n’est pas s’installer chez soi un Raspberry Pi, une chose à laquelle j’ai longtemps cru, mais globalement, c’est pareil, ça représente toujours 0,001 %, donc même si on faisait fois deux, fois trois, fois dix, ça ne résout pas ma problématique de représentant d’une association d’éducation populaire aux enjeux du numérique. Il faut qu’on arrive à toucher un petit peu plus la masse.
Vers un Internet habitable
Comment passe-t-on, en gros, de l’Internet des entreprises, notamment des Big Tech, à l’Internet des copains, des copines et des communs ?
Comment passe-t-on de attirer, enfermer, extraire, dégrader à faire, surtout ouvrir, partager, améliorer évidemment, mais c’est surtout faire de l’Internet, bref.
En gros, c’est l’Internet des vrais gens en opposition à l’Internet généré par intelligence artificielle. « C’est ambitieux ! »
Comment ré-agir ?
Comment souhaite-t-on s’y prendre ?
On vous propose trois axes : consulter, publier, relier, c’est-à-dire
redonner l’accès à l’information
redonner la capacité d’écrire
et redonner la capacité de faire commun ou communauté
Vous avez compris ?
Je sens que j’ai perdu du monde ! Cela ne ressemble à rien dit comme ça [Tableau compliqué à interpréter, NdT], mais, en fait, c’est mon plan de charge pour les trois prochaines années, donc non ne vous moquez pas ! Ce n’est pas très lisible.
Comment faire mieux ?
Voilà ce qu’on vous propose sur les prochaines années.
Framanet en 2026/2027 – Là, on est plutôt sûr·es de nous
Donc Framanet 2026/2027, en gros ce qui va sortir en fin d’année, début d’année prochaine, dont nous sommes à peu près sûr·es.
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D’abord, nous allons refondre le site Dégooglisons Internet – que vous connaissez peut-être, sinon allez voir le stand Framasoft –, pour qu’il devienne un point plus central pour les gens qui veulent se dégoogliser. Aujourd’hui, c’est trop compliqué parce qu’on a construit les choses par strates, pendant des années, et c’est un peu le bordel.
Peertube. Je vais y revenir, mais je vais un petit peu teaser en disant que c’est un peu le mastodon.social de PeerTube, si vous ne voyez pas de quoi je parle, ce n’est pas grave, j’y reviens.
OpenWeb est un projet qui est développé par un bénévole de Framasoft, il en reparlera à la fin de l’année. L’idée c’est d’extraire des silos des plateformes, les contenus qui sont postés par des personnalités publiques ou des institutions. En gros, on va aller parser Wikidata pour voir quelles sont les institutions et les personnalités publiques qui sont référencées, qui ont une page Wikipédia, en gros, et on va se connecter, de façon pas forcément tout à fait légale, aux plateformes pour aller récupérer les contenus de ces institutions, par exemple l’Élysée. Je trouve hallucinant qu’il faille aller sur le Twitter de l’Élysée pour lire ce qu’a dit Emmanuel Macron sur tel ou tel sujet. On sait que c’est nul, ce n’est pas grave, même si c’est nul on a le droit d’aller lire. Du coup, le projet OpenWeb vise à extraire les données et les remettre sous forme de flux RSS ailleurs, auquel vous pourrez vous abonner.
On souhaite aussi démerdifier les sites et les plateformes de transcription et de traduction.
Et enfin, si tout va bien, en fin d’année vous aurez une première version un peu proof of concept, mais fonctionnelle, d’une application smartphone Framasoft parce que ça nous est systématiquement demandé. Je suis vieux. Personnellement, avoir des applications smartphones en fait non, je préfère que ça fonctionne en version web et je mets la page web directement en page d’accueil de mon écran de smartphone. Mais c’est trop compliqué, donc les gens veulent une application, on fera une application.
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Un site de partage de liens, ce n’est pas le plus important, j’y reviendrai peut-être plus tard.
Peertube.org va sans doute être le projet phare qu’on veut sortir en fin d’année. Framasoft développe, depuis dix ans maintenant, une plateforme qui s’appelle le PeerTube, une plateforme de vidéos, dont mon camarade vous parlera juste après quand j’aurais lâché le micro – ça n’arrivera jamais ! –, qui permet aux gens à la fois de consulter des vidéos et de publier des vidéos sans dépendre des Big Tech. Ça marche plutôt bien, on a aujourd’hui des milliers de petits Peertube sur la planète. Quand je dis « on », ce n’est pas que Framasoft. Les gens installent du PeerTube et c’est super. Mais la difficulté c’est qu’il y a quand même une barrière à l’entrée pour le grand public qui se demande où aller pour publier sa première vidéo. On a le même problème avec Mastodon, réseau social alternatif de microblogging à Twitter/X – je te vois faire non de la tête, mais si, un petit peu quand même, Benjamin je t’assure que c’est compliqué, pour les gens, de trouver et de se créer un compte Mastodon. Pour se créer un compte PeerTube, il faut trouver. Sur, je crois, 1600 instances PeerTube, il y en a une cinquantaine qui sont réellement ouvertes. Vous pouvez aller sur Dailymotion, si vous êtes militant et militante ça marchera, mais si vous voulez juste aller poster une vidéo d’anniversaire, ça ne va pas fonctionner.
