Bonjour tout le monde.
Je pense que vous avez eu le temps de lire le titre, « Internet libre ou Minitel 2.0 ? ».
Je suis Benjamin Bayart, je préside l’association French Data Network [1]. D’habitude sur le premier slide j’explique un petit peu ce qu’est que FDN, mais, comme je vais en parler pendant 45 minutes de ce qu’est FDN je vous l’expliquerai à la fin si vous n’avez pas compris !
On va passer tout de suite au plan, vite fait, de ce que je veux vous raconter. Je vais essayer de faire court pour qu’on ait le temps de troller, de débattre après et puis, si je fais long, on débattra dehors avec du café et des cigares.
Je vais faire un tout petit rappel historique, je ne prétends pas être exhaustif sur l’histoire, c’est juste pour recadrer deux/trois idées de base.
Un petit peu après, on parlera de modèle technique entre Minitel et Internet.
Un petit peu après, on parlera des différents acteurs de ces deux mondes.
Ensuite on parlera de quelques questions juridiques, relativement simples, mais qui ont un impact majeur.
Et j’essaierai de passer un petit peu plus de temps sur la conclusion parce qu’elle est importante.
Histoire
On va commencer par l’histoire.
Rapidement, quelques points clés. Pourquoi est-ce que je viens vous parler d’Internet libre dans une conférence qui parle de logiciel libre ? Basiquement parce que ça se ressemble :
- c’est à peu près les mêmes dates. L’apparition d’Internet et l’apparition des logiciels libres, curieusement c’est vaguement la même époque, c’est la fin des années 70, c’est le moment où les deux prennent leur essor ;
- ce sont les mêmes acteurs. Si vous fouillez, les gens qui ont des idées dedans, les gens qui font des choses vous verrez que globalement ce sont les mêmes ou, pour le moins, ils se connaissent, ils se côtoient ;
- vous constaterez que ça a crû à peu près à la même vitesse. Vous regardez l’essor d’Internet, vous regardez l’essor du logiciel libre, vous verrez que ce sont deux courbes qui, finalement, se ressemblent ;
- le mode de fonctionnement est le même, le côté auberge espagnole, chacun apporte quelque chose. Si vous regardez comment sont définis les standards du Net, qu’on appelle les RFC [Requests for comments], vous verrez que les RFC sont définis de manière assez collaborative, au moins historiquement, après c’est moins vrai.
En fait, ce à quoi je veux en venir c’est que c’est la même chose, c’est-à-dire que sans logiciel libre pas d’Internet. Si BIND [2] n’avait pas été libre, si le protocole de routage IP n’avait pas été libre et ouvert Internet ne serait pas né. Donc sans logiciel libre pas d’Internet. Sans Internet pas de logiciel libre. Évident ! Si on supprime le mail et les échanges électroniques de code entre développeurs pour faire mûrir les softs, ça ne peut pas marcher. Les deux sont intimement liés, ce sont deux facettes d’un même objet. Cet objet, si vous voulez on en débattra tout à l’heure, je pense que c’est ce qu’on appelle la société du savoir, l’économie du savoir. Ce sont deux facettes du même objet, on ne peut pas différencier, on peut pas dissocier Internet et logiciel libre. C’était cela le bout d’historique que je voulais vous rappeler.
Technique
Réseaux usuels
Maintenant, nous allons nous intéresser rapidement à quelques petits aspects techniques en commençant par les réseaux usuels, c’est-à-dire le Minitel en France, c’est-à-dire d’autres réseaux du même type dans d’autres pays.
Le réseau normal jusqu’à Internet, en fait tous les réseaux, sauf Internet, sont des réseaux centrés. Il y a un centre du réseau qui contient, selon le contexte, la base de données, la puissance de calcul, les informations, l’intelligence, pour faire rapide.
C’est un réseau où les terminaux de consultation sont passifs. L’exemple type du terminal de consultation du réseau c’est le gros ordinateur de l’université des années 60 qui est tout seul dans une salle machine, il y a un réseau sur toute l’université avec des terminaux passifs qui permettent de se relier à ce gros ordinateur. Ça donne des réseaux qui ne grandissent pas bien. Ce sont des réseaux sur lesquels au-delà de quelques dizaines de milliers d’utilisateurs ça marche pas terrible. Typiquement c’est un réseau en étoile. L’exemple vraiment standard en France c’est le Minitel : il y a un serveur central, des terminaux passifs qui viennent se connecter par téléphone sur le serveur central pour avoir accès à l’information, typiquement des horaires de trains..
Une des évolutions qui a eu lieu sur ces réseaux traditionnels, c’est BBS, le BBS reste un modèle. Pour ceux qui ne savent pas BBS c’est le Bulletin Board System [3], c’est ce que faisaient les geeks à la fin des années 70 au début des années 80, même jusqu’à la fin des années 80. Ça reste du réseau centré : un gars tient le BBS et des gens se connectent dessus pour discuter, pour échanger.
Internet
Le réseau Internet est structurellement très différent.
- Internet est un réseau qui n’a pas de centre, Internet c’est juste une toile qui n’a pas de point central.
- C’est un réseau où chaque terminal est à la fois serveur et client. C’est une chose qu’on connaît tous par cœur maintenant, client/serveur. Les gens ce sont mis à le re-différencier, c’est-à-dire qu’on croit qu’il existe des clients Internet, on appelle ça des bleus ou des utilisateurs avec un navigateur, et qu’il existe un serveur Internet, c’est un truc très cher dans une salle machine, où il y a pas d’interface graphique. Ce n’est pas vrai. Internet c’est un réseau d’ordinateurs qui sont tous à la fois client et serveur.
- C’est un réseau de type maillé, ce n’est pas une étoile, il y a pas un nœud d’échange mondial du trafic Internet dont tout le reste ne serait que des ramifications. On peut rayer l’Amérique du Nord de la carte, Internet continuera à fonctionner, oui parce que s’il y avait un centre, il serait en Amérique du Nord à priori.
En fait, la formulation qu’on retient habituellement c’est qu’on dit que sur Internet on a mis l’intelligence en périphérie du réseau.
Dans le Minitel, on a mis l’intelligence au centre, c’est le contenu, ce sont des bases de données avec des terminaux débiles autour.
Internet c’est le contraire, on a mis des routeurs idiots au centre et, en périphérie, on a mis des ordinateurs qui réfléchissent. C’est ça le modèle d’Internet, la grande révolution qu’a été Internet a été d’apporter ça. Les réseaux télé-informatiques centrés, on en fait à peu près depuis les années 50.
Et maintenant
Où est-ce qu’on en est maintenant ?
Petit aparté, je vais m’arrêter quasi exclusivement sur le mode de fonctionnement d’Internet en France, d’abord parce que c’est l’exemple que je connais le mieux, ce que je vais vous dire est à peu près vrai dans tous les pays du monde, sauf que je ne connais pas les noms des protagonistes en Allemagne, en Suisse ou en Espagne, etc. Par contre, connais bien les protagonistes français.
