Émission Libre à vous ! diffusée mardi 24 février 2026 sur radio Cause Commune Sujet principal : À la Rencontre Hivernale du Libre


Voix off : Libre à vous !, l’émission pour comprendre et agir avec l’April, l’association de promotion et de défense du logiciel libre.

Julie Chaumard : Bonjour à toutes, bonjour à tous. Bienvenue dans Libre à vous !. C’est le moment que vous avez choisi pour vous offrir une heure trente d’informations et d’échanges sur les libertés informatiques et également de la musique libre.
Les Rencontres Hivernales du Libre de Saint-Cergues, en Suisse, ce sera le sujet principal de l’émission du jour. Avec également au programme la chronique des Costy intitulée « La fourberie du loup concentré recroquevillé » et la chronique « La pituite de Luk », « Il nous faudrait une bonne guerre ».

Soyez les bienvenu·es pour cette nouvelle édition de Libre à vous !, l’émission qui vous raconte les libertés informatiques, proposée par l’April, l’association de promotion et de défense du logiciel libre.
Je suis Julie Chaumard, administratrice de l’April.

Le site web de l’émission est libreavous.org. Vous y trouverez une page consacrée à l’émission du jour avec tous les liens et références utiles et également les moyens de nous contacter.

Nous sommes mardi 24 février 2026.
Nous diffusons en direct, sur radio Cause Commune, mais vous écoutez peut-être une rediffusion ou un podcast.
Nous saluons également les personnes qui nous écoutent sur les webradios radio Cigaloun, radio Broussaille, ainsi que sur les radios FM, Radios Libres en Périgord et Radio Quetsch.

À la réalisation de l’émission aujourd’hui, nous avons Étienne Gonnu. Bonjour Étienne.

Étienne Gonnu :  : Salut Julie.

Julie Chaumard : Nous vous souhaitons une excellente écoute.

[Jingle]

Chronique « À cœur vaillant, la voie est libre » de Laurent et Lorette Costy – La fourberie du loup concentré recroquevillé

Julie Chaumard : Comprendre Internet et ses techniques pour mieux l’utiliser, en particulier avec des logiciels libres et des services respectueux des utilisatrices et utilisateurs pour son propre bien être en particulier et celui de la société en général. Laurent Costy est administrateur de l’April et fait cette chronique avec sa fille Lorette. C’est la chronique « À cœur vaillant, la voie est libre » de Laurent et lorette Costy. Le thème d’aujourd’hui est : « La fourberie du loup concentré recroquevillé ».
Le sujet a été enregistré il y a quelques jours. Je vous propose donc de l’écouter. On se retrouve juste après.

[Virgule sonore]

Laurent Costy : Hello Lorette ! Faut que je te parle de Libre à lire ! On en a déjà causé, mais il y a un sujet publié qu’il faut que l’on évoque ici, dans cette chronique !

Lorette Costy : Laisse-moi deviner le sujet qui t’a interpellé plus encore que les autres. Si je regarde les derniers textes publiés en janvier 2026, je dirais « Organiser la désescalade numérique ? » ou encore « Le livre et le Libre » ou peut-être « Libérer – Délivrer, un escape game pour découvrir les logiciels libres » ?

Laurent Costy : Presque. Mais ce n’est ni l’un, ni l’autre, ni l’autre. Ils sont bien ces textes, mais celui que je veux partager avec toi porte le questionnant doux titre suivant : « Passer au Libre, c’est changer le monde ? ». C’est vraiment chouette ce que ça raconte. On va sublimer et synthétiser le contenu à l’occasion de cette chronique.

Lorette Costy : C’est alléchant en tout cas. On t’a déjà dit que tu avais une vraie compétence pour introduire des chroniques et faire que les gens restent plus de quelques secondes à écouter ?

Laurent Costy : Attends, attends, nous ne sommes pas encore à l’acmé du paroxysme du point le plus haut du sommet des abysses. Ce texte est criant de vérité et admirablement bien écrit par le groupe Transcriptions de l’April. À tel point d’ailleurs que ce style incomparable a généré, tiens-toi bien, je te le donne Émile, l’envie à un certain Nicolas Vivant d’en faire une conférence gesticulée !

Lorette Costy : Juste pour être sûre qu’on parle du bon texte, tu me confirmes que le pitch c’est « Pour une collectivité comme pour une entreprise, le passage au logiciel libre implique une adaptation, parfois importante, de l’organisation : préparation budgétaire, reporting, commandes, contrats de maintenance, recrutements, stratégie de migration. C’est un nouveau monde qui s’ouvre et un fonctionnement à revoir en profondeur. »

Laurent Costy : C’est exactement ça ! C’est palpitant ce texte ! Et Nicolas Vivant, dans l’interprétation qu’il fait dans la conférence gesticulée, est plutôt bon. Il y a même un lien direct sur le site de Libre à lire ! qui permet d’aller la voir la vidéo.

Lorette Costy : Il y a cependant dans l’air, pour moi, comme une petite disruption cognitive. Tu as relu récemment le principe du site Libre à lire ! ?

Laurent Costy : Pas besoin. Je leur fais confiance. Je suis certain qu’il n’y a pas de fautes. Le groupe mené dans la joie et la bonne humeur par Marie-Odile, est devenu expert dans l’évitement des fautes et dans le bannissement des syntaxes bancales. Ah ! Ah !

Lorette Costy : Je parlais plutôt du fond. Je lis, sur le site internet, juste en dessous du titre : « Le groupe Transcriptions de l’April transforme en texte des enregistrements audio et des vidéos traitant du logiciel libre et de libertés informatiques en général. »

Laurent Costy : Ça voudrait dire que la conférence gesticulée de Nicolas Vivant a été faite avant que le texte ait été publié sur le site Libre à lire ! ? OK. Ça ne change pas grand-chose fondamentalement, cette fiction, écrite avant ou après, est vibrante et criante de réalisme.

Lorette Costy : Peut-être justement parce que ce n’est pas une fiction ?

Laurent Costy : Impossible. Fake news, bullshit, racontar à mémé ! Ça ne résiste pas longtemps à la réflexion ton truc ! Si la ville d’Échirolles était parvenue à atteindre de tels objectifs, ça voudrait dire que c’est possible ! Alor pourquoi n’y a-t-il pas plus d’autres collectivités qui ont fait ce grand pas en avant étant donné tous les avantages que cela apporte et la preuve indubitable que ça fonctionne ? Tu réponds quoi à cet argument imparable, malin et talo ?

Lorette Costy : Argument Talo. Je l’ai. Je désopile. Et je réponds à ton ressenti d’incohérence. D’abord, Échirolles n’est pas la seule ville qui se soucie de ça et qui met en œuvre des solutions. Depuis plusieurs années, il existe le label Territoire Numérique Libre qui donne à voir de belles initiatives. C’est un label justement fait pour les collectivités territoriales qui s’engagent dans une démarche de transition numérique.

Laurent Costy : Eh bien oui, en fouillant le site, on compte à cette date 101 structures labellisées plus ou moins avancées dans leur transition.

Lorette Costy : Eh bien oui ! D’ailleurs, si tu écoutais les émissions Libre à vous ! de tes camarades, tu saurais que les opus 49, 50 et 262 traitent de ces questions pour les quatre villes de Nancy, Fontaine, Grenoble et Lyon.

Laurent Costy : Bon, OK, Échirolles n’est pas seule. Mais pourquoi n’y a-t-il pas plus de collectivités que ça ? Pourquoi autant d’entre elles adorent encore payer la dîme à Microsoft et subir les augmentations de tarifs sans pouvoir maîtriser budgétairement la question ? C’est bizarre quand même, non ?

Lorette Costy : Bon, tu arrêtes de faire l’andouille en faisant semblant de découvrir tout ça et on passe en revue les points importants de son intervention, s’il te plaît ?

Laurent Costy : D’accord. En plus, ça m’épuise ce jeu d’acteur ! Ça demande beaucoup de concentration, tu sais, pour se mettre dans la peau du personnage.

Lorette Costy : J’imagine ! D’abord, ce qu’il faut bien appréhender, c’est cette question du temps long. C’est un point que nous avons déjà abordé dans nos chroniques. Je nous cite à cette occasion de : « Question du temps long ».

Laurent Costy : Belle citation en effet, profonde et démonstrative. On pourrait dire aussi que Paris ne s’est pas faite en un jour. En l’occurrence, Nicolas Vivant évoque une démarche engagée depuis près de cinq ans désormais. Oui, il faut savoir prendre le temps, à contre-courant des urgences.

Lorette Costy : J’aime bien aussi toutes les étapes qu’il cite pour bien rater son passage au Libre. Après tout, savoir ce qu’il faut éviter est précieux et permet de ne pas repasser par des étapes où d’autres ont déjà sué à grosses gouttes. Et en plus, il démonte quelques idées reçues, c’est toujours sympa.

Laurent Costy : J’ai particulièrement apprécié le fait d’éviter les objectifs chiffrés et les dates butoirs. Il a finalement adopté, avec son équipe, la technique agile du loup concentré recroquevillé ! Il sait se faire souple et adapter la stratégie ! Si vous n’avez rien compris à cette réplique, réécoutez les 35 chroniques précédentes.

Lorette Costy : Au moins trois fois chacune ! Et dans les points pour réussir un passage au Libre, il préconise par contre d’être fourbe. Je commence à mieux comprendre pourquoi tu travailles à accompagner des transitions, c’est pour assouvir ta passion de la fourberie !

Laurent Costy : Mets tes escarpins et passons aux idées reçues, veux-tu ? Il y en a plusieurs, mais celle sur la résistance au changement fait écho à mes préoccupations du moment. Je cite : il ne faut pas « immédiatement changer les outils utilisés par les gens, mais plutôt […] se focaliser sur les besoins qui ne sont pas encore couverts ». Comme il l’explique en détail, « l’apport de nouvelles réponses à des besoins qui n’étaient pas couverts évite les sempiternelles comparaisons avec les outils utilisés couramment. »

Lorette Costy : Allez, on laissera les gens lire les détails très riches et appuyés sur l’expérience que Nicolas Vivant partage et on saute directement à une anecdote tirée du paragraphe sur les retours qui font plaisir.

Laurent Costy : Mais ! C’est qui qui décide dans cette chronique ? Rappelle-moi ? Donc, je reprends. On laissera les gens lire les détails très riches et appuyés sur l’expérience que Nicolas Vivant partage et on saute directement à une anecdote tirée du paragraphe sur les retours qui font plaisir.

Lorette Costy : Bof ! J’aurais déroulé toute la présentation, mais d’accord, bonne idée !

Laurent Costy : C’est l’histoire d’une des personnes membre de la collectivité qui se porte volontaire pour passer sous GNU/Linux. Bonne nouvelle et belle initiative de sa part !

