Les actions de l’April - petit bilan aux rmll 2012

Présentation

Interview de Frédéric Couchet et de Lionel Allorge par Gilles Gouget et Emmanuel Charpentier lors des rmll 2012 à Genèves en Suisse.

  • Titre : Petit bilan de l’April 2012"
  • Lieu : rmll à Genèves
  • Date : 11 juillet 2012
  • Licence : CC-by-SA
  • Durée :36min15

Transcription

Gilles Gouget, le journaliste
 : Des membres de l’April qui sont là. J’ai nommé Frédéric Couchet, Lionel Allorge et nous avons même celui que vous écoutez toutes le semaines, avec son ami Luc, Emmanuel Charpentier. Bonjour à tous les trois.
Les trois
 : Bonjour, Bonjour, Bonjour.
Gilles
 : Ces rencontres sont l’occasion souvent de faire des émissions avec l’April, car on n’a pas tous les jours l’occasion de se croiser, nous autres montpelliérains, qui sommes loin là-bas, là où il fait toujours soleil. Rires. C’est pas vrai ! Et puis voilà une année, une année 2011 et puis un début d’année 2012 super chargés, avec évidemment on l’a vu ce 4 juillet, « independance day », plein de bonnes nouvelles, avec la signature du Parlement contre ACTA, etc... Alors j’imagine que ça, ça a marqué l’année, il y a eu aussi les élections avec l’initiative candidats.fr et puis on en a moins parlé, mais le vote a eu le même résultat, le brevet unitaire. Est-ce que ce sont là les 3 grands thèmes qui ont marqué l’année, Frédéric ?
Frédéric Couchet
 : Oui, ça fait partie des thèmes qui ont marqué l’année je rajouterais quand même d’un point de vue sensibilisation le guide « libre association » qu’on vient de sortir à 10 000 exemplaires et dont on pourra reparler tout à l’heure. En tout cas clairement la victoire contre ACTA est à la fois une victoire citoyenne démocratique et de la mobilisation, sur la partie brevet unitaire je corrigerais juste un peu en disant que la bataille n’est pas finie, le Parlement européen a simplement dit au Conseil des ministres européens « Nous ne voulons pas de vos modifications de dernière minute qui changent le fond du dossier, » mais c’est-à-dire que le dossier va revenir en septembre, d’ailleurs hier il y avait déjà une réunion au Parlement européen en seconde commission donc c’est pas fini le brevet unitaire, ce qui montre d’ailleurs de façon assez intéressante que si on se souvient il y a 7 ans maintenant on était à Dijon de mémoire, aux rencontre mondiales, nous avions fêté le rejet de la première directive voulant imposer la brevetabilité des logiciels en Europe.
Gilles
 : L’EUCD.
Frédéric Couchet
 : Non l’EUCD c’est le droit d’auteur, l’EUCD c’est DADVSI et compagnie. Le brevet c’est une autre question et en tout cas la directive a été rejetée il y a 7 ans et aujourd’hui encore 7 ans plus tard, on est encore en train de se battre, via une porte dérobée qui est le brevet unitaire et sur Acta c’est à peu près la même chose vu qu’on a appris hier je crois, ou avant-hier, qu’au niveau Canada et Union Européenne il y avait des discussions pour un nouvel accord qui s’appelle CETA, alors je ne sais plus ce que ça veut dire exactement et dans lequel des dispositions d’ACTA ont été réintroduites. Il faut célébrer les victoires qu’on obtient parce qu’elles sont importantes, mais malheureusement la guerre n’est pas finie et je pense qu’on en a encore pour quelques années. Sur la partie vraiment défense ce sont effectivement les 2 gros dossiers et sur la partie sensibilisation, le guide libre association, on pourra en parler quelques minutes tout à l’heure parce que ça me paraît être un vrai outil de sensibilisation du monde associatif.
Gilles
 : C’est vrai qu’on a souvent soulevé ça. On avait eu Lionel au téléphone justement pour parler de cette initiative. Souvent on dit aux gens « Rapprochez-vous de vos groupements d’utilisateurs Linux » et aux associations ont le leur dit beaucoup.
Frédéric
 : On parle d’utilisateurs de GNU/Linux... Linux n’était qu’un noyau ou d’autres systèmes libres.
Gilles
 : Je dirais rapprochez-vous de vos GULS ou de vos LUGS suivant qu’on soit francophone ou anglophone. Mais tu fais bien de me reprendre. Ta droiture n’a d’égal que la longueur de tes cheveux. Et puis souvent on dit aussi aux libristes « Rapprochez-vous des radios associatives, ils on besoin de vous etc.. ». La radio reste toujours un territoire à conquérir pour le logiciel libre, ce n’est plus le cas à Divergences, mais voilà ça fait partie de ces milieux où c’est très très très difficile de changer d’outil, où c’est très difficile aussi de changer de culture ou d’abandonner certains à-priori, et c’est vrai que l’April travaille toujours à l’année pour sensibiliser les gens.