Un premier exemple que je trouve distrayant c’est la vidéo à la demande. La vidéo à la demande que vous avez chez Free ou chez Orange, c’est un serveur central, qui tient toutes les vidéos, et puis c’est un boîtier relativement débile qu’on appelle Machin Box qui est branché sur votre télé qui permet de la regarder. Pour vous je ne sais pas, pour moi, ça c’est du Minitel. Il est en couleur haute définition mais c’est du Minitel, d’ailleurs vous regarderez on paye à la minute comme sur 3615 Machin, pareil !
Le courrier électronique. Quand j’ai appris le courrier électronique, quand j’étais petit, on m’a dit « c’est le login de l’utilisateur @ le nom de la machine ». Mon adresse mail c’est « bayartb », c’est mon login « @ edgard.fdn.fr » ça c’est ma machine. Sur Internet, quand vous faites « ping edgard.fdn.fr », si ça répond c’est que mon PC, à la maison, est allumé et est connecté à Internet.
Je suis prêt à parier que la machine de Jeanpaul.dugenoux chez wanadoo.fr ne s’appelle pas wanadoo.fr. Le type qui a la machine qui s’appelle wanadoo.fr a 56 millions d’adresses mail dessus, je suis persuadé que ce n’est pas vrai, il a pas lui perso 56 millions de boîtes aux lettres. Avoir mis 56 millions de boîtes aux lettres sur le même domaine, sur la même machine, c’est avoir mis tout le contenu au centre, votre correspondance à vous, au centre. Ça, ce n’est pas de l’Internet c’est 3615 Ulla, en moins x.
Dailymotion, YouTube j’ai pris l’exemple français, l’exemple américain, tout le monde les connaît, que font ces gens-là ? La première fois que je les ai vus, je me suis dit « ah, c’est marrant comme tout, on poste des vidéos, les gens regardent, c’est rigolo » et puis, à peu près 30 secondes plus tard, je me suis dis « je vais mettre la vidéo sur mon PC », mais je n’ai pas la bande passante en upload pour le faire, c’est-à-dire qu’on m’empêche techniquement de le faire, mais ça n’a rien à foutre chez eux. Les vidéos du baptême de mon filleul n’ont rien à foutre chez Dailymotion, elles devraient être chez moi. Accessoirement, quand on parlera économie, celui-là est bien mignon, il y a des bons morceaux dedans.
J’aime bien ça aussi : Google, Yahoo, MSN, les trois moteurs de recherche qui font à peu près 95 % de la recherche sur Internet et de l’indexation. À une époque, quand on cherchait le site Minitel qui permet quelque chose, on tapait 3615 et, au lieu de taper le nom du site dans la case « nom du site », on allait dans la case « rechercher », on tapait des mots-clés, puis France Télécom proposait les services Minitel auxquels on pouvait se connecter. Eh bien ça s’appelle Google. Ils l’ont fait en couleur, ils l’ont fait en grand, ils l’ont fait avec de la pub sur le côté, mais c’est le moteur de recherche du Minitel, ce n’est pas ça Internet. Internet ce ne sont pas les 8000 machines de Google qui détiennent le savoir de l’humanité. Internet c’est le contraire de ça.
Donc finalement côté réseau sur la technique ce n’est pas du Net. Ce que vous utilisez couramment, ce n’est pas du net, c’est du Minitel.
Modèle économique
Sur le modèle économique, on va regarde un petit peu ce que ça donne.
Facturation téléphonique
Je sais pas si vous avez repéré, le mode de facturation n’est pas tout à fait le même. Comment fonctionne le mode de facturation de la téléphonie ?
Il fonctionne avec de l’abonnement, c’est-à-dire que pour avoir accès au réseau vous devez être abonné au réseau, c’est relativement classique, on arrive à le justifier en disant que c’est pour payer l’infrastructure. Comme quelqu’un est venu un jour agrafer un fil de cuivre sur votre mur pour vous donner du téléphone, pendant 80 ans vous aller lui payer. Le cuivre est cher, certes, mais pas tant !
Ensuite c’est un jeu de ce qu’on appelle demi-terminaisons, je suis même pas sûr que ce soit le terme exact, les gens de la téléphonie connaissent ça par cœur. Ça n’existe pas quand je téléphone à mon voisin et qu’on passe tous les deux par France Télécom. Par contre, ça existe, même dans le modèle historique des années 70, quand je téléphone à mon copain qui habite en Espagne, France Télécom et son homologue espagnol vont se facturer des demi-terminaisons, c’est-à-dire que moi je vais payer une partie du coût et mon copain va payer aussi une partie du coût, chacun des opérateurs transportant facturant la moitié d’une connexion. C’est important de comprendre qu’on paye aux deux bouts parce que c’est un modèle qui est relativement particulier. En fait, je paye la communication, mon pote a payé l’abonnement pour que je puisse l’appeler, et les opérateurs se facturent entre eux sur ce mode-là. C’est flagrant quand on creuse un petit peu le modèle du roaming international. Quand je vais, avec mon joli téléphone Bouygues, à Stockholm, comme il n’y a pas longtemps, le jeu de refacturation entre l’opérateur de Stockholm et Bouygues Télécom, ce sont vraiment des demi-aboutements d’appels avec un appel sortant vers la France, un appel rentrant vers Stockholm parce que je téléphonais via un numéro de téléphone français au gars qui était dans le même restaurant que moi, qui était lui aussi sur un numéro de téléphone français. Ça faisait des nœuds assez curieux dans le jeu de facturation, ils se facturent plein de demi-appels et, finalement, ça génère beaucoup de sous artificiels, puisqu’ils s’entre-facturent. En fait, c’est de l’argent qui s’annule.
Facturation internet
Le mode de facturation sur Internet est assez différent. Vous ne le connaissez pas forcément bien, ce dont je vais vous parler c’est soit du mode de facturation d’il y a quelques années, quand Internet commençait, n’était pas encore trop parasité, ou de celui qu’on croise encore dans la facturation entre opérateurs.
D’abord, en général, sur Internet il n’y a pas d’abonnement, il y a des frais de construction : ça a coûté 400 euros de tirer le câble pour apporter le réseau, eh bien on paye 400 euros de frais de construction, c’est classique, ce n’est pas un abonnement.
Ensuite il y a une facturation soit au volume soit au débit, ce qui revient au même. À l’époque où les débits des lignes de connexion à Internet étaient faibles, on payait au débit de la ligne. Quand on louait une liaison de 32 kilobits, ça coûtait à peu près moitié moins cher qu’une liaison de 64 kilobits. On ne payait pas vraiment l’abonnement au média lui-même, on payait le débit garanti dessus. De nos jours, on retrouve encore ça dans le mode de facturation entre opérateurs, quand deux gros opérateurs Internet se facturent quelque chose, c’est-à-dire quand Gitoyen [4] paye sa bande passante à Level 3 [Société américaine spécialisée dans les télécommunications], on paye au volume. On a posé un tuyau à 100 meg [mégahertz], on en a consommé 30, on paye 30meg. Si on consomme zéro, on paye zéro.
Bien évidemment ce mode de facturation est particulièrement injuste parce que vous imaginez bien que la négociation entre un opérateur international, tendance intercontinental, et le nain de jardin qu’est l’opérateur local de votre bled, la négociation elle est vite vue, c’est le prix qu’il veut et puis il n’y a pas vraiment de gain de concurrence. Pour vous donner une petite idée, sur les biens de consommation courants, entre le prix du gros sorti usine et le prix de détail chez le marchand au coin de la rue, il y a au maximum un facteur 10/15. Sur le prix de la bande passante internet, entre le prix vraiment d’échange entre très gros opérateurs internationaux et le prix de vente au détail chez les tout petits opérateurs il y a un facteur 35/40/50.