Lorette Costy : C’est ça. Sur l’intranet de la collectivité, un appel à volontaires pour passer à Linux avait été publié et il suffisait de remplir un formulaire « nom-prénom-oui-je-souhaite-changer », pour signaler son intérêt.

Laurent Costy : On notera en passant que, fidèle à sa volonté d’être tranquille, recroquevillé, fourbe et concentré, le service informatique n’a pas d’objectif exclusif : les deux systèmes d’exploitation cohabitent au sein de la collectivité.

Lorette Costy : Pourtant, c’est le drame. Le service informatique rejette la demande, je cite : « Le service a refusé. Ils ont fait une longue réponse, d’une page qu’ils m’ont mise en copie, et la réponse était vraiment très bonne : « Il est des cas où malheureusement nous sommes obligés, malgré tout », blabla. »

Laurent Costy : Mais pourquoi donc ? Dans mes grands prêches dans le désert pour aller vers des systèmes informatiques libres et émancipateurs, quand j’ai un ou une volontaire, j’évite, pour commencer, de lui opposer une fin de non-recevoir. Je la cajole la personne, je ne la lâche plus !

Lorette Costy : Un peu trop parfois même, non ? Tu ne penses pas que tu saoules des fois ?

Laurent Costy : Oui, mais toi, tu es ma fille, ce ’est pas pareil ! Bon, et cette pauvre hère abandonnée, a-t-elle choisi de quitter la collectivité par dépit ?

Lorette Costy : Non, mais le fin mot de l’histoire du poteau rose et du poteau d’arrivée de ce refus d’Échirolles a été révélé. Point d’ostracisme ni de discrimination. En fait, arrivée six mois avant, cette personne était déjà sous un environnement Libre. Truc de zinzin ! Et elle ne s’était rendu compte de rien !

Laurent Costy : Même si Nicolas évoque un travail des services pour renforcer encore la convergence déjà forte de la distribution GNU/Linux ZorinOS avec Microsoft Windows, cette anecdote tort le cou à l’argument des changements d’habitudes qui seraient trop rudes pour une transition !

Lorette Costy : En plus, ce n’est pas une fiction ! Bon, il va falloir conclure mon papounet.

Laurent Costy : Oui, mais je n’ai vraiment pas eu le temps de finir d’écrire la chronique cette fois.

Lorette Costy : je pense que tu peux copier-coller la conclusion de notre 3e chronique, les gens ont dû oublier depuis, c’est OK.

Laurent Costy : Tu as raison ma puce au silicium ! On va conclure en disant qu’il faut bien prendre soin de ce commun qu’est Internet et que nous devons toutes et tous contribuer à préserver ses bons côtés ! En attendant poutous à toi !

Lorette Costy : Poutous Papounet !

[Virgule sonore]

Julie Chaumard : Belle conclusion !
Nous venons d’écouter la chronique de Laurent et Lorette Costy.
Nous allons faire une pause musicale.

[Virgule musicale]

Julie Chaumard : Après la pause musicale nous aborderons le sujet principal de l’émission qui porte sur les Rencontres Hivernales du Libre de saint-Cergues en Suisse.
En attendant, nous allons écouter une musique composée par Siick qui a participé aux Rencontres Hivernales du Libre et que vous entendrez tout à l’heure.
On écoute Girlfriend, par Siick & SmôL. On se retrouve dans trois minutes. Belle journée à l’écoute de Cause Commune, la voix des possibles.

Pause musicale : Girlfriend, par Siick & SmôL

Voix off : Cause Commune, 93.1.

Julie Chaumard : Nous venons d’écouter Girlfriend, par Siick & SmôL, disponible sous licence libre CC By SA 4.0.

[Jingle]

Julie Chaumard : Nous allons passer au sujet principal.

[Virgule musicale]

Retour sur les Rencontres Hivernales du Libre de janvier 2026, interviews réalisées lors de l’évènement

Julie Chaumard : Nous allons poursuivre par notre sujet principal qui porte aujourd’hui sur les Rencontres Hivernales du Libre de Saint-Cergues en Suisse.
Aujourd’hui, nous n’avons pas de personnes invitées au studio, c’est le micro de Libre à vous ! qui s’est déplacé en Suisse, à Saint-Cergues, les 24 et 25 janvier derniers à l’occasion des Rencontres Hivernales du Libre. Nous y avons interviewé plusieurs personnes intervenantes pour des conférences ou des stands d’information et de partage. Vous allez pouvoir écouter huit interviews avec des sujets variés, je vous donnerai les détails au fur et à mesure.
Les Rencontres Hivernales est un événement annuel ; cette année 2026 était la dixième année. On y croise développeuses, artistes, hébergeurs, militantes, étudiants, ingénieurs et citoyens engagés. Pendant trois jours, dans un cadre convivial, la communauté du Libre prend le temps de penser et de transmettre. Cet événement est ouvert à tous et à toutes et j’ai pu y croiser des personnes qui rencontraient la communauté libriste pour la première fois. L’accueil est chaleureux et l’on ne s’ennuie pas entre démonstrations, discussions, ateliers et conférences, avec des moments conviviaux comme les repas. On peut également dormir sur place et l’accès en train est très bien desservi depuis Genève ou Lausanne.

Les jeunes et le logiciel libre – Entretien avec Léon Romanens

Julie Chaumard : Pour démarrer, je vous propose l’interview qui s’intitule « Les jeunes et le logiciel libre » avec Léon Romanens. Léon est étudiant en bachelor d’ingénierie en systèmes embarqués à Genève. Passionné par l’électronique, la programmation et la radio, il est membre d’un club de radioamateurs. Il pratique la programmation depuis l’adolescence et défend le logiciel libre pour sa transparence, sa réparabilité et son accessibilité. Il utilise un dual boot Windows/Ubuntu et cite KiCad et blender comme outils libres.
On écoute Léon.

[Virgule sonore]

Julie Chaumard : Je suis avec Léon Romanens, c’est ça ?

Léon Romanens : Romanens.

Julie Chaumard : C’est l’accent. Donc Léon, tu es en bachelor, c’est ce que tu m’as dit ?

Léon Romanens : Oui, c’est ça. Je suis en bachelor ISC [Informatique et systèmes de communication] à l’HEPIA [Haute école du paysage, d’ingénierie et d’architecture] pour devenir ingénieur en systèmes embarqués.

Julie Chaumard : Dans quelle ville ?

Léon Romanens : À Genève. Pour ceux qui voient, c’est juste à côté de la gare.

Julie Chaumard : Tu as dit en systèmes embarqués. Qu’est-ce que c’est ?

Léon Romanens : Je ne vais pas donner la définition officielle vu que je la trouve trop ambiguë, ma définition c’est « programmation mais plus orientée électronique". Contrairement à l’informatique où c’est programmer des applications pour PC, là c’est par exemple, pour être dans le thème, un émetteur radio qui aurait un petit software, c’est du système embarqué.

Julie Chaumard : Tu dis « pour être dans le thème », parce que tu m’as dit que tu fais partie d’un club radio. Comment s’appelle-t-il ?

Léon Romanens : Oui, c’est bien ça, je fais partie du club HB9G à Genève.

Julie Chaumard : C’est un club de radioamateurs.

Léon Romanens : Oui.

Julie Chaumard : Ici, dans le cadre des Rencontres Hivernales du Libre, tu es avec une association qui s’appelle IAPC [International Amateur Packet Club] qui fait aussi de la radio.

Léon Romanens : Oui. C’est une association qui est assez proche du club. Ils font beaucoup de trucs, entre autres un réseau qui s’appelle Hamnet, un truc assez cool, ils ont plein de relais qui, si on s’y connecte, permettent d’avoir une sorte de réseau internet parallèle. Dans ce cadre, ils sont là pour faire une présentation sur une initiative de radio secours, Rodolphe la présentera bien mieux que moi. C’est une sorte d’application pour pouvoir centraliser qui a quoi dans une situation qui est une rupture de normalité, donc une catastrophe.

Julie Chaumard : OK. Donc par les ondes.

Léon Romanens : Oui.

Julie Chaumard : Donc Léon, les systèmes embarqués, la radio, on a bien compris que tu aimes la technique et la programmation, et tu es aussi sensible aux logiciels libres.

Léon Romanens : Oui, justement, surtout parce que j’aime bien voir comment un logiciel marche et aussi, tout le monde va dire ça, je n’ai pas envie de payer 3000 balles pour mes logiciels !

Julie Chaumard : Dans le logiciel libre, open source aussi, on peut voir comment ça marche. C’est ce que tu veux dire quand tu dis que tu aimes voir comment ça marche ?

Léon Romanens : On peut voir parce que ça nous intéresse ou bien, parfois, il y a des bugs, ça ne marche pas correctement, du coup on peut aller voir comment c’est fait et, si on a vraiment besoin de quelque chose et qu’on a beaucoup de temps, on peut aller modifier.

Julie Chaumard : Oui, on peut modifier. Tu fais de la programmation, donc tu sais rentrer dans le code source et le modifier ?

Léon Romanens : Oui. Je ne le fais pas souvent parce qu’il faut beaucoup de temps, mais ça m’est arrivé. Je ne vais pas aller dans les détails, mais il y a quelques jours pour un outil dans lequel des valeurs s’inscrivaient bizarrement, je suis allé voir le code et je me suis dit « ah, OK, c’est fait comme ça », du coup j’ai pu le faire marcher.

Julie Chaumard : Waouh ! Tu fais du code depuis quel âge ?

Léon Romanens : Dur à dire. À 12/13 ans, j’ai commencé à faire de l’Arduino, mais je n’arrivais qu’à copier-coller du code. Je me suis orienté vers le développement web, j’en ai fait pendant à peu près tout mon cycle d’orientation, et quand je suis sorti, j’ai commencé à faire du Python pour faire des jeux avec pygame, puis micro-Python pour faire du hardware puis j’ai commencé à faire de la programmation hardware/micro-contrôleur.

Julie Chaumard : OK ! Tu as des amis avec qui tu fais ça ou tu es à la maison ? Comment ça se passe ?

Léon Romanens : La plupart du temps je suis à la maison. Avec mon meilleur ami, Ben, que j’ai rencontré au CFPT [Centre de formation professionnelle technique] pour mon CAP d’électronicien, nous avons fait quelques projets ensemble, il est franchement sympa. Sinon, la plupart des temps, je fais mes projets en solo.

Julie Chaumard : Tu es aussi sensible au logiciel libre et tu m’as dit que tu as un dual boot sur ton ordinateur, donc tu peux utiliser un système GNU/Linux, Ubuntu m’as-tu dit, et aussi un autre système propriétaire. Comme cela, tu peux avoir les deux sur ta machine, c’est ça ?