Lionel
 : Oui c’est ça. Ça c’est un travail qu’on fait régulièrement. J’ai donné une petite conférence ce matin sur le sujet de la sensibilisation aux logiciels libres, puisqu’on a un groupe de travail sur cette question qui produit des documents, des posters, des affiches etc... dont certaines ont été utilisées contre ACTA. On a fait un certain nombre de matériels qui ont servi pendant les manifestations contre ce projet. Çà c’est des choses qui sont utiles après. ACTA on espère qu’on n’aura jamais à les ressortir, qu’elles deviendront des documents historiques, mais les autres documents de sensibilisation, c’est des documents de longue durée pour expliquer les brevets, les problèmes sur les brevets, les problèmes sur la vente liée. On a aussi des documents pour les formats ouverts, les fonctionnements des logiciels libres, ce genre de choses, et comme l’a dit Fred, la grosse sortie de cette première partie de l’année, c’est le guide libre association. Donc ça a été fait par un groupe de travail de l’April qui s’appelle Libre-association tout simplement. Son but est de jeter des ponts entre le monde associatif et les logiciels libres. Parce qu’il nous semble que les notions de travail en commun, de partage des connaissances, de partage de valeurs qu’il y a dans le monde associatif et les logiciels libres vont très bien de pair et puis il y a aussi parfois même simplement des aspects pratiques. Si vous êtes dans une association et que vous utilisez un logiciel, vous pouvez avoir besoin de le donner à vos membres, ce que vous avez le droit de faire tout à fait légitimement avec des logiciels libres, ce qui vous est interdit la plupart du temps avec les logiciels qui ne le sont pas libres. Là vraiment il y avait des ponts intéressants. Ça fait plusieurs années que ce groupe de travail préparait ce guide et là on a eu la chance d’avoir un financement par la fondation du crédit coopératif, qui a bien voulu mettre un peu d’argent sur la table pour pouvoir faire l’édition du guide. Donc la conception du guide a été faite de manière bénévole, par les membres du groupe, mais ensuite l’édition a été financée par cette fondation et donc on en a fait la publication officielle au salon solutions GNU/Linux qui s’est tenu à Paris il y a quelques jours et ça ça a permis donc de montrer qu’il y avait de synergies fortes, parce que le crédit coopératif est souvent la banque qui est utilisée par le monde associatif et donc ensuite eux redistribuent dans leurs réseaux et on a déjà eu des retours très positifs d’un certain nombre de réseaux d’associatifs qui ont commencé à distribuer ce guide. Donc ça semble être une très bonne nouvelle.
Gilles
 : Combien d’exemplaires ont été fabriqués ?
Lionel
 : Donc 10 000 je crois.
Frédéric
 : Il y a eu 10 000 exemplaires effectivement qui ont été imprimés, et qui vont quasiment pour la totalité déjà être distribués. C’est-à-dire qu’on a fait une pré-inscription sur le site libre association.info et rien qu’avec les exemplaires que le crédit coopératif diffuse dans son réseau d’agences, rien qu’avec les pré commandes, les 10 000 exemplaires vont déjà être distribués. Donc se pose déjà la question d’une réimpression, donc on va voir avec le crédit coopératif ou si on réimprime de notre côté. En tout cas c’est un succès. C’est aussi un projet libre, c’est-à-dire que le guide et les sources sont disponibles sur internet. Donc n’importe qui peut le reprendre pour l’améliorer, rajouter des fonctionnalités. On pense déjà éventuellement sur une version 2, là la version 1 du guide touche plutôt les petites et moyennes associations, c’est plutôt la cible. Mais on pourrait rajouter dans la version 2 des outils qui vont toucher les plus grosses associations...
Gilles
 : Oui parce que c’est ce que je disais le terrain associatif est très disparate.
Frédéric
 : Voila, mais là c’était vraiment une volonté de cibler ces petites et moyennes associations, donc une version 2 pourrait cibler les plus grosses et également rajouter des outils peut-être autour de la vie privée, de la protection des données, du militantisme par exemple notamment dans les pays qui sont sous dictature, donc des outils de chiffrement ou autres. Voila c’est un projet évolutif, effectivement comme le dit Lionel, la fondation Crédit Coopératif a financé l’impression des exemplaires. Il y a aussi à côté un projet de clef USB qui a été réalisé aussi avec Framasoft, de manière à donner des outils pour découvrir le logiciel libre et c’est vrai, pour ceux qui connaissent l’April depuis longtemps, ou le début, ils se souviennent peut-être des documentations assez austères de l’April, noir et blanc très geeks, pas du tout orientées grand public et depuis 4 – 5 ans notamment avec l’arrivée de graphistes à l’April, et notamment là je salue Antoine Bardelli qui est graphiste professionnel et qui contribue bénévolement à l’April, on a des documents qui sont en couleurs qui sont beaucoup plus explicatifs, avec moins de texte, plus d’images, avec un visuel travaillé, donc il y a des affiches, il y a des flyers, des dépliants et là il y a ce guide qui vient dans la suite du guide qu’il y a un an, c’était le catalogue libre où on présentait des logiciels libres pour le grand public. Voila ! C’est une activité de promotion qui est très importante et qui permet pour nous d’équilibrer nos activités entre la partie vraiment où on promeut le logiciel libre et la partie toujours nécessaire malheureusement où on défend le logiciel libre. Et juste pour finir, tu parlais tout à l’heure de la radio. La radio, moi je trouve que c’est absolument génial, moi j’aime beaucoup passer à la radio parce qu’on a le temps d’expliquer les choses, on a le temps de rentrer dans les détails contrairement à d’autres médias comme la télé par exemple où c’est très formaté. Alors c’est vrai qu’il y a le travail que fait Divergences FM, il y a le le travail que fait Radio libertaire, notamment donc avec Emmanuel dans son émission avec Luc Fievet, mais aussi le service public, on a été régulièrement invités, France Inter par exemple et France Culture, moi je me souviens d’émissions sur la vente liée ordinateur logiciel dans l’émission de service public de Isabelle Giordano. Plus récemment on est intervenus dans place de La Toile de Xavier Delaporte.
Gilles
 : Et qu’on a re-diffusée sur divergences.