Et maintenant
Quel est le modèle actuel que vous connaissez ?
Ce que vous connaissez c’est 29,99 euros chez un opérateur dont j’ai déjà cité le nom, les autres se sont alignés dessus. C’est un abonnement comme pour le téléphone.
Il reste la facturation volume, mais elle n’existe que dans les facturations entre opérateurs, c’est-à-dire qu’il y a bien des gens qui sont les nœuds du réseau, ce sont les opérateurs qui, eux, sont sur Internet, et puis il y a les bouseux, les gens qui ont un accès avec une Machin Box.
Et on est venu sur un modèle assez bizarre, qui a beaucoup émergé ces dernières années, de publicité/publication. Si monsieur France 2 veut être proprement diffusé, il paye un droit de publication, c’est-à-dire qu’il paye les opérateurs réseau pour être diffusé. Si certains, parmi vous, ont suivi les débats sur la liste FRnOG [5]. Il y a quelques mois, la trame sous-jacente c’était monsieur Free qui disait à monsieur Dailymotion « je ne transporterai pas ta merde si tu ne me donnes pas des sous ». Ça, c’est le droit de publication. Curieusement il n’y a pas ça, d’habitude, sur Internet, c’est quelque chose d’assez récent. Et puis il y a la publicité, c’est-à-dire que, comme vous êtes des gens très partageurs, vous avez vos vidéos perso, aguichantes ou non, que vous mettez sur Dailymotion histoire que tout le monde en profite, curieusement les reversements publicitaires que perçoit Dailymotion, vous ne les percevez pas. En fait vous leur confiez votre contenu pour qu’ils y gagnent leur publicité. C’est un modèle assez particulier et, si on regarde bien, dans le mode publicité/publication on paye aux deux bouts, c’est-à-dire que celui qui a du contenu paye pour qu’il soit diffusé, et celui qui vient regarder le contenu paye sous forme de publicité. On est bien revenu au modèle du téléphone. Maintenant ce ne sont plus des communications à la minute, ce sont des publicités, mais le modèle est vraiment le même.
Les acteurs
Rapidement, les acteurs qui sont en jeu là-dedans.
Acteurs téléphonie/télévision
Dans le monde de la téléphonie et de la télévision, pour le coup j’ai pris la télévision payante parce que, là aussi, on retrouve des modèles économiques qui sont les mêmes, très centrés. La télévision payante c’est le câble ou le satellite et c’est pareil, ce sont des terminaux passifs avec un centre qui contient on ne peut pas dire l’intelligence mais le contenu et qui le diffuse.
Là-dedans, on retrouve des monopoles locaux. Typiquement, la boîte qui a construit le réseau cuivré d’une région, genre la France, qui est un petit département d’Europe, a un monopole local.
On trouve des modèles à interconnexion restreinte, c’est-à-dire que dans le monde de la téléphonie, n’importe quel opérateur ne vient pas s’interconnecter avec n’importe quel autre. Si je monte mon petit opérateur pour rire dans mon jardin avec mes potes, on pourra se téléphoner entre nous, mais le droit de s’interconnecter, d’égal à égal, avec les autres opérateurs de téléphonie, est très restreint, il faut négocier longuement.
On a le modèle éditeurs/diffuseurs, c’est le modèle classique de la télé payante, il y a les éditeurs qui font des contenus, parfois intelligents, et puis il y a les diffuseurs qui diffusent le contenu. Le diffuseur est payé aux deux bouts, il est payé par la chaîne de télé qui paye pour être diffusée et il est payé par l’abonné qui paye pour recevoir, c’est vraiment le même modèle économique que celui du téléphone.
On voit des jeux d’exclusivité, c’est-à-dire que quand un opérateur téléphonique passe par un autre, en général le lien est unique, c’est très rare qu’on ait des opérateurs téléphoniques qui soient connectés à plusieurs ; un opérateur téléphonique connecté à deux autres pour bouter les mêmes appels, c’est un modèle extrêmement rare, même chose dans la télévision, il y a souvent des accords d’exclusivité.
Et l’opérateur de téléphonie joue le rôle d’intermédiaire de facturation, c’est-à-dire que même dans les années 80, quand je téléphonais à mon copain à Madrid, je ne recevais pas de facture de Telefonica, je ne recevais qu’une facture de France Télécom. Quand j’appelais le 3615 Bidule pour aller consulter des services passionnants sur le Minitel, genre réserver un billet de train ou faire des choses que la morale réprouve et qui ont fait les fortunes de beaucoup de gens, je ne recevais pas de facture de Monsieur 3615 Machin, je recevais une facture de France Télécom. Le modèle standard classique de la téléphonie c’est que l’opérateur de téléphonie est l’intermédiaire de facturation.
Acteurs internet
Si on regarde comment ça marche sur Internet c’est très différent, au moins sur l’Internet tel qu’il était voulu au départ.
À la place du monopole local, on a une certaine pluralité. On nous a parlé d’ouverture de la concurrence, d’ouverture des marchés, tout ça. Quand on ne parlait pas d’ouverture de la concurrence, d’ouverture des marchés, c’est-à-dire quand je me suis abonné à FDN en 96, il y avait 5/6 opérateurs chez qui je pouvais m’abonner sur Paris, je pouvais prendre l’opérateur que je voulais, il n’y avait pas de souci, il y en avait bien plusieurs.
Les interconnexions entre opérateurs étaient systématiquement multiples, un opérateur donné est toujours en lien avec une ou deux douzaines d’autres opérateurs, c’est le standard, via des liens de transit des liens de peering [interconnexion d’égal à égal]. Pour vous donner une petite idée, Gitoyen est en interconnexion probablement avec une centaine d’opérateurs.
L’opérateur de réseau se comporte comme un transporteur. Quand je commandais un paquet chez un commerçant, pas forcément via Internet dans les années 80, quand je commandais des chaussettes chez « Les 3 Redoute », je payais mes chaussettes à « Les 3 Redoute » et « Les 3 Redoute » payaient le transport à La Poste, La Poste ne s’occupait que du transport. Ça c’est à peu près le modèle d’Internet. Mon FAI transporte mes données, c’est tout, il ne regarde pas ce qu’il y a dedans, ce n’est pas sa sauce. Finalement savoir d’où ça vient, savoir si ça vient d’un contenu payant ou si ça vient d’un contenu gratuit, il s’en fiche. Il transporte de manière neutre.
On est sur un modèle de facturation directe. Quand j’achète un produit sur Internet, que ce soit un livre chez Amazon ou un abonnement à un site qui contient de l’actualité passionnante avec des gens tout nus sur des photos, je paye directement, je ne paye pas à mon fournisseur d’accès qui, comme cela, n’est pas au courant, c’est plus discret.
Quelques exemples d’opérateurs.