Léon Romanens : C’est ça. Il n’y a pas longtemps que j’ai le dual boot, j’ai encore beaucoup l’habitude de Windows, je peux difficilement m’en passer pour certains logiciels, parfois il y a quand même besoin de Windows. Parfois, sous Windows, j’utilise WSL quand j’ai besoin. WSL c’est sous Windows pour pouvoir ouvrir une ligne de commande linux, c’est vraiment un petit système Linux intégré.

Julie Chaumard : OK. Pourquoi as-tu un dual boot avec Ubuntu ? Qu’est-ce qui t’intéresse dans Ubuntu ?

Léon Romanens : C’est un choix. C’est plus parce que j’avais besoin de quelque chose qui ne soit pas trop compliqué. J’ai un background d’électronicien, dans ma classe, la plupart ont un background d’informaticien. Dans mon groupe d’amis, ils sont tous en train de me dire, en rigolant, « tu n’as pas Arch Linux, tu es trop nul ! ». Arch Linux c’est ce qu’on appelle une distro Linux qui demande beaucoup de maintenance, c’est très compliqué, alors que Ubuntu est plus adapté aux gens qui sont sortis de Windows, il ne faut pas connaître toutes les commandes, savoir ce qu’il faut faire quand ça ne marche pas. Ça marche assez bien tout seul.

Julie Chaumard : Tu as donc des amis qui sont sur Arch Linux et qui te moquent parce que tu es sur Ubuntu. Tu penses que ce serait bien que tous les jeunes, que tout le monde, à terme, soit sur Ubuntu, peut-être pour que nous soyons un peu plus libres ?

Léon Romanens : Je pense que Ubuntu et tout cela est en train d’arriver à une maturité. Ce n’est plus comme avant où il fallait être un expert, maintenant c’est presque comme Windows, tout le monde peut l’utiliser. Je trouve qu’il y a des choses pas mal. Ils ont commencé à introduire Ubuntu dans les écoles, mais le problème c’est qu’ils ont vraiment mal fait leur choix. On peut personnaliser Ubuntu pour que ça ressemble à Windows, mais ils ont fait un choix, ils ont mis Ubuntu comme ça, sans transition, avec une UI [<emUser Interface] totalement différente en plus avec plein de trucs restrictifs, donc ça fait peur aux gens. Mais, franchement, je trouve que les gens devraient commencer à essayer de switcher.

Julie Chaumard : Je vois que tu utilises le mot UI qui veut dire le design.

Léon Romanens : L’interface utilisateur.

Julie Chaumard : D’accord. Pourquoi penses-tu qu’on devrait utiliser des systèmes comme GNU/Linux, Ubuntu et plus Windows.

Léon Romanens : C’est plus une croyance personnelle, et je pense que les gens seront d’accord, je trouve que, avant, les grandes entreprises faisaient des bons trucs, mais là elles sont en train de juste vouloir le profit et de faire des choses de moins en moins bien. Même Windows, il y a le passage direct à Windows 11, le fait d’ajouter des features d’intelligence artificielle, le fait d’avoir des trucs qui marchent mal, qui sont mal faits, juste parce qu’ils veulent intégrer des choses alors qu’il n’y a pas besoin. Alors que GNU/Linux finalement, ça fait largement ce dont les gens ont vraiment besoin.

Julie Chaumard : Léon, je suis très heureuse de t’avoir interviewé. Je te remercie d’avoir accepté.

Léon Romanens : Avec plaisir. Merci de m’avoir interviewé.

Julie Chaumard : Bonne conférence aujourd’hui.

Léon Romanens : Merci.

[Virgule sonore]

Julie Chaumard : Léon a bien aimé l’exercice de l’interview je lui ai donc proposé de les réaliser avec moi. Il m’a donc aidé à trouver des personnes à interviewer, à poser des questions, il m’a accompagnée pendant ce samedi et même le dimanche les autres interviews que vous allez pouvoir écouter. Nous avons donc fait ça tous les deux, c’était bien sympathique.

Surveillance des conditions d’utilisation – Entretien avec Marie-Pierre

Julie Chaumard : Nous enchaînons avec le sujet « Surveillance des conditions d’utilisation » avec Marie-Pierre. Marie-Pierre nous présente Open Terms Archive, un outil libre qui archive et compare les changements des conditions d’utilisation des services en ligne. Marie-Pierre décrit comment l’outil permet d’agir concrètement en devenant, par exemple, un levier de vigilance démocratique notamment contre les publicités politiques illégales sur Linkedin.
On écoute ça avec Marie-Pierre.

[Virgule sonore]

Julie Chaumard : Maintenant, j’ai pu récupérer, retrouver Marie-Pierre qui a fait une conférence tout à l’heure. Marie-Pierre, quelle conférence as-tu faite tout à l’heure ?

Marie-Pierre : J’ai fait une conférence sur Open Terms Archive.
Open Terms Archive est un site qui a été financé par le ministère des Affaires étrangères en France et qui permet de monitorer les changements dans les termes légaux des plateformes en ligne que vous utilisez. Typiquement vous utilisez X, vous utilisiez Twitter, vous voulez savoir s’il y a eu des changements, la plateforme ne va pas vous dire forcément qu’il y a eu un changement. En fait, ça capte tous les changements qu’il y a eus, on met l’URL, par exemple, de la politique de confidentialité de la plateforme et ça va scraper l’URL deux à trois fois par jour et, s’il y a eu un changement, ça va copier le changement.

Julie Chaumard : Pour les plateformes qui ne sont pas européennes aussi ?

Marie-Pierre : Les plateformes qui sont européennes et les plateformes qui ne sont pas européennes.

Julie Chaumard : Plutôt européennes quand même ?

Marie-Pierre : En fait, ils ont travaillé avec UFC-Que Choisir en France. Ils avaient regardé quels étaient les services les plus utilisés en France par les personnes, par exemple, typiquement, il y avait La Redoute, je ne sais plus, il y avait les différents services téléphoniques, Free, SFR, etc. À moment donné, pendant un an, ça été monitoré pour savoir si SFR a changé sa politique de confidentialité et ce qui a changé. Comme c’est stocké, si tout d’un coup vous avez un litige, vous pouvez regarder ce qui, en 2024, a changé dans la politique de confidentialité de SFR. C’est sauvegardé, parce que, sinon, vous allez regarder la politique actuelle de confidentialité de SFR, en 2026, qui ne sera pas la même que celle de 2024.
Typiquement, ce qui est super intéressant, c’est que depuis octobre 2025, Linkedin interdit les publicités à but politique. Je suis en Suisse, on a des votations quatre fois par an pour des sujets parfois un peu compliqués, là c’était le 5 octobre. J’utilise Linkedin et tout d’un coup on a des votations en Suisse, en novembre 2025, sur un sujet un peu scrapy, la taxation pour les entreprises. Donc, tout ce qu’on appelle les partis bourgeois, ce qui correspond aux partis de droite, ont fait beaucoup de publicité sur Linkedin pour inciter la population à dire non. Comme j’ai vu qu’il y avait eu ce changement, en fait c’est la politique de la communauté de Linkedin, j’ai dit à Linkedin « ce n’est pas conforme avec votre politique, supprimez cette publicité. » Je suis arrivée à faire supprimer une quarantaine de publicités sur Linkedin, ça a fonctionné.
On a de nouveau des votations au mois de mars 2026, en Suisse et, de nouveau, je retrouve des publicités sur Linkedin. Pour l’instant, j’en ai fait supprimer trois en vue des votations de mars 2026. C’est moi qui dois faire la démarche. Je pense que les partis politiques ou les syndicats font des publicités politiques pour inciter à voter oui ou non et ne savent pas forcément qu’il y a eu un changement et Linkedin l’accepte.

Julie Chaumard : Peut-être que le changement est tout récent et le temps que ça...

Marie-Pierre : En France, vous avez les élections municipales, ça peut être intéressant de regarder si tout d’un coup il n’y a pas quelqu’un qui veut se présenter et qui fait de la publicité politique à ce niveau-là.

Julie Chaumard : En quoi Open Terms Archive aide ?

Marie-Pierre : Même si c’est un service à la base financé par l’État [nom en anglais, NdT]. En fait, si tu regardes le changement, ce sont deux lignes sur Linkedin.

Julie Chaumard : Du coup, ça t’aide à voir quel est le changement plutôt que de tout lire.

Marie-Pierre : En fait, mon écran peut être scindé en deux : à gauche, j’ai la version d’avant, à droite la version d’après et ça ne m’indique que les paragraphes qui ont été modifiés. En fait, je sais le nombre de caractères qui ont été modifiés, par exemple j’ai moins douze caractères en rouge et plus quatre en vert.
En janvier 2026, TikTok a changé tous ses termes légaux parce que, maintenant, TikTok a une filiale aux États-Unis, donc, quand tu regardes les conditions d’usage, tu vois que ce n’est plus marqué TikTok, mais c’est marqué TikTok filiale machin sur les termes d’usage de TikTok.
Souvent, en Suisse, on n’avait pas de représentant/représentante légale des grosses plateformes, parce que nous sommes un pays qui est petit et souvent, pour la Suisse et l’Union européenne, il n’y avait qu’un représentant. Maintenant, les grosses plateformes ont mis un représentant en Suisse, parce qu’il y a une nouvelle disposition qui correspond à la LPD, la loi de protection des données, qui indique que s’il y a des traitements de masse, on doit avoir un représentant dans le pays. Donc je l’ai vu pour TikTok, Meta, Google, Tinder, X aussi, sinon je n’aurais pas vu qu’il y avait des représentants en Suisse.

Julie Chaumard : Je comprends. Est-ce que c’est une association ? Qu’est-ce que tu y fais ?

Marie-Pierre : Je ne sais plus si c’est une association ou une fondation. En fait, je suis bénévole. Je me suis intéressée aux applications de rencontre, je monitorais les applications de rencontre, il n’y avait pas forcément beaucoup de travail parce qu’il n’y a pas des changements tous les jours. Comme beaucoup de personnes ont demandé à suivre d’autres services comme X, Linkedin, etc., comme tout est monitoré, typiquement j’ai eu envie de regarder s’il y avait des changements récents sur Linkedin, et c’est là que j’ai pu voir qu’en octobre 2025 il y a eu des changements. Il y a une influence directe sur moi, j’ai fait supprimer des publicités politiques et j’invite tout le monde à le faire.

Julie Chaumard : Des questions ? Je suis avec Léon.