Frédéric
 : Voila. Ça nous paraît effectivement de toucher un public, de pouvoir expliquer des choses qui ne sont pas forcément très faciles par rapport à la télé où comme je dis c’est très formaté, donc pour nous c’est très important effectivement toutes ces initiatives autour de la radio et l’implication des radios dans la diffusion du logiciel libre.
Gilles
 : Alors Emmanuel il est caché par un de mes écrans. Alors n’hésite pas si tu veux prendre la parole à y aller puisque je ne vois que ton front et maintenant tes lunettes, j’ai un peu baissé l’écran mais je ne peux pas aller plus bas.
Emmanuel
 : Merci, enfin le front forcément.
Gilles
 : Voila ! L’émission sur Libertaire qui a démarré cette année en fait c’est la première saison, c’est ça ?
Emmanuel
 : Non non, on a fait déjà pas mal de saisons.
Gilles
 : Qui s’appelle symbiose.
Emmanuel
 : Qui s’appelle symbiose et c’est Luc qui mène le truc essentiellement. Je suis en support. Je l’aide et puis effectivement avec qui on fait la revue de presse, ça va faire 2 ans quasiment maintenant sous forme de podcast. Donc c’est pas mal d’efforts pour être assez constants, mais c’est toujours un plaisir et effectivement on discute régulièrement avec nos collègues de l’April même si Symbiose n’est pas une émission de l’April. On le met en avant, on discute du libre, de la culture libre. Le logiciel c’est une part, mais la culture, les médias, la musique, les vidéos, ces choses là, on essaie de les représenter et de les mettre en avant. C’est quelque chose qui est assez riche et on retrouve régulièrement de très bonnes choses. Il y en a d’ailleurs aux RMLL. Je ne sais pas si vous avez été voir un petit peu le soir, mais il y a des sorties, il y a des concerts, et donc on aime bien les mettre en avant. Luc vous parlerait de Sebkha Chott dont il est super fan.
Lionel
 : Précise que c’est un groupe de musique.
Emmanuel
 : C’est un groupe de musique, mais vraiment libre et avec un esprit libre où ils diffusent leurs sources, c’est-à-dire ils diffusent leurs partoches, ils diffusent tous les éléments du montage.
Lionel
 : Les fichiers ardour ? Non mixés, pour remixer tout. Oui.
Emmanuel
 : C’est très impressionnant et on applaudit parce que là c’est dans une une démarche libre, complètement. C’est quelque chose de positif. Il ne s’agit pas toujours de défendre, parce que c’est un petit peu le problème qu’il y a à l’April, des fois on se retrouve à défendre, défendre, défendre, ce que tu disais Fred, mais promouvoir, et construire et fabriquer des choses, ce n’est pas facile, mais avec la culture des fois justement, il y a des gars qui arrivent à faire ça. D’ailleurs ce que je me demande, le coté promotion là, ça y est, ça ressort grâce à ce guide. Il y a d’autres initiatives en ce moment qui sont dans les bacs ? Il y a des choses auxquelles vous pensez pour la promotion du logiciel libre ?
Frédéric
 : Je vais répondre à la question.
Gilles
 : Je ne pense pas qu’ils soient perdus en l’occurrence.
Frédéric
 : Ce n’est pas des efforts perdus, parce que quand on défend, on explique aussi des choses, on démonte des modèles économiques, on démonte des argumentaires et puis on obtient des résultats aussi. Même si des fois on perd au final sur un point législatif ou autre, c’est aussi de la sensibilisation. Et puis des fois en plus on gagne : sur les brevets il y a 7 ans on a gagné, sur ACTA on a gagné et je pense qu’au fur et à mesure on va gagner parce que le monde est en train de changer, simplement il y a quelques structure ou personnes qui ne veulent pas évoluer, pour différentes raisons et qui s’accrochent un petit peu aux branches pendant encore, 5 – 10 ans peut-être, mais d’ici 10 ans, tout cela aura disparu. Donc la partie défense c’est aussi quand même la partie sensibilisation, c’est l’occasion. On peut prendre un exemple, par exemple assez concret aujourd’hui, les députés de la précédente législature avaient comme système d’exploitation un système d’exploitation entièrement logiciel libre. Les précédents questeurs, c’est-à-dire ceux qui ont les cordons de la bourse à l’Assemblée Nationale, ont décidé que les nouveaux députés auraient le choix de leur poste de travail entre un poste Microsoft Windows et un poste avec Ubuntu. Alors on sait que dans les faits en fait le choix est un peu faussé parce que l’offre Windows est beaucoup mieux agencée, beaucoup mieux packadgée pour le député. Donc on pourrait se dire « C’est triste, etc... ». Oui OK, on peut se dire ça. Mais aussi on peut dire aux gens « Écoutez c’est l’occasion. Contactez votre député, expliquez-lui les enjeux du Logiciel Libre, que c’est pas simplement technique, expliquez lui les enjeux du choix qu’il va avoir à faire » et ça marche. Ici par exemple à Genève il y a François Revol qui est un membre de l’April qui a contacté plusieurs députés. Certains députés lui ont répondu. Il y en a même une qui lui a répondu tout à fait directement en lui disant moi je voulais faire le choix du logiciel libre. Je l’avais indiqué au service des systèmes d’information de l’Assemblée Nationale et ils m’ont répondu qu’il n’y avait plus de poste disponible sous Ubuntu, ce qui est quand même parfaitement particulier. Bizarre quoi ! Donc elle a dit qu’elle va insister pour avoir un Ubuntu. Donc ça c’est du contact direct, c’est de la sensibilisation. Après on a aussi d’autres projets. On a par exemple un site qui s’appelle proximité.april.org, qui est un peu le libre près de chez vous. Alors c’est une campagne qui a un peu de mal à démarrer, mais je pense qu’il faudra qu’on la relance. C’est l’idée d’organiser des petites opérations de sensibilisation locales, ça peut être simplement d’organiser un petit apéro chez soi, entre voisins et puis de dire et bien voilà, là je vais vous expliquer ce que je fais dans le libre, ou la culture libre, ou la loi Hadopi ou ACTA qu’est-ce que c’est, pour échanger. Et de manière sur ce site à mettre aussi des compte rendus. Ça peut être aussi faire une petite interview vidéo, par exemple de 3 – 4 minutes, pourquoi tu es passé sur environnement libre. Et puis là l’été arrivant, on a pas mal de réunions, de brainstormings qui vont arriver avec l’aide de gens, d’alcools peut-être.