Forcément j’ai cité FDN parce que c’est le mien, j’ai cité Neuronnexion parce que nous sommes à Amiens, et puis le gros national à l’époque qu’était Oléane [6]. Oléane était un gros opérateur à l’époque, dans les débuts du Net, au milieu des années 90, Oléane était connecté à des dizaines d’autres opérateurs en France, il n’y avait pas de problème pour obtenir un accord d’interconnexion dans des conditions relativement équitables entre Neuronnexion qui était une PME avec quelques personnes sur Amiens et Oléane qui était une PME avec quelques dizaines ou quelques centaines de personnes, sur la fin, à Paris.
Et maintenant ?
Où est-ce qu’on en est maintenant ?
Orange c’est le nom moderne de France Télécom, interconnexion avec eux, rêve ! Interconnexion multiple, si tu veux transporter ton trafic vers Orange, en gros, tu finiras par le leur payer.
Free, même punition. Ce n’est pas vraiment un opérateur Internet, ce n’est plus vraiment un opérateur Internet, c’est en train de basculer tout doucement vers un opérateur Minitel. Il y a trois ans, l’idée tenue sur FRnOG de dire à Dailymotion « je transporterai ta merde si tu me donnes des sous » aurait fait bondir les gens de chez Free. À l’époque où ils étaient petits, ça leur aurait fait très peur parce que c’était un moyen de les empêcher de grossir.
SFR. Pour les gens qui ne savent pas, SFR c’est le nom complet de Neuf Cegetel, c’est le plus gros actionnaire, je veux bien les appeler autrement, mais l’actionnaire c’est SFR. Eux, même chose, c’est plutôt un opérateur de téléphonie qui vend du Net avec du vrai Minitel dessus.
Numéricable même punition. Eux vendent de la télé, pas bien du téléphone mais beaucoup de télé. On a vu tout à l’heure que ce sont à peu près les mêmes modèles, c’est un réseau centré, on facture à la fois le mec qui diffuse et le mec qui reçoit, on est vraiment sur le modèle classique, c’est exactement le même schéma de fonctionnement que les réseaux d’antan.
Je vous laisserai répondre à cette question : qui est encore opérateur Internet là-dedans ? Eh bien, pas grand monde. Si vous regardez entre ceux qui sont morts et ceux qui ont été rachetés, il ne reste vraiment pas grand monde.
Juridique
C’est un morceau sur lequel je vais m’étendre un peu plus, il y a qu’un seul slide mais il y a beaucoup de chose à dire.
On n’a pas basculé du modèle à Internet qui commençait à émerger au milieu des années 90 au modèle Minitel qui est en train d’émerger aux États-Unis au début des années 2000 complètement par hasard. Il a fallu plusieurs morceaux pour en venir là.
Même chose, je vais me centrer plutôt sur les effets franco-français, mais vous verrez que le modèle s’étend assez bien.
Risques identifiés
D’abord les DRM [Digital Rights Management], ça vous parle, on en a parlé beaucoup ici, DADVSI, Droits d’Auteur et Droits Voisins dans la Société de l’Information, pour les gens qui oublient ce que veut dire l’acronyme.
Créer des DRM c’est créer de l’exclusivité. C’est un morceau qui manquait sur Internet, on ne pouvait pas créer de l’accès exclusif de manière simple. En mettant des DRM dedans on peut bien, c’est facile. C’est-à-dire qu’une fois qu’on aura bien mis des DRM dans tous les fichiers, l’opérateur pourra dire « je transporte, ou pas, les fichiers signés par Machin » ; Microsoft n’a pas envie de transporter les fichiers signés par Torvalds, simple, il suffit de ne pas les transporter.
Les brevets créent de la fermeture. Je vous le disais tout à l’heure, Internet et le logiciel libre c’est très exactement la même chose, ce sont deux facettes du même objet. À partir du moment où je mets des brevets, je ferme le jeu. Si c’est breveté ça veut dire que quelqu’un d’autre n’a pas le droit de le refaire pour venir s’interconnecter. En fait, une fois que j’ai bien breveté le mode de fonctionnement du Minitel, un méchant concurrent ne peut pas fabriquer des Minitels. Les brevets ne servent qu’à ça, c’est même la définition du brevet.
On pourrait croire que e filtrage que nous demandent régulièrement les différents gouvernements, c’est de la censure fasciste ; il y a sans doute un petit peu. Je pense que quand les Renseignements généraux demandent en loucedé, à un opérateur, de filtrer un gars, ça pourrait ne pas être parce qu’il est terroriste mais juste parce qu’il fait chier, disons que ça s’est déjà vu. Ça a un effet de bord très amusant, une fois que les opérateurs ont mis dans leurs réseaux – ce n’est pas encore le cas mais ça vient – des boîtiers qui sont capables de filtrer, le boîtier qui est capable de filtrer, je pense qu’il y a quelques informaticiens dans la salle, filtre ce que l’admin sys demande de filtrer, c’est-à-dire ce que le gouvernement lui demande de filtrer parce qu’il est plutôt obéissant, pour pas aller en taule, et puis ce que son patron lui demande de filtrer. C’est-à-dire que le filtrage qu’est demandé par le gouvernement, probablement pour des raisons de sécurité publique, enfin on l’espère, permet également de rétablir le modèle des demi-connexions, c’est-à-dire que je filtre les sites nazis et les filtres qui n’ont pas payé. Ça permet de bien faire rentrer ce modèle économique.
Un exemple type de ce truc-là : il y a de plus en plus de réseaux, en France, où le peer-to-peer est filtré, pas filtré complètement parce que si on le filtre complètement ça se voit. Mais curieusement, quand vous allez regarder la vidéo sur le site web de diffusion de vidéos qui a payé des sous parce qu’on le lui a demandé ça va bien, c’est fluide, nickel, bon débit, impeccable. Par contre, si vous essayez de télécharger une Debian en peer-to-peer, vous allez voir, ça rame. Pourtant c’est le même réseau, ça passe par les mêmes endroits, c’est-à-dire qu’on remonte tout à Paris puis on re-dispatche après, oui c’est du Minitel, on remonte tout à Paris puis on re-dispatche après. En Minitel quand je discutais depuis Marseille avec mon pote marseillais, nos questions et nos réponses passaient par Paris, on fait pareil maintenant. Donc le filtrage a déjà commencé et il a déjà commencé pour facturer des demi-connexions.
La responsabilité, j’étends un petit peu le titre, ce sont les différents débats qu’on a eu depuis l’affaire Altern en 1999 [7], c’est la responsabilité des hébergeurs, c’est-à-dire que l’hébergeur est responsable de ce qu’il y a sur le site et, si on lui signale un contenu supposément illégal, il se doit de l’enlever avec diligence. Il pourrait l’enlever avec voiture, avec diligence c’est mieux ! Ça veut dire que si je prends le risque de permettre à quelqu’un de poser son site web sur ma machine, s’il dit de la merde c’est moi qui vais en taule. Moi je ne peux pas l’assumer. France Télécom peut l’assumer parce que, quand il aura un procès, France Télécom enverra son armée d’avocats, expliquera que dès qu’on lui a signalé le contenu il a été enlevé – c’est vrai, c’était un dissident d’un endroit où on n’a pas le droit de « dissider », qu’il aille donc « dissider » ailleurs –, donc ça a été tout bien enlevé, et ils pourront dire « nous sommes blanc bleus », ils vont au procès, ils payent des avocats, ils s’en sortent. Par contre, la PME de banlieue qui essayait de faire pareil, quand elle s’est retrouvée devant le juge, ça lui a coûté un œil de payer l’avocat, et puis, comme le mec qui « dissidait » disait des trucs que, finalement on a le droit de dire en France, ils ont estimé qu’ils n’allaient pas supprimer le site, ça va donc jusqu’au procès et ça coûte cher.