Léon Romanens : Oui. Je ne connais pas forcément tout le travail de l’organisation, mais, pour ton exemple de Linkedin : tu as dit que ça te permet de voir si les partis politiques font de la publicité. Mais finalement, vu qu’ils n’ont pas vraiment de sanctions, est-ce qu’ils ne profiteraient pas plutôt que leurs publicités soient disponibles même si c’est un court temps et ensuite nier, dire ne pas savoir ?

Marie-Pierre : En fait, je trouve que Linkedin est assez réactif. Le maximum que j’ai eu c’était trois/quatre jours pour que la publicité disparaisse, sinon j’ai vu des publicités être supprimées en moins de 24 heures. C’est supprimé depuis les États-Unis, il y a donc des questions d’horaire, si je demande à 19 heures ou 6 heures le matin, ça va mettre du temps, mais Linkedin est vraiment réactif à ce niveau-là. J’écris dans ma langue, j’écris en français. Sur Linkedin, il y a un formulaire, tu le remplis, tu dis que tu as vu telle publicité. Il y a même un moteur de recherche sur Linkedin, tu choisis le pays et tu regardes toutes les publicités qui sont dans ce pays. Dans le pays, tu peux aussi chercher qui a mis la publicité et tu peux aussi chercher par mots-clés. Comme il y a des votations en Suisse, souvent c’est « oui, non », donc je cherche « oui, non » dans les différentes langues et je pense que tu peux faire pareil en France. J’ai commencé à regarder « municipales », « mairie », pour l’instant je n’ai rien vu, ça serait intéressant de checker ça aussi.

Julie Chaumard : Eh bien, Merci Marie-Pierre pour ces explications concernant Open Terms Archive. Merci beaucoup.

Marie-Pierre : Merci. Bonne journée.

[Virgule sonore]

Julie Chaumard : Dans la page internet consacrée à l’émission, donc libreavous.org/270, vous retrouverez les liens vers les plateformes, les sites des organisations et des projets dont vous entendez parler par les personnes interviewées.

Musique libre et services décentralisés – Entretien avec Siick

Julie Chaumard : Je vous propose maintenant l’interview de Siick avec pour sujet « Musique libre et services décentralisés ». Musicien amateur et DJ, Siick publie toute sa musique sous licence Creative Commons By SA via un netlabel. Il a proposé aux Rencontres Hivernales du Libre une session DJ avec un set 100 % de musiques libres. Il est également membre du CHATONS [Collectif des Hébergeurs Alternatifs, Transparents, Ouverts, Neutres et Solidaires] et fournit aussi des services numériques libres, gratuits et sans pistage, contribuant à la décentralisation d’Internet.
Nous écoutons Siick.

[Virgule sonore]

Julie Chaumard : La musique que tu produis, tu la livres, tu la partages sous licence libre.

Siick : Oui. Je partage tout sous licence libre. En fait, j’ai envie de dire que les choses se sont faites de manière très naturelle. J’étais quelqu’un qui était déjà dans l’informatique et dans le Libre. J’ai commencé à m’intéresser à la production de musique électronique et, une fois qu’on a fait des morceaux, on a envie de les faire découvrir et là je me suis demandé « qu’est-ce que je fais ? Je ne vais pas essayer de trouver un label, j’ai envie que les gens aient facilement accès à ma musique ». Je vais parler d’une vieille époque, mais, à une époque, on avait un Myspace en tant qu’artiste pour se mettre un petit peu en valeur et avoir un peu une vitrine sur le Web. On avait son Myspace. J’ai commencé, comme ça, à avoir mon Myspace, à mettre mes musiques dessus, puis des gens sont venus me dire « j’aimerais bien avoir ta play-list pour pouvoir la mixer dans une soirée ». Là je me suis dit « je vais faire mes propres MP3, je vais les diffuser moi-même sur un site et je vais m’auto-produire. » Vu que c’était pour le partage, ça tombait sous le sens, licence libre et puis c’est parti, allez-y, amusez-vous, profitez-en. Pour moi c’est un bien culturel, c’est fait pour être partagé. Ça a toujours été le but. J’ai construit mon site, j’ai commencé à mettre mes pistes dessus et puis à tout distribuer. C’est devenu ce qu’on appelle un petit netlabel, que j’ai fondé avec un ami à l’époque, et qui s’appelait Cliketi. Le but c’était de pouvoir mettre mes pistes et de les diffuser. D’autres artistes cherchaient parfois à se faire diffuser, on a donc commencé aussi à « produire » entre guillemets, on leur donnait juste la visibilité sur le site et le fait de pouvoir faire télécharger leurs pistes à tous les gens qui visitaient le site.

Julie Chaumard : Quelle est la licence ?

Siick : C’est une licence Creative Commons By SA.

Julie Chaumard : CC By SA.

Siick : Exactement ! On voit la connaisseuse !

Julie Chaumard : Une question me venait aussi en termes de licence. Quand tu fais un mix, est-ce que tu ne mixes que des musiques qui ont une licence libre ou pas ?

Siick : Généralement, dans ma vie tous les jours, quand je vais faire une prestation ailleurs, dans un club ou pour un festival, je vais mixer de la musique pas forcément libre.

Julie Chaumard : Tu as le droit ?

Siick : J’ai envie de dire, entre guillemets, que ce n’est pas mon problème Quand je suis invité à un événement, c’est l’événement lui-même qui doit gérer, c’est lui qui va proposer de la musique, donc c’est lui qui est obligé d’aller voir les histoires de droit/Sacem, de musique.

Julie Chaumard : Toi, tu ne connais pas les droits ? Ou tu sais déjà, mais ce n’est pas toi qui t’en occupes.

Siick : Ce n’est pas à moi de m’en occuper. Je fais juste ma sélection. Effectivement, je ne mets pas forcément beaucoup de Libre à l’intérieur, parce que, de base, avec mon collectif, ce n’est pas ce qu’on met en avant, c’est un peu moi le libriste du collectif, qui pousse toujours dans ce sens-là. C’est vrai que là, aujourd’hui, c’était parfait, c’était l’occasion, justement, de pouvoir faire un mix uniquement de musiques libres. Vu qu’on est aux Rencontres Hivernales du Libre, ça me paraissait effectivement complètement déplacé d’arriver et de jouer les musiques du top 50, par exemple. Je suis vraiment resté dans le thème, je n’ai mis que des musiques netlabel qui sont sous licence libre ou d’autres labels qui proposent exactement sous la même licence. Ce soir ce sera donc un mix que de musiques libres.

Julie Chaumard : OK. Cela nous intéresse beaucoup à Libre à vous ! puisque nous diffusons, à chaque émission, des musiques libres. D’ailleurs en parlant de cela, demain, Vincent Calame va faire une conférence sur les musiques libres. Nous sommes toujours à la recherche de musiques libres, on a d’ailleurs commencé à faire, sur une page internet, un catalogue. On a catalogué très finement, avec beaucoup de détails, les musiques libres qu’on a pu rencontrer.
À part la musique, tu utilises aussi des logiciels libres, tu as la fibre du Libre.

Siick : J’ai la fibre du Libre, j’en utilise quotidiennement, j’en utilise tout le temps.

Julie Chaumard : Tu m’as parlé de chatons.

Siick : Je fais aussi partie du CHATONS.

Julie Chaumard : Que veut dire faire partie du CHATONS ?

Siick : CHATONS est un collectif, en France, qui regroupe aussi bien des associations, des particuliers comme moi ou des entreprises, qui mettent à disposition des services sur Internet, des boîtes mail, des espaces de discussion, des services de visioconférence.

Julie Chaumard : Des petits utilitaires, des petits outils.

Siick : Toutes ces solutions sont basées sur des logiciels libres.

Julie Chaumard : Le fait d’en faire partie, ça veut dire quoi ? Tu participes ?

Siick : C’est un collectif sur lequel on présente ce qu’on fait, on présente les services qu’on a mis en place.

Julie Chaumard : Tu en as mis en place ?

Siick : Oui, j’en ai en mis place. Mon site c’est siick.fr, mon nom d’artiste du coup. J’ai mon serveur et, si vous allez sur services.siick.fr, vous allez voir tous les services que je propose aux utilisateurs d’Internet. Mes services sont tous gratuits, à utiliser. Ce qui me tient à cœur, c’est ce côté un peu décentralisation. Tout le monde est chez Google, chez Amazon, j’aime bien le fait qu’il y ait un petit peu partout des services que les gens peuvent utiliser. En plus derrière, chez les chatons, il n’y a pas de pistage, pas d’utilisation des données, tout ce qui va bien, entre guillemets, avec le logiciel libre.
Dans ce collectif, on se retrouve à la fois sur le forum et, tous les ans, il y a aussi un camp d’été pour se retrouver  ; ça permet de mettre un petit peu en commun nos connaissances, on s’entraide. Je ne suis pas forcément le plus actif dessus. On commence à être pas mal de structures, je pense qu’on arrive à une centaine maintenant. Ça permet d’avoir un essaim de services disséminés un peu dans toute la France et ailleurs. Ça permet ainsi aux utilisateurs de s’émanciper des GAFAM.

Julie Chaumard : Merci beaucoup, Siick. Une dernière petite question : on aimerait bien, justement à l’occasion de l’émission sur les Rencontres Hivernales du Libre, diffuser une ou deux de tes musiques. Est-ce qu’on pourra ? Est-ce que tu as une petite idée de ce qu’on pourrait diffuser parmi les pièces que tu as faites ?

Siick : J’ai effectivement une petite idée, je serai déjà très content de vous partager tout ce que j’ai fait et que vous puissiez l’intégrer à votre catalogue, c’est fait pour ça, comme je disais, le but c’est le partage. Une piste sûre me vient en tête, elle s’appelle Girlfriend, que j’ai faite avec un ami qui s’appelle SmôL, un ami lyonnais. Celle-ci me tient à cœur parce que, très souvent comme beaucoup d’artistes, on a du mal à aimer ce qu’on fait sur la longueur. On produit, on est content, puis on passe à autre chose et, quand on regarde en arrière, on n’est pas très satisfait. Cette piste-là ça me fait un peu moins cet effet-là, elle fait partie des pistes dont je suis encore un petit peu, entre guillemets, « fier », je pense doncqu’elle fera partie du lot.

Julie Chaumard : Merci beaucoup Siick. Contente de pouvoir t’écouter ce soir en direct.

Siick : Merci à vous. Merci beaucoup.

[Virgule sonore]

Julie Chaumard : Nous profitons de cette émission pour écouter les musiques créées par Siick. Nous avons écouté, en première partie, la musique dont il vient de nous parler, qui s’appelle Girlfriend. C’est maintenant l’occasion de vous offrir une deuxième pause musicale.
Nous allons écouter un autre musique de Siick qui s’appelle Lunar Blast 2.1.3. On se retrouve dans trois minutes. Belle journée à l’écoute de Cause Commune, la voix des possibles.