Gilles
 : La fameuse catalyse !
Frédéric
 : Voila et qui, je pense qu’à la rentrée on va arriver avec de nouveaux projets, notamment autour de la sensibilisation parce qu’il y a beaucoup de choses encore à faire. Je crois qu’on n’a pas encore atteint la masse critique, on n’a pas encore atteint totalement le grand public. Mais en tout cas à partir du moment où on commence à expliquer les enjeux du logiciel libre, on a une vraie écoute, on a des vraies demandes. Moi je le vois par exemple dans l’école de ma fille où tout d’un coup on nous demande. On m’a dit « Est-ce que tu pourrais installer le pingouin ? » Bon, j’ai commencé un peu à expliquer, corriger. Il y a une vraie demande qui est relativement nouvelle.
Emmanuel
 : Explique en quoi tu corriges, parce que le pingouin c’est bien non ?
Frédéric
 : Oui le pingouin c’est bien, mais bon, je lui ai expliqué que c’est pas que ça. Je dirais que c’est entre nous, c’est une vision qui est quelque part un peu réductrice des choses qu’ils ont mais en fait on explique et puis surtout on commence à dire bon et bien si il y a une demande de quelqu’un c’est beaucoup plus facile que d’aller voir les gens et leur dire ça serait bien que vous utilisiez du Logiciel Libre alors que déjà vous avez plein de choses à faire. Ce que je veux dire c’est qu’il y a une demande qui vient, qui est entrante, qui est intéressante, à laquelle on peut répondre en tant que simplement père de famille. Oui on va avoir encore les actions de promotion et de défense du Logiciel Libre. Il y a aussi les salons. On fait beaucoup de salons. Ben là on est aux rencontres mondiales du logiciel libre où on rencontre plein de gens. Voila, mais les 2 activités sont liées et je dirais que c’est un équilibre à trouver entre les 2, entre promouvoir et défendre le Logiciel Libre.
Emmanuel
 : Un truc idiot. C’est vraiment idiot. C’est le « soun byte ». Là je vous donne une phrase. Vous présentez le Logiciel Libre à quelqu’un qui arrive. Vous avez une phrase pour essayer de décrire vite fait. Lionel, Fred, vous dites quoi quand vous dites à quelqu’un le Logiciel Libre c’est ?
Frédéric
 : Tout dépend qui t’as en face de toi en fait !
Emmanuel
 : Quelqu’un qui connaît vaguement l’informatique, je ne sais pas. Comment tu présenterais ? Est-ce que tu présentes un concept ? Tu dis liberté, égalité fraternité ?
Frédéric
 : Ça peut être une façon de le faire effectivement, liberté, égalité, fraternité. La liberté effectivement d’usage de son ordinateur, d’en faire ce qu’on veut, de faire des copies, de comprendre éventuellement son fonctionnement, d’aider son voisin, etc... La fraternité parce que c’est un monde de partage. Le logiciel c’est de la connaissance qu’on partage et égalité parce que tout le monde à les mêmes droits. Mais encore une fois je crois qu’il n’y a pas de réponse définitive à comment on présente le libre en une phrase ou 2. Ça va dépendre de la personne que t’as en face de toi. Il y en a qui vont être plus sensibilisés à d’autres questions. Nous à l’April on a une vision qui est assez éthique, avant toute chose, et c’est vrai qu’on le met toujours en avant, on l’explique toujours, mais néanmoins, on adapte notre discours en fonction effectivement de l’interlocuteur.
Lionel
 : Oui, tu peux avoir des conférences avec des gens qui sont plutôt des techniciens, des gens qui s’intéressent au code, qui s’intéressent à la manière dont on fabrique les logiciels. Ces gens-là on va plutôt leur parler de technique. Bien sur l’éthique est importante, mais on peut commencer à les intéresser par la technique. Et puis le contraire dans beaucoup de conférences ici ce sont de conférences très généralistes, avec un public qui souvent arrive ici et découvre le logiciel libre et dans la conférence que j’ai donnée j’ai eu plusieurs questions de base sur qu’est-ce que c’est qu’une licence libre, comment ça marche, à quoi ça sert, quelle est la différence entre libre et gratuit. Enfin ce genre de questions très simples pour nous qui sommes dans ça depuis longtemps, mais pour les gens qui arrivent ils ont du mal à comprendre ces différences et donc en fait simplement déjà leur expliquer que voilà, le logiciel libre repose sur des principes éthiques, donc sur une volonté de partager la connaissance, de partager le savoir, ça c’est assez important et de bien leur dire que l’argent n’est pas le cœur du problème, parce que souvent il y a des confusions malheureusement à cause du nom anglais « free software », entre gratuit et libre. Mais heureusement en français on n’a pas cette différence là, donc bien insister que l’intérêt du logiciel libre c’est qu’il est libre. Et le problème du financement du logiciel libre est une question totalement séparée qu’on peut régler par différents mécanismes, mais que c’est que d’abord la liberté des utilisateurs qui compte.