La responsabilité des hébergeurs tend à faire que les petits hébergeurs ont du mal à exister parce qu’ils existent en vivant dangereusement, donc ça crée du réseau centré, puisque les petits ont du mal à exister il ne restera que les gros.
La régulation c’est aussi quelque chose de fabuleux. Ce qu’on appelle régulation dans le monde Internet professionnel, c’est l’Arcep, Autorité de régulation des communications électroniques, des postes et de la distribution de la presse, ex-ART, Agence de Régulation des Télécommunications. Ce sont des gens qui ont été mis en place à l’époque où, suite à certaines directives européennes, on a ouvert le marché des télécoms. J’ai assisté, un petit peu en tant que président de FDN, mais aussi avec d’autres casquettes, à une des réunions de l’Arcep sur les réseaux d’initiatives publiques. Le monsieur responsable du dégroupage en France nous expliquait, mort de rire, qu’il y a 10 ans, quand ils ont commencé et qu’ils ont fait les premières réunions sur le dégroupage, il fallait une salle de réunion gigantesque pour asseoir les 50 opérateurs alors qu’aujourd’hui, quand ils font les réunions sur le dégroupage, ils les font dans son bureau parce qu’ils sont quand, et le pépère avait l’air content de lui. C’est-à-dire qu’il a été mis en poste pour ouvrir le marché, il est passé de 50 acteurs à quatre et il est content ! Fabuleux ! Je trouve ça fabuleux. Ce petit jeu où on se retrouve avec quatre opérateurs qui vendent du minitelnet 2.0 fait qu’ils sont suffisamment gros pour envoyer chier tous les autres. Quand on s’appelle Free et qu’on a deux millions d’abonnés, quand on s’appelle France Télécom et qu’on en a quatre, ou quand on s’appelle Neuf et qu’on en a je-sais-plus-combien à force de racheter ses clients je sais plus où ils en sont, probablement deux et demi, forcément un Schtroumpf qui vient avec 20 000, comme Nerim, ils n’en ont rien à battre, on ne parle pas aux petits !
La difficulté d’interconnexion des réseaux vient en bonne partie des erreurs de régulation ou des choix de régulation, parce que ce n’est peut-être pas par erreur qu’ils font qu’il n’y a plus de petits opérateurs.
Et puis pour ceux qui étaient à la table ronde politique hier, il y a des problèmes de gouvernance. Les problèmes de gouvernance, ce sont tous ces braves gens qui se réunissent entre eux pour décider si oui ou non on va permettre aux gens d’acheter des noms de domaines sans leurs papiers, ou si on va distribuer des adresses IP aux pas gentils, ou comment on va faire en sorte que les pédonazis ne puissent pas faire ci ou ça, ou que les terroristes ne puissent pas poster, donc comment Google va filtrer tous les sites écrits en arabe parce que ça doit être suspect, sauf ceux, bien évidemment, signés par le gouvernement qui vend du pétrole. Tout cela c’est ce qu’on appelle la gouvernance d’Internet, c’est l’IANA [Internet Assigned Numbers Authority], c’est l’ICANN [Internet Corporation for Assigned Names and Numbers], c’est le RIPE [Réseaux IP Européens], etc. En fait, c’est une assurance. Une fois que c’est convenablement tenu par les quelques juristes des très gros opérateurs – dans les instances de gouvernance, il n’y a pas un technicien à poil dur, il y a quelques vieux barbus tout gris qui parlent BGP [Border Gateway Protocol], le reste c’est tout du « cravateux », juriste, docteur en droit, envoyé par les opérateurs pour vérifier que tout va bien. C’est une assurance, c’est l’assurance du fait qu’ils resteront dans la position où ils sont.
D’où sort tout cela ?
Ça sort schématiquement de l’histoire, c’est-à-dire que les gens qui ont de quoi fabriquer du réseau sont les gens qui ont fabriqué le téléphone et qui étaient en situation de monopole, ce sont les gens qui ont fabriqué la diffusion télé et qui étaient en situation de monopole. Internet est né, à un moment ils se sont dit « tiens, ça va se vendre », alors ils en ont vendu et puis, sans forcément être méchants, on pourrait croire à la théorie du complot, mais je n’y crois pas, je pense qu’ils ne sont pas assez malins pour s’être dit « tiens, on va se liguer pour attaquer sur tous les fronts en même temps pour faire taire les pénibles ». Je pense qu’ils ne l’ont pas fait exprès, mais ils sont en train d’éteindre Internet et c’est un effet de bord naturel. Internet remettait en cause leur monopole, ils ont fait chacun les petites actions dont ils avaient besoin pour essayer de maintenir leur monopole : les gros éditeurs de musique en faisant des DRM, les auteurs de logiciels tout pourris propriétaires en faisant des brevets, les marchands de contenu qui ne veulent pas qu’on aille acheter le contenu des autres en faisant du filtrage, etc. Je ne pense même pas qu’ils se soient concertés pour faire tous les mêmes conneries.
Quand ils vous disent qu’on passe à l’ère du numérique, c’est vrai. Ils font bien du numérique, si vous regardez la télé autrefois, il y avait de la neige, maintenant elle pixelise, c’est ben qu’elle est numérique ! Mais ce n’est pas de l’Internet, c’est du numérique. Du numérique, ça peut être le baladeur fermé propriétaire d’une grande marque japonaise en quatre lettres commençant pas « S » finissant par « Y » qui met des rootkits dans les CD ou ça peut être le fait que je fasse écouter la musique que j’aime bien à ma petite sœur. Dans les deux cas, /c’est du numérique, je trouve juste qu’il y en a un qui est avarié, je vous laisse deviner lequel.
Conclusion
J’espère avoir réussi à vous convaincre du fait qu’en ce moment vous mangez beaucoup de Minitel et pas beaucoup d’Internet. Maintenant qu’est-ce qu’il faut en conclure ?
D’abord vive le Minitel 2.0, ça y est. C’est à peu près celui-là [Benjamin pose un vrai Minitel sur la table, NdT].
[Applaudissements]
Il y a du moisi dessus avec de la poussière, Romain tu devrais le nettoyer, il est dégueulasse ton Minitel ! Je trouve que c’est bien ce qu’on est en train de manger mais avec un écran plat, grand et sans la poussière, le moisi se voit moins, il est dedans.
Pourquoi suis-je venu vous dire ça à vous qui êtes des libristes ? Parce que le soufflet va retomber. L’apparition d’Internet a permis l’apparition du Libre et l’apparition du Libre a permis l’apparition d’Internet, les deux ont crû en même temps. Il va y a voir un décrochage. Le numérique va continuer à croître mais Internet a commencé sa décroissance il y a déjà quelques années. Il y a de moins en moins de gens qui s’hébergent eux-mêmes sur leur ligne ADSL. La décroissance d’Internet a commencé, la décroissance du Libre c’est juste après. Même si vous arrivez à ce qu’ils ne fassent pas passer les brevets logiciels cette année et les DRM l’année prochaine, si vous arrêtez Internet, si vous les laisser arrêter Internet libre, vous allez mourir.