L’idée c’est de dire « OK, Framasoft est une des rares structures dans le monde – soyons fous – à être capable de mettre en place une énorme instance PeerTube, totalement hors marché, et qui permettra aux gens de découvrir la plateforme, donc peut-être avec un à dix gigas gratuits et clairement Framasoft ne veut pas être de clients, donc on renverra vers d’autres plateformes une fois que les gens auront découvert la plateforme.
Mise en place de Framadocs. Vous connaissez peut-être Framapad et MyPads, nos outils de rédaction collaborative alternatifs à Google Docs. Eh bien, on va rajouter d’autres outils parce que, là aussi, il y a des demandes et des besoins auxquels, pour l’instant, on ne répond pas. On nous demande régulièrement
« je voudrais que mes documents soient chiffrés », OK mettons en place un Cryptpad ;
« je connais bien Markdown, je voudrais avoir un truc qui me permette de rédiger en Markdown directement », on mettra en place un Hedge Doc [Outil pour prendre des notes au format Markdown]
et puis on va installer Docs de LaSuite [18] développée par la DINUM [Direction interministérielle du Numérique] – la conférence est en même temps, désolé, à l’autre bout du bâtiment. Cela nous paraît un très bon outil aussi pour rédiger collaborativement.
Tous ces outils ont des avantages et des inconvénients, l’idée c’est de les proposer, de faire le tri ensuite en fonction des usages, plutôt que présumer quels sont les bons usages ou les mauvais usages que vous pourriez en faire.
On va se débarrasser d’Ethercalc. Qui a déjà utilisé Framacalc dans sa vie ? Ah, quand même ! Je suis toujours surpris ! Je dirais entre 20 et 30 %. On est d’accord que c’est de la merde, est-ce qu’on peut le brûler ? Oui, je vois du oui. Du coup CryptPad Calc, qui utilise la suite OnlyOffice, sera, à mon avis, beaucoup plus pertinent.
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On va mettre en place un Planet-like, certes c’est en retour dix ans en arrière. En gros, un Planet-like c’est un blog qui récupère des flux RSS et les affiches comme si c’était un blog. On développera ça et on poussera ça dans les années à venir.
Linktree. Qui connaît Linktree ici [Service de page de destination pour les médias sociaux] ? Ah, quand même ! Je suis surpris, parce que d’habitude. Qui a un compte Insta dans la salle ? En gros un peu moins, il y a moins de gens.
On s’est aperçu que Linktree est une solution qui, à la base, a été faite parce que Instagram ne permet pas de mettre de liens web dans ses posts, en tout cas jusqu’à récemment, une solution qui est massivement utilisée par plein de gens et c’est réellement problématique. On souhaite donc proposer une alternative pour que les gens ne dépendent pas de cette plateforme.
Enfin Framatalk utilisera Visio, toujours développé par la DINUM, vous passerez de Jitsi à Visio.
Vous noterez que, pour un certain nombre de ces outils, on va commencer à mettre en place du SSO [Single">Sign-On], donc de l’authentification centralisée, ce qu’on a toujours refusé de faire jusqu’à aujourd’hui, pas que pour des raisons techniques, aussi pour des raisons éthiques et politiques.
OK plutôt pour. « Le gras c’est la vie ! » Mais non, le RSS c’est la vie. Vous noterez que c’est magnifiquement réalisé, vidéo à la main, par moi-même, je n’ai pas utilisé l’intelligence artificielle pour cela.
Framanet en 2027/2028 et si tout va bien
Je vais aller plus vite sur les autres. Donc, vraiment, je tease, revenez au mois de novembre, vous en saurez plus, là je donne juste ce qu’on va faire.
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Un annuaire de sites à la Yahoo, à la DMOZ pour les plus anciens d’entre vous, c’est-à-dire un annuaire avec une curation humaine.
Un Netvibes-like. Netvibes [19] est un projet qui, maintenant, a plus de 20 ans, qui permet d’afficher, en gros de se faire son petit dashboard personnel à base de flux RSS et d’autres informations, produit par Tariq Krim. Netvibes est mort. Pour moi, il avait vraiment de l’intérêt. On ne veut pas proposer de nouveau du FreshRSS ou des clients lourds RSS parce que les gens ont beaucoup de mal à comprendre ce que c’est. Par contre, la page d’accueil personnalisée sur laquelle vous pouvez suivre un podcast, vous abonner à des flux, ça marchera bien.
Des RSS-Bridge, je pense que ça ne va pas être 100 % légal. L’idée c’est d’extraire des données des silos et de les proposer sous forme de flux RSS.