Frédéric
 : Pour résumer, moi je viens de penser que j’ai fait une conférence l’an dernier à TedX Bordeaux. Je reprenais le « liberté, égalité, fraternité », notamment de Richard Stallman, pour dire finalement que le logiciel libre c’est l’incarnation informatique de cette devise républicaine. Et ce que j’expliquais aussi après, c’est l’importance aujourd’hui de l’informatique dans notre vie quotidienne et que le logiciel libre est la condition nécessaire mais pas forcément suffisante pour contrôler l’ordinateur, ou en tout cas avoir le maximum de contrôle sur l’ordinateur, pour finalement contrôler nos vies. Mais ce n’est pas suffisant. Ce n’est qu’une des parties, mais c’est la partie la première qui permet aujourd’hui de contrôler l’ordinateur, nos usages, sachant que l’informatique étant de plus en plus présente dans nos sociétés, ça conditionne évidemment les autres libertés fondamentales qu’il y a. C’est une base nécessaire pour exprimer, pour mettre en œuvre les libertés fondamentales dans cette société qui devient de plus en plus numérique.
Gilles
 : Il y a eu aussi les élections présidentielles, puis législatives, avec l’initiative candidats.fr. Rappelons pour ceux qui l’ignorent, qu’est-ce que c’est ?
Frédéric
 : Alors candidats.fr ça vient d’une réflexion suite au débat sur la loi DADVSI, en 2002 et 2006 où on avait passé pas mal de temps à essayer d’identifier des députés sensibilisés, au moins au numérique ou s’intéressant à ces questions là, et on s’est dit début 2007, on s’est dit il y a l’élection présidentielle qui va arriver, il y a les élections législatives, on s’est dit si on sensibilisait en amont, c’est-à-dire pendant que les gens sont candidats. Donc on s’est dit que sur la présidentielle ce qu’on allait faire ça serait un questionnaire très complet sur toutes nos questions. On estimait que quelqu’un qui est candidat à la présidence de la République est capable de prendre position sur beaucoup de sujets : que ce soit le droit d’auteur, le logiciel, l’éducation et l’informatique, les brevets, etc... Donc on avait fait un long questionnaire et sur la partie plutôt législative on s’est dit là, par contre, c’est assez compliqué pour un député de s’intéresser comme ça à tous les sujets, dont on va faire une sorte de pacte. On a repris l’idée notamment de Nicolas Hulot, sur son pacte écologique à l’époque. C’est-à-dire un document très simple qui explique les bases du logiciel libre et qui ensuite demande à l’élu de s’engager, enfin au candidat de s’engager une fois élu à promouvoir ou a minima à défendre le logiciel libre. Lorsque il y aurait une modification réglementaire ou législative, à prendre en compte le logiciel libre. Donc en 2007 on avait eu la quasi totalité des candidats à la présidentielle qui avaient répondu à notre questionnaire et on avait eu de mémoire une soixantaine de députés signataires du pacte ; et on a constaté que dans les réponses obtenues, le candidat élu en 2007, Nicolas Sarkozy, a parfaitement mis en œuvre la politique qu’il annonçait. Malheureusement on va dire entre nous pour la partie numérique ! Mais en tout cas dans les réponses à notre questionnaire, il disait très bien qu’il n’allait pas abroger DADVSI, qu’il était pour les DRM et que les brevets c’était bien. Et il annonçait même la riposte graduée etc... Donc au moins il y avait, pour les gens qui votaient, il y a avait des engagements qui ont été tenus. Sur la partie législative, on a constaté après, que les députés qu’on contactait, qui avaient signé le pacte, et bien ils nous recevaient beaucoup plus facilement, parce qu’il y a eu ce petit minimum d’engagement et on a vu que sur l’ensemble des projets de loi ensuite qui ont concerné le numérique à chaque fois on a réussi à sensibiliser des élus du pacte, sans forcément avoir des résultats au final positifs parce qu’il y a aussi des discussions au niveau Parlement quoi, mais en tout cas il y a eu ce contact qui est plus facile. Donc on a évidemment récidivé lors de toutes les élections locales, régionales, etc... et même au niveau européen, et là en 2012 on a réédité l’opération, donc on a refait un questionnaire, une mise à jour du questionnaire. Là quelques petites différences c’est que notamment, alors qu’un 2007 les principaux candidats avaient répondu, là sur les 2 principaux candidats donc, Nicolas Sarkozy et François Hollande, on n’a pas eu de réponse directe mais des réponses de conseillers. Ce qui montrait peut-être une chose un peu particulière, une prise en compte moins forte du logiciel libre ou peut être tout simplement un désintérêt en interne.
Gilles
 : Ou de la prudence.
