PeerTube : préparer l’alternative à YouTube - Monsieur Bidouille

Titre :
PeerTube : préparer l’alternative à YouTube
Intervenant :
Monsieur Bidouille
Lieu :
Chaîne de Monsieur Bidouille
Date :
janvier 2018
Durée :
8 min
Visualiser la conférence :
ici ou ici
Licence de la transcription :
Verbatim
Sous-titres :
fichier format srt
transcription réalisée par nos soins. Les positions exprimées sont celles des intervenants et ne rejoignent pas forcément celles de l’April.

Description

Ce HS nouvelle formule s’attaque à PeerTube, un projet de plateforme décentralisée, libre, soutenu par Framasoft. Comment ça marche, que faut-il en attendre et en quoi c’est intéressant ?

Transcription

Salut à mes bidouilleurs et bidouilleuses et bonne année !
Vous avez sans doute remarqué que j’aborde de plus en plus la question des réseaux, d’Internet, etc. C’est une tendance qui va continuer : j’ai prévu des séries d’épisodes la-dessus. Par exemple, les prochains « Monsieur Bidouille » vont parler du VPN et de Tor. Mais il y aura aussi des vidéos plus axées bidouille, ne vous inquiétez pas.
J’aimerais aujourd’hui vous parler d’une initiative, histoire de montrer qu’on peut proposer des alternatives existantes, sans avoir la prétention d’exploser YouTube ou de proposer une solution qui soit techniquement bien supérieure. Mais plutôt en cherchant, au contraire, à prendre le problème à la racine et proposer quelque chose de radicalement différent.
Quand on veut partager du contenu en ligne, par exemple des vidéos, on a, grosso modo, le choix entre deux solutions.

  • La première, c’est de créer son propre site web et publier les vidéos dessus. Cette solution nous permet d’avoir plus de liberté ; nous sommes responsables du site ; nous décidons ce qui est diffusé, du design, etc. Par contre, il est beaucoup plus difficile de constituer un public.
    Sur YouTube, par exemple, on bénéficie des suggestions de l’algorithme qui fait que certains, qui ne connaissent pas notre chaîne, peuvent quand même aller voir nos vidéos parce qu’elles sont suggérées par l’algorithme de YouTube. Et si on a son propre site web, on peut bien sûr être référencé sur Google, mais ça va être extrêmement difficile d’être correctement référencé.
  • C’est pourquoi la majorité des vidéastes vont sur YouTube qui incarne le modèle centralisateur par excellence. Une plateforme qui appartient à Google pour YouTube ou Vivendi pour Dailymotion, par exemple, qui centralise le contenu et le public. Leur politique sur le droit d’auteur, sur la publicité ou la mise en avant du contenu des vidéos, échappe aux utilisateurs, ce qui fait qu’il y a régulièrement des crises au sein des producteurs de contenu, au sein des vidéastes. Je ne vais pas détailler ça ici, il y a déjà suffisamment de vidéos qui parlent des problèmes qu’il y a, par exemple sur YouTube. Je vous mets quelques liens dans la description si ça vous intéresse.
    Alors bon, trouver toutes les vidéos au même endroit c’est quand même pratique. Et puis une plateforme, avec une interface claire et simple et une application pour téléphone, c’est aussi pas mal.