Le risque, je ne sais pas si les plus anciens du réseau se souviennent, j’en vois trois/quatre dans la salle qui sont des vieux de la vieille du réseau, MSN, avant d’être un moteur de recherche, c’était Bill Gates qui ne croyait pas en Internet et qui voulait faire Microsoft NetWork avec des contenus estampillés Microsoft, vendus par Microsoft, avec des DRM Microsoft sur des ordinateurs Microsoft. Ça y est, il est en train de le faire, regardez bien, c’est en cours. Une fois que tous les contenus en ligne auront des DRM et des brevets dedans, ce type-là aura acheté Internet et en aura fait MSN. À l’époque où il a essayé de lancer MSN, en 1995/96, j’étais encore étudiant, dans ces années-là, il avait échoué comme une merde, son truc avait été un flop commercial colossal.
Quand je dis à nous cinq, je n’ai pas compté précisément, mais nous ne sommes pas beaucoup d’associations qui travaillons un peu dans ce domaine-là en France.
Il y a FDN ça fait déjà plusieurs années que nous venons aux RMLL et que nous disons « attention, faites gaffe les mecs, ça vous pend au nez » et nous rencontrons un écho de silence assourdissant.
Il y a Globenet [8] qui fait des petites choses.
Il y a Altern [9] qui fait des petites choses quand Valentin [Lacambre] n’est pas en vacances !
Nous sommes une demi-douzaine, au maximum, à nous en soucier. Les gens qui s’intéressent à savoir comment faire pour qu’Internet reste Internet ou redevienne Internet, pour faire un réseau libre, se comptent sur les doigts de la main en France et pourtant il y a un vrai danger.
Si j’ai pu en réveiller un petit peu deux ou trois qui se disent « tiens, peut être… », je n’aurais pas perdu mon temps.
Et puis je veux quand même terminer sur une note positive.
Ils sont en train de nous enfler, ça ne fait pas un pli. Par contre, je sais qu’on va gagner. C’est évident ! Exactement comme quand on a inventé l’imprimerie, il était évident qu’il y aurait un jour la liberté de la presse. Toute la question c’est combien de temps ils pourront le retarder. Dans l’imprimerie, l’Église, les moines copistes à qui on piquait quand même leur business, les dirigeants qui n’avaient vraiment pas envie qu’on parle de ce qu’ils font, ont réussi à retarder de quelques siècles. Là on est sur le même jeu, c’est-à-dire que les moines copistes de DVD ne veulent pas qu’on leur pique leur business, les dirigeants aimeraient mieux qu’on ne puisse pas « dissider » à l’étranger sur Internet, ces gens-là cherchent à éteindre le Net, exactement comme les autres avaient cherché à éteindre l’imprimerie. Je me dis que sur l’imprimerie, finalement, on a gagné. Dans à peu près un quart de la planète, il y a la liberté de la presse. Sur Internet on va gagner, tout mon problème c’est de savoir si on va gagner demain ou si on va gagner dans 30 ans, mais on va gagner, et si vous vous réveillez, on a plus de chance que si vous continuez à dormir. Voilà !
J’avais ça à vous dire. Si vous avez des questions je suis tout prêt à troller avec vous.
[Applaudissements]
Échanges avec le public
Benjamin Bayart : Jean-Charles tu vas faire porte micro s’il y a des gens qui ont des questions ?
Public : Il y a de moins en moins de gens qui s’hébergent, c’est au total ou en proportion ? Je me pose la question. Est-ce que, finalement, l’aspect libre peut subsister juste parce qu’il y a une masse critique de personnes ou est-ce qu’il faut une proportion de personnes ?
Benjamin Bayart : Dans l’idéal, il faudrait une proportion. Vu le nombre de gens qui achètent des Minitels en couleurs avec du Flash dedans, s’il y en avait 1 % qui s’auto-héberge on aurait du vrai Internet libre et incontrôlable, donc une proportion ça serait magnifique. Je suis certain qu’en proportion ça baisse je soupçonne qu’en chiffre aussi ça baisse. Je connais des gens qui, au tout début de l’ADSL s’étaient auto-hébergés parce qu’ils en avaient ras le bol d’avoir du mail pourri, avec un demi-méga, où on peut recevoir un mail complet tous les 15 jours, donc ils s’étaient dit « ils font chier, je vais le faire chez moi, ça marchera mieux ».
Depuis que les faiseurs de Minitel ont appris à faire du mail plus volumineux, ont appris à stocker de la vidéo, bref, ont appris à attirer le client en lui apportant des services, le gars qui se fatiguait à installer son petit serveur de news et son petit serveur de mails à la maison en a ras le bol, il trouve que le Webmail en web 2.0 avec du Java qui flashe et qui clignote ça permet de lire son mail sur Yahoo dans un cybercafé, c’est coule, c, o, u, l, e ! En fait, le journaliste chinois qui avait son mail dans sa boîte aux lettres et se disait « c’est cool », quand Yahoo l’a donné au gouvernement, il a dû se dire « c’est con ».
Je pense, je soupçonne qu’en nombre pur les gens qui s’auto-hébergent, ce qui était apparu avec l’apparition de l’ADSL parce qu’il fallait des connexions permanentes pour le faire, sont en train de baisser. C’est l’impression que j’ai, je me trompe peut-être, du moins il n’augmente pas, il n’augmente pas assez vite, il augmente beaucoup moins vite que le Minitel 2.0.
Public : Je pense qu’ici nous sommes à peu près tous convaincus de l’intérêt de faire quelque chose pour éviter que l’Internet s’effondre. Concrètement qu’est-ce qu’on peut faire à part propager la bonne parole ?
Benjamin Bayart : Déjà propager la bonne parole ça ne sera pas du temps perdu.
Ce qu’on peut faire est très compliqué, je pourrais bien vous dire « viendez tous vous abonner chez FDN », ça y ferait du Net libre, juste vous seriez trop nombreux, venez plusieurs mais pas tous. Ça pourrait être une des réponses.
Je pourrais vous dire « faites vos fournisseurs d’accès, bordel de dieu ce n’est pas dur ! ». Ce n’est pas dur de monter un fournisseur d’accès, faites-le, au moins vous saurez qui filtre votre réseau.
Il y a aussi un gros travail d’éducation. Oui, on a un NetBSD qui, à mon avis, aura quelques savoirs sur la question, c’est-à-dire que quand elle sera grande ses parents pourront lui dire « de mon temps, quand j’étais jeune, il a existé un réseau libre » tu lui raconteras !
Je crois que ce sont les deux piliers.