Frédéric
 : Ou de la prudence. Et c’est vrai que la réponse qu’on a reçu notamment de la représentante de François Hollande, en l’occurrence Fleur Pellerin, sur le brevet c’était très bien, ils sont contre, etc..., sur le reste c’était assez flou, notamment sur le droit d’auteur, sur ACTA, sur les DRM. Et on comprend bien que le projet qui arrive, l’acte 2 de l’exception culturelle, on ne voulait pas prendre d’engagement avant. C’est un peu décevant. Et sur la partie législative, on n’a pas encore fait totalement les bilans, mais on doit être à un petit peu moins de signataires. Parce qu’il y a eu aussi moins de mobilisation, je pense. Peut-être que la formule du pacte était novatrice en 2007 et moins novatrice en 2012, et puis aussi parce que je pense que les gens étaient très mobilisés sur ACTA notamment, donc c’est pas forcément facile de se mobiliser sur le pacte. En tout cas on a des signataires. Là on continue à les contacter pour avoir de nouveaux signataires, et puis surtout on attend évidemment les premiers projets de loi gouvernementaux ou parlementaires pour pouvoir agir ou peut-être que parmi les projets, quand on en sera à la rentrée nous verrons bien, il y aura peut être l’idée d’un projet de loi pro logiciel libre pour initier quelque chose. En tout cas ça a permis de mobiliser des gens, ça a permis de découvrir des nouvelles personnes intéressées au logiciel libre. Ça a permis aussi à des gens, des députés, des candidats, de nous dire « Écoutez, moi je ne signe pas aujourd’hui parce que je ne connais pas trop comment ça fonctionne, mais je vais me renseigner ». Donc on a pu mettre en relation avec des groupes d’utilisateurs locaux par exemple en disant aux députés : si vous avez des questions n’hésitez pas à les contacter ou à nous contacter. Donc ça fait partie du travail de sensibilisation et très clairement c’est très utile après au niveau des projets de loi, parce que ces gens là qui ont signé ben ils font, ils s’engagent, ils ont fait quelque chose, ils essayent vraiment de pousser pour défendre le logiciel libre. Donc les prochaines échéances et bien c’est les européennes de 2014, où là on espère qu’on aura des signataires dans de nombreux pays, parce qu’on sait qu’aujourd’hui beaucoup de lois sont gérées directement via des directives européennes. Voila c’était une opération qui était importante qu’on va maintenir, dont on va peut être faire évoluer la forme, on est en train d’y réfléchir justement cet été, peut être vers une forme d’adoption de son député sur la longueur. C’est-à-dire plutôt que d’avoir une campagne qui est ponctuelle lors d’une élection, se dire qu’il est intéressant que les députés soient alimentés en local par des gens qui leur disent, ben voilà, j’ai vu tel projet qui arrive, voilà mon avis, ou tel sujet m’intéresse, et faire ce lien local entre un député et un ou 2 personnes qui connaissent bien ces sujets là. Peut-être via une plate-forme ou bien autre chose. Mais en tout cas voilà, essayer de travailler vraiment sur la longueur, sur l’année, sachant qu’on a à peu près 5 ans devant nous. Sauf surprise le Président va rester, le parlement va rester à peu près comme ça. Voila, travailler sur la durée plutôt que travailler sur l’élection.
Gilles
 : D’ailleurs, tu disais, le concept était peut être novateur à l’époque, il ne l’est peut être plus maintenant etc... En tout cas, il fait des petits puisqu’il y a le pacte.be qui a fait l’objet d’une présentation ici même, donc ça fait des émules.
Frédéric
 : Le pacte.be, effectivement, on y a contribué sur la partie logiciel libre. Nicolas Pettiaux qui est l’un des animateurs a relancé pour les prochaines élections en Belgique, donc ça a fait des petits, mais c’est vrai que la mobilisation était un peu plus difficile cette année, mais je pense que c’est le contexte international et notamment ACTA qui rend les choses plus compliquées. En tout cas, ce n’est pas une remise en cause de la campagne, simplement qu’il faut aussi savoir faire évoluer les campagnes. Et je pense que, à terme, la campagne évoluera plutôt sur quelque chose de continu. Vraiment si demain on a, je ne sais pas, chacun des députés est, entre guillemets, adopté par un libriste dans sa circonscription qui se dit simplement : « Dès qu’il y a sujet qui me paraît important, je lui envoie un petit message ». Ce que nous, on fait nous-mêmes en tant que permanents de l’April, nous il y a des députés avec qui maintenant on a des relations très suivies, qu’on ne connaissait pas au départ et à qui on envoyait des messages et puis à un moment ils répondent.

Il faut savoir une chose, c’est que les députés sont demandeurs d’informations. Souvent on dit : « Oui, les députés ils sont soumis à la pression des lobbies ». Oui certes ! Mais si on ne va pas les voir, ils seront toujours soumis à la pression des lobbies professionnels, des industries, etc... La chance qu’on a aujourd’hui c’est que pour contacter un député, on peut lui envoyer un mail, on peut l’appeler au téléphone, on l’a vu sur ACTA par exemple, ils ont reçu des tas de coups de téléphone, et il n’y a pas forcément besoin d’être un expert, il y a simplement besoin d’être capable d’exprimer son propre parcours. C’est-à-dire pourquoi nous, en tant qu’individu dans une circonscription par exemple, on est intéressé par ce sujet là ou pourquoi ce sujet là nous paraît pertinent. Je reprends l’exemple de François Revol. François Revol a envoyé un courrier assez long à beaucoup de députés où il a expliqué son parcours à lui, il a expliqué pourquoi il estimait que c’était important que les députés fassent le choix du Logiciel Libre, mettent un terme à la vente liée ordinateur-logiciel. Il expliquait pourquoi lui. Alors son texte est assez long, mais ça peut être beaucoup plus court. C’est « Je suis utilisateur de logiciels libres, qu’est-ce que vous allez faire pour promouvoir le Logiciel Libre, parce que ça me paraît être essentiel pour la citoyenneté, etc.. la réduction des dépenses publiques ou autre ».
Et après sur les questions techniques, il ne faut pas avoir peur de dire à la personne, « Écoutez, là je ne sais pas répondre, mais par contre vous pouvez aller voir par exemple l’April, ou telle autre structure, qui sauront vous renseigner ». Voilà, si on ne va pas faire entendre notre voix, il ne faut pas s’étonner après que les parlementaires votent des choses qui ne correspondent pas à nos attentes.