Pause musicale : Lunar Blast 2.1.3, par Siick.

Voix off : Cause Commune, 93.1.

Julie Chaumard : Nous venons d’écouter Lunar Blast 2.1.3, par Siick, disponible sous licence libre CC By SA 4.0.

[Jingle]

Julie Chaumard : Vous pouvez bien sûr retrouver les liens vers les musiques de Siick sur la page internet consacrée à l’émission, sur le site libreavous.org/270.

Accès à Internet associatif et neutralité du Net – Entretien avec Céline Espuna

Julie Chaumard : Nous allons poursuivre notre sujet sur les Rencontres Hivernales du Libre avec l’interview de Céline Espuna sur le sujet de l’accès à Internet associatif et neutralité du Net. Céline représente FDN [French Data Network] aux rencontres, le plus ancien fournisseur d’accès à Internet associatif français. Elle explique le fonctionnement d’un accès à Internet éthique, les box ou routeurs libres, l’accompagnement bénévole, la neutralité du Net. Arrivée chez FDN par conviction, en zone blanche, elle témoigne d’un modèle sans salariés ni locaux mais capable de fournir un service fiable à près de 1000 adhérents.
Nous écoutons Céline

[Virgule sonore]

Julie Chaumard : Tu m’as parlé de FDN.

Céline Espuna : C’est ça, c’est l’association que je représente. C’est une association qui vend des abonnements FAI, c’est-à-dire que nous sommes un fournisseur d’accès à Internet, le plus vieux fournisseur d’accès à Internet associatif. Si je ne dis pas de bêtise, il me semble que c’est dans les années 90, avant les BOFS, c’est-à-dire Bouygues, Orange, Free et SFR. Je représente l’équipe trésorerie de FDN.

Julie Chaumard : Tu es membre de FDN.

Céline Espuna : Membre active, trésorière au bureau préfectoral.

Julie Chaumard : Vous fournissez de l’accès à Internet, c’est ça ?

Céline Espuna : Oui, comme Free, comme Orange, comme Bouygues.

Julie Chaumard : Il y a des box ? Chez moi, l’accès à Internet c’est une box.

Céline Espuna : On va fournir l’abonnement, on va conseiller la box ou le routeur que l’adhérent va devoir acheter. Il va devoir adhérer à l’association et, une fois qu’il a adhéré, qu’il a acheté la box, moyennant l’abonnement, il aura accès à Internet.

Julie Chaumard : Donc je pourrai avoir Internet dans ma maison,

Céline Espuna : Si vous êtes éligible via l’Arcep [Autorité de régulation des communications électroniques, des postes et de la distribution de la presse], oui, bien sûr, que ce soit en ADSL, mais on en fait de moins en moins puisqu’ils vont arrêter le cuivre, on fait donc de plus en plus de fibre.

Julie Chaumard : D’accord. C’est un fournisseur d’accès à Internet. Quelle est la valeur pour laquelle tu as eu le coup de foudre ?

Céline Espuna : La neutralité du Net a été pour moi une des premières choses : chacun a le droit de dire ce qu’il veut, bien entendu dans la limite du raisonnable, je ne dis pas qu’on tolère la pédophilie, ce n’est pas du tout dans ce sens-là. Chacun a le droit de s’exprimer.

Julie Chaumard : J’habite à Paris, en ce moment je suis chez Free et j’ai envie d’aller chez FDN, donc je peux ?

Céline Espuna : Absolument.

Julie Chaumard : Vous allez me conseiller un matériel à acheter. J’achète ce matériel et après je deviens…

Céline Espuna : Pourquoi acheter le matériel ? Parce que vous devenez propriétaire du routeur, donc vous pouvez mettre ce que j’appelle les mains dans le cambouis, c’est-à-dire que vous pouvez paramétrer le routeur comme vous le voulez, comme vous le souhaitez.

Julie Chaumard : Dans ces paramétrages de box, on ne va pas rentrer dans la technique parce qu’on n’est pas là pour ça, est-ce qu’il y a la notion de logiciel libre ?

Céline Espuna : Absolument. Oui. À ceux qui connaissent la technique, on conseille certains logiciels qui leur permettent de remplacer le logiciel d’origine de la box pour être complètement libres. Toutes les box ont été essayées, validées et sont conseillées par les adhérents. Après, derrière, l’équipe technique, donc le support, va vous expliquer, si vous n’arrivez pas à la paramétrer, comment il faut faire. Il va prendre le temps de vous expliquer.

Julie Chaumard : FDN tient un stand et tu as souhaité venir parce que j’ai compris que l’aventure de venir ici est bien sympathique, le monde libre, les libristes.

Céline Espuna : Je me sens honorée d’être ici. Ça me paraissait un milieu tellement fermé quand j’ai commencé à m’intéresser au Libre ! J’ai commencé doucement par LibreOffice, par Mozilla, par Thunderbird. Après je suis passée à GNU/Linux, maintenant je prône le Libre partout. J’ai commencé doucement, et je m’aperçois que ce n’est pas du tout un milieu fermé, tel qu’on le pense au départ quand on commence à s’y intéresser et qu’on se dit que les gens ne sont pas accessibles, mais ce n’est pas vrai du tout.
J’ai la chance de m’être fait subventionner un FairPhone avec Murena dessus par mon entreprise, c’est un autre système qu’Android. J’ai eu un bug avec, j’ai pu leur signaler, ils m’ont répondu tout de suite et j’ai trouvé ça fabuleux. Ce n’est pas forcément la même chose avec Android.

[Virgule sonore]

Mémoire et transmission du Libre – Entretien avec Walid Nouh

Julie Chaumard : Je vous propose d’écouter un nouveau sujet, Mémoire et transmission du Libre, avec Walid Nouh. Walid présente le podcast Projets Libres consacré à l’histoire, l’économie et les communautés du Libre.
On écoute Walid.

[Virgule sonore]

Julie Chaumard : Walid, pourquoi as-tu souhaité venir aux Rencontres Hivernales du Libre ?

Walid Nouh : Tout d’abord bonjour. Ravi d’être au micro de Libre à vous !.
En fait, je ne connaissais pas cet événement, comme vous j’ai été contacté par l’organisation qui m’a proposé, si j’étais intéressé, de venir, et je suis venu. J’étais assez intéressé par le contexte, au fait de faire une conférence pour les gens qui font du logiciel libre, ce qui nous permet de nous rencontrer et de discuter de nos problématiques, c’est-à-dire pas faire de la sensibilisation mais plutôt rencontrer des gens, échanger avec des pairs sur des sujets qui nous tiennent à cœur. C’est quelque chose qui est intéressant.
L’autre chose que je trouvais intéressante, c’est que, en tant que Français, j’étais super intéressé de discuter avec des Suisses de leurs propres problématiques, qu’on ne connaît pas forcément, que je ne connaissais pas forcément beaucoup, discuter avec eux de ce qui leur tient à cœur, de ce qui est important pour eux.

Julie Chaumard : Globalement, je n’ai pas l’impression qu’il y ait une énorme différence avec la France. Je ne sais pas si tu as trouvé.

Walid Nouh : J’ai l’impression qu’on a des problématiques assez communes. J’ai l’impression que nous sommes peut-être un peu plus avancés en termes de sensibilisation, de ce que je comprends, au niveau des autorités, etc. Peut-être que l’utilisation du logiciel libre est un petit peu plus répandue, mais globalement, d’ailleurs comme avec d’autres personnes qui vivent dans d’autres pays francophones, on voit qu’on a des problématiques assez communes à l’heure actuelle autour de l’émancipation, autour de la résilience, etc., toute la géopolitique nous impacte tous très fortement. C’est justement assez sympa de pouvoir discuter de ces sujets-là avec des gens, dans un environnement assez tranquille et calme, et puis de découvrir de nouvelles personnes qu’on ne connaissait pas.

Julie Chaumard : Tu as donc donné une conférence, ce matin, pendant une heure.

Walid Nouh : Oui, pendant 20 minutes. J’ai eu l’occasion d’expliquer le travail que j’ai initié sur le podcast Projets Libres.

Julie Chaumard : Tu fais un podcast qui s’appelle Projets Libres.

Walid Nouh : Oui. Je fais un podcast qui s’appelle Projets Libres. C’est un podcast francophone. Je ne suis pas tout seul, nous sommes plusieurs à travailler sur le sujet. C’est un podcast qui était indépendant jusqu’à la fin de l’année dernière et, maintenant, nous avons rejoint l’équipe de LinuxFR.org. Nous sommes la partie audio de LinuxFR.
C’est un podcast avec environ deux épisodes par mois, sur lequel on traite toutes les problématiques associées aux logiciels libres, aussi bien autour du financement, des modèles économiques. On fait beaucoup d’histoire, on raconte beaucoup l’histoire des projets, l’histoire des associations, etc., c’est un sujet qui nous tient particulièrement à cœur.

Julie Chaumard : Donc, pendant la conférence de ce matin, tu as expliqué un peu ce qu’est Projets Libres, ce qu’est ce podcast.

Walid Nouh : J’ai expliqué ce que c’est. J’ai expliqué aussi pourquoi je le fais, ce que j’imagine du podcast, pour quelles raisons je le fais et aussi ce qu’on veut faire en 2026, quels sont un peu nos plans pour l’année qui vient.

Julie Chaumard : Peut-on écouter ton podcast ? Comment fait-on pour le trouver ?

Walid Nouh : Il y a plusieurs possibilités.
La première, c’est d’aller sur le site internet, projets-libres.org. Là vous avez tous les épisodes avec toutes les transcriptions.

Julie Chaumard : Depuis combien de temps ?

Walid Nouh : Le podcast existe depuis avril 2023.
C’est donc la première possibilité.
La deuxième possibilité, c’est d’aller dans votre application de podcasts, par exemple AntennaPod ou d’autres, de taper « projets libres », au pluriel, et vous allez tomber dessus. Vous ne pouvez pas le louper, il y a un petit logo avec un pingouin, il y a écrit LinuxFR.org.

Julie Chaumard : D’ailleurs à cette occasion, puisque tu en parles, tu as fait un podcast sur les Rencontres Hivernales du Libre.

Walid Nouh : Tout à fait. Quand j’ai été contacté par Oinska, un des organisateurs de l’événement, nous avons commencé à discuter de ce qu’on pouvait faire à l’intérieur de l’événement. J’ai proposé de venir parler des Rencontres Hivernales puisque c’est la dixième édition des Rencontres Hivernales, en même temps c’est la vingtième année d’existence de SwissLinux, l’association qui organise ça. En fait, on a fait un épisode de présentation, puisque, à l’intérieur du podcast, une des thématiques c’est aussi de présenter l’écosystème donc les conférences. Je l’avais fait par exemple avec MiXiT, j’avais interviewé des gens de l’organisation, on avait parlé d’où ça venait, comment l’organisation s’était faite. C’était très sympa de pouvoir le faire là aussi avec les RHL, un petit peu avant pour donner envie aux gens de venir à l’événement.