Le premier c’est éduquer, aller expliquer aux gens ce qu’est qu’Internet, aller dire aux gens qu’Internet ce n’est pas de mettre des vidéos marrantes sur Dailymotion, Internet c’est de mettre les vidéos marrantes sur son PC et qu’on vienne les voir. C’est fondamental comme différence. Éduquer les gens c’est le premier pilier et c’est très long. Ça fait très longtemps que je suis sur Internet, ça fait 10 ans que je suis président de FDN, ça fait longtemps que je réfléchis sur ces questions-là je sais que c’est long d’éduquer les gens. La croissance actuelle des ventes de Machin Box en Minitel 2.0 ce n’est pas la croissance de l’éducation au Net. Le type qui publie son blog sur un ordinateur qu’il ne possède pas fait du Minitel ! Alors il apprend à faire du Minitel amélioré où il peut parler, mais il n’a pas encore appris à faire du Net, c’est-à-dire à mettre son blog sur une machine qu’il est le seul à pouvoir couper du réseau. C’est très différent. Cette éducation-là va prendre un petit peu de temps.
Le deuxième pilier c’est faire son réseau. Faites vos serveurs IRC qui ne sont pas ceux des gros opérateurs, faites vos serveurs mail qui ne sont pas ceux des gros opérateurs. Faites votre réseau.
Avec ces deux piliers-là, on aura quelques résistances de ceux qui font le réseau, et quelques enseignants pour propager la bonne parole, ce sont les deux fondamentaux dont on a besoin. Je ne sais pas ce qu’on peut faire d’autre. Si, on peut essayer de se battre sur le juridique, mais on y va vraiment avec un lance-pierre contre des chars d’assaut. Il faut espérer que les lance-pierres gagnent !
Public : Personnellement j’ai un tout petit souci avec la proposition que tu fais, héberger soi-même des choses, c’est la consommation électrique. Quand on concentre quelque chose, en fait on a plus de chance de mutualiser, y compris l’énergie, donc on va consommer moins. Quand tu dis « hébergez-vous vous-mêmes », est-ce que quand on héberge chez Ouvaton ou chez L’Autre Net, etc., chez des coopératives, est-ce que c’est s’héberger soi-même ou pas ?
Benjamin Bayart : Je vais reprendre un petit peu. Il y a deux objections classiques au « hébergez-vous vous-mêmes », il y en a des moins classiques qui, en général, ne sont pas très intéressantes, en tout cas je n’en ai pas encore entendu. Il y en a deux qui sont vraiment classiques, celle que tu indiques qui est intelligente, il y en a une autre qui est bête. Je vais commencer par celle qui est bête pour m’en débarrasser.
Le « c’est compliqué techniquement » est juste faux. Si le débile de base est capable de poster une vidéo sur Dailymotion, est capable de poster dans son blog, faire une Internet box dans laquelle il y aura le serveur Apache qui contient son blog et les plugings type Dailymotion, il n’aura qu’à uploader vers sa boîte, ce n’est pas plus dur. Donc le « techniquement c’est compliqué » est juste faux.
Après il y a le problème écologique. La question écolo là-dedans c’est « si je laisse mon PC allumé tout le temps pour héberger mon pauvre site web qui a 12 visiteurs par jour, je brûle le courant plein pour rien ». C’est un vrai problème. Mais dire « je vais m’héberger en salle machine avec tout le monde comme ça, si on pose une bombe, tout le monde se tait », c’est la mauvaise réponse. Quand les écolos disent « la consommation d’électricité fabriquée avec du charbon et du nucléaire c’est vachement dangereux », ils ont raison. Quand on apporte comme réponse « il n’y a qu’à se passer d’électricité », ce n’est pas la bonne ! Un ordinateur capable d’héberger un site web ce n’est pas l’énorme machin avec 12 ventilos que tu utilises pour jouer au dernier jeu à la mode. Un ordinateur capable d’héberger un site web a une puissance de calcul similaire à celle qu’on trouve dans un Palm d’aujourd’hui [ordinateur de poche] ou dans un téléphone. C’est-à-dire que ton téléphone, s’il était pas en Java avec de la merde dedans, il serait capable de faire des sites web comme on n’en rêvait pas en 95. Il consomme peau de balle en courant, chez toi tu peux le laisser branché et, pour peu qu’en plus tu lui donnes du courant que tu as fabriqué avec des fines herbes et avec du bois, ou avec du solaire, ça va être nickel. Un petit ordinateur qui ne mange que du solaire, qui est autonome tout seul dans sa boîte avec du solaire, ça existe. Les fous qui font des réseaux wifis bizarres, ouverts, etc, ils ont des espèces de routeurs qu’ils viennent mettre sur le toit, collés à la borne wifi, c’est 100 % autonome et c’est sur du solaire, ça ne mange pas d’énergie. Oui, à Amiens ça marche moins fort, il faut mettre un tout petit peu plus de surface de panneau !
La question est bonne. La réponse n’est pas « je ne vais pas m’héberger ».
Hébergeur hébergé, ce n’est pas forcément une bonne réponse dans le sens « on se met à 3 et on loue une bécane dans une salle machine », c’est dans cet esprit-là ? Dans cet esprit-là, dans la balance entre Internet et le Minitel, quand tu mets ton site web chez OVH tu es purement dans Minitel, si tu le mets dans le serveur des pages perso Wanadoo c’est pire !
Quand tu commences à le mettre sur le serveur hébergé en salle machines d’une association sympathique, l’Autre.net, Ouvaton, Tuxfamily, des gens comme ça, tu rééquilibres un peu.
Quand tu le mets sur les machines auto-hébergées de gens comme RHIEN, le Réseau d’Hébergeurs Indépendants ENgagés, je vous invite à aller les voir si vous ne les connaissez pas, ce qu’ils font est super bien, ça penche presque vers de l’Internet parce que, eux, se mettent à 10/15/20/30 à héberger leur site web derrière leur ligne ADSL sur la machine du gars qui sait faire. On est quasiment sur de l’Internet, on est sur du beaucoup Net. Donc oui c’est mieux.
Si tu as à choisir entre les pages perso de ton fournisseur d’accès moisi qui retirera le contenu si ça ne lui plaît pas et te faire héberger dans la même machine que ta bande de potes, la deuxième solution est plutôt mieux. Maintenant, si la machine en question est dans une salle machines qui ne t’appartient pas, où les flics rentrent quand ils veulent, même pas avec un mandat, ils demandent juste poliment au monsieur à l’entrée, pas top.
J’espère que ça répond un peu à ta question. Y a-t-il d’autres questions ?
Public : Je veux bien que tu fasses un commentaire sur la généralisation des échanges en peer-to-peer. Tout à l’heure tu as dit « Internet c’est on a mis l’intelligence en périphérie du réseau ». J’ai l’impression, en tout cas en France à l’heure actuelle, que les gens ont beaucoup pris l’habitude de partager des films, j’ai l’impression que c’est vraiment généralisé, c’est un truc. L’autre truc c’est « le développement est très lent » mais j’ai l’impression que ça progresse, avec plein d’outils d’échange de contenu, en peer-to-peer, qui permettent de se passer de cette notion de client/serveur que ce soit GNUnet [10] ou quelques autres expérimentations.
Benjamin Bayart : Ce que tu décris ce sont des gens qui développent des outils pour Internet au lieu d’utiliser les vieux outils pour Minitel. Le peer-to-peer est probablement l’une des seules applications qui soit systématiquement de type Internet sur le réseau, curieusement c’est pour cela qu’ils veulent la filtrer.