Emmanuel
 : Je tiens à ajouter que j’ai contacté François Fillon et je n’ai pas eu de réponse. J’attends toujours.
Gilles
 : Oui, bien j’imagine qu’il y en ait qui ne répondent pas du tout.
Lionel
 : Je peux citer mon cas personnel. J’habite dans les Yvelines et la candidate qui a fini pas être élue dans ma circonscription, c’est Valérie Pécresse, ancienne ministre du gouvernent Sarkozy et qui est maintenant dans l’opposition. J’ai fait un courrier papier aux 2 derniers candidats, ceux qui étaient arrivés au 2ème tour. Je n’ai pas eu de réponse du candidat socialiste, par contre Valérie Pécresse m’a répondu, en disant qu’effectivement elle soutenait le Logiciel Libre et qu’elle s’était notamment engagée contre les brevets logiciels. Voila c’est toujours intéressant d’avoir ce genre de réponse, parce que même si elle est dans l’opposition, c’est une figure de son parti et donc c’est quelqu’un sur qui on peut s’appuyer éventuellement pour aller lui demander de soutenir telle ou telle proposition de loi ou d’avoir simplement un engagement militant dans sa circonscription. Parce que ce qu’il ne faut pas oublier c’est que ces députés, ils nous représentent à l’Assemblée Nationale et c’est aussi souvent des élus qui ont des fonctions locales, et donc dans ces fonctions locales, que ce soit au niveau des communes, des départements, des régions, ils peuvent avoir une influence sur ce qui est utilisé par exemple par les administrations. Je pense notamment aux écoles. Les écoles sont financées par les départements, par les régions selon que c’est des lycées, des collèges, et là on peut avoir par exemple des vrais choix politiques de dire : « On met plutôt des logiciels libres, ou on met plutôt, ou on ne met que des logiciels libres ». Ça c’est là où on a besoin d’appuis politiques y compris localement.
Gilles
 : D’ailleurs on a vu en comparant les 2 plans d’équipement d’ordinateurs portables pour les lycéens, qu’on avait évoqués l’année dernière à Strasbourg, sur l’île de la Réunion, avec une façon très intelligente d’avoir amené tout ça, d’avoir impliqué les fournisseurs locaux en créant les conditions pour qu’ils se sentent eux-mêmes obligés de se former et de rentrer dans ce dispositif. Et puis en Languedoc Roussillon, ou ailleurs en France, où les choses ont été faites avec du Microsoft Windows etc... et puis, et puis on retrouve les ordi en vente aux puces. Donc on voit bien que quand on fait le mauvais choix ça se voit quasi instantanément. Je veux dire, à l’échelle d’une année, les mauvais choix en la matière, ils ont tout de suite des conséquences qui prouvent que ça ne marche pas. Donc voilà.

Et par rapport à tout ça on a vu les taux d’abstention assez importants au second tour des législatives. Moi j’ai le sentiment que les gens ont souvent été élevés dans l’idée que, être citoyen c’est aller voter et payer ses impôts, éventuellement si on est imposable, et puis respecter la loi. Est-ce qu’à travers le Logiciel Libre et son modèle, vous devez comprendre, plutôt qu’utiliser sans savoir et puis appeler le SAV quand il y a un problème. Vous pouvez comprendre puisque vous avez accès au fonctionnement. Est-ce que c’est pas un peu pareil dans la politique et une politique 2.0 où les gens se diraient : « Aller voter d’accord je le fais mais c’est la dernière roue du carrosse. Tous les jours par contre ou toutes les semaines j’appelle mon député ou tous les mois je fais un truc, j’envoie un courrier etc... ». Est-ce que la vraie démocratie ce ne serait pas quelque chose qui se pratique quotidiennement, hebdomadairement ?
Frédéric : Sur la vraie démocratie, je pense qu’ici Emmanuel aurait beaucoup à en dire. Mais par contre dans le Logiciel Libre ce qu’on fait c’est qu’on corrige ou on améliore du code, qui est du code informatique. La loi c’est quoi ? C’est créer du code juridique, l’améliorer, des fois ne pas l’améliorer c’est-à-dire le rendre, je veux dire l’affaiblir au contraire. Ce qui est important de comprendre c’est qu’il y a encore quelques années ce code était écrit principalement par des parlementaires, par des conseillers gouvernementaux, par des responsables politiques et par les lobbies, notamment les lobbies industriels, parce qu’ils avaient des personnels à temps plein, ils avaient accès directement à ces parlementaires etc.., et puis ils avaient un relatif poids.
Ce qui change avec ces dernières années c’est que le citoyen s’est invité dans cette création de cette loi. On peut aussi penser au débat sur le traité de Constitution Européenne où depuis sur internet, tout d’un coup il y a des gens qui ont apporté une expertise, ou en tout cas un avis qui a été suivi. Ça a bien commencé notamment en France au niveau de DADVSI où des députés sont même venus, par exemple, s’expliquer sur le forum de Framasoft suite à des déclarations la veille en hémicycle. Alors de ce coté là il faut suivre je pense les initiatives autour de « Regards Citoyens », de gens comme ça, qui essaient justement de rendre accessibles les textes de loi et de mettre en relation finalement le citoyen avec l’élu.