Enfin une application Framasoft 2.0 avec des notifications et autres. Je n’en parle pas. J’y reviendrai.
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Le gros projet de l’année prochaine ce sera sans doute la mise en place, de nouveau, d’une ferme de blog/site/wiki probablement basée sur YesWiki [20], coucou YesWiki, qui sont à la fois des copains, des copines. YesWiki, pour moi, a deux avantages. YesWiki est un logiciel libre qui existe depuis plus d’une dizaine d’années.
Il a l’avantage d’être fait par une communauté qui n’est pas une communauté de techs, à la base c’est plutôt une communauté de personnes qui s’intéressent à l’éducation, l’environnement et autres, à la formation.
Le deuxième avantage de YesWiki c’est d’être une 4L d’internet en termes de moteur. La dette technique est assez forte, mais, au moins, c’est robuste, ça permet de faire plein de choses, etc.
Intégrer des sites web dans Framaspace [21], je passe.
Un Slidesdhare, donc un outil qui nous permet de partager des contenus type PDF, présentations, etc., en ligne.
Faire la bascule entre Yakforms, un logiciel que j’ai développé il y a plus de dix ans, et Liberaforms [22] qui, aujourd’hui, est développé par une communauté espagnole, parce que c’est du drupal 7, ne le répétez pas, donc c’est complètement end of life depuis un petit moment.
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Un service de newsletters qui nous est demandé depuis des années.
Un médium like, je passe.
Là, déjà, on est mieux.
Framanet 2028/2029
Je termine avec 2028/2029, là on est vraiment avec plein de points d’interrogation.
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Moteur de recherche. Je ne pensais pas dire ça mais merci l’intelligence artificielle. En fait, ils cleanent l’index du Web pour entraîner leurs moteurs d’IA sur des sources à peu près propres, du coup pas mal de structures recréent des index du Web à peu près propres, avec des vrais contenus. Elles éliminent les contenus générés par l’intelligence artificielle, il donc devient possible, techniquement, d’imaginer de créer notre propre moteur de recherche alors que j’ai toujours dit qu’il fallait 50 millions, je vous cache pas qu’on ne les a pas.
FramaDNS pour éviter de passer par le 1.1.1.1 de Cloudflare ou le 8.8.8.8 de Google qui permettent la résolution DNS.
FramaGPT, je n’en parle pas.
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Peut-être qu’on fera du alternC, on a commencé à en discuter avec Camille.
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Et enfin, dernier point. Framamail. « Ça fait dix ans que vous nous dites que vous ne ferez jamais Framamail et là vous êtes en train de nous dire que vous allez le faire ! » On va voir si on le fait ou pas. Youpi !
Je trouve que tout ça, globalement, boucle bien en termes de réponse, en tout cas à notre échelle. « Tout ceci est des plus palpitants ! »
Vous êtes peut-être en train de dire « allez-y, partez devant, on vous suit », tout doux les foufous. OK. Framasoft a encore un peu de sous, mais, pour faire tout ça, il va en falloir plus !
« Il n’y a peut-être pas d’argent, mais il y a du prestige ». OK. On aime bien ça, mais, globalement, ça ne nous permet pas de maintenir les serveurs. L’argent, ça va ça vient, il ne faut jamais paniquer.
Rappels
Je rappelle qu’aujourd’hui, en gros, Framasoft c’est plus de deux millions de personnes qui viennent sur nos services, tous les mois, sur une vingtaine de services. Si on vise la quarantaine fin 2029, ça va être compliqué !
Prouvez-moi le contraire : Framasoft est le plus gros hébergeur de services en ligne au monde hors marché, c’est-à-dire faits par une entreprise, je ne demande qu’à être démenti. Donnez-moi les noms et on ira comparer.
Aujourd’hui, nous sommes neuf salariés et tout cela est maintenu par un admin-sys, bientôt deux, il y a une offre en ce moment, si vous êtes admissible vous pouvez répondre.
Ça va coûter combien votre histoire ? La peau du fion, on ne va pas se mentir, donc je vous encourage, évidemment, à faire des dons à Framasoft [23] si vous le pouvez et si vous le voulez, évidemment.
Je ne sais pas vous, mais nous, nous avons hâte d’y être et on se revoit en fin d’année pour en rediscuter. Merci.
[Applaudissements]
J’avais plein de références. Si vous voulez scanner le QR Code et on partagera ça, évidemment.
Les JdLL faisant très bien leur boulot, la conférence sera rediffusée sur PeerTube dans quelques jours, semaines, mois, je ne sais pas. Contribuez aux JdLL et ça ira plus vite !
Il est 11 heures 58 donc, officiellement, je dois lâcher le micro. Si vous avez des questions, je vous propose de me retrouver non pas maintenant mais cet après-midi sur le stand de Framasoft ou d’y retrouver mes camarades et on essaiera de répondre à vos questions sur ce qu’on compte faire et comment on compte le faire.
La parole est à Bouteille. Merci.
[Applaudissements]