Julie Chaumard : Justement, je pense que ça va te faire très plaisir parce que, à midi, nous avons tous déjeuné ensemble. À côté de moi il y avait une dame avec laquelle j’ai commencé à discuter. Elle ne fait pas spécialement partie de la communauté libriste, mais elle commence à être interpellée par le sujet, elle commence à rentrer dans le sujet et comment a-t-elle connu ces rencontres ? En écoutant ton podcast, c’est grâce à toi qu’elle est là aujourd’hui, c’est ce qu’elle m’a dit.

Walid Nouh : C’est super. L’intérêt du podcast c’est aussi de promouvoir les événements qui se passent à l’heure actuelle et d’inscrire tout ça dans l’écosystème. Sur le podcast on cherche, à terme, dans quelques années, d’avoir décrit globalement l’écosystème, d’avoir présenté toutes les grandes conférences, les associations, etc. Ça me fait super plaisir quand des gens font des découvertes à travers le podcast. J’avais eu des retours un peu similaires de gens qui m’avaient dit « je me suis intéressé à la communauté Odoo parce que je suis tombé sur ton podcast, je ne savais pas que ça existait et je suis allé voir des événements ». Pour moi, c’est un peu la récompense. Ça veut dire qu’on a fait un travail qui a qui a touché, dans le sens que les gens ont eu l’occasion de l’écouter. C’est super.

Julie Chaumard : Tout à fait. Merci pour ton podcast. Bonne continuation pour aujourd’hui à ces rencontres. Merci Walid d’être intervenu pour cette petite interview.

Walid Nouh : Merci et puis à bientôt sur le podcast Projets Libres pour le troisième et dernier épisode sur l’April, on va parler de Libre à vous ! et de Libre à lire ! Le podcast devrait sortir en février.

[Virgule sonore]

Julie Chaumard : Effectivement le podcast va sortir ce soir ou demain matin.

XMPP, pédagogie et émancipation – Entretien avec Codimp

Julie Chaumard : Parlons maintenant XMPP [Extensible Messaging and Presence Protocol], pédagogie et émancipation avec Codimp. Codimp présente XMPP comme protocole libre fédéré et sécurisé. Cofondatrice de projets comme Exodus Privacy, une plateforme d’audit de la vie privée des applications Android, Codimp défend l’autonomie numérique et partage ses connaissances via lihio.fr, mêlant technique, pédagogie et politique.
On écoute Codimp.

[Virgule sonore]

Julie Chaumard : Je suis avec Codimp qui est ici depuis hier. C’est notre deuxième journée ensemble. Codimp va se présenter. Il me semble que tu as fait une conférence. Tu nous diras un peu ce que tu as fait. Avant ça, j’aimerais bien que tu nous dises d’où tu viens.

Codimp : Je viens de Rennes, en France, la capitale de la Bretagne où je suis depuis pas longtemps. Je suis venu tout le week-end parce que j’ai été invité par oinska, un des organisateurs des RHL, qui m’avait demandé si j’avais un truc à proposer. Je me suis dit « c’est l’occasion, je vais proposer une conférence sur XMPP. »

Julie Chaumard : Tu vas nous expliquer rapidement ce qu’est XMPP.

Codimp : Bien sûr. XMPP est un protocole de messagerie qui permet de faire de la messagerie instantanée, donc de discuter avec ses proches, de discuter avec ses amis, tout le monde, tous ses collectifs, etc. C’est un « ancien protocole », entre guillemets, un petit peu vieux, il a été créé à la fin des années 90, mais il est toujours très maintenu, très à jour. Il a notamment eu beaucoup d’améliorations ces dernières années, particulièrement ces cinq dernières années. Ma conférence portait surtout sur cela, montrait les améliorations qu’il y a eues et montrait surtout les communautés qui font vivre XMPP. J’ai notamment parlé de JoinJabber, de Queer Spark, de communautés qui essaient de faire de l’inclusivité et de l’accessibilité au sein de XMPP.

Julie Chaumard : Ça veut dire que si j’installe une application qui peut dialoguer en XMPP, je tape le pseudo de quelqu’un et je peux commencer à dialoguer avec lui ?

Codimp : C’est exactement ça. C’est très proche de ce qu’on fait avec le fédiverse ou avec le mail typiquement. Notre identifiant c’est « ce qu’on veut @ le nom de notre instance », en gros le nom de notre serveur. Typiquement, on installe une application comme Conversations sur son téléphone, comme Gajim sur son ordinateur, on se connecte à son compte et, une fois qu’on est connecté, on peut normalement ajouter ses contacts, on peut discuter avec eux, on peut envoyer des fichiers, on peut faire des appels audio/vidéo aussi ça existe. En plus, c’est avec du chiffrement de bout en bout, c’est donc sécurisé, le message est chiffré dès qu’il sort du téléphone, même les personnes qui gèrent les serveurs ne peuvent pas lire les messages.

Julie Chaumard : Tu es engagé dans la communauté libre depuis longtemps ?

Codimp : Comme je disais à une table ronde hier, je ne sais pas si je suis tombé dans le Libre ou si c’est le Libre qui est tombé en moi. C’est depuis des années, ça a commencé à m’intéresser au collège. En fait, c’est l’arrivée d’Internet dans ma vie qui a tout changé parce que ça a été immédiat. Par rapport à d’autres camarades en France, j’ai eu Internet tard chez moi, j’étais déjà au collège quand j’ai eu Internet et ça m’a rendu dingue. J’ai trouvé hallucinant et incroyable, non seulement le fait de pouvoir communiquer avec des gens, mais surtout le fait de pouvoir moi-même créer un site web. Quand j’ai créé mon premier site web, je devais avoir 11/12 ans, quelque chose comme ça, et j’ai trouvé ça fabuleux.

Julie Chaumard : En fait, tu voyais les informations des autres, tu pouvais les lire, et tu t’es dit « moi aussi je veux participer à ça. »

Codimp : Je veux participer, je veux échanger et ça avait quelque chose de magique. J’en parle un tout petit peu dans un article que j’ai écrit, Internet a un côté très spirituel dont les gens ne parlent pas. À cette époque, Internet avait un côté très organique, très magique, que je retrouve encore aujourd’hui même si moins : se connecter sur des sites qui sont à des kilomètres et des kilomètres, dans d’autres pays, sur d’autres continents, fouiller des fichiers, discuter avec des gens et se dire « j’arrive à parler avec eux ». On a oublié la magie qu’il y a dans Internet : en quelques millisecondes on peut faire le tour du monde et discuter avec des gens. je trouve ça merveilleux !

Julie Chaumard : C’est vrai que tu ne l’avais pas, peut-être lisais-tu des livres, ceci cela, et puis là tout d’un coup ! Tu as découvert l’avant et l’après alors que si on naît maintenant, on n’a pas cela.

Codimp : C’est ça. Des jeunes avaient connu les modems 56 K, moi je n’avais pas eu tout ça à la maison, on a eu directement l’ADSL, ça a été incroyable et, ensuite, le Libre a été une évidence. Je pouvais accéder à tout, mais certaines personnes disaient « on fait du capitalisme, on a plutôt envie de faire des logiciels qui se payent et on ne va pas te montrer comment ça marche, etc. ». Oui, mais comment je l’adapte à mes besoins, comment je l’adapte à mes handicaps, comment je l’adapte à ma vie et aussi à celle de mes amis ? Le Libre est devenu une évidence, ce n’est même plus un choix, c’est un besoin !

Julie Chaumard : OK. Est-ce que tu es engagé dans des communautés libristes ?

Codimp : Oui, un petit peu, ça dépend. J’ai cofondé pas mal de collectifs, peut-être un peu trop pour ma propre santé ! J’en ai fait plusieurs. J’en ai fait beaucoup qui tournent autour du DNS, le système qui permet de faire fonctionner les noms de domaine, les noms qu’on utilise sur Internet. J’ai créé FediNS et ça marche plutôt bien, en ce moment Tubercule que j’essaie de lancer à Rennes pour faire en sorte que les personnes puissent maîtriser leurs outils informatiques, leurs outils numériques, notamment dans les milieux de gauche. Je trouve qu’ils ne prennent pas assez en main leurs outils de production numérique.
Il y a quelques années, avec des amis, on a cofondé une association qui s’appelle Exodus Privacy pour chercher les pisteurs dans les applications Android sur mobile.

Julie Chaumard : Je n’ai pas tout compris ! Qu’est-ce que c’est ?

Codimp : Ce sont des petits bouts de logiciels qui se retrouvent dans les applications, qui exfiltrent les données et qui font qu’elles se retrouvent ailleurs.

Julie Chaumard : Ce n’est pas bien !

Codimp : Nous ne sommes pas juges de cela. Il y a des gens qui considèrent que certains pisteurs sont positifs, d’autres négatifs, nous disons juste « on vous montre les ingrédients qu’il y a dans le gâteau ». Pour reprendre une métaphore qui était faite par notre ancien président, c’est comme l’accès au sommaire d’un livre : on vous dit quels sont les chapitres du livre, on vous dit ce qu’il y a dedans, c’est à vous de juger si c’est bien ou pas.
Du coup, à force, j’ai fait plein de logiciels libres. Tout ce que je fais est maintenant publié sous licence libre et, forcément, j’aide pas mal sur XMPP ces derniers temps.

Julie Chaumard : J’imagine que tu as un site internet, un blog. Est-ce que tu peux dire si on veut aller visiter ?

Codimp : Bien sûr, lithio.fr.

Julie Chaumard : Je mettrai ça sur les fiches du podcast, sur la page internet comme cela les personnes pourront y aller.

Codimp : Il y a tout. Je fais plein de choses, j’ai un blog où j’écris des articles régulièrement, soit sur le numérique, la technique ou politiques.
J’ai aussi un wiki pour renseigner les pages. Souvent plein de gens me demandent mon avis sur certaines choses où j’ai de l’expertise, typiquement sur les messageries instantanées ou la cryptographie, donc j’essaie de vulgariser ça avec des pages de wiki, avec des exemples concrets qui parlent aux gens. Le but de ce site c’est surtout que les personnes non-techniques comprennent.

Julie Chaumard : Par exemple, j’aimerais moi aussi bien faire un wiki de tout ce que j’ai engrangé comme connaissances, comme cela je peux voir comment tu as fait, m’inspirer, parce que je ne sais pas trop comment je vais le présenter, comment je vais le faire. Du coup, en plus de lire ton wiki, c’est intéressant, on peut aussi aller voir pour s’inspirer.