Quand je mets de fichiers à partager – tu disais des films, je n’aime pas ça, des fichiers –, typiquement je partagerai probablement en peer-to-peer la vidéo de ma conférence, il n’y a pas d’ambiguïté, elle n’est pas volée. Le fait de mettre la vidéo de ma conférence en peer-to-peer est un moyen de diffusion qui est intrinsèquement de type Internet, donc l’utilisation du peer-to-peer c’est juste l’utilisation d’Internet, c’est une des utilisations normales, naturelles d’Internet, Internet est fait pour faire ça. Et le fait de développer de plus en plus d’applications qui, au lieu d’aller chercher les données sur un serveur central, sont capables de les trouver sur des serveurs décentrés n’importe où, c’est juste des applications qui passent à Internet. Donc oui, c’est de l’Internet mais tu verras si on les laisse faire, ça sera filtré.
Public : Je précise juste ce que j’entendais, pourquoi je pose la question. J’ai l’impression que la population moyenne, typiquement celle que je rencontre quand je fais du stop, eh bien oui elle fait du Minitel parce qu’elle fait du MSN, du Google et des blogs chez Skyblog, mais en même temps elle s’est, quelque part, approprié Internet de par l’échange de films que je citais.
Benjamin Bayart : Oui, mais il faut bien comprendre que la population qui fait de l’Internet sans le faire exprès, en faisant du peer-to-peer, neuf fois sur dix en fait elle vole des vidéos parce que c’est trop cher, ou elle échange des vidéos – je veux pas rentrer dans le troll velu sur est-ce que c’est de la copie privée ou du vol. Elle échange des vidéos parce que ça permet de regarder le film, c’est rapide, c’est pratique, tout ça. Échanger des vidéos avec ses potes, c’est un truc marrant, je pense que c’est assez utile, mais c’est une part relativement marginale de la liberté d’expression.
Savoir où je mets mon blog, savoir comment je le poste, c’est une part essentielle, c’est vraiment fondamental.
Savoir où passent mes communications quand je fais de la messagerie instantanée, c’est un bon exemple. Quand j’étais étudiant et que je voulais bavarder avec mon pote qui était en stage en Écosse, je me connectais en ce temps-là en Telnet à sa machine en Écosse et nous discutions avec un outil qui s’appelait Talk. La connexion était directe de sa machine à la mienne et nous discutions ensemble, en fait nous chations en peer-to-peer, pour faire moderne. De nos jours, pour faire pareil, ce qu’on se dit transite chez Microsoft parce qu’en France l’outil dominant c’est MSN. Eh bien je suis désolé MSN c’est du Minitel, Talk c’est de l’Internet.
Y a-t-il encore des questions, il faut que je laisse la parole.
Public : J’ai une toute petite question. Tu disais dans les exemples L’Autre, Ouvaton, ou Tuxfamily. Je sais comment L’Autre prend ses tuyaux, ils veulent vraiment une vraie indépendance opérateur, je sais aussi comment Ouvaton prend ses tuyaux, je sais, par exemple, que Tux est hébergé chez Free, je ne sais pas quel est leur modèle économique, mais n’y a-t-il pas aussi des risques dans cette balance ? Tu disais que L’Autre, Ouvaton ou Tux c’était au milieu de la balance, est-ce qu’il y a pas aussi des risques que ces structures-là basculent du côté Minitel 2.0 en cherchant pas à avoir cette indépendance ?
Benjamin Bayart : C’est autre chose. La différence sur « est-ce qu’ils sont la danseuse de quelqu’un qui leur donne du réseau à l’œil » ou « est-ce qu’ils sont autonomes parce qu’ils s’autofinancent, est-ce qu’ils sont autonomes parce qu’ils assument leur technique », ou « est-ce qu’ils ne sont pas autonomes parce qu’ils ont délégué leur technique », est de l’ordre de savoir si le journal que tu achètes c’est Le Canard enchaîné sans publicité ou si c’est Le Figaro avec plus de publicités que d’articles ? C’est important, mais, dans les deux cas, c’est de la liberté de la presse. Avec la liberté de la presse, on peut faire Le Canard enchaîné, on peut faire Le Figaro ou on peut faire 20 Minutes, ce qui est important c’est qu’il y ait de la liberté de la presse. Pour moi, en termes de liberté de la presse, L’Autre Net, Ouvaton, Tuxfamily, même combat. Après j’ai certaines tendresses, mais ce n’est pas lié à mon propos. Je propose que s’il reste des questions elles se fassent dehors.
Public : En fait, tu as beaucoup parlé pendant la conférence et beaucoup pendant les questions des aspects hébergement, mais quelque part si je mets mes pages perso chez L’Autre Net pour consulter mon Webmail à travers ma Machin Box, ou bien si j’héberge mes pages perso chez moi pour que les autres y accèdent via ma Machin Box, j’ai rien changé finalement.
Benjamin Bayart : Si, tu as tout changé !
Public : La Machin Box elle est toujours chez Machin quand même !
Benjamin Bayart : Tu as tout changé pour une raison simple.
Quand j’ai installé Linux sur mon PC, je n’ai rien changé au monopole de Microsoft et je n’ai rien changé à l’informatique moisie. À force qu’on soit plusieurs à l’avoir fait, à force qu’on soit plusieurs à avoir réfléchi à comment le faire mieux, comment le faire plus simple, comment le faire plus vite, on a fini par prendre des parts de marché, comme disent les business men. Donc, quand tu mets tes pages perso sur ton PC et que tu te dis « putain, installer Apache c’est chiant, il faudrait faire plus simple » tu fais avancer le truc. Quand tu réfléchis à « comment je pourrais faire un autre chose qu’un PC c’est-à-dire un machin qui brûle pas 150 watts mais plutôt 12 watts pour héberger mes pages perso », tu fais avancer le merdier. Si vous êtes 2000 à faire avancer le merdier, il avancera plus vite que si je suis tout seul. Je t’accorde que, pour le moment, mon site web qui est sur mon PC à la maison, ça va pas changer la face du monde. Quand on sera 10 millions, en France, à faire ça, quand les cinq millions de gamins qui « skybloguent » « skyblogueront » chez eux, c’est-à-dire qu’au lieu d’aller mettre leur contenu chez les autres il feront un « aptitude install skyblog » et plouf, alors on aura progressé.
Public : Inaudible.
Benjamin Bayart : Oui. En attendant tu as toujours un débit asymétrique parce que, curieusement, France Télécom te vend du Minitel. Souviens-toi du bel Internet, là [Benjamin désigne le Minitel, NdT], il a un débit asymétrique : 1200/75. Il y a un ratio, il faudrait faire le calcul, je n’ai pas de calculette sur moi, mais ça serait amusant 1200 divisé par 75, si, je dois avoir un Palm qui doit savoir calculer ça ! Pour info, ça fait un ratio de 16. Quand vous achetez le tip-top de l’ADSL à 20 mégas avec un petit mégabit d’upload, c’est moins bien en termes de ratio montant/descendant. Quand vous achetez le tip-top du câble à la mode maintenant qui est du 100 dans un sens, 1 dans l’autre, c’est pire. Finalement le Minitel n’était pas si asymétrique que ça !
Je vous propose qu’on écoute Thierry et, après, on ira causer dehors pour ceux qui veulent.
[Applaudissements]