Face au problème des plateformes centralisatrices, dans les communautés du Libre on s’est alors posé la question : que faire ? Si on fait un site centralisateur équivalent à YouTube sauf qu’il est sous licence libre, c’est juste gâcher du temps à créer une énième plateforme similaire et on sait que ça ne marche pas.
C’est pourquoi, depuis quelque temps, il se développe quelque chose qui permet la liberté du modèle du Web et les avantages du modèle centralisateur.
Au lieu d’accéder à un service on accède à un réseau et ce réseau est constitué de nœuds qu’on appelle aussi des instances. Et, depuis chaque instance, on peut avoir accès à l’ensemble du contenu proposé par les autres instances. Cette troisième voie est le modèle des fédérations et PeerTube en fait partie.
PeerTube est un réseau social en cours de développement [1] par un certain Chocobozzz. Ce dernier [2] est actuellement financé via une campagne de dons lancée par Framasoft, une association qui propose des outils libres à la portée de tous. Et le premier qui me parle de « YouTube à la française », mettez-vous dans la poubelle la plus proche, merci !
Le but est simple : se réapproprier les moyens de diffusion. Donc proposer une alternative réelle aux soucis d’une plateforme de type YouTube.
Le fonctionnement de PeerTube est basé sur un ensemble d’instances ; c’est le même principe que Diaspora ou Mastodon, d’autres réseaux sociaux. N’importe qui ayant un poil de connaissances peut créer sa propre instance et toutes les instances sont reliées entre elles selon un réseau décentralisé.
Imaginez que chaque instance est un petit YouTube : vous pouvez vous inscrire, mettre des vidéos, créer des playlists, bref comme sur YouTube ; il n’y a rien qui change vraiment. Sauf que vos vidéos peuvent être vues sur tous les autres YouTube. Ainsi, vous avez l’impression d’être sur une seule et même plateforme, alors que cette plateforme est composée de milliers de petites instances, de petits nœuds de différentes tailles. Il peut y avoir des instances qui sont toutes petites, qui hébergent seulement vos vidéos ; ou il peut y avoir des instances qui sont beaucoup plus grosses qui hébergent, par exemple, tout un groupe de vidéastes ou alors toutes les vidéos, par exemple, d’une chaîne de télévision ou d’un journal ou d’un truc comme ça.
Ce système permet donc d’éviter la centralisation tout en ayant une vue sur tout ce qui se passe sur le réseau. On garde la simplicité du modèle centralisateur, donc le premier modèle — modèle Google, Amazon, Facebook, etc. — et, en même temps, l’indépendance du modèle du Web. Cela permet aussi de répartir la charge : quand une vidéo est beaucoup vue, elle va aussi être partagée entre les personnes qui la regardent, via le protocole WebTorrent.
Concrètement, si vous voulez voir à quoi ressemble PeerTube [3], j’ai mis un lien dans la description. Dans la pratique, l’aspect ne change pas vraiment de YouTube : on a des chaînes, des commentaires, etc. C’est très facile d’utilisation, comme l’est YouTube. C’est pensé pour être accessible à tous ; ce n’est pas un truc de geeks.
Pour l’instant, ce qu’on voit, c’est la version en cours de développement, c’est la version alpha. La version bêta sortira, si tout va bien, en mars. Donc c’est normal s’il manque des trucs, si ça ne paraît pas tout à fait fini.
Là, ce qu’on vient de voir, c’est du point de vue technique. Mais ça change quoi, vraiment dans les faits, PeerTube par rapport à un modèle comme YouTube par exemple ? Eh bien chaque instance est responsable de son propre contenu. C’est ça qui est radicalement différent de YouTube. En fait, une instance va rédiger ses propres conditions d’utilisation, ce qui fait qu’une instance peut gérer son contenu comme elle le souhaite.
Pareil pour la monétisation : les modèles économiques sont liés aux instances et pas au réseau en entier, un peu comme le modèle du Web, chaque site web gère son modèle économique comme il en a envie. Donc si une instance cherche à financer ses vidéos via une campagne de dons ou si une autre négocie pour avoir des contrats publicitaires, c’est à elles de voir.
Ce qui nous amène à la réflexion suivante : ce qui est intéressant dans ce projet, c’est que Framasoft et Chocobozzz — je ne sais pas si je le prononce correctement — vont nous donner une solution technique. Cette solution ne sera pas parfaite : il n’y aura pas tout ce que propose YouTube au début, par exemple il n’y aura pas de live, mais il y aura une base. Et cette base est, à mon avis, bien partie, et même très bien partie.
À partir de la base que nous aurons en mars, on va pouvoir appliquer la règle qui a fait Internet, qui a fait l’ordinateur ou le téléphone devant vous. On va commencer par la base puis on va améliorer le truc au fur et à mesure. Et ça risque d’être une aventure intéressante !
Comment peut-on créer des instances qui arrivent à monétiser leurs propres vidéos ? Peut-on créer des live ou améliorer les systèmes de commentaires ? Et comment on va réussir à gérer le droit d’auteur ? Tout ça, ce sont des tonnes de questions nouvelles qu’on ne se pose pas sur YouTube, car le pouvoir de YouTube et du modèle centralisateur en général réside dans le fait que, justement, on ne peut pas prendre part à ces questions. Eh oui, il va falloir bosser, il va falloir améliorer le truc, il va falloir trouver des nouvelles solutions, etc. On ne peut pas se plaindre de subir l’arbitraire des règles de YouTube puis se plaindre ensuite qu’il faut bosser quand on nous donne la main sur ces fameuses règles.
C’est pourquoi j’ai nommé cette vidéo « PeerTube : préparer l’alternative à YouTube ». YouTube ne va pas mourir en mars, il n’y aura pas de révolution ; PeerTube ne va pas tout remplacer, tout le monde ne va pas passer sur PeerTube. Cette préparation est, à mon sens, importante car rien que le fait de faire exister une alternative, c’est préparer aussi le futur d’Internet ; c’est montrer qu’on est capables d’imaginer et de mettre en œuvre une véritable alternative.
Seul le temps et l’engagement de la communauté et les nouvelles formes d’usage liées à ce nouveau réseau permettront de tirer des leçons.
En attendant, si vous cherchez une alternative à YouTube ou si vous vous retrouvez dans un énième débat sur les problèmes de YouTube, etc., eh bien vous savez qu’il existe une alternative qui est en train de se développer. Et si ce projet vous intéresse, allez voir la démo, passez faire un tour au moment de la sortie de la bêta, je vous tiendrai au courant de toutes façons. Et je vous propose aussi d’aller voir Framasoft [4], en particulier leur programme Contributopia [5] et les services libres qu’il propose. Vous allez voir il n’y a pas que PeerTube, il y a aussi tout un tas d’autres choses.
Je vous invite aussi à poser des questions sur PeerTube dans les commentaires, faire des remarques, et aussi expliquer votre vision des choses sur YouTube [PeerTube, NdT], comment vous voyez le futur de ce genre de plateforme, ce que vous attendriez d’une plateforme de vidéos alternative. Dites-moi si vous seriez prêt à monter votre propre instance, si vous en avez les capacités, ou à vous regrouper pour créer une instance, ou tout simplement vous inscrire sur une instance comme on s’inscrit sur n’importe quel site finalement.
Si je vois qu’il y a des commentaires intéressants ou assez de questions, peut être que je ferai une vidéo avec Pouhiou, qui travaille chez Framasoft, pour répondre à tout cela et aussi expliquer plus en détail le projet, si ça vous intéresse, bien sûr. J’en profite pour remercier Pouhiou qui a répondu à toutes mes questions pour préparer cette vidéo et à Framasoft qui est une association comme on aimerait en voir plus.
Cette vidéo n’est bien sûr pas sponsorisée, on parle de logiciel libre.
Sur ce, bonne année à vous, plein de bonnes choses, bidouillez des trucs et n’oubliez pas de regarder ce qui se fait ailleurs, c’est là qu’on trouve de l’espoir et de l’inspiration !