Et je suis tout à fait d’accord avec toi sur le fait que ce n’est pas en votant une fois tous les 5 ans ou une fois toutes les x années qu’on est complètement citoyen. Il y a des outils aujourd’hui qui permettent effectivement de rentrer en contact avec l’élu de façon à peu près permanente, et pas simplement dans sa circonscription locale. Alors ça peut demander du temps. Mais je pense que toute personne est experte dans un domaine quelconque. Il y a des gens qui aujourd’hui, qui vont être spécialistes du logiciel, d’autres qui vont être spécialistes par exemple des AMAPs ou je ne sais quoi. Ces gens là s’ils veulent que les lois bougent, s’ils veulent que les politiques publiques bougent, ils ont l’occasion d’apporter cette expertise là. Il manque encore peut-être de outils, mais je pense qu’on n’est qu’au début de la création de ces outils là. Par contre il faut déjà avoir cette démarche là. Mais c’est un peu concomitant, c’est-à-dire qu’avec la création de nouveaux outils qui vont faciliter la mise en relation, on va avoir de nouvelles personnes qui vont arriver.
On l’a vu sur la campagne d’ailleurs, candidats.fr, où nous en 2012 le principal outil de communication qu’on avait mis en place c’était le mail, le courriel, c’est-à-dire en disant aux gens « Envoyez un courriel aux candidats ou éventuellement téléphonez leur » et là on s’est rendu compte qu’il y avait beaucoup de gens qui gazouillaient, donc contactaient sur Twitter le candidat en lui disant « Est-ce que vous avez signé machin ? ». C’est une nouvelle forme de communication. Donc les outils vont arriver et je pense qu’autour de tout ce qui est open, Parlement ouvert, Regards Citoyens, etc.. ces initiatives là il faut les suivre., parce qu’effectivement la co-construction de la loi est évidemment l’avenir. L’idéal étant que quand une loi est votée, on sache d’avance si elle correspond à la majorité, en tout cas, des gens, à équilibre en tout cas par rapport à l’intérêt public et à l’intérêt de chacun quoi. Parce que l’intérêt public doit quand même prévaloir.

Emmanuel
 : L’association est une grosse association, c’est peut-être même la plus grosse association française et une des plus grosses en Europe au monde, je ne sais pas...
Frédéric
 : Dans le Logiciel Libre !
Emmanuel
 : Oui bien sûr. On est aux Rencontres Mondiales du Logiciel Libre, c’est important. Est-ce que c’est utile ? À quel point c’est utile qu’il y ait des gens qui viennent ? Est-ce que c’est une voix supplémentaire, est-ce qu’ils ont besoin de contribuer pour être quand même à l’April ? Qu’est ce qui se passe ?
Lionel
 : On a près de 5 000 membres et la plupart de ces membres ne font que nous soutenir. C’est-à-dire que ce sont des gens qui n’ont pas forcément de temps disponible pour participer à des actions et la plupart d’entre eux aident à leur niveau, c’est-à-dire qu’ils adhèrent et, pour ceux qui en ont les moyens, ils payent une cotisation. Et ces cotisations nous permettent actuellement de financer 3 postes de permanents, donc 3 salariés, qui permettent de faire fonctionner l’association au quotidien, et surtout qui permettent d’avoir des actions de longue durée, notamment auprès des responsables politiques, parce que ce sont typiquement des gens qui ont besoin d’être habitués à contacter les même personnes, à avoir des réponses rapides et c’est difficile de le faire en mode bénévole. Donc ça, c’est déjà l’intérêt qu’il y a à participer à une association comme l’April, c’est de soutenir cet effort.

Pour les gens qui souhaitent s’impliquer un petit plus, comme on l’a dit, l’April fait régulièrement des campagnes, et ces campagnes, chacun est appelé à y participer. Ça peut être des trucs assez simples comme envoyer un courriel à un député. C’est pas très compliqué. Souvent on fournit des modèles ou en tout cas des parties de discours qu’on peut réutiliser. Mais ensuite ce qui est important c’est qu’on a un certain nombre de bénévoles qui s’impliquent bien au delà de ça et qui sont prêts à passer de nombreuses heures à travailler une campagne, à préparer un site web, à préparer des textes qui vont permettre d’expliquer notre point de vue ; qui vont être prêts pour certains à aller manifester, à participer à des actions physiques et ainsi de suite. Ce qu’il y a de bien à l’April c’est qu’il y a vraiment toute cette gamme d’implication, de l’implication je dirais minimum qui consiste juste à adhérer et à envoyer un peu de sous, jusqu’à vraiment des gens qui consacrent de nombreuses heures. On a besoin du maximum possible de ces bénévoles parce que ce n’est pas parce qu’on a 3 permanents qu’on peut faire tout ce qu’on a à faire. Il y a de très nombreuses activités, on a parlé tout à l’heure du guide libre association, qui sont faites presque exclusivement par les bénévoles.

Gilles
 : On ne va pas vous mettre en retard pour la plénière qui démarre dans 5 secondes, s’ils sont à l’heure, mais ce n’est pas très loin. Merci pour ce moment de radio, et puis n’hésitez pas, entre chaque RMLL s’il y en a de chez vous qui passent par Montpellier, c’est mieux que par téléphone.
Frédéric
 : Mais peut-être que dans 2 ans les RMLL auront lieu à Montpellier !
Gilles
 : Peut-être....
Frédéric
 : Peut-être ! En tout cas merci de votre invitation.
Lionel
 : Merci.

Avertissement : Transcription réalisée par nos soins, fidèle aux propos des intervenant⋅e⋅s mais rendant le discours fluide. Les positions exprimées sont celles des personnes qui interviennent et ne rejoignent pas nécessairement celles de l'April, qui ne sera en aucun cas tenue responsable de leurs propos.