Codimp : Totalement. J’utilise le logiciel DokuWiki qui est installé, c’est un petit logiciel tout simple, qu’on peut installer facilement sur un serveur ou qu’on peut mutualiser avec des amis sur un serveur et on peut faire plein de pages de wiki. Ça s’édite facilement, on écrit en Markdown, c’est très simple à utiliser.

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Hébergement éthique, communs et bas niveau – Entretien avec Adrien Bourmault

Julie Chaumard : Nous continuons avec l’interview d’Adrien Bourmault, dont le pseudo est Neox, qui a pour sujet : Hébergement éthique, communs et bas niveau. Neox est membre de SwissLinux, il présente Libre en Communs, une association qui gère des serveurs auto-hébergés comme des communs : une gouvernance collective, une fibre via FDN, des projets respectant les libertés informatiques. Il est aussi mainteneur de GNU Boot, un BIOS libre remplaçant les firmwares propriétaires.
Nous allons découvrir tout cela et essayer de comprendre en écoutant Adrien.

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Julie Chaumard : J’ai avec moi Adrien Bourmault, autrement connu sous neox. Adrien tu es venu aux RHL, merci de nous accorder une petite interview.

Adrien Bourmault : Avec plaisir.

Julie Chaumard : Est-ce que tu peux te présenter, nous dire pourquoi tu es là et ce que tu fais ?

Adrien Bourmault : Je suis là parce que je suis membre de SwissLinux, depuis déjà un certain temps. Je viens donc tous les ans aux RHL, je participe à l’organisation, surtout sur place. Cette année je n’ai pas eu trop le temps de faire les préparatifs, en tout cas j’ai pu aider un peu à la mise en place. Je suis surtout là aussi pour faire une conférence, que j’ai faite tout à l’heure, parce que je suis responsable de l’infrastructure de Libre en Communs, une association qui sévit en France, qui fait de l’hébergement éthique, je faisais donc une conférence sur le sujet de l’hébergement comme commun.
Nous avons une ressource partagée, un ensemble de serveurs que nous hébergeons directement dans les caves de nos adhérentes et adhérents, nous avons tiré nos propres lignes de fibre via FDN qui s’occupe de ça avec nous, qui participe. Un des sites de serveurs est à Fontainebleau, un autre à Saint-Maur-des-Fossés, on a aussi un site à Gisors, en Normandie. On gère ces serveurs comme une ressource partagée, on héberge sur ces serveurs des projets internes comme externes. L’objectif c’est de gérer de façon communautaire, démocratiquement, avec toutes les caractéristiques qui en font un commun au sens de la philosophie d’Elinor Ostrom, c’est-à-dire une ressource partagée, gouvernée avec un système de règles, des règles pour changer les règles, ça peut être rival, non rival, global, etc. Dans notre cas, c’est une ressource rivale puisque c’était du temps de processeur. Quand on prend du temps processeur, ça veut dire qu’il n’est plus là pour les autres.

Julie Chaumard : Là, ça devient un peu compliqué !

Adrien Bourmault : Je sais, c’est la philosophie des communs.

Julie Chaumard : À qui cela d’adresse-t-il ? Je ne comprends pas tout.

Adrien Bourmault : En fait, le fait de considérer l’hébergement comme un commun, ça veut dire qu’on gouverne toutes et tous ensemble, n’importe qui peut venir être hébergé chez Libre en Communs à condition que cela corresponde à nos idéaux : on ne veut héberger que du Libre, en tout cas quelque chose qui ne promeut pas la privatisation de la liberté numérique de manière générale. Premier critère.
Par contre, imaginons un projet qui voudrait héberger, je ne sais pas, un dictionnaire de jeux vidéo, ce n’est pas très grave si ça parle de non-libre, c’est très clair. Par contre, ce qui est hébergé sur le site est entièrement libre.
Ça s’adresse à tout le monde, mais, ce qui compte pour nous, c’est que les personnes qui sont hébergées chez nous aient un contrôle collectif sur l’hébergement lui-même. Comme c’est un commun, toutes les personnes hébergées prennent part aux décisions, c’est ce qui est important.
Si un jour une personne est hébergée, il faut qu’elle puisse participer à l’hébergement, donc mettre la main à la pâte, dans le cambouis ou je ne sais pas.
Si elle veut juste faire de la communication pour aider à ce que le financement soit pérenne, c’est bien aussi.
Si elle veut aider financièrement, c’est bienvenu aussi, mais l’objectif c’est vraiment le contrôle collectif, c’est-à-dire que les personnes qui sont hébergées participent. Il faut qu’elles puissent vérifier tout ce qui se passe et qu’elles puissent participer à la mise en place. C’est ce qui importe pour nous, d’où le l’idée de commun.

Julie Chaumard : Comment peut-on vous trouver ? Vous avez un site internet ?

Adrien Bourmault : On a un site internet bien sûr, www.a-lec.org, c’est le site de Libre en Communs.
Je suis dans plein d’autres projets. Je suis aussi dans le projet GNU puisque je suis mainteneur de GNU Boot, un BIOS libre. En fait, c’est une distribution de logiciels de démarrage. Ce qu’on appelle communément le BIOS, qu’on devrait appeler logiciel de démarrage, c’est le programme qui permet à l’ordinateur d’arriver à un état où le système d’exploitation peut démarrer. Au final, l’OS fait beaucoup de choses, je ne vais pas dire qu’il ne fait rien, mais sans BIOS, il n’y a pas d’OS. C’est le BIOS qui va entraîner la mémoire de façon à ce qu’elle fonctionne, détecter les disques durs, détecter tous les bus, mettre le matériel à un état fonctionnel. Chaque carte mère a son BIOS qui est très précis, on peut faire des choses en commun, mais souvent il y a beaucoup de choses précises.

Julie Chaumard : Donc GNU Boot est un BIOS, c’est ce que tu appelles un système de démarrage.

Adrien Bourmault : C’est ça, c’est une distribution de BIOS.

Julie Chaumard : Et toi, que fais-tu là-dedans ?

Adrien Bourmault : Je suis mainteneur du projet.

Julie Chaumard : Tu as accès au code ?

Adrien Bourmault : J’ai accès au code. Je maintiens le projet, je reçois les contributions, je développe aussi moi-même. Je suis un des mainteneurs, il y a un autre mainteneur avec moi qui s’appelle Gnutu,une mainteneuse.

Julie Chaumard : As-tu un compte Mastodon où on peut te suivre ?

Adrien Bourmault : Tout à fait. On peut me trouver sur neox chez social.chalec.org.

Julie Chaumard : Léon a une question.

Léon Romanens : J’ai deux questions. Tu as parlé de serveurs décentralisés. Je suis curieux de savoir comment ça se passe. J’aimerais faire hoster un programme. Comment est-ce arbitré, comment est-ce décidé ? Chez quel membre de l’association ça va tourner ?

Adrien Bourmault : C’est une très bonne question. Chez nous c’est assez transparent. En gros, tu vas faire ta demande et c’est le comité, en France on appelle plutôt ça conseil d’administration, qui va s’en occuper : il va instruire la demande, vérifier que ça correspond aux critères qui sont indiqués dans notre règlement intérieur et dans nos statuts et la réponse sera écrite par le collectif. Parfois des personnes physiques nous font des demandes, généralement ça va être oui, en fonction de la place disponible. Souvent les personnes nous contactent pour héberger un site web, ça ne demande pas énormément de ressources, on a de la place. Techniquement, aujourd’hui, sur nos serveurs, nous avons à peu près 256 cœurs disponibles, il y a de la place, il y a de quoi faire, et beaucoup de stockage aussi, donc ça va, les gens ont de quoi faire.

Julie Chaumard : Donc si Léon avait envie d’héberger son site, par exemple il adore les systèmes embarqués, il voudrait en parler sur un blog ou quelque chose, il peut venir vous voir.

Adrien Bourmault : Tant que c’est du logiciel libre, que ça a un lien avec nos idéaux, pas de problème.

Léon Romanens : La deuxième question, un peu plus profonde techniquement. Tu as parlé du développement du BIOS, mais au niveau des pilotes des différents hardwares, comment faites-vous ? C’est intégré par rapport à ce qui est fourni par le fabricant ou bien faut-il reprogrammer pour le BIOS pour chaque composant possible ?

Adrien Bourmault : Si j’ai une nouvelle carte mère sur laquelle je dois porter GNU Boot, généralement on a quand même des méthodes. Disons que beaucoup de PC ont des composants communs, on peut donc réutiliser ce qui existe déjà. Mais pour chaque nouveau composant qui n’est pas encore supporté par les BIOS actuels libres, on va être obligé de faire de la rétro-ingénierie, vérifier comment ça fonctionne et réécrire entièrement une implémentation.

Léon Romanens : Du coup, dans le projet, vous avez des gens qui font un peu plus de systèmes embarqués, qui sont habitués à faire des firmwares et tout ça et qui ont l’habitude du matériel.

Adrien Bourmault : Tout à fait. Oui, pour un BIOS il faut être habitué au matériel. D’ailleurs, ce qui est très amusant, c’est que le BIOS ou le microprogramme de démarrage c’est en fait un peu une sorte de logiciel embarqué qui tourne sur un système pas embarqué. C’est très étrange comme système. En fait, c’est un logiciel qui est installé dans une petite puce flash sur la carte mère, un peu isolé, qui communique avec le reste du système avec un protocole qui s’appelle SPI [Serial Peripheral Interface]. Tu as vraiment l’impression que c’est un système embarqué. Ce truc-là est exécuté au tout début, avec des ressources très contraintes : par exemple, au début de l’exécution du BIOS, il n’y a pas de RAM, il faut donc utiliser le cache du CPU comme une sorte de RAM, c’est très amusant, il n’y a que des choses très rigolotes.

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Réseaux sociaux libres et fédération – Entretien avec Rafael Muñoz

Julie Chaumard : Nous terminons ce tour des participants et participantes aux Rencontres Hivernales du Libre de Saint-Cergues avec Rafael Muñoz sur le sujet : Réseaux sociaux libres et fédération.
Président de FairSocialNet, Rafael Muñoz héberge des alternatives libres et décentralisées aux réseaux sociaux avec Mastodon, l’instance qui s’appelle tooting.ch, avec PixelFed et aussi PeerTube, d’ailleurs sur leur PeerTube vous pouvez regarder la diffusion et la rediffusion des conférences des rencontres. Il explique que le principe de fédération permet de quitter une plateforme sans perdre ses liens. L’association fonctionne par cotisations, bénévolat et services gratuits pour reconstruire les réseaux sociaux comme des communs numériques.
Nous écoutons Rafael.

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Rafael Muñoz : Je viens aussi comme petit sponsor vu que je suis le président de FairSocialNet, une association qui héberge des alternatives pour les réseaux sociaux, libres, ouverts et respectueux de la vie privée.

Julie Chaumard : Tu les héberges sur ton serveur ?

Rafael Muñoz : Non. On les héberge chez SNN [SwissNeutralNet], une autre association qui sponsorise aussi les RHL dont nous sommes très proches. On a l’exclusivité de l’hébergement chez eux, justement pour qu’ils puissent regarder comment ça se passe d’héberger quelqu’un en vrai. Pour l’instant tout va bien, nous sommes très contents d’être chez eux.

Julie Chaumard : Avec FairSocialNet, tu dis que vous hébergez des alternatives, c’est ça ? Comment ça se passe concrètement ? Est-ce que tu as un exemple pour qu’on puisse comprendre ?

Rafael Muñoz : C’est très simple. On part du principe que dire que quelque chose n’est pas bien n’est pas suffisant. On veut donner des alternatives aux gens. Quand on nous dit « je ne veux pas être sur Twitter », on ne veut pas seulement pouvoir dire à la personne que ce n’est pas bien d’être sur Twitter, mais voici Mastodon, c’est basiquement la même chose, c’est libre, et voici comment tu peux y aller, te créer un compte sur Mastodon pour pouvoir rejoindre cette communauté qui est bienveillante et qui peut justement remplacer d’autres plateformes, avec ce sens de communauté.

Julie Chaumard : Du coup, avec FairSocialNet, vous avez une instance Mastodon pour accueillir les personnes qui voudraient.

Rafael Muñoz : Notre instance Mastodon s’appelle tooting.ch. C’est notre service le plus utilisé. On a pas mal d’alternatives, nous nous sommes développés depuis des années, mais Mastodon reste notre service le plus utilisé.
On a aussi du PixelFed qui est l’alternative à Instagram.
On a du PeerTube, alternative à YouTube pour la vidéo, d’ailleurs c’est sur cela que sont streamées les RHL, les Rencontres Hivernales du Libre. C’est en live. Vous pouvez suivre toutes les conférences en direct, en bon français, sur PeerTube, et ensuite elles seront disponibles en vidéo à la demande sur peertube.ch.

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Julie Chaumard : C’était la dernière interview pour aujourd’hui. Nous avons d’autres interviews que nous n’avons pas eu le temps de diffuser. Vous pourrez les écouter dans la chronique « À la rencontre du Libre » dans les prochaines semaines.
Je remercie les personnes interviewées de s’être exprimées au micro de Libre à vous !. Vous les retrouverez certainement à l’occasion d’événements autour du Libre partout en France ou dans les pays voisins.
Nous allons passer au sujet suivant.

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Chronique « La pituite de Luk » – « Il nous faudrait une bonne guerre »

Julie Chaumard : Nous allons poursuivre avec une nouvelle pituite de Luk intitulée « Il nous faudrait une bonne guerre ».

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Luk : La guerre menace. En Ukraine, elle dure depuis quatre ans et a fait un million de victimes. Satisfaite de sa performance, la Russie menace maintenant les États baltes ou la Pologne d’y développer des spinoffs. Les États-Unis empilent les porte-avions à proximité de l’Iran, il y est interdit de voir les génocides en cours pendant que la Chine continue à brutaliser ses voisins et à reluquer des petits culs sur les plages de l’autre côté du détroit de Taïwan. Les marchands d’armes ont le kiki tout dur !
Mais il faut conserver l’esprit ouvert, c’est peut-être une bonne nouvelle. Si ça se trouve, ce qu’il nous faudrait c’est une bonne guerre. Si j’envisage cette hypothèse avec calme et aplomb c’est que, comme la plupart des gens qui font ce genre de déclaration, ce n’est pas moi qui irai. Mais bon ! Quand le monde part à vau-l’eau, quoi de mieux pour remettre les pendules à l’heure et du plomb dans les cervelles qu’une bonne guerre ? La guerre, c’est une question de survie, plus de faux semblants, plus de tergiversations. Mais faut voir !
Le premier problème est que, pour faire la guerre, il faut des militaires. Et l’armée française, ce sont des gens capables de publier une photo sur les réseaux sociaux avec des login/mot de passe affichés sur les murs ou pire, de signer un accord Microsoft/Défense avec la certitude que leurs secrets seront bien gardés.
Les autres armées ne font guère mieux. Des térachiées d’e-mails sensibles des forces spéciales américaines ont leaké à cause d’un serveur de mails mal configuré. Les militaires sont aussi des gens qui partent en opération dans un pays hostile tout en publiant les traces GPS de leurs séances de jogging sur Strava. Le sport n’est pas toujours aussi bon pour la santé qu’on le dit !
Même les agents secrets se révèlent incapables de le rester, secrets. Ils se font pomper leurs données personnelles, comme nous tous, au point qu’il devient possible de les doxer. Mention spéciale au patron de l’unité 8200 israélienne qui est parvenu à se doxer tout seul en publiant un livre sur Amazon.
Récemment, du côté d’El Paso aux États-Unis, l’aéroport a été fermé en panique après que la base militaire proche ait tiré sans prévenir, avec son gros laser, sur des vilains drones lancés par des cartels. Sauf qu’après examen, il s’agissait d’un ballon happy birthday en perdition.
Manifestement, la citation de Clémenceau « La guerre ! C’est une chose trop grave pour la confier à des militaires » survit à toutes les guerres.

L’autre truc qui fait qui me fait douter, c’est que la guerre est, elle aussi, gafamisée jusqu’au trognon. En Ukraine, les deux camps utilisent Starlink et ce n’est que récemment qu’une liste blanche excluant les équipements utilisés par les Russes a été mise en place. L’effet a été immédiat : l’offensive russe a fortement baissé en intensité et les Ukrainiens parviennent à regagner du terrain.
En 2022, Elon Musk s’était vanté d’avoir bloqué une manœuvre ukrainienne visant la flotte russe.

Autre inquiétude : sur le front les troupes communiquent massivement avec des applications de chat et de visio bien connues : Zoom, Teams et consorts…

Il faut parler aussi du fameux F-35, qu’on pourrait décrire comme un DRM volant, et qui soupçonné d’être doté d’un kill switch. Même les analystes les plus optimistes estiment que l’avion serait inutilisable après 15 jours en cas de désaccord des États-Unis. Le seul à y croire est le secrétaire d’État à la Défense des Pays-Bas qui semble croire qu’on peut le jailbreaker comme un vulgaire iPhone.
Peut-on vraiment croire que la guerre sera « bonne » si on se retrouve en situation de vie ou de mort et dépendant aux services américains ?
Dernier doute. À la guerre, les gens sont des consommables. Par exemple, le 11 novembre 1918, l’armistice avait été signé vers 5 heures du matin pour une entrée en vigueur à 11 heures. Entre les deux, les états-majors ont ordonné de continuer le combat : 11 000 victimes pour cette dernière demi-journée d’une guerre déjà finie. C’est beau cette concordance des chiffres !
En revanche, vendre des armes est une affaire rentable et on devrait être très inquiet de voir les mêmes entrepreneurs sans foi ni loi se lancer dans ce business avec délectation. Daniel Ek, fondateur de Spotify, et Peter Thiel, qu’on ne présente plus, sont déjà connus pour avoir sauté le pas. La Banque européenne d’investissement arrose désormais la Startup Nation qui se lance dans le business de la mort.

Alors OK, on ne choisit pas toujours de faire la guerre et il faut pouvoir se défendre. Mais associer l’appétit insatiable pour le profit de la Startup Nation à une culture du sacrifice de la vie d’autrui constitue un combo inquiétant. En novembre dernier, j’ai parfaitement entendu notre chef d’état-major s’exprimer à propos de notre capacité à sacrifier nos enfants, mais je n’ai rien entendu sur notre capacité à sacrifier la rémunération des investisseurs et ça ne me rassure pas.

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Julie Chaumard : Nous approchons de la fin de l’émission nous allons terminer par quelques annonces

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Quoi de Libre ? Actualités et annonces concernant l’April et le monde du Libre

Julie Chaumard : Libre en Fête. C’est l’appel à participation pour l’édition du Libre en Fête 2026 qui aura lieu du samedi 7 mars au dimanche 12 avril. Toutes les organisations ayant à cœur la promotion des logiciels libres et de la culture libre sont invitées à proposer des événements de découverte partout en France, dans une dynamique conviviale et festive.

La campagne du Pacte du Logiciel Libre. À l’occasion des élections municipales et communautaires des 15 et 22 mars 2026, l’April propose aux personnes candidates de signer le Pacte du Logiciel Libre afin de marquer leur engagement, si elles sont élues, à promouvoir et défendre une priorité aux logiciels libres et aux formats ouverts au sein de leurs collectivités. Nous invitons toutes celles et ceux qui le souhaitent à contacter leurs candidates et candidats pour les encourager à signer le Pacte du Logiciel Libre.

La radio Cause Commune vous propose un rendez-vous convivial vendredi 6 mars 2026, à partir de 19 heures 30 dans ses locaux, à Paris, au 22 rue Bernard Dimey dans le 18e arrondissement. C’est l’occasion de découvrir le studio et de rencontrer les personnes qui animent les émissions.

Je vous invite à consulter le site de l’Agenda du Libre, agendadulibre.org, pour tous les événements autour du Libre.

Notre émission se termine.

Je remercie les personnes qui ont participé à l’émission : Laurent et Lorette Costy, Luk et les intervenants et intervenantes des Rencontres Hivernales du Libre.
Aux manettes de la régie aujourd’hui, Étienne Gonnu.
Je remercie également aux personnes qui s’occupent de la post-production des podcasts : Sébastien Chopin, Élodie Déniel-Girodon, Nicolas Graner, Lang 1, Julien Osman, bénévoles à l’April, et Olivier Grieco, le directeur d’antenne de la radio.
Merci aux personnes qui découpent les podcasts complets des émissions en podcasts individuels par sujet : Quentin Gibeaux, Théocrite et Tunui, bénévoles à l’April, et Frédéric Couchet.
Merci également à Marie-Odile Morandi, et au groupe Transcriptions, qui permettent d’avoir une version texte de nos émissions.

Il n’y aura pas d’émission inédite la semaine prochaine, à la place vous pourrez écouter une rediffusion.
La prochaine émission en direct aura lieu mardi 10 mars à 15 heures 30. Le sujet reste à définir.

Nous vous souhaitons de passer une belle fin de journée. Portez-vous bien.

Générique de fin d’émission : Wesh Tone par Realaze.